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les diaboliques

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Dim 4 Oct - 1:41 (#)

Alexandra
&
Morgane
les diaboliques

Les mains tremblantes, Morgane hésita un instant, sur le pas d’une porte à laquelle elle n’osait pas frapper. Les murs de briques se ressemblent et s'entassent dans les rues de Mansfield.

Voilà plusieurs longues minutes que le bus a déposé la jeune femme dans ce quartier où elle n’avait jamais mis les pieds auparavant. Ses premiers pas dans ce territoire inconnu de Shreveport la mirent mal à l’aise. L’ambiance des lieux n’avait rien à voir avec ce que la jeune arcaniste connaissait.

Si elle y était déjà passée en bus plusieurs fois, Morgane ne s’était jamais arrêtée dans ce quartier à la réputation toute relative. Il avait fallu un événement - ou son absence dans le cas présent - pour qu’elle se décide à franchir le cap.

Les derniers temps avaient été, comme beaucoup d’habitants de la commune, difficile et son amitié avec Alexandra Zimmer en avait pâti. Morgane s’interrogeait souvent sur la définition du mot “ami”. Ses camarades de l’université, à qui elle cachait sa nature magique, étaient-ils des amis, tandis qu’elle dissimulait presque moitié de sa vie ? La considéraient-ils toujours comme ils le faisaient aujourd’hui si elle leur révélait la vérité ?

Avec un peu de recul, Morgane estimait que la perte de cette relation n’entamerait en rien la qualité de sa vie. Ils n’étaient qu’une façade, afin que sa psychologue et de potentiels ennemis ne s’intéressent pas trop à elle. Cela serait fâcheux d’un point de vue stratégique ; mais en rien un désastre d’un point de vue émotionnel.

Une réaction similaire chez les humains qu’elle apprécie serait plus difficile à encaisser. C’est là que Morgane avait décidé de tracer le trait de l’amitié. Une personne suffisamment proche d’elle pour que l’état d’esprit de cette personne l’affecte et ayant assez de considération pour s’inquiéter de l’état de Morgane.

Le cas d’Alex était plus particulier encore : elles s’étaient rencontrées sur Internet, au détour de forums et de discussions par mail, puis messagerie instantanée. Elles s’étaient vues quelques fois lorsque l’écrivaine était venue s’installer à Shreveport ; puis la vie avait repris son cours, et les deux femmes ne s’étaient plus vues, prises chacune d’entre elles dans le tumulte de leurs journées. Les messages avaient continué, mais quelque chose avait changé.

Bien qu’elle n’ait jamais dit la vérité sur son essence peu orthodoxe, Morgane avait abordé le sujet du mysticisme et des arcanes avec Alex ; au point où elle avait même supposé que son interlocutrice pouvait avoir percé son secret à jour.

À travers le prisme du mensonge, peut-être naïvement, Morgane se figurait être l’amie d’Alexandra.

Zimmer n’avait rien de commun par rapport à ses autres fréquentations (en y pensant, en mettant de côté ses connaissances humaines, son cercle privé n’avait rien de conventionnel.), et bien que différentes, le lien tissé entre Morgane et Alexandra était important pour la cadette des deux femmes.

C’est lorsque les messages cessèrent que Morgane s’interrogea. Si la prête-plume se refusait de lui répondre, disposait-elle du droit de s’imposer ? De s’inquiéter ?

Ces interrogations, Morgane ne se les étaient que très rarement posées, car rares étaient les personnes à entretenir avec elle une relation de longue date. Hormis Virgil, elle ne pouvait penser à personne d’autre qui était resté longuement à ses côtés.

Soit elle mentait, prétendant être humaine et, lassés du mensonge et de la carapace, les “lambdas”, comme Morgane se plaît à les appeler, finissaient par l’abandonner de leur cercle social ; soit elle disait la vérité, et rares étaient ceux encore en vie pour parler.

Au même titre qu’Eoghan, Virgil, Julia… Alex. D’une manière ou d’une autre, celle-ci représentait aux yeux de Morgane quelqu’un d’assez important pour que l’absence de réponse l’inquiète. Mentor, ami, camarade : le terme pouvait varier, le contexte et les enjeux également, la jeune femme avait fait un choix. Guidée par celui-ci, elle en tirait une détermination nouvelle qui la guidait à travers le nauséeux quartier.

Une détermination mise à mal lorsqu’elle se trouva devant l’adresse que lui avait indiqué un jour Alex.

Les mains tremblantes, Morgane hésite un instant, sur le pas d’une porte à laquelle elle n’ose pas frapper, puis, après une minute, se décide enfin. Que le bras peut sembler lourd quand il agit sous le poids des émotions que nous ne maîtrisons pas. C’est le cas ici pour Wuntherson, qui hésite pour un oui, pour un non.

Si John Willmor l’a un jour fait, l’éducation de William Legrasse a vite eu fait d’étouffer ce trait dans l’esprit de sa fille. Lorsque Morgane frappe la porte de l’appartement, plus qu’un moyen de signaler sa présence, c’est un mouvement en-dehors des barrières de son esprit que fait Morgane. Des barrières construites afin de se protéger, de rester seule pour ne pas être blessée.

En frappant à cette porte, Morgane grandit et accepte qu’une personne compte pour elle, un sentiment refoulé depuis une sordide nuit à laquelle elle n’aime guère penser.
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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
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FULL DARK NO STARS
En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
You'll see him in your dreams
He'll appear out of nowhere but
He ain't what he seems
You'll see him in your head
On the TV screen
Hey buddy, I'm warning
You to turn it off
He's a ghost, he's a god
He's a man, he's a guru
You're one microscopic cog
In his catastrophic plan
Designed and directed by
His red right hand


les diaboliques I6cMOY6Z_o
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Pseudo : Achab
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Ven 9 Oct - 18:03 (#)



Voici venir la fin. Quatre mots pour résumer mon état d’esprit ces dernières semaines, cloitrée dans cet appartement modeste, empestant la cigarette et la bière de mauvaise qualité. Le ciel nuageux de Shreveport, gris d’orage comme mon humeur, éclairait par intermittence les liasses de feuilles libres clouées aux murs. Je réalisai combien cet endroit ressemblait à la cage d’une aliénée. Le plâtre des murs était désormais à peine visible sous la quantité de feuilles poinçonnées çà et là, au milieu de posters décrépis de jeux vidéos et de groupes musicaux complètement passés. Chacune de mes expirations lasses soulevaient un raz-de-marée miniature de papier et de poussière.
Au travers de la haute fenêtre du salon, aux vitres voilées de crasses, les rayons éparses du soleil créaient de riches jeux d’ombres sur les plafonds, et le sol encombré de colis de livraisons. Du haut de ce troisième étage, je pouvais alors contempler le parking délicieusement vide, et sans la moindre activité. Un privilège épargnant ma cervelle hyperactive. En position fœtale dans une chaise de bureau défoncée, les pieds sur l’appui de cette fenêtre, un carnet noirci de notes sur les genoux, je vivais le sommet de mon activité journalière en fixant mes chaussettes trouées. Et pour cause, la cohue régnant dans mon crâne était telle, que me concentrer sur ce boulot m’était impossible.

« Deux lignes en une heure et demie, marmonnai-je tout haut, on progresse. » Je chassai d’une pichenette les cendres chutant sur la page pleine de ratures. Une croute transparente prit sa place. De nouveau, je chassai ce morceau de peau morte d’une pichenette de la main droite cette fois-ci, avant de secouer l’autre dans le vide, loin de moi. Un léger nuage de poussière s’en détacha, comme des minuscules grains transparents qui chutèrent sans bruit sur le parquet sombre.
La vue de ma main gauche me déprimait. Je levai face à la vitre ces doigts maigres qui étaient les miens, auxquels la lumière chiche de l’après-midi semblait donner une certaine transparence, en particulier aux extrémités. Voilà des semaines que je contemplai ce phénomène bizarre, sans parvenir à prendre une décision, ni même savoir quoi en penser. Des segments de plus en plus large de mon épiderme séchaient spontanément, uniquement sur cette main, pour finir par simplement se détacher et chuter comme lors d’un coup de soleil. Et ce, sans la moindre douleur, ce qui était au moins un maigre réconfort. Cette bizarrerie laissait alors apparaitre une couche de plus en plus transparente dessous ma peau, avant qu’elle ne sèche elle-aussi, dans un cycle apparemment infini.

Cela aurait dû me faire flipper comme jamais. Ce n’était pourtant pas le cas. Depuis le début de cette année, j’étais au contraire envahie par cette étrange mélancolie, un mélange de résignation et de désespoir. Personne n’avait pu m’éclairer sur ma nature, toutes ces recherches et ces contacts s’étaient avérés vains, et aujourd’hui plus que jamais, la chute dans l’inconnu me paraissait inévitable. J’ignorai d’où me venait cette certitude. Mais Shreveport m’avait au moins appris une chose durant tout ce temps : mes intuitions se révélaient toujours vraies.
Étais-je alors en pleine dépression ? Je m’étais maint fois posée cette question. Je me sentais toutefois étrangement sereine, comme libérée d’une partie de mes interrogations. Quelque chose de nouveau se tramait en moi, et désormais sur moi, et aucune de mes angoisses n’allait changer le résultat final. Je n’avais qu’à patienter, au milieu des cauchemars et des migraines, évidemment.
Le bruit contre la porte de l’appartement m’arracha à ces considérations. Putain j’espère que c’est pas encore ce con de proprio, ruminai-je en balançant le carnet sur le canapé adjacent. Je m’arrachai du fauteuil sans guère d’enthousiasme. Un coup d’œil rapide dans le miroir de ma chambre m’apprit que mon jean troué, et mon débardeur étaient suffisant pour éviter de ressembler à une clocharde. Je récupérai le gant de cuir noir qui trainait sur la table, pour l’enfiler sur cette main gauche qui ne cessait de peler. Un trainage de pieds plus tard dans cet appartement mouchoir de poche, salon-chambre-cuisine-toilettes, et la clope pendante au coin des lèvres, je me retrouvai à déverrouiller la porte d’entrée. La surprise derrière celle-ci m’aurait presque fait lâcher le mégot.

« Morgan ? Mais qu’est-ce que tu fous là ? » lâchai-je de manière, certes, un peu brutale.

Je dévisageai de la tête mon amie, normalement virtuelle, plantée sur mon pallier et manifestement embarrassée d’être là. Quelques secondes d’hésitation gênante nous séparèrent, à grand renfort de regards fuyants, avant de me décider à lui ouvrir la porte en grand, offrant une vue panoramique sur mon living-room en bordel. Par réflexe, je m’empressai de masquer ma main gantée dans mon dos.

« Désolée, c’est la surprise hein. Mais pourquoi t’es là en vrai ? » Je poussai un carton de pizza du pied. « ‘Fin rentre déjà, fais comme chez toi. Pousse le merdier, et il y a d’la bière dans la cuisine s’tu veux. »


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Lun 12 Oct - 0:28 (#)

Alexandra
&
Morgane
les diaboliques

Les pensées de la jeune arcaniste s’emmêlent tandis qu’elle attend que la porte s’ouvre. Comme si, en un instant, elle venait d’oublier toute la raison qu’elle s’était faite pour se rendre chez Alexandra. Son insécurité ressort aussi vite qu’elle a été chassée. Du bruit, de l’autre côté de la porte, qui s’approche ; le verrou qui s’ouvre dans son cliquetis de ferraille.

L’odeur de cigarette, jusque-là présente, est multipliée quand la porte s’écarte sur ses gongs et qu’Alex se dévoile à Morgane. Elles ne se sont vu que peu de fois, mais la différence avec leur précédente rencontre est palpable. Si la tenue et l’allure correspondent bien au souvenir de Morgane, il lui semble que son ainé est encore plus maigre que cette précédent fois.
Une main dans une poche, l’autre serre l’anse du sac en bandoulière de l’étudiante.

« Morgane ? Mais qu’est-ce que tu fous là ? » La jeune arcaniste déglutit, elle n’aurait pas dû venir, elle le savait. Alex a toujours été brute de décoffrage, et les visites à l’improviste, à l’instar de Morgane, ne sont probablement pas de son goût. Le silence par téléphone aurait dû suffire. Se raclant la gorge, la mage noire en devenir se ressaisit. Malgré l’allure et la fatigue, elle reste Alex, une personne qui en sait plus sur sa vie que beaucoup d’autres. Avant qu’elle ne puisse répondre, voilà déjà l’habitante qui lui écarte plus la porte. « Désolée, c’est la surprise hein. Mais pourquoi t’es là en vrai ? ‘Fin rentre déjà, fais comme chez-toi. Pousse le merdier, et il y a d’la bière dans la cuisine s’tu veux. »

Un bon signe, déjà, est l’invitation à entrer. Connaissant son amie, si la présence de la jeune femme avait dérangé, la porte-plume l’aurait rembarrée aussi sec sans demander le reste.

Morgane s’était imaginée bien des choses sur l’appartement de sa camarade, mais elle ne s’attendait pas à pénétrer dans un tel capharnaüm. Merdier, le mot parut faible. Sans être férue de ménage, l’apprentie s’attardait de plus en plus sur le rangement et le nettoyage, obligatoire pour que ses aptitudes magiques ne soient pas ébruitées. La pièce à vivre semble rassembler un patchwork de vie négligé, dans lequel plus rien n’est investi. La lumière est filtrée à travers les vitres sales, laissant apparaître la poussière dans les rais de lumière.

S’avançant plus lentement que son ami, le regard de Morgane porte sur les feuilles, accrochées aux murs, comme un papier peint devenu fou. Le canapé regroupe une pile de vêtements, aux tons fatigués et diminués par la poussière et le manque de lumière. L’évier déborde de vaisselle sale, les cartons de pizza recouvrent les coins du mur, tandis que les cannettes des bières, et consorts, s’agglutinent au pied du bureau.

Les masses au sol accrochent également le regard de l’arcaniste, dont un déni naturel lui fit penser qu’il ne s’agit simplement que d’un plus épais tas de poussière mélangé à de la bière ou quelques choses pire. Loin de se douter alors qu’il ne s’agit nullement d’un résidu que l’on puisse trouver chez une humaine.

« Tu ne répondais pas aux messages, et avec… ce qu’il s’est passé, j’étais… inquiète. » Le dernier mot pèse lourd dans la bouche de Morgane, qui prend alors une longue aspiration. «J’te remercie pour la bière… » Un sentiment de culpabilité naît dans la gorge de Wuntherson tandis qu’elle étouffe le « mais » qu’elle s’apprêtait à dire. Elle ne boit pas d’alcool, cela trouble son sommeil, mais elle ne veut pas refuser l’offre d’Alex. L’ambiance de la pièce est trouble, intense.

Ses capacités sont moindres sur le sujet, mais Eoghan tenait à ce qu’elle dispose des bases en matière de lecture d’aura. Un frisson glacé lui parcourt l’échine tandis qu’elle se tient là, silencieuse, au centre de l’appartement. Un sourire figé aux lèvres, Morgane s’approche du réfrigérateur, qui ne contient qu’en grande partie de la bière, ainsi que quelques nouvelles boîtes de pizza tachées de graisses en humide.

« Je t’en sors une ? » Demande-t-elle dans un élan spontané de volonté, tentant de dissiper en vain ce sentiment de lourdeur qui l’a envahi. La réponse n’est pas attendue que Morgane saisit déjà deux bières et les sort du froid. La porte claque doucement, et sa tâche accomplie, Wuntherson se retrouve une nouvelle fois dans l’embarras.

Elle ne sait pas comment aborder le sujet ; il est rare que la condition d’une autre personne ne l’atteigne vraiment et, dans la majorité des cas, il ne s’agit que d’une simple maladie ou d’un coup de fatigue prononcé. L’appartement, l’allure… Tout ce que représente l’ainée aux yeux de la cadette crie à l’abandon. Morgane déglutit, plus anxieuse et inquiète que jamais : elle n’a aucune idée de ce qu’elle doit faire ou dire à présent tandis qu'elle vient tendre la seconde bière à Alexandra.

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- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
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Mer 14 Oct - 15:12 (#)



Ma journée était ruinée. En me levant ce matin, au son du marteau-piqueur et des beuglantes dominicales du voisinage, je m’étais ainsi convaincue d’un programme intensif. Contempler le ciel d’un gris déprimant tout d’abord, puis fixer mes chaussettes jusqu’à l’heure du déjeuner, une première cigarette coincée entre mes lèvres. Deux bières plus tard, dans la grisaille de l’après-midi, aux splendides nuances de jaune vomi et de blanc délavé, me lancer dans une tentative d’écriture. Après avoir échouée à atteindre l’inspiration, me découvrir une motivation pour le ménage, puis l’abandonner aussitôt, et finalement passer le reste du temps à lancer ma gomme contre le plafond.
Toute cette belle activité était perdue. Morgane était plantée au beau milieu de mon salon à l’aspect de décharge, comme un doigt d’honneur à mon désir de dépression et d’isolement. Je refermai d’un coup de talon la porte d’entrée. Brusquement, ce lieu négligé me fit horreur. En l’occurrence, cela n’avait rien à voir avec une quelconque intention de maintenir une apparence ordonnée, mais bien un vague malaise de laisser une amie s’asseoir dans mes cartons à pizza. Un embarras toutefois relatif, quand mes propres sentiments avaient eu une nette tendance à décliner ces temps-ci.

« Ouais, j’sais. Ça a été la merde ces derniers mois, lâchai-je finalement en poussant du pied un tas de cartons. Attends, j’vais nettoyer un peu. »

Je me hâtai aussitôt vers le canapé encombré de boites Amazon, entreprit d’en constituer un bel empilement, que j’emportai alors vers la poubelle à moitié pleine de la cuisine. Un chiffon à poussière survivant fut récupéré dans un tiroir mal fermé. Je revins vers le vieux canapé en cuir fatigué pour récupérer mon tas de vêtements sous le bras, avant d’y passer un rapide coup de torchon pour en retirer la couche de poussière.

« J’veux bien, oui, lui répondis-je. J’fais de la place, si tu veux t’poser. »

Avec une panière à linge bourrée à mort plus tard, un impressionnant tas de boites à pizza et de colis dans un coin de la pièce, j’abandonnai définitivement l’idée de passer pour une saine d’esprit. À mon passage, les feuilles volantes dansèrent sur les murs, comme une insulte à ma pitoyable tentative de nettoyage, tandis que j’ordonnai à peu près mes sacs de fournitures diverses dans un coin de cuisine. Morgane me tendit cette cannette de bière, comme si l’objet était prêt à lui exploser entre les mains, et j’en profitai pour écraser ma clope dans l’évier avant de la récupérer.

« Merci. »

Aussitôt, un silence d’une demi tonne s’écrasa entre nous. Je retournai m’affaler sur ma chaine de bureau déformée par l’usage, en décapsulant cette bière pour laquelle je n’éprouvai pas la moindre envie. Par ces temps-ci, seul le fragile étourdissement que me procurait l’alcool m’attirait encore.

« Si t’en veux pas, laisse, hein. » fis-je en désignant d’un mouvement du menton la bière de Morgane.

Mon regard fut immanquablement attiré par ces tas informes d’un brun dégueulasse, disposés çà et là sur le plancher, le résultat de cette étrange malformation de ma main. Cela ressemblait à un tas de matières agglutinées totalement répugnantes, et si Morgane avait remarqué, elle semblait avoir eu la grâce de ne rien dire. Ça ou elle ose pas me demander si j’ai un perroquet qui chie par terre, songeai-je amèrement. Malheureusement pour mes restes de fierté, aucune explication logique ne m’apparut, et je ne comptais pas non plus sortir l’aspirateur sous son nez.
Or, par-delà la surprise embarrassée de cette visite soudaine, un nouveau malaise émergea des profondeurs de ma psyché déficiente. Tout comme la multitudes de sentiments haineux qui m’enveloppaient ces derniers temps, j’éprouvai brusquement le besoin pressant d’être seule. D’envoyer chier Morgane le plus brutalement possible. Des fragments de phrases odieuses gravitèrent involontairement dans mes pensées, accompagnées d’un inexplicable plaisir pervers.
Je me réinstallai maladroitement sur ma chaise, un pied coincé sous le genou opposé, tourmentée par cette attitude inconsciente qui me remontait au travers de la gorge. La mauvaise humeur était une chose. Cependant, jamais auparavant je n’avais atteint un tel degré de cynisme, sans parler de ce désir brûlant de blesser une amie proche, la seule d’ailleurs, en éprouvant clairement du plaisir. Je remuai cette bière superflue en me forçant à réfréner ces idées noires.

« J’doute avoir loupé quoi que ce soit : pas comme si le monde s’était amélioré pendant mon absence, finis-je par déclarer pour briser ce silence. Juste envie de rester à glander plutôt que de parler ou voir des gens. »

Et pour cause, cette vie de merde me réservait-elle autre chose qu’une main en pleine mutation, et un changement de personnalité ?  Je préférai éviter d’avoir une réponse à cette question. C’est sans me rendre compte de la portée des derniers mots, que je pris une gorgée de bière. Mon regard fixa un point vide sur le mur d’en face. En même temps, ma main gantée recommença à me démanger atrocement. Comme souvent, mes pensées se mirent à vagabonder quelques instants, avant de revenir à Morgane, dont la vue ne fit que générer une totale indifférence de ma part.
J’suis vraiment en train de flancher, putain, songeai-je sur le coup. Non seulement je  venais d’avouer à mots couverts à ma seule amie que sa présence n’était pas souhaitée, mais de plus, aucun remord ne vint me ronger pour cette pique. Mes paupières commencèrent à me brûler. Prise d’un accès soudain de tristesse, je secouai la tête en passant ma main gauche sur mon front.

« Désolée, c’est pas que ce que j’voulais dire. » marmonnai-je dans l’épaisseur du gant. Mais cela aussi sonnait faux.


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Mar 3 Nov - 23:41 (#)

Alexandra
&
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Le sourire de Morgane, quand Alexandra saisit la bière, transpire le malaise. La jeune femme affiche l’expression qu’elle réserve habituellement aux inconnus, aux profanes, à ceux qu’elle estime ne pas mériter une once d’honnêteté. Sans qu’elle n’y pense, son mécanisme de défense avait pris le relai, tentant de camoufler la gêne qu’éprouve l’arcaniste au milieu des ruines constituant la vie de son amie.

Opinant du chef au remerciement, Morgane suit sa comparse, qui va s’asseoir – plutôt se laisser tomber – dans une chaise de bureau qui couine d’une manière sinistre avant de se taire. Wuntherson connaît bien ce son, celui de la chaise usée, qui vient se mettre en équilibre dans la position fétiche de son occupant. Une chaise sur laquelle on passe énormément de temps.

L’amas au sol ne ressemble guère au reste de la poussière et des déchets jonchant l’appartement, mais le déni jette son drap sur Morgane, incapable d’imaginer autre chose qu’un tas d’immondices ayant dégénéré. La poussière coagulée dans la bière et les restes de pizza, probablement. Pour elle, Alexandra n’est qu’humaine, et donc, ne peut être concernée que par d’humains problèmes. Trop de détails dans la pièce l’empêchent de voir avec quelle insistance la porte-plume dissimule la main gantée à son regard.

Remarquant le déplacement du tas de linge et le refoulement de plusieurs cartons vers une extrémité du canapé, Morgane s’assied, sur le bord, puis s’enfonce légèrement plus, de peur de déplacer la poussière, de renforcer l’odeur lourde et pesante de l’appartement ; dont la transparence des fenêtres n’est à peine plus rien d’autre qu’un souvenir, tout juste bon à laisser passer quelques bribes du ciel gris d’un monde pourrissant vers l’antre décharnée d’une âme en peine.

« Si t’en veux pas, laisse, hein. » La voix est salvatrice, tandis que Morgane tient la bière de manière confuse entre ses mains, peu sûre de savoir quoi faire après. Elle sent le froid se dégager de la cannette, mais n’en veut pas, malgré sa gorge sèche. Ce n’est pas l’âge qui lui pose un problème, c’est le contexte. Wuntherson serait ravie de partager une bière avec Zimmer, si celle-ci ne ressemblait pas à un personnage sorti de la fin d’un roman de Stephen King.

Elle dévisage Alexandra, son sourire légèrement fané au coin des lèvres, puis dépose la bière sur la table, sur un recoin découvert, concluant un puzzle bien trop élaboré pour elle.

Son frisson ne diminue pas, il ne disparaît pas. Au contraire, il fait se redresser Morgane, mal à l’aise. Venir était-elle – tant que cela – une mauvaise idée ? La chaise couine à nouveau tandis qu’Alexandra se redresse. L’affliction déroutante ne lâche pas la jeune rêveuse, qui se mord le bas de la lèvre. Elle ne sait pas quoi dire. Plus le silence s’installe, moins ses pensées acheminent la moindre rationalité. Morgane n’ose pas regarder en direction de son amie, préférant se concentrer sur le P calligraphié d’une célèbre marque de pizza à emporter.

« J’doute avoir loupé quoi que ce soit : pas comme si le monde s’était amélioré pendant mon absence. Juste envie de rester à glander plutôt que de parler ou voir des gens. » La voix est cinglante, un coup de fusil qui fait s’écarquiller Morgane, brisant un peu de sa bonne volonté, faisant ressurgir en elle ce sentiment frustrant qui l’a habité toute sa vie. L’incompréhension des liens qui lient aux autres.

Elle entend à peine la réponse de l’humaine – à sa connaissance – qui lui fait face. Finalement, rien ne change une fois adulte. Morgane passe ses mains sous ses cuisses, comme elle fait souvent lorsqu’elle ne sait pas quoi faire de celles-ci. Sans rien dire, elle se lève brusquement, blessée, dans sa fierté et ses sentiments, persuadée qu’elle pouvait être utile à l’une des rares personnes à réellement compter pour elle. S’avançant vers la porte, Morgane s’arrête juste avant de saisir la poignée.

La noirceur en Morgane ressurgit. La pique était volontaire, là pour blesser. L’effort fourni pour venir a consumé plus qu’elle ne pensait sa volonté ; sa respiration, agacée par les odeurs du lieu, n’aide pas à l’apprentie arcaniste à rester calme ; et voilà que reviennent les souvenirs d’une vie qu’elle pensait enterrer, de ces amies qui la moquèrent, qui la prirent pour cible sans raison valable, du bruit de la gifle de Legrasse quand elle revint vers lui pour s’en plaindre. Où que tu sois, William,  pense-t-elle, regarde-moi, je ne suis plus ta petite fille.

« Peu importe s’ils pensent que t’es mo..morte, ces gens ? Même ceux qui comptent, rien qu’un peu. » Crache Morgane, en ravalant son bégayement à la dernière seconde, énervée que celui-ci ressurgisse à ce moment-ci. Des années d’effort pour s’en débarrasser, et le voilà revenu depuis plusieurs semaines. Pourquoi Alex a-t-elle déclaré ça ainsi ? Elle ne prend que rarement – voir jamais – la peine de dissimuler son opinion. C’est ce qui avait plu à Morgane lorsqu’elle avait commencé à lui parler.

« C’est franchement tout ce que t’as trouvé ? Le monde est merdique et ça en vaut pas la peine ? » Wuntherson fait demi-tour, toisant Alex de sa petite taille. Le sourire s’est envolé de son visage, la colère lui est monté si vite qu’elle en ignore presque la violence, juste libérée du joug du faux sourire. Elle n’est plus une enfant, on lui a fait comprendre. Elle doit faire ses choix, avancer selon son propre code. Ainsi soit-il. Pour le moment, Morgane n’est pas prête à effacer Alexandra Zimmer de son répertoire.

« Tu veux que je parte pour sagement attendre la mort ? Ça t’ressemble pas. J’vais la prendre finalement, cette bière. » Dit-elle, revenant vers le canapé, prête à saisir à nouveau ladite bière.  
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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
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En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
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He'll appear out of nowhere but
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Hey buddy, I'm warning
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Sam 7 Nov - 18:06 (#)



Loin au-dessus des tourments empoisonnant mon existence, la vacuité de mes sentiments était sans aucun doute le pire de tous. Insomnies et migraines, dépression et effervescence spontanée, tout ce cortège psychotique, aussi intense soit-il désormais, demeurait un état familier et tangible que mon esprit était capable de surmonter tant bien que mal. À l’inverse, le vide se creusant en moi me terrifiait. Cette indifférence croissante envers tout ce qui me rattachait autrefois à une existence humaine, ne cessait de s’appesantir sur chacune de mes réactions. Certes ma vie n’avait rien de vraiment géniale mais c’était tout de même moi, mon être qui pourrissait lentement.
Or, tout ce qui paraissait en mesure de meubler ce vide, n’était que méchanceté. Un dédain pur pour des choses familières, l’empathie envers les autres, et même les sentiments de ma propre amie. Du coin de l’œil, je vis Morgane s’arracher de colère du canapé, et rejoindre promptement la porte immédiatement après ma réflexion. Je l’ai vexé évidemment, songeai-je aussitôt sans en ressentir la moindre culpabilité. Le reste des paroles de la jeune femme tombèrent dans l’oreille d’une sourde.

Je m’absorbai dans la contemplation de mon reflet sur la vitre sale, la canette de bière se réchauffant dans ma main, tandis que les démangeaisons sous le gant empiraient. Cette satané main merdique. Je l’aurais volontiers coupé à la scie, si le courage ne m’avait fait défaut, et si seulement cela avait été faisable avec ce damné pouvoir imbécile. L’écho tout proche de la voix de Morgane m’éveilla de ces considérations dépressives, alors que celle-ci se tenait là, campée à côté de mon fauteuil grinçant.
Elle devait pas s’barrer ? Jamais celle-ci ne m’avait offert le spectacle d’une telle colère, quand la fureur de ces yeux semblait appartenir à une autre, et non à la timide Morgane ayant passée mon seuil. Que ce regard ait le pouvoir de me foudroyer, elle l’aurait sûrement fait. Cependant, aucune réaction ne me traversa : ni rebuffades ni excuses, seulement un calme nimbé d’un silence total. À cet instant, je sus parfaitement ce que mon amie voyait. Le miroir de ma salle de bain m’avait assez renvoyé le reflet de ce regard sans le moindre éclat de vie, pour le connaitre par cœur.

Le vide absolu dans l'obscurité de mes pupilles. Une indifférence terrible. J’devrais en avoir quelque chose à cirer de tes sentiments ?

À l’observer retourner vers le canapé en crachant ses réflexions, c’est une nouvelle salve de noirceur qui remonta de mes tripes pour remplir la fosse vide me tenant lieu de cervelle. Des réflexions purement blessantes en provenance de je ne sais où, du venin destiné à poignarder au plus profond des sentiments de Morgane. Bah alors, casse-toi non ? T’es qu’un contact sur steam de toute façon, il doit m’en rester assez pour passer le temps, m’entendis-je dire au fond de mon crâne. Je dus alors me mordre la langue à m’en faire mal pour éteindre définitivement cette pique injuste.

« Écoute… soupirai-je en passant cette main gantée dans mes cheveux. C’est juste que… C’est bien l’problème que ça m’ressemble pas. »

Durant quelques secondes d’inattention, je restai bêtement à fixer ce gant de cuir noir, sur lequel flottait encore quelques miettes de peau. Puis quelque chose remua enfin parmi ce brouillard assiégeant mes pensées. Une violente mauvaise humeur comme je savais bien les faire. Ça c’est moi au moins. La colère se diffusa dans mes veines telle une soudaine brûlure qui électrisa mes membres.

« Ok, tu veux vraiment savoir ? Tu vas savoir. J’en ai carrément plein l’cul de tourner en rond pour masquer cette putain de réalité, d’en prendre plein la gueule pour… Pour j’sais même pas quoi ! Alors merde aux explications, j’vais te montrer et tu jugeras toi-même ! »

Je posai violemment la bière sur un meuble poussiéreux. Le fauteuil heurta le mur tandis que je me levai d’un bond pour me diriger vers la cuisine. Les tas d’épiderme morte se soulevèrent à mon passage, tandis que j’envoyai bouler d’un  coup de pied une malheureuse chaise qui se trouvait là. Trop c’était trop. Des mois à me forcer à la prudence, à enquêter sur ma véritable nature, à gérer mes merdes intérieures, et tout ça pour parvenir à quoi ? Aucun putain de résultat.
Et voilà qu’à présent, au moment où enfin je m’autorisai finalement à baisser les bras face à la fatalité, ma meilleure amie me jetait des reproches à la figure. J’eus violemment envie de hurler. De tout balancer une bonne fois face à toute cette merde qui me rongeait. D’envoyer chier ce vide terrifiant, de gueuler à la face du monde ce qui m’arrivait, et d’afficher sous le nez de Morgane cette nature dégueulasse. D’un mouvement de colère, j’ouvris un tiroir de la cuisine pour m’emparer d’un couteau affuté, puis d’une canette de bière vide qui trainait sur la table bancale.

« Un tour de magie peut-être ? » lui demandai-je d’un ton acide, en déboulant comme une furie dans le salon, couteau dans la main, canette dans l’autre.

C’est sans même attendre la réponse de Morgane que je commençai ce numéro de prestidigitation au goût amer. J’enfonçai imprudemment la lame dans la canette, la perçant sans guère de difficulté avant de la jeter, histoire de démontrer le réalisme de ce tour idiot. Aussitôt, j’empoignai le couteau d’un geste brutal, poignardai mon avant-bras nu au niveau des veines, et pour enfoncer le clou, passai le tranchant de l’arme de cuisine le long de ma gorge. Bien sûr, sans le moindre résultat apparent, la moindre éraflure.

« Et voilà, j’espère que t’aimes les pouvoirs surnaturels qui valent que dalle ! raillai-je en balançant le couteau sur le sol. Mais attends, j’ai encore mieux... »

Avant que cette colère salvatrice ne se tarisse, pour être étouffée par ce vide monstrueux, le gant en cuir masquant ma main difforme fut éjecté pour suivre le même chemin que le couteau. Un nuage de poussière dégueulasse s’ensuivit, mélange de croutes sèches, de poussières, et de cette matière étrangement rigide qui remplaçait l’épiderme de mes doigts jour après jour.

« Enfin le clou du spectacle : la transformation en j’sais pas quoi. La putain de main de Chupacabra ou autre connerie de bestiaire monstrueux. Satisfaite ? »

La mince lumière grisâtre filtrant à travers les carreaux de la cuisine faisait ressortir l’étrange transparence de ma paume, lui donnant cette couleur d’orange délavé, presque marron comme la carapace d’un insecte. Des segments de peau s’en détachèrent pour rejoindre leurs semblables sur le sol, révélant la rigidité de cette nouvelle matière, alors que j’agitai durant quelques secondes mes phalanges monstrueuses  sous le regard de Morgane. Autant qu’elle en profite un max.
Comme l’exaspération refluait en moi, remplacée par ce détachement lascif inexplicable, je conclus la tirade par un geste rageur et sec d’un revers de main. Je rejoignis ma vieille chaise afin de m’y affaler à nouveau, le coude appuyé contre le rebord de fenêtre et le menton posé dans ma répugnante paume gauche. J’étais intimement persuadée que mon amie allait tourner les talons, et quitter définitivement l’appartement cette fois. De dégoût probablement. Face à cette gangrène inexplicable, la seule réaction humaine logique semblait bien une intense répulsion.


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Lun 9 Nov - 16:00 (#)

Alexandra
&
Morgane
les diaboliques

La cannette en main, Morgane la décapsule, avant d’en prendre une gorgée. Le liquide la rebute, le goût n’est pas très agréable. Amer et houblonné, la bière laisse un arrière-goût plus que passable dans la bouche de la jeune femme. Ses expériences alcoolisées sont peu nombreuses ; pas par peur de contourner la loi, mais par désintérêt le plus total. Peu de cocktails sont sublimés par la présence d’alcool dans leur composition ; sans oublier le peu d’intérêt pour les arcanes pratiquées par Morgane envers les alcools.

Alexandra ne semble d’abord pas réagir à la verve de son amie, revenue s’asseoir sur son bout de canapé. Morgane la dévisage, toujours plus mal à l’aise. Le regard vide de sa camarade n’est pas sans la perturber. L’iris sombre la fixe, mais semble voir complètement à travers l’arcaniste. Elle ne bouge pas, ce n’est qu’un battement de cil occasionnel qui prouve que la mort n’est pas venue la faucher à cet instant précis.

Une nouvelle gorgée forcée de cervoise, dans l’attente d’une réaction, du moindre signe de la locataire des lieux. S’apprêtant à bousculer une nouvelle fois Alex, celle-ci s’éveille enfin, dans un soupir. Le gant interpelle Morgane, qui se redresse quelque peu, alors qu’elle est déjà dans une position que peu de gens lui connaissent.

Le frisson ne se disperse pas, la mauvaise augure tambourine les sens de Wuntherson, qui se refuse d’écouter ; elle ne peut pas partir maintenant, pas après s’être exclamée haut et fort vouloir rester. Elle se doit de combattre ce sentiment viscéral, une peur presque animal qui la ronge. Cette anomalie inquiète d’autant plus Morgane, bien plus que le gant sur lequel Alexandra a jeté son dévolu désormais.

Son visage s’exprime avant les mots qu’elle crache violemment. Il se tord d’une infâme expression, d’un dégoût et de haine. Le ton grimpant soudainement surprend Morgane, qui a un mouvement de protection, son bras se levant pour venir protéger son visage.

Un nuage de poussière s’élève tandis que la bière est claquée, à peine touchée, venant mousser légèrement aux bords de la canette. Un papier s’effondre du mur quand la chaise se voit propulsée contre celui-ci.

La réaction semble presque démesurée, mais Morgane se tait d’une quelconque remarque ; elle ne souhaite pas interrompre Zimmer dans son élan soudain, tout aussi véhément soit-il. Alexandra s’éloigne rechercher quelque chose en cuisine ; l’étudiante se penche, dans l’espoir d’apercevoir de quoi il s’agit.

Lorsque la porte-plume se retourne, armée d’un couteau et d’une cannette vide, Morgane doit contenir son mouvement, pour ne pas reculer, mettre le canapé ou la table basse entre elles deux. Ses muscles se tendent, se crispent sous la tension qui monte, tandis que la boule au ventre grandi. L’instinct de la jeune femme hurle désormais, il fait trembler ses membres, qu’elle refuse de bouger. Je dois montrer ma confiance, se répète-t-elle, en boucle, afin de garder contenance.

Ses doigts, malgré tout, se tordent. Les pensées fluctuent, cherchant une parade à la frénésie qui afflige l’ainée des deux. Se présentant en face de Morgane, Alexandra lui fait arquer un sourcil. De la… magie ? Un battement de cœur plus tard, la cannette est éventrée puis jetée au sol.

Le temps que le regard de Morgane revienne de la cannette à Alex, il lui est trop tard pour réagir. Ses doigts se détendent en comprenant le geste qu’effectue l’infréquentable humaine. Les mots meurent dans la gorge de la petite femme tandis que le couteau vient appuyer la peau de la gorge de sa future victime.

« Bordel de merde ! » lâche Morgane, avant de réaliser que le couteau n’a pas laissé la moindre trace sur la nuque de l’écrivaine. Les yeux écarquillés, l’arcaniste n’en revient pas, tandis que dans un bruit de ferraille, le couteau vient heurter la cannette au sol.

Son regard ne quitte plus Alexandra. Passée la surprise, la flamme de la curiosité s’éveille, brûle dans les iris bleutés de la demoiselle. Il y a plus encore ? pense-t-elle, tandis que la main monstrueuse est libérée du gant.

Morgane n’a jamais rien vu de tel, tandis que les rayons de soleil passent à travers le membre exhibé, bougeant dans un cliquetis de plaque chitineuse. Translucide par endroit, les veines battent au rythme du cœur d’Alexandra. Le regard de Wuntherson ne parvient pas à se libérer de l’emprise obnubilant de la main.

Elle passe en revue son savoir sur les déformités, les monstres, tout ce qui lui a été inculqué, par William ou Eoghan, dans les livres les plus obscurs des bibliothèques des deux arcanistes. Sentant sa bouche béante, Morgane déglutit d’excitation. Elle se retient de commenter sur le chupacabra, de chambrer sa camarade sur le fait qu’elle n’aimerait probablement pas sucer le sang d’une chèvre.

Déposant la bière, la jeune femme se lève, approchant lentement vers sa camarade. Voir la main de Zimmer ainsi change tant de choses pour leur relation. Alexandra n’est pas juste une humaine ; elle n’a cependant pas l’air d’une consœur. Les poings se serrent puis se relâchent. Elle aimerait s’approcher d’avantage, mais elle craint la réaction.

Les yeux bleus parcourent la main sans relâche ; avant d’admettre finalement qu’elle n’a pas assez de connaissances sur le domaine pour y comprendre quoique ce soit, Morgane pousse un soupir.

« C’est… comme ça depuis quand ? » Demande-t-elle, se raclant la gorge pour ne pas paraître enjouée du malheur affligeant sa comparse. « C’est dingue quand même, ça te fait mal ? »

Se redressant et s’éloignant, Wuntherson plonge les mains dans les poches, pour se libérer de la tentation de vouloir toucher. Une sale manie régulièrement punie par ses mentors. Sur l’une des mains de Morgane, d’ailleurs, toujours la trace d’une punition de Legrasse, qui plaça une couche d’acide sur des racines nouvelles – une couche que Morgane ne sentit qu’une fois l’acide en train de lui ronger la peau.

Gonflant ses joues, puis expirant par le nez, Morgane s’assied sur l’accoudoir du canapé, le regard oscillant entre l’affreuse main insectoïde et Alexandra. La jeune femme reprend de l’aplomb ; sans que cela ne soit évident, elle comprend son amie, ce qu’elle traverse en ce moment. Même si elle n’a jamais eu de transformations physiques, même si elle n’a jamais eu de peau résistante aux coupures, Morgane comprend l’isolement. Peu de gamines de seize ans viennent percer le cœur de leur père à l’aide d’un athamé ; peu de gamines de dix-huit ans entrent en transe et voient au-delà des concepts de la réalité même.

Se ravisant de poser une autre question, Morgane hésite un instant. Certes, elle se connaît et comprend Alexandra, mais il lui faut montrer patte blanche avant de continuer. Dans un élan d’honnêteté, bien que désespéré et guidé par de sombres pulsions, Zimmer s’est ouverte. Pesant le pour et le contre, Wuntherson hésite. Certains secrets sont plus lourds que d’autres, et la vérité n’est jamais simple à avouer.

« T’veux que j’te fasse un tour de magie aussi ? » Les mains toujours confortablement lovées dans les poches de son jean, Morgane se risque un petit rictus. « Rien d’aussi… sensationnel, par contre. Le coup de la main, c’est… ouf. »

Redressant la tête, Morgane prit une profonde inspiration, et tout de suite après une lente expiration, une seconde inspiration. Concentrant ses pensées vers le Voile dans ses pensées, l’arcaniste commence à sentir son âme s’alourdir, engloutit par les ténèbres de son cœur. Le Voile se rapproche, ainsi que les cris et les hurlements dans la nuit.

Ce tour, elle avait appris à le maîtriser.  Un contre-coup du don hérité de son père, une malédiction l’affligeant à chaque fois visite par-delà les limites de la réalité. Son visage se crispa en entendant la voix de Legrasse résonner dans son esprit ; une énième injure, le sentiment d’échec et de désespoir de ne jamais être à la hauteur.

« Je devrais avoir peur, tu penses ? » Sa voix cracha ses mots, tordus par la magie obscure animant Morgane. Ses yeux, devenus deux billes obsidiennes, regardaient Alexandra. Les effluves de l’aura de Morgane se troublèrent, venant répondre pour la première fois aux pulsions de violence de celle d’Alexandra. La colère d’enfant qui l’avait animé quelques instants auparavant ne représente rien vis-à-vis de cette obscurité-là. De denses ténèbres, prêtes à engloutir les souvenirs et les rêves d’une jeunesse qui peine à se diriger.

Lorsque les larmes noires commencent à couler, Morgane relâche la tension et vient se prendre la tête entre les mains, libérant le bleu de ses yeux de la prison d’ébène.

« On a quelques trucs à se raconter je pense. » Le rictus s’est mu en demi-sourire. L’excitation bat les veines de la jeune femme, prête à subir le courroux de son mentor pour cet écart, prête à subir le courroux de son amie pour ne pas s’enfuir à toute jambe, pour rester là et faire un concours digne du plus mauvais des freak show. « A toi l’honneur. » conclut-elle, essuyant d’un revers de main ses joues, toujours juchée sur le bord du canapé, les pieds solidement ancrés au sol, prête à écouter et à recevoir le venin de la créature au nom d’Alexandra Zimmer.
 
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Ven 13 Nov - 19:06 (#)



La rancœur déserta mes veines en un clin d’œil. Un phénomène accablant qui ne cessait d’empirer ces dernières semaines, comme si un vortex se formait au fond de mon âme pour absorber toute substance. Toute ma vie y était passée dernièrement. L’envie de travailler, de franchir mon seuil pour faire les courses, de contacter Morgane, en somme, de ressentir le moindre désir humain. Parfois, des éruptions de mauvaise humeur, ou des lubies passagères, remplissaient mes pensées durant quelques temps, avant que tout ne disparaisse dans un brouillard de mollesse inéluctable.
Je fis jouer mes doigts monstrueux dans la clarté extérieure. Leur matière translucide semblait moquer mes états d’âme : à la fois vivante et vide, mis à part les veines y pulsant, elle illustrait parfaitement le vide qui m’habitait, cette impression d’enveloppe sordide emprisonnant le néant. Je n’étais alors que cette coquille morte fixant sans un mot les nuages qui dérivaient dans le ciel pollué de Shreveport, et les minuscules silhouettes d’insectes humains au pied de l’immeuble.
Durant les quelques secondes embarrassées qui suivirent, les questions de Morgane échouèrent lamentablement dans le silence de l’appartement, dans un chuchotement feutré comme des feuilles mortes après l’orage. L’écho de son souffle stupéfié, de sa respiration et de ses pas hésitant résonnèrent à mes oreilles, avec l’intensité d’un tambour insupportable. Tu devrais courir jusqu’à la porte normalement, ruminai-je avec amertume en fixant bêtement la cannette de bière.
Et pour cause, je n’éprouvai nul envie de répondre, ou d’accorder un minimum d’attention à mon amie pourtant encore bien présente à mes côtés, ce qui constituait d’ailleurs une surprise à mes yeux.

« Non, » parvins-je seulement à marmonner en guise de réponse.

De cette mollesse morbide caractérisant mon attitude de cette nouvelle année, je fixai un regard absent vers Morgane, laquelle semblait hésiter sur la conduite à tenir. Tu devrais vraiment te barrer, me répétai-je. Car bien au-delà de mon désir égoïste d’isolement, une intuition tenace se mêlait au vide creusant mes tripes, la sensation d’un menace muette prête à surgir contre mon amie. Tel un serpent lové dans un recoin sombre, je pouvais presque palper cette noirceur violente qui résidait profondément en moi, et qui pourtant, cherchait à échapper à mes sens conscients.
Le tout demeurait excessivement difficile à décrire. La seule chose dont je pouvais être certaine face à cela, c’est que la place de mon amie ne se situait pas ici, dans ce salon où une part de moi-même échappait à mon contrôle. Avec cette démonstration très visuelle de ma situation, nous avions fait un pas vers une abime dont le fond m’était inconnu. Et malgré toute mon indifférence pour le monde extérieure, il subsistait encore une part de moi qui refusait d’entrainer Morgane là-dedans, de la voir souffrir aux mains d’une nature qui avait suffisamment prouvé sa méchanceté et sa difformité.
Contre toute attente, la réaction de ma camarade me prit au dépourvu. Le mot sensationnel n’était clairement pas le qualificatif auquel je m’attendais en lui collant cette main grotesque sous le nez.

« Hein, sérieux ? Tu trouves ça ouf ? »

Momentanément, mon attention fut arrachée de la ravissante aquarelle extérieure, entre gris pollué et bleu fade, pour observer avec une nouvelle et étonnante curiosité le numéro improvisé. Qu’est-ce qu’elle va sortir, m’interrogeai-je, pas le coup du pouce j’espère. Cependant, au-delà du sarcasme, je fus la première surprise à éprouver un semblant d’intérêt pour les petits secrets de Morgane. Une curiosité d'autant plus vive, que des mois auparavant, mes tenaces intuitions m'avaient mise en garde à son égard. Une autre horreur de la nature m'avait-elle soufflé alors, sans parvenir toutefois à l'identifier.
Néanmoins, face à sa concentration, je ravalai tout commentaire et tournai plutôt mon fauteuil gémissant vers la démonstration à venir. La tête accoudée sur le rebord d’un meuble, le menton calé dans la paume de ma main, l’humaine cette fois, j’observai avec attention les changements sur les traits de Morgane. La haine déformant son visage, une voix brutale aux accents gutturaux, des pupilles aussi noires que de l’encre, le tableau déclencha un frisson électrique le long de mon échine. Chaque nerf de mon corps m’avertissait d’un danger imminent, tout comme mon instinct confirmait bien la présence d’une nouvelle aberration. L’ironie rythmant mon existence semblait bel et bien infatigable.

« J’pense aussi, ouais. » lui répondis-je, sans entièrement parvenir à partager l’enthousiasme affleurant dans ses gestes, une fois les ténèbres éteints.

Une lueur ténue d’excitation s’alluma brièvement dans ma cervelle. C'est peut-être le but de toute cette histoire débile, remarquai-je. Deux monstruosités destinées à se rencontrer et s’échanger en secret leurs crasses respectives. Je regardai alors Morgane essuyer ses larmes sombres comme du pétrole, perchée sur le bord du canapé, pour sentir aussitôt comme le début d’un vague soulagement. La soudaine et dérangeante impression d’être en présence d’un être similaire, auquel il m’était possible de partager enfin toute cette merde inconnue.

« Juste pour être complètement honnête, j’me doutais que t’avais un secret. Tu vois, depuis toujours j’ai des espèces d’intuitions sur les gens… spéciaux, on va dire. C’est comme une perception un peu spéciale, difficile à décrire. »

Je haussai les épaules, encore quelque peu hésitante à ouvrir grand les vannes des confidences. Je tournai le fauteuil vers Morgane, en tripotant pensivement les morceaux de peau sèche encore accrochés sur le dos de ma main difforme.

« La dernière fois qu’on s’est vue, je l’avais remarqué. Je t’ai rien demandé parce que bon, c’est quand même super personnel et j’voulais pas t’emmerder avec ça. Puis j’savais même pas à quoi m’attendre. J’veux dire, j’ai déjà rencontré une outre et une vampire donc par élimination, j’sais les remarquer, mais pour toi c’était différent. »

Une fois passé le choc de la première rencontre, cette révélation vis à vis de mon amie m’avait d’ailleurs longuement remué les neurones. C’était la bonne époque alors, où ma main se colorait encore de rose, où je n’avais pas perpétuellement une chape dépressive sur le crâne.

« Sinon pour faire court, j’ai pas toujours été comme ça, recommençai-je en agitant vaguement cette fameuse main. Au départ, j’suis venu à Shreveport parce que j’avais cette perception inexplicable et que j’cherchais des réponses à cette… j’sais pas comment dire ; étrangeté que je ressentais. »

Je me penchai brièvement sur le côté pour récupérer la canette de bière. Le désir d’alcool était toujours au point mort, mais au vu des derniers évènements, nous étions lancées pour une très longue conversation. J’avalai une gorgée de liquide fade avant de reprendre d’un ton monocorde.

« Puis j’me suis fait agresser l’année dernière. Coup de couteau dans le bide, avec autant de succès que tout à l’heure. Ma vie a empiré après ça. Déjà que j’pensais avoir une mémoire photographique, mais tout est devenu bien pire, avec migraines et insomnies à la clé. L’impression d’avoir le monde entier qui coule dans mon crâne. »

De nouveau, les précédents sentiments de colère et de curiosité commencèrent à refluer. Je me surpris à débiter mes mésaventures avec une lassitude mélancolique, tandis que mon regard se perdait dans la contemplation des articulations transparentes de ma paume.

« Le bordel d’Halloween c’était le jackpot. J’sais pas ce qu’il s’est passé exactement, mais ça a réveillé un truc en moi, lâchai-je avant de marquer une pause pour chercher mes mots. J’ai commencé à me sentir désintéressée par absolument tout, et le reste du temps à avoir des pensées dégueulasses. Des choses qui m’ressemblaient pas, comme si un truc inconnu me les soufflait. »

Je repris une nouvelle gorgée de bière avant d’adresser un regard las à Morgane. Entre explications éparses, et une voix morne entrecoupée de soupirs, tout cela avait certainement peu de chances d’assouvir sa curiosité. Je tâchai en vain de chasser cette paresse pour redresser autant ma voix que mon dos, et essayer de faire preuve d’un surplus d’enthousiasme.

« Puis là ça fait deux mois que j’ai cette main. Et non ça fait pas mal, c’est comme un coup de soleil qui pèle de temps en temps, au pire ça gratte. »

Je marquai une brève pause en arrachant une croute qui voleta au sol.

« Mais écoute si tu veux savoir un truc, demande c’est plus simple, j’ai encore du mal à ordonner mes pensées. Puis t’es la seule qui soit venue s’intéresser à mon cadavre, donc ça m’gène pas de t’en parler franchement. »

Après ces deux derniers mois passés à me peler l’épiderme en broyant du noir, cette discussion avec Morgane représentait une nouveauté au moins rafraichissante. Désormais, j’étais bien forcée de reconnaitre un minimum d'attention croissante pour la discussion, malgré ma capacité de concentration réduite à presque rien.

« Bref, et toi sinon ? C’était quoi ta démonstration, une sorte de magie ? Ça a l’air vachement plus cool qu’une main en plastique. T’es une genre de sorcière, comme l’église de j’sais plus quoi ? »


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Mer 18 Nov - 0:04 (#)

Alexandra
&
Morgane
les diaboliques

Il n’est jamais facile de confronter ses peurs, d’admettre face à une personne l’importance qu’elle peut avoir et les doutes qui sont fait quant à sa santé, à son attitude. Se confronter, admettre, c’est s’ouvrir à l’autre, laisser cette autre personne entrer dans ses pensées, avec la possibilité de fouler du pied une émotion unique.

Certains instants, il est difficile de douter de ce qu’il va se passer, tant l’on connait l’autre, ou simplement car la déclaration en question ne remet pas les fondements même de la relation en jeu. Parfois, s’ouvrir, sous le coup d’une émotion trop forte, c’est gagner face à sa peur et cela, sans s’en rendre compte.

A bien des égards, Morgane a déjà prouvé son courage et sa détermination, se blessant au passage. Autant d’égards que de plaies qui sont venues cisailler sa jeune peau, venant jusqu’à enfermer son cœur dans une boîte où la lumière n’a plus guère sa place.

Pourtant, dans cette obscurité, et bien qu’esseulé, le cœur de Morgane a su se trouver quelques camarades, quelques autres cœurs, soient suffisamment purs pour ne pas être englouti par les ténèbres, soient déjà suffisamment brisés pour ne pas être dérangé par l’opprobre qui plane sur celle qui a tué son propre père. Alexandra Zimmer, sans l’avouer, tombe dans cette seconde catégorie.

Elles se sont trouvées, dans un hasard presque comique, sur la toile infinie d’Internet. Une relation qui n’allait faire que grandir, tourmentée par les deux âmes maudites. Un chemin à travers une vie damnée, qui pousse aujourd’hui l’arcaniste à se dévoiler.

Morgane connait les risques de son geste, que ce soit pour elle, sur l’immédiat, ou pour les conséquences que cela va avoir dans sa vie de tous les jours. Qui, hormis l’Irae, connait son véritable secret ? Qui, hormis ceux pour qui elle a tout sacrifié, peut se vanter d’avoir percer à jour le secret de Morgane Wuntherson, l’agaçante geek, indétrônable peste.

Tandis que ses pupilles s’occultent, les pensées tournent dans sa tête ; quel avenir, pour elle, pour Alexandra ? La haine jaillit comme un torrent de son cœur. Une plaie béante d’où suinte un épais sang noir, le même venant trouver son chemin le long de ses joues à peine adulte.

En demandant à Morgane, elle rirait probablement du terme destinée. Rien n’est destiné, ce n’est qu’une simple projection, un jeu de probabilité ; l’affaire des arithmanciens, pas la sienne. Si vous lui disiez que ce n’est pas elle qui a choisi de se dresser face à cette porte, mais un jeu cosmique bien au-delà de ses pensées, elle répondrait d’un sourire franc tout en vous admonestant d’un surnom probablement vulgaire.

Lorsque les pupilles noires se posent sur Alexandra, Morgane s’imagine un avenir où elles n’ont plus à avoir peur, plus à se détruire elles-mêmes pour se confondre avec le reste du monde. Son cœur bat du rythme avisé de celle qui a vaincu les vertiges du monde, celle pour qui mourir n’est plus une angoisse. Il accélère quand la lumière revient, et que la haine étouffe, renvoyée de part là où elle a jailli, à nouveau emprisonnée.

Au moins, pense Morgane tout en parlant et en s’essuyant les joues du poisseux liquide noir, je peux voir une étincelle de vie dans son regard.

Un rictus se dessine sur son visage, tandis que la jeune femme explore du regard celui de sa camarade. Elle se souvient de cette première rencontre, une époque où Eoghan ne lui avait pas encore parlé des auras, où elle n’avait pas conscience de projeter sa propre énergie autour d’elle. Une énergie qu’elle ne parvient pas toujours à maîtriser, et qu’elle ne parvient pas à voir à moins de méditer très, trop, longuement.

Le regard de Morgane passe des yeux d’Alex à sa main, lugubre et morbide ; pourtant si pleine de vie et de potentiel. Elle n’a définitivement jamais rien vu de tel. Ses sourcils sursautent en entendant parler d’outre et de vampire. Une pointe de jalousie devant ces expériences.

La pièce prit un tout autre sens à l’écoute de l’histoire. Les murs de papiers semblent s’animer pour la première fois depuis son arrivée : il ne s’agit pas de l’étalage d’un esprit malade, non plus d’un article dont Zimmer aurait perdu le contrôle. C’est sa vie qui s’étale sur ses murs friables ; une vie passée à chercher une réponse à une question cruciale : pourquoi.

Morgane déglutit, prise d’un vertige face à la réalité de la situation. Quelque part, dans sa vie, comme dans celle d’Alex, se dresse une énigme, à laquelle il n’y a pas de solutions. Le Voile de ses pensées, lourd et opaque, dissimule la vérité. Peut-être est-ce également le cas d’Alex ? L’idée inquiète Morgane, tandis qu’elle dévisage son amie. En est-elle seulement capable ?

« Juste… Désolé hein, mais c’est une sacré histoire. » Malgré les difficultés d’attention de l’étudiante, et la monotonie mortuaire dans la voix d’Alexandra, Morgane n’en a pas perdu un seul mot. Une vérité s’affiche de manière évidente : quoiqu’il se soit passé en cette nuit d’Halloween, l’Irae est responsable pour ce qu’est advenue Alexandra, que cela soit une conséquence directe, ou simplement l’éveil d’un mal enfouit.

L’aspect de la main perturbe Morgane, autant qu’elle imprègne de curiosité. Le monde est si vaste et chaque jour, une nouvelle découverte peut survenir. L’histoire d’Alex se grave dans son esprit, et avant d’y réfléchir, la disciple tâche de bien comprendre tout ce qu’il lui a été dit.

« Nah, j’ai pas de questions pour le moment… T’as déjà donné beaucoup d’infos. » Morgane se lève, croisant les bras, errant dans l’appartement en direction d’un mur. La curiosité s’étanche enfin lorsqu’elle vient lire quelques lignes d’un des papiers. L’écriture est à peine lisible, la notation diffère de la sienne ; mais c’est assez pour corroborer ce que l’écrivaine vient de lui dire.

« Vampire et… outre ? J’suis un peu jalouse, j’te le cache pas. » Un sourire, adressée à celle qui boit une gorgée, probablement le gosier irrité après de longues journées de silence. Outre, le mot ne lui est pas inconnu, sans pour autant être familier. Probablement déjà abordé dans l'une des nombreuses leçons de Legrasse. « Si t’étais un cadavre, j’pourrais rien pour toi… » lâche Morgane pour elle-même, retournant à son analyse des murs blanchis d’un papier noirci.

« C’est… tout à fait ça. Un don un peu spécial, j’connais personne qui fait la même chose. » Décroisant les bras, Morgane passe une main dans ses cheveux, l’autre toujours agrippée à sa bière, désormais plus tiède encore qu’avant. Elle revient s’asseoir sur le canapé dans un soupir. Il est trop tard pour reculer. « J’peux… » Sa langue vient se coller derrière ses dents du haut, avant d’échapper dans un claquement discret. « Hum… Je peux m’éveiller dans un rêve. Le mien, le tien, celui d’un mec sur lequel je me concentre. Une fois dedans, je peux faire en sorte qu’il est une idée… ou qu’il passe la pire nuit de sa vie. » Morgane se mordille la lèvre. Eoghan va probablement la tuer après ça. « J’peux aussi… voyager (elle mime des guillemets de ses doigts) dans les souvenirs. Les miens surtout, mais peut-être ceux des autres… jamais essayé. »

La gorge semble s’être asséchée d’un coup et la bière tiède, bien que poisseuse, est plus que bienvenue. Un nouveau soupir, un haussement d’épaule, avant d’enfoncer une main au fond de la poche du jean.

« C’est plus discret qu’la main, c’est sûr, mais tu trouveras bien une utilité. Vu ce que t’as dit, il y a pas que la main en plus. Et heu… non. J’fais pas partie de l’église wiccane, c’est pas la même chose. » Le sourire est discret. Bien que Morgane parle d’elle avec une franchise qui étonnerait plus d’une personne de son entourage, l’Irae reste un sujet hors d’atteinte pour Alexandra. Le sujet est trop sulfureux, trop parasité en ce moment par des pensées contraires pour être abordé à la légère.

« J’fais aussi les trucs de sorcières habituels, mais pas tout à fait comma la tradition wiccane. Mon père m’a appris autrement et quand il est mort, j’ai trouvé un mentor, mais toujours pas wiccan. » Le jeu est dangereux, Morgane en a conscience ; ce dont elle a conscience, également, c’est qu’une femme avec la main difforme, enfermée chez elle à un point qu’il est possible de construire un meuble en boîte de pizza, dont la capacité sociale est proche de zéro ne représente pas une menace dans l’immédiat.

« Quand tu dis que « le monde entier coule dans ton crâne », tu veux dire quoi ? Comme pour moi, tu sens les… auras autour de toi ? » Le mot parait bizarre dans la bouche de l’apprentie mage. Elle n’est pas habituée à utiliser ce langage avec d’autres que la secte et malgré sa gêne apparente, Wuntherson peut s’estimer heureuse à cet instant précis. Elle a retrouvé son amie et discute d’un sujet tout sauf banal avec elle.  

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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
Alexandra Zimmer
NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
FULL DARK NO STARS
En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
You'll see him in your dreams
He'll appear out of nowhere but
He ain't what he seems
You'll see him in your head
On the TV screen
Hey buddy, I'm warning
You to turn it off
He's a ghost, he's a god
He's a man, he's a guru
You're one microscopic cog
In his catastrophic plan
Designed and directed by
His red right hand


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Mer 18 Nov - 18:23 (#)



Ces ténèbres innommables ne désertaient jamais entièrement ma conscience. Comme un monstre silencieux et protéiforme, elles erraient dans le vide de ma cervelle, déformant mes pensées d’une noirceur indélébile. Une banale conversation devenait alors une lutte de tous les instants. Chaque jour, je pouvais ressentir ces serres s’ancrer davantage à l’intérieur de moi, imbibant mes paroles de cruauté venimeuse, et même mes gestes d’une violence à peine contenue. Désormais, ni l’alcool ni la nicotine ne m’apportaient le moindre réconfort, mais bien au contraire, celles-ci semblaient davantage me projeter dans une ivresse de plus en plus sombre, de moins en moins humaine.
Ma volonté faiblissait indéniablement. Et malgré les semaines passantes, de mélancolie dépressive en excès de colère, je ne tâchai même plus de faire taire ses spasmes obscures, lesquels revenaient de toute manière sans cesse. Le résultat ne valait tout simplement pas l’effort. Ces accès d’obscurité émergeaient de nulle part, de mon inconscient, comme des ombres à la lisière de ma vision lorsque je clignai des paupières. Celles-ci semblaient alors s’agglomérer en une personnalité tangible qui ne me ressemblait en aucun cas, et apparaissait dans mes cauchemars ou dans le reflet d’un écran.

Dans ces moments, la peur me cisaillait alors les entrailles. Une double personnalité, m’étais-je interrogée à l’origine, en sachant pertinemment la réponse. Je ne me dissociais pas. Je glissais simplement vers un autre état mystérieux, dont cette main ignoble en était le symbole. En regardant cette dernière luire sous l’éclat du soleil moribond de cette journée grisâtre, un énième sentiment de complaisance me traversa. Inexplicable à nouveau. Le dégoût pour cette excroissance étrange faisait le siège de mes humeurs, et pourtant, une certaine autosatisfaction contradictoire subsistait.
L’écœurement me saisit à nouveau. Comme Morgane m’expliquait sommairement ses talents personnels, je serrai l’accoudoir du vieux fauteuil à faire gémir le cuir, tout en masquant mes paupières derrière ma main humaine. Des tremblements me traversèrent de part en part, avant que je ne parvins finalement à me calmer et à regarder mon amie en face.

« Donc t’es une sorcière, c’est dingue. C’est vraiment cool comme talent, j’trouve. On dirait limite un truc sorti de Bloodborne, c’est moi qui suis jalouse maintenant. »

Je tâchai de mobiliser un sourire sur ma tronche, mais en vain. L’ombre d’une grimace déforma durant une poignée de secondes mes lèvres, avant de s’effacer dans les méandres de mon aigreur. Je me redressai vivement et repoussai le fauteuil dans la foulée, pour m’appuyer sur le radiateur froid situé sous la fenêtre. Dehors, sous l’examen de mes iris indifférents, un monde désormais étranger s’agitait en vain, tandis que mes doigts serraient en tremblant le métal.

« J’veux pas en trouver une utilité parce que… » Je serrai les dents un long moment. « Parce que putain, j’suis carrément terrifiée. »

Quelques secondes de silence s’écoulèrent. La question de Morgane flotta sans réponse, alors que je tâchai de mobiliser toute mon énergie sociale pour confesser une vérité essentielle.

« J’suis pas terrifiée d’avoir des pouvoirs ou quoi, au contraire j’aurais trouvé ça génial. Même être une sorcière comme toi, je préférerai avoir ça en commun, mais là… »

Mieux vaut sortir tout d’un coup, songeai-je en proie à une foule de sentiments contradictoires qui tordaient mes pensées en tout sens. Mes épaules s’affaissèrent littéralement sous le fardeau. Après tout, Morgane s’était beaucoup ouverte quant à ses secrets, et en retour, il me semblait logique d’exposer une poignée des tourments naviguant en moi.

« C’est autre chose. C’est carrément des changements qui m’font flipper parce que je sens qu’ils sont tellement… J’sais pas comment dire. Sombres, nauséabonds ? J’ai l’impression de perdre totalement le contrôle, de sentir quelque chose croitre en moi et d’en devenir à moitié dingue. »

Brusquement, la vision de ce restant de bière froide me fit horreur. Dans un accès de mauvaise humeur, j’entrouvris la fenêtre pour balancer la boisson dans le vide, puis la refermai dans un claquement sec. Le reflet de ma figure dans le verre sale m’irrita au plus haut point : ces traits vides et fatigués qui caractérisaient mon apparence depuis ce début d’année, sinon depuis Octobre. Je balayai d’un revers de main négligeant une nouvelle croute détachée de cette horrible main, avant de me tourner vers l’arcaniste d’un air absent, les bras croisés sur mon vêtement troué. Au point où on en est, autant tout lui dire, pensais-je avec amertume, ça m'est égal de toute façon.

« J’sais que ça a l’air délirant, commençai-je d’une voix morne. Mais l’année dernière, j’ai réussi à trouver une télépathe et une nana qui voit les auras. Même réponse dans les deux cas. L’une était incapable d’lire mes pensées, parce que c’était illisible, comme pas humain. Et l’autre avait jamais vu de sa vie une aura comme la mienne. »

Tout aussi soudainement, des frissons désagréables dégringolèrent le long de mon échine au souvenir de Mara et de Lilas. Ces deux gourdes pas foutus de m’aider, pensais-je aussitôt. L’accès de rage, totalement injustice au demeurant, s’éclipsa de mes pensées aussi vite qu’il était apparu.

« Mais pour revenir à ta question, j’sais pas comment te décrire les intuitions que j’ai. On va dire un sixième sens qui m’inspire tout un tas de choses différentes. »

Vaste putain de sujet. Durant quelques instants, je ressentis le besoin de déambuler dans le salon défraichi, arrachant çà et là des pages de notes poussiéreuses et inutiles. Certaines recelaient des détails puérils glanés lors de mes errances au cœur de la ville. Je froissai les papiers en réfléchissant à la meilleure manière d’expliquer ces fichus instincts à Morgane.

« Quand t’es là d’vant moi, j’sais aussitôt que t’es particulière, c’est comme signal dans ma tête qui s’allume. Et depuis cette foutu nuit d’Halloween, où j’ai failli crever d’ailleurs, j’sais aussi sûrement que j’suis pas humaine. M’demande pas comment, j’le sais c’est tout. »

Je lançai d’un air contrarié les pelotes de papier, lesquelles échouèrent sans bruit à côté de la poubelle. Comme une humeur de mauvaise augure commençait à voiler mes réflexions, je préférai cesser de raconter ma vie, et vint m’effondrer sans aucune grâce sur le canapé à côté de Morgane.

« Assez pleurniché sur moi. À ton tour de raconter ta sorcellerie là. » lâchai-je en me tassant dans les coussins poussiéreux.

La révélation de Morgane était bien la seule chose capable de raviver une étincelle d’intérêt dans les débris de vie m’animant encore. Jamais jusqu’à présent, je ne m’étais penchée sur les arcanistes et leurs secrets, mais l’aveu de ma sorcière d’amie recelait de toute nouvelles perspectives. Au moins cette discussion recelait une minuscule possibilité de me détourner momentanément de ma déprime quotidienne. Ainsi vautrée sur le canapé, je repris d’une voix où brillait une lueur ténue de curiosité.

« Les trucs de sorcière, ça veut dire lancer des sorts alors ? J’y connais que dalle en vrai, t’es en free lance quoi, c’est ça ? Mais ça fait quoi de voyager dans les rêves ou les souvenirs ? Tu veux dire que tu pourrais rentrer dans ma tête ? »

Je marquai une pause pensive, alors qu’une minuscule idée s’alluma au milieu de mes neurones devenus mous ces temps-ci. « J’en sais rien hein, mais tu crois qu’on pourrait apprendre des trucs comme ça ? »

Machinalement, mes doigts en vinrent à tripoter le bord de mes manches. Malgré mes nombreux échecs dans ma quête de vérité, au gré des contacts surnaturels, une nouvelle tentative avec ma propre amie recelait pourtant quelque chose de séduisant. Mais cependant, comme à l’accoutumée, nul enthousiasme ne m’électrisa, aucun espoir de succès ne s’alluma au fond de moi, face à cette perspective qui aurait dû me motiver. Seulement un vide total.


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Mar 1 Déc - 22:33 (#)

Alexandra
&
Morgane
les diaboliques
Sans que cela ne soit nécessairement perceptible, les enjeux venaient de s’élever. Morgane n’avait plus face à elle son amie humaine, en pleine crise d’identité à la suite des tragiques événements qui avaient secoué la ville et ses environs. Elle se tient dans l’antre d’une créature fantasque, perdue dans sa nouvelle identité, à la croisée des chemins ; désormais plus qu’une humaine, mais sans avoir la moindre attache.

Un sentiment bien connu par l’arcaniste, elle qui s’était sentie seule et perdue la majorité de sa vie d’enfant puis d’adulte. Si elle n’est jamais tombée dans la léthargie qui ronge Alexandra, cela est simplement dû à son entourage qui lui, avait toujours pertinemment su qui est Morgane. Une filiation forcée par instant, mais donnant une direction à la fille aux rêves brisées. Plus encore qu’une direction : des réponses aux questions, même les plus sommaires.

Un sourire fend le visage de Morgane à l’évocation de Bloodborne. Elle aimerait que ses dons soient au moins aussi faciles à comprendre et utiliser que ceux-ci, non pas sibyllins, obligeant l’élève à tâtonner, toujours plus modérément, afin de ne pas perdre le peu de raison encore accrochée à son esprit de manière stupide.

Une simagrée qui se dissipa rapidement, tandis qu’Alex reprend la parole sur sa propre expérience du surnaturel, tantôt si discret, ici si ostentatoire. Le regard de Morgane se perd depuis la main jusque dans le vague. Elle imagine sans peine cette terreur, l’ayant elle-même vécue. Un vague souvenir d’une vie presque oubliée.

Les secondes de silence furent prises par la cadette, laissant le temps à son ainé de choisir ses mots, d’elle-même décider de ce qu’elle souhaite dire ou pas. Les mots fusèrent alors, plus qu’en espérait Morgane. Elle en vint à s’en vouloir de ne pas s’être présentée plus tôt, de ne pas avoir forcé un peu plus. Peut-être, en agissant plus tôt, elle aurait été capable de prévenir cet état.

« Avec des si… » vint lui rappeler un vieux souvenir.

L’invective d’Alex fut entendue, tandis que la bouche de Wuntherson s’ouvre pour se refermer aussitôt. Parfois, il est impossible de savoir, en effet. Comment expliquer les liens qui unissent les âmes au-delà de la vie fragile et mortelle. Comment expliquer les rêves que l’on peut briser d’un simple mot, ou les souvenirs qui peuvent être enfouis si loin qu’ils en deviennent invisibles.

Le rire de Morgane n’est pas dissimulé quand Zimmer changea de sujet brusquement. « Ta sorcellerie », voilà ce qui fit rire la disciple. Elle aurait pu parler plusieurs heures d’héritages et de traditions à Alexandra, mais cela aurait été contraire à bien trop de lois tacites, trop de codes appliqués depuis bien trop longtemps pour qu’un instant de légèreté ne viennent les compromettre.

Le bleu perçant des yeux de Morgane vint se figer sur le visage d’Alex tandis que ses questions avancent, jusqu’à ce qu’elle sorte la phrase même à laquelle avait pensé la jeune arcaniste plus tôt. Serait-il possible d’entrer là où un télépathe a échoué ? Quelle sorte de pouvoir est assez puissant pour repousser ce genre de don ?

« C’est une sacrée histoire, en tout cas, et j’en ai d’jà entendu des belles, tu peux m’croire. » Répond Morgane après un court silence. « J’aurai tellement mille questions à t’poser, mais c’est peut-être pas c’que tu veux maintenant. » Déposant la cannette de bière à peine plus entamé, la jeune femme vient se repositionner sur le canapé, assise un peu plus profondément qu’auparavant.

« C’pas vraiment des sorts, m’fin, j’peux pas lancer de boules de feu ou changer quelqu’un en mouton comme dans World of Warcraft. Peut-être certains peuvent, j’en sais rien, mais pas moi. A part mon don, que c’est un truc que seule moi peut faire, j’suis assez calée en potion, j’connais un peu les runes et la protection aussi. Hum.. » Morgane sentit son esprit se serrer, comme pour synthétiser le savoir transmis par deux sorciers reconnus dans son clan. « Surtout les plantes, les runes et tout ce qui touche au rêve. J’me spécialise autour de mon don quoi. » Une nouvelle fois la main dans les cheveux, déjà bien emmêlés, à peine présentables.

« Non, j’suis pas en freelance, j’ai un mentor – un sorcier plus puissant – qui m’apprend des trucs. Il s’rait d’ailleurs pas ravi de notre discussion-là, si t’vois ce que je veux dire. » Un rire nerveux, tandis que le visage du dit mentor apparait dans le crâne présent sous les mèches bleues.

« C’est une sensation unique. » lâche Morgane sans réfléchir. « C’est comme s’endormir, sauf qu’une fois dans le rêve, alors tout m’obéit. Les murs, le son, la couleur, les formes ; la seule limite, c’est l’imagination. Puis, en me baladant, je trouve une porte, ou une ruelle, des escaliers… Qui mènent ailleurs. Et là, je sais que je ne rêve plus, que je me souviens. »

William puis Eoghan avaient déjà tous deux sommé Morgane de rester loin des autres créatures surnaturelles : vampires, garous, et autres créatures plus bestiales et dangereuses au cœur de la nuit. La situation est différente ici, aux yeux de la jeune femme : Alexandra est une amie, une des rares seules véritables amies qu’elle possède, et la voilà dans le besoin.

Se mordant la lèvre inférieure, Wuntherson hésite, tarde un peu à présenter une réponse. Déjà une fois, elle est entrée dans une tête dans laquelle elle n’aurait pas dû, et n’est ressortie de cette expérience qu’un traumatisme violent qui l’a perturbé pendant plusieurs semaines.

« Je… » Bafouille-t-elle. « J’en sais rien, pour être honnête. » Morgane détourne le regard, penaude, comme ayant l’impression d’avoir floué Alex. « Il existe d’autres arcanes… Plus fortes que moi actuellement. J’en ai une dans ma tête. Un verrou que mon père a mis pour que je ne voie pas ce qu’il y a de l’autre côté. » Un rictus, avec un rire agacé. « Une zone, bloquée, dans ma propre tête. Juste quelques bribes qui s’en échappent, tandis que je me renforce. »

Dans le regard de Morgane, la détermination est palpable. Briser les derniers échos de William en elle est une quête personnelle, la plus personnelle de toute, celle qui fera finalement avancer Morgane dans son apprentissage, elle en a l’intime conviction.

« On peut trouver de tout dans la tête des gens. Des trucs qu’ils ignorent, des trucs qu’ils ont choisi d’ignorer, volontairement ou pas… » Une nouvelle pause marquée. « Hum.. » Soupire-t-elle, avant de se redresser. « Nous… Nous pouvons essayer, mais j’ai jamais rien vu comme ta main, alors je pense que j’ai jamais rien vu comme ta tête non plus. »

L’arcaniste prend le pas sur l’amie tandis que parle Morgane, sa voix se raffermit, et elle se redresse. Ses mots prennent une assurance et un sérieux peu habituel.

« On n’va pas faire ça comme ça, en tout cas. Pas… » Morgane marque un rapide coup d’œil circulaire sur la pièce. « Dans une pièce dans cet état. » Dans toutes ses projections mentales concernant cette visite, aucune ne se passait ainsi dans la tête de la jeune femme. « Tu dois me le dire. Tu dois me dire que tu veux le faire, que tu es prête à entendre ou voir des choses que tu ignores. Si tu me le dis alors… » Le silence est lourd, chargé d’un suspens harassant. « Nous pouvons nous y préparer et si cela fonctionne, nous devons être prête à assumer les conséquences. »

Les sourcils de Morgane se sont légèrement froncés. Cette phrase, elle l’a déjà entendue, on lui a déjà dit par le passé. Par le sang et le fer, Morgane a appris à vivre avec les conséquences de ses actes. Ses yeux ne quittent plus le visage de Zimmer, ils le jaugent, scrutant les détails, cherchant à voir l’authenticité.

L’énergie de Morgane se répand dans la pièce, en direction d’Alexandra, à la recherche d’un sentiment plus fort qu’un autre, à la recherche d’autre chose que le vide qui ronge la journaliste. En l’espace d’un instant, une vie d’apprentissage a trouvé un jalon nouveau et inespérée, une maturité faisant bien trop souvent défaut à cette jeunesse libre et anxieuse.
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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
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En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
You'll see him in your dreams
He'll appear out of nowhere but
He ain't what he seems
You'll see him in your head
On the TV screen
Hey buddy, I'm warning
You to turn it off
He's a ghost, he's a god
He's a man, he's a guru
You're one microscopic cog
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Mer 9 Déc - 23:56 (#)



Au milieu des hésitations nauséeuses et des commentaires surnaturels, la réalité recouvrit mes pensées avec la force d’une claque en pleine face. Nous étions désormais en Février, environ un an après mon emménagement à Shreveport, et le début de la traversée du désert. Un an de recherches vaines, entre des nuits entières d’insomnies, des rencontres hasardeuses au gré des crises d’angoisses et des journées dépressives. Tout cela pour rien. Tout cela pour l’ombre de réponses arrachées dans la douleur, telles des mauvaises herbes dont les racines s’avéraient n’être que des questions supplémentaires, qui déterraient encore d’autres questions sans le moindre espoir de fin.
Un an d’errance dans l’obscurité du tunnel. Comment devais-je alors interpréter cette discussion à cœur ouvert avec ma sorcière d’amie ? Était-ce la fin du tunnel, ou bien simplement le début d’un second ? Un bien mince espoir filtrait au bout, au travers d’un rideau de ténèbres dont la crasse n’avait cessé de s’épaissir durant cette merveilleuse année, et son Octobre cauchemardesque.

« J’vois, ouais. ‘Parait que les arcanistes aiment bien garder leurs p’tits secrets. »

La conversation avec Lilas me revint aussitôt en mémoire. Ce mois de Novembre dernier me parut alors remonter à une éternité, d’un temps où ma main et mes pensées m’appartenaient encore en majeure partie. Je me vis affalée dans ce fauteuil du Voodoo café, devant une bière encore pleine de saveur, versant quelques larmes de dépit face à une souffrance indicible. Et pour cause cette transition précédente d’un état vers un autre, de tourments humains à une absence complète de vie, me parut lointaine comme appartenant à l’histoire d’une autre femme.
Une autre créature qui sait, ironisai-je intérieurement. Lilas non plus n’avait guère été en mesure de m’éclairer sur le monde secret des sorciers et autres tripoteurs de runes ou de sacrifices de volailles noires. Je balayai d’un revers mental ces considérations désormais révolues, pour consacrer le peu d’attention subsistant en moi aux explications de Morgane.

« Donc t’as un pouvoir personnel, j’pensais que c’était uniquement des formules ou des rituels, quelque chose dans le genre. Raconté comme ça, on dirait Inception ton truc. »

Et où me situer dans toute cette histoire ? Quelque part au fond du marasme fermentant dans ma tête, je pris lentement conscience de cette lueur ténue de curiosité. J’en fus la première surprise. Le récit de Morgane m’ouvrait maintenant des portes inconnues, non seulement d’un monde qui m’était hors de portée, mais aussi vers un mince espoir de me découvrir davantage. Oh bien sûr, je n’attendais plus une délivrance à ce stade, mais bien des bribes de réponses, un quelque chose pour repousser cette terrible incertitude qui me rongeait jour après jour.
À l’écoute de Morgane, je repliai machinalement mes jambes en tailleur sur le canapé. Des volutes de poussière grisâtres s’envolèrent sous le poids des coussins fatigués. L’odeur de renfermé me heurta soudainement, alors qu’un silence instable se logeait entre nous, au gré de l’hésitation de mon amie. J’aime bien ces cheveux, songeai-je de manière impromptue, en scrutant son visage pensif. Quelle réflexion idiote une fois encore. Ces pensées soudaines, parfois banales, souvent déplacées, et toujours spontanées, apparaissaient de plus en plus dans ma cervelle ces temps-ci.

« Écoute si tu l’sens pas, on l’fait pas. C’est toi la pro, moi j’y connais rien du tout. J’sais pas ce qu’il faut faire, j’sais pas si c’est dangereux, j’sais même pas ce que ça fait exactement. » Je haussai les épaules. « J’veux pas te mettre dans la merde. »

L’hésitation tordit les traits de Morgane. Je me retrouvai alors suspendue à ces mots. De nouveau à ma propre surprise, des filaments de déception et une appréhension bien réelle pour sa sécurité s’entremêlaient en un encouragement muet envers mon amie. Accepte, accepte, disait-elle cette étrange petite voix survivante. Un malaise fugace m’envahit face à ces imprécations involontaires dont les mots armés de crocs dissimulés arboraient des expressions d’avidité dérangeante. Cette minuscule portion de convoitise dans le creux de mes tripes s’éveillait brusquement des profondeurs de mon âme, dont j’étais toutefois certaine du vide totale.
Quelque chose en moi était satisfait d’en arriver à ce point. Quelque chose souhaitait lever cet hypothétique voile appesantit sur mon inconscient. L’indécision souleva un frisson le long de mon échine. Je fus saisie d’une brève appréhension, non pas pour l’expérimentation à venir, mais envers ces étranges sentiments vivaces me poussant à accepter cette proposition. Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce regain d’énergie quand ces derniers jours furent vides de sens et de vie ? Je recommençai à triturer nerveusement les pans entrouverts de mon pull, à l’écoute des hypothèses et des préparatifs partiels de Morgane, lesquels dessinaient peu à peu un plan tangible.

« Ah ouais, carrément la Morgane serious face. Je l’avais encore jamais vu. »

La vanne retombée, un lourd silence se réinstalla entre nous. J’interrogeai d’un regard morne Morgane, dont l’air décidé me fit lentement prendre conscience de l’importance des enjeux.

« Ok alors, finis-je par articuler lentement comme engoncée dans une rêverie, t’es la seule à qui j’fasse vraiment confiance. »

Les mots se bousculaient dans ma bouche. L’aveu me fit cependant détourner les yeux vers ce mur parsemé de feuilles éparses, aux faces noircies de notes folles. La chronologie de ma quête de cinglée étalée devant moi éveilla une foultitude de réflexions cavalant à toute allure dans ma cervelle. Je fis le vide durant quelques instants, au moins le temps de mettre en ordre mes sentiments. Des frissons me parcoururent à nouveau, comme si le ton nouvellement sérieux de la conversation créait une ambiance électrique dans la pièce, une atmosphère lourde et presque suffocante.

« Qu’est-ce que j’suis ? Qu’est-ce qui m’attend ? T’sais que ça va faire un an que ces questions me pourrissent la vie. Un an à m’torturer à chercher des réponses, à prendre des risques en demandant à des gens que j’connais pas, à fouiner dans des coins surnaturels, etc. »

Je marquai une pause pensive. Le regard désormais fixé sur le blanc du mur, j’extirpai un par un les poignards vrillant mon âme depuis toujours.

« L’incertitude c’est pire que tout. J’suis au-delà de savoir si ça va m’plaire ou non, tout ce que j’veux à ce stade c’est des réponses. J’veux pas me voiler la face en espérant que tout finisse par s’arrêter ou que rien ne va me tomber dessus plus tard, parce que j’sais que ce sera pas le cas. Alors ouais, j’suis prête à assumer les conséquences quoi qu’il arrive. »

Une douleur sourde résonna dans mes paumes. Je baissai les yeux vers mes bras pour m’apercevoir que cette tirade sertie de dépit et de souffrances m’avait fait serrer instinctivement les poings. Je desserrai aussitôt mes doigts en observant machinalement cette main à l’aspect ignoble. C’est allé trop loin de toute façon, pensai-je avec amertume. Je me redressai alors d’un bond pour faire face à Morgane, brossant au passage mon jean fatigué par l’usage.
Mes pas firent envoler ces dégoûtants tas de matière marron errant çà et là, au même titre que les feuilles volantes errant encore dans le salon. Désormais saisie d’un étonnant enthousiasme, quasiment inexplicable après ces semaines entières de morosité déprimante, je m’empressai d’aller ouvrir mon placard à l’autre bout de la pièce. J’extirpai le vieil aspirateur de son logis, lequel avait certainement connu des jours meilleurs avec son tuyau fatigué d’aspect dévalé.

« Alors tu veux faire comment ? J’peux passer l’aspirateur si c’est que ça, ou alors on va ailleurs. J’ai des craies dans un coin si tu veux tracer un pentacle, ou j’sais pas quoi. T’as qu’à me dire ce qu’il t’faut. »

Une ombre innommable assurait chacun de mes mouvements. Comme les fils d’une marionnette, une nouvelle force m’habitait soudainement, dont j’attribuais la raison à ce besoin pressant de réponses. Et cependant, en saisissant ce bête aspirateur, une figure intimidante me surplombait, sous la forme d’un enthousiasme nouveau qui semblait provenir des tréfonds de mon être. Comme si sur la surface grisâtre du mur, cette ombre éclipsait silencieusement la mienne, en attendant que nous soulevions enfin ce voile de la réalité.


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Ven 5 Fév - 22:53 (#)

Alexandra
&
Morgane
les diaboliques
Il y a, avec un recul nécessaire, peu de choses dont Morgane ne soit réellement fière dans sa vie. Avoir confrontée Eoghan en fait partie, de même que de n’avoir jamais pleuré la perte de William. Juste avant qu’elle ne frappe à la porte pour pénétrer dans l’antre folle d’Alex, Morgane s’était imaginé jusqu’aux pires scénarios, mais rien ne venait ne serait-ce que correspondre à la situation dans laquelle elle se trouvait.

En dépit de l’incongruente situation, sa camarade reste silencieuse pendant la majorité de sa réponse, comprenant la demande sérieuse qui lui était fait. Se mettre dans la merde, comme disait l’autre, Morgane avait su le faire le jour où elle avait transpercé le cœur de John d’un atamé. Elle avait su le faire en annonçant pleine de rancœur à son père biologique qu’elle acceptait de rejoindre la secte noire, sans savoir que ses choix étaient biaisés, contrôlés presque depuis la naissance.

Dans son esprit, elle n’entend que la réponse affirmative d’Alex, acceptant de poursuivre l’aventure, à deux désormais. La main l’intrigue, mais plus encore, Morgane ressent le besoin de venir en aide à son amie. Les aveux de la surnaturelle viennent résonner dans l’âme de l’arcaniste de la plus triste des manières.

Tant de secrets rongent ceux qui pratiquent les arts occultes. D’une main à l’allure démoniaque rongeant la chair aux draps mentaux rongeant l’esprit, les histoires varient inlassablement, et pourtant, tous et toutes, ils finissent par succomber à l’appel. Qui n’aurait pas voulu de réponses ? Qui n’aurait pas voulu savoir, quitte à briser toutes les lois des hommes et des dieux, se damner devant l’éternel, ne serait-ce que pour passer un regard à travers la porte menant à la Vérité.

Les questions que posent Alex, Morgane se les posent aussi. Tandis que la porte-plume parle, l’étudiante regarde ses propres mains, où elle voit encore le sang couler, même après ces années.

« C’est l’incertitude qui nous pousse à avancer. C’est elle qui nous fait aller toujours plus loin, tu sais… Sans elle, sans cette foutue boule au ventre, ça fait bien longtemps que tout le monde aurait arrêté de chercher des réponses. Mais non, faut savoir, quitte à perdre des fragments de son humanité, à disséminer son âme aux quatre vents… » La mélancolie gagne Morgane, qui secoue la tête, chassant ses propres doutes, ses propres peurs, ses propres incertitudes. Les mains sur les hanches, la face de gamine arbore un sourire déterminé. « On assumera à deux. »

Le coup du pentacle fait rire Morgane, allégeant l’ambiance, devenue encore plus lourd que l’air vicié de l’appartement. Lorsque Alex saisit l’aspirateur d’un air déterminé, s’en est trop pour la cadette, qui s’écroule sur le canapé qu’elle venait de quitter.
« Regardez-la-moi, revenue d’entre les morts, un aspirateur à la main ! » nargue Morgane en reprenant son souffle. « L’aspi, c’est un bon début. Va falloir remettre l’appartement au propre, ce sera un bon début. Pour la craie, c’est bon à savoir, même si ce ne sera pas un pentacle, désolée pour toi… Ca servira à faire un cercle de protection… J’te passe les détails techniques. »

Le calme retrouvé, Morgane se redresse et commence à faire les cents pas dans l’appartement. Nettoyer les lieux allait être la première des choses à faire. Se renseigner sur les protections allait être la suivante. Préparer une potion pour endurcir ses capacités, la troisième. Probablement fumigé les lieux un quatrième, ensuite seulement, tracer le cercle et les runes et puis…

« On va avoir du pain sur la planche. Je pense que d’ici trois semaines, on devrait être bien. Va falloir que tu me tiennes l’appartement au propre comme si on allait tenir un banquet pour le Président. Puis que tu regagnes des forces aussi. C’est tes missions. De mon côté, je vais me préparer, j’ai des bouquets à faire… et une potion dégueulasse à infuser. J’en profiterai pour toucher deux mots à mon mentor également. »

Passant le regard sur les notes affichées ça et là, Morgane continue de réfléchir. Alors qu’elle avait vécu en tant qu’apprentie jusqu’ici, elle réalise soudainement l’étendue de ses connaissances sur le sujet. Depuis qu’elle avait été recueillie par William, elle avait subi un enseignement arcanique, qui s’était vu intensifié et renforcé avec l’arrivée du tutorat de Underwood.

« Putain, Alex, le prend pas mal, mais j’ai jamais été aussi impatiente. » lâche Morgane sans s’en rendre compte. Cette situation, tragique à bien des égards, mettait les choses en abime pour l’arcaniste qu’elle est devenue : non pas bonne à rien sans avenir, mais avec de réelles capacités de réflexions, avec le sentiment de pouvoir réellement faire quelque chose d’autre de son don que de semer la zizanie.

« Tu sais… J’comprends mieux que tu ne le penses ce que tu vis. T’en sais probablement plus sur moi que la majorité des gens que je côtoie, et pourtant, tu sais même pas la moitié des merdes que j’ai dû subir pour me tenir face à toi aujourd’hui… » Du bout des doigts, Morgane vint caresser le papier noirci au mur.

« Tu l’sais, j’ai grandi dans un orphelinat… Puis mon daron m’a adopté et c’est là que j’ai su que j’avais un don. JK Rowling, elle ment dans ses putains de romans, ça se passe pas comme ça. Pas d’école, pas de potes avec qui partager ce que tu vis. Juste la peur que l’on découvre ton secret. Ça, encore on s’y fait. » Repenser à l’orphelinat fit remonter quelques souvenirs tendres dans le cœur de Morgane, dont le sourire s’attriste quelques instants, avant qu’elle ne reprenne.  

« Puis comme mon père était qu’un con, j’ai longtemps cherché à trouver qui était ma mère. Une humaine, sans aucun rapport à la magie ? Une arcaniste reconnue dans le monde entier ?... J’sais juste qu’elle s’appelait Orianna, et qu’elle … »

Sentant les larmes lui monter, Wuntherson se tut. L’odeur de sable lui revint en mémoire, et une voix cristalline, emplie d’amour.

« Enfin bref, t’as compris ce que tu dois faire ? T'as des questions ?» conclu-t-elle, sans transition, non peu fière d'enfin poser cette question, au lieu de se l'entendre dire.

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- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
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Dim 14 Fév - 23:21 (#)



Quels termes attribuait-on à ces sentiments communs, déjà ? Oh, l’amitié. L’affection, sans doute, le tout saupoudré d’un grain d’empathie et de compassion. Une complicité toute simple à partager avec ma meilleure amie, la seule à vrai dire, en dépit des difficultés passées et présentes, voilà un ressenti normal. Voilà une palette d’émotions humaines qui auraient dû me réchauffer le cœur, et non y laisser une désagréable saveur de cendres. Car rien de tout cela ne m’effleurait. Nulle chaleur ne naissait dans le creux de mes tripes face à la perspective d’avoir enfin un soutien, une oreille attentive où déverser mes peurs, et mes espérances. Aucun réconfort n’apparaissait dans mon désert quotidien, ce lieu imaginaire fait de poussières translucides, bientôt dispersées par un vent de démence qui se levait derrière une ligne d’horizon d’un vert moisi.
Au fil de la conversation, le vide de mes émotions me saisit dans une étreinte terrifiante. Au creux de ma paume, le tuyau de l’aspirateur se mit à trembler, et un mantra défila dans ma tête en lettres déformées comme un rictus mauvais. J’ressens plus rien. Je me trompais toutefois. Le rire de Morgane m’arracha de ce flottement à la frontière de l’abime, et me vrilla les tympans comme des bris de verre dans ma cervelle, tandis qu’une vague de haine naissait des profondeurs de mes pensées. Je me découvris incapable de partager cette hilarité, mais seulement d’émettre un vague sourire factice pour camoufler l’aigreur courant dans mes veines. Une telle colère m’inonda, faisant trembler mes mains de plus belle face à l’horreur aussi spontanée qu’injuste envers elle.

Une haine tenace entièrement focalisée vers Morgane. Quelques mois plus tôt, nous aurions pu partager ce fou rire comme deux amies normales, et cette fureur intense n’aurait jamais dépassé le stade d’embryon, à peine le temps d’un claquement de doigt. Mais nous étions au-delà de ça : j’étais au-delà de ça. Nous étions dans cette antre follement décorée des fruits de mon naufrage, et dans la lumière chiche filtrant à travers la vitre sale, je m’apparus clairement en train d’étrangler mon amie avec ce fichu tuyau d’aspirateur. Les lèvres bleues comme ces putains de cheveux. Un puissant sentiment égoïste alimentait alors ce brasier, lui-même engendré par les paroles de Morgane, censée instaurer une complicité entre nous, un objectif commun à assumer à nous deux.
Et les questions susurrées d’un ton venimeux faisaient le siège de ma cervelle. Comment osait-elle nous comparer ? Comment pouvait-elle mettre en avant son expérience par-dessus la mienne ? Je vivais bien pire. Je souffrais davantage. C’était mes emmerdes les plus profondes qui soient, et Morgane ne pourrait jamais avoir la moindre idée de mon véritable calvaire. Va chier avec tes p’tits problèmes d’ado attardée, m’entendis-je penser avec rage. La colère envenima mes veines pendant d’interminables secondes, me laissant sous le choc de la révélation, comme heurtée par un uppercut à l’abdomen. J’avalais machinalement ma salive, à la recherche des mots adéquats pour lutter contre les répliques horrifiques qui me traversaient le crâne, et camoufler cette effrayante dérive.

« Ha, ouais… Hilarant, » marmonnai-je, cependant incapable de masquer complètement mon amertume.

Calme-toi, putain. Ma main difforme fut à nouveau prise de tremblements nerveux. Non, je ne revenais pas d’entre les morts. Bien au contraire, je nageais en pleine illusion de vie, l’image même d’une marionnette bariolée de noir qu’un cinglé invisible faisait enrager. Tout cela était injuste envers Morgane, et je le savais parfaitement, voilà où se situait toute la double atrocité de ces sentiments. Et lorsque l’échéancier des trois semaines fut posé sur la table, une énorme déception me porta un second uppercut dans le ventre, comme une enclume achevant de m’entrainer dans un torrent de colère. J’eus la terrible sensation d’être incapable de contrôler mes prochains gestes. Je me vis lui jeter l’aspirateur à la tronche. Comme cette fureur explosive menaçait de déborder, j’articulai maladroitement quelques mots pour meubler la fièvre violente qui me saisissait.

« Si j’recevais le président, j’laisserai l’appart en mode benne à ordures, ça s’rait approprié hein. »

Dévier la colère vers l’humour acide. L’écarter de ma meilleure amie. Celle-ci ne méritait en aucune façon de subir cette instabilité presque schizophrène qui me rongeait, et je n’étais même pas certaine qu’elle puisse en comprendre le sens. Moi-même, il m’était caché. Je serrai vivement le tuyau d’aspirateur dans ma paume pour faire refluer ce mélange de peine, de rage et de déception qui me tuait lentement chaque jour. Au prix d’un immense effort, au milieu des battements frénétiques de mon cœur, je poussai un long soupir, expirant lentement toute cette monstruosité qui avait battu mes membres l’espace d’un instant. Je lâchai l’appareil ménager contre le divan fatigué, et m’affalai finalement sur l’accoudoir en passant une main tremblante dans mes cheveux.

« J’le prends pas mal t’inquiète, j’aurais voulu qu’on s’lance direct c’est tout. Ça m’tarde d’essayer aussi. » lui répondis-je laconiquement.

Les secondes suivantes furent une succession de saveurs immondes, et de couleurs fanées. Des cadavres de sentiments, voilà la bonne métaphore. Ma cervelle est un foutu cimetière abandonné, trop de rocailles pour y mettre des fleurs, marmonnai-je à moi-même. Et les confidences soudaines de Morgane s’accumulèrent dans mon crâne comme ces feuillets accrochés au mur, n’y projetant que leurs ombres sans consistance, lesquelles ne renvoyaient aucune réponse compatissante. Ces mots créaient des successions d’images qui défilaient alors dans ma mémoire laissée en roue libre comme d’habitude. Une véritable imprimante qui dégueulait un ramassis de manifestes sans rapport.
J’écoutai alors en silence ma meilleure amie me raconter ses emmerdes, hochant la tête de temps à autre pour faire bonne figure, de cet air absent que l’on trouve chez les déconnectés du bocal, ou les vieillards en fin de course. J’crois pas que tu comprennes vraiment, mais j’crois pas t’en vouloir, en tout cas, pas consciemment, songeai-je en m’enfonçant de nouveau dans le moelleux du canapé. À côté, l’aspirateur chuta le long des coussins dans un bruit étouffé, alors que j’enfonçai mes mains tremblantes dans les profondeurs de mes poches, dans l’espoir d’y trouver quelques mots justes à lui offrir. Toutefois, mes ongles ne ramenèrent de l’intérieur qu’une fine poussière rêche, cette même texture fibreuse chutant chaque jour de ma main monstrueuse.

« J’te crois, » articulai-je lentement. « J’ai pas lu Harry Potter, mais j’crois bien que j’vois ce que tu veux dire, ouais. »

Et tout ça m’laisse indifférente, t’sais pas à quel point. Le rideau s’abaisse. Fin de partie à la con. Je fixai le mur d’en face pour éviter d’offrir à mon amie cette tronche insensible à son histoire. J’eus envie de me taper la tête contre ce mur, histoire d’extirper mes derniers vestiges d’humanité compatissante. Ceux-là devaient bien exister encore quelque part, non ? Dans les méandres de cette âme salie par un tourbillon sardonique qui me tiraillait dans tous les sens, et aspirait mon essence de l’intérieur. Je me desséchais, voilà tout. L’ancienne Alexandra s’écaillait au fil des mois, tout comme ma main, et il apparaissait cet être lisse à la place, translucide et froid comme la coquille d’un insecte mort. Comme pour échapper à cette morosité, je levai un regard morne vers Morgane en guise de réponse à sa dernière interrogation, et rassemblait des lambeaux de mon expressivité.

« J’ai tout compris, chef. D’ailleurs faut que j’te file ça. » Je me levai nonchalamment du divan pour rejoindre le placard d’en face, et extirpai un double des clés du tiroir du bas. « Comme ça, si t’as du matos à ramener, te gêne pas. T’inquiète, d’ici trois semaines, tout sera tellement bien lavé que tu pourras lécher l’sol. »

Un timide sourire vint parachever cette dernière affirmation en lançant la clé de mon appartement à Morgane. Un rictus forcé sorti d’une âme lentement abandonnée par la chaleur humaine :  comme le tressautement d’agonie d’une bestiole retournée sur le dos.
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Mer 31 Mar - 22:41 (#)

Alexandra
&
Morgane
les diaboliques
La froideur d’Alex est notée par Morgane ; mais qui ne serait pas dans cet état après un tel changement dans sa vie ? Après avoir dû admettre possible une réalité jusque-là cachée, qui ne serait pas bouleversé au point de tout remettre en question. La Révélation a eu bon de nombre de répercussions sur le monde surnaturel, poussant des ombres à la lumière des secrets plus vieux que l’humanité même, des mythes venus de temps immémoriaux, bibliques.

Ni Morgane, encore moins Alex, ne pourrait se douter de l’ampleur de la décision qu’elles viennent de prendre. Aucune des deux n’a la moindre idée de l’abîme qui s’ouvre sous leurs pieds, de l’ombre qui s’étend sans qu’elles ne la voient. Hilarant, en effet, pour qui sait tendre l’oreille, pour qui voit du coin du regard cette masse qui s’agite dans les ombres, dont même la curiosité des hommes n’a pas permis de percer le voile ; que seul l’avidité des hommes est capable d’entendre, de comprendre, d’accepter ; jusqu’à la fatale révélation.  

Morgane le ferait-elle encore, si elle savait ?

Elle renifle à la remarque acide de son amie ; le mot lui parait presque faible après leur échange ; après avoir parlé ainsi. Le regard planté dans celui de sa camarade, Morgane ne baisse pas le regard. Si l’esprit avait été plus critique, peut-être est-ce à ce moment-là que la jeune arcaniste aurait pu voir l’horreur tapis dans l’esprit de l’engeance. Elle s’accroche plutôt à la déception, qu’elle ressent aussi.

« Ouais, mais ça marche pas comme ça. » réplique-t-elle d’une voix basse, noyé dans la conversation.

Sa longue tirade s’achevant, Morgane se sent lasse, inondée par une vague de nostalgie familière. Tout pouvoir vient avec un prix, et le sien se paye parfois par cette mélancolie accablante, par l’angoisse de ne jamais pouvoir connaître la vérité ; en parler fait toujours remonter cette odeur, chaude et enivrante, du sable et des roses. Même tout le venin du monde ne pourrait atténuer cette sensation, si particulière.

Un demi-sourire se dessine sur le visage de la cadette lorsque Zimmer acquiesce. C’est elle qui a la partie facile, pense Morgane. Un nouveau mensonge à son arc, une nouvelle pièce à réciter, où les fautes de jeux peuvent être la fin de tout. Une partie de son esprit échafaude déjà des plans, des brouillons, les runes et les mots s’enchevêtrent sans succès pour l’instant. Trois semaines, pour dresser sa plus grande œuvre, pour pénétrer la psyché de cette créature guignolesque, un nouveau monstre dans son entourage ; au moins, elle, on peut le voir du premier coup d’œil.

Ses pensées sont interrompues lorsque Alex lui tend le double des clefs. Le sourire qui se fige sur son visage est fatigué, si las d’exister. En saisissant le passe, Wuntherson réalise sa propre froideur d’âme ; son intérêt soudainement mécanique et froid. Dans les yeux sombres de la porte-plume, elle voit son visage déformé, ressemblant plus que jamais à celui de William.

« J’y manquerai pas, t’en fais pas. » Un demi-sourire également sur le visage, la jeune arcaniste salue sa camarade, avant de partir.

La porte refermée, elle prend une grande bouffée d’air, l’image de son géniteur se veut persistante dans son esprit. Après tout ces efforts pour ne pas devenir comme lui, voilà que sa curiosité s’est mue en quelque chose de plus sombre, de plus viscéral. Ce besoin de savoir, cette quête de réponse. Devant son incapacité à résoudre le puzzle de sa propre vie, Morgane ne vient-elle pas de jeter son dévolu sur celui d’Alex ?

Sans même se retourner, agrippant son sac, la jeune femme part attendre le bus, réfléchissant plus à ce qui l’a poussé à faire ça plus qu’à la manière de le faire vraiment, presque en état de panique.
Ce soir-là, elle ne répond à aucun message, ni de ses amies, ni de Virgil. Elle ne se connecte pas à son ordinateur, ni ouvre un cahier pour réviser. Ce soir-là, elle se plonge dans ce qu’elle sait de son propre père, à la recherche d’un nouvel élément le concernant. Non pas une réponse sur elle, comme Morgane le fait souvent, mais sur lui, sur sa quête de pouvoir.


Pendant trois semaines, Morgane Wuntherson va travailler d’arrache-pied à son projet, fouillant de-ci de-là sur les livres qu’Eoghan lui laisse à disposition, n’osant pas aborder le sujet. Il lui a pardonné des errances par le passé ; par faute de jeunesse, par mégarde ; mais Morgane a le sentiment que cette fois, quelque chose est différent. Le corps humain peut réagir de bien des manières, que ce soit à la non-mort des vampires, ou aux transformations des garous ; mais rien ne correspond à ce que l’arcaniste a pu constater chez Alexandra.

Pendant trois semaines, elle ne passera qu’une fois, venant frapper à la porte, mais n’osant pas se servir de la clef lorsque l’habitante ne répondra pas. Une pudeur infantile, de celle qui sait qu’elle est en train de commettre une bêtise.

Pendant trois semaines, elle va affiner le trait de ses runes, portant son schéma bien au-delà de ses compétences sur la matière. Elle fera infuser une potion dans sa propre cuisine une semaine durant, suivant un rite qu’elle ne comprend pas complètement. En trois semaines, Morgane Wuntherson quittera son statut d’innocence jusque-là protégé. Les flammes vacillent au plus noir de la nuit, lorsque les yeux de celle qui n’était qu’une enfant il y a encore peu vrillent dans leur orbite, les psaumes litaniques récités à voix baisse. Cette promesse envers Alexandra est ce qu’il manquait à Morgane pour la canaliser suffisamment afin que ses sens s’élèvent enfin.

Une nuit, presque deux semaines après son entretien avec Zimmer, Morgane prendra conscience dans ses rêves, comme elle en a l’habitude ; comme d’habitude, elle parcoure les rues bigarrées de ses rêves, et entame le chemin vers ses souvenirs. Comme d’habitude, la limite devient floue tandis que, pour cette fois, elle descend les escaliers en colimaçon, où n’existe rien d’autre qu’elle et quelques marches lui faisant face. Ne pas se retourner, pour ne pas tout perdre. Ignorer les frissons et la peur, l’obscurité toujours plus épaisse ; si dense parfois qu’elle empêcherait presque d’avancer.

L’épais rideau rouge se révèle enfin, mais n’offre aucun soulagement. Son tissu semble si épais qu’il est impossible à bouger, et le soulever ne serait-ce que de quelques centimètres est la frontière à laquelle Morgane est toujours confrontée. Cette nuit-là, pourtant, arrivant face à l’étoffe, Morgane se tient droite, galvanisée par sa dernière concoction.

De sous le rideau coule un épais liquide vermeil, mélange de ce rouge satinée et de l’obscurité implacable, brillant d’un éclat morbide. Une présence nouvelle, qu’elle reconnait immédiatement. Franchi le rideau alors cette silhouette encapuchonnée qui la terrorisait enfant, dont seule le menton et le sourire aux dents jaunâtres ne se laisse voir.

« Tu grandis si vite. » la voix de William résonne autour d’elle, écho vrillant les tympans, réveillant l’arcaniste en sursaut, trempée dans son lit. Morgane grogne, se tient le ventre qui semble grouiller, la tordant de douleur. A peine le temps d’atteindre le lavabo qu’elle vomit le même épais liquide que celui qui rampait au sol de cette pièce énigmatique. Le même luisant de ses yeux lorsqu’elle se sert de ses dons éveillés.

« Enculé. » lâche-t-elle, souriante, malgré la migraine et la douleur dans son estomac. L’avancée est gigantesque, elle peut le sentir en elle.

La semaine va passer et bientôt, elle serra à nouveau sur le bas de la porte d’Alexandra Zimmer, au Kingston Building, rassurée de ne pas être son père ; enivrée par le pouvoir et la curiosité, prête à tout pour arriver à ses fins.

L’enfance, définitivement, venait de prendre fin.

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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
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Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
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He'll appear out of nowhere but
He ain't what he seems
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On the TV screen
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Lun 5 Avr - 23:12 (#)



Moi, dans ma tour. En bas, le tartare moderne.

L’horizon était bouché. Par-delà ma fenêtre ouverte, béante sur l’immensité bétonnée des Kingston qui offrait ses contrastes ternes, du noir dévalé au gris morose, d’affiches commerciales aux éclats de couleurs criardes, d’épais nuages clôturaient le panorama urbain. Entre les ruelles sordides et les bennes à ordures aux gueules ouvertes qui s’étalaient sous mes yeux, les halls d’entrée décorés d’insultes et de motifs phalliques, un souffle d’air enfla lentement, et remonta l’immeuble pour m’apporter les senteurs d’essence, d’urine et d’ordures de plastique pourrissant sous l’œil indifférent du soleil terne. Des hurlements de sirènes lointaines montèrent en chœur avec les braillements hystériques qui éructaient de l’un des milliers d’appartements miséreux, tandis que les crachotements des moteurs mal entretenus se mêlaient à l’air vicié du rêve américain.

En haut, une nouvelle bouffée de cigarette. En bas, des rêves en chute libre.

Les volutes de tabac montèrent lentement pour se dissoudre dans l’air, en se mêlant aux lueurs évanescentes du ciel d’hiver, à la manière d’un éphémère tableau impressionniste. Un courant d’air se forma en entrant à flot par l’ouverture de mon appartement, hurla dans les interstices de la porte d’entrée, tout en se faufilant sous mon débardeur lâche, d’un noir usé, et le long de mes jambes entièrement nues depuis ce matin. Je ne ressentis aucune sensation de froid. Je n’en avais pas conscience. Les coudes appuyés sur le rebord dur, je tapai légèrement de l’index la clope entre mes doigts fébriles. Des cendres noircies voletèrent dans la brise nauséabonde, au milieu d’une odeur âcre de fumée, avant d’être emportées onze étages plus bas, vers le parking et ses voitures de misère, minuscules traits sales en contrebas de ma tour.

Trois semaines à s’inventer des contes. Trois semaines d’insomnies à tourner en rond. Trois semaines à être certaine que mon histoire finirait mal. Il était une fois, un monstre dans une tour.

Dans ce vide s’ouvrant en dessous de moi, une princesse s’était pendue par la fenêtre, le long de ce mur de béton sale, avec son interminable tresse, des liasses de factures serrées dans sa main rigide. Le prince avait fini par vendre son blanc destrier à un abattoir du coin pour s’acheter de l’héroïne, avant de faire une overdose. Putain, quelle belle histoire. Et je fixai ce néant de cet air mélancolique, absent et insomniaque, où les miasmes vaporeux de l’urbanisme dessinaient mes rêves mort-nés. Une vie normale folâtrant dans la brise nauséabonde, une tendresse formée dans un mirage de gaz d’échappement et un amour-propre noyé dans les tâches multicolore d’une flaque d’essence. Mon corps demeurait ainsi comme une enclume, courbé à moitié nu sur l’appui de la fenêtre, une main crispée sur une clope presque consumée, tandis que mes pensées avaient déjà fait le grand saut. Un choc sourd pour terminer sur une note banale. Une conclusion normale, enfin.

C’était bien là, les tourments de l’insomnie. On n’était jamais réellement éveillée, ni totalement endormie. Le monde devenait un défilé monotone de couleurs et de bruits, des copies de copies.

Allez, fais-moi rêver. Mais rien n’y faisait. La vue continuait d’absorber toute mon attention maladive, me laissant à la dérive dans une réalité entre les réalités, et saturant mes pensées d’éléments inutiles, comme un cadavre enflé à la surface des eaux. Le vide devenait une bouillie où évoluait des tâches de mélasse, une répugnante mixture où flottait des résidus d’humanité, et me voici alors, à remuer machinalement cette cuillère dans ce bain de merde. Bien associer les saveurs. Bien ajouter les assaisonnements. Je deviens totalement tarée. D’un mouvement las, je balançai négligemment le cadavre de la cigarette par la fenêtre : c’était ça la nouvelle règle de Morgane, on n’avait plus droit aux cendres sur le plancher, ni aux pelures de chair humaine sur les tapis du salon.
Tout reluisait dans ce taudis désormais. Dans la chiche lumière d’hiver, le cuir du divan diffusait ses reflets lustrés, comme le trésor oublié d’un catalogue branché, ou d’une vitrine de luxe. Sous la plante de mes pieds nus, décorés d’un vernis noir brillant eux aussi, le sol lisse couinait à la manière fausse d’une prostituée hors de prix, lustré par les passage répétés des chiffons bon marché, et du tuyau de l’aspirateur. J’avais dit adieu aux cartons de pizza terminant de retourner à l’état sauvage dans les coins de la pièce. Mes cartons aux symboles capitalistes avaient disparu, et aucun papier errant ne venait égayer la surface des meubles de mauvaise qualité, ou le plâtre abimé des murs. Une putain de boite, songeai-je en fermant les battants de la fenêtre. Comme le vent terminait de s’engouffrer dans mon dos, il souleva les parfums acides du nettoyant, du plastique trop propre et les fausses senteurs de fleurs à la con qui saturaient désormais mon espace vital.

Tout cela me donnait envie de vomir. Tout cela me donnait envie de démolir quelque chose de beau.

Mon carré de vie urbaine aseptisé avait besoin de saletés. Je me vis lancer des gerbes d’encres bien crades sur les murs. Je me vis tremper du papier toilette et le lancer sur la porte. Je me vis gerber sur les carreaux et y dessiner des smileys souriants. Je me vis repeindre la vue extérieure en noir. Presser dans tous les sens ce sale paysage de Shreveport, souiller le soleil qui faisait briller mon évier, et détruire ce mauvais conte né de mes insomnies. Lancer dans le conduit des toilettes cette journée, soi-disant importante, et tirer la chasse sur cette expérience magique, qui n’allait m’apporter aucune réponse, comme toutes les précédentes. Une chevelure bleue étouffée sous la cuvette des WC. Laisser filer les dernières attaches à la vérité dans une superbe démence finale. Se débarrasser de toute réalité, de cette quête de vérité, et de tout ce poids qui continuait à couler mon âme dans une terreur bétonnée, suffocante. Lâcher la barre, enfin. Sauter dans le vide, définitivement.

« Faisons ça, mais après avoir passé un froc. » déclarai-je tout haut à moi-même.

Qu’attendais-je encore de la vie, aujourd’hui ? Voilà cette question qui remuait dans ma tête comme un vieux fœtus conservé dans un bocal, tandis que, d’une démarche trainante, je marchai vers ma chambre, astiquée elle-aussi, pour récupérer un jean délavé. Je ne m’imaginai aucun avenir. Je ne voyais aucune issue à cette expérience à venir. Morgane allait à son tour me fixer de son air curieux, examiner mon aura surnaturelle, ou que sais-je d’autre, remuer quelques gris-gris et invoquer une ou deux divinité inexistante. Mais ensuite ? Elle me fixerait de cet air penaud de gamine ayant commis une bêtise, pour me dire elle-aussi, combien elle était désolée, combien tout cela n’avait mené à rien. Combien tout ce cinéma n’avait rien révélé du tout. Je connaissais bien cette litanie. On me l’avait chanté trois ou quatre d’affilée, sertie de bonnes intentions, de foutus sourires compatissants sur leurs visages contrits, lesquels défilaient encore odieusement dans ma mémoire.
Tout cela me laissait toutefois indifférente. Je demeurai ainsi, à mijoter dans cette boite hygiénique, comme un cafard dans son formol, à creuser le vide de mon âme. Je poussai un soupir en me regardant dans le miroir. Des cernes camouflées sous le maquillage habituel. Une silhouette dégingandée comme à l’accoutumée. Et l’absence de volonté dans mes yeux sombres, pétris d’une lassitude insondable qui ne reflétait rien, non, vraiment rien. Pas même l’envie d’accomplir cette nouvelle expérience. Pas même le besoin de revoir ma meilleure amie. J’allais faire semblant, bien sûr. Je serrai ma ceinture pour remettre mon froc d’aplomb d’un geste gracieux, bourrai tout aussi élégamment ma culotte dessous, et vissai ce débardeur sur mes épaules, un peu en biais, comme une guimauve fondant au soleil. Quant à ses yeux de mollusque sans vie, tout le maquillage du monde n’y changerait rien. Je n’étais même pas certaine que Morgane remarque la différence.

Cette histoire l’excite tellement, pensais-je, non sans ironie. La sonnette nasillarde de l’entrée m’éjecta de ses pensées, ô combien dramatique. Je n’étais plus que ça d’ailleurs. Une dramaturge qui, jour après jour, parvenait à découvrir de nouvelles métaphores pour exprimer sa dépression, et qui trainait sa noirceur comme une écharpe de boyaux vous sortant du ventre. Je ne pouvais rien changer à ces états d’âme. Noir, c’est noir. Je trainai les pieds au milieu du salon en marmonnant dans ma barbe contre cette fichue sonnette, en reniflant frénétiquement à la recherche d’une odeur de clope autour de moi, dans mes vêtements, sous mes bras ou dans mon haleine.

« C’était la peine d’lui filer des clés. »  marmonnai-je à moi-même en déverrouillant la porte d’entrée, pour faire apparaitre Morgane derrière le battant.
« Salut. »  Une tentative ratée d’effacer mon air ronchon. « On s’sert pas des clés à l’école des sorciers ? »

Je m’effaçai pour laisser Morgane entrer. Mon regard dériva machinalement vers mes pieds laissés nus sur le sol brillant, avant de revenir fermer la porte une fois la sorcière dans la place. Oh puis merde, j’me suis lavée ce matin, et elle va pas m’faire croire qu’il faut des souliers pour ça.

« Ou alors, c’est vrai ce qu’on écrit, faut clairement inviter les sorcières dans son foyer sinon elles peuvent pas rentrer ? J’sais plus si c’était ça. »

Fin sourire. Embryon d’humour qui se trémousse. En réalité, la vue de ma meilleure amie éveilla un vestige de mon humeur habituelle, celle-là même qui nous avait lié ensemble jadis, entre des écrans interposés. Cela me parut un siècle en arrière. Depuis, ma personnalité s’était lentement effritée, comme une architecture de bois brûlée par l’incendie, où ne subsistait que des cendres, et dessous les restes blanchis d’une antique structure. Quelque chose de nouveau dispersait les braises. Une main invisible orchestrait tout cela en silence, dans l’ombre absolue, et faisait patiemment s’envoler au gré d’un vent de démence, cet ancien moi, selon un dessein qui m’était encore dissimulé.

Et je tombai, je tombai.
Dans le vide, le vide.

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Mar 27 Avr - 16:00 (#)

Alexandra
&
Morgane
les diaboliques
Les journées avaient passé jusqu’à ce point, dans le temps, qui allait marquer les esprits à plus d’un titre. Morgane était une rêveuse, flânant dans les songes comme certains flânent dans les rues de la ville, n’étant à la recherche de rien de bien précis ; c’est ce qu’avait fait la jeune femme le plus clair de sa vie ; une vie qu’elle n’avait pas choisi. Depuis peu, pourtant, elle avait cessé ces flâneries, choisissant en son âme et conscience de se développer, aspirant à quelque chose de plus grand. Fut-ce ses errances nocturnes qui la conduisirent à vouloir toujours, elle ne le saurait jamais, trop occupée à penser à l’avenir. Les expériences passées ont de ça qu’elles vous construisent, mais il faut éviter de trop s’y perdre, pour ne pas sombrer dans cette nostalgie qui aspire à la mélancolie, bien plus dangereuse que n’importe laquelle des armes fabriquées par l’être humain.

Lorsque la porte s’ouvre tandis que les bras de l’arcaniste sont chargées de sacs fermées, dissimulant le matériel pour cette expérience significative. Un sourire moqueur se dessine sur le visage de Morgane à la verve incisive d’Alexandra.

« S’il y a pas de tableaux avec des mots de passe, j’suis perdue. » répond-elle du tac au tac. Le regard bleu océan parcourt l’appartement, méconnaissable. L’odeur de clope se mêle à celle des produits ménagers, à la javel, un simulacre de propreté dans un lieu à la crasse débordante. « C’est les vampires ça. Les sorcières, ça danse à poil à la nouvelle lune et ça sert de combustible lors des barbecues. » Morgane pose les sac sur le canapé. Elle se dit qu’il faudra le pousser, pour dégager le plus de place.

Sans se retourner vers celle qui avait été son amie, Wuntherson commence à ouvrir les sacs, à sortir ses affaires, des feuilles noircies à l’encre et à la plume, des bocaux, de sel, de craie, de plumes, de sang. Ce dernier, elle avait eu du mal à se le procurer. Du sang de porc, à défaut de mieux, trouver en boucherie, sous un prétexte fallacieux. Elle pose ce bric-à-brac sur le canapé, continue de déballer ses affaires, des pierres, gravées de runes minuscules, son athamé, vestige d’un père manipulateur, au tranchant toujours si fin malgré les années, un coffre minuscule contenant son autel, un bol et un calice.  

Un regard vers Alex, enfin. Lorsque Morgane la toise, elle ne reconnait pas son amie ; les deux femmes ont changé, se sont éloignées. En arrivant il y a trois semaines, la cadette pensait naïvement pouvoir retisser le lien étiolé ; elle se rend compte maintenant que ce ne sera jamais le cas. Ni elle, ni Alex ne sont les mêmes, et quoiqu’il se passe par la suite, elles ne seront plus ces amies tapis dans l’ombre, fébrile à l’idée de se voir pour la première fois, discutant de tout et de rien avec la désinvolture de la jeunesse, la candeur des innocentes.

« Tu peux m’faire brûler ça pendant que je prépare, s’te plait ? Une fois qu’il brûle, tu placeras le bouquet dessus, et quand il brulera aussi, tu te baladeras dans la pièce avec. Et ouais, t’auras l’air débile, pas la peine de poser la question. » Morgane lui tend un charbon, ainsi qu’un bouquet de bétoine, de sauges diverses, d’eucalyptus et de cèdre. Une pousse de datura, l’herbe aux fous, dissimulée au cœur du bouquet.

Une fois les affaires données à Alex pour une fumigation de fortune, Morgane repousse le canapé jusqu’au mur, libérant la place dans l’appartement. Au sol, à l’aide de la craie, elle trace sans attendre deux grands cercles dédoublés, qui se croisent.

D’autres, plus petits, qui viennent s’entrelacer aux grands, entre eux, formant un cheminement compliqué. A l’intérieur, l’enfant des rêves y recopie les runes et les sigles qui figurent sur ses notes. Morgane n’a pas toutes les nuances de ce qu’elle fait, jouant avec des forces qui la dépasse de loin ; une idée qui aurait été freiné nette par son mentor ; par n’importe quel mage plus accompli ; non pas à cause de l’échec, mais du succès, irrémédiable, incontrôlable, de la situation. Sans le savoir, la jeune arcaniste trace les cercles d’un destin qui se referme, ineffable et inéluctable, dont ni elle ni son père n’a conscience. Un grand jeu auquel tous les habitants de Shreveport jouent, victimes de la volonté d’entités qui leur sont bien supérieures.

Au croisement des plus grands cercles, Wuntherson y dépose l’autel, et par-dessus, le bol de cérémonie. Elle dresse deux bougies, qu’elle n’allume pas encore. S’éloignant, aux fenêtres et à la porte, elle dépose le sel qui doit les protéger, vérifiant que tout est bien verrouillé. Dans le cercle, elle le dépose également, en plus des plumes, d’osselets, et de divers babioles qu’utilisaient toujours William.  

Finalement, tout est prêt, il ne lui restera qu’à allumer les bougies et à verser le sang dans le bol. Elle se redresse, et observe son œuvre, fière, enivrée par l’envie, de découvrir, de partager, d’apprendre.

D’ici quelques minutes, les deux femmes sombreront dans un sommeil artificiel, elles marcheront au-delà des contrées humaines.

« T’as fini ? » demande-t-elle à Alex, pour laquelle Morgane n’a pas eu un regard cette dernière heure, trop occupée à préparer les lieux. « On va boire ça, (Morgane lève les bras, identifiant les deux fioles qu’elle vient de sortir de son sac, un épais liquide sombre à l’intérieur) et prendre place chaque dans un cercle. En quelques minutes, on s’endormira. Quand on se réveillera, on ne sera plus… ici. On sera là. (D’une main, Morgane pointe son crâne.) On va rapidement bouger là. (Elle pointe le crâne d’Alex.) A partir de là, on va avancer prudemment, à travers tes souvenirs, d’abord très récent, puis de plus en plus loin, jusqu’à trouver ce que l’on cherche. La potion va agir pendant toute la fin d’après-midi, et toute la nuit, mais je suis capable de nous extraire au besoin, et j’hésiterai pas, soit prévenue. » Le regard bleu se perds sur le visage fatiguée de sa camarade. Supportera-t-elle la potion aussi bien que Morgane ? La question s’est posée dans l’esprit de l’apprentie herboriste, habituée aux décoctions.

Ainsi, dans la fiole qu’elle tend à Zimmer, la potion est plus diluée, afin que ses effets ne soient pas aussi importants. Malgré son don naturel, la présence de la main insectoïde pousse Wuntherson à se méfier. Quelque chose dans le regard, peut-être. Toujours garder le contrôle, une phrase qui lui a été rabâchée des années durant. Peut-être est-ce simplement de la paranoïa, mais Morgane, malgré sa confiance envers Alex, n'est pas sereine au point de la placer sur un pied d'égalité à elle une fois dans le royaume de Morphée, ne serait-ce que par égo, ignare de la réalité des choses.


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Dim 9 Mai - 23:29 (#)



Une lente descente dans la folie. Un tunnel de ténèbres indifférent aux lois de la physique, s’ouvrant à la fois à la verticale et à l’horizontale, jalonné de lumières intermittentes, comme des éclats de lucidité autant que de haine envers moi-même. Je le réalisai douloureusement, et lentement. Mes pensées dérivaient désormais au fil d’un courant sans la moindre logique, comme un rat cherchant une issue dans ce boyau d’obscurité interminable, entrecoupées par des flash de couleurs, de bruits et de souvenirs improbables, issus de couches profondes de ma psyché.

Le forme n’était que le fond remontant à la surface. Ouais, tu parles.

Une odeur de vieille friture. Des dégradés de marron. Le sentiment d’étouffer. Un vertige. Un besoin de clope. Une porte fermée et une bouffée de violence.

Et l’on entendait quelqu’un me causer. Moi et ma culpabilité. Moi et ma colère. Moi et mon autre chose. C’était Morgane. Je lui avais alors ouvert la porte, créant un vent de colère qui dévala les contrées asséchées de ma conscience, sans la moindre raison, et je fis un pas de côté pour la laisser passer, en serrant férocement le loquet de métal afin de détourner mon attention. C’était bon cette douleur physique. Comme ma meilleure amie s’installait dans mon espace vitale, du moins la définissais-je encore ainsi faute de mieux, des filaments nauséeux m’entrainèrent à nouveau dans une sarabande folle, de tournis et de crépitements sentimentaux, trop éphémères pour les identifier.

Ouais, I’m going slightly mad. Mais si le fond n’avait aucune forme, que décidait-on ?

Et toujours ce vieux lino crasseux. Des mouches mortes sur un rebord de fenêtre. Un lointain klaxon. Une bonne couche de folie accumulée comme des vieilles crêpes.
Cela devenait malaisé de rester sensée. Et pour cause, sans mon rendez-vous expérimental avec Morgane (fouillons mon crâne, yes), mon quotidien se serait résumé à un enchainement de bières et de clopes contre le rebord de fenêtre, en fixant ma main immonde avec toute la sérénité d’un légume en fin de saison. Et pourquoi pas, un petit saut dans le vide ? (yeah, why not) La folie n’était rien d’autre que des vacances, après tout. On descendait marche après marche vers le sous-sol, ou vers le grenier (quelle différence ?), pour s’allonger confortablement au cœur du ramassis de merdes accumulées là durant ses années de tortures. On n’empruntait jamais directement l’ascenseur pour se prendre aussitôt pour Georges Washington, cela n’était là qu’un mauvais scénario.
Bien au contraire, ces symptômes s’installaient autour de vous d’une manière si insidieuse, et si lente, qu’ils vous semblaient alors normaux, comme un geste quotidien que l’on effectue encore et encore. Comme des délicates notes de musique sur une immense partition bien sale, laquelle ressemblait alors à une vilaine tâche d’encre, une fois griffonnée par vos soins. Un jour vous preniez l’habitude d’accrocher des notes manuscrites aux murs, et le lendemain, vous essayiez de vous découper un bras difforme avec un cutter. La douleur devenait confort. L’envers devenait l’endroit. Et vous vous sentiez bien en vous sentant mal. Vous vous compreniez en errant dans des réflexes incompréhensibles. Que je raconte mon histoire, et personne n’en comprendrait la prose.

« Ça ira, j’ai l’habitude d’avoir l’air débile. » lui répondis-je en prenant son bouquet des champs.

Des flash de couleurs. Des flash de sensations. Des hallucinations de mes yeux éveillés, qui n’allaient nulle part, et ne me conduisaient à rien.

Et me voilà dans ma cuisine, un allume-feu dans une main et la touffe de foin dans l’autre, en train de balader l’ensemble dans l’appartement, dans lequel je m’étais acharnée à virer l’odeur de cigarette. Grandiose. Quel accomplissement. Au moins, la tâche d’allumer les marguerites séchées de Morgane avait eu le mérite de m’éloigner quelques temps de mes pensées incohérentes, et cette odeur puissante me gifla suffisamment pour me ramener dans la réalité. Pour quelques minutes, au moins. Ensuite, nous irions vers le grand saut (yep, let’s go), en m’attachant les mains dans le dos, un bâillon sur le nez, et les chevilles entre elles. Avec une corde autour du cou, ensuite ? (yep, why not)
En déambulant ainsi dans le salon, comme une initiée du KKK attendant qu’on lui apporte le noir à pendre cette nuit (moi), je l’observai s’affairer et décorer mon sol d’un exercice de mathématiques. Des cercles entrecoupant d’autres cercles. Je me retins de sortir une vanne à propos de trois cercles formant une figure anatomique particulière, non par politesse ou pudeur, mais parce qu’une haine viscérale avait soudainement éclos dans mes tripes. Elle était là devant moi, cette pouffe aux cheveux bleus, en train de saloper mon parquet, nettoyé avec tant d’acharnement ces derniers jours. Cela me semblait irrationnel. Cela me semblait normal de détester celle qui me volait mes souffrances intimes, s’y ingérait avec ses affaires, et les manipulait pour assouvir sa propre curiosité.
C’était un viol, voilà. Je trainais mes pieds nus sur le parquet couinant, en maugréant des choses inintelligibles, avec ce foutu bouquet de foin en train de saturer l’atmosphère d’une odeur de gazon. Et toute cette merde, pourquoi faire au juste ? Nous n’allions au-devant de rien, d’une absence de réponse comme d’habitude, comme avec Lilas, comme avec Anaïs, comme avec Damien, comme avec chaque demeuré de Shreveport qui n’avait aucune idée de ma nature. Aucune importance. Car tout était fini désormais. J’allais finir en fossile marron-cafard en train de me morfondre sur mon bord de fenêtre, jusqu’à ce qu’une brise décide de m’emporter en contrebas, à la manière d’un vieil emballage de clope, et son étiquette cancérigène sur la tronche. Une belle morale de fin d’histoire.

La voix de Morgane m’extirpa de ma rêverie, et j’exhalai un soupir las. « J’ai fini. Ça pue comme si on avait cramé un mélange de désodorisant pour voiture, et des restes épilatoires, mais c’est fini. »

Je trainai alors mes jambes lasses, le bouquet fumant au creux d’une main encore humaine, au moins pour quelques temps, et je me plantai devant elle, avec vissé au milieu de mes orbites creuses, ce regard vide caractérisant mon cauchemar quotidien. Je l’observai soulever ses fioles couleur de vase, et son visage concentré, auquel l’une de mes folles intuitions prêtait l’ombre d’une méfiance.

« Ok, on va prendre une cuite. Faisons ça. »

Des ailes sur un carreaux sale. Un énième flash de blanc cassé. Quelque chose qui s’étalait dans l’air, comme une corole de fleurs à la texture de pétrole.

Nous demeurions quelques secondes ainsi, à nous observer mutuellement, comme deux anciennes amies, entre lesquelles l’ombre d’un odieux doute s’était insinué. Me faisait-elle encore confiance ? Lui faisais-je encore confiance ? La réalité était bien différente, à vrai dire. Je n’avais aucune confiance envers moi-même, car celle-ci s’était envolée au même titre que mon emprise sur ma conscience, et je dérivais loin de toute notion de morale, d’amitié, et de ladite confiance. Alexandra avait déjà pris des vacances. En bouclant ainsi mes valises, avec les résidus de mon humanité qui suintaient comme une vieille carcasse écorchée, un feu secret s’embrassa loin au fond de mon tunnel de folie, une flamme de plaisir envers cette méfiance qui s’éveillait dans les yeux de Morgane.

« J’te fais confiance, » lui répétai-je, mais mes mots sonnaient creux, tandis que je m’allongeai à peu près confortablement à même le sol, dans le cercle dessiné.

What a wonderful world, que d’éprouver du plaisir, dans sa propre décadence. Un rictus méfiant vous était adressé, une touche de malaise de votre meilleure amie, et le soleil illuminait votre fenêtre, comme pour vous inviter à vous y précipiter. Cela contenait un certain réconfort. Je tendis la main pour récupérer la fiole de la main de Morgane, en observant brièvement la texture moche, avant de la déboucher à mon tour, et d’en avaler le contenu sans hésitation (let’s go). Je soupirai lentement, sans faire le moindre commentaire quant à la saveur atroce, et fixai alors le plafond encore moucheté de saletés oubliées là depuis des lustres, sans un mot, sans une seule question.
Et une bonne nuit à vous. Ouais, on verra bien. Je fermai les paupières, en laissant le flot des sensations autour de moi m’apaiser tant bien que mal, le froid du sol, le rythme de ma respiration, et les battements secs de mon cœur. Ce fut un échec. Des échardes criardes se précipitaient dans ma cervelle, en transformant mes pensées en illuminations intermittentes, comme le ciel d’une nuit d’été envahie par l’orage. L’insomnie même en pleine journée. Un classique. Quand un énième soupir de lassitude sembla s’échapper d’entre mes lèvres closes, je mobilisai ma pauvre volonté pour ouvrir à nouveau les yeux, et me résoudre à observer en détail les moisissures sur mon plafond.

Or, tout avait basculé.

Les moisissures avaient changé. Désormais, celles-ci s’étalaient comme un firmament familier au-dessus de moi, illuminées par une tendre lumière d’après-midi, et entrecoupées par le battement régulier d’un ventilateur fatigué au plafond. J’y discernai aussitôt les constellations douteuses des fuites d’humidité, l’énorme tâche stellaire de la grande friture, et les derniers trous du début d’incendie au-dessus de la plaque de cuisson. Les murs défraichis de la vieille cuisine m’encadraient, ceux de mon enfance à Baton Rouge, avec ses senteurs mélangées et capiteuses de saleté graisseuse, d’épices oubliées dans les placards et de plastique brûlé par le soleil filtrant entre les immeubles.
Je me relevai dans un rêve d’ailleurs. Une douce ivresse libératrice cisaillait mes membres gourds. Je levai aussitôt ma main gauche, pour n’y voir que la chair tendre, bien humaine, et je réalisai alors lentement, que toute cette horreur s’en était allée. Une bouffée d’espoir me submergea. Mon crâne s’était allégé d’une tonne, et cette douleur sourde brûlante dans mes entrailles, cette torture permanente, mes angoisses, mes interrogations, tous mes tourments s’étaient dissous subitement. Cette atroce nausée au creux de ma vision avait disparu, et lorsque je levai les yeux pour examiner cet espace irréel, mes pensées n’étaient plus encombrées de milles parasites, comme si mon cerveau avait ainsi repris les commandes de son propre domaine, en m’offrant la liberté de réfléchir.

Je me sentis bien. Je me sentis libre. Et ce, pour la première fois depuis au moins dix ans.

Je respirai librement, enfin. J’emplis une fois, deux fois, trois fois mes poumons de cet air pourtant encrassé, mais dont l’absence de lourdeur, de ce poison de l’esprit, sublimait chaque atome. Toute à mon ivresse, je heurtai la table au milieu de la cuisine, et au fond de ma gorge, naquit presque le frémissement d’un rire béat. Je me rattrapai au plan de travail, et son évier de métal abimé, un sourire aux lèvres. Jamais en réalité, l’appartement de mon enfance ne m’avait offert un tel réconfort, et alors, sans m’en rendre compte, je commençai à faire le tour de la pièce, touchant les placards familiers, les tiroirs de bois, et les portes fermées qui conduisaient au reste de la demeure.
J’avais grandi ici. Mes horreurs avaient débuté ici. Et toutefois, une délicieuse chaleur régnait dans ce décor simple, où subsistait encore l’odeur de la médiocre cuisine de ma mère, aussi bien que les souvenirs des repas houleux ou des affrontements verbaux. Je suivis du bout des doigts les lignes des meubles. En déambulant ainsi, je pris lentement conscience de l’emprise de cette ancienne folie sur moi-même, de tous ces tourments qui avaient régné en maitre sur ma vie, me coulant dans des abysses d’angoisses. Et je respirai d’autant plus volontiers cette sensation de liberté rêveuse, ce retour aux sources romancé, bien trop idéaliste pour être réel. Mais qu’importe ! Des années de tortures m’avaient laissé avide de tendresse, de réconfort et de plaisir, si bien que je ne pouvais pas refuser tant d’allégresse, quand même bien pour l’espace d’un battement de cil.

J’étais heureuse au moins pour quelques instants.

Or, en me retournant vers l’emplacement du vieux frigo, elle était là. Derrière sa silhouette hautaine, ses cheveux noirs trop ordonnés, et son regard sévère, notre radio bon marché déversait la voix suave de Louis Armstrong. Les couplets de What a wonderful world emplissaient alors l’espace d’une ambiance surréaliste, empreinte d’une chaleur inconfortable, comme odieuse. Au-dessus de nous deux, mère et fille se faisant face comme deux chats indécis, les pâles du ventilateur couinaient lugubrement, comme pour répondre à cette radio, dont la fond sonore établissait déjà un malaise palpable autour de nous. Je la regardai, décontenancée, et elle me fixait de cet air indifférent et méprisant. Toute la cuisine semblait alors absorber la lumière extérieure, diffusant une odeur âcre de pourriture, et le mobilier prenait des allures menaçantes, d’arêtes coupantes et mordantes.

Je sentis mes démons revenir. Je ne voulais pas sombrer à nouveau. « Maman, s’il te plait… »

Tout avait été si beau quelques instants auparavant. Et maintenant, il émanait d’elle cette aura terrible, faite de craintes et de violences qui m’avait poursuivi toute mon enfance. Toutefois, à la lumière des années d’épreuves qui m’avaient échues, je ne désirais rien d’autre que le pardon d’une étreinte, ou même la chaleur de mots réconfortants. J’étais enfin prête à faire la paix avec elle.

« Maman, s’il te plait… Je… »

Mais ma mère s’avança d’un pas. Elle franchit la distance à cette allure floue et svelte des rêves, me flanquant une violente gifle, laquelle avait à son tour, une résonance tristement familière. Le choc me fit reculer soudainement. Il semblait alors que mon pitoyable pouvoir de résistance s’était lui aussi évaporé en même temps que les tourments de mon âme, et j’appréciai douloureusement toute la prodigieuse force de ma mère sur ma joue. Je levai vers elle un regard déjà larmoyant, qui traduisait une éternelle question muette : Pourquoi ? Pourquoi tu me détestes tant ?
Alors, Emma Zimmer saisit mon visage entre ses mains, m’obligeant à me redresser pour planter ses yeux, si sombres, si froids, dans les miens brouillés par les larmes. J’étais incapable de me dégager. Sa respiration lourde me balayait la bouche comme une menace implicite, et tout autour de nous, notre vieille cuisine semblait se courber dans l’espace, se refermer sur nous comme les vagues impitoyables d’une mer furieuse. Je sentis à nouveau ces terribles terreurs resserrer leur emprise.

« Maman, arrête… S’il te plait, je ne veux pas y retourner. Je n’en peux plus… Je n’en peux plus de cet enfer. »

Elle me sourit. De cette manière aussi odieuse, haïssable, et froide dont ma mère était capable. Cependant, qu’elle changea d’avis, qu’elle daigna me lancer un vestige d’affection, les bribes d’un amour maternel, et je me savais encore capable de l’aimer, malgré toutes les sévices infligées.

« Toujours aussi pleurnicheuse, hein ? » commença-t-elle, et sa voix me transperça l’âme plus que n’importe quelle lame. « Tu as toujours été une pauvre idiote décevante, une merdeuse inutile, et même encore maintenant, tu ne comprends rien à rien. »

Alors, autour de nous, les couleurs se mirent à fondre, les objets devinrent lointains, les motifs des tapisseries prirent des formes grimaçantes et cette douce lumière s’évapora lentement. Bientôt, la fenêtre s’effaça au milieu de ce flou obscur, quand les portes se muèrent en puits de ténèbres sans fond où se mouvaient des milliers de choses frémissantes aux yeux innombrables, aux pattes trop nombreuses, et le sol se mit à craquer lugubrement, comme si nos pieds écrasaient des insectes morts. Ma mère me maintenait toujours face à elle, avec cette expression dépourvue d’affection, à la manière dont on observe un banal plat de viande avariée, prête à être jetée aux ordures.

« Je ne veux pas, je ne veux pas… Je ne peux plus supporter, je n’en peux plus... » lui répétai-je encore, mais le timbre de ma voix évoquait davantage un couinement qu’une protestation.

Mais déjà, les traits d’Emma commençaient à se transformer sous mes yeux.
Cela débuta par le haut de son crâne, d’habitude si élégant, lequel devint bientôt enflé par endroit, tant étiré, comme si l’on déchirait un fragile masque de caoutchouc. Ses cheveux chutaient en cascade, faisant apparaitre à la place du cuir chevelu, une membrane à la texture huileuse, brillante sous les derniers éclats de lumière. Cette matière affreuse remuait d’elle-même, et sous cette couche d’horreur, l’on devinait des fluides corporels improbables qui palpitaient là-dessous, comme les artères d’un immense organisme se préparant à se débarrasser d’une enveloppe trop étroite pour lui. Et la transformation continua vers le front de ma mère, le boursoufflant de bulles successives, à la manière d’horribles grumeaux qui tâchaient de crever une pâte trop fine.
Mon cœur commença à s’emballer. Je me tournai vers ses yeux, si terribles mais autrefois humains, et je vis ses pupilles se scinder en leur centre, s’ouvrant comme des fruits mûrs, dévoilant alors une pulpe bleuâtre à l’intérieur, qui se solidifiait à vue d’œil pour former de nouveaux yeux globuleux. Tout son faciès semblait pris d’une vie propre. Ses joues se recouvrirent à leur tour de cette membrane souple et transparente, laissant bientôt apparaitre l’intérieur de son crâne, les veines alimentant ses organes, les fluides épais y circulant à toute vitesse et la métamorphe hideuse qui gagnait à présent l’intérieur de sa bouche. Là, des mandibules voraces à l’aspect arachnéen, translucides et rigides, transperçaient son palais, écartant ses dents en déchirant ses gencives, emportant des filaments de chair sanguinolente, en les étirant comme un atroce chewing-gum.
Je me débattis alors vainement. L’odeur était un véritable cauchemar. D’elle émanait une horrible puanteur de charogne, mais celle-ci n’était rien à côté des sons que sa transformation produisait. Des bruits de chairs se déchirant au milieu d’un concerts de gargouillis organiques, et le craquements des os du reste de son corps, dont je m’interdisais encore de contempler l’horreur totale. Son emprise sur mon visage demeurait inflexible toutefois. Bientôt, je perçus ses mains se muer en serres de chitine, et chercher à percer lentement la peau de mes joues, s’infiltrant entre mes lèvres pour toucher le bout de ma langue de leur texture froide, gluante, agitée de soubresauts nerveux, et horriblement couverte de poils minuscules comme les pattes d’une araignée.

La terreur, la folie et le choc de l’horreur me saisirent de concert. J’optai pour la seule solution qui me vint alors à l’esprit : hurler sans retenue.

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Mar 1 Juin - 8:57 (#)

Alexandra
&
Morgane
les diaboliques
Le rêve, objet de tous les fantasmes. Un univers différent, à portée de main, inaccessible, pourtant. Lorsque Alexandra boit sa décoction, Morgane en fait de même, sans hésiter. Elle aimerait se sentir plus léger, à cet instant, ne pas garder les sentiments qui l’animent enfouis, à tournoyer dans l’abîme sans espoir que peut être son cœur.

L’arcaniste ne s’allonge pas de suite, elle regarde faire, en silence désormais. Les derniers mots de son amie résonnent étrangement. Fait-elle réellement confiance ? N’est-ce pas ce même cynisme, désabusé et violent, comme une parade pour cacher sa peur de l’échec ? Les yeux d’Alexandra scrutent le plafond. Peut-être s’apprêtait-elle à vociférer sur l’échec de la décoction quand finalement, ses paupières tombèrent, lourdement, l’emportant par la même occasion vers les songes.

S’agenouillant, Morgane dévisage sa camarade au teint si pâle. Les cernes sont si creusés, les traits tirés. Dans ce sommeil, pourtant, la chair se détend un petit peu, comme le premier repos depuis des années. Un repos qui n’en sera pas un très longtemps. Ce n’est pas réellement de la pitié, que Morgane a envers Alex. Elle veut l’aider, de manière sincère, comme on veut aider les personnes qui nous ont aidés par le passé. Leur lien a été très fort, avant que tout ne parte en vrille, avant que le monde ne change, encore.

Saisissant la boîte d’allumettes dans son sac, l’arcaniste allume les deux bougies. De leur faible lueur s’illuminent les lettres gravées à même la cire. A et M. Un soupir, tandis qu’elle sent les herbes faire effet dans son corps. Elle ne pourra bientôt plus lutter. Un dernier regard vers la main, vers ce visage fermé.  Morgane comprend, ce désarroi, cette quête absurde, cette colère. Elle la comprend dans une certaine mesure. Elle voudrait dire quelque chose, mais les mots ne viennent pas, ils bloquent dans la gorge, sonnent faux.

Elle aimerait faire confiance.

S’allongeant à son tour, les mains croisées sur le ventre, la rêveuse prend une longue inspiration tout en fermant les paupières. Puis une seconde, et déjà, son esprit s’égare. S’éveille enfin ce don, si souvent détesté, l’ayant privé d’une vie banale et morose. C’est de plus en plus facile, la ligne entre rêve et réalité, de plus en plus fine.

Son esprit construit l’appartement de Zimmer de mémoire, certaines zones restent floues, vagues, mais en se redressant, Morgane sait. Les murs sont trop longs, les angles trop stupides, les couleurs, aberrantes. Cette antichambre du rêve, toujours si grotesque. Se levant, les corps ont disparus, laissés là-bas, en dehors du monde onirique. Respiration lente et mesurée, l’apprentie sorcière balaye la pièce du regard. Alexandra n’est pas là.

« Où tu es… » murmure Morgane pour elle-même. Quelques pas, vers la cuisine, vers la salle de bain. L’extérieur est sombre, comme une nuit sans lune. Elle ne distingue rien de plus que l’obscurité, balayée par une tempête, au bourdonnement sourd. S’approchant, elle sursaute quand viennent s’écraser des dizaines de mouches, qui percutent la vitre avec force dans un bruit sourd. Garder la respiration lente, le calme par-dessus tout.

Les échos d’une chanson, dans le lointain, sous ses pieds. Elle reconnait les notes d’Armstrong, diffus, distants. L’esprit de l’arcaniste réfléchit vite : elle n’est jamais plus dans son élément que maintenant. Inconsciemment, Alexandra serait partie dans ses souvenirs ? Plutôt que ce lieu sordide, aux couleurs passées, ternes, semblables à la fin des temps, elle a préféré quelque chose d’autre. Il faut maintenant la rejoindre. S’approchant de la porte, pour prendre la cage d’escalier, Morgane réalise qu’il n’y a pas de poignet, pas de loquets ni même de serrure. Ce qui ressemblait à une porte de prime abord, n'est en fait qu’une peinture difforme sur le mur, tracé d’un trait grossier à la craie blanche.

« Tu n’as aucune autorité ici. » La voix grasse de son géniteur tire sur Morgane l’expression du dégoût. Se retournant, la jeune femme se retrouve nez à nez avec son père, toujours encapuchonné, silhouette disgracieuse.

« Vous inversez les rôles, père. » crache-t-elle tout en serrant le poing. Elle peut sentir monter en elle l’envie de se réveiller, la colère tapie dans son cœur s’éveiller. L’esprit de Morgane se contorsionne, mû par une volonté qui lui a souvent fait défaut jusqu’à présent. Quelque part, ailleurs dans les rêves, quelqu’un va avoir besoin d’elle, et ce n’est pas ce fantôme qui va l’empêcher d’avancer, pas cette fois. « Votre place est dans les souvenirs. » Les ongles faisant saigner ses paumes sur le lino de l’appartement, l’épais liquide se mis à couler tel des larmes depuis les yeux de Morgane. Une lutte intestine qui fait siffler ses oreilles, qui tord ses entrailles.

S’arrachant à la pesanteur de la situation, Morgane fait un pas un avant, avec l’intention de bousculer cette silhouette irritante. Elle ne sent pourtant aucune résistante. La masse sombre semble même avoir disparue. Se retournant pour s’assurer de la disparition du souvenir harassant de son père, le sol se dérobe alors sous les pieds de Morgane.

« Rien de plus qu’un misérable insecte. » tonne la voix de William tandis que les ombres happent Morgane.

Un instant vide, suspendu de toute raison. Il n’y a nulle part où atterrir, nulle part où aller. La simple obscurité, envahissante, tandis que Morgane semble chuter sans fin. Triste fin, pense-t-elle, désemparée par le pouvoir qu’exerce sur elle un simple souvenir, le vestige du monstre qu’a été son père. L’obscurité, semblable à un trou noir, aspire tout ce qui avait été joyeux en Morgane, flétrissant les couleurs, endormissant les joies, exacerbant les peines.

What a wonderful world.

Les yeux de Morgane s’ouvrent. Dans ce torrent de mélancolie, les notes résonnent, suspendus à un temps inexistant. Elle doit se rappeler pourquoi. L’impression d’avoir su, quelques secondes auparavant, pourquoi.

Moi aussi, j’ai été une pleurnicheuse. Les sentiments l’accablent, l’impuissance, le désarroi. La peur, la colère. La haine. Une merde, vaincue par un souvenir, alors que devait sonner son heure. Leur heure. Alexandra. Trop de temps passé à pleurer, trop de temps passé à longer les murs, à craindre les sauts de voix, les gifles, la ceinture, l’enfermement.

L’obscurité ne semble plus si épaisse. Une fracture, quelque part, qui laisse entrer la lumière. Oui, elle a été ce misérable insecte, que l’on écrase du talon de la botte, dont l’on rit en arrachant les ailes. Les pupilles de Morgane virent au noir absolu, tandis que dans son corps circule la potion, le stimulant préparé, étudié, perfectionné. Le sourire qui anime son visage n’a aucune chaleur, il est la copie de ce sourire qui la faisait trembler de peur.

« Je ne crains pas les souvenirs, père. Plus maintenant. » La fracture s’ouvre de plus en plus, craquèle les murs invisibles, laisse pénétrer une lumière froide, qui éblouit l’endroit, absorbant Morgane dans sa chute. Alors qu’elle se dissipe dans la lumière, son poing se serre, dans ce qu’elle pense la direction d’où à commencer sa chute.

« J’arrive pour vous. » dit-elle à l’attention de ce fantôme qui hante son esprit. Les rouages se mettent en place, pour une nouvelle vie.

« Je ne veux pas, je ne veux pas… Je ne peux plus supporter, je n’en peux plus… » La voix n’est rien de plus qu’une supplication. La fille des rêves reconnait ce timbre de voix, alors même qu’elle ne reconnait pas les lieux. La musique est légère, mais vite noyée par le cri, inhumain, de son amie.

Poussant la porte face à elle, Morgane se retrouve nez à nez avec Alex, elle-même aux prises avec une vision qui semble sortir du plus horrible des cauchemars. La créature n’a pas réellement de forme distincte, sinon que sous les viscères et la peau détendue, on imagine tantôt des bouts de carapaces, tantôt les poils d’une mouche à taille humaine. L’odeur vient frapper les narines de Wuntherson, qui n’hésite pourtant pas à prendre une grande inspiration, se débarrassant par la même occasion de l’odeur putride.  

« Ce n’est pas réel, Alex ! Respire, concentre-toi sur ma voix ! » Morgane hurle, pour passer outre la musique, le bruit immonde des chairs qui se déchirent, des os qui craquent pour prendre la forme des pattes difformes, dont il serait impossible de donner une correspondance, tantôt aux allures arachnoïdes, tantôt courtes comme les pattes d’une mouche.

« Tu n’arrives pas à comprendre, que tu fais appel à une autre pour t’aider ? J’attendais mieux de toi, ma fille, si j’ose t’appeler ainsi. » Les yeux sombres de la créature fixent Alex, quelques-uns se détournent vers l’intrus qui vient de débouler. Les pattes s’allongent, comme si l’espace n’avait pas règles établis, venant saisir le poignet de la cadette. « Qui es-tu toi ? Peu importe, finalement. » La voix, jadis humaine, semble résonner depuis la carcasse grotesque, dont Morgane ne supporte pas la vue, se concentrant sur celle qui hurle encore.

« Alex ! Entends-moi ! Calme-toi ! C’est un putain de rêve ! C’est qu’un putain de rêve ! » L’hideuse patte continue de tirer Morgane vert l’anormale créature, dont la seconde main s’accroche à la porte que l’arcaniste vient de franchir. Se concentrant, Morgane tente d’influer sur Alex grâce à son don, à lui rappeler un élément de sa vie qui l’apaisera. Il doit bien exister quelque chose, un souvenir, une marque de bière ou de clope, qui parviendra à lui faire reprendre ses esprits.  

CODAGE PAR AMIANTE
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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
Alexandra Zimmer
NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
FULL DARK NO STARS
En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
You'll see him in your dreams
He'll appear out of nowhere but
He ain't what he seems
You'll see him in your head
On the TV screen
Hey buddy, I'm warning
You to turn it off
He's a ghost, he's a god
He's a man, he's a guru
You're one microscopic cog
In his catastrophic plan
Designed and directed by
His red right hand


les diaboliques I6cMOY6Z_o
les diaboliques R1ndMi7p_o
les diaboliques IUwhKdSP_o
Pseudo : Achab
Célébrité : Rooney Mara
Double compte : Elinor V. Lanuit, Selma Weiss
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Crédits : Nick Cave & The Bad Seeds ; Avatar par TAG
Sam 5 Juin - 19:29 (#)



La terreur, sans nuance. La terreur, sans lumière. Comme une mouche collée dans une toile. Comme une mare d’encre noir avalant les derniers lambeaux de lucidité de l’humanité civilisée dans une étreinte froide, filandreuse. Telle un poison injecté dans une plaie, elle vous dévorait vos sensations physiques, vous écorchant de vos pensées rationnelles, vous laissant nue devant l’horreur. Elle écartelait vos mâchoires, y déversant une bile de noirceur graisseuse, à la saveur amère, et vous suffoquait lentement dans une étreinte de panique. Des réflexes hystériques naissaient depuis votre cortex de primate primitif, vous saisissant les membres de spasmes désespérés, et votre corps cessait de vous appartenir, possédé et déchiré par une terreur venue du fond des âges.
La réalité du rêve s’effaçait alors. Les notions tangibles, telles les lumières, le toucher, les sons et les odeurs, disparaissaient au milieu de cette mélasse de terreur pure, face à laquelle l’esprit humain cherchait désespérément une échappatoire. Il ne subsistait alors qu’une banale enveloppe de viande, secouée par les hurlements inhumains, des mouvements saccadés et hystériques, exécutés par une cervelle débranchée, incapable d’appréhender l’abomination intolérable décrite par ses sens. La terreur vous noyait dans une marée infinie de sons odieux, de sensations contradictoires, d’odeurs insupportables et vous vous fracassiez sans cesse contre l’enclos de votre propre compréhension étroite, comme un malade mental se jetant contre un mur de béton.
Je fus réduite à l’enfant terrifiée par la venue de la nuit, à celle d’une proie étranglée dans l’étau du monstre, à une débile découvrant un univers au-delà de la perception humaine. Je l’avais oublié, cette obscurité. J’avais oublié combien il fallait la craindre. Je vais mourir, fut la seule pensée qui s’échappa de ma consciente mourante, réduite à un filet d’instincts refoulés. Et au milieu de cet agglomérat d’horreurs imaginaires qui fouissaient mon esprit comme des tentacules impossibles, je l’entendais encore, elle, avec sa voix hautaine, dont la haine me cisaillait la mémoire.

« C’est ça ta solution à tout, Alexandra ? » continua-t-elle, de ce ton terriblement moqueur qui me dévalait les veines comme de l’eau gelée. « Dénier la vérité parce qu’elle émerge des profondeurs de ton esprit, de tes intuitions, de tes visions, de tes rêves ? »

La voix de ma mère s’écoulait de "ça". De cette masse innommable de chairs humaines déchirées, de chitine brillante, de membres agités de soubresauts bestiaux, et de gargouillis abominables, lesquels suintaient de fluides tout aussi répugnants. De "ça". Je n’avais aucune autre manière de la décrire. Ces mots chutaient de cette chose sans bouche, et résonnaient dans mon crâne avec toute la cruauté d’une enfance sans amour maternelle, et tant d’incohérences, tant d’impossibles, fracturaient ma réalité en me laissant incapable de la moindre riposte, sinon ces hurlements hystériques.

« Ils sont pourtant les miroirs de ton âme, pauvre minable hypocrite. Tu refuses d’ouvrir les yeux, parce que tu as toujours été une ratée fuyant la réalité. »

Elle ne peut pas parler, elle ne peut pas parler, me répétai-je comme un mantra contre la folie. Alors, d’où naissait réellement cette douleur qui écartelait désormais mon être ? De ces horribles mandibules d’insectes qui crochetaient et écorchaient la chair de mon visage ? Ou bien de cette voix qui pénétrait mon âme, à la manière d’aiguilles invisibles et froides ? Un peu des deux, sans doute,

« Lâche-moi, lâche-moi, putain ! » hurlai-je au milieu d’une nouvelle montée de terreur, et ma propre voix semblait me parvenir de très loin, d’une autre personne qui criait à son tour.

Je fermai les yeux sous l’insupportable terreur. Je sentis alors la texture froide et lisse de ces antennes monstrueuses sonder mes paupières closes, et contre ma bouche, ses mandibules trop nombreuses cherchant à forcer mes lèvres, quand tout mon corps me renvoyait les sensations tantôt soyeuses, tantôt coupantes, de ses membres grouillants qui tentaient de m’immobiliser de leur force démente. Au milieu de mes cris, une matière gluante et chaude s’écrasa sur mon front, s’écoula sur l’arête de mon nez, et dégoulina lentement sur mes joues avant de s’accumuler dans le creux de ma gorge. Quelque chose de tiède et de frémissant, spongieux comme un ver répugnant, s’attarda contre le lobe de mon oreille, et parut s’enrouler dans les mèches de mes cheveux, en les tirant douloureusement, comme une liane folle soudainement prise de vie.
Je crus lentement manquer d’air. Au milieu de ce cauchemar, s’écoula soudainement le filet mince d’une voix familière, qui dévala mes pensées avec la force d’un seau d’eau froide. Durant une affreuse seconde, ma cervelle la rejeta d’une pichenette mentale, la classant ironiquement comme l’illusion de cette débauche d’horreur, et non comme les mots de Morgane, la seule existence réelle dans ce lieu né de ma propre mémoire. Un unique éclat de lucidité me traversa, brusque, douloureux comme un poignard de glace dans mes entrailles. Le toit, on sera à l’abri. D’une violente impulsion, je serrai férocement les paupières à m’en faire mal, en tâchant d’ignorer tant bien que mal, les milles et une sensations immondes qui rampaient sur ma chair, leurs crissements et leur atroce puanteur.

À nouveau, tout bascula.

Comme se renverserait une barrique trop pleine, le décor s’inversa soudainement, et toutes mes perceptions furent retournées, renvoyées dans une spirale vertigineuse sous la poussée de souvenirs anciens. Les chuintements de la chitine s’évanouirent, en même temps que les chatouillis de milliers de pattes sur ma peau, l’écœurante puanteur de charogne, et le poids écrasant ma poitrine, aussitôt remplacés par une vive impression de chute. Mon cœur parut manquer plusieurs battements. À la manière saccadée dont les rêves vous ballotent d’un univers à un autre, je ressentis le choc contre une surface dure, et mes sens se rouvrirent au monde, enfin libérés de l’emprise de la terreur.

Un dernier murmure m’accompagna cependant dans ma chute, tranchant, sinistre comme un mauvais présage.  « Bientôt, tu verras ce que j’ai vu. »

Je rouvris les yeux d’un seul coup. Au-dessus de moi, un ciel d’un noir d’encre me surplombait, sans le moindre nuage, tandis que les derniers mots énigmatiques de ma mère résonnaient encore à mes oreilles. Le choc des perceptions brutalement renversées m’entraina dans un court vertige, alors que la vague saveur amère de la terreur subsistait encore dans mon palais, comme un arrière-goût de vomi. Je réfrénai une brève nausée. Puis, un fugace soupir de soulagement s’échappa de mes lèvres entrouvertes, et lentement, à la manière d’une droguée fébrile, je tâchai de me redresser.

« Merde, merde, merde, merde, merde, merde… » marmonnai-je machinalement autour de moi, avant de découvrir Morgane à proximité.

En me redressant péniblement sur mon séant, mes paumes vinrent au contact d’une surface rugueuse, celle d’un bitume étrangement chaud, brûlé par le soleil de Louisiane. Une légère brise vint caresser mes cheveux trempés de sueur dans un silence absolu, amenant avec elle, l’odeur irréel de gaz d’échappements, et celle, très vague mais écœurante, du souffre.

« Putain, j’déteste mon imagination. » continuai-je en essayant de rester digne, malgré les spasmes insistants dans le timbre de ma voix.

Je tremblai encore de tout mon être. Des visions d’horreurs continuaient de traverser mon esprit sans trêve, devant mes yeux ouverts, ou bien derrière mes paupières closes, quel que soit l’endroit où mon regard se posait. À mes oreilles, l’écho des insultes maternelles persistaient, comme des échardes enfoncées dans ma chair, et déclenchaient une envie de vomir. Je me relevai finalement, tant bien que mal, la démarche hésitante et l’estomac au bord des lèvres, pour embrasser du regard le nouvel endroit où ces rêves démentiels nous avaient propulsées toutes deux.

« Ok, j’reconnais l’endroit, mais… » commençai-je sans finir ma phrase, fascinée par la vue.

Nous étions sur le toit de mon vieil immeuble. Chaque détail était fidèle à mes souvenirs, avec son béton fissuré et délavé qui craquait sous la semelle, les bouches d’évacuation rouillées, les tuyaux des climatisations, et l’issue de secours aux gonds défoncés. Je fis quelque pas vers le rebord pour mieux comprendre cette vue irréelle. En contrebas, en lieu et place d’un banal paysage urbain, s’étalaient d’immenses étendues de sable noir, dont les dunes majestueuses étaient d’une telle hauteur, que celles-ci s’empilaient jusqu’au sommet des immeubles, avalant les dizaines d’étages. Je n’aurais eu qu’à tendre la main pour en saisir une poignée, ou bien enjamber le rebord pour glisser le long de ces montagnes de sable, étrangement brillantes et lisses comme des insectes morts. Une douce chaleur m’entourait en même temps, aussi fabuleuse et malsaine que ce vent tiède, qui nous apportait les parfums d’une ville visible nulle part, tant ce désert s’étalait à perte de vue.

« J’venais ici quand j’étais petite. » terminai-je d’expliquer en fixant ces incroyables étendues. « J’prenais une chaise et un calepin pour écrire ou dessiner en paix. »

Mais le ciel concentrait toute mon attention. D’un noir aux nuances d’un gris orageux, bien plus clair qu’un firmament nocturne, l’horizon s’étalait sans limite visible au-dessus des dunes, sur lesquelles régnait une lumière ténue, semblant venir de toutes les directions à la fois. Comme évidé au beau milieu des cieux, un soleil voilé par une éclipse distribuait ses rayons rougeoyants, et son pourtour luisait d’une couleur sanguine, à la manière d’une veine palpitante. Coulant comme une larme, une unique trainée rouge descendait de l’astre en droite ligne depuis son point le plus bas, coupant le ciel sombre d’une plaie à vif, pour disparaitre derrière l’épaisseur lointaine des dunes, et des immeubles engloutis. Nous étions seules dans ce paysage lunaire. Un silence de mort enveloppait cet endroit, lui conférant une allure de fin du monde, et une impression de malaise dans le creux de mes tripes.

« J’crois que j’ai déjà vu un paysage comme ça, j’sais plus où, mais certainement pas en en vrai. On est censé pouvoir contrôler ce qu’on rêve avec tes potions ? »

Je serrai inconsciemment le rebord de béton imaginaire entre mes mains encore fébriles, totalement absorbée par la beauté morbide de ce lieu hors du temps. De ces sables émanaient une grâce visqueuse, affreuse et en même temps terriblement attirante, qui happait indéniablement mon regard à la manière d’une abime vertigineuse, où l’on désirait sombrer sans attendre.

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Mar 8 Juin - 7:18 (#)

Alexandra
&
Morgane
les diaboliques
Les liens enserrent toujours plus fort le bras de l’arcaniste. Forme monstrueuse, où parcourt la chair d’une jadis humaine, tendue comme une baudruche, cachant la chitine sombre, carapace difforme d’une créature chimérique.

La voix n’est plus que cliquetis aux oreilles de Morgane, qui ne détourne pas son regard de celle qu’elle appelle amie. Sa paupière tressaille, sous l’intensité. Elle sent qui pousse en elle une rage sourde, inhumaine. Une colère noire qui grouille, rampe sous l’épiderme, ronge la raison de celles qui la porte. Cette même haine qui habite le cœur de la mage noire, plus sombre, plus intense. Ne pas se laisser submerger, par cette incontrôlable énergie, ne pas complétement embrasser l’obscurité, s’éloigner à jamais de la lumière.

L’abime semble s’ouvrir sous ses pieds, suspendue entre une porte de sortie et le monstre qui l’agrippe, pour seule obole les cris de terreurs d’Alexandra. Elle peut sentir le sang qui s’écoule d’une narine, tandis que ses yeux virent à l’ébène. Toute son âme se concentre, elle ira jusqu’à la rupture, dans la tempête qui tourne désormais autour d’eux, tandis que les ténèbres grandissent.

Le bourdonnement d’insecte s’amplifie encore, l’appel du vide se fait toujours plus pressant. L’imagination, les souvenirs, la peur, la haine, l’incertitude, le désir d’en finir. Les sentiments frappent un à un Morgane, tandis qu’elle sent sa limite approcher.

Suspendue au-dessus de l’abysse, ses bras s’engourdissent. Refuser de chuter, à tout prix. Ne pas se laisser éloigner, ne pas se perdre. Pourquoi ? La voix vient du fond de son propre crâne. Pourquoi fais-tu ça pour quelqu’un qui ne veut pas de toi ? Le mur de son père vient se caler dans le creux de sa propre oreille, dissonance dans le tumulte qui semble s’estomper dans le lointain.

Les remarques, acerbes, reviennent. Elles s’accumulent. Ces regards, les critiques, tous ces petits commentaires qui ponctuent le parler de Zimmer, William se les approprie, les murmurent à l’oreille de la jeune femme. Tenir, coute que coute. Elle s’est engagée. Elle n’est pas son père, elle ne choisit pas la voix de la puissance égoïste. Ses yeux noircis ne quittent pas Alexandra, son corps qui résiste toujours au monstre, au fantôme de sa mère. Encore un peu, juste un peu.

- Je… vous l’ai… dit. Parler est douloureux avec ce corps qui semble sur le point de se disloquer, au risque d’y perdre l’esprit. Je… ne vous crains plus. La pression de son propre souvenir s’estompe, comme s’il avait finalement compris. La petite fille terrorisée par les intrusions mentales de son père a laissé sa place à quelqu’un d’autre ; qui aura tout le loisir de craindre de nouveaux monstres, de nouvelles colères.

Les cris se muent en mots, et Morgane le réalise en même temps que sa camarade. Elle voit ce toit se dessiner dans son crâne, comme une libération, un second souffle. Le grondement continue d’enfler depuis le gouffre qui s’étend, émanant de l’aberration aux prises avec l’ainée du duo. Un souffle chaud vient soulager l’arcaniste.

Alexandra bascule, s’éloignant de la créature démente, dont les morceaux de chitine commencent à tomber, libérant le visage d’une femme sévère, dont l’unique pair d’yeux ne se concentre que sur sa fille. La patte retenant Morgane se désagrège et sous ses pieds, le sol est de nouveau là. Titubante, se libérant de la poignée d’une porte qui n’existe plus, happée par les ténèbres, elle se libère de son don, retrouvant son regard bleuté, tandis qu’elle regarde sa camarade s’éloigner vers un autre lieu.
Le regard sévère d’Emma se tourne alors vers Morgane. Dans les yeux du souvenirs, elle n’est rien qu’un fragment du futur de sa fille, une incohérence.

- En voilà une surprise. La voix sèche fait hausser un sourcil à l’arcaniste. Qui aurait cru que finalement, c’est ce qu’il fallait à cet incapable pour comprendre sa destinée. Le goût du sang dans la bouche de la rêveuse est de mauvaise augure. Le contre-coup de cette soirée sera si violent qu’elle ne préfère pas y penser de suite. Occupée à reprendre ses forces, elle n’écoute que d’une oreille le souvenir d’Emma Zimmer, incapable de la blesser maintenant que sa propriétaire est au loin. Morgane Wuntherson, une pathétique enfant, au secours d’une autre pathétique enfant. Relevant le regard vers la mère, une expression de surprise se dessine sur le visage de Morgane.

- Comment…
 
La phrase reste en suspens, tandis que la vision d’Emma se dissipe, comme un monticule de sable soufflé par ce vent chaud.  Une douleur sourde, dans son estomac. Un haut de cœur puissant, incapable de se contrôler, laisse surgir la boue noire. Tombant à genou, Wuntherson se recroqueville. La vague de haine est si forte qu’elle semble faire bouillir ses entrailles, lui arracher le cœur de ses propres mains. L’obscurité continue de se refermer autour d’elle, dans ce monde qui n’a plus aucun sens.

Tombant au sol, le regard vide, Morgane semble mourir, avec pour seule vision le sourire sans visage de son père. Inlassable monstre, écho persistant d’un passé qui se refuse à mourir, qui porte la guerre à un autre niveau encore. La vue de l’arcaniste se trouble et puis plus rien.


Suspendue au bord de l’immeuble, Morgane contemple le paysage qui se dessine sous yeux. Ses pensées tentent de comprendre ce qui s’est passé dans les dernières minutes. Quel lien lie finalement Alexandra à sa mère ? Elle en a vu, des cauchemars, mais rarement d’une telle violence. Assise, les bras enlaçant ses genoux, la jeune femme laisse courir son regard sur les dunes sombres, qui emplissent les immeubles survivants. Le calme et la chaleur sont apaisantes.

D’un revers de la manche, elle s’est essuyé le visage du sang qui a coulé par ses narines. Peine perdue pour les coulées noires issues de ses yeux, qui ressemblent à un mascara fondue sous la pluie. Le plus terrifiant, pour Morgane, reste cette sensation au creux de son estomac. Le vide, comme s’il manquait quelque chose. Pas d’amour ni de haine, une simple indifférence.

La voix d’Alexandra lui fait tourner la tête, vers sa camarade qui semblait dormir jusque-là. Un effet de la potion, du manque d’habitude. Il faut du temps pour voyager dans les souvenirs. Combien de temps s’est-il écoulé depuis leur fuite d’Emma Zimmer ? Impossible à dire pour sûr. Le temps n’a pas vraiment d’existence ici, quelque soit la définition d’ici.

Morgane ne parle pas, elle laisse faire, parler. Un timide sourire, tandis qu’Alexandra s’approche d’elle, du bord, observant à son tour. Elle imagine sa camarade, enfant, fuyant la dureté de sa génitrice, s’isolant du reste du monde. Le toit, c’était également son lieu de fuite, mais elle n’écrivait pas, ne dessinait pas, se contentait de contempler les étoiles, de s’imaginer vivant à des années-lumière de ce monde.

- C’est un souvenir, mais pas que. dit-elle doucement, toujours blottie sur elle-même. Lasse, elle ne prend pas la peine de mentir, de dissimuler ce qu’elle sait. Il est trop tard pour penser aux conséquences. L’apprentie se demande si elle a perdu l’habitude des raclées. C’est pour fuir que tu venais ici, alors ça a servi à notre fuite. Ce n’était pas un hasard. Affronter ses peurs, ce n'est pas toujours ce que l'on croit. Tu as réussi à la surmonter, à ne pas te laisser submerger. Comme à chaque fois qu’elle rêve, Morgane ne bégaye pas, n’est pas limitée par la réalité physique de sa bouche et de son cerveau, si mal à l’aise avec les mots. Nous sommes sur ce que d’autres appellent le plan onirique ; du moins, pas entièrement. Pour y entrer complétement, il faudrait en posséder un canaliseur spécial. Autant te dire que c’est le genre de relique tu trouves pas à chaque coin de rue. Un sourire discret sur le visage fatigué de Morgane. On est donc à mi-chemin, à moitié dans ta tête, à moitié dans le plan onirique, façon de parler. C’est le plus loin où je puisse aller. Elle pousse un soupire, cherchant à regagner quelques forces. S’ils devaient retomber sur un tel gardien que Emma, Morgane n’aurait d’autre choix que de leur faire prendre la fuite. Tu peux le faire naturellement, tu le fais naturellement même. Ma potion, elle est juste là pour t’aider, comme tu n’as pas l’habitude. Si tu te concentre assez, si tu le souhaites assez, alors ça peut arriver. Elle marque une pause. Mais comme avec tous les génies, il faut faire attention à ce que l’on souhaite…

Tournant la tête, elle regarde les mains d’Alex, toujours toutes les deux humaines. Penser à la main chitineuse la ramène vers la mère Zimmer, et un frisson parcourt l’échine de Morgane en repensant à ce regard, froid et calculateur, bien trop intense ; quand aux paroles qu’elle a prononcé avant de disparaître, elles restent un mystère à part entier. Tellement de questions. L’arcaniste ne parvient pas à les formuler correctement, la dernière chose qu’elle souhaite, c’est provoquer une crise d’angoisse chez sa camarade, dont les résultats seraient probablement désastreux.

- T’sais… Elle n’est pas si terrible que ça, ton imagination. La voix de Morgane semble terne, privée d'énergie. La jeune femme laisse à nouveau ses yeux vagabonder sous le ciel sans étoile, à l’exception de l’astre tombant. Se relevant un petit peu, elle quitte le soleil rouge du regard, dévisageant Alex, tentant piétrement d'imiter le ton enjoué de Solaire d'Astora. Alors, qu’est-ce que vous en dites ? Pourquoi ne pas s’entraider sur ce chemin solitaire ? L’imitation est mauvaise, mais suffisante, pour faire voir à Alexandra là où elles ont atterri. Je crois qu’on a atteint le Kiln, ou peut-être la cité enclavée…
 
Songeuse, elle se demande s’il ne faudrait pas mieux s’arrêter là, y aller en plusieurs étapes. Puis elle se demande : serait-elle capable de revenir, si elle devait traverser à nouveau un champ d’horreur comme le souvenir d’Emma Zimmer ?

C’est peut-être pour cela, finalement, que le combat semble avoir pris fin pour Morgane. Elle n’est pas une Marquée dans ce monde. Baissant les yeux, elle se recroqueville un peu plus, se perd à nouveau dans le lointain. Non, elles n’ont jamais été celles qui devaient rallumer le Feu, apporter l’espoir n’est pas leur mission. Est-ce les lieux qui agissent ? L’absence de ce qui devrait être un sentiment ? Rien n’y fait, et la mélancolie rend chaque mouvement terriblement difficile, chaque pensée un peu plus accablante que la précédente.

Ce n’est pas de nature, pour l’enfant des rêves, de se perdre, happée par les souvenirs. La terrible noirceur de son âme, qui ronge petit à petit les songes et les aspirations, semble s’être envolée. Il n’y a rien, finalement, quand tout s’arrête. Pas de salut, de joie ni de peine. Rien d'autre que le vide. Est-ce le prix dont lui a toujours parlé William ; grand absent dans le théâtre de son esprit à ce moment. Son âme, si fracturée, à peine plus qu'un lambeau qui attend d'être oublié ? L’esprit vagabonde, plein de pensées contradictoires.  

Dans ce monde où meurt le Feu, où il n’y a plus rien à faire que d’attendre la fin de toutes choses, ne sont-elles pas libres, finalement ? Lâche, pour la première fois de sa vie, Morgane se mets à rêver de ne jamais se réveiller, que ne vienne jamais le porteur de la Marque Sombre.

Elle se prend à rêver que tout s’arrête.



Sur une autre des tours, observe William, encapuchonné. Il observe sa fille s’éloigner de ses propres démons. Les mains jointent, il se contente de regarder, une pensée vicieuse en tête. Plus qu’un écho, le fragment de qui a été son père est le gardien du secret derrière le don de sa progéniture. Il sait qu’elle ne devrait pas être là, si profondément dans la psyché de celle qu’elle appelle amie. Il n’en a cure, il est déjà mort, après tout, et lui est là, bloqué dans cet échec. Les mains jointent, il attend, que Morgane apprenne la vérité sur ses capacités, qu’elle révèle enfin la noirceur de son âme, qu’elle accepte de devenir ce qu’il a toujours voulu faire d’elle.
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Le mauvais oeil
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Thème : Witchcraft - Akira Yamaoka
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les diaboliques I2XukXq
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Date d'inscription : 27/03/2017
Ven 16 Juil - 0:03 (#)

les diaboliques
Ashes, Ashes. We all fall down.


- C'est un souvenir, mais pas que.

L'astre mort rougeoie dans un ciel aux nuances d'encre et d'orage, épinglé là dans un espace monotone et morne qui ne promet rien de plus et rien de moins que d'infinies variations de l'ennui. Sa couronne émane, aveugle et froide, un sang de lumière qui coule avec indifférence quelque part sur cette lande faite d'une poésie morbide, dunes désolées, montagnes de sable étrangement brillantes et lisses comme des insectes morts.

Le silence bruisse, coule et glisse entre les choses et les sons pour y souffler l'haleine d'un toucher glacé et parsemé de relents d'un autre âge, sans autre compagnie que cet immobilisme angoissant. Un instant, on eut dit le bruissement du vent dans les feuilles, ou le glissement d'une bande de sable qui serait venu, de très loin, froisser le vide ténu qui baigne la conversation de deux silhouettes se tenant au sommet d'un monde de béton.

Elles n'ont pas l'habitude d'être dérangées.
À vrai dire, les lambeaux de conscience qui habitent encore - vraiment ? - ces coquilles vides, subissent le bruit de cette conversation avec la violence de ceux dont les sens isolés ne se souviennent pas de la dernière fois où ils ont été stimulés.

Le feu liquide coule depuis les cieux en une rivière verticale d'or et de sang, s'exsudant de cet anneau gravé à même le ciel en un cercle de flammes qui ronfle et chuinte sous la chaleur. Si on pouvait s'en rapprocher, on entendrait ce bruit blanc qui emplit l'espace proche et on verrait ce vide qui ressemble, de loin, à une éclipse en creux occultant le soleil. Les oreilles pourraient, dans le sein de la fournaise, peut-être percevoir les vagissements informes qu'un feu seul ne saurait produire. Sous l'éclat de l'astre artificiel, les silhouettes massives de dunes brillent d'un éclat malsain et presque hypnotique. Le sable noir qui les constitue ressemble de plus en plus à des grains. Des petits nodules sombres aux reflets de pétrole et de bleu, couchés sur le dos ou sur le côté, les pattes crispées dans une raideur qui ne peut évoquer autre chose que la mort.

- On est donc à mi-chemin, à moitié dans ta tête, à moitié dans le plan onirique, façon de parler.

Façon de parler. L'odeur de gaz d'échappement se marie au béton à la perfection, conjuguant la beauté du poison avec la cruauté nue d'une structure sale et stérile. Il y a comme un second filtre de conscience qui se superpose, une couche qui vit sur un autre plan d'existence et dans laquelle le subconscient, tant bien que mal, tente d'envoyer des signaux à la part active d'une conscience endormie.

Morgane, tu l'as dit toi-même : vous êtes à mi-chemin, mais à mi-chemin de quoi ? Comme le goût de la suie sur la langue dans un air trop pollué, tu perçois l'étrangeté qui émane d'un peu partout, dans cet environnement qui ressemble à un patchwork sans queue ni tête aux éléments tirés des consciences présentes ici. Là, frissonnant sous la caresse d'un vent immobile, tu n'as pas besoin de voir les choses pour les sentir se transformer. Mais ça n'est pas comme tout à l'heure, avec la mère de ton amie, issue de ses propres délires. Non. C'est plus profond, plus lointain, et ça t'évoque le retrait de la mer précédant le silence qui suit les grandes catastrophes. Il y a, là, des parts du décor qui ne sont issues ni de toi, ni d'Alexandra. Des parts presque conscientes, grotesques, qui remuent de plus en plus, s'éveillant progressivement comme pour tâtonner l'environnement et ce qui s'y trouve, se métamorphosant subtilement.

Alexandra, cette sensation de grâce visqueuse dans laquelle ton regard se coule où qu'il se porte ne disparaît pas. Au contraire. Rapidement tu t'interroges, tant ces landes te paraissent familières et t'évoquent quelques traits récurrents dessinés çà et là dans ton passé. Les dunes luisent d'un reflet où la fascination se mêle au malaise, amas noirs de millions de petits insectes inanimés, secs et figés dans une agonie depuis longtemps achevée par l'oblitération des sens dans ce monde immobile. Dans le fond, une certitude terrible s'impose à toi, celle que tous ces insectes ne sont pas morts, mais attendent, crispés dans une position de souffrance, que quelque chose ne les réveille. Tu as beau les fixer avec attention, aucun ne bouge, si ce n'est les masses occasionnelles que fait dégringoler un vent portant des effluves de souffre et l'amer du brûlé. Mais ils ne sont pas morts, oh non, et ça a un quelque chose d'étrangement réconfortant.

Un crépuscule rouge se lève peu à peu, baignant rapidement l'ensemble du paysage d'une teinte éclatante, porté par les nuances d'une lumière si particulière, délicate et belle. Pourtant, aucun soleil ne se montre, aucune éclipse ne s'achève. Il n'y a jamais vraiment eu d'astre dans le ciel, pas plus qu'une lune. Cet anneau est une blessure circulaire tracée au couteau dans la chair du rêve, une plaie béante qui rayonne un halo de souffrances incandescentes. Les bords mutilés dégueulent une lumière liquide, une multitude de petits insectes sifflant l'agonie d'une température trop élevée et coulant dans un flot de métal en fusion. C'est une blessure purulente, qui gerbe en contrebas, toutes les secondes, un millier de millier d'âmes mortes à chaque spasme, charriées dans le fleuve des enfers sous la forme de petits insectes métalliques par une multitude de maux tous moins enviables les uns que les autres. Les dunes, elles, ne sont que les reflux entassés là de ceux qui ont été oubliés depuis des dizaines, des centaines, peut-être même des milliers d'années. Ceux qui ont eu le temps de refroidir, ceux qui ne vagissent plus. C'est le désert de la Mort, celle toujours fantasmée et crainte, une version onirique de cet au-delà pour et par lequel des générations entières se sont disputées.

Et à mesure que monte le crépuscule - ou l'aube ?, vous sentez s'intensifier la pesanteur d'une attention qui cherche, prend conscience et s'éveille, fouaille tout autour pour trouver, vous le sentez de plus en plus, ce qui trouble sa tranquillité. Un intérêt qui, à chaque battement de cœur, s'affûte un peu plus, toujours plus rapidement. Un quelque chose de vaste et de dense, qui évoque ces ombres titanesques qui ne peuvent exister que dans l'imagination et dont rien que le souffle épuise. Très vite, cette saignée de lumière encercle les dunes et les carcasses de bâtiments qui forment ce carré d'urbanité où vous vous trouvez ne laissant bientôt plus que vous et votre immeuble à baigner dans le rouge-orange d'un déclin annoncé.

Morgane, tu saisis alors ce qu'il se passe, et la chose t'apparaît avec une clarté soudaine : le paysage qui vous entoure est vivant. Vous êtes à mi-chemin entre la psyché d'Alex, le monde des rêves et autre chose. Un autre chose dont la conscience vous entoure, étrangement liée à ton amie, attirée par elle avec un inexorable écrasant, et à l'intérieur de laquelle vous faites vos affaires. Un quelque chose qui n'a visiblement rien d'humain de par son ampleur et qui, s'il lui a fallu du temps pour trouver l'origine de la perturbation que vous dégagez, est en train de vous cerner de toute son attention, psychiquement et physiquement, exerçant sur vous la poigne d'une force de volonté qui n'a pas de commune mesure, engluant vos essences dans la substance même de cette conscience aliène en un crochet qui vous prend au cœur.

Autour, les dunes commencent à se mouvoir, se mettent lentement en branle à mesure que se réveille la masse infinie des insectes métalliques qui les composent. Comme le mouvement serpentin d'un ophidien engourdi, leurs crêtes lentement se déforment, anguilles aveugles et visqueuses qui peu à peu se mettent en marche dans le courant d'un lent tourbillon dont vous seriez le centre. Un million de million d'âmes mortes mettent en branle leurs pattes métalliques pour peu à peu animer la mer de dunes qui portent jusqu'à l'horizon.

Une part de ces scarabées s'élance à l'assaut du ciel, voilant peu à peu, par flux et reflux, les environs immédiats dans ce qui prend la forme d'un vortex qui, s'il se fait menaçant, n'ose pourtant vous approcher que par intermittence. Ou par saute d'humeur. Et ce qui semblait n'être qu'un bourdonnement chaotique se révèle à tes oreilles, Alexandra, comme un langage primitif, le grésillement d'une pensée-ruche produite par l'essaim dans son ensemble. Ces vibrations portent le subtil d'instincts exprimés crument, sans subtilité de langage ni construction complexe, presque comme un enfant curieux. Ils s'interrogent. Sur vous, mais surtout sur toi, lançant ces appels à ton intention, effleurant ton existence du bout de la leur pour examiner ta réaction.

Ces choses n'appartiennent pas au monde des rêves.

Un ronflement sourd couvre peu à peu le bourdonnement frénétique des insectes, celui d'un feu de forêt qui s'approche, lentement mais sûrement, et qui enfle à mesure que s'avance vers vous le cercle de feu dans le ciel, jetant sur la scène une lumière or-sang de plus en plus saturée, allongeant les ombres et creusant les contrastes en laissant derrière lui une rivière de métal en fusion. Au travers de l'essaim qui occulte le paysage par à-coups, vous pouvez percevoir cet anneau de métal et de souffrance incandescente, couronne à proprement parler, qui surplombe même les carcasses des immeubles échoués. S'avançant avec la lenteur d'un tombeau, accompagné du vacarme lointain de gémissements étouffés, on y devine en son centre la structure lointaine de ce qui ressemble à des marches d'un métal noir s'élevant vers un trône. La lumière rend difficile la perception : est-il vide ? Sont-ce des ombres articulées par un fantasme de l'esprit ?

La venue de ce vaisseau n'est pas sans conséquences et sa seule présence influe sur son environnement. À sa proximité, en dessous et autour, les insectes mutent dans des va-et-vient, par impulsions successives : devenant tantôt des larves, tantôt des vers, tantôt des scolopendres, et ainsi de suite. C'est comme un rythme calqué sur un battement de cœur, qui s'étend puis se rétracte, rendant alors leur apparence noire et chétive aux scarabées métalliques des dunes, qui reprennent leur forme aussitôt éloignés de ce soleil en creux. L'essaim qui vole suit la même logique et s'il tend à refluer instinctivement - de peur, de révérence, de soumission, tu le sens Alexandra dans les bourdonnements qu'il émet - la partie la plus proche de l'éclipse se voit devenir toutes sortes d'insectes volants à chacun des spasmes qui la parcourt : papillons, cafards, punaises, libellules et bien d'autres encore.

Ça grouille. Partout. C'est parfois répugnant, parfois d'un beau morbide et iridescent.

Morgane, avec horreur tu perçois que cette pulsation mystique paraît s'étendre progressivement à ton amie. Par à-coups, elle mute une fraction de seconde toutes les inspirations. C'est comme si un flash oblitérait sa peau, laissant apercevoir les chairs et la pulpe, la silhouette en négatif d'une chitine en formation, l'ignoble vision d'une carapace qui dévore et déshumanise le corps. Durent ce bref instant, ce n'est plus Alexandra qui se tient debout face à l'apocalypse de feu, mais un cafard humanoïde géant.

C'est elle qui attire ce soleil de cauchemar.
C'est elle qui fixe le point focal de cette attention cyclopéenne, écrasante comme une volonté impitoyable de tuer.
C'est elle qui, enfin, perçoit le lien qui l'unit à ce soleil et à l'essaim avec la chaleur d'un retour inespéré dans une maison que l'on croyait perdue. Une maison qui te ronge de l'intérieur, mais qui t'accepte toute difforme que tu es.

Le cercle de l'enfer est désormais en vol stationnaire, à un jeter de pierre dans le ciel. Brusquement, l'entièreté de l'essaim mute en une multitude de monarques, au sein duquel un seul Phalène noir se détache, au vol gracieux et éthéré. Leur vol est exceptionnellement silencieux.

Les mots émanent alors de partout à la fois. Des insectes ? De la couronne de feu et d'or ? Directement depuis l'intérieur des crânes ?
Qui sait.

Ils ont la texture d'un vent qui flétrit, un dernier soupir grinçant que la faiblesse trahit, impérieux pourtant, avec le caractère intemporel d'une force trop primordiale pour disparaître de si tôt. Une force cruelle et qui n'a que trop l'habitude de se jouer de tout, s'exprimant avec une lenteur démesurée.

_ Quelle sorcellerie ose mener deux existences insignifiantes jusqu'à moi ?

Une seconde de silence, écrasante, qui laisse percevoir à l'esprit un fragment d'une vérité destructrice sur la densité qui rayonne ici. Si la chose a pu éprouver une certaine contrariété, une curiosité morbide l'a depuis longtemps remplacée.

_ Es-tu venu pour moi, enfant ?

Il n'est pas besoin de dire à qui cela s'adresse.


Got the evil eye. You watch every move, every step, every fantasy. I turn away but still I see that evil stare. Trapped inside my dreams I know you're there. First inside my head, then inside my soul.
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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
Alexandra Zimmer
NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
FULL DARK NO STARS
En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
You'll see him in your dreams
He'll appear out of nowhere but
He ain't what he seems
You'll see him in your head
On the TV screen
Hey buddy, I'm warning
You to turn it off
He's a ghost, he's a god
He's a man, he's a guru
You're one microscopic cog
In his catastrophic plan
Designed and directed by
His red right hand


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Sam 24 Juil - 15:56 (#)



Mère, où m’as-tu entrainé. Quel est ce monde, où tu m’as fait chuter. D’où nait cet émerveillement, auquel la terreur a cédé. Maintenant, tout est terminé. Tout est terminé. Me voilà désormais, foulant les ruines d’une vie détruite, l’œuvre de tes mains creuses et froides, de ton regard de glace, trainant derrière moi des espérances, des suppliques et des hurlements, comme les lambeaux d’un être jadis mort-né. Me voilà désormais, créature stérile dans la vallée de la mort, sans une bible dans la paume, ni le moindre sauveur à mes côtés, me vidant silencieusement des restes de mon humanité, comme les blessures béantes d’une enveloppe sans volonté. Grâce à toi, mère, tout est bien terminé.

What a wonderful world, n’est-ce pas, dans lequel tu m’as précipité, mère. Es-tu heureuse de me voir ainsi, détruite ? Es-tu satisfaite de toi ? Était-ce bien la chute finale que tu m’avais réservé ?

J’exhalai un cauchemar. Je respirai l’air mort d’un rêve. Je me tenais en silence devant le rebord de l’immeuble, comme au bord de ma vie, fascinée au lieu d’être horrifiée par ce panorama à la beauté morbide. Sur ces dunes infinies d’une noirceur brillante et visqueuse, ne soufflaient cependant nul vent de réponse, nul prémices d’une fin heureuse, et la noirceur attirante de cet astre mort absorbait toute mon attention. Une larme roula sur ma joue. Elle était brûlante comme un espoir brisé. À cette terreur suffocante succéda une sérénité bouleversante qui m’entaillait l’âme à m’en faire pleurer, et des sensations nouvelles, jamais vécues, fleurissaient spontanément au creux de mes entrailles.

Je me sentais bien, en ces lieux. Comme une vagabonde arrivant au foyer. Comme un pèlerin béni par l’idole.

What a wonderful world, en effet. Les notes de cette détestable radio maternelle continuaient de me hanter, dansaient dans l’air, et riaient de mon étonnement face à cet inexplicable soulagement. La lumière douceâtre, oh comme je l’aimais, caressait les dunes brillantes de cette couleur maladive d’un fruit pourri. Je me sentais bien. Je me sentais vide. Je me sentais sereine. Le cœur de ces lieux désolés exhalait les douces senteurs d’une fin du monde, la mort lente de toute chose, paisible et silencieuse, comme l’injection fatale d’une exécution. Le sentiment d’avoir accompli son voyage. D’avoir enfin atteint son but, et ainsi, d’attendre la fin de la lumière sous la caresse d’un vent irréel, de s’asseoir en silence, le regard vide, jusqu’à ce que les sables noirs viennent avaler vos souvenirs.
J’aurais voulu rester ici pour toujours. La réalité se mourrait, tout comme moi. Ma souffrance. Mes insomnies, mes terreurs, mon humanité. La larme sécha sur ma joue. Aucune autre ne vint.

« Je souhaite… » marmonnai-je à moi-même, suite aux explications de Morgane auxquelles je n’avais guère été attentive, mais sans terminer ma phrase hésitante. Je détachai mes mains du rebord de béton faussement chaud, et les observai sous les lueurs ténues de ce crépuscule illusoire. Je levai la tête vers ce ciel morne, où défilaient paresseusement les nuages d’ennuis, en cherchant une éventuelle vérité derrière ce firmament onirique, à étancher ma soif de réponses. Je n’y découvris aucune trace de salut. Je refermai alors mes paupières sur mes yeux brûlants de fatigue, et inspirai longuement l’air saturé des odeurs urbaines de mon enfance, avant que la réflexion de Morgane ne m’arrache de nouveau à ma méditation. J’esquissai malgré tout un faible sourire épuisé.

« T’aurais dû prendre ces cours de théâtre, j’te l’avais dit. J’sais pas pour toi, mais c’est vrai que cet endroit m’inspire la même chose que le Kiln. Une sorte de résignation réconfortante. »

Et tant qu’à avoir le choix, j’laisserai la Flamme s’éteindre cette fois-ci, songeai-je, les mains dans les poches, en tournant la tête vers mon amie. Je remarquai enfin son mascara noirâtre et dégoulinant sous ses paupières, toutes aussi épuisées que les miennes. L’horreur de ma mère, de cette cuisine enfantine, m’avait abandonné dans un état cotonneux, à mi-chemin de l’inconscience, et d’une terrible vacuité de l’âme. J’étais vide, moi aussi. Tout comme l’était ce chevalier sans nom gravissant les marches du Kiln, vers un sacrifice annoncé et une fatalité mortelle, anonyme héros tout juste bon à servir de réceptacle aux âmes damnés, et dont l’illusion d’un choix animait encore l’armure.

« Donc, on est plus ou moins à la fin. » soupirai-je en fourrant mes mains dans mes poches. « C’est pas contre toi, mais j’aurais pas appris grand-chose, en tout cas. »

Et nous voilà donc, Morgane et moi, devant la Flamme vacillante, ou dans mon cas, dans une énième impasse, sans autre solution que d’abandonner, de s’asseoir au coin du Feu mourant, tout comme admirer ces immeubles s’enfoncer dans les sables. Je scrutai l’horizon à la recherche des métaphores de ce cauchemar, celles de l’enfance avalée par ces dunes visqueuses, un morceau de moi ayant déjà épuisé toutes ses humanités, symbolisé en une fin du monde, dont l’étoffe était lentement déchirée par un trou béant. Vrai qu’il ressemble à un trou, pensai-je en levant les yeux vers le soleil noir, dont la fascinante couronne de sang captait aisément mon admiration. Était-ce une de tes vérités, mère ?
Celle d’une inévitable fatalité, de mon univers de souffrances, où devant l’absolue voracité de ces tourments, de ces dunes, il était enfin temps pour moi d’abandonner la lutte vaine, et d’accepter de laisser dans mon ombre cette ancienne vie, cette Alexandra mort-née qui agonisait dans des pleurs silencieux. Je baissai la tête vers les sables luisants, en hochant machinalement la tête, comme pour me réconforter moi-même face à cette conclusion amère, et déambulai sans mot dire, le long de ce rebord de béton effrité. Un fantôme errant sur le fil d’une abime. Je me sentis enserrée entre deux états mélancoliques, entre mon ancien cadavre, et autre chose, une Alexandra inconnue aux mains de chitine qui m’entrainait peu à peu vers une fatalité, un ailleurs dont j’ignorai tout.

Un bruissement au creux de mon oreille.

Absorbée dans mes réflexions, j’errai alors sans but vers le rebord, où la haute dune submergeait le vieux béton, et sans réfléchir plus avant, je tendis la main vers le vide, ramassant machinalement un de ces grains de sable luisants. Tout ça, c’est des bestioles ? remarquai-je en retournant l’insecte noirâtre, brillant, aux pattes figées dans l’agonie. En m’asseyant au bord de l’immeuble, je caressai du bout de l’index les crochets de cette minuscule tête, les élytres de son dos, et les antennes si délicates, comme si quelque instinct tenace de ma psyché s’attendait à le voir ressusciter dans le creux de ma paume. À l’horizon, des lueurs naissantes suivaient désormais le contour des sables, et je scrutai pensivement des yeux cette luminosité accrue, et ses brillants reflets sur les dunes.

C’est beau, me dis-je alors que l’aurore sanguinolente illuminait de teintes doucereuses les nuages errants dans le ciel, tout en faisant renaitre les reflets irisés des insectes morts. Une chaleur illusoire vint me caresser les joues, la caresse familière lors d’un matin nouveau, une si délicieuse sensation, le velours d’un baiser ou les senteurs suaves d’une fleur éphémère. J’inspirai longuement cet air délicieux, si vivifiant d’un retour chez soi, et regardai les rayons rougeâtres descendre sur la carapace de l’insecte dans ma main. Celui-ci frémit en percevant la lumière. Une exaltation muette éclata dans le creux de ma poitrine, sans la moindre raison, et me voilà, fascinée, observant la bestiole remuer les pattes, se redresser en examinant ma chair, battre des ailes puis s’envoler rejoindre le reste.

Les bruissements s’intensifièrent, comme des millions de murmures. Leurs échos rebondissaient en même temps dans mon crâne, aussi bien qu’autour de nous, des mots chuchotés dans une langue secrète, des conversations soudainement éveillées, craintives, et étouffées par l’aube étrange.

La lumière caressa les bords de notre immeuble, en éveillant un son semblable à un chuintement satisfait, et moi, assise là en attendant la naissance de la fin, je fus traversée par un frisson indéfinissable. Une attente tissée d’une sourde appréhension. Des rayons carmin effleurèrent la peau de mes bras nus, avec la délicatesse fiévreuse de mandibules frémissantes, qui déclenchèrent une onde d’appréhension dans mon ventre. Je retins mon souffle par réflexe. Quand ces lueurs mortes s’intensifiaient en irradiant les dunes de nuances pourpres, mon torse sembla devenir trop étroit pour respirer, et mon cœur se mit à battre la chamade. Je serrai inconsciemment les poings en interrogeant le ciel du regard, cherchant la source lumineuse qui baignait soudainement notre existence de ces tons mortifères, d’oranges et rouges intenses, comme l’espérance d’un fou.
Je me levai finalement. En contrebas de notre immeuble, les dunes de sable noir se contractèrent, se firent ondoyantes et mouvantes, à la manière de veines soudainement éveillées par le battement d’un cœur invisible. C’est beau, me répétai-je encore, sans oser le dire à haute voix, tant ce spectacle gracieux et visqueux m’attirait. Ces masses d’insectes furent saisies d’une pulsion de vie. J’admirai alors les millions d’ailes et d’élytres, de carapaces lustrées et d’antennes refléter les lueurs rougeoyantes en milliards d’éclats irisés, et se soulever en d’immenses filaments vrombissants qui nimbèrent alors le ciel de nuances de noir. Et notre immeuble sembla se rapetisser tant les écharpes de ces insectes volants tissaient autour de nous un linceul assourdissant de plus en plus haut, de plus en plus épais, au point de masquer l’horizon sous une nuée de couleurs sombres et palpitantes.

« C’est beau. » soufflai-je, et cette fois, j’étais parvenue à le dire tout haut malgré le vacarme.

Je tendis à nouveau la main, au-delà du bord de notre dernier ilot de béton, lequel disparaissait lentement dans cet amas infini de chitine stridulent. Des ailes et des antennes m’effleurèrent, et je fus traversée d’un violent élan de joie bizarre, comme une claque en plein visage. De ces scarabées étranges, certains vinrent se poser dans ma paume ouverte, éveillant chez moi de nouveaux frissons incompréhensibles, tandis que je fermai les yeux sous le chant assourdissant de leur vol. Au cœur de ce malstrom vivant, assourdissant presque, les frottement des ailes et de leurs carapaces, se muèrent en une tonalité familière, que mon imagination traduisait alors en éclats de voix, ou bien en notes de musique. Une citation d’un livre lu depuis une éternité me traversa spontanément l’esprit, alors que je tentai de comprendre les innombrables sensations nouvelles saturant mes pensées.
"N'est point mort celui qui éternellement dort." Et c’était vrai. Tout autour de nous dansaient ces insectes auparavant alourdis d’un sommeil de mort, qui dessinaient ces arabesques aériennes, tel un langage secret qui se dérobait encore à ma compréhension. Était-ce là aussi, une autre métaphore de mes souvenirs, de mes rêves ? Quel était ce nouveau message caché ? Je cherchai à les comprendre, en vain, la main tendue vers eux, comme un appel à l’aide vers ces colonnes miroitantes, vers ces artères d’insectes qui se contractaient autour d’un cœur aérien. Toutefois, après m’être extirpée tant bien que mal de cette transe hallucinée dans laquelle ces créatures m’avaient plongé, je me tournai vers Morgane, jusqu’à présent la seule capable de trouver un sens à toutes ces visions.

« C’est encore des souvenirs, ou des éléments de mon rêve tout ça ? » l’interrogeai-je en criant presque, pour couvrir l’incroyable bourdonnement qui nous encerclait.

Une intuition me força à me retourner. Encore une, de ces maudites intuitions. Ou bien ce terrible ronflement croissant, qui submergeait lentement les bourdonnements innombrables des nuages d’insectes. Comme une pupille apparaissant derrière ces paupières mouvantes d’insectes, s’avançait alors cet astre mort, ce trou béant cerclé de sang qui nous écrasait de toute sa masse, en nimbant les chitines des créatures de reflets brûlants. Tout l’air de mes poumons s’échappa. Je restai toutefois immobile, saisie par la majesté de ce monstrueux vide noir qui traversait l’espace, à cette vitesse inexorable et lente d’un monstre de cinéma. Le grondement devint assourdissant. Un roulement de tonnerre ou bien le hurlement d’un feu vorace qui déclenchait des mouvements violents parmi les nuées des insectes, ou bien encore, était-ce des palpitations de terreur, un recul révérencieux.
Je ne sus d’où me venait ces énièmes intuitions. Je ne l’avais jamais vraiment su. Celles-ci m’avaient accompagné toute ma vie durant, et à présent, elles dessinaient pour moi dans cet apocalypse de feu, des raisons logiques, des schémas familiers encore incompréhensibles. Le soleil m’évoquait alors un œil. Le noir insondable de sa pupille me laissait deviner des structures lointaines. Était-ce là-bas, l’endroit où Morgane ne pouvait nous mener ? Était-ce dans cette abime de ténèbres que résidaient mes réponses ? Je n’osai y croire. Je me tins simplement debout, dans l’attente, admirative de cette nouvelle création de mon imagination, du moins le pensai-je au départ, alors que mon cœur semblait subitement battre au même rythme que les palpitations violentes des essaims noirs.
Moi ? m’interrogeai-je, quand mes intuitions me persuadèrent que tout ceci, toute cette majesté, s’attardait ici seulement pour moi. Je n’osai y croire, encore une fois. Quant à ces nuées nimbées de cette grâce visqueuse, celles-ci vibraient autour de moi, autour de l’astre en approche, des pulsations vitales qui résonnaient dans mon propre cœur. Je sentais cette même sérénité m’envahir. Ce besoin si pressant d’être accueillie dans un foyer si longtemps hors de ma portée, et je tendis à nouveau les mains, machinalement, laissant les insectes en mutation m’effleurer, palper ma propre chaleur. Des scarabées, ils devinrent d’innombrables espèces volantes, dont les ailes continuaient de me toucher parfois, avant de refluer spontanément quand la présence du soleil devint soudainement écrasante.

L’œil étouffait tout. Je baissai les mains. Une crainte bizarre, presque respectueuse m’envahit, très inhabituelle pour moi. Pourtant, tous mes instincts me hurlaient désormais de tenir ma langue, d’être face à autre chose qu’une simple création de mon imagination. Une conscience écrasante.

Mais pourquoi… commençai-je à me demander, en me tournant vers Morgane, toutefois, sans oser élever la voix face au silence qui explosa soudainement autour de nous, à la manière d’un coup de tonnerre silencieux. Une ultime pulsation traversa l’essaim. Une explosion muette qui transforma alors l’ensemble en une multitude de monarques, qui nous étouffèrent brusquement de leur vol sans le moindre son. Je reportai alors mon attention vers l’astre, si proche de nous, que je pouvais à présent sentir sa chaleur étrange, et cette clameur lointaine l’accompagnant, indescriptible. Je n’osai émettre un mot. Je n’osai pas briser ce silence soudain, ni la beauté morbide qui nimbait ces millions de papillons multicolores, encore moins la majesté écrasante du phalène noir qui s’était détaché de la multitude innombrable, et dont j’admirai désormais silencieusement l’élégance morbide.

Puis, les mots me bousculèrent, avec la brutalité d’une bourrasque. Je cherchai un instant du regard leur origine, mais mon attention était inexorablement attirée par le grand phalène, quand tous mes instincts m’irradiaient de sensations incohérentes. De la terreur, au soulagement. Du bonheur, à l’horreur. De l’impatience et de la familiarité, de la rancune, du respect, et de l’incompréhension.

J’hésitai alors. « Je… Je… » balbutiai-je bêtement, pour une fois à court de répliques. Quelque part au fond de moi, une vieille Alexandra cherchait encore à se protéger de cette rencontre, de cette chose qui flottait au-dessus de moi, et de fuir des réponses qui bouleverseraient ma compréhension. Mais j’étais allée trop loin. Morgane et moi étions allée trop loin. Je n’étais pas venue pour jouer l’héroïne d’un film stupide qui résistait par simple caprice de résister. Je n’allais ni fuir, ni résister ou envoyer chier cette opportunité. Je me redressai en scrutant les nuances d’obscurité sur les ailes du phalène, et en faisant fi des derniers vestiges apeurés de mon ancienne vie, je lui répondis finalement.

« Oui. Enfin, oui et non. À la base, j’étais venue pour trouver des réponses dans mon crâne, savoir qui je suis. » commençai-je en refoulant l’amertume d’avoir été qualifiée d’insignifiante.

À quoi bon mentir, n’est-ce pas. Nous étions dans ma tête, à priori, et si mes intuitions se révélaient justes, cette conscience ne devrait avoir aucun mal à déceler mes pensées. Qui plus est, je n’en avais pas envie. Comme si un lien brûlant s’était soudainement tendu entre cette créature majestueuse, et mon âme, me poussant vers une confession dépouillée, une familiarité tant désirée.

« J’pensais pas vraiment trouver une conscience à l’intérieur de moi, mais j’ai encore ces intuitions, qu’on se connait, ou du moins, que vous êtes peut-être une partie des réponses que je cherche. »

J’affichai sans doute une moue stupide, voire contrariée. Comme ces rictus que l’on arbore sans le vouloir, quand un trou de mémoire nous assaille, ou bien qu’une explication à l’énigme nous file encore entre les doigts. Tâchant de dompter le flot de questions saturant me pensées, je tendis machinalement la main vers la nuée, et quelques monarques y grimpèrent, déclenchant des frissons froids tout au long de mon échine. Oh, et puis merde, autant tout demander.

« Mais j’comprends toujours pas. J’ai tellement de questions, j’sais pas par où commencer. Qu’est-ce que ça veut dire, enfant ? Vous êtes quoi, mon père ? On est vraiment dans ma tête ici ? Qu’est-ce que j’suis au fond ? J’ai l’impression d’être celle qui a des cartes en main, mais à qui personne n’a voulu expliquer les règles du jeu, ça me rend dingue. J’déteste être à l’écart. »

J’eus la sensation d’être essoufflée. Comme si cette existence écrasante flottant au-dessus de moi, attirait inexorablement mon âme vers elle, laquelle l’appelait en retour, et ce fil de rasoir entre nous me sciait douloureusement les entrailles, en m’obligeant à abandonner derrière moi toutes mes certitudes. Quelle importance, n’est-ce pas, mère. Cette existence de souffrance, celle que tu m’avais légué, je l’avais laissé sans remords derrière moi, dans cet appartement miteux, dans cette chair humaine, loin, bien loin de cette couronne sanglante, et du monarque qui m’appelait désormais.

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Jeu 19 Aoû - 18:43 (#)

Alexandra
&
Morgane
les diaboliques
As-tu, ne serait-ce qu’une seconde, pensé aux conséquences de tes actions ! » La voix de William tempête dans le salon de la maison. Assise, sur une chaise, l’écoute sans parler sa fille. Une création ratée, qu’il devient difficile de contrôler. Depuis son retour à la vie civile, Morgane n’a été que problèmes pour William. Son insistance pour entrer dans le clan, chacune de ses tentatives pour pénétrer les secrets bien gardé du mage noir, chaque fois plus sournoise et cruelle. Elle reste muette à ses appels, comprend pour une fois quelle est sa place dans ce qui se tient dans la maison Legrasse.

« Tu t’es exposée ! On pourrait te retrouver, et défaire tout ce qui a été fait jusqu’à présent ! Ce ne serait plus l’hôpital cette fois, mais la prison, voir pire ! » Lorsque Morgane lève les yeux vers son géniteur, il se mord l’intérieur des joues. Ce regard, clair comme l’eau de roche ; pourtant si profond, prêt à vous noyer dans la colère, elle le tient de sa mère. William sait ce que la gamine veut entendre, mais il cherche à retarder l’échéance, toujours un peu plus, éviter de trop avoir recours à l’idée qu’il a eu il y a bien longtemps déjà. Une idée, que le commun des mortels trouverait abjecte. Un moyen de contrôler au mieux sa fille, de la rendre plus malléable.

« Suis-moi. » dit-il simplement en descendant les marches vers la cave. L’odeur de la terre froide le réconforte, lui rappelle ses propres origines, ses convictions, inébranlables. L’Irae n’est qu’un moyen de parvenir à ses fins, Morgane le clou du spectacle. La voir rejoindre les rangs du clan a été une contrainte supplémentaire. D’un geste, il lui fait prendre sa place habituelle, dans un des coins. Il se saisit des ingrédients qu’il lui faut, compose l’infusion sans réfléchir. Tout est préparé, les restes de l’entrainement échoué de sa progéniture. Il peut sentir le regard de l’enfant sur son dos, silencieuse, trop apeurée de la réprimande. Il n’a pas tout échoué finalement.

« Tu voulais savoir qui était ta mère, c’est bien ça ? » Il ne tourne pas la tête en parlant, s’affaire, à ajouter de nouvelles herbes à la potion initiale.

« C’est ça. » lui répond la voix tremblante d’ébullition de sa fille.

« Toi et moi sommes ce que nous appelons des sorciers. Une lignée, où le savoir se transmet du père à l’enfant, et ainsi de suite. Notre puissance vient de se que nous apprenons, à condition d’être enclin aux arcanes. Pour ta mère… C’est un peu différent. (William toise l’enfant du coin de l’œil. Elle écoute, les yeux rivés sur lui, l’expression d’être enfin prise sérieusement.) Elle vient d’une vieille famille, qui a beaucoup voyagé. Malgré l’arrivée sur le Nouveau Monde, sa famille a continué la tradition qui était la leur. Orianne était ce que l’on appelle une élémentaliste. Une outre capable d’altérer un des quatre éléments. Pour elle, c’était l’air. (William marque une pause, se rappelant les danses qu’effectuait sa femme. Un des rares instants où il ne voyait pas en elle un simple instrument. Les courbes légères, dansantes, hypnotisantes.) As-tu déjà entendu parler des Portes de l’Esprit ? (Morgane fait non de la tête) Bien sûr que non, évidemment. (Si, mais tu l’as oublié, idiote.) Dans la culture des élémentalistes, il est possible d’atteindre un tel état de contrôle que certaines portes apparaissent. En l’occurrence, un accès au monde des rêves pour ta mère. »

Tout en parlant, William est venu à terminer la décoction pour sa fille, similaire, en bien des points, à celle que viendrait à faire Morgane des années plus tard, alors qu’elle tenterait de découvrir le secret d’Alexandra.

« Bois. » Le ton est donné sans un sentiment. S’exécute alors Morgane, sans quitter du regard son père, qui la dévisage de son dédain habituel.


L’esprit de Morgane vagabonde, dans ce lieu reculé, privé de temps. Le soleil rouge flamboie dans les cieux sombres. La fin des temps est bien plus décevante qu’elle ne l’espérait. L’explication donnée, il peut ne s’être écoulé qu’une seconde, comme des années, avant qu’Alexandra ne réponde. Les pensées de l’enfant des rêves n’ont pas de sens, tandis qu’elle se remémore des passages de sa vie. L’épuisement est à son comble, irrite chaque fibre de son être, trouble parallèle avec la paix qu’elle ressent. Une paix fragile, innocente. Comme si, dans son âme avait subsisté jusqu’alors une parcelle de lumière. Recroquevillée, Morgane sourit à peine de la remarque d’Alexandra. Oui, c’est ça, une résignation réconfortante. Pourquoi aller plus loin, quand on est si bien ici ? Pourquoi s’évertuer à vouloir lutter contre un monde qui se fiche de nous broyer ? Le regard perdu sur les dunes sombres, le sourire ne dure guère de temps, les muscles se relâchent, comme si sourire demandait un effort bien trop important.

Parfois, des formes s’esquissent, des ombres, qui s’étendent de mes pieds jusqu’au ciel. Les bâtiments tournent alors, se déforment puis disparaissent. Des cendres se mettent à tomber sur les ruines qu’il reste autour de moi. Un souvenir remonte, aussi soudain qu’inattendu. Morgane entend sa propre voix, déformée, comme si le temps avait altéré l’écho du passé. C’est donc ainsi que s’achève chacun des rêves que l’on peut avoir ; un amas de ruine, endeuillée au point de ne plus avoir l’espoir suffisant d’énergie pour rêver d’autre chose que l’agonie.

C’est faux, pense Morgane. On aura appris une chose au moins : on est aussi foutu de la tête l’une que l’autre. La belle affaire, il n’y a pas de réponses. Comme elle n’aura jamais les réponses de son enfoiré de père, comme elle n’aura jamais l’occasion de se libérer du cauchemar qui s’accapare ses plus beaux souvenirs. Maman était une mage? Le souvenir remonte à nouveau, déformé. Elle ne se rappelle pas cette scène. Elle ressent la colère de l’époque qui monte en elle, connait bien le sentiment, sans jamais avoir eu de raison. Comme une fissure, qui laisse passer pour la première fois dans sa prison, de la lumière.

Dans une éternité qui se résume à une seconde, un frisson parcourt l’échine de l’arcaniste. Ce n’est pas le vent, dont le bruissement se fait entendre sans qu’il n’y ait le moindre mouvement dans ce décor mort. Un mal, qui tord l’estomac, qui arrache une grimace. Se redressant, dans un mouvement harassant, Wuntherson se penche vers le bord du bâtiment, cherche, le moindre changement. Une peur viscérale, qui s’étend peu à peu. Une tétanie sans forme, comme le courant glacé qui remplace doucement le sang qui circule dans les veines. Le goût de bile dans la bouche, que Morgane doit contenir. Son corps, redevenu un maillon de la chaîne alimentaire, en proie à la panique intrinsèque d’un mal qu’elle ne peut pas concevoir.
Sauvage, ancien. Ennemi mortel de sa propre condition.

L’anneau rouge imprime sa marque maudite sur les iris céruléens de la jeune femme, qui comprend à peine son erreur. Il cherche, qui qu’il soit. Un pas en arrière semble à Morgane lui coûter toute son énergie, une action bien trop lourde pour son corps au bord de la rupture, dont les entrailles semblent se recroqueviller, dont les membres lui font mal de la nouvel pesanteur, comme une intrusion dont elle ne peut rien faire pour arrêter l’avancée, une charge au-delà du commun.

Puis, un en milliers de secondes simultanées, comme une presse qui vient briser le marbre d’une statue, le mouvement, bruissement d’une infinité d’âmes maudites qui s’éveillent. D’un murmure désespéré, le cri qui foudroie l’esprit. Le corps de l’arcaniste est trop faible, pour réagir promptement, et les lamentations s’élèvent en cliquetis aux oreilles de la mage. Toutes convergent vers un seul et même point, vers l’astre sanguinolent qui semble prendre plus de place qu’avant, obnubilant de sa présence le ciel mort. Morgane voudrait crier, mais comme ses mains, sa gorge reste immobile, prise dans un tourment nouveau, profond, un abysse personnel, d’où il n’y a pas d’échappatoire.

Le corps de Morgane tremble, spasmes incontrôlables, tandis qu’une danse macabre se dresse face à elle, une masse qui tourbillonne, se dresse vers la déchirure béante du Kiln autrefois attirant. Les larmes de douleurs fondent sur la peau salie de l’arcaniste, dont l’esprit recule face à l’indescriptible spectacle. Ils sont trop, à vivre là, à se présenter à elles.

« C'est beau. » entend Morgane, prise au piège, incapable de se débattre face à l’absurde puissance de celui qui s’approche inexorablement. Dans le creux de ses oreilles, l'arcaniste sent la pression du monde qui appuie, prête à l’écraser, comme un vulgaire fétu de paille.

Immonde spectacle, tandis que le temps semble reprendre son cours, rattraper son retard, faire vivre et mourir chacun des corps jusque-là inerte, ajoutant au bruissement assourdissant l’enfer des visions d’un lieu dont même Dante ne pourrait avoir rêvé. Elle voudrait répondre à celle qui l’interpelle, criant pour surpasser la cacophonie mortelle, mais la prison ne relâche pas sa prise, oblige Morgane à ployer le genou sous sa force chtonienne.

C’est ce qu’il fallait pour qu’un espace ne se crée dans les méandres des méninges de l’étudiante. Un espace reculé, jusqu’alors inaccessible, gardé par un simple rideau rouge sang. La salvation, inattendue, apportée par le plus détestables des hommes. Fermant les yeux, l’esprit de Morgane se recroqueville encore un peu plus, ne porte qu’un regard en arrière à Alexandra, dont elle voit la liberté soudaine, l’envie d’apprendre qui s’étend ; une flamme qui renaît dans l’apocalypse. Elle n’a qu’un regard en arrière, la fille de William, avant de passer pour la première fois le lourd rideau, tandis que son esprit est envahi par le déroutant spectacle, tandis que tonne la voix, sans que Morgane n’ait nul besoin d’en apprendre davantage. S’il reste encore à Alexandra des réponses à trouver, l’envahissante présence de son propre père donne assez à la sorcière pour une réponse élémentaire : Tu viens de trouver ton père, Alexandra, qui qu’il soit.

Le rideau tombe, et, avec lui, l’espoir.


Sur le rebord d’un des immeubles, le souvenir de William regarde Morgane qui tremble, s’échoue sous la puissance infinie. Il ne sourit plus, tandis que le vaisseau macabre s’avance vers le duo désormais brisé. Il sent l’esprit de sa fille qui s’approche de lui. Un dernier recours qu’il n’attendait plus. Ce n’est ni par charité qu’il accepte de la laisser passer, ni par pitié. Il n’existe que tant que sa propre enfant existe. Une barrière volage face à l’incommensurable puissance qui se dresse face à elle, et dont les chances de survie s’amenuisent de seconde en seconde.

L’enfant passe enfin le rideau, et lui disparait, appelé là où se trouve la dernière des Legrasse.


L’escalier ne semble pas avoir de fin. Morgane suit l’ombre encapuchonnée sans hésitation. Ni elle ni lui ne parlent, aucun mot n’est nécessaire. Chaque pas que fait l’enfant derrière son père la rapproche de la vérité. Les souvenirs remontent en elle comme autant de vagues qui viennent s’écraser sur les falaises surplombant l’océan.

Dans ce silence mortuaire, les escaliers s’arrêtent, et dans l’obscurité, une unique porte.

« Tu as dressé autour de moi un culte, de haine et de souffrance, mais un culte malgré tout. C’est ce que j’attendais de toi. Je voulais que tu souffres, que tu comprennes ce sentiment jusqu’au plus profond de toi. Tu es parvenue jusqu’ici car tu as cru mourir. Pas de cette mort affable que les cowan craignent, mais la véritable terreur, le désespoir le plus complet qui soit. Ce qui dort à jamais ne meurt pas, et toi, dans ton écervellement, tu l’as attiré à toi. C’est ta récompense, Morgane, pour n’être, finalement, pas complètement ratée. » Avant que la fille ne puisse répondre disparait l’ombre. Sans pouvoir mettre de mots dessus, l’arcaniste sait. Elle sait que c’était la dernière fois qu’elle voyait ce père, détesté, chimérique. Elle sent la liberté en elle, un cadenas qui se brise, des chaînes qui glissent le long de ses épaules, de ses coudes. De son cœur et de son âme.

La main sur la poignée, pourtant, la voilà prise d’un doute. Les mots de son géniteur résonnent dans son crâne, une nouvelle énigme sans solution. Au loin, très loin, au-dessus de sa tête, un bourdonnement lugubre. L’avancée spectrale d’une entité antédiluvienne. L’hésitation passe, et Morgane tourne la poignée, s’engage sur un nouveau chemin.

« Va au diable, William Legrasse. » Les mots reviennent en tête, sa propre histoire lui revient de plein fouet. Les souvenirs accaparés par le père revivent en Morgane, comme un millier d’aiguilles qui lui transpercent le crâne. La sensation que chaque racine de ses cheveux est arrachée, remplacée par une nouvelle, plus profonde, plus douloureuse.

Elle y revoit chacune des fois où William la conduisit au sous-sol, pour boire cette potion infâme, avant de lui asséner un coup sur le crâne, avant de la conduire au milieu du cercle tracé dans la terre battue, avant de lui prendre ses souvenirs, de les sceller.

Comme un livre qu’elle aurait lu par le passé, elle se remémore les pensées de son père. Elle se souvient de ce qu’elle aurait dû être. Elle n’aurait jamais dû pouvoir manipuler les souvenirs, n’aurait jamais dû pouvoir atteindre le domaine des rêves. Tout cela n’est qu’une conséquence. William, elle se souvient, voulait prendre part en son sein, lui incorporer chacun de ses souvenirs, les sceller, jusqu’au moment où il aurait remplacé Morgane, prolongeant sa vie.

La haine se meut, dans le cœur de la jeune femme. Elle devient pitié, pour cet homme, qui aura cherché à vaincre la mort, et qui l’aura trouvé dans cette fameuse nuit d’avril. Seule, dans son esprit, Morgane rit de la situation, un rire sinistre, sans espoir. Elle n’est, finalement, qu’un échec. Ses propres souvenirs mêlés à ceux de William, elle comprend finalement les cauchemars de son enfance.

Puis se heurte à nouveau la réalité. Un spasme, violent, qui stoppe le rire. Une douleur, dans le creux de l’oreille. En y passant la main, dans sa prison de solitude, Morgane y découvre du sang. Son corps ne parvient plus à tenir.

Dans ce maelström éternel, elle se souvient. Au-delà des ténèbres, le rêve perturbé, l’horreur incarnée, les souvenirs brisés. Encore au-delà, sa propre enveloppe charnelle, dont les signes se répercutent ici, dont la mort s’apprête à lui enserrer le cœur comme une vieille amie. Voilà donc la raison du dernier soubresaut de William à son égard, lui livrer la vérité, cruelle, juste avant la fin.

L’arcaniste porte un regard à ses mains, couverte de l’étrange substance noire. Le vestige des dons de son père, la bonne blague. Elle voit dans les traits de ses mains les traits de sa propre mère, à travers les yeux de William. Ainsi donc, c’est car je lui ressemblais trop que tu me détestais... Malgré tes efforts, la magie trop blanche. J’aurais pu être quelqu’un d’entièrement différent, si tu ne nous avais pas retrouvé… Le souvenir de la maison dans le désert reste en suspens un instant, puis un nouveau spasme.

La fin qui approche.

La voix d’Alexandra semble résonner au-dessus d’elle, comme si cet espace, ce dernier refuge, avait fini de s’effondrer. Les questions jaillissent dans les airs, rappellent encore une fois à Morgane l’étrange condition de leur voyage jusqu’ici. Serrant les poings, elle ferme les yeux.

Plus rien autour d’elle, tandis que dans l’obscurité, les cliquetis s’approchent.
Un brouhaha insupportable, qui la happe.


Le temps des songes, toujours, attire l’esprit en quête de savoir. Un papillon attiré dans la lumière, au risque de se brûler les ailes, de chuter comme Icare. Le corps ploie sous la pression innée, tragédie où tout se joue dans le dernier acte, chacun connaissant parfaitement son rôle ; jusqu’à ce que se réveille l’envie, de briller, une dernière fois.

Que pourrait-elle bien faire, elle, faible femme en sortie d’adolescence, face à l’incommensurable, au géniteur absolu, qui s’immisce dans les ombres, qui trompe sa torpeur pour s’enquérir de l’insignifiante fille qu’il a abandonné.

Quid de celle qui les amena là ?
A bas la sorcière ! Son rôle est joué !
Quitte la pièce, disparait du paysage,
recroquevillée comme l’enfant qu’elle est,
terrifiée par les cris de la nuit.

Ah ! Malheureuse !

Elle a fait son choix, ainsi baissée, tandis que la mutine interpelle, hurle ses questions dans la cacophonie de la fin des jours. Ses pensées tambourinent, dans l’enfer de son crâne. Le rythme lent de son cœur qui s’arrête se fait entendre. Le temps existe désormais, et se compte sur les doigts d’une main, tandis que chaque seconde s’étire à l’éternité, que les scolopendres meurent et vivent en un battement de cil.

A travers les échos sinistres de la vie et de la mort qui s’entremêle en une danse honnie, Morgane a fait son choix ; William a fait son choix. Elle sent battre son cœur à l’apogée d’une triste vie, libérée dans l’absolu de l’onirisme. Un état passant, qui ne saurait lui offrir un avenir radieux.

Le corps est toujours lourd, mais l’esprit s’est libéré de sa prison de terreur. Il a accepté la blague. Que pouvait faire Liliana face à Bolas ? David contre Goliath moderne, l’illusion du choix. Un sourire, las, dans l’esprit, qui ne s’imprime pas sur le visage bloqué de l’arcaniste d’étain.

Il n’y a aucune limite, après tout, dans le monde des rêves. La dernière frontière est celle que l’on s’impose ; alors ainsi soit-il. Il faut y croire pour que cela devienne réel, s’abreuver du savoir des anciens, des souvenirs en bataille qui jonchent l’esprit brisé.

Au loin, trop loin pour l’œil humain, et si proche pourtant, déformation de ce monde sans loi physique, dont le seul astre incarne la mort, Morgane décide de tout arrêter. Elle ne peut lutter, alors elle offre l’abnégation. S’il n’y a rien, alors l’existence est vaine.

Au loin, il n’y a plus d’horizon déjà, seulement l’obscurité fatale, le néant des esprits errants.

Si proche, dans son souvenir, ses mouvements étaient libres ; alors la voilà libérée. Une liberté fantasmée, elle attend presque que son géniteur ne se présente, ne rit de la situation désespérée ; cela n’arrive pas, car il n’est plus et le souvenir est trop diffus dans ceux de Morgane. Ne sont-ils, après tout, pas un seul être ?

« C’est leur jeu de nous mettre à l’écart. » La voix tressaille, à travers le corps de chair qui commence à s’évaporer. « Ils n’expliquent jamais les règles, car ce serait nous donner trop d’importance. » Double voix, qui s’entend depuis les lèvres qui s’articulent avec difficulté. Deux souvenirs, qui ne correspondent pas, qui s’associent, se nient l’un l’autre. L’arcaniste lève les yeux sur l’engeance, incapable de regarder à nouveau le vaisseau et ses colonnes chitineuses. « Ils ne donneront jamais les réponses, car nous pourrions gagner. Ils ne les donneront que s’ils pensent que nous avons perdu. » Un rictus déforme le visage de l’enfant maudite, l’expérience ratée.

Les pensées se mêlent l’une à l’autre dans le rêve, tant et si bien que tout se corromps. Morgane, à ce moment-là, n’existe plus en tant que personne ; elle n’est qu’un rêve. C’est forcément cela, la vérité : tout cela n’est qu’un rêve, une divagation de ses pires cauchemars.

« On s’en va, Alexandra. » Le duo de voix parle à la manière d’un homme sévère, dur avec sa fille depuis la naissance, la privant de l’amour d’une mère, l’éloignant de la lumière volontairement. « Tu peux venir, tu peux rester, je m’en moque. » Les iris bleus se teintent, à nouveau, tandis que le rêve incarné oublie la présence de l’intrus, ce grand seigneur ne peut exister si elle ne le regarde pas. Rien ne coule cette fois-ci, tandis qu’une des pupilles virent à l’obsidienne, tandis que la seconde s’efface, ne laisse que le blanc de l’œil.

Un équilibre, entre deux êtres, deux rêves, deux souvenirs.  
Un cœur qui bat, dans le lointain, une respiration, qui s’efface,
au même rythme que s’effacent les bâtiments, tandis que l’horizon
n’existe plus et que les bâtiments s’oublient.

Bientôt ne restera plus

Que ce ciel mort

Et le vaisseau qui porte

L’infernal passager

Tandis que la mort s’apprête


Le souffle court


Le rêve qui prend fin


Un rire cristallin


L’enfant qui pleure



Une



Tempête



Qui



Gronde




Alors que




Les souvenirs




S’effacent




Et que






le cœur





s’arrête.

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