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Red sun rises like an early warning • Inna

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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
Eoghan Underwood
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⛤ SMALLTOWN BOY ⛤

Red sun rises like an early warning • Inna 1E5CfUE Red sun rises like an early warning • Inna AoZyjkn Red sun rises like an early warning • Inna BvRyGpi

"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

Red sun rises like an early warning • Inna KOVXegv Red sun rises like an early warning • Inna WZKlL7H Red sun rises like an early warning • Inna J8B1rxa

"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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⛤ VENGEANCE ⛤

Red sun rises like an early warning • Inna ZfHtADc Red sun rises like an early warning • Inna Jq60QrG Red sun rises like an early warning • Inna MaP8TbX

"Before I die alone."

Red sun rises like an early warning • Inna GIeraGW
Pseudo : Nero
Célébrité : Ian Somerhalder.
Double compte : Sanford R. De Castro, Aliénor Bellovaque, Ian C. Calloway & Gautièr Montignac.
Messages : 5606
Date d'inscription : 09/06/2017
Crédits : Tag (ava') ; Amiante (signa')
Jeu 25 Juin - 23:13 (#)


Into the water, let it pull him under
Janvier 2020.

Presque un an auparavant, un enfant trouvait la mort dans les bayous du sud de Shreveport. Un enfant parmi des centaines d’autres, des milliers, depuis que les hommes avaient posé le pied sur cette portion de terre marécageuse. Presque un an auparavant, la plus si jeune Hena Hicks pointait le bout de son museau en direction d’un sorcier égoïste, quêtant une aide maladroite de la part de Sylia Mulligan-Underwood.
Presque un an auparavant, tous ignoraient encore qu’un artefact dormant dans les tréfonds d’un lieu oublié et maudit serait l’objet fétiche d’une secte défaite et acharnée à jeter un sort hideux à une Shreveport défigurée.

Un an.
Malgré les deux mois de « calme » plutôt évocateurs d’une apathie inquiétante apparentée au choc extrême, la vie reprenait son cours, inexorablement. C’était toujours ainsi. Les catastrophes les plus terribles ne pouvaient jamais empêcher l’herbe de croître, les sauriens de pondre, les fleurs d’éclore. La nature à la fois source et complice étrange de l’attentat poursuivait le fil de son existence avec une sérénité à toute épreuve, presque vexante. Elle narguait les hommes, les défiait de faire preuve de la même ténacité, d’un acharnement similaire à perpétrer le cycle, sans état d’âme. Cette résilience témoignait d’une absence complète de sens moral, dénué de tout manichéisme : celui-là même qui ne cessait de mettre des bâtons dans les roues de ces bipèdes encombrants. Même les guerres se terminaient un jour. Même le quotidien avait retrouvé sa place, après Hiroshima. La végétation poussait toujours, là où la terre s’était vue recouverte d’un épais tapis de cendres, balayées par les vents de l’Est.
La vie était bien la seule chose immuable, en Louisiane comme ailleurs, et il aurait été d’une remarquable stupidité de croire la silva sensible aux tourments des humains au point de se détourner de ses propres affaires, éternelles.

Après les événements qu’il s’acharnait à encaisser avec une détermination au moins égale à cette nature qu’il chérissait, le bayou lui avait lancé un appel plus puissant que jamais, auquel il avait répondu avec une ardeur similaire. Tout était prétexte à s’éloigner du centre urbain pour regagner ce cocon protecteur, peint de vert, de jaune et de bleu, lorsque le ciel se dégageait des nuées grises. Si le temps était de son côté aujourd’hui, le sorcier n’était toutefois pas dupe. Il guettait avec une inquiétude encore tamisée la venue de la pluie, qui ne tomberait qu’au soir. L’après-midi au beau fixe, il ne craignait rien et naviguait sans mal sur le bras le plus large de la rivière. Celui qui avait de quoi lui foutre le vertige, chaque fois que son frêle esquif s’y hasardait. Le moteur ronronnait comme à son habitude, et l’élan conjugué à la brise encore légère ponctuait l’embarcation de légers soubresaut, lorsqu’une « vague » plus puissante qu’une autre venait heurter le bois sans âge, clapotant et créant ces sons de l’enfance pareils à une mélodie entêtante. Ses heures de navigation entre récoltes, simples promenades et autres pérégrinations lui permettaient de penser, de réfléchir plus clairement qu’à Midtown ou dans son appartement de Stoner Hill. La rencontre funeste et divine, issue de cette tromperie qu’il ne digérait pas, avait ouvert une porte dont il n’avait pas soupçonné l’existence avant cette nuit d'octobre. Une porte dont il avait entrouvert le battant davantage, d’une main pétrie d’incertitude, mais déterminée à aller jusqu’au bout pour éclaircir les mystères jusqu’alors tapis dans l’ombre. Des souvenirs lui revenaient en mémoire. Une rencontre (plusieurs en réalité), un visage : celui d’un homme à la peau noire de boue, aux ongles cassés, abîmés, aux chicots un peu jaunis mais qui ne respirait pas cette misère crasse, celle des habitations lambdas peuplant les abords des marais. Non. Il était autre chose. Le sorcier l’avait compris dès le départ. Astaad n’était pas la première fille-reptile qu’il avait connu. Sonja non plus. Un autre était là depuis bien avant que sa conscience ne l’en alerte, et c’est en pensant à lui qu’il poursuivait sa route sur les flots, ici et maintenant. Les pêcheurs l’auraient regardé d’un œil mauvais et l’auraient engueulé comme pas possible, même Bob. Bob qui se défendait pourtant de croire en ces superstitions un peu stupides. Mais on ne déconnait pas avec ça. Car penser à ça, c'était prendre le risque absolu de l'invoquer aussi sec. On ne déconnait pas avec les rumeurs qui abondaient, de plus en plus nombreuses. Déjà enfant, certains de ses rugueux protecteurs évitaient quelques zones bien délimitées, faisant fi de son éternelle curiosité, de ses questions à rallonge, de ses yeux clairs cherchant à voir au-delà du verdâtre, de la mousse, pour sonder les profondeurs. Amusant, cette façon dont les gosses attendaient les monstres autant qu’ils les repoussaient de toute leur force, une fois confrontés à leur bouche pleine de rasoirs.

En ce début d’année 2020 dont il espérait les augures moins mauvais, Eoghan n’était mû par aucun autre désir que celui de humer l’air hivernal, moins lourd qu’à l’ordinaire. Ainsi, il conférait à cet écrin de vert des parfums plus pointus, moins brouillons, de sorte qu’il pouvait reconnaître avec une aisance renforcée les pousses, tiges, arbres et fleurs sans avoir à poser les yeux dessus, en particulier lorsque sa vitesse diminuait. Il s’était enfoncé loin dans ce royaume d’eaux troubles, explorant des pans connus par cœur ou moins connus, moins fréquentés, le ronronnement du moteur ne cessant que lorsque la pagaie le propulsait en avant. Il venait s’abîmer ici, penser à tout sauf aux visages qui peuplaient ses nuits : ceux des morts comme des vivants. Et, paradoxalement, leurs traits ne lui apparaissaient jamais aussi distinctement qu’en cet endroit, déparé des brumes polluantes encerclant Shreveport, quoique libérée d’une partie de sa population. Défunts, enfuis ou temporairement éloignés, les rues délestées de quelques individus semblaient plus tranquilles, mais peut-être n’était-ce qu’un effet de son imagination : peut-être que les gens avaient peur, tout simplement, et ne voulaient pas se retrouver pris à partie dans les allées publiques, loin de leur domicile. Il ne s’en plaignait guère, vivant parfois l’impression d’être retourné une dizaine d’années en arrière, ce qui n’était pas désagréable. Cependant, le terreau rance de sa culpabilité venait toujours lui gâcher le moment, lorsqu’il fumait devant la porte de son commerce, installé sur une caisse vide à observer les turpitudes citadines ordinaires, comme pour prendre régulièrement la température de la journée. Cette culpabilité clignotante le rongeait, dérangeait son sommeil, perturbait ses repas, compliquait ses tâches et corvées. Toutefois, le voile opaque qu’elle représentait commençait à s’éclaircir légèrement, le noir mat se ternissant en un gris anthracite à peine plus facile à porter pour ses épaules usées, à force de subir les conséquences de ses propres affres meurtrières.

Il sortit du fatras de ses pensées pour saluer un bateau de pêche dont il reconnut le propriétaire sans mal grâce aux couleurs fanées de la cabine. Leurs deux machines respectives les poussant rapidement l’un vers l’autre, ils se croisèrent à une vingtaine de mètres de distance, de sorte que le sorcier ne put comprendre ce que lui hurlait ce comparse amical. Concentré pour maintenir le cap et n’ayant pas la tête à tenir une conversation certes bienveillante mais superficielle, il ne chercha pas davantage à tenter de décrypter l’expression du local, et se contenta d’un sourire et d’un hochement de tête. Bientôt, ils disparurent définitivement l’un pour l’autre.

Il n’avait aucun but précis.
Aucune ambition fixée.
Rien à rapporter ; plus d’artefacts, et ce pendant un moment, il se l’était promis. Yago brillant encore et toujours par sa présence aléatoire, il songeait qu’il devait s’estimer heureux : cela faisait toujours une tentation de moins à affronter. Il perdit toute notion du temps. Sans montre, sans téléphone, il se fiait à la lumière encore éclatante comme seul repère.

Sans crier gare, le moteur se mit à cahoter légèrement, et une odeur de brûlé qui ne lui disait rien l’incita à couper son élan. Le canot perdit rapidement de la vitesse, avant de s’immobiliser presque totalement. Aucune fumée ne fit mine de s’échapper du mécanisme. La vieillesse de l’embarcation et du système installé lui laissa à penser qu’il s’agissait d’une surchauffe guère surprenante : voilà un moment qu’il le sollicitait durement. Il n’avait qu’à attendre, ce qui ne serait pas un souci, et il reprendrait plus tranquillement le chemin du retour une fois le métal refroidi. Le Louisianais jeta alors un œil aux alentours et mit quelques instants avant de reconnaître l’orée du bayou Carouge, surpris de s’être aventuré aussi loin. Oui, pour sûr qu’il se ferait engueuler. Ce fut alors plus fort que lui. Il se remit à divaguer en dessinant dans son esprit les traits de l’homme qui n’en était pas un, se demandant s’il s’agissait bien de lui, tout en conservant des doutes. La baraque retapée faite de bric et de broc sur laquelle il était tombé n’avait pas été bâtie dans le bayou Carouge. Mais les racontars se fichaient bien de la logique et rien n’y ferait : pour tous, c’était ici que la « créature » sévissait. Balivernes. Il regarda le dessin bombé d’une île minuscule sur laquelle un cyprès s’était enraciné, apprécia l’absence totale de civilisation, le vert à l’état nu, et éprouva la même et éternelle sensation cueillant tout homme s’aventurant loin des siens ; un tremblement profond, comme lorsque le cœur rate un battement, la lucidité cisaillant sa prudence. Les frissons coururent le long de ses bras et de ses jambes un instant, pour mieux disparaître quelques secondes plus tard.
Il haussa les épaules et finit par s’allonger, délesté de toute peur, de tout effroi. Le soleil le recouvrait de ses rayons chauds et agréables, et il rabattit son chapeau sur ses yeux pour s’étendre sans avoir à se brûler les rétines. À tâtons, il chercha son paquet de clopes dont il extirpa une Pall Mall, mit le feu à l’embout, et tira une longue taffe de plaisir simple. D’une pichenette, les miettes grises vinrent recouvrir le fond du canot, et il croisa les jambes pour adopter la posture la moins inconfortable. Il n’espérait pas s’endormir, mais plutôt parvenir à faire le vide, à se délester de ce qui ne cessait de tourner et de retourner dans son crâne. Il craignait que l’impact de ce délire en roue libre ne s’imprègne trop durablement en lui, n’influence en mal sa personnalité déjà retorse. Il avait besoin de calme. Besoin de ce blanc, de ce « rien » salvateur. Besoin d’oublier les regards accusateurs, pleins de jugement, plein d’espérances.

La saveur âcre du tabac sur la langue, l’odeur réconfortante chatouillant ses narines, il prit une dernière inspiration.
Le filet d’argent du mégot s’éteignit de lui-même lorsqu’il sombra dans une torpeur que tous ses sens lui réclamaient.  

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Louisiana Burning

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Ven 3 Juil - 0:18 (#)



La texture âcre de la vase satura sa gueule. Cependant, mille autres saveurs subtiles vinrent à l’emplir, alors que des particules pourrissantes furent soulevées du fond, troublant la surface des eaux calmes. Un rai de lumière solitaire, filtré par les feuillages en suspension, fut momentanément brisé par les palpitations vives d’une créature toute proche. Dans ce jeu de clarté diurne, les impulsions de cette dernière donnèrent aux profondeurs aquatiques un aspect miroitant et mouvant, de couleurs entrelacées en nuances d’azur et d’émeraude, comme les vitraux d’un lieu saint.
Contre les crocs saillants du crocodile vinrent s’échouer le goût chaud d’un cœur bouillant. Contre ses mâchoires épaisses, brillantes de teintes vives, la saveur saumâtre de la fourrure imbibée de boue. Toutefois le saurien n’esquissa aucun geste. Les clapotis de l’eau caressèrent sa pupille jaunâtre qui observait les mouvements à la surface, protégée des morceaux en décomposition derrière sa paupière translucide. Son corps immense demeurait parfaitement enseveli sous l’amas de branches mortes où s’accrochaient des algues flasques, ces écailles épaisses d’un vert sombre dissimulées contre le fond marécageux où rampait entre ses pattes de minuscules amphibiens.
La surface du bayou s’agita de plus belle. Une fourrure noire apparut à l’extrémité de sa vision. Quatre pattes brassaient frénétiquement le liquide trouble où le crocodile veillait. Une queue gonflée comme une éponge les suivait. Les deux yeux vert d’un animal. Deux oreilles. Les moustaches alertes. Un chat noir au cœur du bayou. Une question traversa l’esprit de l’énorme crocodile marin. Pourtant, au passage du petit félin, le reptile ouvrit grand la gueule en oubliant l’étonnante vision. L’eau trouble jaillit sous la formidable pression de ses muscles, pour se tâcher aussitôt de rouge.

A cet instant exact, Inna ouvrit brusquement les yeux. Ces rêves se terminaient toujours ainsi. Elle avala machinalement sa salive, sans y retrouver la moindre saveur de sang, ou ce goût acide des boyaux brisés. Un imperceptible soupir quitta ses lèvres. Au-dessus de son corps allongé, les frondaisons des cyprès cachaient le ciel de Louisiane, comme un immense plafond d’un vert pur où bruissaient doucement, sous la caresse d’un vent chaud, les longues mousses espagnoles. La métamorphe reprenait lentement pied dans la réalité. Contre son dos, le sol spongieux et tiède du bayou frémissait sous l’impulsion des insectes innombrables, l’invitant à s’extirper de ses transes diurnes dans lesquelles elle se perdait de plus en plus souvent.
Les longues herbes folles caressèrent ses bras nus, guidées par une brise aux parfums entêtants de tourbe et de jacinthes d’eau. Des pattes fourmillèrent sur son ventre dénudé par un vestige de débardeur. Quelque chose de froid et de flasque escalada son tibia sans qu’elle ne daigna l’en chasser. Une mouche vint bourdonner dans sa tignasse rendue rigide par les restes de boue séchée. Toutefois, elle ne chercha nullement à se débarrasser de cette vie grouillante sur ce corps d’emprunt, cette marionnette humaine maladroite allongée dans la plénitude mélancolique du marécage.

Ainsi abandonnée dans l’étreinte des éléments, Inna s’apaisait enfin. Ce corps difforme n’était plus une gêne. A l’image de la nature l’entourant, il devenait tolérance, un objet de croissance immuable comme le cadavre pourrissant acceptant son rôle sans plainte, ni destruction.

Elle ferma à nouveau les yeux, laissant un scarabée gravir son visage. Ses ongles enfoncés dans la terre en captaient les pulsations minérales, et la tiédeur de la glaise l’enveloppait telles les paumes d’une mère aimante. De nouveau, ses propres pensées dérivèrent à la frontière ténue du rêve, où le chant des carouges s’alliait au chœur bruissant des clapotis aquatiques, et aux mouvements des amphibiens dans l’épaisseur des sédiments. La réalité menaçait encore de glisser hors de sa conscience.
Alors la vision du crocodile revint hanter ses paupières closes. Dans l’ombre des racines immergées de cyprès, le pelage sombre d’un chat s’imposa de nouveau à ses sens confus, sans qu’elle ne parvint à en comprendre la signification. Les remous glissèrent contre ses écailles. Ils tambourinèrent contre sa longue queue, tandis que ces quatre pattes continuaient à s’agiter à la lisière de sa conscience. Cela recommençait. Inna se sentit emporter par le profond courant, les vaguelettes brouillant la surface autrefois limpide, mais aussi par ses souvenirs rendus indistincts par cette vision persistance.

Puis vinrent les vibrations. Elles résonnèrent à la périphérie de son ouïe, une clameur discordante brisant les caquètements des geais, et le soupir discret des joncs, avant qu’elle ne trouva écho dans l’écorce des gommiers. Comme de grands tuyaux d'orgues, leurs racines transmirent le vacarme dans la tourbe, celui-ci résonnant alors jusqu’à la métamorphe perdue dans ses propres sens mystiques.
De prime abord, Inna n’en tint pas compte. Enlisée dans cette errance onirique qui la portait tantôt vers sa lointaine mémoire fragmentée, tantôt dans la vision de son totem, elle fut prise à la gorge par le grondement discordant du moteur. La mer de Java. Les grincements métalliques du navire. Le sourire d’une vieille femme. Un torrent de sensations oubliées menacèrent encore de l’emporter.

Elle se redressa brusquement. Le scarabée chuta contre sa poitrine agitée par une respiration irrégulière, puis sur le sol, alors que la sensation froide contre sa jambe s’en était allée. Ses doigts se crispèrent dans la terre humide. Inna inspira de grandes bouffées d’air moite, à la manière d’une noyée récemment secourue. Les insectes continuèrent à bourdonner tout autour d’elle, comme si le hurlement du moteur, pourtant bien réel, n’avait aucune prise sur leurs existences.
Je suis éveillée. Cette pensée simpliste l’aida à dompter sa respiration. Prudemment, elle plia contre son buste ses jambes endolories par des heures d’immobilité, et prêta une attention soutenue au bruit étranger. Le moteur était tout proche. Tel le rugissement d’une chimère, celui-ci couvrait d’une note insoutenable le glapissement des grenouilles, et le vol feutré du héron sur les branches mortes d’un tupélo, déchirant l’authentique quiétude du bayou.
Puis le tapage cessa. Inna hésita. L’indésirable était bien trop proche de son territoire, si bien que l’instinct impératif de le défendre venait à éluder son propre dégoût pour les activités humaines. Elle se redressa néanmoins, s’aidant de la souche gémissante qui gisait là, et étira son long corps musclé dans l’éclairage tamisé des mousses aériennes. Malgré elle, toute son attention était dirigée vers le large bras principal, où croisait parfois d’aventureux et inopportuns intrus.
Après quelques minutes de silence, Inna était prête à oublier l’incident. Dans l’écrin des cyprès, le chœur palpitant du bayou se fit à nouveau entendre, la caresse chatoyante des eaux et le bourdonnement discret du colibri. Puis, comme une immondice souillant le parfum des magnolias, la brise tiède apporta une odeur de brûlé, mélangée aux cendres et à la puanteur âcre du tabac.

Si proche. Les filaments de ces rêves terminaient de mourir au prix d’une réalité prédatrice. Guidée par la sordide odeur, la métamorphe se glissa entre les branches mortes enchevêtrées, le murmure de ses pas trahissant à peine sa présence dans l’herbe épaisse du petit ilot où elle s’était reposée des heures durant. Une autre motivation l’animait désormais. Ce sentiment d’intrusion teinté de haine qui l’avait poussé à lutter contre ces embarcations humaines à plusieurs reprises. Inna joua de ses membres humains si maladroits entre les épaisses futaies. Comme elle pleurait alors son véritable corps. Comme il aurait été aisé, sans la présence de l’astre diurne et sous l’œil réconfortant de la lune, de se plonger dans ce petit bras d’eau pour gagner la frontière du bayou Carouge, où la narguait encore cette présence humaine.
Bientôt, peut-être. Ses bras couverts de boue écartèrent sans guère de bruit le rideau jaunâtre d’un saule, sous lequel elle fit halte, forme humaine aux mouvements pourtant fluides, forgés par des années d’immersion au cœur du monde sauvage. L’homme devait être encore loin. Le canal conduisant au bayou Carouge n’était souillé d’aucune présence humaine : elle pouvait désormais situer grossièrement chaque intrus au boucan produit dans les méandres de son domaine.

Inna se laissa choir contre le tronc rugueux du saule. Il ne viendra pas ici, ils n’y viennent plus. Cependant, le vent emporta encore cette infection humaine, le clapotis fugace des vaguelettes contre la coque d’une barque, alors que la métamorphe était elle-même trop loin pour en apercevoir la silhouette. Celle-ci se força à demeurer calme. L’homme allait certainement passer son chemin, comme souvent, elle n’avait plus qu’à prendre son mal en patience.
Dissimulée loin de l’intrus, dans l’écrin chuchotant du saule, Inna laissa sa chevelure hirsute se refermer sur son visage sale, à la manière d’un voile bienfaiteur masquant l’humanité abhorrée. Une torpeur apaisante gagna progressivement ses membres, et ses paupières se fermèrent, bien que les senteurs sauvages ne purent entièrement masquer cette persistante odeur de cigarette.
Il va bien partir, se conforta-t-elle, malgré son dégoût manifeste.


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Eoghan Underwood
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⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
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⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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Dim 20 Sep - 5:52 (#)


Into the water, let it pull him under

Shake, shake, quiver, quiver
I'm awoken by a cold shiver
Wind blows change, change
Sweet rushing through my veins


À la dérive.
Pourquoi se serait-il inquiété ?
Personne ici pour remuer la merde.
Personne pour venir lui rappeler qu’il n’était qu’un enfant né des bras de la rage.

Alors même que les filaments de magie issus du pacte tissé dans le secret d’une transe brumeuse couraient dans ses veines, il se sentait invulnérable, comme si la mort ne lui rôdait autour que pour le plaisir de saper ses proches vivants dans son giron. Comme les gosses incapables de se figurer la Grande Fin, pétris d’une inexpugnable volonté de perdurer, de voir régner les « toujours » et d’éteindre les brasiers morbides couvant tous les cercueils de ce monde, réduisant leur contenu à l’état de cendres. Alors même que son souffle s’était enfin apaisé, se joignant au chant des grenouilles téméraires et aux pérégrinations hasardeuses et humides de quelques tortues près des berges meubles, il étira ses antennes humaines mais pas moins éveillées, cherchant à deviner le passage des libellules au-dessus de ses mains au repos, de par les infimes vibrations dans l’air produites par leurs ailes. Dans un réflexe inné, et d’une pichenette paresseuse, il envoyait joyeusement les moustiques survivants à l’hiver louisianais se faire foutre ailleurs que sur ses phalanges éternellement pâles, et qu’importe que le soleil fasse timidement brunir sa peau au plus fort de l’été. Les poissons-chats perçant la surface des eaux troubles pour en faire leur repas charmaient ses oreilles, à l’image des mélodies fredonnées par sa mère autrefois, dans le secret d’une chambre embaumant des parfums d’épices cajuns.

Loin. Loin du tumulte.

Là où la tôle ne se déformerait pas, grotesque amas de pierre et de métal construit par des hommes inconscients de toutes les forces de l’univers qui, depuis les premiers âges, traînaient leur peine, leur vice et leur malveillance aux quatre coins arrondis d’un ciel prompt à s’obscurcir.
Là où les chasses aux sorcières n’avaient pas de prise, où leur chevelure brune, claire, rousse, se confondaient avec les bras et les lianes que leurs tendaient les arbres d’ici, se jouant des reflets les plus vifs, soulignés par les crépuscules de feu.
Là où il pouvait s’oublier, faire comme si les corvées du commun des mortels ne l’attendaient pas, tapies dans l’ombre d’un appartement confortable mais urbain, planquées sous une paillasse au-dessus de laquelle patientaient ses travaux inachevés, calfeutrées dans le maigre bosquet agrémentant le bungalow de sa jeunesse.  

Alors même que les affres du sommeil l’emportaient, délitaient ses pensées les plus torves, les plus douloureuses, ses jambes se décroisèrent lentement, cherchant à distendre toute tension capable de le paralyser, de rendre ses muscles ankylosés par l’angoisse et la nervosité. Les talons de ses rangers se reposèrent tranquillement contre une bordure de bois, et, d’un geste lourd, son visage s’inclina, laissant glisser le couvre-chef pour révéler son front hanté de mèches parfois pareilles à l’ébène. Il déglutit, inspira, puis expira un air d’entre ses lèvres dessinées par un sérieux qui ne lui ressemblait pas, ou du moins, pas avec tant d’acharnement. Il soupira, cherchant à vider ses poumons du poison de l’anxiété, puis remua délicatement ses épaules pour en soulager les trapèzes, et seule une paume s’accrocha vaille que vaille à la surface de son ventre, ses ongles paisiblement crantés sur le tissu d’un t-shirt aussi noir que les fumées toxiques libérées par la boîte de Pandore faite artefact, hantant ses souvenirs. Il reprit une large bouffée d’air pur, pour mieux expirer encore, et cette fois un long tremblement agita sa carcasse, par vagues.

Tant de choses défilaient, sous le front encore lisse ; tant de promesses, de déclarations (de guerre ou d’autres), de regards pleins de reproches, de surprise ou de terreur.
Tant de remords, de regrets et d’erreurs, tant de serments à honorer, de failles à combler et de monts à gravir, tant de fantômes à pleurer, passé et avenir confondus en une seule et même plaie.  
Tant de force, couvée par les bonnes ou les mauvaises personnes, tant de liens à rompre et d’autres à créer, tant de sentiers offerts, mais un seul destiné.

Courant en vain après les chimères de ses visions, il prenait lentement conscience des limites que le Temps lui opposerait, sans même s’apercevoir encore que sa demande avait été cruellement exaucée, et que si Baal n’avait pas entendu l’appel de son paladin, un autre avait su se montrer attentif, mauvais génie semblable aux Djinns qui peuplaient les histoires de Yago. Bringuebalé par la sagesse transmise par ses mentors autant que par les inquiétudes mobilisant tout homme ayant foulé ce monde depuis sa création, il s’efforça d’entrer en lui-même, de se livrer nu, vulnérable et muni des dernières traces de pureté l’habitant encore, se vouant à une méditation profonde, parenthèse bienvenue l’isolant pour un moment de cette course insensée vers un but inconnu. Absurde. Il fit corps avec le canot sous lui, avec les cieux veillant sur ce sommeil immatériel, avec les cris des aigrettes et les parfums si doux qu’il pouvait parfois se sentir régénérer, revivre rien qu’à demeurer là, des heures durant, à se contenter d’exister et de cueillir ces pans de vie douce, inoffensive et sans heurt.  

No, I just might die
Overtaken by the high tide
Feel the rain against my skin
Drown my soul in the water again


Les sauriens sommeillent, dorment dans les fonds verdâtres. Leur ventre traîne dans la vase, quand ce ne sont pas les racines immémoriales qui raclent leurs écailles pâles et douces, mille fois plus tendres que celles recouvrant leur dos taillé pour se fondre dans les ombres du bayou. Ils n’ont cure de l’homme qui dort comme eux, inconscients de la présence bipède étendue dans l’une des sempiternelles embarcations troublant leur tranquillité. L’un d’eux s’agite pourtant, mais pour une toute autre raison. En amont d’une période des amours prompte à coloniser territoire et femelles, un autre mâle a osé tenter une incursion dans les bras d’eaux alentours. Il l’attend, reprend des forces, prêt à terrasser l’ennemi, si celui-ci s’approche de trop près. Il l’attend.


« Putain… »

Le moteur peinait toujours. Défait pour de bon.
Les nuages ayant d’abord accordé au firmament de se parer de robes orangées confinant à un rose violent et intense reprenaient dès lors leur hégémonie, tâchant de gris, et bientôt d'anthracite, un tableau se dénuant progressivement de toute lumière rassurante. Il était tard, mais pas suffisamment pour l’inquiéter. Du moins, si le moteur s’était décidé à fonctionner. Il jura encore, refusant à la panique mauvaise conseillère de chasser le bienfait du repos accordé, et entreprit de récupérer la pagaie, seule garante de son retour au bercail. Il humecta ses lèvres brièvement, profitant des derniers rais de lumière pour comprendre que le bayou Carouge avait refermé ses griffes sur lui. Qu’importe. Il demeurait persuadé que l’homme qu’il cherchait et qui effrayait tant ses comparses pêcheurs (parmi toutes les rumeurs et racontars mystiques des environs) ne vivait pas dans ces eaux, et c’est d’un mouvement marquant son impatience qu’il alluma un mince projecteur éclairant loin, loin les fourrés plutôt que de taillader la masse opaque de la rivière sur laquelle il flottait. Il se propulsa en repoussant un pan de terre quasi-immergé, puis entama la valse rythmée de ses bras allant et venant, à droite comme à gauche, traçant son chemin à une vitesse respectable et fendant de la proue modeste la mousse parfois épaisse et à l’apparence si poisseuse. Il ne prenait garde à rien d’autre qu’à sa lointaine destination, et certainement pas au frisson piquetant l’arrière de ses cuisses (l’appréhension), serpentant le long de ses bras (les mauvais présages), dressant la chair fine de sa nuque flattée par les quelques gouttes de pluie qui se mirent à tomber. Il savait où il allait. Il n’était pas perdu. Dans deux ou trois heures, il aurait retrouvé le carcan de la ville qu’il avait tant cherché à fuir, et s’émerveillerait une fois de plus de sa capacité à s’adapter, quel que soit le milieu qu’il foulait de ses pas plus mesurés que jamais, depuis quelque temps. Il pesterait contre l’humidité dans l’habitacle de son pick-up, foncerait jusqu’à retrouver les rues dangereuses de Stoner Hill, balancerait ses affaires pourries par les marais dans la baignoire, se doucherait dans une eau frôlant les quarante degrés, et s’affalerait au fond de son canapé, une bière à la main, comme n’importe quel quidam de Louisiane, comme s’il n’avait jamais touché aux arcanes, comme s’il ne parlait pas le latin, comme si des milliers de personnes n’avaient pas perdu la vie pour n’en venger qu’une poignée, comme…


Un corps s’est laissé choir dans la rivière.
Les eaux s’ouvrent.
Rapide, le sillage ne laisse émerger aucun aileron de cinéma, aucun grognement hollywoodien.
Quelques mètres.
Quelques mètres seulement, et l’homme tourne la tête trop tard vers la gueule qu’il devine ouverte.
Il n’a pas le temps d’éviter la collision.
Quatre cent-cinquante kilos de muscles lancés à pleine puissance chargent le canot sans possibilité de compenser l’attaque.

Drown my soul, baby let it begin


L’obscurité.
C’est tout ce que ses yeux écarquillés par l’horreur, cherchant à déceler l’éclat des crocs reptiliens, parvinrent à discerner. En une volée de secondes, toute la chaleur emmagasinée par cet après-midi faite de soleil et de rayons délicats s’envola, poinçonnant son cœur d’un désespoir sourd et glacé. Pour la troisième fois depuis sa naissance, voilà que la rivière le rappelait à elle, sermonnant ce visiteur familier, l'ingéniant à dormir en son antre tourbeuse. Cependant, personne n’était là pour l’arracher de ses bras étouffants ce soir-là, et il donna un coup de pied vain pour remonter à la surface, noyé pour l’heure épargné. À tout instant, il s’apprêtait à sentir la pression d’une mâchoire emprisonner sa jambe pour l’attirer dans des bas-fonds qui ne rendraient peut-être jamais son cadavre, pas même une portion de derme blanchi, pourri et déchiqueté par les alligators friands de viande faisandée. Aucune statistique, aucun article rassurant n’aurait pu empêcher à Eoghan Underwood de goûter au poison abominable d’une terreur âcre. Aucun savoir cultivé depuis l’enfance n’aurait pu lui rappeler que l’on ne mourrait pas des attaques directes, qu’il ne s’agissait que d’une méprise bestiale ne le condamnant en rien. Pas alors que des battements de queue furieux s’abattaient sur le bois, laissant deux créatures s’affronter au mépris de l’humain s’écartant du carnage, récupérant la pagaie flottant près de lui sans même savoir pourquoi. Il donna sa main à celle, offerte, d’une branche suffisamment résistante pour l’aider à tirer sa silhouette alourdie par le cuir et le tissu hors de l’étang de ses cauchemars. Toussant et éructant, il se redressa sur ses genoux et se pencha en avant, croyant en vomir de peur, mais seuls quelques crachats s’échappèrent, en dépit de la nausée violente le secouant spasmodiquement.

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Louisiana Burning

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Sam 3 Oct - 1:12 (#)



Dans l’étreinte fraiche du saule endormi, le crocodile se plut encore à rêver. Entre la paix des profondeurs aquatiques, et le bruissement des herbes folles, elle se laissa happer par les songes d’une ancienne vie. Une voix oubliée écarta les mâchoires d’un instinct devenu omniprésent.

Dis-moi, est-ce le silence de l’attente, ou bien le vacarme de la poursuite, que la proie craint le plus ?

Et le visage mort d’un père pourrissant depuis longtemps, de flotter à la lisière de sa conscience humaine, alors prisonnière d’un étau d’écailles. Le reptile lui susurrait une nouvelle réalité, celle tant désirée d’une vie sans père ni mère, ni frère ni sœur, ni patrie ni argent, où la terre était éternelle. Une existence formidable où la métamorphe devenait enfin cette étrangère tant espérée, face à cet univers de métal et de plastique envahissant, qui l’avait étouffé des années durant. D’elle ne subsisterait alors que la perfection d’une errance rêveuse, lovée dans une alcôve de lichens et d’argile, avec comme dernier amour, les nuages dérivant au loin.

Faux.

La voix brisa sa mélancolie assoupie. Inna ouvrit soudainement la bouche, inspirant et toussant comme si un étau d’acier s’était refermé sur sa gorge durant son sommeil. Dans un réflexe frénétique, ses ongles griffèrent la terre, ses jambes s’agitèrent dans le vide, avant que son crâne ne heurta douloureusement le tronc rugueux du saule où elle s’était appuyée. La douleur la força au calme. Bien vite cependant, des démangeaisons subtiles parcoururent son enveloppe crasseuse, et celles-ci n’avaient alors rien à voir avec les insectes grouillant sur ses vestiges de vêtement.
Les lueurs mordorées du crépuscule filtraient à travers les longues branches du saule, qui oscillaient paresseusement dans une brise tiède. Elle comprit aussitôt l’origine de cette tension qui l’habitait. Le carcan de silence de ses songes enfiévrés s’en était allé, la laissant pantelante, mais cependant incroyablement réceptive aux minuscules changements nocturnes. Inna fit un dernier effort en s’arrachant du sol, encore chancelante de cette transe, et s’appuya sur l’arbre pour se lever.

Cette posture verticale, terriblement humaine, lui causa des vertiges. Une envie de vomir piqueta sa langue d’amertume. Elle inspira longuement l’air marécageux qui se teintait peu à peu d’une fraicheur enivrante. Déjà les carouges s’étaient tus pour gagner l’épaisseur des feuillages, alors que des geais indisciplinés s’invectivaient au sommet d’arbres desséchés. Le chant des eaux avait changé lui aussi. Les clapotis de crapauds bavards saturaient la brise, et les insectes nocturnes, aux ailes étincelantes sous la lumière mourante du soleil, peuplaient la canopée.
Tout cela murmurait une promesse tant escomptée. Dans les méandres de son âme, elle perçut à nouveau les mouvements puissants et impatients du crocodile. Toutefois, un élément inhabituel l’éveillait en avance. Inna se mit alors en marche, à l’aveuglette parmi les herbes folles et les rideaux de mousses espagnoles, seulement guidée par un instinct jaloux. La puanteur de l’être humain flottait encore dans son imagination, supplantant le parfum des camélias et des jacinthes d’eau.

Il n’est pas parti, maugréa-t-elle dans un mélange de syllabes humaines, et de ce grondement sourd propre aux reptiles de son espèce. Le prédateur était tenace : en vérité ou en leurre, il la poussait dans un état second vers la traque et l’élimination de l’intrus. Elle se glissa ainsi dans l’épaisseur des fourrés, entre les troncs souples des jeunes gommiers, sans guère se préoccuper des égratignures que son passage silencieux créait sur sa fragile peau humaine.
Malgré l’œil accusateur du soleil, la métamorphose s’opérait déjà. Les exhalaisons de tourbe l’attiraient comme un phalène vers la clarté, si bien qu’elle franchit mares et bancs de roseaux d’un pas vif, poussée par l’urgence. Seul le doux chatoiement des plantes sauvages sur ses haillons évoquait son passage, alors que dans son crâne pulsait une mélodie primitive, que l’homme ne pouvait espérer traduire en mots. Un appel sauvage du fond des âges, comme un torrent de sensations qui firent naitre sur sa peau les marques du reptile.

A chaque foulée naquit une écaille. Elles couvrirent d’abord la plante de ses pieds, déformant ses ongles en griffes, avant de gagner ses mains dont les nerfs et les os se déformèrent lentement. Quand les branches des saules effleuraient son visage, elles démasquèrent des pupilles reptiliennes, aux nuances de jade et d’or, alors que ses joues sales craquaient sous la poussée de dents énormes. Inna se débarrassa de ses dernières guenilles au pied d’un énorme gommier, avant que celles-ci ne soient définitivement ruinées par la masse de muscles à venir.
Lorsque la métamorphe atteignit finalement le canal, elle était nue, et le reflet dans l’eau trouble lui renvoya l’image d’un être encore hybride. Ce corps humain recouvert d’écailles était pris de spasmes, sa colonne vertébrale se déformait atrocement, et la chevelure dorée chutait par poignées. D’improbables proportions déformèrent bien vite sa silhouette, alors que ses jambes se muaient en un unique appendice qui la fit choir aussitôt dans le bayou. Là, dans les remous boueux, le crocodile naquit à nouveau, gesticulant vaillamment comme pour se débarrasser de l’humanité.

La haine s’alluma cependant dans son regard. Puanteur humaine, gronda-t-il.
Le mastodonte se propulsa vigoureusement depuis le fond du fleuve. Déjà, l’horizon avait avalé l’astre du jour, et lentement au loin, s’éveillait l’œil séducteur de la lune qui caressait de sa lumière blafarde les flots et l'animal. Celui-ci plongea entre les racines submergées, et les sédiments en suspension, à la recherche de l’accroc humain incrusté dans son territoire. Déjà une vague orientation instinctive guidait ses mouvements sinueux parmi la vase épaisse.

Le silence régnait alors à la surface des eaux. L’air du bayou était ourlé de vapeurs irréelles figées par la lumière d’argent. Rien ne trahissait la présence d’un monstre.

Loin au cœur du fleuve, le colosse perçut les mouvements éparses d’un poisson-chat grassouillet qui écumait le fond boueux. Délaissant quelques instants sa quête territoriale, il bondit dans l’eau pour refermer sa gueule énorme sur ce repas improvisé. Soudainement, dans de violentes éclaboussures, le crocodile perça les flots, tenant entre ses dents cette silhouette frémissante. Il rejeta à la verticale ses mâchoires en un mouvement qui fit glisser le poisson directement dans son estomac. L’intermède prédateur se termina dans une gerbe d’éclaboussures brillantes, avant que la clameur du marais ne vint reprendre ses droits, le chant des amphibiens et le frémissement suave des serpents.
De nouveau, la silhouette longiligne du crocodile s’estompa à la surface. De nouveau, il se hâta vivement vers le lieu enregistré dans sa mémoire, où l’écho d’une lutte animal éveillait des secousses dans le substrat limoneux. Tout au long de son passage, un silence de tombe l’accompagna. Une angoisse pénétrante interrompit les parades des crapauds, et même les oiseaux nocturnes scellèrent leurs chants au passage de cette créature. Face à ce prédateur étranger doublé d’une aura mystique, scindé entre deux mondes, le marais retenait son souffle. Ce fut cette même paralysie muette qui s’empara des deux alligators : une terrible frayeur qui leur fit cesser le combat. Des vaguelettes tardives s’écrasèrent sur les flancs de l’embarcation, quand ces deux derniers, abandonnant tout espoir de lutte, nagèrent d’un commun accord dans des directions opposées.

Puis un silence de mort s’installa. Seul le grincement d’un tronc coincé dans les remous se fit entendre. Un son isolé, régulier, et terriblement plaintif, comme celui d’un cœur à l’agonie.

La surface des eaux redevint livide sous l’éclat de la lune. Comme le chœur du marais n’osait recommencer ses stridulations, on aurait pu croire le temps figé autour de l’homme choqué, qui retenait là ses tripes de se vider. On aurait pu croire que même le bayou tout entier cessait ses clapotis, et le vent l’imitait, n’offrant pas même le réconfort d’une brise tendre. La barque oscillait doucement dans un maigre courant maladif, seul élément artificiel qui refusait de respecter l’architecture naturelle. Telle une insulte à la face d’une créature qu’il était pourtant bien mal avisé de provoquer.

Le vacarme éclata brusquement avec la violence du tonnerre. Le choc du métal avec des écailles incroyablement dures.

Une énorme nageoire vint frapper avec la force de plusieurs centaine de kilos de muscles l’embarcation humaine, propulsant une bonne quantité d’eau à l’intérieur et manquant de la faire chavirer. Celle-ci valdingua comme une vulgaire coquille de noix au beau milieu du canal, déclenchant les hurlements affolés d’une horde d’oiseaux endormis qui s’éparpillèrent dans toutes les directions. Le métal gémit atrocement sous le coup formidable, dont seul un miracle aurait pu épargner le moteur, mais certainement pas son occupant s’il s’y était attardé. Le bateau ballota encore longtemps dans les vagues déclenchées par cette rage aveugle, avant le calme ne revint s’appesantir sur les eaux.

Cet atroce silence revint étrangler le bayou. Ce même gémissement rythmé du bois agonisant dans le recoin d’une berge. Régulier. Mourant.

Comme le courant faisait dériver la barque endommagée, la surface du canal se peignit en même temps du visage solennel de la lune. Un message adressé à l’homme, aurait pu identifier une chamane. L’avertissement primitif que celui-ci était aux prises avec une force dépassant de loin le simple affrontement territorial de quelques alligators. Une menace que nul ne pouvait pourtant anticiper. Car la créature le scrutait depuis les eaux troubles. Son œil perçant disséquait les mouvements de l’homme accroché à la terre ferme, sans que celui-ci n’ait la moindre chance de la remarquer. Toutefois, un instinct autrement plus malin l’animait, et ce dernier se doutait que le bipède pouvait saisir à tout instant, ce qui lui restait de ses pauvres réflexes de survie pour prendre la fuite. Tant et si bien, qu’il ne s’écoula que quelques secondes avant la seconde attaque.

Le tumulte suivant éclata tout aussi brusquement que la première fois. L’énorme explosion d’un corps gigantesque perçant la surface à la vitesse de l’éclair.

La gueule démesurément ouverte, le colosse jaillit hors de l’eau, juste sous la berge où celui-ci avait nagé sous le couvert des algues molles. La clarté lunaire fit étinceler ses crocs et ses écailles aux nuances d’émeraudes, quand il se propulsa de toute sa longueur sur la berge. Presque cinq mètres de muscles et de fureur défoncèrent les racines où l’homme s’était accroché auparavant, brisèrent les branches mortes sous son formidable poids, tandis que ses pattes griffues s’accrochaient dans la terre molle. Les mâchoires broyèrent net une souche sur son passage, faisant trembler le sol et gémir le bois torturé. Le monstre s’arrêta à moins d’un mètre de l’être humain. Son corps musculeux luisait d’un éclat mauvais, promesse d’une mort atroce, et entre ses dents, sifflait un avertissement meurtrier contre l’intrus. L’avertissement était clair ; Inna ne lui en offrirait jamais un deuxième.


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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
Eoghan Underwood
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Red sun rises like an early warning • Inna 1E5CfUE Red sun rises like an early warning • Inna AoZyjkn Red sun rises like an early warning • Inna BvRyGpi

"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

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"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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⛤ VENGEANCE ⛤

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"Before I die alone."

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Lun 26 Oct - 5:47 (#)


Into the water, let it pull him under
Ses ongles s’enfonçaient dans la terre humide. Une pluie légère faisait luire les feuilles, briller la soie des arachnides dont les toiles conséquentes paraient les arbres, lorsque la mousse s’en montrait absente. Il pouvait sentir sous ses genoux et ses paumes la puissance de l’énergie emmagasinée par ces territoires indomptés, et il chercha inconsciemment à puiser ses forces dans ce sol riche. Là, seul, détrempé et frigorifié par une peur panique, il crut ses nerfs sur le point de le lâcher, et ses épaules frémirent. Ses mâchoires se contractèrent, et ses bras s’effondrèrent, un peu. Son front vint bientôt toucher l’herbe tendre bordant la berge, et ses paumes se mirent à ramper, comme les serpents qu’il couvait, comme la vipère qu’il était, au fond. Tout au fond. Bête faite pour mordre, tel était le mantra qui ne cessait de lui revenir. Sylia Mulligan le lui avait répété tant de fois. Serpent, oui. Il n’avait été qu’un serpent dans sa maison, une créature de vice, ne vivant que pour le stupre, que pour la cambrure des corps ; le sien ou celui des autres, tous les autres, qu’il avait fait plier de sa magie comme de sa simple volonté. Il se mit à trembler, de tous ses membres, spasmes qui pouvaient prêter à croire que l’homme s’apprêtait à se fondre sous sa peau d’écailles, rampant en quête d’un trou où planquer sa colère, où hurler sa haine. Il gémit, et des sanglots fantomatiques le firent tressaillir davantage. Une envie de déposer les armes, toutes les armes, le tenaillait et l’incitait à s’arrêter là. À tout abandonner, à s’enfuir comme il aurait dû le faire depuis le début. Une vie de cavale, passée à se planquer dans les bayous de New Orleans, voire de ceux aux alentours de Bâton-Rouge. Il saurait s’y faire. Loin des sectes, des gouvernements, des corrompus, des êtres moraux, des croyants et des antis, des arcanistes et des humains inconscients du foisonnement surnaturel, que toutes les Révélations du monde ne pourraient dévoiler suffisamment.

Baal.

Baal l’avait abandonné.
Baal l’avait laissé se faire capturer par cette entité absconse, l’obligeant à revivre l’abominable, à revoir ce visage qui, jusqu’à son dernier souffle, ne se ferait jamais absent. Si cette prétendue immortalité lui était acquise, alors les siècles passant ne l’épargneraient pas pour autant. Il pouvait encore sentir le souffle de la tempête ravager le toit du Mall, les bourrasques plaquant ses vêtements contre lui, la voix retentissant partout (en lui, au-dessus, en-dessous, partout), les mains de la Succube qu’il avait aimée, et le sang qu’il avait voulu faire couler pour le Chevaucheur de Nuées, convaincu que chaque choix, même le pire, l’avait amené ici. Sur ce toit fait d’illusions. Convaincu que son existence avait eu un sens, et que tous ceux qui avaient péri n’avaient pas rejoint l’autre-monde en vain. Il inspira péniblement, et ses côtes lui parurent trop étroites pour les mètres cubes d’air qu’il avait besoin d’accueillir dans ses bronches. Il s’allongea bientôt à plat ventre, se laissant choir, presque prêt à laper cette boue nourricière. Ses phalanges étreignaient la masse spongieuse, et il écoutait la pluie tomber sur lui, aimait le contact sans heurt du magma brun salir sa pommette, border sa bouche. Si les griffes de Phobos ne s’étaient pas fichées aussi profondément en lui, il aurait presque pu ressentir, provenant de son Essence connectée au Tout, un élan érotique le lier à ces marécages. Une folie douce qui ne l’offusquait en rien, qui ne causait, elle, ni mort, ni souffrances. L’odeur réveillée par l’eau tombée du ciel le berçait, ajoutant une troisième humeur au duo fait d’appréhension et d’amour pur.

Le silence. C’est le silence qui l’alerta, le sortant de cette transe légère.
Les oiseaux se turent.
Les insectes.
Une chape de plomb s’abattit, annonciatrice d’orage.
Il n’entendait plus les sauriens se battre pour un lopin de rivage. Il n’entendait même plus la rivière flatter durement la coque de l’embarcation retournée. Lentement, comme s’il craignait que le moindre geste n’occasionne un boucan sonore trop dangereux, le sorcier se redressa, se retournant lentement pour s’asseoir, toisant la nuit, cette fois totale. La lumière avait été avalée par les fonds verdâtres, et plus aucun faisceau de clarté ne pourrait éclairer sa route. Il devrait passer la nuit ici. Une nuit longue, difficile, mais ce n’était pas ce qui l’inquiétait. Ce qui l’inquiétait, c’était cette absence de tapage. Ses paupières voletèrent, d’un bout à l’autre de son champ de vision.

Les eaux se fendirent, et une masse monstrueuse émergea alors.
L’homme hurla, et même la pénombre ne put l’empêcher d’assister à la destruction du canot, désormais irrécupérable, pour de bon. Ses bras le retenant à demi-dressé vers la scène littéralement incroyable, il sentit ses tripes se nouer entre elles, et l’équivalent de plusieurs litres de ciment liquide le clouer là, sur place, le souffle coupé. L’avertissement, il le comprit aussitôt. Plus animal qu’humain en cet instant, il réalisait que quelque chose ne voulait pas de lui, en ces lieux. Quelque chose de plus terrifiant encore qu’une masse de corbeaux hargneux, de plus terrifiant que la voix d’un esprit maudit, sorcière noire régnant en maître sur son île hantée. Il n’eut pas le temps de s’interroger davantage. Pour la seconde fois, la surface se troubla, voyant émerger un museau gigantesque, et une armée de dents pas moins impressionnantes. Elles se reflétaient de par l’astre lunaire, comme si Sobek lui-même lui avait envoyé son serviteur le plus terrible. La menace se teinta d’une couleur autre. Il vit le dieu crocodile, au travers d’une hallucination prenant pourtant son sens. Il se voyait lui, enfant d’Apophis, terrassé par la déité sur cette barque dont les résidus flottaient, réduits à néant. Une incroyable similitude, un clin d’œil que le paladin ne pouvait ni ne voulait ignorer, exactement comme il s’était cru fils du Maître affrontant Mot, Éveillé mêlant la Rougeoyante aux mains grises de Yago Mustafaï.

Il ramassa ses jambes, roula sur lui-même pour s’écarter de la bête et se remettre debout, écarquillant des yeux affolés. Il n’avait jamais vu une telle créature, et même celui qu’il cherchait ne pouvait être aussi énorme. Par ailleurs, il connaissait suffisamment les alligators du coin pour comprendre qu’il s’agissait bel et bien d’un cousin dont la gueule n’aurait surpris aucun habitant voisin du Nil. Il recula, manqua de trébucher sur une énième racine, et se raccrocha in extremis à un tronc proche de lui, s’écorchant la pulpe des doigts sur son écorce rugueuse. La pluie se renforça, rendant plus âpre, plus violente à ses yeux la situation lui échappant, totalement. Il recula, recula encore, conscient qu’il devrait s’enfoncer dans la végétation s’il voulait avoir une chance de survivre, cette nuit. Les traits tirés par le choc, le front barré de mèches noires collant à sa peau elle-même piquetée de cette terre le trahissant ce soir, il hurla de nouveau, à l’intention de la bête qu'il défiait avec fureur : « POURQUOI ?! »

Si même les refuges de son enfance, de sa jeunesse le rejetaient de la sorte, alors quoi ? Il n’avait jamais profané ces lieux, et la révolte couvée en son for intérieur lui donna la force de se détourner, abandonnant la rive pour cavaler entre les cyprès, les repoussant de ses paumes pour se propulser dans un élan salvateur. Il ne mourrait pas ce soir. Il s’accrocha de toutes ses forces aux pulsions de vie qui ne l’avaient jamais lâché. Titubant parfois comme un aveugle, glissant régulièrement, il traçait une course aléatoire, écartant branches et parasites végétaux, priant pour ne pas tomber sur un nouveau reptile prêt à lui arracher un bout de jambe. Il fit tout pour mettre une certaine distance entre lui et ce Cauchemar au parfum de vase, tendant l’oreille en ne craignant qu’une chose : l’entendre le suivre par-delà la frondaison, dans la rivière dont il remontait le flux.

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Louisiana Burning

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Ven 30 Oct - 18:06 (#)



Loin au-delà des eaux troubles du bayou de Louisiane, l’immensité du ciel nocturne, épargné par les lumières immondes de la ville, étouffait de sa beauté sauvage l’écoulement du temps. La lune veillait sur la sérénité inviolée de ce sanctuaire marécageux, dessinant sa face livide sur la surface miroitante, une antique aquarelle éternelle. Les lentilles d’eaux se mêlaient au flot paresseux pour peindre des motifs chatoyants et mouvants dans ce saint des saints primitif, qui n’avait alors ni limites, ni âge. Ainsi, dans l’ombre des saules immenses, il n’existait aucun repère temporel, aucun artifice de la civilisation humaine, seulement l’absolu d’une nature invincible.
En ce lieu, la réalité des hommes n’avait pas cours. L’on était à la fois présent et nulle part ailleurs, au deuxième millénaire comme trois mille ans en avant, quand la chronologie humaine n’avait aucune prise sur cet endroit. Le bayou Carouge renfermait cette essence écrasante d’un univers rude, renvoyant aux lois venus du fond des âges où nulle supplication ne trouvait alors une oreille compatissante. Les chauves-souris fendaient l’air moite du marais, indifférente à la peur panique du bipède perdu dans un endroit qui le dépassait, quand nul reptile ne prêterait attention à son trépas.
L’homme n’était qu’une proie comme les autres. Un cadavre anonyme qui nourrirait la terre et son cortège d’insectes nécrophages au même titre que n’importe quel animal. Un sacrifice de chair pour honorer les dieux du marais, et l’incarnation du crocodile brisant la surface du fleuve. Dans les veines de ce dernier, la proximité de la proie déchainait une fureur prédatrice, qui écrasait les souches et faisait trembler le sol sur son passage. Dans son esprit où subsistait une étincelle maligne, une haine viscérale s’écoulait pour envahir ses membres musculeux, et leur donner une rage spectaculaire. Dans les profondeurs de sa conscience submergée par l’instinct du prédateur, l’identité d’Inna s’était totalement perdue dans cette  déflagration de violence.

À la frayeur de l’homme répondit la frénésie du prédateur. Celui-ci fit voler d’un violent coup de museau une branche gênant sa progression. L’enchevêtrement d’herbes épaisses furent piétinées. Son énorme nageoire propulsa sa masse énorme en se dégageant de la gangue de boue. L’extase de la chasse et la proximité de sa proie, l’odeur de sa peur et le goût du sang balayèrent ses écailles d’un frisson électrique. Le monstrueux crocodile se hissa parmi la folle végétation dans un vacarme épouvantable de bois fendu et de raclements griffus.
Du reste, l’animal n’était guère pressé. Guidé par les fragments d’une intelligence mystique, celui-ci remontait lentement cette fragrance de terreur que l’homme répandait derrière lui dans les trouées des broussailles. Le froissement de ses écailles contre les troncs éparses produisaient un terrifiant bruit continuel, une menace perpétuelle entrecoupée des craquements du bois sec sur son passage. Dans le silence quasiment unanime du bayou, pétri de peur face à cette divinité incarnée, seul le sifflement régulier du crocodile se faisait entendre, comme un funeste présage derrière l’homme.
Un cauchemar de persévérance et de force contenue fendait la végétation d’épines et de buissons tordues, tandis que les arbres délavés par l’humidité jetaient leurs ombres distordues sur cette traque horrifique. Une fine averse s’en mêla, décorant les écailles sinueuses du saurien de reflets devenus argentés sous la lumière lunaire, et l’on entendit bientôt le bruit spongieux de ses pattes qui progressaient dans la boue. Les sens du crocodile suivaient sans relâche l’odeur humaine, cette âcre senteur de peur, et quand le parfum de la tourbe venait à la supplanter, l’intelligence miraculeuse de cette femme-bête prenait le relais, éclairant les traces que la proie laissait dans la boue.

Le grand silence. L’infini patience.
Les sifflements sourds entre ses dents rythmant sa progression.
La terreur de la victime. La fuite éperdue
Le crissement des taillis cédant sous des centaines de kilogrammes de muscles.
Le reflet de la lune sur les écailles. La lueur de ses crocs.
Le rythme infatigable de ses pattes imprimant leur marque dans la terre détrempée.


Les secondes de pure terreur devinrent des minutes d’angoisses. Les minutes s’accumulèrent en une traque cauchemardesque, et l’espace d’une heure, le crocodile ne montra aucun signe de lassitude. Celui-ci perdit la notion du temps. Au bout d’un trop long moment, il cessa sa lourde progression, pleurant le contact de la rivière tant aimée, et détourna son immense corps de la piste fraiche du bipède en fuite. Bientôt, il rejoignit une mare envahit de jacinthes, elle-même connectée au canal principal, où le reptile se glissa dans un suave clapotis aquatique.
Une étincelle de compréhension se fit jour dans son esprit. Le poursuivre ne sert à rien, songea-t-elle dans le tréfonds de ses instincts. La silhouette sinueuse du monstre nagea doucement dans l’étroit bras encroûté de tourbe, pour rejoindre l’affluent principal, avec l’assurance tranquille du prédateur sûr de sa victoire. Il connaissait parfaitement son territoire. Il remonterait le flux de la rivière dans la direction où l’homme s’était évaporé parmi les buissons, comme une menace perpétuelle à la lisière de la réalité. Une erreur, une seule, et l’intrus n’émergerait jamais du bayou Carouge.
Sous l’œil attentif de l’astre nocturne, la métamorphe remonta paresseusement le courant, amenant avec elle un assourdissant silence respectueux. La perspective d’un repas l’intéressait bien moins que la préservation de son sanctuaire, dont elle s’estimait la gardienne mystique. Elle était l’esprit des lieux. Que le primate décida de s’échapper pour ne jamais revenir, ou que celui-ci s’offrit en sacrifice aux divinités sauvages, cela lui importait peu en réalité. L’humain n’avait simplement aucune place ici. Les lueurs livides caressaient les contours de sa silhouette ondoyante errant aux confins du fleuve : un danger mortel omniprésent pour l’intrus qui avait osé toucher de ces doigts sales une puissance mystique indomptée qui ne lui appartiendrait jamais. Un maitre mot obnubilait alors l’esprit de la métamorphe à la patience infinie. Qu’il disparaisse.


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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
Eoghan Underwood
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⛤ SMALLTOWN BOY ⛤

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"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

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"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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⛤ VENGEANCE ⛤

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"Before I die alone."

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Ven 18 Déc - 5:08 (#)


Into the water, let it pull him under
La nuit était tombée depuis près d’une heure. Bob Flingerton, après une journée bien remplie, avait savouré quelques bières bien fraîches dans le repos de la cahute tiède, là où tous les pêcheurs se retrouvaient après le labeur, et que la compagnie de leur femme leur manquait moins que celle de leurs comparses. Le poste de radio grésillait vaguement au fond de la pièce, et personne ne s’en souciait réellement. Il s’agissait alors seulement d’un bruit de fond agréable, d’un ronronnement bien connu. Aux voix et aux mélodies, se joignaient les chocs du verre contre le bois, du verre contre le verre, des paluches contre les bras, les épaules et les cuisses. Le monde continuait de tourner, et Bob Flingerton se sentit heureux de constater que rien, pas même les pires des catastrophes, ne pourraient changer certains détails, certains baumes de l’âme. Car c’est ce qu’ils étaient tous, ici : des âmes simples. Il les regardait, ces gaillards, lui-même un peu endormi et détendu par un coup de barre agréable, avachi au fond de son fauteuil confortable. Il les regardait tous, et il savait qu’il les considérait comme des membres de sa propre famille. Ils travaillaient de concert, souffraient de concert, connaissaient les affres, tracas et bonheurs de chacun. Ensemble, ils se serraient les coudes pour se dresser face à une nature retorse, le plus souvent généreuse, mais parfois pingre et de bien mauvaise humeur. Ils s’étaient adaptés, non sans mal, et depuis cet aimable duel faisait partie de leur quotidien sans qu’ils n’en remettent en cause les fondements. Des âmes simples. Il n’écoutait qu’à peine les débats à l’œuvre, ne cherchant pas réellement à participer aux échanges. Le silence lui convenait bien. Parfois, quand il lui prenait, Bob s’ingéniait à « éduquer » certains de ses amis les plus naïfs, de ceux qui ne comprenaient pas grand-chose à l’administratif régissant ce pays. Parfois, il essayait aussi de les ramener vers un chemin moins marginal, de leur rappeler que toutes les théories complotistes n’étaient pas forcément bonnes à entretenir, etc., etc., etc. Mais pas ce soir. Ce soir, il bâilla largement, termina sa bière et se leva, esquissant quelques pas vers la sortie, ouvrant la porte sur la pluie tombant sur la rivière. Par habitude, il observa les embarcations rattachées aux pontons, et sentit aussitôt que l’une d’elles manquait à l’appel. Une vingtaine de secondes s’égrenèrent, avant qu’il ne comprenne qui…

Il se recula, revenant dans la lumière, et élevant la voix pour se faire entendre : « Quelqu’un a vu Eoghan ? » Les conversations cessèrent, et tous se toisèrent les uns les autres, un peu benêts, rendus apathiques par la fatigue ou l’alcool. Bob dut insister : « Il a pris le canot tout à l’heure, mais j’le vois pas attaché. Et j’l’ai pas croisé non plus. J’trouve ça bizarre. Alors, quelqu’un l’a vu ? » On acquiesça, on prit une mine sérieuse, inquiète ou concentrée. Eoghan Underwood n’était pas un pêcheur à proprement parler. Il effectuait les manœuvres avec eux, parfois, se montrait d’une aide bienvenue lorsqu’il le fallait, et avait passé une bonne partie de son adolescence dans les parages, et pas uniquement sur le bateau de Flingerton. Ils n'étaient donc pas rares à se sentir plus ou moins concernés. Un homme, dans l’assemblée, se dressa parmi ses pairs. « Moi j’l’ai vu. » Les yeux gris de Bob s’éclairèrent. « Quand ? »
« Dans l’après-midi. On s’est croisés tous les deux. » Bob comprit que quelque chose n’allait pas, lorsque le dénommé Jeremy se mit à balayer la scène de ses prunelles torves et angoissées. « On s’est pas arrêtés. Il allait vers Carouge, mais j’suis pas sûr non plus que... »

Un silence au malaise palpable se répandit dans la pièce, réduisant à néant la bonhomie et la chaleur distillée précédemment. On n’entendit bientôt plus que la radio ne captant plus, créant un bruit blanc agaçant, et celui de la pluie qui continuait de tomber dans le dos de Flingerton. « Eoghan sait très bien qu’il ne faut pas aller là-bas. » C’était un autre pêcheur qui s’était levé pour prendre la parole. « Ça sert à rien, de flipper. Bob. C’est plus un gosse. Il a l’habitude, non ? Il va rentrer, dans pas longtemps. Il s’est sûrement attardé dans l’coin, et probablement pas dans l’bayou Carouge lui-même. Il va rentrer. » L’interpellé battit des paupières, déglutit mal et finit par acquiescer, bon gré mal gré. C’était vrai. Ça faisait un bail, maintenant, qu’il se le trimballait dans les parages. Le « petit », comme il l’appelait parfois devant sa femme, était devenu un arpenteur professionnel, et le bayou n’avait plus grand-chose à lui cacher. Il connaissait ses dangers, savait comment les éviter autant que faire se peut, et il lui aurait fait confiance les yeux fermés, s’il s’était agi de se laisser guider. Il se sentit brusquement un peu stupide de révéler cet élan digne d’une mère poule faiblarde devant eux. Personne ne se hasarda à se moquer, mais il savait déjà que les langues iraient bon train, dès qu’il les aurait quittés. Jeremy se rassit, et il vit que la remarque de leur camarade avait amplement suffi à calmer ses brusques remords. Après tout, personne n’était responsable de personne, ici. Et Bob était le seul à avoir prêté un serment secret envers Underwood senior. Alors, gêné, il hocha la tête de plus belle, et se composa un sourire de circonstance. « Ouais, vous avez raison. Bon, j’me rentre. Bonne soirée ! »

On le salua, on brandit quelques bières en son honneur, et puis il se rendit à la nuit rafraîchie par l’onde s’abattant sur son râble. Il remonta l’allée, vers le parking de fortune qu’ils utilisaient tous depuis des lustres. Il repéra immédiatement le pick-up tape-à-l’œil du sorcier et grinça des dents. À voir la mécanique là, abandonnée dans le paysage nocturne, il lui prenait l’envie féroce de se retourner, de guetter un grondement de moteur, l’éclat lointain d’une lampe découpant les ténèbres. Mais rien. Seules les grenouilles s’en donnaient à cœur joie, et le noir le resta. Pestant tant contre l’incertitude que contre l’humidité, il grimpa derrière son volant et démarra, le ventre noué.

•••

La pluie avait cessé avant l’aube.
Un liseré à peine discernable commençait à se faufiler, filament gris dans le firmament indigo.
Une ranger écrasa mollement la mousse imbibée d’eau.

L’homme avait erré toute la nuit, se perdant dans les marais sans plus chercher à se repérer. À retrouver son chemin. Il ne pouvait qu’attendre le retour du jour. Il s’était éteint, un peu, déconnecté de tout ce qui le constituait en tant qu’individu. Il s’était fondu sous la peau du bayou qui, il l’espérait, le recracherait bientôt. Il avait tenu bon, courant et bataillant avec la flore, poursuivi par le crocodile vers lequel il ne s'était pas retourné, jamais. Il n'avait pas voulu risquer de trébucher au point de tomber, et certainement pas de voir la rangée de dents prêtes à se refermer sur son mollet. Il s’était contenté de courir. Abruti de peur, d’épuisement, au risque de s’en tordre les chevilles. Mais ses habituels et fidèles godillots ne l’avaient pas lâché. Ses derniers réflexes non plus. Lorsqu’il s’était arrêté, c’était uniquement après s’être assuré que plus rien ne lui filait au train. Que plus aucune mâchoire immonde ne claquait dans son dos pour espérer le terroriser encore davantage, jusqu'à le happer. Que les souches, les branches et le sol ne se voyaient plus foulés, sur ses traces, par les pattes griffues du saurien déterminé à le poursuivre pour une raison qu’il ignorait.

L’attente avait été le pire, pourtant.

Attendre que le monstre ne revienne.
Attendre que les heures passent, et ne le rendent au monde des vivants.
Attendre un signe du destin.
Attendre le retour du soleil.

Bien que ses pupilles avaient fini par s’acclimater, aidées par la lune, l’obscurité avait manqué de le rendre fou. Depuis, il grelottait, incapable de se réchauffer. L’eau l’avait englouti totalement, et ses habits comme lui-même n’avaient jamais pu sécher. Ses extrémités, engourdies de froid, lui faisaient parfois claquer des dents. Le contrecoup ne l’aidait pas non plus. Alors, lorsque le néant se déchira pour laisser les lueurs plus rassurantes reparaître, il aurait pu s’en évanouir d’un soulagement terrible. Pourtant, impossible d’y penser. Il devait mettre à profit ce nouveau tournant pour revenir à la civilisation. Sans barque, sans téléphone, sans montre, sans arme. Sans rien d’autre que ses maigres ressources. Il tentait de ne pas se demander comment traverser certains bras de rivière sans devoir nager. Sans devoir risquer, donc, un nez à nez dont il ne sortirait cette fois pas vivant. Le terrain et ses jambes solides l’avaient aidé à devancer l’animal, mais une fois dans l’eau, le sort en serait jeté, et il n’y aurait plus alors qu’à hurler pour les derniers instants qu’il lui resterait à vivre.
Par ailleurs, il crevait de soif, tout comme son estomac criait famine. Il se sentait faible, mais pas découragé. Il se dit que le destin lui sourirait peut-être. Il pouvait croiser un pêcheur, tomber sur une pirogue (même en mauvais état, il saurait comment colmater le fond – mais auras-tu les couilles de naviguer en pirogue sachant que ça tourne dans les parages ?), trouver une habitation, ou tout simplement parvenir à contourner, au prix d’un détour effarant, la route la plus droite impliquant de naviguer jusqu’à son point d’arrivée.

Il attendit encore.
Les marais retrouvaient leur paix habituelle, non sans vacarme latent, mais dépourvus de l’aura de menace qui l’avait suivi toute la nuit durant. Ses mains et ses doigts écorchés et gourds, ses articulations fatiguées, gelé et sous le coup d’une adrénaline qui le porterait aussi loin qu’il s’en montrerait capable, il se mit en route en se fiant à l’astre solaire, et prit la direction du Nord, le gardant du côté de son épaule droite et se gardant, lui, à bonne distance de l’eau dont il surveillait cependant le cours.

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Jeu 31 Déc - 19:02 (#)



L'averse cessa lentement aux alentours de six heures du matin. Dans les méandres des canaux recouverts d’une obscurité sinistre, un froid mordant avait nimbé les eaux noires d’un brouillard épais. Les nappes brumeuses évoluaient paresseusement sous l’éclat blafard de la lune, en masquant presque entièrement les berges où les branches lestes des saules et les filaments des mousses espagnoles dessinaient des arabesques inquiétantes. Un vent discret apportait les exhalaisons écœurantes de glaise lourde, de bois pourri et parfois même, l’odeur âcre de la chair putride.
Malgré l’aube approchante, la nuit maintenait le marais dans une chape de calme ouaté, et de frimas accablant. Ainsi, au-dessus de la surface aussi sombre que de l’encre, l’air s’infiltrait dans les poumons des hommes avec l’acuité d’une lame de rasoir, comme si celui-ci cherchait à les étouffer. L’eau elle-même semblait exhaler une menace muette. Dans le miroir indéchiffrable de ses flots, d’un noir uniforme et fascinant, elle ne reflétait rien d’autre que la lumière de la lune, à l’image d’une conscience avide et hostile aux perturbations crasses de l’humanité.
En remontant depuis les abysses aquatiques, les clapotis des amphibiens se mélangeaient aux vaguelettes placides que l’embarcation des pêcheurs, un modeste bateau à moteur, générait. Troy les faisait progresser lentement au travers du brouillard. Il valait mieux à cette heure-ci. À la proue du bateau, Josh Landry observait sans mot dire la puissante lampe déchirer l’obscurité brumeuse des lieux au fur et à mesure de leur progression. Quelques gouttes éparses chutaient encore depuis la cime des arbres, et créaient l’illusion de sillons d’argents en traversant ce halo électrique.

Guère habitué aux escapades matinales, Josh étouffa un bâillement dans sa main, suivi d’une toux réflexe lorsque l’atmosphère piquante des marais assiégea sa gorge. L’écho de son geste résonna démesurément dans le calme relatif du bayou, arrachant à son comparse une moue renfrognée.

« T’es encore plus bruyant que l’clebs de Bobby. Et encore, lui y ferme sa gueule quand on l’demande. »

Le concerné ricana brièvement. Un p’tit con pour sûr, pensa aussitôt Troy Brewer. Et cependant, il l’aimait bien ce petit con. Avec sa vingtaine à peine entamée et son air insolent inscrit sur ses traits rendus secs par une enfance difficile, Josh avait tout du potentiel ruiné par un père incapable, et miné par l’alcool. Il retira la capuche de son imperméable vert bouteille pour révéler des mèches filasse en désordre, et un sourire provocateur envers son ainé.

« Y’a que nous ici, pas comme si on allait réveiller quelqu’un. »

Son épaisse paluche rougie par le soleil posée sur le manche du gouvernail, Troy maugréa quelques mots inaudibles dans son épaisse moustache. De sa main libre, il réajusta d’un geste vif sa casquette coca cola usée, et rendue humide par l’averse qu’ils avaient essuyé précédemment.

« T’es jamais vraiment seul. Et t’sais pas c’qui peut nous écouter. »

Josh l’observa d’un air moqueur. « C’est l’moment où tu vas m’sortir tous les racontars de vieux pour que j’me fasse dessus ? J’crois pas à tous ces trucs. Des couilles et un bon fusil, c’est ce que j’crois. »

Oui, décidément, il l’aimait bien ce petit con. Le vétéran poussa un profond soupir pour simuler une contrariété de circonstance, mais en réalité, Josh l’amusait. Pire encore, il éprouvait désormais une certaine affection paternelle pour cet idiot manquant de repères, qui comblait son besoin d’attention par une insolence agressive. En somme, estima Troy Brewer, un bon garçon foutrement perdu. C’était, semblait-t-il, le lot de tous les gars au bout de leurs carrières de s’attacher à des jeunes imbéciles inconscients et aventureux, comme Bob Flingerton l’était avec Eoghan.

« Ça s’peut, pour sûr. Mais c’est pas comme ça qu’tu survis ici, déclara Troy en tapotant son front de son doigt épais. Ça s’passe là aussi, dans ta caboche. L’bayou y pense, et y pense contre toi. T’as intérêt à apprendre à l’connaitre s’tu veux pas finir dans la vase avec tes couilles et ton fusil. »

Au moins y réfléchit, l’est peut-être pas perdu, estima Troy en observant son comparse ruminer cette déclaration. Le regard de celui-ci se fit momentanément absent. Les yeux clairs de Josh se mirent à errer dans les ombres des cyprès qui surplombaient leur embarcation, laquelle lui parut désagréablement frêle au milieu de cet écrin nocturne et hostile. La noirceur de la végétation offrait des nuances furtives et mouvantes, comme la respiration secrète d’une énorme créature étendue dans l’épaisseur des futaies. Il réprima un frisson et resserra sa prise sur le bord métallique du bateau, dont les vibrations régulières offraient un repère apaisant.

« À c’te heure, on y trouve d’bonnes prises, reprit Troy, apparemment indifférent à l’angoisse qui tenaillait son protégé. ‘Sont encore engourdis par l’froid d’la nuit, mais y sortent, y z’ont bin faim. »

Josh ne répondit rien. Il détestait ces heures d’incertitudes. Ces moments entre chiens et loups, où les ténèbres semblaient ourdir quelques machinations afin de dévorer l’aube balbutiante. Le ronronnement du moteur, auparavant un raffut familier, lui donnait désormais l’impression d’une terrible fragilité. Comme le vagissement d’un nouveau-né perdu au milieu d’un océan de crocs et de pupilles affamées. Il leva prudemment les yeux. La voûte des arbres formait au-dessus un entrelacs d’épines et de branches rigides, tel des serres innombrables prêtes à se refermer sur eux, dès qu’ils relâcheraient leur attention ou que la clarté de leur lampe vacillerait.

« Hé, tu m’écoutes ? » La voix rêche de Troy l’arracha à sa contemplation malsaine. « ‘Commence pas à t’perdre dans l’obscurité, ça t’ronge l’esprit. J’tai dit que ça s’passait dans la caboche. Faut pas t’laisser avoir par l’bayou, quand y commence à t’appeler, l’écoute pas. »

Josh renifla pour masquer son trouble. « J’cherchais juste à voir les étoiles. »

« La nuit ici, ça t’joue des tours, fils. T’crois que c’est toi qui l’observe, mais l’bayou a des milliers d’mirettes qu’tu peux pas voir. Alors commence pas à dérailler, j’ai besoin d’toi pour remonter les nasses, ok ? »

« Ok, ok, » maugréa-t-il en se réinstallant face à Troy, une sourde inquiétude encore visible sur son visage contrarié.

On est tous passé par là, songea le vieux pêcheur en regardant Josh réajuster machinalement son imperméable. Lui aussi de son jeune temps avait éprouvé cette fascination horrifique, celle dont les marais nocturnes usaient pour étendre leur emprise sur les âmes encore fraiches. La nuit détenait cette séduction venimeuse particulière, comme une abime aux murmures délicieux qui vous tendait les bras pour mieux vous avaler dans un oubli mortel. Troy décida de rompre ce silence dangereux de sa voix rendue rêche comme du vieux papier par les tord-boyaux cajuns.

« Sally a b’soin de remplir nos réserves. On est un peu bas c’temps-ci. Et faut être bin dieu con pour la contrarier. Pour ça que j’tai dit d’venir, m’faut des bras pour remplir toutes nos assiettes c’soir. »

Les responsabilités firent naitre un nouvel éclat dans le regard de Josh. Celui-ci se redressa face à Troy, son attention désormais focalisé sur le vieux pêcheur, et non sur les ténèbres environnantes.

« Pour sûr, si on a d’la chance. Et d’ailleurs, c’est pour la veine ta babiole là ? » dit-il en désignant le torse de Troy, où ballotait deux curieux pendentifs.

Le vétéran toucha machinalement ses colliers. L’un était une chaine aux brillants maillons entrelacés et décorés d’une croix en argent, achetée par sa femme et bénie à la paroisse de Haughton, voilà quelques années de cela. Toutefois, celle qui avait éveillé l’insolence de Josh, était bien différente. Un simple cordon tressé retenait un pendentif fait de cercles de bois successifs, noués les uns sur les autres pour former une figure complexe et vaguement sphérique, traversée de fines aiguilles métalliques qui semblait à la fois retenir le tout en place, et servir un objectif esthétique.

« C’te babiole comme tu dis, ma grand-mère m’la fait d’ses mains. Elle connaissait l’bayou comme pas deux, tous les secrets des plantes et des eaux, des alligators aussi, même qu’on disait qu’elle avait des dons. Faut respecter ces choses-là. »

« Et tu crois qu’ce truc t’porte chance ? » insista Josh, un sourire de plus en plus large déformant ses traits de petit con.

« T’apprendras que dans l’bayou, y suffit d’un truc pour que ta veine tourne, aboya soudainement Troy. Y’a des choses qu’on sait pas. Y’a des forces qu’on peut pas lutter. Faut respecter, et pas t’croire plus fort que l’bayou. »

Les mots de Troy Brewer claquèrent dans le calme relatif des ténèbres de cet enfer humide. Josh ravala une remarque stupide. L’implication de ces paroles éveillèrent un nouvel écho désagréable dans ses tripes, auquel la solitude nocturne donnait une dimension terrifiante, et un poids qui le pétrifia brusquement. Sa bouche s’assécha sous ce malaise omniprésent, alors que les terreurs précédentes refirent lentement surface. Et cependant, le vieux pêcheur reprit la parole, comme si la question des croyances et des rites de Louisiane avait éveillé un nouvel intérêt pour la conversation.

« Ma grand-mère m’racontait des tas d’trucs quand j’étais gosse. L’bayou c’est pas juste d’la flotte et des alligators. Là-dedans, y’a des choses qui veillent, des choses conscientes qui veulent pas d’toi, et t’as intérêt à connaitre ces coins qui peuvent t’bouffer sans jamais t’recracher. »

La main libre de Troy se mit à tripoter ses babioles par habitude. Il marmonna un semblant de prière déformée par un accent cajun à couper au couteau, et cracha par-dessus bord, sans éveiller la moindre ridule dans cette eau si noire, qu’elle semblait avaler la lumière de leur lampe.

« Prends l’bayou Carouge par exemple, continua-t-il. D’jà quand j’étais gosse, on l’disait tabou. Y’a tellement de gars qui ont disparu là-dedans, tellement d’tragédies, que ça imprègne tout. »

Contre toute attente, Josh Landry ne fit aucun commentaire. Bien au contraire, toute son attention demeurait rivée sur son mentor, comme pour chasser de ses pensées cette maudite angoisse qui lui empoignait les tripes. Pas si con finalement, pensa Troy avec un soupçon de fierté.

« Tous ces morts, ça laisse des traces, t’vois. Quand tu passes pas loin, t’sens cette énergie négative qui t’dresse les ch’veux, même que des gars ont juré avoir entendu comme des voix qui les appelaient. Des foutus coins maudits, y attirent l’mauvais œil. Faut les laisser en paix sinon ils t’recracheront jamais, les hommes comme nous autres y sont pas les bienvenus. »

Comme emporté par l’aspect sinistre de ce récit, Josh hocha machinalement la tête, toute insolence effacée de ses traits juvéniles. Le vieux pêcheur marmonna une dernière fois pour lui-même, puis embrassa successivement sa croix en argent, et la babiole tressée de sa grand-mère.

« T’inquiète va, dit-il à son protégé comme pour dissiper cette ambiance pesante. J’le sens bien aujourd’hui, on va remplir l’bateau et c’soir on s’fera une bonne soupe épaisse à la cajun. »

Et tandis que tous deux s’encourageaient par des sourires amicaux, le violent craquement d’une branche sur la berge les fit sursauter. Troy riva son regard vers les ombres mouvantes des taillis où des bruissements précipités se firent entendre durant un bref instant, comme la fuite soudaine d’un animal nocturne. Juste un truc qui a eu peur d’la lampe, se rassura aussitôt le vieux pêcheur, tandis que Josh cherchait vainement l’origine du vacarme dans l’impénétrable épaisseur naturelle.

Parfois, un truc suffisait à renverser la chance en ces lieux. Grâce à ce truc, aucun des deux hommes tournés vers la rive ne vit la silhouette monstrueuse nageant à contre sens se découper dans le halo de leur lampe. Les reflets électriques illuminèrent brièvement sa gueule hérissée de dents épaisses, et ses écailles aux myriades de nuances émeraudes. Durant quelques secondes, l’énorme crocodile éclipsa la taille du bateau deux fois plus petit que lui, et passa sous la coque chétive, sans révéler le moindre indice de sa présence. Un truc dans l’air lui fit ignorer l’embarcation bruyante des humains. Le monstre s’évanouit ainsi dans l’obscurité des flots encore caressés par la lumière argentée de la lune, pour se hâter vers le cœur du bayou Carouge, avant l’arrivée d’une aube haïe.

Troy Brewer et Josh Landry firent d’excellentes prises ce matin-là. Le soir venu, ils mangèrent ensemble la cuisine cajun de Sally Brewer, en échangeant des plaisanteries gentiment moqueuses sur les maladresses du débutant, et les bougonnements du vétéran. Les plaisirs partagés d’une vie simple. Troy estima qu’il pourrait sans doute tirer quelque chose de ce petit con. Josh éprouva une certaine admiration pour le vieux et promit de revenir pêcher avec lui.

Quand Troy Brewer se coucha ce soir-là aux côtés de sa femme, il embrassa du bout des lèvres la babiole de sa grand-mère. Ce petit truc qui lui avait peut-être sauvé la vie.

***

Deux heures après l’aube, une obscurité humide recouvrait encore le bayou Carouge. Dans cet enchevêtrement de roseaux et de magnolias, la lumière solaire peinait à percer l’amas inextricable de végétation. Les cimes des cyprès étendaient leurs branches émaciées au-dessus de ces terres sauvages, éternellement recouvertes d’ombres mouvantes, au milieu des bruissements et des stridulations des carouges. Une atmosphère secrète, entièrement détachée des affres du temps, régnait à l’ombre d’énormes chênes d’eau, lesquels isolaient cet endroit intouché du reste des bayous. Les mêmes senteurs nocturnes, aux nuances merveilleuses et pénétrantes, nimbaient avec obstination les alcôves végétales, comme une dernière bravade envers l’ordre du jour.
Seuls les bruissements occasionnels des créatures aquatiques ou terrestres s’autorisaient à briser la calme harmonie. Des insectes crissaient avec emphase au cœur des tapis de mousses, entre lesquels les sandales défoncées d’Inna venaient délicatement se loger sans bruit ni violence. La métamorphe faisait partie du décor désormais. En s’enfonçant dans l’épaisseur des taillis avec la fluidité d’un serpent, sa présence n’éveillait aucun vacarme, aucune menace propre à déranger les chants des geais, ou la danse aquatique des aigrettes. Elle vivait au rythme de la floraison des camélias, et de la nage des tortues, une entière symbiose avec la terre imbibée d’une force primitive.
Et cependant, l’ombre d’un souci voilait ses traits recouverts d’une couche de boue fraiche. Elle s’arrêta pour collecter dans ses paumes en coupe, l’eau de pluie accumulée dans le creux d’une souche, et en aspergea son visage crasseux. Immédiatement, le contact glacé la rasséréna. Les murmures familiers emplissant le cœur du bayou Carouge contribuaient à jeter une nappe rassurante sur ses tourments, au même titre que la douce chaleur soporifique qui s’infiltrait au travers des épais feuillages. Inna inspira longuement et avec plaisir, les vapeurs piquantes des marais, aux exhalaisons lourdes de tourbe lentement réchauffées par le soleil de Louisiane.

Une silhouette masculine emplissait néanmoins ses pensées à cet instant. Celui-ci avait saturé cette nuit et bien d’autres avant elle, d’un questionnement nouveau auquel elle avait encore du mal à faire face. Les traits de Rhys se dessinèrent sur la surface de l’eau de pluie restant dans la souche, comme une question muette à laquelle Inna ne parvenait pas à répondre. Quand devrais-je le rejoindre, se répéta-t-elle, quand serais-je prête ? Des filaments de souvenirs métalliques trainaient alors dans sa mémoire en miettes, des bruits de villes humaines aux puanteurs industrielles suffocantes et aux saveurs chimiques écœurantes. Le tableau lui nouait l'estomac.
Quelque part au fond de sa conscience, Inna connaissait une partie de la réponse. Jamais elle ne serait entièrement prête à reconquérir cette maudite part d’humanité. Toutefois, la métamorphe faisait chaque jour des efforts pour dompter ses instincts sauvages qui avaient dominé sa vie ces dernières années. Elle se lavait et s’habillait chaque jour désormais. Elle tâchait de chasser avec raison et d’accepter entièrement sa transformation humaine. Dans les bras confortables d’un gommier, elle flânait des heures durant, exerçant sa mémoire pour récupérer les indices de son ancienne vie, et les visages des siens qui avaient disparu au fil des années.
Un exercice de funambule qui l’obnubilait. Chaque minute, Inna percevait son identité animale qui continuait à chasser sa part humaine, des réflexes sauvages qu’elle ne pouvait maitriser entièrement. Et pour cause, elle n’avait aucun désir de les renier. Comme la caresse des eaux troubles enveloppait chaque parcelle de ses écailles, la métamorphe renouait chaque fois avec cette violence viscérale, cet appétit prédateur et ses réflexes reptiliens qui constituaient alors une part précieuse d’elle-même. Elle devait simplement réapprendre l’harmonie d’une nature double, pour elle et pour sa famille.

L’existence de l’intrus avait momentanément déserté ses pensées. La rumeur d’une chasse nocturne lui revint alors au gré de ses réflexions. Inna détourna son attention du miroir de l’eau, comme pour chercher au milieu de ce rideau de feuilles émeraudes, la présence exécrée de l’humain. Des bribes de la poursuite nocturne lui revinrent en mémoire, la saveur excitante de la traque, et l’explosion du bois mort sous sa mâchoire. Perplexe, et quelque peu indifférente du sort de l’homme, elle frotta sa tignasse épaisse et croûtée de vase, en observant les alentours encore nimbés d’une fine brume.
Oh, peu importe, songea-t-elle avec détachement. Le bayou a dû se charger de lui. Elle haussa simplement les épaules. Livrés à eux-mêmes, les humains avaient de maigres chances de survie. Ces créatures malhabiles et vulnérables qui seraient restés au bas de la chaine alimentaire, sans le pillage des secrets de la terre et du métal. Ainsi abandonnés au milieu de l’immensité du bayou Carouge, ils redevenaient ses bipèdes à la chair fragile, aux sens et aux instincts détruits par des siècles de confort moderne. Quelque part au milieu des roseaux et des jacinthes, un cadavre flottait certainement entre deux eaux ou dans l’estomac d’un alligator, Inna en était convaincue.
L’importun était enfin à sa place. Dans les orbites vides de son crâne, celui-ci contemplerait bientôt le lent ballet paisible des nuages, un sourire éternel dessiné sur sa tête nue, sur laquelle évoluerait les scarabées et les rapaces nécrophages. L’homme deviendrait ce que son espèce n’avait jamais pu être. Un élément naturel dont l’existence ne serait plus une insulte à la terre créatrice, mais un enfant bienheureux qui ne souffrirait plus, et accepterait tout. Inna hocha doucement la tête à cette pensée. Nature, berce-le chaudement : il a froid, dit-elle dans un murmure adressé à la brise parfumée. Elle s’étira avec plaisir sous la caresse des minces rayons de lumière et, oubliant le sort de l’homme perdu, s’enfonça plus avant dans le labyrinthe mystique du bayou Carouge.


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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
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"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

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"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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⛤ VENGEANCE ⛤

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"Before I die alone."

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Jeu 28 Jan - 4:03 (#)


Into the water, let it pull him under
Il se leva sans réveil.
Il s’était toujours levé sans réveil.

Dans la pénombre d’une chambre conjugal au mobilier simple, ancien et artisanal pour la plupart, le corps massif du pêcheur se tourna, écoutant respirer sa femme quelques instants. Les paupières brûlantes, encore lourdes, il frotta de la pulpe de doigts massifs les muqueuses ensablées, écouta le cri de quelques oiseaux au-dehors, puis se dégagea silencieusement du lit pour aller faire couler le café. En apparence, rien ne laissait à penser que cette journée s’annoncerait différente. Il ne pensait à rien. Rien qu’à ces gestes mécaniques, routine rassurante, dans le calme de la maisonnée. Le petit dormait encore. En bon père de famille, Robert Flingerton appréciait plus que de raison ces moments le voyant devenir le véritable protecteur de son foyer. Lorsqu’il savait sa femme rassurée, les angoisses du quotidien noyées dans le sommeil, et son fils à l’abri, dans sa chambre d’enfant. Lui qui n’en serait bientôt plus un. Parfois, il se sentait triste de voir le temps filer aussi vite. Parfois, il avait hâte de voir de quelle trempe son rejeton serait, plus grand. Il acceptait avec philosophie l’évidence que certaines mères avaient davantage de mal à accepter, et il ne tenait pas à se transformer lui-même en parent déniant la réalité immuable, s’imposant à tout géniteur quel qu’il soit. Il acceptait. Il sirota sa boisson chaude en observant la rue depuis sa cuisine, se doucha, s’habilla, embrassa son épouse, son fils, puis abandonna une demeure plongée dans le silence pour rejoindre sa bagnole et foncer vers le QG des pêcheurs du cru.

Il dormait encore en pensée, la tête engourdie, sans que cela ne soit désagréable pour autant. Il reprenait contact petit à petit avec le monde extérieur, trouvait parfois à s’extasier du temps splendide venu remplacer une averse persistante, du jeu des lumières mordorées sur l’herbe verte des berges, suivant la rivière jusqu’à enfin se garer sur le même parking de fortune que la veille. C’est en décrochant sa ceinture, s’apprêtant à descendre, qu’il tomba nez à nez avec le pick-up d’Eoghan. Ses tripes se contractèrent, et il bondit à terre, s’approchant du véhicule comme pour espérer repérer un signe, lire un mot laissé là par le gamin, indiquant que tout était normal, que sa mécanique était même peut-être tombée en panne, qui pouvait le dire ? Mais rien. Il pivota. Le canot n’était toujours pas revenu. La lourde carcasse de Bob fit voler la poussière sous ses pieds, lorsqu’il se mit à courir vers la cahute des marins d’eau douce, priant le bon Dieu en lequel il croyait encore, de leur épargner le pire et la découverte d’un autre cadavre.

•••

Un pas après l’autre.
« Cela en vaut-il la peine ? »
Le monstre hantant la région avait raison. L’homme avait froid. Incapable de s’exposer sur les versants ensoleillés des marécages, il continuait de progresser à l’ombre des feuillages. Livide. Blême comme un mort. Ainsi, sur la peau de son visage pâli, les quelques gouttes de boue et de mélasse demeurées là n’en ressortaient que plus vivement. Sa chevelure, sombre et humide, tranchait férocement avec le bleu arctique fouillant les parages avec précaution, sans jamais distinguer un signe de vie autre que la faune foisonnante, que ses propres semelles écrasant la végétation grasse à souhait. Parfois, les catfishs popaient à la surface de l’eau pour gober mouches et insectes ayant survécu à l’hiver tolérable. Il repéra une famille de ragondins se jetant à l’eau, provoquant des clapotements discrets et se fondant avec une rare perfection dans le décor enchanteur, qu’il n’arrivait toujours pas à haïr. Pourquoi lui était-il donc si facile de s’en prendre à ses congénères, quand la nature souveraine ne se montrait pas moins tendre avec lui ? Peut-être la trouvait-il légitime, elle. Peut-être n’avait-elle aucun compte à lui rendre ? S’il aimait le bayou parfois plus que lui-même, s’il n’avait jamais cessé de craindre pour sa préservation, et s’il avait toujours refusé d’entraîner les touristes trop avides et pas assez respectueux dans ses profondeurs, c’était par respect pour celui qui était un confident, aussi sûrement qu’un ennemi. Il se souvint des réflexions qui l’avaient pris, tandis qu’ils avaient ramené le corps de l’enfant noyé, après la tempête. Les générations d’hommes ayant vu leur dos brisé, dans une tentative à peine couronnée de succès ; dompter les zones sauvages. Surpasser la glaise, remplacée par le goudron fumant. Bâtir des ponts résistant aux siècles. Préserver les habitations sans cesse menacées par l’eau montant toujours plus haut, se faufilant toujours plus loin. Ce qu’Inna Archos ne pouvait savoir, c’est qu’il ne s’était jamais prétendu supérieur à cette nature dont elle se réclamait, dont elle était une extension consciente – peut-être même trop consciente. Elle incarnait tout ce contre quoi l’évolution humaine se battait, depuis près de trois millions d’années. Et quelle lutte. Quelle lutte avaient-ils dû mener, ces primates désarmés. Quand le cuir tanné ne protégeait pas leur peau fragile, quand la nuit devenait prison de peur qui les aurait vainement vu s’abriter en sûreté. La revanche de l’Homme sur cette terre suppliciée par Lui, apparaissait avec une clarté d’une évidence rare aux yeux de l’arcaniste. Ils s’étaient vengés. La nature s’était montrée horrible avec eux. Et continuait de l’être. Un seul faux pas, et c’était la chute. La mort toute trouvée. La fin précipitée. Comme si, entre l’espèce et ce monde parfois hostile, la cohabitation se voyait impossible. De son côté, il avait toujours tenté de préserver une sorte de statut quo. Il avait respecté ce monde vert, brun, ocre. Il ne lui avait jamais tourné le dos avec trop d’assurance. Il n’avait jamais pris ce territoire pour acquis. Il ne s’en était jamais senti chassé, mais avait lui aussi été formé à respecter l’écrin, sous deux points de vue distincts ; celui de Bob, comme celui de Jill. Ce qu’Inna Archos ne pouvait savoir, c’est que sa position bâtarde, ni vraiment homme, ni vraiment bête, faisait d’Eoghan Underwood une partie intégrante de cette nature à laquelle son Essence demeurait connectée. Et qu’en était-il des rumeurs assignant les changeurs de forme aux créatures issues des manipulations chamaniques ? Qui avait créé quoi ? Hiérarchie brouillonne, mais qui était l'intrus ?
Si elle était une de ces bêtes fabuleuses, elle ne ressemblait en rien à celle que lui, cherchait désespérément. Lui, avait compris. Lui, ne l’avait pas touché. Peut-être était-il parti. Peut-être ne le retrouverait-il plus jamais.

Une Ranger dérapa, et il se rattrapa de justesse pour s’éviter de finir face contre terre. Il avait faim. Il se sentait faible, mais également pourvu d’une force, mentale, psychique et physique, qu’il ne laisserait pas filer aussi aisément. Si la situation n’avait pas été aussi grave, il aurait pu apprécier ce moment – et peut-être le fit-il bel et bien. Il pensa à New Orleans, à ce qu’il s’était passé dans Dauphiné Street, à Astaad venue frapper à sa porte quelques nuits plus tard, à Victoria, à Morgane, à son propre père, et au sens de son existence. Le souvenir de l’envoyé de Sobek continuait de lui tirer des frissons glacés désagréables, mais il ne perdait pas de vue le seul point essentiel, indéniable : il était vivant. Ce n’était pas son heure. Et il comptait bien rentrer chez lui. Qu’importe le temps que cela prendrait. Il redressa la tête, en reconnaissant la pointe d’une pirogue un peu plus loin. Pris par l’espoir, il se pencha pour éviter un bouquet de lianes pendant mollement, et s’approcha pour constater l’état de l’embarcation. S’agenouillant, sa paume flatta le bois taillé, mais bien trop vermoulu et fragile pour qu’il se hasarde à l’utiliser. Il poussa un soupir de dépit discret. Plutôt que de céder à la colère comme il l’aurait fait auparavant, il se contenta de balayer du regard les eaux calmes. Pas un museau d’alligator aux alentours. À la place, le confortant dans l’idée que rien n’était à craindre, un héron immense se tenait là, à quelques mètres de lui. Sans bouger, il fixa l’oiseau majestueux, amusé par le léger goitre palpitant sous son bec, par l’œil jauni guettant un prédateur potentiel. Mais rien. Il finit par s’envoler, dans un bruissement de plumes impressionnant, et il put même sentir le souffle de son envol, continuant de le regarder jusqu’à l’avoir perdu tout à fait, dans les bosquets denses bordant le fleuve. Eoghan se releva et reprit sa route, continuant de surveiller le soleil, de marcher sans se décourager, prêt à cheminer aussi longtemps que nécessaire tout en essayant d’ignorer son estomac creux. Il salivait, mais devinait que rien ne passerait, de toute manière. Le revers que lui avaient infligé les marais l’avait blessé, mais c’est avec une dignité qu’il espérait pareille à celle des flots apaisés qu’il digérait cet affront. Le temps de la complainte était terminé. Il fallait avancer.

« Le libre arbitre. »

Tout en progressant à son rythme, il se remit à songer à son père, sans comprendre pourquoi son existence persistait à le confronter au défunt avec une obstination pesante. C’était il y a si longtemps. Le deuil était fait. La vie avait continué. Sa mère n’en avait jamais aimé un autre, et aucun n’aurait de toute façon pu, véritablement, combler le vide qu’avait laissé Christopher Underwood pendant son adolescence. Même si Bob l’avait pris sous son aile. Même si Morgan avait plongé dans la faille – il savait, alors. Il pensa alors à Vinzent. Vinzent, et sa façon de le considérer parfois, comme s’il n’était qu’un môme déguisé en homme, prisonnier d’une rage que rien ne pouvait tarir. Pas même les efforts d’un ami, d’un frère, cherchant à éteindre le brasier de son aîné écorché. Il ne pouvait pas continuer ainsi. Il ne voulait pas continuer ainsi. Il devinait que les manquements de sa jeunesse, les blessures nombreuses et les traumatismes tenaces avaient tapissé son présent, jusqu’à le conduire ici aujourd’hui. Mais comment s’échapper ? Comment dépasser cette foutue ligne le gardant coincé, du côté de la plaie à cautériser ? Et si son père avait survécu, aurait-il pu l’empêcher de sombrer ? « J’ai honte pour toi. J’ai honte pour ton père. La seule chose qui me réconforte, c’est de savoir qu’il n’a pas vécu assez longtemps pour voir son fils tomber. » Les larmes lui montèrent aux yeux, exactement comme cela avait été le cas plus de dix ans auparavant, devant Aaron Andros. Au cœur des tourbières, si éloignées des ruelles de New Orleans, il revit le visage de l’homme bon, fantomatique, esprit probablement prisonnier des nuits louisianaises depuis si longtemps qu’il refusait de se figurer combien de décennies l’ectoplasme avait pu voir passer, là, à contempler ceux faits de chair, de sang et de rêves, amochés ou encore intacts. Ce n’était jamais avec Sylia qu’il avait fait ses premiers pas dans cette ville pareille à un paradis noir, mais bien avec son paternel. Lui, qui lui avait fait découvrir les beautés de ses rues, jusqu’aux plus pauvres. Les rituels, les mêmes que ceux chers à Bob Flingerton, son ami Christopher Underwood en connaissait l’importance. Ces rares moments dérobés à leur destin s’étaient gravés dans sa chair, venant pardonner les absences de celui qui n’avait pas su voir à temps la catastrophe se profiler, ni son propre fils lui échapper. Les griffes de Sylia s’étaient montrées plus vives, plus promptes. Sylia qu’il était incapable de prévenir, et qu’il imaginait avoir déjà ouvert sa boutique, pour une journée de plus passée à s’abîmer les mains sur son linge, humant les parfums de lessive chimique ou, au contraire, d’assouplissant floral.

Il grimaça, massant sa nuque endolorie, suite aux faux mouvements effectués la veille. Courbaturé, il releva la tête, et se figea quand un autre volatile apparut dans son champ de vision. Un corbeau qui n’avait rien à faire là, et qui lui rappela tous ceux qui, en un autre épisode, s’étaient montrés hostiles. Posé sur une branche toute poche, la bestiole et lui se toisèrent, sans défiance, avant qu’un autre bruissement de plumes noires n’éclose ; disparu. Il traversa des étendues où la vase agréable aux narines l’obligeait à s’enfoncer jusqu’aux chevilles, continuant d’esquiver la sensation de faim obsédante. Fouillant au travers des taillis, il entreprit finalement de débusquer un plaqueminier, et un sourire fragile le prit en apercevant l’écorce orangée de fruits qu’il n’eut pas trop de mal à venir happer. Il croqua à même dans la chair tendre de l’un d’eux, et abandonna l’autre pas assez mûr. Un coup d’œil vers le soleil puis, débarrassé d’une mince couche d’amertume, il poursuivit en quête de son objectif entêtant, ayant hâte de voir la matinée s’avancer, et les rayons le toucher puis le réchauffer enfin. Il déambulait sans déranger les tortues, reprenant confiance en lui, en ces bois délaissés. Apprendre. Intégrer. Lire les signes. Il recracha un pépin, se souciant moins des mocassins d’eau d’ordinaire occupés à dormir en cette saison que des araignées installées paresseusement dans un coin de leur toile miroitante de rosée et des restes de pluie. Demeurant à l’affût, mais sans désormais guetter le moindre bruit comme il l’avait fait, de terreur, dans sa fuite. La forêt était vivante. Elle ne ressemblait pas à ces déserts végétaux qu’il redoutait, les trouvant infiniment plus terrifiant que la joyeuse symphonie de chants, de chocs et d’eau mouvante qui accompagnait chacun  de ses pas.

« Laisse-moi partir. »

Pas de brume. Rien d’inquiétant. Rien d’affolant. Dans son malheur, il sut apprécier le cadeau de cette isolation forcée, loin de ses pairs. Il savait alors que la reconnaissance qu’il éprouverait une fois de retour à la ville vaudrait bien la peur, la leçon qu’il tirerait de cette mésaventure.

« Laisse-moi rentrer chez moi. »

Bruits aigres des cigales. Ululements d’un oiseau de nuit un peu tardif. Écrasé, anéanti et grandi à la fois par la splendeur des bayous se découvrant éternellement sous un nouveau jour. Un vol d’aigrettes au-dessus de sa tête, quelques lézards bondissants. Le jour se levait pour de bon, se débarrassant des derniers voiles de l’aube. N’ayant pas à subir les nuées de moustiques ou de mouches, son sourire revint, lascif, désespéré sans heurt de ses propres découragements, et appréhendant déjà sa victoire future ; celle de les avoir vaincus. Rasséréné par le goût du sucre, par son palais un brin désaltéré, il faisait fi sans mal des vertiges et nausées, domptait son imagination pour ne pas songer au premier repas qu’il ferait sien.

Il ne redoutait qu’une chose : se trouver confronté au passage forcé d’une nage qu’il estimait dispensable, mais qui lui coûterait en temps, en énergie et en optimisme. Il ne cherchait pas à se montrer discret sur son passage. Il ne se cachait plus. Il laissa le soleil le trouver, lorsque dans un espace presque dégagé, le sorcier bondit dans un cercle de lumière pour s’exposer, entier, à sa clarté bienveillante. Paupières closes, il se laissa doucement choir, s’asseyant en tailleur, le bout des doigts frôlant l’herbe sous lui. Il voulait sentir l’astre chasser le froid qui lui meurtrissait les os, voulait sentir sa mâchoire de nouveau exposée durement à ses caresses, et le tissu de ses vêtements se raidir en séchant. S’offrir, comme un don, une offrande, dénué de tout son orgueil à l’abri des regards, société ou individus, éveillés ou pas.

Il n’avait rien d’autre à offrir que ce respect et cet amour qu’Inna Archos ne pouvaient concevoir en le cœur d’un bipède forcément ignorant, forcément adversaire.

Le Vide. Souffle, respiration.
Cela en valait la peine.

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Louisiana Burning

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Anonymous
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Mar 9 Fév - 23:38 (#)



J'ai changé, murmura Inna, immobile dans l’épaisseur d’un bosquet de joncs jaunâtres qui pourrissaient dans la touffeur d’une clairière isolée.

À qui cette femme s’adressait-elle ? À la mouche verdâtre qui courait sur le flanc du vieux bateau de pêche ? L’insecte comme le crocodile n’en savait rien. De ses pattes dentelées, la bestiole escaladait les lettres d’un bleu fané dessinant le mot Salvation, peinte d’une main tremblante et enfantine, voilà deux décennies de cela. Inna observa la mouche découvrir les interstices du bois éclaté par la chaleur et l’humidité suffocante, en reprenant sa conversation avec le vide à voix haute.

Différente d’à la naissance, différente d’à la mort. Une libellule survola la mare à ses pieds, et se posa dans la chevelure blonde, rendue lourde et terne par une couche de poussière.

La métamorphe plissa le regard quand les lueurs de l’aube inondèrent le trou d’eau devant elle, où reposaient dans un étrange silence des monceaux d’embarcations pourries. Elle-même n’avait pas la moindre idée de la raison pour laquelle elle se rendait encore ici. Inna ne savait pas davantage pourquoi elle continuait à s’exercer à la parole des hommes au milieu des herbes folles de ces lieux inviolés, ni la nature véritable de cette mare mystérieuse qui s’étendait sous ses yeux.

L’eau m’observe, chuchota-t-elle en baissant machinalement ses paupières sous l’éclat de plus en plus vif du soleil, qui déchirait l’horizon de teintes vermeilles.

La libellule descendit sur le front de la jeune femme, évitant ses yeux mouvants, pour venir délicatement prélever la rosée sur ses joues, sans qu’Inna n’esquisse un seul geste pour l’en chasser. À cet instant, la mare exerçait son inexorable attraction, et elle la ressentait au creux de ses tripes, cette étreinte lovée dans les plis de son âme et à la périphérie de sa vision. Comme le soleil illuminait la clairière hébergeant cette eau sombre, les craquements du bois réchauffé par les rayons évoquèrent le feulement d’un félin, les taillis semblèrent se recroqueviller sur leurs tiges, tel un concert de hargne accompagné d’une odeur de fauve mécontent qui se rétracte dans sa tanière.

Ici l’on déteste l’aube, lui répondit-elle, tandis que les fleurs des nénuphars s’ouvraient pourtant à la lumière, et que les racines des roseaux s’enfonçaient dans la vase protectrice.

L’endroit n’avait aucun nom. L’endroit était voué à demeurer éternellement caché aux yeux des hommes. Au cœur du bayou Carouge, dans le cercle d’une rangée de vieux cyprès alourdis par la mousse, au milieu d’une étendue cramoisie de roseaux et de buissons rachitiques, existait une unique mare, au fond sombre et à la surface opaque. Elle n’était rattachée à aucun tronçon d’eau, aucune source ne l’alimentait, nul canal n’y menait, et l’eau qu’elle contenait, ne semblait venir de nulle part. Penchés sur cette surface calme, des joncs malades observaient les profondeurs troubles de la mare, où nulle créature aquatique ne nageait, laissant la surface parfaitement lisse.

Pourquoi tu m’as fait faire ça ? Inna interrogea le trou d’eau qui n’offrit pas davantage de réponse, sinon un silence uniquement perturbé par le bourdonnement de la mouche.

La libellule finit par prendre son envol. Celle-ci décrivit des cercles hésitants au-dessus des carcasses de vieux bateaux, antiques pirogues en bois et canots de plastique qui s’entassaient dans la mare d’à peine quelques mètres de diamètre. Leurs silhouettes déformées par la chaleur et les intempéries se superposaient les unes aux autres, en un amas grossier qui se terminait par le dernier canot en date, celui frappé du mot Salvation. Les plus anciennes embarcations s’enfonçaient dans les tréfonds obscurs de la mare, lesquels n’offrait qu’une noirceur sale, de cette couleur boueuse et vitreuse en surface, jusqu’à s’enfoncer dans des ténèbres apparemment sans fond.

Je sais ce que tu es, affirma-t-elle finalement, avant de se taire complètement, laissant le calme l’environner.

Nul oiseau ne chantait ici, nul insecte ne stridulait, et les animaux ne venaient jamais s’abreuver à cette mare. Celle-ci existait simplement, comme une gueule béante qui exhalait cette odeur âcre, et cette fascination morbide vous poussant à en regarder l’abime. La magnificence sauvage que vous n’étiez pas censé voir. Une force primitive et féroce en sortait, non pas cette apaisante tranquillité naturelle, mais cette face cerclée de crocs et de serres que le monde conservait à l’abri des regards.
La mouche recommença son manège. Inna la vit sauter sur les vestiges des embarcations, celles qui dépassaient de l’eau, et que la mare n’avait pas encore avalé, avant de revenir sur les lettres Salvation. Un enfant d’à peine dix ans les avait peintes jadis, pour le petit bateau de son grand-père favori, un vétéran de la pêche à la mouche. Le petit Josh ne revit cependant jamais le vieil homme. Celui-ci fit un infarctus aux abords du bayou Carouge, les ongles enfoncés dans le flanc du petit bateau, avec la claire impression que des griffes acérées fourrageaient dans son torse. On ne retrouva jamais son corps qui sécha au soleil dans un coin isolé de tous, et tout un chacun conclut que le bayou Carouge avait dévoré un imprudent supplémentaire.
Alors, Inna n’avait fait qu’empiler les carcasses de bois à cet endroit. Certaines ressemblaient davantage à d’antiques amas de planches, tenant à peine les unes aux autres, tandis que d’autres affichaient encore le lustre métallique de l’industrie. Du reste, elle n’avait aucune explication quant à la raison de son rituel. Une bouche cerclée de crocs lui avait soufflé à l’oreille de les trainer d’ici, de les assembler en un tas informe, comme si ces restes artificiels étaient capables de salir le bayou. À présent, ces bateaux pourrissaient là, dans l’eau croupie de la mare qui les entrainait les uns après les autres dans ses profondeurs vaseuses, cela Inna n’avait aucun doute

Je t’écouterai encore, mais j’ai des choses à faire, murmura-t-elle encore au silence des lieux, en fixant la peinture écaillée du Salvation.

Tel l’autel de quelque ancien culte primitif, le dernier bateau dressait sa proue vers l’aurore balbutiante, l’inscription Salvation à son sommet, et sa mouche verdâtre perchée sur l’extrémité du bois. Inna devinait ce que l’insecte admirait. Ce trou d’eau noire sans fond, véritable découpe dans la plénitude des joncs avoisinants, où disparaissait au fil des années les créations des hommes, dans l’estomac du bayou Carouge. Une sourde angoisse dévalait l’échine des êtres conscients face à cette mare, semblable aux hurlements instinctifs dans la tanière d’un prédateur.
Et l’on n’osait tourner la tête vers les eaux croupies, tant la certitude de voir la réalité se déchirer était forte, d’y découvrir les pupilles jaunâtres de cette face animale, cet aspect vorace du monde cherchant à vous déchirer les boyaux. Inna ressentait tout cela. Ses instincts à vif irradiaient ses veines d’adrénaline, ses muscles tressautaient sous sa peau, et son cœur se préparait à une lutte imaginaire avec la créature tapie au fond de l’abime aquatique. Deux prédateurs se faisaient face, et ni l’un ni l’autre ne cédait, dans une symbiose improvisée à la tension mortelle, avec la mort des hommes pour seule monnaie d’échange.

« Oui, j’ai à faire. »

Au terme d’un interminable soupir, Inna se redressa en adressant un ultime regard à cet autel morbide, et s’éloigna de l’odieuse mare. Dans ce calme surnaturel, seul le doux frottement des herbes folles contre ses jambes se faisait entendre, tandis qu’elle rejoignait le couvert sombre des grands cyprès. Durant quelques instants, la métamorphe s’oublia. Sa conscience retrouva lentement son lustre d’antan, laissant derrière elle ce voile suffocant qui enlaçait les êtres suffisamment téméraires pour observer la mare de près, et elle s’ouvrit alors à la réalité, comme un serpent se débarrassant de sa mue. Les bruits du bayou se firent entendre à nouveau, les senteurs des baies et des troncs séchant au soleil, tout comme la lourde odeur de mousse où batifolaient les libellules.
Puis, au beau milieu de la clameur de l’aube, faite d’un enchevêtrement inextricable des piaillements des passereaux, et des crissements des insectes, la brise tiède venant des canaux apporta avec elle la texture métallique des hommes. L’odeur huileuse des vêtements synthétiques mêlée à celle, horriblement âcre, de la transpiration humaine saturée de produits artificiels. En se rappelant soudainement de cette présence, Inna hésita un bref instant, alors que ses sens l’avertissaient sans répit de l’intrus. Elle emplit ses poumons d’air matinal : le souffle lui apporta les effluves désagréables, lui offrant une piste toute tracée vers l’humain reposant dans les parages.
À l’agonie ? En l’occurrence, Inna suivait sa trace sans raison précise. Elle avança contre le vent entre les taillis sinueux et les trous d’eau boueuse, ses restes de chaussures ne déclenchant guère plus qu’un chuintement humide. À la manière d’un serpent, elle progressa entre les troncs vermoulus, veillant instinctivement à ne rien abimer, à n’effleurer aucune fleur ni créature endormie. Bientôt, les rayons de l’aurore lui firent découvrir une autre clairière paisible, mais envahie par l’odeur forte de l’homme épuisé, laquelle supplantait les senteurs agréables des tendres pousses matinales. Durant encore quelques instants, elle demeura dans l’ombre d’un chêne pour localiser l’intrus, ou tout du moins, chercher à confirmer son décès plus que probable.

Contre toute attente, le cadavre exhalait encore. Inna l’aperçut de loin, allongé comme une vilaine tâche dans l’herbe tendre, répandant ces relents de musc fétide. Tout le corps de la métamorphe se tendit à cette vision : voilà des années qu’elle n’avait côtoyé d’aussi près l’humanité. Il lui apparaissait comme une horrible anormalité dans ce bel écrin sauvage, une éclaboussure qu’elle aurait voulu voir chassé de son joli paradis secret. Elle hésita encore quelques instants sur la conduite à tenir. Avec l’abandon de sa véritable peau reptilienne, toute férocité animale l’avait déserté sous cette forme glabre, et si elle aurait désiré se débarrasser de l’homme, elle n’éprouvait plus l’envie de lui déchirer les entrailles à cet instant.
Alors spontanément, Inna s’extirpa de sa cachette en dissimulant sa progression derrière le souffle du vent, le vol des moucherons, et les gazouillis des colibris. Elle le voyait à présent, étendu dans l’herbe fraiche, et elle pencha la tête pour mieux vérifier s’il respirait encore. L’image de la mare lui apparut brièvement derrière ses pupilles, cette gueule vorace hérissée de planches d’anciens canots en guise de crocs, où l’intrus aurait alors tout à fait sa place. Durant quelques secondes, la puissance bestiale des lieux lui imposa ce visage masculin flotter sous la surface paisible, puis s’enfoncer lentement dans la vase noire des profondeurs, son teint cireux devenant boueux, et finalement d’un bleu de pourriture. Puis l’illusion se dispersa dans l’air parfumé et enchanteur, et la métamorphe se débarrassa une nouvelle fois de la vigueur sauvage émanant du bayou Carouge.
Au lieu de s’en prendre de nouveau à lui, Inna escalada sans bruit une souche moisie pour éviter les brindilles trop bruyantes, et s’approcha à pas discret de l’individu allongé. Elle se jucha sur une pierre émoussée par les siècles de pluie et le vent qui remontait perpétuellement le lit du canal voisin. Puis, elle l’observa calmement un moment sous la lumière naissante, ses cheveux et son vestige de chemise soulevée par la douce brise, avant d’émettre un profond soupir.

« Je t’avais dit de partir d’ici. »

Les mots résonnèrent sans la moindre colère. Ceux-ci n’énonçaient aucune violence à venir, mais une immense lassitude embarrassée. Inna l’examina ainsi sans esquisser un geste, de ses grands yeux bleus aussi placides et limpides qu’une lointaine mer du Sud. Ils sont si lents à voir les choses simples.
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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
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⛤ SMALLTOWN BOY ⛤

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"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

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"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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⛤ VENGEANCE ⛤

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"Before I die alone."

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Ven 5 Mar - 7:32 (#)


Into the water, let it pull him under
Shamash.

Sa poitrine enfin apaisée allait et venait avec calme, tandis que le sorcier méditait, offert à la lumière, aux rayons du dieu entre les mains duquel il avait déposé sa conscience. Ses inspirations, lentes et profondes, lui permettaient de sentir avec une acuité toute particulière le frottement du tissu contre sa peau, la lourdeur du cuir enfin voué à sécher, la caresse insistante, mais qui ne brûlait pas son derme.

Shamash.

Il se réfugia loin, loin en pensée dans les récits de son enfance. Il ne songeait plus âprement à Sylia. Non. Cette fois, la silhouette languide de sa mère lui apparaissait sans hargne sous ses paupières closes. Elle venait, comme elle ne l’avait fait qu’à de trop maigres occasions, sa minceur enrubannée de noir se déposant sans un bruit sur le matelas qu’elle effleurait à peine de son poids. Sa présence n’en paraissait alors que plus éphémère, plus fragile, et il se retenait de s’agripper à elle ; bras, cuisse ou poignet. Elle ne l’aurait pas toléré. L’enfant qu’il était restait donc là, recroquevillé sous les draps, contemplant dans cette pénombre bienfaisante les traits émaciés de celle qui l’avait mis au monde. Il ne distinguait ni ses yeux, ni le sourire qu’elle ne lui offrirait pas. Dans l’embrasure de la porte donnant sur le couloir bleuté par la nuit, il voyait seulement la longue masse de sa chevelure nouée ou laissée lâche, dont elle repoussait parfois une mèche derrière son oreille, de ces longs doigts fillasses, presque effrayants en plein jour.

Shamash.

L’homme se sentit basculer et s’allongea, le dos contre l’herbe généreuse. Sous son front, Sylia parlait encore, et ses propres lèvres articulaient les mythes qu’elle lui contait, psalmodiant presque en silence, ne chuchotant qu’à peine, comme pour murmurer à la brise les mystères dont il n’avait jamais oublié la beauté.

Dieu-Soleil.
Dieu Justice.

Il s’offrait à lui, aux deux poids soupesés par la déité : à sa clarté comme au sceptre le marquant d’une éventuelle punition, ou le graciant dans toute sa mansuétude.  En s’offrant, il guérissait. Il se figurait sa cage thoracique béante, livrée aux quatre vents, le sang d’une plaie noirâtre peu à peu réparé par les phalanges immatérielles du guérisseur qui avait chassé la nuit. Oh, cette nuit. Cette nuit terrible, il la conserverait marquée dans ses souvenirs pour toujours. La leçon demeurerait gravée, il se le promettait alors. Enfant terrible mais enfant docile aussi, il savait quand les dieux proféraient leurs avertissements, et comptait bien se montrer attentif à la menace tangible qu’il avait enduré des heures durant. Il ne concevait aucune rancœur, se soumettant à leur jugement. Bientôt, le grand hymne akkadien lui brûla les lippes, l’incitant à prier avec une ferveur qu’il voulait humble.

« Ton lever glorieux illumine l'existence des hommes…
Tu resplendis dans les ténèbres, et Tu tiens les rênes du Ciel…
»

Volupté de ne plus éprouver le toucher agaçant de la pluie sur son crâne détrempé.

« Juché sur les Montagnes, Tu inspectes le Monde…
Tu as en mains tout ce qu'a produit Ea, le Roi sage…
»

Chaque chose à sa place, et tant pis si les révolutions des hommes ne le concernaient pas.

« Tu passes sans arrêt la Mer, large et immense…
Dont les dieux célestes, eux-mêmes, ignorent le tréfonds…
»

Tréfonds des mers, des lacs, des fleuves, des rivières, des bayous et des marais, mondes aqueux façonnés par les paumes d’Enki.

« Mais tes rayons, Shamash, déscendent dans l'Abîme…
Et les monstres marins contemplent ta lumière.
»

Tous les monstres. Y compris celui qui avait croisé sa route quelques heures plus tôt.

La fatigue et le sommeil lui tournèrent autour, et sa respiration se fit plus profonde encore, pareille à celle du dormeur serein, celle de l’homme honnête n’ayant rien à se reprocher. Pourtant, sa dette était si lourde. Il se demandait par quelle extraordinaire pulsion de vie, d’indécence et d’orgueil il parvenait encore à repousser le poids du fardeau. Plus tard. Il règlerait plus tard. Comme une vilaine ardoise dont les chiffres s’accumulaient, qu’il ne perdait pas de vue mais dont il ne pouvait favoriser la priorité. Pas maintenant. Il aurait pu s’endormir là, peut-être. Malgré les soucis, les remords, sa situation plus que préoccupante. L’instinct de survie l’empêcha de céder à la bienfaisance de cette clairière protégée, vivante mais douce, guère hostile pour l’heure. L’instinct de survie, mais aussi autre chose.

« Je t’avais dit de partir d’ici. »

Voix humaine.
Ses prunelles s’ouvrirent, et la chaleur emmagasinée dans son buste et jusqu’à ses jambes parut s’évanouir, ainsi que lors de sa chute du canot dans les eaux froides, battues par les queues des sauriens. Le sorcier se redressa aussitôt, apercevant alors l’apparition étrange dont il n’avait entendu ni le souffle, ni les pas. Le cœur battant, il contempla cette femme vêtue de guenilles, dont le regard morne et la bouche sans fard ne lui évoquaient rien de rassurant, rien de connu, de près ou de loin. Il se remit sur ses pieds aussitôt, brusquement alerté par un pressentiment immémorial, venu lui flanquer la chair de poule, jusqu’à faire frissonner son échine. Personne ne vivait ici. Personne ne pouvait vivre ici. Bien au-delà des superstitions de pêcheurs, aucune habitation n’était connue dans les parages. Cela se serait su. Il l’observa plus encore, les yeux légèrement plissés, et pas uniquement à cause de la lumière ne le blessant de toute façon en aucune manière.

« Je t’avais dit de partir d’ici. »

Soudain, un éclat de lucidité distilla le poison acide de la peur sur sa langue manquant cruellement de salive. Un souffle écrasé lui échappa, comme s’il venait d’esquiver ou de recevoir un coup de poing en plein sternum. Les habits en piteux état, déchirés, l’attitude… Malgré sa faiblesse, l’arcaniste se redressa soudain, fit le vide, et focalisa toute sa volonté clairvoyante à l’endroit de la femme trop calme. Il la vit. Il vit l’anormalité reptilienne qui se cachait sous le derme, masquant une infinité d’autres contours. Il pouvait presque sentir les odeurs douces de vase, presque voir les lentilles d’eau jucher le museau démesurément long de la créature qui…
Il battit des paupières plusieurs fois pour effacer les traits de son aura et recouvrer une vision plus « normale ». Il eut du mal à retrouver un semblant d’équilibre, comme après avoir regardé le soleil en face trop longtemps. Des flashs lumineux, multicolores ou des pépites et étoiles noirâtres salissaient le paysage et le visage dur et sans âge de celle qui était l’envoyée de Sobek.

« Pourquoi ? »

La question lui était montée aux lèvres spontanément, et il ne regretta pas sa venue, jumelle à celle qu'il lui avait hurlé. Sans céder à la furieuse envie d’écumer à son encontre, de la canarder de coups ou de la noyer dans l’onde toute proche, il sut cadenasser sa rage, et seuls ses orbes se contentaient de lancer des éclairs. « Ce n’était pas toi que je cherchais. » Il manqua d’éprouver un spasme de faux-froid, en se souvenant de l’acharnement du monstre à détruire son embarcation. Cauchemar. La volonté de le détruire, lui aussi. La poursuite sans fin, et le son des pattes griffues broyant la végétation sur son passage, menace perpétuelle et mâchoire claquant dans le vide.

« Tu es celle dont les pêcheurs parlent ? C’est toi qui hante le bayou Carouge ? » Il ne pouvait y croire. C’était impossible, et il manqua de se voir vrillé par un vertige né de la faim, du choc et de l’incongruité de cette rencontre. « Qu’est-ce que tu es… ? » Envoyée des dieux ? Création abandonnée ? Terrifiante incarnation ? « Si tu voulais que je m’en aille plus vite, éviter de bousiller le canot aurait été légèrement plus efficace. » Il cracha en sourdine ces quelques mots valant moins provocation qu'un constat amer, acerbe. Il ne parvenait pas à se détacher d’elle, fasciné par cette forme bipède qui, curieusement, était presque plus étrange à toiser que l’attaque d’un crocodile géant qu’il avait pourtant fui de tout son être.

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Louisiana Burning

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Lun 8 Mar - 23:48 (#)



Des serres dessinées dans les silhouettes frêles des roseaux. Des narines frémissantes dans les trous d’eau stagnante, inspirant les arômes de l’aube. Des anneaux reptiliens, aux innombrables écailles iridescentes, discernables dans l’écorce des souches décorées de rosée. Et sous la voûte des cyprès énormes, des toiles d’arachnides aux reflets chamarrées comme des pupilles attentives, devenues mouvantes sous la caresse subtile d’une brise hivernale. Le bayou Carouge les observait s’observer. Inna ressentait dans chaque fibre de son être cette présence, monument vivant impérieux comme une vénérable déité invisible, dont les racines enfouies dans la terre transmettaient les fluides vitaux, et le vent dans les feuilles des arbres trahissait la merveilleuse respiration placide.
Autour d’eux se lovait cette nature consciente, à la manière d’une immense créature multiforme, une chimère d’écailles, de fourrure, de crocs et de chitine, qui scrutait avec attention les deux êtres échoués au centre de son corps. Entre l’enfant du marais dont l’instinct affleurait dans chacune de ses inspirations, et cet humain, vilaine tâche qui s’animait sur le cresson brillant de soleil, un silence pesant s’installa sitôt les questions évoquées. Des trilles d’oiseaux se firent entendre dans les futaies quelques secondes durant, avant de cesser entièrement, et l’on n’entendait plus que les clapotis lointains de l’eau omniprésente, tout comme l’inspiration lente du vent dans les feuilles.

Pourquoi ?

Inna répéta mentalement cette éternelle interrogation, si tristement humaine. En même temps, enserrée au cœur de ses pensées, elle percevait cette sauvagerie mystique stimulant ses instincts pour mieux la pousser à achever sa chasse. Pourtant, elle n’en éprouvait guère l’envie, encore moins la nécessité. Elle observait cette éclaboussure de couleurs ternes, aux relents nauséabonds d’humanité s’animer sous la clarté de l’aurore, et déverser un inévitable flot de paroles toutes plus futiles les unes que les autres. Des questions, encore des questions, et tout un tas d’élucubrations dont elle ne saisissait même pas le sens. La métamorphe lâcha un soupir, son intérêt pour l’être humain s'évaporant sous la chaleur naissante derrière l'horizon. Ça ne valait même pas le coup de venir ici.
D’interminables secondes s’écoulèrent sans l’ombre d’une réponse. Dans sa mémoire brisée, les souvenirs innombrables du langage humain peinaient à se réassembler les uns aux autres, comme de vieux mécanismes inutilisés depuis bien trop longtemps. À chaque trouvaille dansait un éclat de lumière, ou les syllabes d’une voix familière dont le nom lui échappait encore, récitant inlassablement des avertissements. Au milieu de ceux-ci, dominait le timbre grave de son père, et sa large stature éclipsait alors de toute sa hauteur cette étendue tumultueuse, brisée par l’écume, qu’était sa mémoire. Mensonges, intentions cachées et paroles en l’air, se remémora-t-elle sans se hâter de lui répondre, son regard pensif admirant l’aurore balbutiante qui émergeait au-delà des cyprès.

Elle s’humecta les lèvres, quand sa voix encore rauque râclait son palais, et récita la seule évidence qui lui vint à l’esprit. « Parce que tu sens mauvais. »

Ces relents d’huile lourde, d’essence brûlée et de métal chauffant au soleil, Inna ne les avait jamais aimés et, en ce lieu plus qu’ailleurs, cette puanteur lui avait paru intolérable cette nuit-là. Elle leva un regard tranquille vers l’homme, dont la posture crispée trahissait la nervosité, et demeura longtemps ainsi, strictement immobile, comme le ferait un saurien aux aguets. La crainte de la proie électrisait alors les réflexes du prédateur la scrutant. Déjà, autour d’elle, soufflait cette éternelle brise chaude qui naissait au cœur du bayou Carouge, comme les murmures de cette terrible conscience sauvage qui l’incitait à terminer sa macabre besogne nocturne. Il va mourir de toute façon.
Un mutisme troublant revint sceller les lèvres d’Inna. Debout sur la souche qui gémissait sous la semelle craquelée de ses antiques sandales, la clarté blêmissante de l’astre solaire créant des motifs chatoyants dans sa chevelure encrassée, elle paraissait absente, bien trop immobile pour être humaine. Derrière le bleu inébranlable de ses pupilles, une logique animale disséquait calmement les questions, sans en découvrir le sens véritable, encore moins une réponse adéquate. Pourquoi la recherche de l’homme l’aurait-elle concerné ? Pourquoi lui dire ça ? Pourquoi aurait-elle su ce que disaient les autres humains ? Qu’est-ce que cela voulait dire, ce qu’elle était ? Elle était elle-même évidemment, cette Inna tâchant de rassembler les souvenirs de sa famille, ce crocodile conscient capable de se transformer la journée en un humain dont elle n’aimait pourtant guère la race.

Alors de tous les côtés à la fois vinrent ces myriades de murmures sauvages, tantôt grondements, tantôt mélodies presque moqueuses s’assemblant autour de son être, comme un essaim d’oiseaux minuscules qui redoublaient d’efforts pour accaparer son attention. Inna vit avec une intensité nouvelle les lumières de l’aube souligner les contours de l’homme affaibli, ces traits fatigués, ses cheveux de jais qui ressortaient sur son teint pâle. Si frêle, dans ses textiles fins qui ne protégeaient aucunement sa chair molle, si vacillant sous la faim, la soif, et les terreurs de la nuit passée. Chaque détail de cet être ressortait en reliefs rougeoyants. Le tremblement des nerfs de sa nuque, l’odeur granuleuse des fruits dans son haleine, cette senteur puissante de peur, si intense aux sens d’un prédateur, subtil mélange d’insignifiantes effluves corporelles et de frémissements musculaires
Toutefois, Inna n’amorça toujours aucun mouvement tandis que, dans les méandre de ses instincts reptiliens, s’allumaient ses invectives meurtrières. Des mémoires fugitives se substituaient alors à cette vision intense, l’ovale de visages humains et animaux, des voix aux accents tendres, des fourrures défilant à toute vitesse au milieu des cèdres d’un pays lointain. Pourquoi ? s’interrogea-t-elle à nouveau. Et l’évidence la heurta soudainement. Elle leva cette main terriblement humaine, la sienne, dont la peau à la chaire rose brillait au soleil, à peine fanée par une couche de boue. Un malaise humecta sa langue d’un goût amer. La voilà à son tour victime de la même question que l’homme, ce pourquoi lancé comme un écho entre des falaises trop lisses pour être conquises.

« Alors, repars en marchant. » déclara-t-elle dans un souffle, le regard absent, sa posture stoïque ne trahissant rien de ses hésitations.

Sa curiosité s’était envolée avec les dernières brumes nocturnes. Il sera mort avant la prochaine aube, et ça n'a aucune importance comment, pensa-t-elle en laissant définitivement l’homme en tête à tête avec le bayou. Inna tourna alors les talons sans ajouter un mot, et descendit de la souche d’un bond souple. Les hautes herbes caressèrent les plis de son vieux pantalon déchiré en émettant un sifflement doux, tandis qu’elle s’enfonçait à nouveau dans les profondeurs sauvages, sans un regard en arrière.

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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
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⛤ SMALLTOWN BOY ⛤

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"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

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"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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⛤ VENGEANCE ⛤

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"Before I die alone."

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Lun 3 Mai - 0:47 (#)


Into the water, let it pull him under
Un monolithe.
Un visage de pierre.
Il n’y avait rien d’humain, malgré les traits dessinés dans la chair. Aucun sursaut, aucune vie s’animant au fond des prunelles le décortiquant d’une attention probablement dénuée de toute bienveillance. Rien de particulièrement inquiétant, mais rien de bien rassurant non plus. Décontenancé, il guetta le moindre élément de réponse, qui ne venait pas. La frustration s’accumulait en silence, et il ne pouvait que contempler la vacuité d’une observation vouée au Néant, quand lui n’était qu’une ligne de tension le traversant de part en part. Il n’était pas question de vengeance. Simplement de comprendre ce qui lui avait valu pareille détestation. Il aurait préféré se voir accusé de négligence, de non-respect envers la nature sauvage alentour (un argumentaire réel, plutôt qu'un jugement brossé à l'emporte-pièce). Une absence de motif pour une telle horreur était bien plus terrifiant que n’importe quel élan de mauvaise foi.

Jusqu’à ce que.

« Parce que tu sens mauvais. »

Ses épaules s’affaissèrent légèrement, tant il ne pouvait s’attendre à une justification pareille. Il comprit rapidement que chercher du sens – un sens réel, concret, pratique et terre-à-terre – serait inutile avec elle. Ils ne naviguaient pas dans les mêmes sphères, dans le même monde. Ils s’échappaient l’un à l’autre. Ne parlaient pas la même langue. Impossible de se comprendre, d’établir la moindre communication. Il se contenta de secouer la tête, atterré, sentant poindre un agacement plus palpable. Tel un Œdipe contemplant un sphinx étrange, caché derrière une apparence qu’il semblait lui-même conspuer, l’énigme demeurait là, entre eux, et il n’avait pas la moindre idée de comment trouver la clef, la combinaison lui permettant d’en trouver le dénouement.

Repartir en marchant ? Il y comptait bien. Ahuri, il la regarda tourner les talons, et la hargne lui revint. L’envie de lui faire mal. De la blesser. De la maudire, lui qui, il y avait encore peu, affirmait à Astaad déplorer l’utilisation d’une méthode aussi retorse. Aussi définitive, dans certains cas. Il avança d’un pas, puis d’un autre dans la direction de la jeune femme qui n’en était pas une. La hargne surgit sans crier gare. Des envies meurtrières. Comme celle de la caillasser à coups de pierres, de lui faire payer comptant les heures de trouille. « Ne me rate pas la prochaine fois. » Il la défiait moins qu’exprimant ce qu’il savait solide en son for intérieur. Après tout, avec la Samain, il avait augmenté d’un palier en matière de revanche prise sur ses ennemis. Si affronter tout un clan d’arcanistes au point d’en déclencher une apocalypse ne l’avait pas effrayé, alors s’en prendre à une seule change-forme était loin d’être au-delà de ses capacités. « Ne me rate pas… »  

Il aurait pu insister. Lui cavaler au train, la rattraper pour l’obliger à lui répondre, à lui indiquer si elle était seule, ou accompagnée par d’autres. Si elle était même affiliée à celui qu’il cherchait. Il n’en eut pas la foi, pas l’envie, pas le courage et par-dessus tout, il ne souhaitait pas affronter le mépris incroyable qu’elle refoulait à chacun de ses souffles, de ses pas. La fantomatique apparition se vit bientôt dissoute, avalée par la verdure à laquelle elle appartenait. Elle avait brisé la magie de sa communion, d’une méditation qui ne retrouverait plus d’intérêt avant d’être en sécurité, de retour en ville. Il pivota à son tour, repéra rapidement la position de l’astre solaire pour reprendre sa route. Il longea les berges longtemps, ressassant éternellement cette rencontre aussi brève que surréaliste. Parfois, il se retournait, comme pour vérifier que personne ne l’espionnait. Que personne ne le suivait, sur terre comme dans l’eau. Mais rien. Après la tempête de la veille, le calme semblait être revenu pour de bon. Il ne cessait de revoir cette même chevelure salie, ces habits souillés, cette peau marquée de boue comme si celle-ci s’était fondue jusque dans les pores, cette accusation muette et hautaine, cette aversion manifeste pour tout ce qu’il représentait. Il n’avait pas encore absorbé le choc de ce désintérêt contradictoire, de ce dégoût sans base qu’il puisse entendre, via ses méninges purement humaines.

Il marcha encore, marcha en continuant de surveiller la course du soleil, remontant vers le nord, retardant parfois sa progression ; obligé de suivre les berges bifurquant vers l’est pour mieux retrouver la voie du point cardinal convoité. Il ne ralentissait que lorsque tout son corps lui intimait de souffler un peu. Il remercia la providence de ne pas lui avoir fait emporter sa montre. Il aurait surveillé le cours du temps comme un obstiné, et un peu plus de stress et d’angoisse seraient venus l’alourdir, là où il n’avait besoin que de se faire léger, de sinuer parmi les fourrés, surveillant les étendues sablonneuses sur lesquelles les sauriens aimaient à se reposer, parfois la gueule ouverte. On le laissa passer. Il n’y eut plus de poursuite. Plus d’obstacle majeur. Deux fois, il se jeta à l’eau, non sans avoir éprouvé la technique vieille comme le monde utilisée par les ratons laveur des marais. Leurres jetés là où les eaux étaient les plus basses, où seulement quelques brasses le séparaient d’un autre lambeau de terre à moitié immergé. Si aucune peau écailleuse ne se montrait à l’horizon, alors il se jetait dans les eaux encore fraîches, maudissant l’humidité qui ceignait son corps d’une armure de tremblements, faisant claquer ses dents qui n’en finissaient plus de se refermer sur du vide. Il pria tout le jour durant. Pria pour que la nuit prenne du retard, fasse mine d’ignorer son devoir, d’oublier de recouvrir les cieux de ses franges orangées, puis indigo.

La nuit viendrait quand même.
Et ce n’était pas son heure.

Lorsque les ronronnements exquis d’un moteur se firent entendre à ses oreilles, ses jambes étaient comme faites de plomb. Ses épaules fatiguées, la peau de son visage blafarde. Un noyé revenu à la vie, dirait plus tard Flingerton.
Et lorsque Bob sauta à terre sans même que Jeremy n’ait pu arrêter totalement l’embarcation pour l’attirer dans ses bras et lui broyer deux côtes au passage, le couchant nimbé de rouge vif disparaissait déjà, derrière l’ombre des frondaisons.

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