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The thrill is gone ☽☾ Serguey

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Dim 26 Avr - 16:36 (#)

the thrill is gone
The thrill is gone away from me
Although, i'll still live on
But so lonely i'll be


3 Novembre, Downtown, appartement d'Honor.

Les lacs ruisselants de prunelles débordantes mirent un écran où passent des myriades d’images sans sons, sans saveurs. Dans leurs reflets tremblotants on y voit se jeter des couleurs, arc-en-ciel trouvant sa place à la surface d’une eau agitée. Les larmes n’ont jamais cessées depuis qu’on l’a autorisée à rentrer chez elle. Poupée de chiffon tombée entre les mains de ceux qu’on vante comme les gentils de l’histoire, elle n’a pas su répondre aux questions qu’on lui a craché, a refusé l’eau, les friandises, les appâts agités sous son nez pour la faire parler. Etait-ce elle la coupable de ce désastre nocturne, un crime passionnel où elle était, sans le vouloir, l’une des actrices principales ? Hantée par les grognements tordants, le sang, les chairs torturées, les hurlements, les hommes sans visages, les mains curieuses, rubans glissant là où nul n’oserait plus s’aventurer. Combien de nuits sont passées depuis ? Peut-être une ayant l’allure de l’éternité, peut-être dix qui sont passées à la vitesse de la lumière ? De ça, elle ne s’en préoccupe plus, dansant entre un sommeil à peine profond, éveillée par les bruits de la ville ou par les applaudissements d’une émission inutile, observant les sourires hypocrites de présentateurs qui sont peut-être morts ou terrés chez eux à l’heure qu’il est.

Dans un mouvement discret, tremblotant, comme un effort indigne d’un corps fragilisé de peur de se briser un os ou de froisser un muscle, elle rapproche un peu plus sa cuisse de sa poitrine, enfoncée dans un canapé dont les couvertures sont depuis longtemps retombées du dossier pour venir s’échouer en un tas froissé dans son dos et autour d’elle. Les boucles ne cachent rien des joues irritées de ses larmes, l’air apathique, attendant elle ne sait quoi. N’attendant peut-être rien d’ailleurs.

Oui, il lui semble que le portable posé sur la table basse a vibré quelques fois mais n’est-ce que des notifications sans intérêts ou des messages de proches inquiets ? Elle n’en sait rien. Un instant, elle croit même qu’elle s’en fiche. Le mot meurtrière est désormais gravé sur son front et son air de brebis égarée ne dupera plus personne. Ses mains, froides, sont un océan de ténèbres. La magie crépite encore parfois, comme des étincelles d’un fil électrique laissé tout près d’une flaque d’eau. A l’orée de l’épiderme glacé, elle souffle ses volutes sibyllines, brume rieuse et noirâtre, attendant de s’expulser contre un corps, appelant quelque chose et surtout le Mal. L’entièreté du corps est une boule de douleur qui fait se resserrer sa gorge sur elle-même, à peine un gémissement de douleur soupiré. Elle ne s’autorise pas à hurler, ni à réellement sangloter. Il faut se faire silencieuse, une ombre que personne ne viendra plus trouver. Et puis elle se rappelle qu’elle n’a plus de voisine, se souvenant de cet homme penché sur elle, étranglant son cou de vieille femme un peu aigrie, se fichant de ses suppliques, éructant sa haine en postillons dégueulasses contre sa face crispée.

Un frisson l’atteint, la nausée pique brutalement sa poitrine, comme un coup  de poignard et elle déglutit, espérant échapper à un énième haut-le-cœur qui ne laissera rien venir, ne réussissant à avaler que quelques cafés qui la tiennent à peine éveillée. Quelques fois, ses lèvres s’agitent comme maintenant, s’entrouvrent pour prier un Dieu qui semble ne plus vouloir entendre ses prières, qui refuse d’écouter ses suppliques, n’osant demander le pardon mais espérant voir ses erreurs réparées, priant pour cet homme qu’elle a étreint sans le vouloir de ses bras d’ombres, encerclé d’une essence qui n’était même pas la sienne. A lui, elle aimerait demander pardon …

A quoi bon ? Il est peut-être mort désormais.

A quoi bon ? Tu n’es même plus digne du moindre pardon.

Reste là et ferme la, ça vaut mieux.


Les paupières s’abaissent quand une vague de terreur l’assaille, ses pensées tournant comme un tambour de machine à laver, souillant les moindres recoins de son esprit de souvenirs qui ont toujours la même allure, chimères grandiloquentes, venant dévorer la moindre part de bonheur de leurs grandes gueules béantes, aspirant les couleurs et l’écho d’une joie qui ne l’atteint plus vraiment. Ses mains nerveuses trouvent les racines de ses boucles emmêlées, s’y crispant, faisant crépiter les mèches brunes, des craquements discrets qui envahissent bientôt ses oreilles. Les os craquent eux aussi, le corps change, l’homme hurle et se courbe pour s’habiller de fourrure, laissant poindre deux têtes de loups enragés, affamés. La musique reprend, les mêmes notes, quelques octaves diffèrent parfois mais rien qui ne l’empêche de tout revoir et elle cesse de cacher son visage ridicule, maquillé d’un sempiternel chagrin, pareil à celui de ses yeux si souvent nimbés de mélancolie. Plus de masque, de sourires nerveux ou de regards fuyants, elle affronte le monde d’un œil amorphe, le tournant vers la fenêtre d’où vient toujours les mêmes bruits, juste avec moins de régularité, quelques voitures passent, quelques passants parlent, hurlent mais personne ne rit, ni ne court. Le monde d’en bas semble toujours autant dans le coma. Nul n’ose réellement s’aventurer dans les rues de bétons d’un Shreveport de nouveau en deuil. L’ouragan qui est passé cette fois a laissé autant de traces dans les cœurs des habitants que Katrina.

Elle fixe l’immeuble d’en face dont les yeux sont parfois éclairés de jolies lumières, elle voit passer quelques silhouettes, quelques rideaux voleter sous une brise légère. Une vie qui se poursuit car rien ne s’arrête jamais vraiment à l’abri des regards. Un pied nu se pose sur le parquet et au prix d’un effort la faisant grimacer, enroulée dans son manteau de torture, elle s’avance vers la fenêtre d’un pas lent, paresseux, la bretelle d’un pyjama trop souvent porté tombant aussi mollement sur son bras que la plante d’un pied avançant vers l’œil ouvert qui lui donne toute la vue sur la rue en contre-bas. Le cinéma demeure fermé, plus aucune file le Samedi soir, plus de groupes d’ados, de jeunes couples ou de solitaires amoureux du 7ème art ne venant attendre en bas de chez elle, le sol ne vibre plus des basses de la salle noire aux fauteuils rouges, aucun bruit de voisinage ne l’éveille, rien qu’un silence de plomb comme maintenant. Elle voit passer une voiture aux phares allumés, deux passants traversant le béton ridé et à travers ses cheveux et ses larmes, elle se fait encore témoin silencieux, ouvrant la fenêtre d’une main lasse, faisant craquer le bois usé et laissant tomber quelques copeaux de peinture blanche sur le parquet. La brise moite du soir vient effleurer sa peau et son visage irrité. De cette même main elle vient en essuyer les moindres traces de tristesse, inspirant les odeurs de Shreveport, fixant toujours les trottoirs vides, elle s’absorbe quitte à ne plus rien entendre, dessinant encore et encore les moindres détails, la mélopée étrange d’une envie de liberté suintant à ses oreilles, chantant leurs plus belles promesses, voix de sirènes tendant leurs mains de pécheresses pour attirer les marins trop naïfs. Aspirée par sa contemplation, elle laisse errer sa main le long du rebord rugueux, ses paupières battants à un rythme régulier, sa bouche résolument fermée. Il serait facile d’écouter encore les mêmes chants qui l’ont parfois envahis. Douce délivrance, tendre bras drapés de noir. Elle pourrait …

Un coup sourd la sort brutalement de son rêve, un sursaut laissant enfin revenir la peur sur ses traits qu’elle tourne vers la porte d’où est venu le coup. Les boucles tremblent en même temps qu’elle, son souffle se fatiguant déjà à l’orée de ses lèvres. Elle refuse de se voir à nouveau envahie par les cauchemars qui rôdent. Ca peut-être n’importe qui, n’importe quoi. Dans une transe qui ne survient que lorsqu’elle se sent au plus près du danger, elle glisse le plus rapidement possible jusqu’au coin de sa cuisine, délogeant le plus gros des couteaux de cuisine de son lit de bois, fixant enfin la porte d’entrée d’où survient encore un coup et une voix. Si chaque mouvement la fait grimacer et tiquer, elle avance, sourcillant à l’entente d’accords indistincts, incapable de reconnaître le timbre et les mots. Naissent-ils de sa psyché en lambeaux ou sont-ils réels ? Dans un cliquetis de chaîne, elle entrouvre à peine la porte, retenant un cri face au visage qu’elle aperçoit à travers la fente. Elle blêmit. L’ombre est immense mais la rencontre des prunelles déjà heurtées la fait ciller, ses doigts se resserrant sur le manche d’un couteau mal tenu. Elle ne fera peur à personne comme ça, elle le sait pourtant. Au travers des lumières du couloir, elle perçoit les traits d’un homme déjà vu. Oui, elle se souvient. Elle revoit le même bleu céruléen, entend le rire, la doucereuse caresse sur la bordure d’un décolleté, ses mains immenses tenant une canne aidant à frapper une autre vieille dame, sa face tâchée de sang, ses mots rassurants sur un long chemin après un énième désastre. Les larmes ne tardent pas à border de nouveaux les rives de ses yeux alors qu’elle oscille entre terreur et envie de s’effondrer. Le cœur s'agite, s'agite, se chamaille entre les chairs à vifs, les prunelles affolées.

Q…Qui êtes-vous ?

Elle n’est pas dupe. Il peut être une illusion que son esprit a appelé sans s’en rendre compte. Il peut être un résidu de magie noire. Est-ce elle qui l’a recréé sans savoir comment ? La gorge sèche, elle maintient la porte entrouverte, serrant les dents, affrontant toujours le même regard.

Ce n’est pas vous … Vous n'êtes pas ...

Un murmure piteux, un soupir d’enfant qui menace d’emmener avec lui un flot de sanglots retenus depuis trop longtemps, sa main armée vibrant toujours plus de nervosité.

Il ne serait jamais venu.

J’ai tué votre ami.

Elle n’osera jamais le dire et pourtant, ses lèvres s’entrouvrent dans le but de l’avouer, prête à le laisser l’achever par l’argent qu’elle détient, de ses mains immenses, de toute sa force masculine et imposante. Elle le laissera faire, elle le promet.
@made by ice and fire. icons by doom days.
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Hercule le tank estonien : le respect, pourquoi faire ?
Serguey Diatlov
Serguey Diatlov
Hercule le tank estonien : le respect, pourquoi faire ?
THIS WAR OF MINE

En un mot : Guerrier brisé, arcaniste défectueux, amant esseulé.
Qui es-tu ? : • Né en Estonie, le quadragénaire a été naturalisé américain en 2011 pour services rendus à la nation.
• Ancien tireur d'élite, il est vétéran de la guerre du Kosovo. Il a également participé à la Seconde Guerre du Golfe, mais rapatrié d'Irak suite à l'attaque et à la destruction de sa base militaire.
• Issu d'une famille de vaudouisants depuis plusieurs générations, ses pouvoirs se sont éteints depuis la guerre où il a failli perdre la vie. Sa magie est dormante depuis, et il cherche à s'y reconnecter.
• Tête brûlée, il a un tempérament excessif : il boit trop, aime séduire, rit fort, provoque.
• Sportif, il se défoule par la pratique d'activités physiques, en se bagarrant dans les bars ou au Mad Dog où on l'affuble du surnom de Golgoth.
• Ancien amant d'Aliénor Bellovaque, il vit très mal leur rupture depuis la révélation du putsch du motel Lucky Star, où a été perpétré le massacre d'arcanistes. (Juillet 2020)
• La séparation avec la vampire a également eu d'autres conséquences : en plus de son absence, il souffre encore du manque de ses morsures, comme un camé privé de l'objet de son addiction.
• Après sa démission en tant que chef de la sécurité aéroportuaire suivie d'une brève descente aux enfers, il doit son salut et sa reconversion professionnelle à Jake Hamilton, pour qui il est devenu agent de protection rapprochée (et partenaire de paintball préféré). (Septembre 2020)
• Amoureux des hérissons, il en possède un qu'il honore régulièrement sur Instagram, un cadeau d'Aliénor : Krissu.
• Loyal et serviable, il est un ami solide sur lequel on peut compter, même pour se sortir des situations les plus désespérées. Amant attentionné, il sait se montrer aussi tendre que passionné au creux de l'intimité, comme s'il s'agissait là des rares moments où il renouait avec sa magie rouge endormie.
Facultés : • Sa gueule carrée, sa stature imposante et sa hauteur avoisinant les deux mètres rendent sa silhouette intimidante, parfois même sans qu'il n'ait à lever le poing.
• Excessif et robuste, il gagne souvent à la bagarre et aux concours de beuverie.
• Bavard, il n'a ni le sens de la diplomatie, ni celui du politiquement correct, et a tendance à choquer par un phrasé cru ou par un humour pas toujours très conventionnel.
• Ancien soldat, il bénéficie d'une très bonne condition physique, même si l'âge comme ses excès finiront par le rattraper. Il manie très bien les armes à feu, et n'hésitera pas non plus à utiliser toute arme contondante, s'il s'agit de défendre un proche ou de sauver la veuve ou l'orphelin.
• Il parle couramment anglais, russe et estonien, même s'il n'utilise ce dernier qu'avec sa petite sœur, restée à Tallinn, avec laquelle il entretient une relation épistolaire.

Thème : Hooverphonic • Mad About You
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I belong to nothing, when you don't belong to me

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Dim 4 Oct - 17:52 (#)




Ce sont des siamois, des putains de siamois.
L'artère pompe lourdement sous la chair boursouflée, pour maintenir en vie l'abomination.
On peut pas les laisser comme ça. Faut les séparer.
Hurlement maternel, désespéré. La rage des pleurs.
Sinon, ils vont s'entre-dévorer.
Du sang gicle sur le mur. Un fœtus dans un bocal de formol, sur l'étagère adjacente. Le médecin est borgne. Le scalpel est trop émoussé. Ca ne va pas fonctionner.
C'est la sélection naturelle, Madame Diatlova. La loi du plus fort.
La vision se brouille. Les corps difformes et entremêlés se mélangent en une couleur imprécise ; l'immondice palpite, braille, un son qui n'a rien d'humain. Un monstre.
Veuillez quitter la pièce.
Le déchirement de la séparation arrache un nouveau hurlement à la génitrice, que l'on écarte de force, loin de l'acier chirurgical. Il fait très froid, tout à coup.
Tous les organes suintent, l'odeur est infecte. Les murs pleurent, toute la scène se barbouille de rouge.
Et la douleur surgit, insoutenable.

Il se réveille en sursaut dans un cri rauque, le corps en nage, et se redresse comme un naufragé prisonnier du tumulte des vagues, à la recherche d'un souffle salvateur. La tête en friche, l'esprit encore tourmenté des vertiges cauchemardesques, il tâtonne le mur, se débarrasse précipitamment de ses couvertures, et s'arrache hors du lit où il dormait seul, fort heureusement.
« Putain… »
Les dents serrées à s'en disloquer la mâchoire, il jure dans sa langue natale, étale d'un geste brusque la sueur perlée de son front. Son palpitant bat à tout rompre, menace de lui faire éclater la cage thoracique. Et, sous l'organe, pire encore, c'est la magie endommagée qui gronde, qui mord, qui crépite sans toutefois s'enflammer. C'est cette foutue gangrène qui le tiraille, comme un vétéran salement amoché au combat, dont le corps amputé lui rappellerait à chaque instant qu'il n'est qu'un estropié.
Car c'est ce qu'il était, n'est-ce pas ?
« Fait chier. »
Les paupières péniblement engluées des visions encore trop présentes, il se frotte machinalement les yeux ; son pouce et son index impriment des mouvements circulaires sur la chair fine, pour effacer coûte que coûte les détails trop précis de ses songes macabres.

Encore quelques borborygmes slaves et il traîne sa carcasse sous la douche, où l'eau glacée évacue après quelques minutes la sueur dont ses muscles et sa peau étaient imprégnés. Il s'ébroue, l'oreille toujours aux aguets, comme s'il guettait un danger toujours présent, tapi dans l'ombre.
Pas de trêve pour les vétérans.
C'était bien la peine de se faire naturaliser amerlock.
Mon cul, ouais.

D'une humeur massacrante, il enfile un tee-shirt noir sur un jean bleu délavé, sans avoir pris la peine de se sécher totalement, encore trop déboussolé par cet énième cauchemar, trop réel, trop surréaliste, trop intrusif. Ses doigts tremblent lorsqu'il lace ses chaussures, et il peste de se sentir aussi impuissant, aussi faible face à l'insaisissable.
Et cette foutue magie, inutile et pourtant bien présente, comme un membre fantôme ne cesserait de se rappeler douloureusement à l'esprit de son ancien propriétaire.
Il faut que cela cesse.
Dans des moments comme celui-là, il n'était plus que l'ombre de lui-même, et il se détestait ainsi, Serguey, aussi sombre, aussi fragile, aussi dangereux. Il fallait absolument restaurer un semblant d'équilibre, de toute urgence.

En sortant de sa chambre, il n'hésite pas une seule seconde : ce ne sera pas dans les bras d'Aliénor qu'il s'oubliera, cette nuit. Au contraire, ses pas l'entraînent au-dehors du motel, dont il ignore les sons et l'agitation montante, en ce début de soirée. Dehors, l'air frais le cueille et hérisse les poils de ses avant-bras. Il n'a pas pris de veste, à quoi bon s'alourdir de vêtement superflu alors que son seul objectif résidait sous les toits, au-dessus du cinéma de Downtown ?
Il se souvenait. La route à parcourir. Il l'avait déjà raccompagnée chez elle, après le chaos. Il retrouverait le chemin, en voiture cette fois.
Cette nuit est étrangement semblable à celle de Noël.
Perte de la réalité. Trop de magie. Dysfonctionnement des systèmes. Violence, violence, violence.
Je dois la voir.

Pas de limitation de vitesse pour celui dont la psyché s'effrite ce soir. Ses yeux furibonds s'écorchent contre le bitume tandis que, pied au plancher, il avale les kilomètres, délaisse le motel pour rejoindre Shreveport, évite les lieux de rassemblement, grille les feux, pour finalement se perdre dans les entrailles de Downtown, les nerfs en pelote.
« Bordel, j'y vois autant que dans le cul d'une chèvre ! »
De rage, il écrase son klaxon d'une paume féroce, actionne les pleins phares, ce qui ne lui vaut que les insultes d'un ivrogne sans-abri qui somnolait dans le coin.
Qu'importe, il continuerait à pied.

D'une poussée puissante, la portière claque, suivi du bip caractéristique du verrouillage automatique de sa voiture, de laquelle il s'éloigne d'un pas vif. Ses yeux s'efforcent de décortiquer la pénombre, de traquer le nom des rues sur les pancartes parfois mal entretenues. Sans l'animation caractéristique de la foule qui patiente sous les affiches du septième art, il lui faut de longues minutes avant de retrouver le Regal Cinema, puisqu'il avait laissé son téléphone chez lui, dans la précipitation. Heureusement qu'il n'était pas trop mauvais en repérage, et qu'il avait été capable de cartographier la zone de mémoire, la dernière fois qu'il l'avait raccompagnée chez elle, malgré le tumulte de la soirée. Vieux réflexe.

La porte du bas cède après trois coups de pied bien placés, le bois craquelé autour de la clenche se répand en morceaux minables au sol, tandis qu'il gravit les escaliers quatre à quatre, qu'est-ce que je fous ? A entrer ici comme un voleur ? Elle va prendre peur. C'était pour pas la réveiller. Et puis, si cette foutue sonnette ne fonctionnait pas ? Ouais, c'est ce que je vais lui dire.
Avec une démarche aussi brutale, nul doute que Honor, même si elle somnolait, l'avait probablement entendu approcher dangereusement de son domicile, bien avant qu'il ne cogne sèchement contre la porte. Les irradiations de magie, de cauchemars, de tout ce bordel interne non-résolu, le font probablement passer pour un aliéné, les prunelles démentes, le poing féroce lorsqu'il l'abat de nouveau contre l'ultime barrière qui les sépare encore.

C'est l'apparition du visage terrifié qui l'apaise quelque peu, et le bras qui s'apprêtait à frapper encore retombe mollement le long de son corps. Il s'écarte d'un pas, conscient que son visage furieux était probablement la dernière chose à laquelle elle s'attendait ce soir. Et subitement, il se sent foutrement con d'être planté là, devant chez elle, à une heure indécente, d'avoir martelé jusqu'à ce qu'elle daigne lui ouvrir, d'être entré de force par la porte du bas. Tout cela ne lui ressemblait pas.
C'était trop à supporter pour un seul homme.

Après s'être raclé la gorge, il s'efforce de paraître moins menaçant que de prime abord, face aux prunelles terrifiées de la jeune femme.
« Ben, c'est Serguey. J'voulais juste… »
Toute justification lui paraissait soudain absurde. Et pourtant, lorsqu'il s'était extirpé du cauchemar, il lui avait paru évident qu'il devait être là. Avec elle. Qu'elle était la solution à ce problème trop récurrent.
Qu'elle pourrait, peut-être, le réparer, enfin.
« Y'a quelqu'un qui te cause du tracas dans les parages ? »
Il lui désigne la lame de son couteau encore pointée vers lui d'un coup de menton. Les larmes et le cœur affolé de Honor lui avaient quelque peu remis les idées en place. Il recule d'un pas, le visage blafard sous l'éclairage artificiel qui s'échappe timidement du logement de la jeune femme.
« Tu me reconnais ? La soirée vaudou. Le marché de Noël. J't'ai ramenée chez toi. Ca fait un bail, je sais mais, j'me souvenais de ton adresse et j'voulais… »
De nouveau, cette hésitation devant l'innommable. Comment justifier sa présence ici, maintenant ? Peu importe, il devait la voir. Il devait franchir le dernier rempart.
« Bon, j'peux entrer ou t'as l'intention de me planter sur le palier ? Parce que j'ai besoin de boire un truc fort. »



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Mar 20 Oct - 22:05 (#)

the thrill is gone
The thrill is gone away from me
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J’ai tué.
J’ai tué votre …


Les mots s’évaporent alors même que le faciès aux traits rudes lui apparait, plein de froideur dans ce regard que Zeus n’aurait pas à envier à cet homme. La feuille déjà oscillante tremble face à cette apparition démoniaque, comme de peur de se consumer sous le simple touché de l'immense créature, ne comprenant rien du courroux qui semble s’être infiltré en l’homme qu’elle a toujours vu sympathique. D’un battement de paupières signant toute sa détresse, ses doigts se resserrant malgré eux autour du manche de cette arme dérisoire, elle reconnait enfin le visage qui la surplombe, un géant dont elle se souvient de la trace des doigts sur la peau découverte pour l’occasion, qui emmène souvent avec lui les fléaux de la nuit … Ou n’est-ce qu’elle. Car cette nuit-là, il n’était pas là. Il n’a pas vu l’horreur, il n’a pas vu ce qu’elle a créé en un homme qui ne méritait pas de se voir torturer ainsi. La main sur la poignée, elle le scrute, méfiante malgré elle, malgré tous les mots qui sortent de cette bouche qui ne lui a jamais parue insultante. Un visage connu dans ce brouillard de douleur et de solitude dans lequel elle s’est enfermée de force, pour ne faire de mal à personne. Jana aura beau appeler, elle ne répondra pas. Pas maintenant. Peut-être jamais. Il lui faut cesser faire la mal autour d’elle, il lui faut peut-être penser à céder au vide. Mais la mort aussi tentatrice soit-elle, l’effraie.

Serguey …

Le murmure résonne de tout son désespoir, comme un esprit peinant à se rappeler un vivant. Le marron rencontre le céruléen, s’absorbe dans un regard qui s’est enfin adoucit, presque aussi perdu qu’elle. Et l’homme de plomb lui parait soudainement plus humain qu’il ne l’a jamais été. Les boucles tremblent autour de son visage défait, image même de la déchéance, l’œil cerné, le teint pâlot de ne pas avoir osé prendre la lumière depuis des jours. Ses phalanges aux ongles rongés par l’angoisse finissent par relâcher doucement leur prise sur la lame attrapée comme un automatisme. Dans un geste lent, elle se découvre armée, observe luire l’argent à la lumière blafarde du couloir, sentant toujours sa paume pétiller de cette magie qui ne demande qu’à trouver le refuge d’un objet, d’un corps, de mordre à tout prix, aussi affamé que les êtres nocturnes qui l’ont un jour prise au piège. Horrifiée, elle secoue vivement la tête, relevant la tête vers la présence qui se veut désormais rassurante, crevant de froid, peinant à trouver à nouveau une quelconque chaleur où que ce soit et d’un geste machinal, elle remonte la bretelle tombante sur une épaule moelleuse mais refroidie car elle n’a pas pris la peine d’allumer le chauffage. Tout est froid, aussi froid que la Sibérie qui semble parfois habiter Serguey dont elle ne sait finalement pas grand chose.

Non, personne ne … C’est moi, je déraille un peu, je crois.

Elle en est certaine mais l’euphémisme est mieux que n’importe quelle certitude pour l’instant. Le timbre est un peu mort, mélancolique comme un automne où le soleil ne prendra plus la peine de venir effleurer les feuilles mortes, où il pleut souvent, surtout sur les joues de la jeune fille fanée. Sans se rendre compte que les minutes s’étiolent, dévalent la distance entre eux et que son visiteur prend racine sur le palier et d’ailleurs, peu importe car personne ne pourra plus les entendre, la vieille dame est morte, elle l’observe encore, de son t-shirt peu adapter aux températures qui se font moins clémentes le soir, bien que rien ne puisse être comparé au climat européen jusqu’au jean et aux chaussures. Il transpire la force et l’humanité, quelque chose qu’elle ne pourrait saisir de cette simple œillade qui semble devenue aveugle. Mais malgré tout le poids de sa tristesse et de sa culpabilité, malgré les frissons de peur qui courent encore sous la peau, elle esquisse un pâle sourire, fixant un point près du torse puissant où doit battre un cœur bel et bien humain.

Oui, je vous reconnais. Je ne pourrais pas oublier de si tôt.

Même si elle le voulait, sa mémoire est devenue un champ de mines d’horreurs que Shreveport semble vouloir nourrir et pourrir. Dans un sursaut, elle s’écarte, ses pieds nus frappant lourdement le parquet qui ne cesse jamais de grincer, gémir, ployer sous son poids mais qui ne tremble plus sous elle puisque le cinéma est fermé jusqu’à nouvel ordre, quelques babioles traînant çà et là, des bouquins jamais terminés s'entassant sur une chaise, deux tasses de cafés dormant dans l'évier, son odeur planant encore dans l'atmosphère, des vêtements attendant d'être remis ou lavés jetés sur les chaises de la table à manger, les murs tapissés de quelques tableaux d'Orients ou du Mexique, la pièce exiguë ressemblant tout autant à une caverne de trésors farfelues qu'à un studio lambda. Sans un mot, elle l’invite à entrer, abaissant enfin son bras armé dont elle n’aurait rien fait de toute manière. A quoi bon ? Où aurait-elle pu le planter ? Et est-ce qu’un blessé de plus lui ferait sincèrement du bien ? Mirant la lame sans qu’aucune expression ne froisse la trogne de poupée traumatisée, elle referme doucement le battant dans un claquement discret. La vieille dame est morte, elle ne râlera plus de l’entendre claquer trop fort cette porte, elle ne râlera plus de l’entendre quelques fois discuter avec Jana, rire de ses bêtises et ce soir, elle ne pourra lui reprocher d’inviter un homme à entrer dans son refuge miteux. Il est étrange de voir la silhouette masculine maculer le décor de sa présence, étrange de ne pas se sentir totalement en danger. Il pourrait lui faire mal, il pourrait la déchiqueter de tant de manières mais le soir du marché de Noël, il n’a rien fait alors qu’il aurait bien pu. Il n’a jamais rien fait pour trouver près d’elle la chaleur de son sang ou de son corps qui n’a, de toute manière, rien à lui donner. Elle n’est pas faite pour cela et il a bien dû le saisir. Refermant ses lèvres à peine entrouvertes, elle repousse les boucles de ses cheveux encore et encore, renifle en se rendant compte que les larmes n’ont jamais vraiment cessées. Dans un soupir, elle s’empresse de ranger la lame, d’ouvrir le frigo dans un cliquetis de bouteilles et d’en sortir une bière … puis une autre finalement, se décidant à ne pas le laisser boire seul. Ce soir, elle l’accompagnera dans sa timide beuverie.

Vous pouvez vous asseoir. Faites … comme chez vous.

C’est un automatisme, une vieille rengaine qu’on offre à tous les invités alors elle se dit que, peut-être, c’est ainsi qu’elle se doit de l’accueillir, les derniers mots peinant à se sortir du carcan de sa bouche où trop de pensées s’emmêlent. Peut-être que ce soir, elle a bien envie qu’il fasse comme chez lui. Il n’a plus l’air aussi en colère qu’à son arrivée alors que ses poings semblaient vouloir fracasser la porte, comme un démon venu pour la punir de son crime. Décapsulant une première bouteille, elle craint alors qu’il ne soit au courant, qu’il ne puisse savoir le mal qu’elle a fait lors de cette nuit terrifiante et maudit par le Diable lui-même. Lui jetant un coup d’œil timide, elle s’empresse de décapsuler l’autre bière, les deux capsules tombant l’une près de l’autre sur la table et la dernière tremble encore alors qu’elle se dirige vers lui et lui en tendre une.

C’est pas grand chose, j’bois jamais de trucs très forts. C’est Jana, elle m’en a ramené il y a quelques temps maintenant. J’espère que ça vous ira.

A nouveau, le regard rencontre le sien mais ne fait que le croiser pour mieux le fuir, la télévision blablatant sans qu’on entende ses paroles, de simples images passant encore et toujours mais malgré tout, le temps semble s’être suspendu. Une gorgée amère et qui pétille ne suffit pas à la faire grimacer, tout passe sur elle, rien ne l’atteint, à part les frissons noirs qui la font tiquer sans qu’elle ne le perçoive, serrant les dents le plus discrètement possible, roulant une épaule en retenant une grimace qui soulignerait toute la souffrance qui la hante encore. Un temps passe tandis qu’elle ose le fixer plus franchement, croisant ses bras sur son corps peu vêtu mais pas moins refroidit, les ombres les enveloppant aussi sûrement que les lumières défilant dans l’écran télévisé. Elle hésite, bien sûr, n’osant jamais l’affronter, sentant d’ici toute la force qui émane de lui mais rien, rien ne laisse présager de la magie en lui, rien qui ne la pique réellement. Il est l’un des seuls dont le toucher ne lui a jamais fait mal, qui ne la poinçonne pas de l’intérieur et c’est aussi pour cela qu’elle le veut bien auprès d’elle ce soir, le voyant l’arracher à son marasme et cette apathie maladive, presque inoffensif. De ses yeux rougis, elle le dessine, s’oblige à trouver les lacs bleutés qui transpercent sans le vouloir, modeste silhouette face au guerrier n’ayant plus ses armes pour combattre le monde occulte.

Tout va bien ? J’veux dire … après tout ça ? Je n’ai pas eu le temps de …

Elle s’interrompt, se fige, se rendant compte du mensonge qu’elle allait lui servir sans honte. Soufflant un rire qui n’est fait d’aucune joie mais de toute l’amertume du monde, elle secoue la tête.

Non, en fait, je n’ai pensé à rien. Je ne savais même si vous alliez bien ou non. Je n’ai pris aucune nouvelle, je n’osais pas …

Un souffle s’étiole loin de sa gorge serrée, courbant de nouveau l’échine, misérable apparition qui se vêtirait bien de nouveau d’un plaid pour ne plus en sortir. Soudainement, la lassitude la surprend et sans réelle douceur, capable parfois d’une franchise tranchante sans même s’en apercevoir, elle murmure avec toute la fatigue dont est empli son corps :

Qu’est-ce que vous faites ici ?

@Serguey Diatlov — @made by ice and fire. icons by doom days.
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Hercule le tank estonien : le respect, pourquoi faire ?
Serguey Diatlov
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Hercule le tank estonien : le respect, pourquoi faire ?
THIS WAR OF MINE

En un mot : Guerrier brisé, arcaniste défectueux, amant esseulé.
Qui es-tu ? : • Né en Estonie, le quadragénaire a été naturalisé américain en 2011 pour services rendus à la nation.
• Ancien tireur d'élite, il est vétéran de la guerre du Kosovo. Il a également participé à la Seconde Guerre du Golfe, mais rapatrié d'Irak suite à l'attaque et à la destruction de sa base militaire.
• Issu d'une famille de vaudouisants depuis plusieurs générations, ses pouvoirs se sont éteints depuis la guerre où il a failli perdre la vie. Sa magie est dormante depuis, et il cherche à s'y reconnecter.
• Tête brûlée, il a un tempérament excessif : il boit trop, aime séduire, rit fort, provoque.
• Sportif, il se défoule par la pratique d'activités physiques, en se bagarrant dans les bars ou au Mad Dog où on l'affuble du surnom de Golgoth.
• Ancien amant d'Aliénor Bellovaque, il vit très mal leur rupture depuis la révélation du putsch du motel Lucky Star, où a été perpétré le massacre d'arcanistes. (Juillet 2020)
• La séparation avec la vampire a également eu d'autres conséquences : en plus de son absence, il souffre encore du manque de ses morsures, comme un camé privé de l'objet de son addiction.
• Après sa démission en tant que chef de la sécurité aéroportuaire suivie d'une brève descente aux enfers, il doit son salut et sa reconversion professionnelle à Jake Hamilton, pour qui il est devenu agent de protection rapprochée (et partenaire de paintball préféré). (Septembre 2020)
• Amoureux des hérissons, il en possède un qu'il honore régulièrement sur Instagram, un cadeau d'Aliénor : Krissu.
• Loyal et serviable, il est un ami solide sur lequel on peut compter, même pour se sortir des situations les plus désespérées. Amant attentionné, il sait se montrer aussi tendre que passionné au creux de l'intimité, comme s'il s'agissait là des rares moments où il renouait avec sa magie rouge endormie.
Facultés : • Sa gueule carrée, sa stature imposante et sa hauteur avoisinant les deux mètres rendent sa silhouette intimidante, parfois même sans qu'il n'ait à lever le poing.
• Excessif et robuste, il gagne souvent à la bagarre et aux concours de beuverie.
• Bavard, il n'a ni le sens de la diplomatie, ni celui du politiquement correct, et a tendance à choquer par un phrasé cru ou par un humour pas toujours très conventionnel.
• Ancien soldat, il bénéficie d'une très bonne condition physique, même si l'âge comme ses excès finiront par le rattraper. Il manie très bien les armes à feu, et n'hésitera pas non plus à utiliser toute arme contondante, s'il s'agit de défendre un proche ou de sauver la veuve ou l'orphelin.
• Il parle couramment anglais, russe et estonien, même s'il n'utilise ce dernier qu'avec sa petite sœur, restée à Tallinn, avec laquelle il entretient une relation épistolaire.

Thème : Hooverphonic • Mad About You
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Pseudo : Tank.
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Crédits : Nero (avatar) ; Lilie (code signature)
Mar 12 Jan - 11:53 (#)



L'iris autrefois si farouche lui apparaît voilé, comme si la jeune femme n'était plus que l'ombre d'elle-même. Les joues barbouillées de larmes paraissaient ternies par le passage du temps, comme si sa figure avait été figée depuis de longues heures déjà, peut-être même des jours, dans cet interminable agonie de tristesse. Même sans user de sa perception magique et de la sensibilité conférée à ceux de son espèce, il devinait aisément qu'elle avait vécu des moments éprouvants, des nuits à n'en pas fermer l’œil, et que son existence relevait actuellement davantage d'un lent dépérissement que d'une folle épopée. Ce constat le peine, tandis qu'il l'observe avec bienveillance, le calme retrouvé. Les bronches du vétéran vibrent de sérénité, sifflent légèrement de ce défaut à peine notable, uniquement dans ces instants où il se révèle plus fragile – ils m'ont pas loupé, ces salauds. Une moitié de poumon emportée, joli trophée de guerre.

Enfin, la méfiance de Honor s'émiette et elle s'écarte pour l'inviter à entrer.
« Enfin, c'est pas trop tôt… »
Une remarque qu'il regrette presque instantanément, mais qui témoigne plus d'un soulagement que d'un reproche à l'égard de son hôtesse. La peur d'être laissé à l'écart. L'angoisse de demeurer le seul survivant, devant la porte close.
Il entre à sa suite, inspecte d'un œil prudent le logement qu'il n'avait pas eu l'occasion d'explorer lorsqu'il l'avait raccompagnée, après le chaos du marché de Noël.
« Et arrête de me vouvoyer, j'ai l'impression d'être le daron d'une de tes copines. »
L'humour acerbe, la parole faussement légère, tout pour masquer son véritable trouble, comme si un relent de fierté rappliquait à contre-courant, avec retard, et ensevelissait son cri d'alerte initial. C'est qu'il avait encore du mal à admettre qu'il avait besoin d'aide, Serguey.

Il feuilletait l'un des livres entamés lorsque le son caractéristique d'une bière bon marché qu'on décapsule le fait relever le nez de sa lecture, la pupille intéressée. Pas vraiment étonné que Honor ne lui propose rien de plus fort (il se souvient parfaitement des difficultés qu'elle avait éprouvé à siroter un simple cocktail lors de la soirée chez Pedro), il retient cette fois une pique à son encontre, se promettant en silence de l'entraîner ultérieurement dans une véritable nuit de beuverie, histoire d'endurcir un peu la demoiselle.
« Merci. Ca me convient parfaitement. Et c'est gentil de m'accompagner, j'me sentirai moins con. » Moins pitoyable.
Finalement, après une rapide inspection des lieux surprenants (qu'il avait imaginé plus ordonnés), c'est dans le canapé qu'il échoue avec sa boisson, comme s'il ne s'agissait là que d'une banale soirée de confessions entre amis. Mais tous deux savaient qu'il ne s'agissait nullement de cela. Et il prenait pleinement conscience qu'il était chanceux d'être ici, et qu'elle fournissait probablement un effort surhumain à accepter de l'accueillir chez elle. A l'inciter à faire comme chez lui. Une parole inconsciente lorsqu'on l'adressait à quelqu'un comme Serguey. Mais il était trop bouleversé pour l'envahir de ses fantaisies excentriques habituelles.

Enfoncé dans le moelleux du canapé, les genoux légèrement écartés, la bière à la main, il tâche de ne pas paraître trop imposant, de ne pas être ce grain de sable dans l'engrenage de la vie de Honor. Mais cet effort lui apparaissait vain, désormais. La vérité, c'était qu'il n'avait rien à foutre ici, dans cet endroit trop sage pour sa décadence, au creux de la tristesse de la jeune femme. S'il se laissait observer (il sentait le regard juvénile s'attarder sur lui plus que d'accoutumée), il profitait des moments de timidité pour la jauger à son tour, afin de cerner tout le mystère qui entourait le personnage de Honor. Il se remémore sa réaction lorsqu'il avait évoqué l'idée qu'elle puisse être une Eveillée. Le Temps les avait séparés de longs mois, alors peut-être que depuis…?
Non, il ne pouvait pas lui poser la question si frontalement.

Un grand soupir quitte sa large carrure tandis qu'elle tente de s'excuser, puis se ravise, une chose dont il est fier. Elle semblait avoir changé. Plus sombre, plus lucide. Moins naïve.
« T'as pas à te justifier. J'ai pas pris de nouvelles non plus, pas vrai ? On est deux vieux ours mal léchés, on a pris le temps de panser nos plaies chacun dans notre coin. C'est comme ça. C'est pas une question d'audace. L'Homme aime à se retrouver seul, après que la moitié de l'univers se soit cassé la gueule sur sa tronche. T'as pas de compte à me rendre. »
Et puis, à quoi cela aurait servi ? Certaines blessures méritent d'être laissées au repos. Oubliées. Ils auraient tout le temps de les raviver par la suite.

D'un regard circulaire, il parcourt de nouveau la pièce, après une longue gorgée de bière.
« J'aime bien cet endroit. L'idée de vivre au-dessus d'un cinéma. L'aspect cocooning de ton appart. A vrai dire, j'imaginais quelque chose de plus… »
Il ne sait comment achever cette phrase, sans la vexer. Oh, et puis après tout, à quoi bon y mettre les formes ? Il avait débarqué chez elle en pleine nuit, elle lui avait ouvert la porte en pyjama, armée d'un couteau, prête à le planter. Une soirée normale.
« … froid. »
Une bien mauvaise façon de la juger, finalement.
Et ce n'était pas le seul raté qu'il avait eu avec elle.
Pourtant, et malgré le fardeau dont elle semblait encombrée, elle avait accepté de l'accueillir et de l'écouter. Et peu à peu, elle laissait tomber ses barrières, sa timidité s'élimait.
A chaque rencontre, elle le surprenait davantage. Et cette simple idée le confortait : il avait bien fait de venir ici.

« Bon, j'vais pas tourner autour du pot, c'est déjà bien sympa de ta part de m'avoir ouvert la porte… Mais ça va peut-être te sembler complètement fou. T'as le droit de me juger, cela dit. Tant que tu me vouvoies pas, fais-toi plaisir. »
La différence d'âge était palpable, nul besoin de le lui rappeler à chaque prise de parole.
« J'ai vraiment passé une sale nuit. Ce genre de nuits où les cauchemars te semblent si réels que tu te demandes où est la réalité, où est le mensonge. Tu vois de quoi je parle ? Oh, t'inquiète pas, je suis pas venu ici pour te demander du réconfort, j'aurais pas fait tout ce chemin, sinon. »
Il préfère anticiper sa réaction, les yeux écarquillés, le mouvement de recul, et cherche à la rassurer quant à ses intentions.
« Bref, j'me suis réveillé en mauvais état, en sueur, mais j'ai eu un déclic : cette situation, ça ne peut plus durer. Et j'ai été traversé par une conviction : c'est qu'il fallait que je vienne te voir. Là, tout de suite. Alors j'ai rappliqué ici. Car j'étais intimement persuadé que tu pouvais m'aider à trouver la solution à mon problème. Et à en juger par tes larmes et par ton état, peut-être que t'as besoin de moi aussi. Je sais pas. Mais si j'peux faire quelque chose pour toi, j'te jure que je le ferai. »
Le voilà, le Serguey dément et presque mystique, décidé à lui dérouler toutes ses idées farfelues, et à donner du sens à leur rencontre, coûte que coûte. Car il en fallait. Sinon, ils dépériraient tous les deux.
« Ce qui s'est passé chez Pedro, puis au marché de Noël, je crois que ça nous a liés. Les gens comme toi et moi ressentent ces choses-là. Tu vois ce que je veux dire ? »
Il cherche à analyser son expression faciale, à décortiquer son regard. Il doit savoir, savoir si elle a désormais conscience de son essence, si elle a accepté sa nature. Savoir s'ils pourront mutuellement s'extirper de la brume. Et se reconnecter à eux-mêmes.
« Toi et moi… nous ne sommes pas si différents. »
Dis-moi que tu le ressens, toi aussi.




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Ven 19 Fév - 8:29 (#)

the thrill is gone
The thrill is gone away from me
Although, i'll still live on
But so lonely i'll be
L’esprit fourvoyé par la nuit qui fait encore trembler ses souvenirs, ses larmes, ses iris qui n’osent jamais trop se poser çà ou là s’apaisent à peine en le voyant découvrir son univers, une seconde fois, peut-être plus bordélique que la dernière fois, comme si personne n’avait réellement habité ici depuis quelques semaines, délaissant quelques objets non rangés, des fouillis, des bouquins qui s’empilent et ne seront pas lus avant un moment car l’envie c’en est allé. D’une voix doucereuse, bien qu’aussi morne que si un temps de pluie s’était définitivement installé dans sa gorge, elle murmure « Vous avez l’âge d’être le daron d’une de mes copines. » Une taquinerie sans saveur mais qui voudrait être entendue sans l’être, sans qu’aucun sourire ne lui vienne. Le malaise s’étend entre eux comme un linceul sombre, se déploie et elle ignore si elle aimerait brutalement lui dire de déguerpir ou se fondre contre sa dureté humaine, ce naturel rafraîchissant où il ne l’épargne pas malgré son évidente fragilité. Serguey, lui, ne l’a jamais traité comme un vase brisé qu’on a recollé avec de la peinture d’or pour faire joli. Il ne l’a jamais traité autrement que comme une égale, la secouant de ses mots, levant cette main vers son décolleté comme si elle était digne de l’attention d’un désir quelconque mais pas malsain, lui parlant plus sincèrement qu’on ne le fera jamais. Il n’a pas peur qu’elle s’effondre et quelque chose au fond d’elle en sourit, voudrait lui dire merci de briser le sombre de sa bulle où elle étouffait depuis cette nuit, où les grognements de la bête créée par elle continuent de la hanter, où dans sa somnolence, une ataraxie qui n’emmène pas la paix avec elle, elle revoit l’horreur sur les visages de ses compagnons nocturnes, où elle revoit cette grande et belle femme venir jusqu’à elle, lui saisir le cou et puis le Rien qui est venu ensuite. Un vide immense la menant à un soulagement qu’elle n’a ressenti qu’une seconde. La fin de la douleur qui court encore dans ses os à cet instant.

Elle craint de lui faire mal, tenant une distance bien sage entre eux, ne sachant que faire de la bière ouverte, laissant quelques gorgées se perdre dans sa gorge serrée en un geste automatique car c’est bien ainsi que font les gens normaux. Ce que tu n’es pas. Crache une voix belliqueuse. Elle ignore les messages de Jana depuis cette nuit, elle ignore tout le monde, craint qu’on ne vienne la chercher à nouveau, pourchasser par ces gens qui semblaient ne vouloir que des réponses, hantés par une sorte de fébrilité qu’ils semblaient lui reprocher. Une fébrilité qu’elle perçoit alors dans le ton de celui qui lui fait face, un géant dans une maison de poupée et elle aurait sourit, autrefois, de le voir ainsi peu à l’aise, tentait de rire de sa position, grattant cette nonchalance qui ne doit cacher que la profondeur d’une pure sensibilité. Elle aimerait lui demander ce qui ne va pas, lui offrir sa paume pour qu’il la tienne et se sente moins seul dans ce grand corps qui semble souffrir en cette nuit bouleversée par le silence, à peine remise du Chaos. Un sourire n’ose réellement s’esquisser sur ses lèvres à ses mots, abaissant à peine la tête sur sa bouteille, quelques boucles de ses cheveux retombant pour cacher le visage presque opalin malgré le métissage de sa peau, ne voyant rien de la blancheur du père, aucune trace de ce géniteur qu’elle n’a pas encore trouvé, dans ses traits tirés, mirant le goulot de sa bouteille.

— Oui … Vous êtes … C’est gentil.

Elle se rattrape, souffle un rire discret pour ne pas le vexer davantage d’un vouvoiement qui a l’air de l’insulter et elle n’oserait pas le mettre en colère, se demande ce qu’il renvoie lorsque la rage elle-même le hante, se rappelle alors cette nuit de Noël où il fracassait le bois d’une canne sur une vieille dame elle-même tourmentée par les démons qui couraient dans les rues et elle cille, espérant que ce battement de cils seul effacera de sa mémoire les traces de cette autre nuit d’horreur où elle s’était retrouvé couverte de sang, comme un mauvais remake d’une Carrie, peu digne d’être l’héroïne d’un bouquin de Stephen King. D’un mouvement de main nerveux, elle repousse les mèches de ses cheveux derrière une oreille, remonte la bretelle du haut de son pyjama, la chaleur glissant dans ses pores, ignorant s’il s’agit là des microcosmes de magie noire restant en elle, la bière à peine entamée ou elle-même qui sent belle et bien la présence grandiloquente d’un homme en ces terres. Ce n’est pourtant pas que de lui qu’elle a peur, pas des grandes paluches qui détiennent la bouteille, le regardant observer son lieu de vie, gênée sans réellement l’être, qu’il perçoive le foutoir digne d’un grenier délaissé, les babioles mises çà et là, sans réels goût pour la décoration, simplement pour emplir un maximum le lieu, haussant à peine un sourcil à sa réflexion, penchant la tête avant d’elle-même suivre le même chemin que ses yeux ont tracés, redécouvrant son lieu de vie, pas si loin de là où la mort a frappé.

— Avant … Avant tout ça, on pouvait entendre les films qui passaient en-dessous. C’était désagréable mais … vivant. On pouvait entendre les gens attendre dans la fil d’en bas, les groupes d’amis, les couples, les gens seuls, comme moi, qui aiment leur solitude et qui allaient voir des films qui faisaient même vibrer le sol sous mes pieds.

Elle l’avoue dans un murmure où l’accent d’ailleurs sonne plus que d’habitude, la tristesse épousant davantage ses traits sans qu’elle ne le regarde plus, fixant la porte d’entrée avant d’esquisser un sourire puant de mélancolie avant qu’il ne s’effondre, revenant vers lui, tombant dans la glace de ses yeux sans frissonner, comme si elle ne pouvait plus avoir honte désormais de regarder un homme en face, comme s’il y avait plus grave, à présent.

— Maintenant, c’est fini tout ça, tu vois.

Le tutoiement lui vient et lui semble dérangeant mais elle se forcera à faire un effort, à laisser trainer autre chose que ce pauvre vouvoiement qui lui rajoute peut-être des rides au visage. Enserrant sa bière, déglutissant une gorgée qui pétille, elle déglutit plus doucement au fil des paroles qui font entrer dans le vif de sujet, dans cette venue qu’elle ne comprend pas. Il y a bien d’autres maisons où se réfugie, alors pourquoi elle ? Au fil de ses paroles tissés de sa voix au timbre masculin, grave et doucereux à la fois, bourru sans pour autant la bousculer cette fois, elle abaisse son bras, l’idée même qu’il soit venu pour trouver du réconfort contre son corps n’ayant pas le temps de la traverser, davantage intriguée par ce qu’il lui décrit, hochant la tête face à ces nuits qui font trembler, qui laissent transi d’horreurs, de peur, d’envie que cela cesse, où les cauchemars se collent aux paupières et ne s’effacent jamais vraiment même quand le jour vient à se lever et alors on ignore si ce que l’on a vécu a été dessiné par notre psyché dérangée ou si c’est un souvenir, si notre corps s’est élevé de lui-même pour mieux se recoucher, nous trompant de bout en bout. Et c’est là que même à soi-même, on ne peut plus faire confiance.

— Oui, je connais ça.

Rien qu’un murmure perdu dans les palabres qui se poursuivent et alors elle se tend quand elle comprend qu’il n’a pu que remarquer sa mine défaite, sa mise faite de haillons et de misère, détournant la tête comme pour cacher les larmes qui manquent de revenir, voulant lui hurler que non, elle n’a besoin de personne, surtout pas de lui, qu’il ne faut plus jamais l’approcher, qu’elle est une meurtrière, qu’elle finira, lui aussi, par le tuer s’il s’approche encore. Ses mots l’atteignent plus que de raison et ses prunelles figées sur cette même porte d’entrée donnant sur le couloir où sa vieille voisine s’est éteinte, étranglée par les mains d’un dément sous ses yeux, elle sent les larmes lui revenir, s’écouler en se rappelant l’horreur partagé, cette première rencontre, l’autre encore où elle pensait vivre une soirée moins pourrie que toutes les autres, où elle a toujours espérée, au fond, ne pas être une anomalie, un cafard à écraser. Elle repense à Sanford et au message auquel elle n’a jamais pu répondre jusqu’ici, refusant de lui faire mal, malgré toute sa colère, se rappelant sans mal ses doigts sur sa main, ce papier froissé dans sa paume et depuis elle n’a plus revu sa haute silhouette, ses yeux rieurs qui ont pourtant, semble-t-il, perdus de leur vitalité. Elle pleure alors pour tous ces mois écoulés, elle pleure en se souvenant de ce qu’elle a modelé de ses propres mains, inspirant brutalement, entendant des mots qu’elle n’osait espérer. Une aide. Une aide simple et modeste, quelqu’un qui se souvient d’elle et de son existence. Détournant son visage vers lui au travers de ses yeux embués de sanglots, le corps transi de tremblements, tentant par tous les moyens de pas renifler, ayant honte de lui montrer cet ignoble visage crispé de tristesse, elle le fixe, ses derniers mots résonnant entre eux comme le prélude à quelque chose dont elle ignore tout.

Et alors elle ne peut retenir le rire sans joie et sec qui lui vient. Un rire d’une seconde à peine manquant de se muer en sanglots s’avançant d’un pas vers lui.

— Pas si différents ?

Voix brisée, fait de trémolos, elle se laisse tomber, lourde de tourments, sur la table basse, se fichant un instant de la distance grignotée par ses pas pour le fixer, enserrant trop fort la bouteille de bière qui pourrait se briser si elle y mettait un peu de cette noirceur. Qu’est-elle capable de faire de pire ? Et les phalanges se crispent, se crispent encore alors qu’elle le fixe, ne lui autorise pas à se détourner d’elle, se penchant lentement vers lui, comme possédée par la nuit de cauchemar, par la peur, par les mains qui l’ont touchés, par ce loup à deux têtes se dévorant lui-même.

— J’ai tué quelqu’un, Serguey, cette nuit-là. Avec mon soi-disant don d’Éveillée, j’ai tué quelqu’un.

Pour la première fois, elle le sort de sa trachée, le recrache d’une voix clair, lèvres tremblantes.

— T’as déjà tué, toi ? Tu sais ce que c’est que de voir toute la noirceur qui t’habite s’échapper de toi et aller vers quelqu’un qui n’a rien demandé et le transformer en … en … en monstre. A cause de toi. A cause de moi !

Le cri lui échappe et elle sent les picotements courir sous sa paume, glacer le verre, secouant alors vivement la tête, les traits baignés de larmes.

— Non. Non, je ne peux pas t’aider. Je vais te tuer. Comme lui … Comme cet homme, je te ferai du mal.

Plus ailleurs qu’ici, elle ne sent pas sa poigne se resserrer toujours davantage, le noir de la magie qui l’habite encore craqueler le verre de sa bouteille et la voilà qui éclate d’un seul coup, un cri de douleur venant la surprendre, la faisant se relever lorsque la boisson s’étale entre eux, sur elle, les bouts de verres rentrant comme des crocs dans la paume qui n’est plus épargnée, un « Mierda ! » venant sur sa langue où le sel et la bière se mélangent, lui exposant alors toute sa folie sans le vouloir, un sanglot presque hystérique venant alors qu’elle observe, hébétée, sa main blessée.

— Je détruis tout. Je détruis tout. Je vais te détruire toi aussi. Je ne peux pas … Je ne peux pas t'aider.

Et elle s’essouffle, incapable de bouger, voyant toute la douleur retenue depuis ces derniers jours lui exploser au visage, devant témoin, devant lui à qui elle aurait aimé n’offrir que la douceur, que la timidité, que la tendresse des premières discussions où l’on ose pas totalement se dévoiler. Ainsi, ce soir, elle s’offre à lui comme à peine sortie d’un cauchemar à son tour, en sueur, la main gorgée de sang, les iris noyés mais surtout éprise des mêmes souvenances. Cette chimère dévorant la tête de l’autre, l’odeur du sang et de la mort, sa propre douleur. Créée pour détruire, jamais pour guérir.

@Serguey Diatlov — @made by ice and fire. icons by doom days.
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• Ancien tireur d'élite, il est vétéran de la guerre du Kosovo. Il a également participé à la Seconde Guerre du Golfe, mais rapatrié d'Irak suite à l'attaque et à la destruction de sa base militaire.
• Issu d'une famille de vaudouisants depuis plusieurs générations, ses pouvoirs se sont éteints depuis la guerre où il a failli perdre la vie. Sa magie est dormante depuis, et il cherche à s'y reconnecter.
• Tête brûlée, il a un tempérament excessif : il boit trop, aime séduire, rit fort, provoque.
• Sportif, il se défoule par la pratique d'activités physiques, en se bagarrant dans les bars ou au Mad Dog où on l'affuble du surnom de Golgoth.
• Ancien amant d'Aliénor Bellovaque, il vit très mal leur rupture depuis la révélation du putsch du motel Lucky Star, où a été perpétré le massacre d'arcanistes. (Juillet 2020)
• La séparation avec la vampire a également eu d'autres conséquences : en plus de son absence, il souffre encore du manque de ses morsures, comme un camé privé de l'objet de son addiction.
• Après sa démission en tant que chef de la sécurité aéroportuaire suivie d'une brève descente aux enfers, il doit son salut et sa reconversion professionnelle à Jake Hamilton, pour qui il est devenu agent de protection rapprochée (et partenaire de paintball préféré). (Septembre 2020)
• Amoureux des hérissons, il en possède un qu'il honore régulièrement sur Instagram, un cadeau d'Aliénor : Krissu.
• Loyal et serviable, il est un ami solide sur lequel on peut compter, même pour se sortir des situations les plus désespérées. Amant attentionné, il sait se montrer aussi tendre que passionné au creux de l'intimité, comme s'il s'agissait là des rares moments où il renouait avec sa magie rouge endormie.
Facultés : • Sa gueule carrée, sa stature imposante et sa hauteur avoisinant les deux mètres rendent sa silhouette intimidante, parfois même sans qu'il n'ait à lever le poing.
• Excessif et robuste, il gagne souvent à la bagarre et aux concours de beuverie.
• Bavard, il n'a ni le sens de la diplomatie, ni celui du politiquement correct, et a tendance à choquer par un phrasé cru ou par un humour pas toujours très conventionnel.
• Ancien soldat, il bénéficie d'une très bonne condition physique, même si l'âge comme ses excès finiront par le rattraper. Il manie très bien les armes à feu, et n'hésitera pas non plus à utiliser toute arme contondante, s'il s'agit de défendre un proche ou de sauver la veuve ou l'orphelin.
• Il parle couramment anglais, russe et estonien, même s'il n'utilise ce dernier qu'avec sa petite sœur, restée à Tallinn, avec laquelle il entretient une relation épistolaire.

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Lun 3 Mai - 20:39 (#)



« Pour sûr, que j'ai l'âge d'être le daron d'une de tes copines. Mais depuis l'temps, t'as bien dû comprendre que j'avais le complexe du quadra. Alors, sois sympa, pas de vanne là-dessus. Okay ? »
Elle cernera aisément toute l'ironie et la bienveillance de ses propos. Les complexes demeuraient un concept bien lointain de l'Estonien, la perte de sa magie mis à part – cependant, la honte était si cuisante concernant cette tare qu'il s'agissait de tout autre chose que d'un complexe, c'était bien au-delà.
Mais quelque chose avait changé.
Si le tutoiement franc et audacieux marque une rupture évidente, il se concentre davantage sur les paroles de la jeune femme. En lui naît le sentiment qu'elle n'est plus seulement cette Éveillée peureuse et fuyante, sans conscience de sa nature réelle, même si les regards moqueurs et les doigts accusateurs lui rappellent sans cesse sa différence. Lorsqu'il la regarde, elle et ses prunelles qui ne vacillent plus, il sait qu'elle n'est plus la même. Et sa certitude grandit, enfle : cette rencontre provoquée par lui ce soir était nécessaire. Pour tous les deux.
« J'imagine sans mal tout ce petit monde s'agglutiner sous tes fenêtres. Tu en as de la chance. Tu pourrais presque t'imaginer qu'ils viennent pour toi. J'aimais bien aller au ciné, quand j'étais gamin, avec ma sœur. Mais le cinéma estonien, c'est pas Hollywood. On s'faisait souvent un peu chier, pour être franc avec toi. Mais c'était quand même une fenêtre sur le monde. »
Mais il n'y avait pas de foule au pied de l'appartement de Honor Mercant. Solitaire, secrète, et surtout persuadée d'être une bombe à retardement. Ce qu'elle était peut-être. Il avait expérimenté certaines formes de magie, entendu des récits divers, certains glaçants, d'autres stupéfiants. Qui savait de quoi elle était capable, si elle l'ignorait elle-même ? Les images du Marché de Noël affluent dans sa mémoire en rafales, se mêlant à ses propres craintes. Les dons de chacun avaient été décuplés, cette nuit-là. Même lui, il avait cru un instant pouvoir redevenir ce qu'il avait toujours été, se reconnecter à son essence, sans heurt. Il avait compris à ses dépends, comme chaque protagoniste de cette tragédie, qu'il n'y aurait pas de miracle de Noël cette nuit-là.

Fissure. Elle se brise sans qu'il n'ait le temps de la contenir. Mais fallait-il seulement l'empêcher d'exploser ? Elle bouillonnait de toutes ces émotions, de toutes ces incompréhensions, de toutes ces injustices, qu'elle retournait contre elle-même.
Il s'était passé quelque chose.
Et à présent elle vivait avec ce souvenir, souvenir devenu cauchemar, cauchemar devenu réel, omniprésent. Le surplus débordait et malgré tous ses efforts pour le contenir, elle s'écoulait hors d'elle-même, devant lui. Ni pudeur, ni retenue. Elle était à l'état brut, tel qu'il ne s'attendait pas à la voir avant des mois, des années peut-être. Fendue en deux, dégueulant par une béance trop vive pour elle, elle lui donnait à voir toute cette noirceur dont elle voulait le tenir éloigné. Et il ne pouvait que la regarder, sans ciller, sans reculer, acceptant d'affronter la vérité crue. De lui montrer qu'il ne flancherait pas. Elle pouvait se répandre, s'émietter, il serait là. Il prendrait le temps. Mais avant cela, il fallait qu'elle crache sa bile, qu'elle purge l'inavouable. Il savait que la tâche était éprouvante, et qu'elle se haïssait probablement en cet instant pour apparaître ainsi devant lui. Mais elle n'avait à rougir d'aucune honte. Pas avec lui. Malgré l'horreur des révélations. Il était là. Il ne flancherait pas.

C'est le sang qui crisse sous les débris de verre qui l'arrache finalement à l'immobilité, plus inquiet que réellement surpris, et il avance alors les mains vers elle, se ravise, se lève finalement.
« Je reviens. »
Il ne lui intime ni de se calmer, ni de s'asseoir. Si la colère doit éclater cette nuit, qu'il en soit ainsi. Expulser ses démons peut être salvateur. Il serait là pour encaisser. Dès son retour de la salle de bain, où il s'est retiré quelques instants pour fouiller dans les placards et dénicher un linge propre qu'il humidifie brièvement. Produits d'hygiène et rares cosmétiques féminins sont écartés d'un précis revers de la main. A la hâte, il revient dans le salon, ne souhaitant pas la laisser seule un instant de plus. Simplement lui éviter une nouvelle cicatrice.
« Fais voir. »
Il s'agenouille à ses côtés, et saisit délicatement son poignet pour tourner sa paume vers le ciel et examiner les dégâts.
« Je vais retirer le verre. Après, on épongera le sang. J'sais que t'es pas douillette et que ça ira. Désolé, j'ai pas trouvé d'alcool à désinfecter dans la salle de bain. »
Avec application, il saisit le débris fiché entre les chairs, juste sous le pouce, et l'extirpe avec délicatesse, jouant de petits mouvements, droite puis gauche, à peine, pour l'ôter de la plaie sans aggraver la blessure. Inconsciemment, son pouce imprime de légers mouvements circulaires contre le poignet de Honor, pour la rassurer, l'encourager à laisser le flux s'écouler hors d'elle. Ses sens d'arcaniste trop émoussés pour percevoir la noirceur de la magie mêlée au carmin, il devine toutefois qu'elle ne tremble pas que de tristesse et de colère. Il y a autre chose. Ce qu'elle redoute probablement plus que tout.

Prévenant, il prend le temps d'appliquer le linge humide contre la plaie et de presser suffisamment fort pour interrompre l'écoulement. Patient, il veille à panser la blessure charnelle, avant de s'attaquer au cœur du problème. Les sanglots ne l'attendrissent pas. La bière à moitié renversée sur son pantalon et au sol ne l'incommode pas. Il n'atténue pas ses propos lorsqu'il s'adresse à elle, et lui répond avec la même franchise, pour lui offrir sa vérité subjective.
« Je comprends que tu sois bouleversée. Et rien de ce que je pourrais te dire n'atténuera ta douleur. C'est trop tôt. »
Sans cesser d'appliquer la serviette humide contre sa main ensanglantée, il poursuit, après avoir récupéré son regard, lui aussi égratigné.
« Je sais ce que cela fait, oui. J'absorbe des vies depuis ma naissance. »
Si seulement il s'agissait d'un euphémisme.
Le cauchemar encore trop présent dans son crane hérisse son derme d'une terreur glaciale. Il ne ferme les yeux qu'une seconde, le temps de le refouler, et de se recentrer pleinement sur Honor.
« Tu l'as déjà compris, peut-être. Je suis un sorcier. Enfin, j'étais. Magie rouge, essentiellement. Vaudou, plus précisément. T'inquiète pas, le mot est intimidant, mais tu as peut-être déjà senti que cette machine-là ne fonctionnait pas totalement comme je le voulais, chez moi. »
A quel point pouvait-elle lire les auras ? Sentir la magie ? Il l'ignorait. Mais si elle le laissait approcher autant, si elle l'accueillait jusque dans l'intimité de son antre, alors peut-être savait-elle au fond d'elle-même qu'il était inoffensif. Sur le plan des arcanes, tout du moins.
« Et j'ai été soldat. Tireur d'élite. Alors, oui, j'ai déjà tué. Parfois de sang-froid. Parfois parce que j'avais pas le choix. Parfois, parce que le Don déborde, si personne n'est là pour nous apprendre à le connaître, à le canaliser. »

Il se redresse légèrement, ne laissant qu'un genou à terre, comme s'il lui adressait le serment silencieux d'une étrange allégeance.
« Je ne connais pas la nature de ton don, Honor. Même si j'en ai entrevu une infime parcelle, je serais bien incapable de l'identifier avec précision. Mais je peux t'aider à le faire. Même si j'suis flanqué d'un sacré handicap, j'm'y connais. Et j'flancherai pas. Peu importe ce qu'il y a là-dedans, en toi. Ca ne me fait pas peur, et je t'aiderai à l'affronter. J'ai survécu à ma propre naissance, au vaudou, à deux guerres, aux assauts sauvages de mon amante (et je peux t'assurer qu'elle n'y va pas de main morte), et j'suis toujours là. »
Sa main libre abandonne le sol pour se hisser jusqu'au visage barbouillé de larmes, dont il chasse quelques nuages, d'une caresse de son large pouce contre les joues souillées. Il respire lentement, roc dans la tempête, redevenu en apparence inébranlable. Pour elle. Pour qu'elle se souvienne qu'elle peut l'appeler, recourir à lui, si elle menace de s'effondrer à nouveau.
« Maintenant, et seulement si tu t'en sens capable, essaie de m'expliquer ce qu'il s'est passé cette nuit-là. »



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Lun 9 Aoû - 3:54 (#)

the thrill is gone
The thrill is gone away from me
Although, i'll still live on
But so lonely i'll be


Dans la nuit qui englobe les titubants aux abois de leurs propres cauchemars, elle le vise de son regard de bronze, tanné par l’alcool, se demandant si elle oserait demander qui est sa sœur, si elle est encore de leur monde, si elle sait qui il est. Mais rien ne sort, le fixant sans savoir quoi lui souffler dans cette conversation qui trébuche sur les limites de l’un et l’autre, qui piétine les limites érigées tant bien que mal entre elle et le monde, comme de la peau morte, lèvres entrouvertes sur un souffle qui ne se laisse pas entendre dans cet ange passant entre deux paroles. Un battement de paupières et elle baisse piteusement son regard et sa tête laissant glisser les mèches noires récalcitrantes autour de son visage de poupée fichue, désarticulée par la culpabilité et une venimeuse rage qu’elle ne saurait exprimer clairement. Le monde ne tourne plus rond. Le monde s’est arrêté de respirer depuis, comme en apnée, suspendu à quelques centimètres du vide. Ou ce n’est qu’elle et son impression en entendant le silence pénétrant son appartement de jeune solitaire, les lattes gémissants sous le poids de Serguey comme sous le sien, comme s’il était prêt à sombrer sous eux pour les emmener exactement là où ils sont, pour les traîner devant l’écran où plus rien n’est diffusé. Le noir sous elle doit rappeler le néant dans lequel est plongé Shreveport depuis la nuit où le sang a coulé et où elle a retrouvé l’odeur de la mort. Son flair ne pourrait se tromper. L’odeur de la mort ne s’oublie jamais vraiment.

Et puis l’odeur du sang lui monte jusqu’au flair, la litanie de sa terreur ayant réussi à briser ce qu’elle avait même entre ses mains. Des débris de magie sournoise suintant hors de ses paumes, celle qui dégueule son encre vermeille tremblant sans qu’elle ne tente de le cacher, vipères mordant les os de verre quand elle échoue sur le bois, n’entendant qu’à peine ce « Je reviens. » qui berce ses tympans où persiffle un bruit étrange. Cette impression immonde d’être au bord d’un gouffre où elle craint de se jeter, toujours et où pourtant il lui semble qu’en contrebas elle trouvera la délivrance. Elle est lasse de souffrance et lasse de subir les aléas d’une vie qui tangue aussi sûrement qu’un bateau de pêcheur en pleine mer tempêtueuse, enragée par les courants vicieux sous sa bicoque, maudite pour on ne sait quelle raison. Tereza n’a jamais su lui dire pourquoi. Pourquoi a-t-elle a eu à souffrir de cette immondice gantant ses mains de la lèpre depuis si longtemps ? Sa mine d’enfant boudeuse à l’époque avait le mérite de presque l’excuser. Et maintenant ? Peut-on excuser un tel méfait quand un homme a péri de ses mains ? Son aveu, lâché à l’attention aiguisée de Serguey la glace d’un effroi soudain, la poussant à redresser la tête, comme sur le point de soupirer un mensonge. Oserait-elle ? Elle cille, le voyant revenir vers elle, le fixant au travers du brouillard humide de ses larmes sans chercher à en essuyer les rigoles discrètes. Elle ne comprend ni la délicatesse avec laquelle il enrobe son poignet, ni ses mots calmes, qui ne tremblent pas d’un syllabe à une autre. Ses yeux fixent ses doigts qui la touche et si une crainte persiste, la voilà bien lasse. Qu’il en soit ainsi. Son attention s’élève vers lui sans bien comprendre ce qu’il veut d’elle, si sa gentillesse est poussée par une quelconque envie de trouver refuge contre elle. Il ne sera pas le premier, elle le sait mais elle sent pourtant que ce n’est pas l’immondice de la luxure qu’il est venue chercher ici. Ce n’est pas en elle qu’il perdra sa raison. L’idée même la révulse, que ce soit lui ou un autre.

Sous ses mots et les caresses étrangement rassurantes contre sa peau, elle se laisse faire, ne grimace pas, fixant le bout de verre dont l’épine finit d’être délogée de sa chair. Lentement, elle s’apaise, rien qu’un peu, pour laisser suinter la pression hors de son corps endeuillé. La douleur n’est rien là où plaie pleure un peu de son sang face à tout le reste, face aux maux qui déchirent son âme pour n’en laisser qu’une tenture lézardée des passages du chaos. Elle ne s’attend pas à ce qu’il perturbe à nouveau le silence, grimpant jusqu’à son visage pour ciller, comme s’il l’éveillait d’un rêve, dispersant de quelques paroles le brouillard dans lequel elle s’est plongée, se figeant face à l’aveu qu’il lui offre, ses yeux s’écarquillant à peine, sans comprendre comment il a pu absorber des vies à son tour. Le dos douloureux par sa posture, elle ne bouge pourtant, le fixant, interdite au fil du récit conté mais qui ne dévoile pas tous ses pans d’horreurs, elle s’en doute. Un soldat a dû voir bien plus de morts qu’elle, un soldat a dû tirer de sang-froid quand elle-même n’a jamais eu à le faire. Leurs yeux hantés par bien des maléfices qu’ont délaissés leurs existences derrière elles se croisent mais ne s’acharnent pas dans un vain combat de pupilles, comprenant que sous la maturité parfois rieuse de Serguey demeure quelque chose de plus sombre. Cillant, elle ne peut sourire mais dépose entre eux l’ombre d’un murmure « Je savais bien que ton sourire cachait des choses terribles. Ça aurait été trop simple d’avoir l'air aussi heureux, sans rien de sombre derrière. » Elle abaisse à peine les yeux, laissant leurs mains liées sans le repousser, rien ne semblant pétiller à la surface pour le moment. Mais elle ne sait que faire de ce qu’il lui dit, fermant un instant les yeux comme jouer la couarde, s’en aller dans les tréfonds de sa psyché cabossée pour ne pas entendre que lui aussi, a pu tuer, que lui aussi a arraché la vie à d’autres personnes qui ont eu le malheur de les croiser. Surtout, ne pas entendre qu’il fait partie de cette espèce dont elle ne sait rien, qu’elle voit de loin, vilipendés depuis la noirceur qu’ils ont laissés fondre sur la ville. Ses mirettes se rouvrent comme pour saisir s’il a bien pu être acteur de cette affreuse mise en scène où les corps sont tombés un à un, où le sang s’est écoulé dans les veines sombres des rues traversées d’effroi. Elle cille. Elle en doute et s’en veut immédiatement d’avoir pu le soupçonner quand elle-même, sans le vouloir, à participer à faire de cette longue une nuit un enchaînement d’horreurs.

Sourcillant, elle entrouvre les lèvres, sa voix usée par son long mutisme « Comment… Comment on peut faire pour que la machine ne fonctionne plus ? » La lueur d’espoir qui résonne dans sa voix n’est point timide alors qu’elle dépose enfin tout son regard dans le sien, s’y fond comme pour arracher des racines d’un espoir dont elle aimerait se goinfrer, suppliante au travers de ses yeux bouffis des larmes qui ont cessés de couleur, leur sel restant sur ses lèvres coincées dans une moue boudeuse. Et sa posture l’inquiète, position d’un soldat ou peut-être plus vieux encore, d’un chevalier prêt à se voire adouber par une épée et couronner de quelque chose. Écarquillant à peine les yeux, elle demeure immobile, figée dans cet instant qui semble attendre une réponse qui scellera quelque chose entre eux. La chaleur pourrait lui monter au visage lorsque l’amante au nom mystérieux est abordée, s’agitant sur le bord de la table, cillant plus fort des paupières, sa respiration plus profonde mais vive, plus encore quand sa main s’élève jusqu’à son visage humide, peinant à croire qu’elle se laisse encore toucher par une main étrangère, par celle d’un homme dont elle ne sait finalement pas grand chose. « Je… J’suis pas aussi forte que toi. Je suis pas… » Elle secoue la tête, abaissant sa tête comme pour fuir la tendresse du geste semblant presque paternel, abaissant son attention sur sa main détenue par la sienne, battant des paupières, une épaule se haussant comme pour expulser machinalement « J’ai toujours été le maillon faible. Jamais compris pourquoi c’était à moi qu’ça arrivait. Comment j’allais pouvoir survivre avec ce truc dans le corps ? » Lentement, elle revient à lui, les yeux brillant de cet espoir vivace, un feu ardent qui ne pourrait s’éteindre que par le souffle des mots du sorcier à la magie endormie. « Tu peux m’aider ? Vraiment ? J’sais que j’aime pas les promesses mais… Promets moi qu’tu peux faire tout ce que tu pourras pour m’sortir de là. Et j’ferai bien ce que tu voudras. » Il est de ces instants où l’on dit quelque chose, où l’on balance une phrase dont on ne sait pas quelles conséquences elle aura alors. Cet instant nocturne est précieux pour un avenir incertain dans lequel elle s’engage. Un bruit de gorge et elle tente rassembler ses souvenirs  « J’étais coincée dans un hôtel. Pas loin d’ici. J’ai vécu des trucs… J’pourrais pas l’expliquer mais y’avait un tel concentré de malheur dans tout ça, dans les murs, dans l’air. Tout me piquait de partout à tel point que j’ai parfois eu du mal à tenir debout. Ca a toujours été comme ça. Les objets, les bijoux, les lieux… Ils me font mal, d’une manière ou d’une autre. » Enfin lancée, elle ne poursuit, sa silhouette s’affaissant rien qu’un peu, comme si toute son âme relâchait un poids trop longtemps porté, le céruléen toujours ancré dans ses prunelles d’automnes, la voix remplie de frémissements enfantins, de cet accent d’ailleurs plus prononcé qui glaviote ses racines mexicaines. « Ce lieu était rempli de quelque chose qui me faisait terriblement mal. Et je l’absorbais, je le sentais que je l’absorbais et à un moment… Ca a explosé. Comme toujours. » Puis elle secoue la tête, dérangeant ses cheveux « Non. Non, en fait, c’était différent. D’habitude, ça implose en moi, y’a eu des moments où j’finissais avec un plâtre alors que j’étais pas tombé. Y’a des moments où les vitres explosaient à cause de moi ou les objets tremblaient, un peu comme là. Mais cette nuit-là… C’était vicieux. » Un chuchotement sinistre, un tremblement qui la surprend quand dans son esprit se succèdent les images macabres. « Il y avait d’autres personnes avec moi. Une amie et des gens que j’connaissais pas. Et puis là, dans ce couloir j’ai… J’ai senti que j’allais plus tenir. J’ai failli gerber mais au lieu de ça, tout le noir est sorti. Pour aller vers cet homme. Il s’en est pris à lui et ça l’a changé en… » Un rire sec, aucune joie dans son visage alors que depuis longtemps, les prunelles ne voient plus rien, revivent la scène où les os craquent, où la chair se déchirent, où les grognements d’homme deviennent ceux d’une chimère des enfers. « …En loup à deux têtes. J’ignore s’il était… de ces trucs dont on parle parfois sur internet, s’il était humain ou pas mais je l’ai changé en quelque chose qui s’est dévoré lui-même. » Un sanglot l’accable mais qu’elle réprime d’une inspiration. « J’ai fait pire que tuer un homme. Ce qu’il y a en moi a réussi à en faire un démon. »

Et dans un geste plus doux, elle déloge sa main, le fixant un instant, plus sérieuse, solennelle  peut-être sous ses traits sévères. « Tu penses toujours qu’une fille comme moi peut être la solution à ton problème ? » Se redressant, elle préfère s’éloigner, s’abaissant pour récupérer les plus gros morceaux de verres au creux de sa paume, lui cachant son visage avant d’ajouter « C’est quoi ton problème d’ailleurs, Serguey ? Tu n’es pas venue ici par hasard, tu l’as dit. J’ai tout raconté alors… » La tête s’élève une ultime fois, dans sa posture presque soumise sur le parquet souillé « Raconte moi ton histoire. »  
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Hercule le tank estonien : le respect, pourquoi faire ?
Serguey Diatlov
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Hercule le tank estonien : le respect, pourquoi faire ?
THIS WAR OF MINE

En un mot : Guerrier brisé, arcaniste défectueux, amant esseulé.
Qui es-tu ? : • Né en Estonie, le quadragénaire a été naturalisé américain en 2011 pour services rendus à la nation.
• Ancien tireur d'élite, il est vétéran de la guerre du Kosovo. Il a également participé à la Seconde Guerre du Golfe, mais rapatrié d'Irak suite à l'attaque et à la destruction de sa base militaire.
• Issu d'une famille de vaudouisants depuis plusieurs générations, ses pouvoirs se sont éteints depuis la guerre où il a failli perdre la vie. Sa magie est dormante depuis, et il cherche à s'y reconnecter.
• Tête brûlée, il a un tempérament excessif : il boit trop, aime séduire, rit fort, provoque.
• Sportif, il se défoule par la pratique d'activités physiques, en se bagarrant dans les bars ou au Mad Dog où on l'affuble du surnom de Golgoth.
• Ancien amant d'Aliénor Bellovaque, il vit très mal leur rupture depuis la révélation du putsch du motel Lucky Star, où a été perpétré le massacre d'arcanistes. (Juillet 2020)
• La séparation avec la vampire a également eu d'autres conséquences : en plus de son absence, il souffre encore du manque de ses morsures, comme un camé privé de l'objet de son addiction.
• Après sa démission en tant que chef de la sécurité aéroportuaire suivie d'une brève descente aux enfers, il doit son salut et sa reconversion professionnelle à Jake Hamilton, pour qui il est devenu agent de protection rapprochée (et partenaire de paintball préféré). (Septembre 2020)
• Amoureux des hérissons, il en possède un qu'il honore régulièrement sur Instagram, un cadeau d'Aliénor : Krissu.
• Loyal et serviable, il est un ami solide sur lequel on peut compter, même pour se sortir des situations les plus désespérées. Amant attentionné, il sait se montrer aussi tendre que passionné au creux de l'intimité, comme s'il s'agissait là des rares moments où il renouait avec sa magie rouge endormie.
Facultés : • Sa gueule carrée, sa stature imposante et sa hauteur avoisinant les deux mètres rendent sa silhouette intimidante, parfois même sans qu'il n'ait à lever le poing.
• Excessif et robuste, il gagne souvent à la bagarre et aux concours de beuverie.
• Bavard, il n'a ni le sens de la diplomatie, ni celui du politiquement correct, et a tendance à choquer par un phrasé cru ou par un humour pas toujours très conventionnel.
• Ancien soldat, il bénéficie d'une très bonne condition physique, même si l'âge comme ses excès finiront par le rattraper. Il manie très bien les armes à feu, et n'hésitera pas non plus à utiliser toute arme contondante, s'il s'agit de défendre un proche ou de sauver la veuve ou l'orphelin.
• Il parle couramment anglais, russe et estonien, même s'il n'utilise ce dernier qu'avec sa petite sœur, restée à Tallinn, avec laquelle il entretient une relation épistolaire.

Thème : Hooverphonic • Mad About You
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I belong to nothing, when you don't belong to me

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Jeu 19 Aoû - 16:21 (#)



Elle avait raison, Honor.
L'humour avait bien souvent été le bastion dans lequel l'ancien soldat s'était retranché ; un mécanisme de défense bien huilé, qui suffisait à tromper la plupart des imbéciles, ou de ceux qui ne cherchaient pas à percevoir l'autre au-delà des apparences. Mais Honor n'appartenait pas à ces catégories qu'il fréquentait parfois malgré lui, sans toutefois se lier à ces êtres de passage, ces êtres auxquels l'on ne s'attache pas, ces êtres qui traversent notre existence sans y imprimer de marque, ni même de souvenir. L'humour pouvait doter les hommes d'un sourire, mais les femmes sensibles comme Honor désamorçaient cette illusion et voyaient la réalité au-delà du voile.
Contrairement à certains de ses semblables, il ne méprisait pas les Outres. Au contraire, il estimait que leurs dons polymorphes leur donnaient accès à toute une parcelle du monde, dont peut-être même les sorciers ne soupçonnaient l'existence. Des lambeaux de réalité effrayants, ou des prismes différents, à travers lesquels ces êtres percevaient le réel, avec la faculté d'effectuer ce pas de côté, maîtrisée ou non, pour creuser le puits intarissable des connaissances des arcanes. D'un naturel curieux, il avait toujours cherché à en savoir davantage sur les diverses formes d'expression de la magie et des dons occultes, et au-delà de sa volonté d'aider la jeune femme à appréhender sa propre spécificité, il devait admettre qu'il éprouvait une forme de fascination à son égard. Ses confessions, de moins en moins pudiques, lui offraient la possibilité de caresser du doigt des secrets encore murmurés, enrobés de mystère, des secrets qu'elle lui dévoilait avec une donnée nouvelle dans leur étrange équation. A l'entendre ainsi se livrer à lui, il lui semblait reconnaître un début de confiance qui, solidement, les nouait l'un à l'autre.

Et à travers cette question terrible qu'elle lui assène, il comprend déjà le cœur du problème, perçoit cette asymétrie évidente entre elle et lui. Il réalise ce qu'il l'a amené à quitter sa chambre du motel, et à conduire d'une traite jusqu'ici, pour la retrouver elle, plutôt que Zach, Bérislav ou Hélix, plutôt que des amis devenus frères sur lesquels il pouvait se reposer. Car ce n'était pas cela qu'il était venu quérir auprès d'elle. Ils résonnaient l'un dans l'autre, miroirs aussi abjects que complémentaires. Là où elle souffrait de ce trop-plein qui l'envahissait et la consumait à petit feu, il n'aspirait qu'à combler la béance. Dans son crâne, l'idée pousse qu'ils ne seraient peut-être, l'un pour l'autre, qu'un déversoir magique ou qu'un réceptacle de cette souffrance destructrice. Deux individus monstrueusement liés par leur ignoble caractéristique antagoniste. Il désirait plus que tout ce qu'elle redoutait tant. Il en éprouverait presque de la colère, à l'entendre se plaindre d'un don qu'elle ne maîtrisait pas, alors qu'il estimait que nulle magie ne devait être un fardeau, pour quiconque. Mais il n'était pas ce genre d'homme, Serguey. L'envie et la jalousie ne constituaient pas sa psyché déjà bien friable, ce qui l'empêcherait certainement de commettre un jour l'indicible, auprès de celle qui possédait tout ce qui lui manquait si cruellement.

Les événements de cette nuit cauchemardesque s'esquissent à travers le récit de la jeune femme. Même sans y avoir participé de près, il avait ressenti ce changement d'atmosphère, cet enclenchement inéluctable vers un futur post-apocalyptique déjà imminent. Et comme tout être sensé, il avait peur, Serguey. Peur de la catastrophe, peur que l'univers se soulève contre ceux qui osaient le blasphémer depuis des siècles. Peur que la Nature se révolte contre l'humanité. Il y a toujours un tribut à payer. Et Honor semblait en payer le prix fort, pour tous ces autres coupables avant elle, comme si elle épongeait et se devait d'expier les fautes de tous ces anonymes. Comme si elle était leur rédemption, sans l'avoir désiré. C'est en cela qu'il serait incapable de l'envier, même si son caractère avait été taillé de cette façon. Elle souffrait de ce qu'elle n'avait pas choisi, elle souffrait de ce qu'elle ne maîtrisait pas, de ce Don trop grand pour un corps si frêle, qu'elle ne parvenait pas à injecter dans une noble cause. Touché par cette prise de conscience, il ne peut que réitérer l'engagement tacite, toujours proche d'elle, sa main libérée des siennes.
« J'te le promets. Pas de te libérer, mais de tout faire pour que ce Don ne soit plus une malédiction pour toi. J'te promets d'être là. Même si le noir sort de toi et s'en prend à quelqu'un d'autre. »
Si tout cela était vrai – et il la croyait sans peine – alors il ne devait pas aborder sa faculté à la légère. Y plonger les mains sans hésitation, sans préparation, était la dernière chose à faire. Pour la sauver d'elle-même, il devait d'abord se protéger, définir les précautions nécessaires. Et cela nécessitait cet échange à bâtons rompus qu'elle lui livrait, sans concession.
« T'es pas plus faible que moi, Honor. Faut une sacrée dose de courage pour me raconter tout ça, alors qu'on se connaît encore si peu. J'sais pas si j'serai capable d'autant de transparence. »
Mais si telle était la condition à leur salut mutuel, alors il devrait enterrer son orgueil et se dépouiller avec la même abnégation qu'elle ne l'avait fait.

Il s'empêche de réfléchir immédiatement à ses confessions, à ces éléments qui l'éclairaient déjà quelque peu sur la nature de ses pouvoirs. S'il décortiquait immédiatement ce qu'il caressait du bout des doigts, il s'oublierait dans cette analyse, s'enfermerait dans une approche intellectuelle, pour ne pas avoir à affronter ses propres démons. Et il avait la conviction qu'il ne pourrait échapper à l'exercice, s'il voulait devenir ce guide qu'il avait promis d'être pour elle. Alors il se redresse, seulement pour s'asseoir à nouveau, délaissant les soins prodigués plus tôt.
« J'crois que cette nuit-là a marqué un basculement inévitable. Y'aura un avant, et un après. »
Il inspire lentement, se concentre sur son propre fardeau, décidé d'accomplir l'effort de se confier un peu à elle, avant toute autre chose.
« Mon problème, comme tu dis… est l'exact opposé du tien. »
Il réfléchit à la tournure de ses phrases, désireux de ne pas la heurter.
« Tu me demandais comment on faisait pour arrêter la machine. Même moi, j'en sais foutre rien. J'ai réussi cette prouesse sans le vouloir. Mais j'en suis pas heureux. J'me sens vide, Honor. J'ai grandi dans une famille de vaudouisants. Contrairement à toi (ce que je déplore), j'ai eu la chance d'être entouré. J'ai grandi avec des pouvoirs, j'ai grandi avec cette dualité : homme et arcaniste. Vivre sans, c'est comme avoir un organe arraché. Quand on vit en harmonie avec sa magie, on ne se sent pas complet, si elle disparaît. »

Son regard s'ancre au sien, il prend le temps de peser ses mots, de distiller ses informations au compte-goutte, conscient qu'elle était encore hermétique à cet univers qu'il lui présentait là.
« Je ne vais pas t'étourdir de détails dont tu ne comprendrais pas encore toute la signification. Avec le temps, certaines choses te deviendront plus familières, et alors je t'expliquerai plus précisément… ce qu'il s'est passé ce jour-là. »
Il se devait d'admettre que la méconnaissance de Honor quant aux arcanes l'arrangeait, et qu'il pouvait l'ériger comme argument pour ne pas avoir à affronter pleinement le plus douloureux de ses souvenirs.
« J'ai perdu mes pouvoirs pendant la Guerre d'Irak. Notre base a été attaquée. Ça a été un véritable massacre. »
Les images des corps démembrés de ses compagnons s'impriment sur sa rétine. Il les chasse d'un battement de paupières agacé et secoue la tête.
« J'ai passé des années sur le front. J'me suis toujours dit que c'est ce qui donnait un sens à ma vie. Que c'était ce qui me définissait en tant qu'homme. Je savais ce que j'étais : un soldat, et un nécromancien. J'ai cessé d'être l'un comme l'autre ce jour-là. »
Je me suis éteint, comme ces étoiles qui périssent et que l'on croit toujours existantes, accrochées à la voûte céleste. Mais toi, tu as compris que ce qui étirait mes lèvres n'était que l'ombre d'un sourire.
« J'ai essayé de les ranimer. Les cadavres. Les… mes frères d'arme. »
Mes amis.
« J'ai bafoué mes principes et tenté d'invoquer ce qui était au-delà de mes capacités. De ce que je me souviens, j'avais perdu la tête. J'ai bâclé le rituel, tenté de réaliser l'impensable, je me suis pris pour Frankenstein… »
Et la machine s'est arrêtée.
« Quand je me suis réveillé, j'étais à l'hôpital. On m'avait rapatrié d'urgence aux États-Unis. J'avais un morceau de poumon en moins, et une pierre à la place du cœur. Et ce creux dans la poitrine. J'ai tout de suite senti qu'Elle était… partie. Que je l'avais brisée. Je me suis surestimé, j'ai agi de façon inconsidérée, et j'en avais payé le prix. »
Il la regarde au fond des yeux, pour lui inculquer ce dont il avait pris conscience malgré lui, un peu tardivement.
« Il y a toujours un tribut à payer, sache-le. Les énergies forment un équilibre. Le déstabiliser… c'est risquer de finir comme moi. »

Sa main immense se porte à son visage, et les doigts éreintés frottent les yeux endoloris d'avoir transmis le traumatisme. Il se surprend à respirer calmement, malgré l'ampleur des révélations. Un léger voile s'est déposé sur le poumon atrophié, mais aucune expiration ne le déchire. Étonnamment lucide, il croit comprendre que la confession l'a quelque peu apaisé. Déposer ce lourd secret entre eux, lui confier une bribe de ses tourments, l'aidait à y voir plus clair.
« J'ignore si tu pourrais arrêter cette machine en toi, comme tu dis, Honor. Et honnêtement, je ne pense pas que ce soit la meilleure chose à faire. Cela peut être douloureux à entendre, mais je crois qu'il te faut apprendre à la transformer. En quelque chose que tu puisses contrôler, en quelque chose qui soit plus en adéquation avec ce que tu es. Tu parlais de noir. Mais tu ne l'as absorbé uniquement parce que tu t'es retrouvée malgré toi dans un lieu qui en était saturé. Si tu étais en contact avec une magie plus claire, cela t'aiderait peut-être à envisager peu à peu les choses sous un autre angle. Mais je ne pense pas me tromper en affirmant que l'on ne t'en a jamais réellement laissé l'occasion… n'est-ce pas ? »
Il se penche légèrement, comme pour se mettre à son niveau, désireux de l'aider à éclairer les zones d'ombre, à décrypter ce qui ne devait pas demeurer un traumatisme. Même si l'image qu'elle lui a dépeint pourrait le hanter tel un cauchemar, imaginant sans mal l'un de ses acolytes garous se transformer et s'entre-dévorer comme elle le lui avait décrit, il choisit de reléguer cette pensée au fond de sa conscience. Pour ne pas sombrer avec elle. Pour être ce pilier auquel elle puisse s'accrocher.
« Ton Don est encore passif. C'est pour cela que tu le subis. Que tu le vis comme s'il n'était qu'un corps étranger qui te pourrit de l'intérieur. Tu n'es pas un maillon faible, tu n'as simplement pas eu la chance de rencontrer quelqu'un qui puisse t'apprendre à vivre avec tout ça. »

Le ton baisse, un murmure juste pour elle, l'engagement qu'il renouvelle avec cette même conviction qu'ils sont liés par une inexplicable inversion, dépassés par un mysticisme dont ils devront cerner les contours, ensemble. Pour l'heure, il n'aspire qu'à la rassurer, et à lui promettre qu'il ne la laissera pas tomber, quoi qu'il lui en coûte.
« Mais je suis là, maintenant. Et oui, je pense qu'une fille comme toi et un gars comme moi, ça peut s'entraider et que même si on n'en a pas l'air, on est peut-être une combinaison gagnante. T'es pas d'accord ? »
Malgré la noirceur des confessions, il lui adresse l'ébauche d'un sourire confiant, prêt à croire pour deux que leur rencontre n'était pas le fruit d'un hasard arbitraire.



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