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FOR ALL I HAVE IS A HEART UNSURE IF EVEN TIME CAN MEND ~ ft. Sumirelli

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Ven 13 Nov - 0:52 (#)

FOR ALL I HAVE IS A HEART
UNSURE IF EVEN TIME CAN MEND
You in the dark, you in the pain, you on the run.
Living a hell, living your ghost, living your end.
Never seem to get in the place that I belong. I don't wanna lose the time to come. Silence is not the way.
Mars 2019.

Le silence hurle une immobilité qu’il ne maîtrise pas, aux antipodes de ce qui se rue de tous côtés en lui. Les interrogations, les doutes, les réponses à la fois trop sûres et trop engluées dans un parfum de dérisoire. Ces certitudes difformes qu’il conserve dans la mémoire obscène de l’étreinte, claire – aussi lumineuse que l’aurore – comme si elle avait eu lieu dans les minutes précédant sa pose statique dans la salle d’eau du havre qu’il partage avec la petite. Face à ses questions timorées, il a dû composer des demi-mensonges. C’est juste le boulot. Des trucs qui trottent dans la tête. Sans importance. Bientôt réglés.
Bientôt.
Il se l’est promis en évitant de croiser son propre regard dans le miroir, quand la morsure du souvenir se faisait trop prégnante et qu’il devait ruser avec lui-même pour ne pas se laisser aller avec l’onde d’élancements fantomatiques. L’envie de revivre les heures dérobées à l’amère réalité. Vorace. Persistante.

À force qu’il la ressasse, le matin s’est levé cent fois au moins sur cette promesse impossible à tenir. Sur le désir étouffé et jamais assouvi de prendre à nouveau le chemin de sa délicieuse perdition. Tu y retourneras. Le refus tenace se heurtait à la prophétie que l’Autre murmurait en parant ses griffes, patiemment. D’abord attaché à la vanité du serment fait au maître et puis, peu à peu, mâtiné de la crainte de voir surgir l’horreur dans la relative tranquillité de la routine, qu’il maintient par-devers la menace de sentiments estimés malvenus.
De loin, il la contemple, malgré tout. Il admire secrètement le mirage de ce qu’elle a laissé sur sa peau – une signature interdite, un présage trop tôt déchiré par la lame froide d’une indifférence plantée en lui aussi sûrement qu’un poignard vicieux. Inattendu. Incompréhensible.

Il n’est pas de ceux qui savent s’accommoder de demi-mots et de déceptions injustes. Aux premières retrouvailles il a présenté la volonté de faire comme si ce n’était rien. Qu’il était possible de continuer ainsi, sans s’expliquer, sans s’appesantir. Il voulait croire qu’il était possible de détourner les yeux de la plaie et qu’elle se refermerait seule à la faveur d’un placebo convenu. La raison. La mesure. La retenue.
Ça tire. Ça démange. Ça s’infecte, au poison de la lune croissante. Bientôt, il se l’était promis, tout ça ne serait plus rien en lui qu’une vague résilience, avant de disparaître tout à fait. Parce qu’il ne voulait y voir que du beau, que quelque chose qui l’avait adouci et serait dévoré par la Bête mesquine, habituée à se repaître de tout sauf de ce qui lui fait mal. Oui, elle t’a fait du bien, plus que ses sœurs avant elle. Tu l’as aimée pour ce qu’elle t’offrait d’espoir le temps d’une parenthèse. Mais c’était un piège tendu par toi et pour toi, et tu t’es empêtré dedans, et tu te sens gangrené maintenant parce que je te laisse te débattre et saigner plus encore – pourquoi est-ce que je t’en délivrerais ?
La peau sous ses mains et les mains sur sa peau, il ne pouvait les oublier. Leur chaleur conjuguée le rendait transi de froid et la délectation de ses trésors le rendait affamé. Les nuits se succédaient sans jamais ouvrir la voie aux lendemains enfiévrés, prisonniers du déni, des faux-semblants affichant que rien n’avait perturbé la surface tranquille d’une eau où ne nageaient plus les sirènes qui l’avaient fait captif de leurs chants. Aux voix qui s’étonnaient de quelque chose, il répondait avec une certaine sincérité que Sumire s’était simplement éloignée de lui comme elle demeurait distante avec tous, qu’il ne le comprenait pas, et qu’il ne voulait pas en faire trop de cas. Parce que c’était la triste vérité.

Et pourtant, la pugnacité, cette vieille amie jamais perdue de vue, le faisait languir chaque jour un peu plus. Il lui devenait impossible de demeurer ainsi, et il sentait au creux des sens bestiaux qui grandissaient, avec les lueurs de l’astre chaque nuit plus livide, que s’il n’arrachait pas les points mal ficelés de la tranchée suppurante sous ses côtes, un pire châtiment pouvait s’abattre sans qu’il y puisse rien opposer.
Il a pris une décision, finalement. Il a demandé à prendre une soirée précise sur un faux prétexte, peut-être parce que malgré tout, il espère encore. Même à lui-même, il se ment, songeant que quoiqu’il advienne, rien d’autre que du positif ne sortirait de tout cela. Peut-être une douleur cuisante, mais nécessaire – il s’en accommoderait cent fois mieux que de l’indécision pourrissante qui s’étalait. Peut-être l’oracle de félicité tiendrait-il parole – il n’osait s’attarder sur cette possibilité trop belle pour lui. Ou peut-être devrait-il abattre un couperet définitif, et gérer les conséquences de l’hémorragie sans compassion – il priait Dieu que ce ne soit pas le cas.

Il a fait un choix, il a pris sur lui, et il est passé acheter une bouteille.
Parce qu’il n’y va pas dans l’optique de brutaliser celle qui lui a ouvert sa porte une première fois. Au contraire, c’est avec toujours cette pointe de regret qu’il marche, cherchant dans les pulsations encore sages de son myocarde la confiance qui manque à son mental ébréché, réfutant la présence de l’inquiétude d’avoir mal agi, d’avoir lésé sans le vouloir, d’avoir empiété là où il n’avait jamais eu sa place. Les deniers sacrifiés pour l’enterrement de la hache de guerre ne lui sont aucunement douloureux quand il empoigne, à travers la pudeur toute américaine d’un sac en papier, le précieux vin de riz qu’il se sent redevable d’avoir consommé la première fois. Le pire, c’est qu’il en aura fait, de la route, pour le dénicher avec la peur de se tromper, dans son infinie ignorance d’une culture à laquelle il n’entend rien. Avec, aussi, l’ambition mal contenue d’en découvrir d’autres nuances.

Les derniers brins de tabac se consument dans un éclat copiant les couleurs du crépuscule pas encore achevé, et c’est au moins le quatrième mégot victime de sa nervosité qu’il lâche sur le bitume du quartier mille fois arpenté en tous sens et par tous temps. Les débris de l’asphalte jamais entretenu crissent sous sa semelle alors qu’il achève de compter les minutes indécises qui le tiennent à une dizaine de mètres de la porte de l’immeuble. Il ne veut pas s’annoncer, et patiente encore jusqu’à ce qu’une autre habitante du lieu entre, pour lui laisser la voie libre vers les étages.
Son pas lui semble d’une lourdeur pachydermique – plus encore qu’à l’ordinaire – sur le parquet recouvert d’un lino rayé qui en a pourtant vu d’autres. Mal à l’aise, il se retient de renouer avec l’hésitation qui le tenaille depuis des jours. S’agrippe à sa résolution. Car, confiant dans la vertu de son initiative, il l’est : pas de doute là-dessus. Sur ce qui l’animera une fois la machine lancée, en revanche, il n’a aucune visibilité, et c’est sans vouloir se l’avouer qu’il en conçoit le dérangement.

Nulle respiration profonde. Nulle seconde superflue. Il frappe à la porte et range d’un grand coup de balai son insécurité latente dans un recoin perdu de son crâne. Pas ce soir.

Elle croira peut-être qu’il ne fait que passer. Qu’il s’est approché du lieu de perdition de manière opportune, qu’il n’a pas l’idée de s’éterniser car sa vigie l’attend juste un peu plus loin. Peut-être qu’elle ne posera pas de question et qu’il devra se débrouiller pour faire passer cette seconde intrusion d’une manière plus douce que ce dont elle aura forcément l’air, saké ou pas.

Pas ce soir, bon sang. Il lève les yeux vers le haut du chambranle, engueulant intérieurement le tocard peureux qui tente de lui souffler l’envie de déguerpir, alors qu’il se sait légitime.

Et la porte s’ouvre.
Les iris boisés s’abaissent. Rencontrent les amandes d’onyx qu’ils ont plus d’une fois cueillies pour lui parler avec plus d’éloquence qu’aucun verbe ne le permet.
Ils parlent encore, malgré lui, quand une part de son être frémit de la revoir ainsi abandonnée à l’intimité de son refuge, défaite des atours de la belle de nuit, et si désirable pourtant.
Sans que le sursaut de conscience s’y expose, il lève le présent de sa senestre.

« J’viens en paix. »

Les lèvres pincées esquissent l’orée d’un rictus un peu contrit.

« T’as un peu d’temps pour discuter ? »

bat'phanie • #898961
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Ven 13 Nov - 1:46 (#)


FOR ALL I HAVE IS A HEART UNSURE IF EVEN TIME CAN MEND
Voilà des jours, des mois, et peut-être au plus loin que je me souvienne, voilà des années que je rêve de dire à cet homme : j’aimerais vous parler, et entrer chez vous quelques heures, pour rien, pour bavarder.
Je ne le fais pas.

L'allumette craque, soufflant son éclat orangé, tremblant dans l'atmosphère où seul son souffle s'étiole. La pointe langoureuse vient lécher l'extrémité d'une tige d'encens, rituel quotidien, dans lequel elle s'enveloppe. Par besoin. Une pulsion viscérale appelant à un lien avec ceux qu'on ne peut plus entendre et qui se confient, parfois, à son oreille. Mais aujourd'hui, le volume s'est abaissé, assez pour qu'il ne reste que des murmures aussi délicats qu'une eau ruisselante qu'on entend au loin, étouffée par la broussaille qu'elle a laissé pousser, par la brume qui sillonne son esprit. Sourde pour n'écouter qu'une seule âme espérée mais ne venant jamais. La fumée s'envole, dansante, l'hypnotisant un instant, laissant venir un moment d'apaisement alors qu'elle s'accroupit face à l'autel de fortune où bougies et boîtes d'encens s'amoncellent, le bois pigmenté des joyaux de pierres que la caresse du soleil à travers la fenêtre aide à faire pétiller. Aucun bruit alentour n'arrive à l'arracher à l'observation salvatrice, se laissant lentement noyer par les vagues nostalgiques ramenant avec elles des débris de souvenirs lui écorchant l'âme. Dans ces instants de pur silence où elle n'entend que le flot douceâtre de sa respiration, faisant fi du reste, elle aspire à revenir à son Ailleurs, souffrant des racines qu'elle s'est arrachées sans avoir le temps de laisser cicatriser. Même maintenant, elle continue de saigner.

Soupir, une expiration bienvenue avant qu'elle ne ferme brièvement les yeux, relâchant les muscles qu'elle sent toujours aussi crispés. Des semaines à vivre sous le joug d'une tension qui refuse de desserrer ses chaînes, étranglant ses moindres mouvements. L'apnée a finalement repris. Ne rien sentir, ne rien voir, ne rien entendre et simplement sourire en ignorant que les poumons ne se gonflent plus que par automatisme, syndrome d'un traumatisme sanglant, un érotisme avorté par sa faute. Les maux sont là, purulents et irritants. Sumire ne les touche pas, ne s'y aventurant que quand revient l'heure d'une énième rencontre avec l'aube d'un sommeil qu'elle peine à trouver, rejouant les heures précieuses où, enfin, elle a su reprendre son souffle. Et parfois, elle manque de totalement y retomber derrière ses paupières closes, laissant revenir les spectres de caresses bienfaisantes que la peau a retenue, ses lèvres empreintes d'un passage qu'aucun n'a été autorisé à effacer. Au fond, elle en chérie l'endroit sans oser y laisser courir les doigts, comme pour ne pas en profaner le souvenir persistant. Mais bien avant la chute, elle se rétracte, flagellant la conscience de sa bêtise, serrant les dents et les poings pour porter son attention sur la douleur et rien d'autre.

Ils sont amers les regrets, deviennent poisons sous la péninsule et puis acides, aigres, lui offrant une nausée persistante. Même ici, un soir où elle n'aura qu'à rester papillon dans son cocon, elle passe en boucle les soirées où rien n'est venu, le silence et les murmures de ces Autres qui pensent qu'elle n'entend pas, racontant ce qu'elle n'a plus le droit d'avoir. Un bout, un instant, une seconde. La transe s'étiole sous les coups de butoirs de la morosité qui reprend enfin sa place en son sein, couronne d'épine déposée sur le coeur écorché. Les mains contre ses cuisses se crispent brièvement alors que les voiles de sa concentration lui échappent définitivement. Le noir des prunelles reprend contact avec une réalité qu'elle espère fuir, lâchement. L'impression que son esprit n'est devenue qu'une cave où s'amoncellent les souvenirs bienheureux, s'entremêlant aux cauchemars sanglants, aux craintes ignobles, aux rêveries qu'elle s'interdit. Après tout, tu n'es pas venue ici pour rêver, ni pour revivre. Il n'y a que lui que tu dois chercher, que lui à trouver. Rien d'autre. Pourquoi tu te fais si gourmande d'exister tout à coup ?

Il n'y a là aucune réponse à donner. Elle s'est contemplée de loin depuis la déchirure crépusculaire, s'est vue quitter sa chambre entre deux passes, grignotant une clope et puis une autre sans jamais le trouver là où elle l'attendait. Et le cœur a craint de sombrer à l'arrivée des ombres qui, quelques fois, s'approchaient, oscillant entre espoir et terreur. Pas maintenant. Tout de suite. Je ne sais pas. Elle se voyait indécise, funambule sur un fil prêt à casser pour mieux l'engloutir dans les profondeurs d'un mal-être qu'elle s'est infligée à elle-même, bourreau asservie à ses propres punitions.

L'odeur du santal que l'encens laisse s'échapper a le mérite de la rassurer. Là, entre ces murs encore nus, elle ne craint rien. Rien si ce n'est elle-même. Distraite, elle remonte la bretelle d'un haut de pyjama dont les couleurs pastels ont fait leurs temps, sylphide s'étant détachée de ses atours de soie liquide, aux couleurs profondes, appelant à la perdition, attirant les paumés dans son ventre-hâvre. Ici, elle n'a rien de plus qu'un short pour habiller ses cuisses et rien pour ses pieds nus sillonnant de nouveau le parquet. Les muscles crient leurs plaintes sans la faire grimacer, l'habitude de l'engourdissement venant après des nuits à ne rien faire d'autres qu'user son être contre d'autres, plus solitaires encore. Prête à ouvrir la fenêtre pour laisser l'odeur trop pesante s'en exfiltrer, elle se fige. Deux coups sourds qui sonnent, craquellent doucement le néant d'un silence. D'abord vient la peur que la paranoïa laisse éclore. On t'a forcément retrouvée. Ils savent maintenant. Ils savent tout ce que tu sais et te forceront à rester muette à jamais. Puis d'une tête brièvement secouée, elle s'apaise, délaissant la fenêtre pour s'avancer et enfin ouvrir.

Battement de paupières signant surprise, plaisir, supplice et crainte. Il est traître le palpitant qui rate une marche pour mieux reprendre sa course. Les opales pourtant sombres rencontrent les siennes sans peine et ne persiste qu'un moment de flottement. Bref mais parlant. Il y a là les mots qu'on n'ose dire tout de suite, les excuses au bord des lèvres qu'elle entrouvre sans bien savoir quoi dire. "J’viens en paix." L'harmonie de la voix l'enrobe sans crier gare, soufflant la même rengaine à ses désirs mal enfouis. Elle quitte le nid de ses yeux pour venir les poser sur le présent dans sa main, la poussant à souffler un rire, bref, où tremblote les palettes d'émotions trop longues à nommer. "T’as un peu d’temps pour discuter ?" Un regard relevé, un autre qui tente là de le remercier sans savoir le dire. "Oui, entre." Et tout en lui ouvrant le passage, elle se souvient de son allure dénudée d'artifices, de ses cheveux qu'elle n'a pas pris la peine d'attacher, de tout ce qu'elle laisse exposer sans le vouloir. Alors qu'elle referme le battant, les orbes noires appréhendent sa présence dans un refuge où il a été l'unique à pénétrer. La décontraction n'est qu'apparente, le Chaos intérieur assourdissant, soufflant la panique à l'idée de ce qui va advenir, venant avec la caresse d'un soulagement gommant le poids trop lourd causé par l'absence et le même miel coulant dans les interstices d'un corps devenu prisonnier d'un seul instant, d'une poignée d'heures qui lui semblent avoir été rêvées. Enfin, elle avance, esquissant un sourire discret "Je n'attendais personne alors … Je suis pas ce qu'on appelle présentable." La nervosité s'accroît alors qu'elle lui fait signe de s'installer, dérivant un instant vers la cuisine pour y attraper deux verres à pieds qu'elle finit par déposer entre eux. Le sol rapidement rejoint, elle laisse l'incisive de ses ongles flirter avec l'auréole d'un pied. Les yeux reviennent enfin jusqu'à lui, laissant l'esprit s'abreuver lentement et avec délectation de sa présence, les phalanges invisibles caressant pourtant les plaies à vifs. Les questions et les paroles sans substances s'amoncellent au bord des lèvres quand les iris s'encombrent de leur éternel brouillard orageux. "Je ne pensais pas que tu viendrais." qu'elle murmure presque, ouvrant difficilement la porte d'une franchise dont elle a peu l'habitude.

Parce que je ne le mérite pas.
Parce qu'au fond, j'aurais dû être punie, un peu plus, par ton silence.


(c) corvidae
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Anonymous
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Ven 13 Nov - 2:50 (#)

FOR ALL I HAVE IS A HEART
UNSURE IF EVEN TIME CAN MEND
You in the dark, you in the pain, you on the run.
Living a hell, living your ghost, living your end.
Never seem to get in the place that I belong. I don't wanna lose the time to come. Silence is not the way.
Par tous les moyens, il se retient de courir à nouveau vers les portes grandes ouvertes par sa propre stupidité. Celle de l’appartement se referme derrière lui alors qu’il passe le seuil en s’accrochant tant qu’il peut au cap qu’il s’est fixé. Il consent à laisser ses godasses à l’entrée par respect pour l’habitude de la locataire, mais il ne se défait pas de sa veste. Il ne va pas s’assoir. Pas vraiment froid, pas vraiment raide, il affecte une certaine décontraction qui va de pair avec une résolution née du besoin. Il ne veut pas la brusquer, mais il ne peut pas laisser les choses comme elles sont. Il n’en éprouve pas de plaisir particulier, parce qu’il constate depuis longtemps qu’elle n’est pas du genre à prendre le taureau par les cornes comme lui-même ne peut souvent s’empêcher de le faire. Elle est plutôt de ceux qui en ont peur. Mais il marche dans cette pièce, où l’accueillent en criant toutes les joyeuses furies d’un précédent gênant, avec la ferme intention de leur mettre une grande tarte dans la gueule si la nécessité s’en fait sentir.
Bien sûr qu’il voudrait courir dans leur bras, et ce faisant, s’emparer du corps dont le sien se languit, et bien sûr qu’il est certain que ce serait au moins aussi jouissif que toutes ces fois où la drogue lui a manqué et qu’il a repris « juste une dose » en s’étourdissant d’excuses. Mais il ne s’agit plus seulement de lui cette fois. La danseuse à son bras ne serait pas une illusion. Il sait qu’il peut être sage s’il le faut, parce qu’il le doit.
Pour elle. Encore.

Il lit dans ses yeux une myriade de confessions inaccessibles et elles le traversent comme des flèches d’eau vive, des éclats de vérité dont il ne peut s’emparer que comme d’un sable dont il appelle à lui la chaleur et le doux frémissement – insaisissable Sumire, volupté onirique dérobée à son entendement raisonnable, offerte à des songes scandaleux auxquels il se refuse sur l’instant. Subrepticement il se demande encore : qu’est-ce que je fous ? Et il n’a aucune réponse à cela. Sinon des banalités : je bois un verre. Je rends simplement visite. J’essaye de mettre les choses au point. Il n’y a rien de mal à ça.
Autant s’attacher aux faits ainsi qu’il l’ambitionnait au départ. La dernière fois non plus, il ne faisait rien de mal, et pourtant tout est parti de travers et il n’a plus su se rattraper au discernement de ce qui est juste ou pas, l’a payé comme un lendemain de cuite pire que les autres. Parce que tout était trop plein de « et si » qui n’avaient pas de sens et qui n’avaient pas lieu d’être, et qu’il croyait pouvoir laisser courir comme il laissait chacune de ses attention ruisseler sur elle ou s’imprégner dans leurs peaux, dans leurs chairs, dans son propre cœur idiot.
Ce qu’il sait, c’est que ça n’était pas juste que les choses se terminent comme elles l’ont été.

Il lui en a voulu. Sans doute au détour de quelque méandre lui en veut-il encore, quelquefois. Dans l’instant il ne veut pas y penser : ce n’est pas le moment, ce n’est pas l’endroit. Il se revoit presque dans cette exacte position, le premier verre à la main, le premier regard posé sur elle depuis la hauteur de sa stature de géant devant la posture agenouillée et faussement vulnérable de la femme qui lui a comblé le sang et l’esprit bien au-delà de ce qui ne devait être qu’un charme passant, fugace, voué à se briser quand se soulèveraient ses paupières embrassées par l’amnésie. Il envisage le souvenir de cette seconde où il a senti qu’il ne la dominerait pas et le tour de cette table basse à laquelle elle s’est posée pour la seconde fois devant lui apparaît comme un autel sacré, où son image vivante trônerait comme celle devant laquelle on s’incline.
Cette fois pas de liqueur enserrée sous ses doigts. Pas d’encre prête à signer un pacte. Mais la similitude le mord et il en éprouve la symbolique sans vraiment la conceptualiser. Ce murmure hurlant qui dépasse l’entendement primaire auquel il s’obstine à se borner pour l’heure, il le prend en compte malgré lui.
Il n’a jamais réellement regretté.

« Fallait bien. »

Il commence, le verbe haché ne se colorant en rien de la hargne qu’elle semble redouter – il lui semble que le timbre changeant de l’orientale lui est plus limpide en ces lieux qu’en n’importe quel autre, sans doute parce qu’il n’y a qu’eux, enveloppés dans un entre-deux mondes dont ils ont bâti les frontières ensemble.

« J’ai vu que si j’le faisais pas, on arriverait jamais à se dire les choses. J’t’ai peut-être pas facilité la tâche, j’suppose que j’ai jamais été le mec le plus avenant du monde et particulièrement ces derniers jours. »

Ce n’est pas de l’excès de zèle s’il tente de lui dire les choses d’une manière plus mesurée que celle qu’il s’autoriserait avec d’autres. Tant bien que mal, il s’évertue à adapter la manière aux circonstances, à la personne. C’est si rare, qu’il n’a pas non plus la crânerie de se penser totalement maître de la situation, mais il essaye.

« J’crois comprendre que t’es pas très fan de ça, mais j’vais pas y aller par quatre chemins. J’suis venu pour qu’on se mette au clair sur la dernière fois. J’ai besoin qu’on s’parle clairement de c’qu’il s’est passé, parce que j’vais le dire tout de suite : moi j’ai pas tourné la page et s’il faut le faire, faut qu’tu m’le dises parce que pour le moment j’sais pas bien où j’en suis. Et j’peux pas laisser traîner. »

La voix reste douce, il veut expliquer, pas frapper. Il préfère ignorer l’inquiétude de mal faire et ne pas chercher trop longtemps la bonne manière de tourner ses phrases – dans un souci d’en finir au plus vite si nécessaire, mais aussi de se montrer tel qu’il est.

« J’veux pas qu’tu penses que c’est un piège ou quoi, j’veux juste que tu m’dises la vérité et ce sera tout. Si tu voulais rien de plus et qu'j’ai trop pris mes aises, si tu regrettes qu’on ait fait ça et que ça te gêne que j’sois là, tu peux m’le dire. Ça suffit pour que j'comprenne. J’emporte tout ce bordel avec moi et demain on passe à autre chose. »

Je te demande simplement de me faire confiance.

bat'phanie • #898961
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Ven 13 Nov - 3:16 (#)


FOR ALL I HAVE IS A HEART UNSURE IF EVEN TIME CAN MEND
Voilà des jours, des mois, et peut-être au plus loin que je me souvienne, voilà des années que je rêve de dire à cet homme : j’aimerais vous parler, et entrer chez vous quelques heures, pour rien, pour bavarder.
Je ne le fais pas.

À chaque instants s’attachent des couleurs, des nuances, des parfums et des saveurs couchées sous la langue. À lui et à l’aube s’allient la saveur du sel de sa peau, celle sucrée puis amère de la liqueur sacrée, la couleur opalescente de l’aurore couvrant les êtres de son jaune pâle. Tout avait le parfum d’un idéal jamais atteint jusqu’alors et la mélodie des deux cœurs battant sourdement, des sabots percutants la terre sainte de leurs entrailles. Une perfection éphémère dont la pointe a éraflée son âme, la faisant se recroqueviller au fond de son esprit mal cadenassé. Elle a été et est toujours effrayée par les tourments qui l’habitent, ceux qui la ramènent sur les rivages acérés de souvenirs luxuriants. C’est à peine si elle n’entend pas l’écho des soupirs avalés et du froissement doucereux des mains coulant sur l’épiderme. Elle est consciente de tout à tel point qu’elle détourne les yeux de la silhouette qui l’observe un instant. La peur est là, esprit frappeur, toquant comme un forcené à la porte de sa tête, pour y entrer et y faire renaître le chaos. Elle ne l’y autorise pas, affichant un calme prêt à s’effilocher s’il se met à crier ou à cracher tout le fiel qu’elle lui a elle-même implanté dans le sang. C’est ma faute, c’est moi qui ait voulu entrer. Murmures accusateurs qui font trembler les mains qu’elle finit par faire revenir contre ses cuisses.

Il la rejoint, sans pour autant faire offrande du met ramené entre ses doigts, saisissant au vol l'opportunité qu’elle offre, inconsciemment, de parler. Pas vicieuse ni lâche au point de feindre l’ignorance, elle a l’envie curieuse de panser les plaies encore à vifs. Elles n’ont jamais cessées de saigner, de s’infecter au fil des aurores passées où sous les paupières, le néant ne lui donnait plus que la punition de revivre en boucle sa bavure, d’entendre le craquèlement silencieux du calme que d’une inclinaison, elle a rompu. Un coup de poing dans la surface lisse et pure d’une eau apaisée, voilà le crime qu’elle se reproche avec acidité depuis des semaines.

Et elle se fait attentive des moindres paroles, silencieuse mais le regard franchement planté sur ses traits, l’étonnement revenant doucement poindre en elle à l’entente des mots dénudés de fioritures mais caressés d’une bienveillance qu’elle ne pense pas mériter. L'affront jeté à la gueule de l'autre mérite le dédain le plus profond. Après tout, elle n'est qu'une pute, elle aurait pu devenir un passage dans sa vie, un égarement et son geste aurait pu révélé à quel point elle ne valait pas le coup de se retourner. Un être de plus dans lequel il aurait tué les heures d'un matin plein d'une alchimie percutante, une aire d'autoroute dont le bas-côté offre un instant de plénitude vite oublié. Il aurait pu se persuader que ce n'était rien et pendant quelques temps, elle s'est fait l'aveu silencieux que ça devait être vrai. Que brutalement, s'il n'était devenu qu'une existence chimérique au travers des langues déliées de ses compagnes nocturnes, c'est qu'il avait enfin vu en elle ce qu'elle tente tant de masquer ; une fleur fanée tentant de faire croire qu'elle est encore belle et pure. Même sa Rougeoyante s'est ternie, elle le sent sans se l'avouer. Les flots des pensées ricochent contre les murs de sa conscience mais elle est là, juste ici, à l'observer et à l'entendre, recevant ses mots comme des minuscules pointes touchant des points sensibles. Chez elle, on ne parle pas, on ne dit rien. Si tu souffres, tu te tais, si tu fais une erreur, repens toi sans jamais ouvrir la bouche. Si tu ressens, ne le montre surtout pas au grand jour. En quelques phrases, il bouscule tout ce qui s'est enracinée en elle, assez profondément pour qu'elle ait l'impression que la douleur se fait physique.

Elle est là, toute la raison de son angoisse. Il s'infiltre, dérobe, arrache, sans même le vouloir et déconstruit pour mieux s'insinuer en elle et y faire grandir les chants d'une Aphrodite en mal d'amour. Elle sait qu'il ne s'en rend pas compte, qu'il ne doit pas voir le vent tremblant qui souffle ses millions de soupir en son sein, la crispant un peu plus. Mais ce n'est pas sa faute, ça ne l'a jamais été. Quelque chose cloche chez elle. Bloque. Il manque un rouage, un morceau qu'elle ne sait pas comment combler. Peut-être que lui … Peut-être. Et les "peut-être" qu'il lui inspire la bercent autant qu'ils l'attaquent. "J’veux pas qu’tu penses que c’est un piège ou quoi, j’veux juste que tu m’dises la vérité et ce sera tout. Si tu voulais rien de plus et qu'j’ai trop pris mes aises, si tu regrettes qu’on ait fait ça et que ça te gêne que j’sois là, tu peux m’le dire. Ça suffit pour que j'comprenne. J’emporte tout ce bordel avec moi et demain on passe à autre chose." Le ton sonne une fin radicale, une page qu'ils devront vite tourner et l'idée lui fait mal. Elle panique, autant qu'elle a paniquée avant qu'il ne referme la porte des jours plus tôt. Cette fois, elle prend la parole sans se soucier de ce qu'il pourra en sortir, secouant brièvement la tête "Je n’ai pas regretté. Pas un seul instant." L'aveu résonne, le timbre ne flanche pas, aussi clair qu'une évidence. Elle aimerait sourire Sumire mais les paroles s'amoncellent en bloc dans sa gorge, son esprit fusionnant la langue maternelle et celle qu'elle s'est efforcée de perfectionner au mieux, laissant persister un malaise. "J’ai juste … Je vis en apnée depuis longtemps, depuis assez longtemps pour avoir oublié comment on respire convenablement et sans douleur." Se dévoiler manque presque de la faire rougir d'une honte qu'elle ne devrait pas ressentir alors elle s'efforce de ne pas flancher. L'ongle du pouce mord la pulpe de l'index à l'abri de son regard. Qu'elle se concentre, qu'à son tour elle fasse l'effort de la franchise. Parce qu'elle sent que si elle fuit, encore, que si elle prend le risque de le rejeter, le livre se refermera sans même avoir pu conter plus qu'une simple nuit.

"Et la dernière fois, m’a juste parue hum ... salvatrice ? Je crois que c’est le mot." L’anglais lui échappe, fil par fil, lui glissant sur la langue sans qu’elle ne puisse le retenir. Un instant de silence pour chercher ses mots, ne pas laisser paraître plus de blessures qu’elle n’en montre déjà. Pas maintenant. Y plonger lui ferait sûrement perdre pied. "J’ai eu l’impression d’enfin respirer, sans souffrir et sans en avoir vraiment peur. Mais c’était quand même effrayant de me l’avouer. Parce que je ne suis pas venue ici pour ça et je n’avais pas prévu … Je ne t'avais pas prévu." Un haussement d'épaule avant qu'elle ne prenne une profonde inspiration, une dose d'un air qu'elle tente d'assainir, la morsure de l'ongle se faisant plus pressante. "Je suis désolée de m'être comporté comme ça. J’ai paniqué, je ne savais pas quoi bien faire de moi ou de tout ce qui tournait dans ma tête alors j’ai simplement choisi de casser brutalement le lien que j’avais senti se créer." Un rire nerveux, un souffle et les yeux qui s’abaissent. "Ça n’a pas vraiment marché à ce que je vois. Et le temps n’a pas non plus effacé quoi que ce soit alors je ne sais pas. Je ne sais pas ce qui est bon à faire ou pas, je ne sais pas s’il y a même une bonne manière de faire les choses." Elle s’interrompt alors, lui offrant un sourire illustrant les regrets et les émotions ce qui ne s'expliquent plus. "Mais j'aimerais croire, d'après ce que tu me dis, que je n'ai pas tout cassé. Parce que tout ce que je peux te dire c'est que l'amitié entre nous serait, pour moi, la pire des insultes à ce qu'il s'est passé." L'ongle se déloge lentement de son nid de chair alors qu'elle se rend compte de tout ce qu'elle retenait en elle, de toute cette vague de paroles qui tournaient, moisissant dans les eaux profondes de son inconscient. La liberté est pourtant incomplète, craignant d'en avoir trop dit pour la première fois.

Finalement, elle s'éclaircit la gorge, oscillant entre lui et les verres encore vides de leur liqueur enivrante. "Evidemment, j'aimerais savoir ce que toi tu veux. Qu'est-ce que tu espérais en venant ce soir ?" Elle est douce sa voix quand elle achève enfin ses palabres, le regard s'affiliant, à ses prunelles, danse habituelle, tentant d'en sonder les secrets.

Mais je ne les mérite pas.
Promis, je n'y toucherai pas sans que tu en sois conscient.


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Ven 13 Nov - 4:06 (#)

FOR ALL I HAVE IS A HEART
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Living a hell, living your ghost, living your end.
Never seem to get in the place that I belong. I don't wanna lose the time to come. Silence is not the way.
La réponse le prend au dépourvu. Chargée d’une sincérité et d’une ouverture qu’il ne lui a jamais connue, elle crée une brèche, perce comme une trouée de lumière vive à travers une fissure dans la pierre la plus terne, au creux d’une cave froide où plus aucun relief ne saurait décrire la réalité aux sens autrement que comme une ombre sans fin. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle s’exprime autant, aussi vite, et c’est presque trop facile. Comme le chat échaudé craint l’eau froide, il se méfie. La blessure de son ego demeure, et on peut le dire : il a peur de ce qu’elle pourrait dissimuler par trop de franchise si soudaine.
Elle parle d’apnée et lui soupire, désolé. Comme pour le lui rendre, ce souffle qui lui manque, pour lui partager un peu de l’essence du feu vital qu’elle fait renaître par la magie déconcertante d’être simplement là. Si c’était cela la raison de son rejet, elle n’avait qu’à la prendre, cette respiration qu’il lui offrait avec prodigalité, celle qui lui est venue alors qu’il se sentait soudain infiniment plus vivant et plus vivifié – elle l’avait mené jusqu’à des sources pleines d’une vigueur folle et surtout follement oubliée, que n’y avait-elle pas bu tout son saoul elle aussi, si c’était ce qui lui manquait ?
Au moment où il songe qu’on ne l’oublie jamais, cette soif-là, et que son incapacité à la retrouver ne fait qu’une bien piètre excuse, il se rappelle à l’ordre : il y a quelques mois encore, lui-même n’aurait certainement pas su non plus quoi faire de la jouvence offerte, trop belle, trop pure, trop gratuite, trop « trop ». De la même manière que les anges difformes des paradis artificiels lui avaient dérobé la capacité à s’émouvoir des corps qui s’entremêlent, il y a finalement bien peu de temps.
Et qui est-il pour arguer que l’oubli de ce qui nous rend profondément humains n’est pas chose si aisée ?

Le terme employé est fort et lui semble pourtant si parfaitement choisi. Lui-même en a ressenti l’empreinte comme celle de l’aube tranquille après l’horreur des plus longues ténèbres, celles où courent les cauchemars les plus sauvages.
Aussi il se contente de l’écouter encore, supplantant par une attitude patiente toute velléité de répondre. D’interrompre cette confession qu’il n’avait pas prévue. Il vit cette écoute autant comme un défi à remporter, que comme un cadeau à recevoir de celle dont il ne savait plus s’il recueillerait rien d’autre que de l’indifférence, voire du mépris. Peu à peu il comprend qu’il s’est trompé. Il entend à travers les mots hésitants toute la force de ce qu’il avait perçu en elle, mais ne s’autorisait plus à voir d’un œil confiant, jugé naïf a posteriori. Il baisse alors ses yeux assombris vers le sol, sans le voir. La compassion le lance comme une pointe alors qu’elle devrait n’être qu’une caresse – il a douté de tout ce qui avait rendu leur moment si beau et si vrai, et il s’en veut, l’espace d’un instant. Il s’en veut d’avoir été trop orgueilleux pour vraiment se poser les questions qui lui tournoyaient autour comme autant de vautours, charognards affamés d’un idéal meurtri.
J’ai préféré croire que tu avais menti sur toute la ligne, parce que c’était plus simple de t’en vouloir pour ne pas te chérir trop profondément.
Le détachement comme un refuge. Rassurant. Illusoire.

La statue se défige et se meut avec une lenteur songeuse vers la cuisine ouverte, passant là en se dépouillant de sa veste pour mieux ancrer dans le tangible son acceptation de ce qui se produit et la posant sur le bar. L’oreille toujours attentive, réceptacle d’une image miroir qui lui est contée presque en même temps qu’elle s’est formée dans son propre esprit. Elle aussi a connu les ailes noires. Dos à elle, occupé à libérer la bouteille de ses scellés, il imite sans le vouloir l’aigreur de son rire mince, le coin de ses lèvres s’étirant en un triste simulacre de sourire. Non, « ça n’a pas vraiment marché ». Non, « le temps n’a pas non plus effacé quoi que ce soit ». Le temps, ils ne lui doivent rien, ni apaisement, ni embrasement. Ils en sont restés au même point sinon qu’il se trouvaient chaque heure un peu plus lestés du poids des non-dits tranchant sévèrement avec ceux qu’ils avaient jusqu’alors échangés, amoncellement pourrissant sous le pas de cheminements séparés sans l’être, infectant l’âme à vif de s’être donnée peut-être trop tôt, peut-être trop vite, en tout cas pleinement en sans détours.
Le sourire sur les lèvres pleines le cueille quand il se retourne et le lacère un peu plus, harponnant le cœur de son être car il se voit dans ce qu’elle exprime, et en éprouve le trouble profond. La vérité nue, indubitable et finale.

Il voudrait s’abreuver déjà de cette vision mais ne s’y autorise pourtant pas. S’évertue à conserver ce qu’il pense être un recul légitime, en tout cas apte à le sécuriser pour l’heure, et reporte son regard vers son ouvrage au moins le temps de déboucher la bouteille. Même s’il lui est désormais difficile de s’obliger à trouver des zones floues dans la grâce de ce qu’elle dépeint, il y a toujours ce vigile près de sa conscience qui lui chuchote : tu t’es laissé faire une fois et tu n’en as récolté que des fruits blets qui t’ont rendu malade. Sois plus attentif. Prends ton temps. Et le chant de l’ondine se fait entendre à nouveau, un peu plus loin, un peu moins fort, et il se dit que c’est pour le mieux. Parce qu’il ne souhaite pas y répondre en accourant vers l’assentiment. Non, pour lui, aucune relation positive ne saurait être une insulte à la manière dont ils se sont trouvés. Et il se retient d’abonder dans son sens pour sauvegarder encore un peu d’espace entre lui-même et la flamme. Un seuil déjà franchi et dont il ne souhaite pas traverser la limite sans être parfaitement sûr de ce qu’il trouvera, cette fois, de l’autre côté. Il reste encore des démons inquiets à secouer de son échine.

Il avance à nouveau vers elle mais cette fois, il ne contourne pas la table pour choir face à elle. Cette frontière palpable, elle l’a si magnifiquement défaite la première fois. Sans le calculer, il veut être celui qui transgresse, celui qui avance avec la page sacrée, et l’encre qui l’a saigné avec laquelle il veut qu’elle signe. Pour les minutes à venir, il veut conserver cet ascendant, être celui qui donne le ton. Peut-être bien que la force s’équilibrera bien avant qu’il ne se rende compte de tout cela. Peut-être en a-t-il seulement besoin dans l’instant. Peut-être en a-t-elle besoin elle aussi.
Bientôt la liqueur est déposée sur le bois verni et puis, ils sont assis tout près l’un de l’autre, elle agenouillée face à la place qu’il avait, lui, tournant le dos à sa première apparition pour s’ancrer dans autre chose, un coude le soutenant sur le plat de la table, posture à la nonchalance un rien provocatrice qui dans sa proximité dangereusement évocatrice se fait assez désinvolte pour maintenir l’affirmation tacite de ses ambitions premières, alors qu’il ne lui fait qu’à moitié face tout en soutenant sans timidité la scrutation des iris noirs allant et venant vers les siens.

Rien, je n’espérais rien, voudrait-il répondre, et ce ne serait pas mentir. Tout, lui intime une autre part de lui qu’il tente vainement d’étouffer depuis l’épreuve cuisante de la stupeur. En fin de compte, s’il a secrètement espéré quoi que ce soit, ce n’était pas sans la conscience de ne rien pouvoir attendre. Et c’est démuni de sentences minutieusement préparées à l’avance qu’il absorbe avec une lenteur précautionneuse le doux nectar de ses mots. Il prend le temps. Goûte les nuances, pèse leur substance. Savoure aussi, sans doute, sans trop le cacher, la douceur tant de leur musique que de leur sens.
Il prend aussi le temps de la regarder, parce qu’il s’était interdit de le faire ainsi, sans ambages, sans culpabilité. Appelle à lui le récit encore intact de ce regard qui a germé et s’est épanoui peu à peu, à la chaleur précieuse des soins de celle qui le cultivait – peut-être pas innocemment, mais il le sait maintenant, elle lui aura donné autant qu’elle aura moissonné de cette dévotion tenace.

« J’voulais que tu me parles, c’est tout. J’voulais que tu m’aides à comprendre. J’suis déjà trop paumé pour accepter de laisser tout ça devenir un énième chemin qui mène à rien. Fallait qu’je sache. »

Par le rapprochement est venu l’apaisement du timbre, dénué de sa tension initiale, velours chaud dessinant les contours du pardon qu’elle sollicite.

« On sait bien tous les deux pourquoi on a flippé. Et la raison, elle est toujours là. Demain on va retourner au turbin, comme d’habitude, et on doit faire un choix entre deux choses : soit on lui dit, soit on lui cache. »

Elle sait de qui il parle, il n’a pas besoin de plus en dire.

« J’t’ai suivie ici en connaissance de cause. Et tu savais aussi quelles conséquences ça pouvait avoir, et pourtant c’est toi qui voulais que j’vienne. Alors il faut qu’tu m’dises à quel point ça compte. Parce que j’pars du principe que j’lui dirai, je sais pas quand, mais j’lui en parlerai. Et ce jour-là faudra que j’encaisse, et j’veux savoir comment. Pour quoi j’me battrai. Tu comprends ? »

Ses doigts liés entre eux, sans autre langage que celui d’une confiance restaurée, le démangent toutefois d’une envie lancinante de la toucher. Il se le défend, encore. Prendre le temps. Garder entre elle et lui la place du refus potentiel. Se préserver, en la préservant de la marque de trop.
Un orage les attend mais il les en abritera. Qu’il les menace séparément, ou ensemble.

Je t'ai fait une promesse, la dernière fois.
Je ne la reprendrai pas.

bat'phanie • #898961
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Ven 13 Nov - 4:25 (#)


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Voilà des jours, des mois, et peut-être au plus loin que je me souvienne, voilà des années que je rêve de dire à cet homme : j’aimerais vous parler, et entrer chez vous quelques heures, pour rien, pour bavarder.
Je ne le fais pas.

L'immobilité du corps se délie lentement, manquant de faire trébucher les mots qu'elle sait déjà complexes à former. Peur de la fuite, peur du rejet, peur d'une autre porte claquée sonnant un affreux dénouement. Dans l'apparence, le discours est limpide, inspiré de tout ce qui a éclot en elle sous l'eau philosophale du temps, des fleurs aux tiges épineuses dont les crocs se sont plantés dans l'éther de son être comme des millions d'aiguilles cherchant à la faire saigner de toute part. Oui, il y a la facilité à les prononcer s'entremêlant à la douleur de les entendre enfin sortir de la cavité sanguinolente de sa poitrine, comme une hémorragie interne de paroles qui s'exfiltrent en litres d’élixir offerts à son âme qu'elle sent encore blessée. Elle lui doit bien ce qu'elle n'a pas su dire quand le soir est venu chuchoter à leurs oreilles le carillon de la fin d'un acte, quand tout ce qui résonnait était le bourdonnement incessant de tout ce qu'elle ne disait pas et qu'il voyait sans qu'elle n'arrive à ouvrir la bouche pour prononcer autre chose qu'un mensonge, qu'un triste "Oui, je sais" face à une promesse qu'elle a pourtant pris comme le plus beau des hommages. Elle s'est entouré d'un granit d'égoïsme, évitant de croiser son regard, slalomant entre les murs encore inconnus, même pour elle, sourde à tout sauf à son coeur pesant d'une lourdeur infâme, à ses pensées, chuchotements tapageurs, délivrant la Bête noire de ses pires chimères. Belle de nuit effrayée par les lueurs d'un espoir trop grandiose pour son existence où ne persiste plus que la froideur et la rudesse des ténèbres qu'elle a laissé s'infiltrer en elle, comme un sang belliqueux, corrodant lentement mais sûrement la moindre de ses envies de douceur et tendresse. Elle s'est, sans même le voir, promise à la torture éternelle, n'acceptant que plus durement l'offrande de sentiments pleins d'une volupté doucereuse.

Il s'apaise rien qu'un peu, le cœur trop chantant. Ses yeux suivent les moindres mouvements, de la veste qu'il dépose, discret acquiescement du fait que, peut-être, il ne prendra pas tout de suite le large, à la démarche que son attention trop curieuse a pris le temps d'observer, l'appréciant avec la candeur d'une ingénue. Mais de loin, toujours de loin et plongé dans le silence. En ça, elle y a trouvé quelques poussières tranquillisantes. Peut-être est-ce cela aussi qui l'a convaincue d'un jour l'approcher, s'ajoutant à ça toute une myriade d'émotions caressant son intuition, criant à sa peur transie qu'il serait l'idéal pour ne plus jamais être offerte aux mains acérées, aux strangulations persistantes, aux menaces d'une mort douloureuse. Elle entend plus qu'elle ne voit la bouteille déposée, se surprenant de sa propre franchise au fil des secondes, de cette diatribe sortant d'entre ses lèvres avec la facilité d'un ruisseau s'écoulant le long d'une rive. Ils passent, se soupirent dans un timbre peu maîtrisé et là encore, elle se sent dénudée des masques qu'elle enfile depuis des années; de ce sourire qui ne flanche pas et de ce regard imperméable que personne n'a réellement su pénétrer. Pourtant, ils lui en disent toujours trop, ses regards, à la moindre incartade faisant s'affilier leurs orbes aux couleurs brumeuses, ils en profitent pour soulever le voile sur ce que sa langue n'assume pas vraiment. Le corps a déjà été un aveu assez tonitruant, un éclair survenu avant que ne gronde les tempêtes. Un éclat dans une aurore avenante. Un morceau d’une vie qu’elle aimerait pouvoir effleurer de nouveau. Encore, le regret de ne pas se lire elle-même. Les souvenirs en son esprit sont des images brouillonnes, des toiles de peintures où le coup de pinceau s’est fait trop vif pour qu'elle en distingue réellement tous les détails. Rien n’est aussi parfait que le plongeon incisif dans les remembrances d’un autre. Et le cœur prend un nouveau coup. Fourmillent les bouts de ses doigts alors qu’elle se fait à nouveau vorace des siens, d’une peau dont elle a appris la douceur en cachant la dureté bienvenue, la chaleur irradiante chassant le froid qui la pétrifie depuis trop longtemps pour qu’elle ne puisse encore compter. mais elle se force à ne pas s’y laisser tomber. Ça réveillerait les démons qu’elle cherche à garder endormis.

Le timbre suit l'éternelle même onde, pas une note plus haute qu’une autre, la mélopée se poursuit en s’imbibant malgré tout de l’amertume, de la souffrance et surtout d’une tendresse qu’on avoue à demi-mot, le myocarde saignant encore de la flèche d’or qu’Eros y a planté. Autour les chairs se sont refermées, l'emprisonnant comme un trésor à protéger. Elle s’est faite boîte de Pandore d’émotions violentes, cognant contre leur couvercle usé pour tenter d’en sortir à chaque fois qu’elle reprend, voulant y saisir la chance de crier l’évidence. Elle refuse, ne se plie pas aux méandres de l’âme rugissant un besoin viscéral, cruellement tenace. Enfin, elle se tait et à peine la question se dérobe à l'ourlet des lèvres qu’elle le voit revenir, le corps saisi d’une tension apprise par cœur, sentant son ombre échouant près d’elle, laissant s’étioler un peu plus le fil fragile des limites qu'elle a tenté de tisser à nouveau entre eux dans une distance fragile. A peine la bouteille posée et lui tout près d’elle, qu’elle sent sa propre essence s’abreuver de la sienne. Si elle ne le touche pas, elle ressent pourtant toute l’étreinte du regard qu’il pose sur elle puis de la soie des mots qu’elle savoure en se taisant enfin. "J’voulais que tu me parles, c’est tout. J’voulais que tu m’aides à comprendre. J’suis déjà trop paumé pour accepter de laisser tout ça devenir un énième chemin qui mène à rien. Fallait qu’je sache." La culpabilité revient comme une morsure vipérine, un venin agressif dont elle s’efforce de ne rien montrer avant d’échouer, quittant l’Eden qu’offre les lucarnes de l’âme cabossée en les abaissant, crispant ses mains sur ses cuisses dont la nudité se jette à sa conscience. Conscience qui s'abandonne à la houle des mots ne demandant que le pardon.

S’égare le regard qui dérive jusqu’au coude posé, jusqu’aux jambes trop près des siennes, soupirant leur chaleur comme pour la mettre à l’épreuve. A qui mordra le premier, cette fois ? La bouteille du vin promise lui semble être une échappatoire parfaite mais elle la sait encore insaisissable. Sumire qui s'essaie à la patience, soufflant en silence avant qu'il ne reprenne, dégustant l'harmonie de la voix avant d'en saisir le sens. "On sait bien tous les deux pourquoi on a flippé. Et la raison, elle est toujours là. Demain on va retourner au turbin, comme d’habitude, et on doit faire un choix entre deux choses : soit on lui dit, soit on lui cache." Les derniers mots achèvent de briser la félicité. Les yeux se relèvent brutalement vers lui, ne laissant qu'une brève preplexité. Les lèvres s'entrouvrent mais déjà il poursuit "J’t’ai suivie ici en connaissance de cause. Et tu savais aussi quelles conséquences ça pouvait avoir, et pourtant c’est toi qui voulais que j’vienne. Alors il faut qu’tu m’dises à quel point ça compte. Parce que j’pars du principe que j’lui dirai, je sais pas quand, mais j’lui en parlerai. Et ce jour-là faudra que j’encaisse, et j’veux savoir comment. Pour quoi j’me battrai. Tu comprends ?" A son tour de rester bêtement muette, saisie par les harpons de la réalité la jetant brutalement face à ce qu'elle savait déjà. Elle a toujours su les risques qui les guettaient, ne pensant pourtant pas y plonger tout de suite. Cette fois, le silence persiste alors qu'elle continue de l'observer, interdite. "Je … Je sais pas." qu'elle souffle finalement, repoussant nerveusement quelques mèches derrière son oreille, sans bien savoir comment formuler ses pensées devenues plus bordéliques encore. "Enfin si, je sais ce que je ressens et je sais que je ne veux pas qu'il n'y ait qu'une seule fois mais ça n'appartient qu'à nous, non ? Autant ce matin-là que ce qui pourrait suivre." Au fil des mots qui se tissent, elle reprend un peu plus de sa superbe, en rattrape les bribes, haussant un sourcil pour le forcer à y répondre. "Tu sais très bien ce qu'on risque à le lui dire et à jouer la carte de la franchise, autant se pointer une arme sur la tempe. Tu perdras ton poste et moi, le mien. On ne peut pas se permettre de croire qu'il sera clément." C'est l'angoisse qui étrangle le ton, le fait vaciller alors qu'elle s'avance rien qu'un peu, sans ambition de manipulation, seulement animée par l'envie qu'il la comprenne. "C'est ma vie privée, le seul endroit où je peux choisir qui je laisse entrer ou non. Je veux pouvoir garder bonus-là, au moins." Elle cille malgré les mots plus durs, rechignant à se faire trop sévère. Les lèvres se pincent avant qu'elle ne soupire, relâchant la raideur, la voix se faisant plus douce "Si je refuse, tu iras quand même ?"

Elle veut céder à l'envie qui serpente jusque sous ses doigts, à celle d'attacher sa main à la sienne, fondre au moins ses phalanges dans une chaleur que tout l'être réclame. La résistance est rude, assez pour qu'elle inspire sans discrétion, ravalant les désirs irrationnels. Elle se fait moins envahissante, reculant à peine. Le temps n'a rien gommé de ces nœuds qu'il crée dans son ventre, de l'illusion de caresses interdites sillonnant l'épiderme sans timidité. Mais elle se tait, se fige et ne fait plus rien d'autre qu'attendre la sentence, en espérant ne pas avoir à combattre pour qu'ils leur épargnent d'être condamnés à la déchéance.

(c) corvidae
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Sam 14 Nov - 3:16 (#)

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Living a hell, living your ghost, living your end.
Never seem to get in the place that I belong. I don't wanna lose the time to come. Silence is not the way.
Tes yeux m’ont tout pris bien avant que tu ne me donnes l’ordre de simplement rencontrer ta peau.
Si je m’écoutais, je jetterais tout ce qu’il me reste de prudence dans les flammes, pour toi. Peut-être bien pour me sauver in extremis de la brûlure, au moment charnière où quelque chose en moi m’empêcherait de me faire totalement esclave de ta chaleur. Ou peut-être pour en finir.

Il soupire à son tour, ne sachant détacher ses iris peinés de l’absolu trésor réclamé par ce qui étreint le métronome déglingué comptant tant les syllabes que les silences, sous ses côtes. L’élancement lui remonte à la gorge et il ravale les mots qui affleurent et se rebiffent, indécis. Ça se débat, là-dessous, le larynx s’impatientant de jouer une musique dont il ne connait pas la partition.
Il ne souffle aucun mot et l’une après l’autre, ses jambes se détendent et s’équilibrent en un pont sur lequel faire reposer ses coudes au bout de son torse penché, alors que par le fait il s’autorise d’adoucir la fermeture de sa posture par plus de proximité. Le besoin de demeurer lucide affronte en lui celui de l’envelopper, elle à la fois si raide et si fragile de cette peur qu’il lui semble sentir affleurer, sur les notes et sur l’accent.
De ses propres mains qui babillent à nouveau leur langage nerveux, sa mine rude s’abaisse un peu par l’accablement de devoir s’avouer impuissant, approfondissant encore les sonorités qui en portent la missive.

« Je voudrais vraiment te dire que non, tu sais ? »

Une pause.

« Parce que j’sens bien que si j’te force la main, ça sera pour rien. J’pense pas que… J’pense pas qu’on pourrait continuer en partant de là. Et j’t’aurai déçue, et lui aussi j’l’aurai déçu, tout ça pour rien. »

Le pouce se porte à ses incisives et, l’espace d’une seconde, elles en grattent l’ongle ras. Il reprend.

« D’un autre côté si j’te suis, j’lui mens à lui, et surtout j’fous en l’air un truc fondamental. »

La patte retourne à sa jumelle et il coule à nouveau le long de la silhouette filiforme son regard plombé, tardant à remonter jusqu’aux prunelles où il recherche toutefois l’acceptation de son honnêteté.

« J’suis pas grand-chose mais j’suis quelqu’un de loyal. J’dis pas qu’il le mérite plus que d’autres, j’en suis pas à l’idolâtrer non plus, mais toi, tu voudrais d’un mec qui prête serment et qui s’y tient pas ? »

La question est posée dans les feux croisés de leurs yeux qui s’adorent depuis trop longtemps pour s’embarrasser de dérobades, quand il s’agit d’aller trouver l’inaltérable et le brut, tout au fond de leurs êtres qui avancent dans le réel couverts de plus de voiles qu’ils ne sauraient en dénombrer.

« Dans les deux cas t’aurais raison de t’en aller et je… »

Les mots lui manquent, soudain. Authentique blocage qui ne forme qu’un bruit blanc dans son esprit, à chaque tentative de formuler les choses comme elles seraient alors, car il ignore comment lui dire la peur et le chagrin irrationnels que ces fantômes font naître en lui. Le grain noir des pupilles retombe au contact de la peau nue, fuyant vers un souvenir, cherchant dans le doré de la soie carnée à invoquer le réconfort qu’il y a un jour associé comme pour toujours. Avec une certaine pudeur, le dos de ses phalanges s’approche, effleure ce mémorial tendre rendu froid par l’air ambiant – sensation surprenante, et comme un aiguillon indigné que sa propre chaleur inhumaine commande de renverser.

« J’veux pas avoir à choisir qu’entre ça. C’est pas possible, tu vois ? Faut qu’y ait un autre moyen. »

Il demeure ainsi dans le silence de cogitations entravées, confessant par lui et pour la première fois son besoin de marcher avec elle sur ce terrain miné, malgré l’extrême inconfort de se trouver ainsi si loin de sa posture assurée, instinctive, naturelle : celle de l’homme peut-être déchu, mais encore capable de tout affronter et de tout assumer, quoi qu’il en coûte.

Oubliant sa réserve, la patte précautionneuse, émerveillée comme à la première seconde de la première minute, se love doucement autour de la chair exposée, du creux du coude vers la main jusqu’alors refusée.
Et tandis que s’alanguissent ses doigts dans le souci d’imprimer sans force leur présence, il murmure.

« Parce que, j’ai beau m’dire qu’on en sait pas tant qu’ça l’un sur l’autre, en fin de compte, j’ai juste… J’veux pas me louper. Et j’voudrais qu’tu sois… heureuse – ‘fin, j’prétends pas être la solution, du tout – j’veux qu’tu sois bien. »

bat'phanie • #898961
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Sam 14 Nov - 4:07 (#)


FOR ALL I HAVE IS A HEART UNSURE IF EVEN TIME CAN MEND
Voilà des jours, des mois, et peut-être au plus loin que je me souvienne, voilà des années que je rêve de dire à cet homme : j’aimerais vous parler, et entrer chez vous quelques heures, pour rien, pour bavarder.
Je ne le fais pas.

"Je voudrais vraiment te dire que non, tu sais ?" L'aveu est aiguisé d'une franchise que le cœur n'a pas encore appris à contrer, tremblant juste un peu quand le reste du corps se crispe, les muscles des jambes endoloris gémissant rien qu'un peu sous la tension qu'elle fait peser sur elles. L'honnêteté offerte, elle en savoure les nuances, un goût nouveau qu'elle essaie d'appréhender et d'apprécier à sa juste valeur. Ici, on ne saupoudre pas les mots d'un sucre empoisonné pour mieux faire passer un mensonge ou une vérité meurtrière. Ici, il lui offre la fraîcheur d'une réalité dénudée de ses atours aguicheurs, des paroles que le timbre fait vibrer d'un accent chantant l'ailleurs, pas tout à fait comme ici, ni vraiment comme là-bas, unique tonalité qui manque souvent de faire pousser un sourire à la pointe malicieuse des lèvres. Pourtant, rien ne vient les effleurer cette fois, juste le goudron de l'amertume qui slalome le long de sa gorge. Sumire qui s'imagine ne rien mériter, pas même ça, pas même sa présence revenue entre ses murs pour faire don d'une discussion tissé dans un calme qu'elle sent pourtant encore un peu fragile. Ou n'est-ce qu'elle qui frissonne de l'intérieur, d'angoisse, de terreur de remettre un pied sur une fêlure encore trop fraîche ? Le pardon sillonne sûrement les prunelles charbonneuses alors qu'il reprend, que le froissement de ses mouvements la berce autant qu'il jette son eau sirupeuse sur les flammes sempiternellement dansantes au creux de son être.

Une inspiration discrète, un nouveau souffle, une dose de patience qu'elle ingère en se détournant rien qu'un peu pour alanguir sa propre pose, dénouer ses jambes pour les laisser glisser hors de leur posture peu agréable après une nuit plus bordélique que les autres. "J’suis pas grand-chose mais j’suis quelqu’un de loyal. J’dis pas qu’il le mérite plus que d’autres, j’en suis pas à l’idolâtrer non plus, mais toi, tu voudrais d’un mec qui prête serment et qui s’y tient pas ?" Elle cille sous l'entente râpeuse du "pas grand-chose" qui résonne, retient la langue devenue trop bavarde, trop brutalement inspirée, pour ne pas l'interrompre, le détromper avec fermeté. Si le lien visuel se fait à nouveau, elle espère qu'il n'y voit rien d'effrayant, rien qui, de nouveau, lui fera claquer la porte. La nymphe aux ailes usées se laisse aller à croire qu'il y verra la plus belle vérité, la même franchise que ses paroles peinent à donner complètement. Parce que bien avant tout ça, tu résonnais d'un tout que je rêvais d'au moins effleurer. Finalement, elle secoue lentement la tête pour unique réponse, se pare de ce silence qui lui est tant familier, presque un habit de plus pour parfaire la tenue d'une putain à l'aura sibyllique. Non, elle ne voudrait pas de quiconque ne tiendrait pas ses serments, autant fait à elle qu'à un autre. Et dans les palabres caressantes, elle entend tout ce à quoi il s'accroche, tout l'intérêt qui s'allie à l'envie de ne pas cacher ce qui risquerait de se faire plus déchirant si l'aveu ne vient pas d'eux. Des "et si …" qui la mènent vers des scénarios désastreux où l'épilogue sonnerait forcément d'une mélodie tragique.

Un autre silence qu'il laisse planer au milieu des mots. L'intrigue et son attention s'aiguise, se porte sur tout ce qu'il ne dit pas, qui résonne peut-être trop fort en lui pour que les mots s'écrivent enfin. La main se gorge d'une nouvelle envie de l'apaiser d'un touché, dénué de curiosité, une impulsion que le cœur et le corps crient en même temps mais qu'elle se refuse. Mais le châtiment ne dure qu'un temps, les liens de la torture se délassant quand vient la brise des phalanges longeant sa peau, gommant sans le savoir le plomb qui pesait trop lourdement sur sa poitrine. L'aube d'un sourire, un éclat de soulagement mordoré perçant la grisaille des nuages que la culpabilité a emmenée avec elle. "J’veux pas avoir à choisir qu’entre ça. C’est pas possible, tu vois ? Faut qu’y ait un autre moyen." Les yeux quittent le mouvement de la main qui se hasarde contre sa peau puis l'abandonne pour mieux revenir à ses trats qui ne se sont pas floutés avec le temps. Ils ont persistés à rester aussi clair que tous les souvenirs dans lesquels elle plonge. L'illusion d'une éternité passée sans rien entendre de lui que des rumeurs à travers d'autres bouches l'a peut-être inquiétée. Ce "Et si j'oubliais tout" qui la hante encore parfois. "On va trouver." qu'elle arrive à murmurer, offrant à son tour l'ouverture de quelque chose, d'une envie d'abaisser un énième mur. C'est finalement lui qu'elle laisse entrer en elle. L'esprit bouillonne de questions, d'anxiété qu'elle maîtrise mal mais elle en laisse les échos de côté. Pas maintenant. Plus tard, elle aura tout le temps de se laisser submerger.

La main dérive, gratifie la peau d'un autre passage doucereux jusqu'à happer sa main encore fourmillante d'envie dans la sienne. Ses doigts s'y resserrent instinctivement, savourant la chaleur irradiante, la pulpe du pouce sillonnant le dos d'une main, courant sur les veines où bruissent sûrement le carmin d'un rouge que sa magie chérit de mille façons. Et la danse de son doigt continue ses esquisses, même lorsqu'il reprend " Parce que, j’ai beau m’dire qu’on en sait pas tant qu’ça l’un sur l’autre, en fin de compte, j’ai juste… J’veux pas me louper. Et j’voudrais qu’tu sois… heureuse – ‘fin, j’prétends pas être la solution, du tout – j’veux qu’tu sois bien." Il lui faut quelques secondes pour s'arracher à la vision de leurs mains alliées, s'y dérober sans violence, se laissant bercer par la sensation d'être à la bonne place mais de ne pas encore le mériter. "Je suis bien. Enfin, là, tout de suite, ça va." Elle le soupire, la voix emplie de trémolos discrets, assez pour qu'elle espère qu'il ne l'entende pas. Elle ne se souvient pas. Elle ne sait pas bien ce qu'elle a pu ressentir quand d'autres lui ont simplement tenus la main. Si le cœur a autant chanté et si l'être entier jusqu'à la racine de l'âme s'est fait plus brûlant encore. Un temps avant qu'elle retrouve le fil de la conversation, qu'elle sache trouver les mots, laissant errer ses yeux sur son visage aux expressions plus que parlantes. "Tu sais, je n'ai juste pas envie d'être la cause de ton renvoi." Un rire, toujours un peu nerveux, qui résonne pour offrir une pause. "Tu n'as jamais demandé à ce que je t'approche, ni à ce que ça aille aussi loin. Et en quelques sortes, moi non plus mais … Je ne regrette pas." Les mêmes mots qui reviennent, appuyant comme pour en souligner la puissance. Rien ne sera jamais regretté. "Ce que je regretterai le plus, ce serait qu'à la fin, s'il réagit mal, tu te retrouves sans rien et que peut-être, tu en viennes à me détester. Je ne pense pas qu'on pourrait continuer en partant de là non plus." Elle offre un instant de silence avant de laisser murmure un autre ruisseau de mots. "Je ne fais pas confiance aux hommes de ce milieu et à leur compréhension. S'il affiche bien, ça reste le patron d'un business grandissant." Les spectres de l'angoisse reviennent glisser sous la peau, l'étreignant avec une férocité qui laisse sa poigne se resserrer sur la main qui offre un cocon à la sienne. "Il y aura des conséquences, je le sais et ça ne me plait pas. Mais si tu tiens à le lui dire, j'aimerais qu'on en supporte le poids à deux. Tu n'as pas à tout prendre sur tes épaules, les miennes sont tout aussi solides." Un trait d'humour qu'elle laisse filtrer, sonnant pourtant de vérité. Son corps est bardé de fardeaux trop lourds et trop durs à exprimer. Et elle sent, rien qu'en le regardant, qu'il a son propre lot de secrets et de blessures à porter.

Juste un haussement d'épaules alors qu'elle détourne un instant le regard, le posant ailleurs jusqu'à le faire atterrir sur la bouteille encore pleine de son riz distillé.

"Dans mon pays, on appelle ça nihonshu. Et on a tendance à en abuser, il faut l'avouer." La main libre s'empare avec délicatesse de la bouteille quand la voix laisse résonner une langue qu'elle ne prononce plus depuis ce qui lui semble être une éternité. Le souvenir d'un pays arraché se mêlant à la symbolique de cette bouteille ramenée achève de ramener en elle des émotions voraces, enivrantes. "J'ai pensé que l'alcool m'aurait fait oublier." Les doigts glissent le long du verre, suivis par l'incisive des ongles que la matière laisse à peine chuchoter, un bruit doucereux que ses paroles noient à nouveau "Ce matin-là, je veux dire. Mais non. Il repasse en boucle, sans rien négliger. Pas un son, pas une sensation. Tout est là." En moi, tu continues de résonner. Trop fort. L'index sillonne pour gratifier le goulot d'un bref effleurement, une seconde pour en faire le tour avant que la main délaisse la bouteille, achevant ses caresses invasives. Le regard ricoche, se plante toujours au même endroit. Et elle ne se dérobe pas, sent que tout ce que fredonne ses yeux c'est le manque qu'elle n'ose pas prononcer, le bonheur timide que laisse planer son sourire, le plaisir impudent que les mains liées ont, depuis longtemps, fait naître.

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Sam 14 Nov - 4:56 (#)

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Living a hell, living your ghost, living your end.
Never seem to get in the place that I belong. I don't wanna lose the time to come. Silence is not the way.
L’émotion le prend et sa poigne sage se resserre juste un peu sur les doigts entrelacés aux siens. Il a l’impression de lui demander l’univers et elle lui donne le crédit de son repos comme une fleur fraîche tout juste éclose. Résister à l’envie de l’accueillir alors contre lui, pour lui laisser sentir les coups sonnés dans la forteresse de sa poitrine, lui demande l’effort indigne de se souvenir que c’est un retour prématuré à l’instant où pour la première fois, il dérobait son corps à l’interdit et à la solitude.

Laisser l’écoulement de ses mots lui parvenir, attendre sans jamais l’interrompre, boire ses paroles comme de l’ambroisie, quoiqu’elles se parfument de doutes et de craintes qu’il ne peut juger injustifiées, mais qu’il souhaiterait apaiser là aussi. L’hypothèse qu’il retourne contre elle la faute et son châtiment lui semble dénuée de sens, et pourtant il sait fort bien que lui-même s’attend toujours à être le bouc émissaire consenti, toujours. Il veut toujours tout prendre sur ses massives épaules, et ce n’est que parce qu’elle lui assure que les siennes ont su également porter leurs poids ingrats qu’il concède le point. Elle est largement adulte, elle aussi. Elle fait ses choix. Elle se tient droite, il l’a vu. Il a toujours si peur qu’elle se brise et cependant la devine telle le roseau.

« Je sais. Je sais que t’as raison. Je sais qu’il m’a prévenu des conséquences, j’me souviens plus des termes… mais j’crois que c’était assez clair. Et de toute façon c’est assez évident pour que j’m’en sois douté avant même de le connaître. »

Le dos de sa main repose sur la cuisse à demi dénudée et ses yeux s’égarent du nœud de leurs senestres, cheminant lentement le long des lignes rêvées maintes fois.
Il y a tant de choses qui se pressent en joutent à l’abri derrière ses prunelles baladeuses. Des aveux qu’il voudrait lui faire, des éléments de réponse. Et toute la cohorte des sermons qu’ils se fait à lui-même.

« J’te suis reconnaissant de vouloir porter tout ça avec moi. Crois-moi, c’est pas que j’t’en pense pas capable. Vous êtes embauchées pour avoir l’air dociles mais j’sais bien que t’es venue avec ton histoire passée, comme nous tous. Je sais pas c’que t’as vécu et quand tu voudras bien m’en parler, j’t’écouterai. Mais faut pas ajouter ça à ton lot d’emmerdes parce que tu te sens responsable. Je savais d’avance. La question s’est jamais posée avec les autres ; elles ont essayé pourtant, certaines. Y a qu’moi qui pouvais décider qu’ce serait toi et pas un autre et pour ça, t’as pas à t’sentir coupable. »

Je suis si désolé.

Il a fait tant d’erreurs déjà qu’il ne peut plus les compter, et ce n’est d’ailleurs plus le nombre qui importe. Ce qui l’occupe aujourd’hui, c’est que ces erreurs cessent de blesser d’autres que lui. Et sur cette ambition il n’en finit pas de se casser les dents. Il n’arrive toujours pas à assimiler l’idée qu’il n’y puisse parfois rien. Que toutes les conséquences de ce qui survient dans sa vie ne peuvent pas toujours être distribuées selon ses vœux. Qu’il n’est pas tout-puissant face à ce que ses vices et ses faiblesses font choir entre ses mains pleines de sang, ou lui renvoient comme autant de coups de poings qu’il lui est impossible de retourner.

Tout ce que son esprit, fatigué par l’existence, formule, est un piètre « Je ne veux pas être ici ». Et cet ici n’est pas un lieu, c’est un état. Une lassitude immense enfantée par les regrets, par les mots qui lui manquent. Par l’inadéquation, entre le miel de ses sentiments et l’or de ses intentions, et les remords qui s’amoncèlent sur les doutes. Par la conscience indélébile du monstre au fond de lui, qui ne se détourne jamais complètement de son opiniâtre travail de sape. Par le poids des morts, des pleurs de ses victimes, qui répercutent en lui les échos lancinants d’un vent de terreur.
Et tout cela, il voudrait le lui dire. Il sait qu’elle écouterait, et il aime penser qu’elle comprendrait, qu’elle ne le fuirait pas. Mais il se heurte à l’ampleur décourageante de rendre une telle faconde intelligible et se résigne, une fois de plus. Une autre fois, sans doute, peut-être. Il le faudra bien, d’une manière ou d’une autre – il n’y en a pas de bonne. Avide de ses secrets à elle, il rumine les siens, mais ne peut pas cacher ses fêlures aux gemmes sombres qui le sondent mieux que beaucoup d’autres. Il les sent sur lui, sur les angles tendus de son visage qui ne lui fait pas vraiment face, sur le voile de ses propres yeux, qui ont suivi la délicate nostalgie de cette griffe féminine sur le verre bombé contenant le parfum d’une autre terre qu’il n’a jamais connue, mais qui s’exhale à travers elle. Ainsi penché, il en humerait presque les senteurs de mystère et d’idéal, tout près du souffle qui le berce et du cœur-papillon dont son ouïe s’éprend. Le nom vernaculaire résonne sur sa langue alors qu’il n’ose pas en imiter la prononciation, et il semble ne plus écouter, alors même qu’il ne perd pas une miette ni des sentences ni de l’infinie beauté de ce geste qui le rappelle à d’autres qui lui étaient destinés, ébahi par la grâce et la subtilité des invitations qu’elle laisse toujours filtrer par l’élégance et la justesse de son expression corporelle. Il se souvient en avoir tout de suite été saisi, en la rencontrant pour la première fois, témoin d’un caractère inné participant de l’identité de cette vraie « dame » qui le surclasse de très loin.
L’admiration lui enserre la gorge tandis que ses prunelles remontent, aussi doucement que son faciès lénifié où pourtant se lisent sûrement les quelques marques d’un peu de cette gêne persistante de n’être finalement que lui, devant Elle. Navré, mais pugnace, parce que reconnaissant. Dans ce même mouvement il se hisse, approchant, effleurant à peine, inspirant les arômes longtemps guettés de son derme, au fil de l’ovale et jusqu’à la tempe, que ses yeux fermés dans la contemplation intime de cette palette olfactive laissent à ses lèvres le soin d’effleurer.

« Sers-nous. »

Sans s’effacer, il laisse la silhouette se mouvoir et produire pour la seconde fois le spectacle anodin et parfait de ses gestes hospitaliers, le glissement de l’alcool chuchotant à son oreille le rire d’un doux démon qu’il sait premier de toute une ronde.

« J’sais pas à quoi on peut trinquer… mais trinquons quand même. »

À ta beauté froissée par mon orgueil et retrouvée dans l’espérance.
À tes paroles qui me cajolent et dont je n’ose pas encore épouser la promesse.
À la sérénité que tu m’offres même sous la menace de l’impossible.
À cet autre verre que tu as mis dans ma main comme une clé pour faire tomber mes chaînes.
À l’unique d'entre elles, dont je t’ai confié les maillons.
À ta liberté, si tu me veux.

bat'phanie • #898961
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Sam 14 Nov - 5:20 (#)


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Voilà des jours, des mois, et peut-être au plus loin que je me souvienne, voilà des années que je rêve de dire à cet homme : j’aimerais vous parler, et entrer chez vous quelques heures, pour rien, pour bavarder.
Je ne le fais pas.

L’écho rassurant d’une paix précaire. Elle est fragile et de ses mains, de ses gestes, de ses regards, de ses sourires un peu timides, elle en prend soin, tente de ne pas la briser, de ne pas brusquer le lit calme de l’eau aux fonds troublés. Car le corps rugit, s’anime comme il s’est toujours un peu animé devant lui, se faisant tempête de désirs refoulés dans les mots échangés. Elle a espéré qu’il ne remarque rien puis parfois, un peu capricieuse, qu’il l’entende, ce tremblement fugace qu’il animait en elle dans des dialogues parfois trop courts, la laissant gourmande de plus. Demain, peut-être, elle reviendrait quémander un peu plus de la tonalité de sa voix, pour se laisser caresser par elle sans qu’il ne s’en doute. Il n’a pas vu et elle non plus, que lentement, il est devenu son îlot de paix. Elle s’y réfugie et se crispe de peur qu’il lui échappe. Parfois, dans des instants brefs, elle ressent l’envie de revenir à cet état de mort psychique, refaire de son cœur un désert où il n’y a que son fils dont les hurlements passent dans les sifflements du vent. Sinistre vision qu’elle repousse et repousse encore. Ce n'est pas le moment. Ses lèvres aimeraient lui dire, prononcer ses angoisses les plus terribles, confier ses secrets les plus lourds, des fardeaux de plombs amers qu’elle aimerait enfin délaisser. Ça ne vient pas. Ça bloque à l’orée des lippes qui se font moins avares de s’éclairer d’un sourire. Un plus sincère, un plus doux, un plus malicieux. Ils se déforment pour prendre la tournure d’une énième danse sensuelle s’alliant aux regards qui ne trompent pas. Murmures de vérité dans les miroirs de l’âme, il n’y a pas de place pour les mensonges. Il peut s’y fondre autant qu’il veut car, au moins, ici, elle ne peut rien cacher sans prendre le risque douloureux de mettre des mots sur ses émotions. L’étau de sa main autour de la sienne continue à apaiser les battements d’ailes du cœur chantant. Elle espère qu’il l’entend comme elle aimerait entendre battre le sien. L’oreille en a retenue les notes, les vibrations sourdes, puissantes, lentes et calmes qui faisaient taire les démons hurlant dans sa tête. Un Enfer qu’elle a ouvert aux esprits errants, à trop voyager entre les mortels et ceux qui ne sont plus qu’ectoplasmes d’une vie passée. Ils ont laissés en elle un peu de leur poison, transformant ses nuits en épreuve.

Est-ce que ce soir encore tu les feras disparaître ?

Sumire qui n’aspire qu’à l’oubli et à se repaître de sa présence, l’aspirer, vénérant de la pointe de l’ongle jusqu’à la pulpe du doigt où se creusent les empreintes. Elle s’arrache à la conquête du verre tanné, ressent comme un souffle nouveau l’impulsion du corps venant vers elle, la caresse avide de l’expiration contre son visage jusqu’aux lèvres qui se déposent sur sa peau. Les paupières s’abaissent un instant pour un moment de pause, une seconde volée au temps pour en saisir les sensations, toujours nouvelles, toujours troublantes mais qui ne font jamais mal. "Sers-nous." Un éclat de voix salvateur, une délivrance qui lui arrache un autre de ces sourires de bonheur qu’on savoure, hochant brièvement la tête. La main se délivre de la sienne, la chaleur du toucher y persistant encore. Entre deux doigts se saisit le pied d’un verre pour en pencher l'ovale quand l’or murmure enfin sa descente, une rivière coulant lentement dans son mince couffin, un éclat prometteur de perdition. Déjà les arômes de l’alcool s’étalent entre eux, murmure un ailleurs qui la rend nostalgique. "J’sais pas à quoi on peut trinquer… mais trinquons quand même." Une pause qui s’étend jusqu’à ce qu’elle lui tende l’un des verres comme un présent, méditant la question. "Hm … On peut trinquer pour nous, c’est suffisant." Le cristal chante dans un cliquetis discret, assez sonore pour signer là l’accord des prémisses d’une réconciliation. La langue goûte l’âpreté d’un alcool dans lequel elle s’est trop souvent noyé. Il pourrait lui rappeler les horreurs de soirées à tenter d’ensevelir son esprit sous des flots enchanteurs, à s’en abreuver encore et encore, gorgée après gorgée jusqu'à ce que la trachée ne devienne plus qu'un nid de flammes en attendant l’écœurement fatal. Mais rien ne vient. Rien sauf l'ambroisie enroulant la langue dans son velours un peu amer, les pointes d'une allégresse nuageuses recouvrant le regard qui toujours s'égare sur lui. Elle le croit mirage, injustement réel sous son touché indiscret, l'effleurement des doigts sillonnant la paume offerte contre sa cuisse. La gorge se serre d'une émotion aussi fulgurante qu'un éclair survenant sans un bruit, s'estompe au bout d'un instant. Le manque enfin comblé, la tristesse qu'il éponge sans que l'alcool ne l'imbibe encore. La voix aimerait dire que l'absence a été lourde, que sous les corps des autres elle l'a espérée, qu'elle aurait voulu venir plus tôt, savoir comment faire pour abréger ses souffrances. Mais malgré les lèvres qui s'entrouvrent, il n'y a rien de plus qu'un souffle qui s'en échappe, fugitif laissant traîner la musique d'un soulagement prononcé dans un silence qui ne la dérange pas. Une pause dans le trop plein qu'elle a laissé survenir sans vraiment le vouloir.

La faveur de sa main contre la sienne redessine les lignes de vie, évite les marques qui pourraient la faire flancher sans prévenir, des fleurs de souvenirs à cueillir qu'elle se refuse à voler. Peut-être que cette fois, j'aimerais que tu me les racontes, les voir à travers tes mots avant d'en contempler les formes et d'en ressentir les maux. Le verre se dépose dans un tintement discret, un abandon qui laisse sonner la déchéance. Cataclysme qu'elle sent enfler, hurler, maltraitant le corps et le pressant d'y mettre un terme. Si la dextre se veut douce lorsqu'elle lui dérobe son verre, son abandon est moins tendre que le premier, le bois résonnant dans un bruit sourd, fébrile. Ses genoux mordent le sol, pour à peine le surplomber quand ses mains enrobent son visage dans une caresse aimante. Le sourire est discret quand elle s'approche, laissant les orbes obscures s'embrasser bien avant que les lèvres ne puissent le faire. Le souffle d'un rire, à peine un soupir qui résonne de nervosité "Je n'ai pas demandé si j'avais le droit de te toucher mais …" Elle secoue la tête, cherchant ses mots, toujours bêtement balbutiante "J'en ai besoin, je crois." Pour m'assurer que tu n'es pas un rêve, un fantasme inventé par mon esprit malade. L'aveu résonne et elle refuse d'en avoir honte, la décontraction artificielle quittant lentement ses traits, révélant le trouble, l'envie enfantine et stupide d'encore demander pardon qui borde les paupières et les lèvres. Celles-ci se déposent contre une pommette, un effleurement appuyé dont elle réitère la danse sur la peau que la bouche peut atteindre, répandant en elle un nectar déjà connu, qui s'épanche sous la peau, lèche et mord les recoins interdit quémandant son touché, la rendant malade d'une impatience qu'elle retient. Gronde une envie de violence qu'elle ne fait pas taire, laisse languir leurs deux êtres livrant la caresse de ses pétales à ses lèvres. Encore elle se dérobe, laisse le choix, dévie pour profaner la commissure d'une bouche où elle s'est déjà abreuvée. Et elle se gorge de l'espoir qu'il la veuille encore, un peu.

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Lun 16 Nov - 2:46 (#)

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You in the dark, you in the pain, you on the run.
Living a hell, living your ghost, living your end.
Never seem to get in the place that I belong. I don't wanna lose the time to come. Silence is not the way.
Il y a tant de sujets importants dont il voudrait lui parler, des révélations qui ne devraient pas attendre et qui pourraient prendre des airs de piège, et pourtant rien de tout cela ne rôde sur ses lèvres : ce sont d’autres mots qui hésitent autour de sa langue, qu’il tourne sept fois dans sa bouche, mais il ne les prononce pas. Ils choisiront leur heure, tapis derrière un écran de papier, délivrant en ombres chinoises leur message que mille fois il a déjà traduit par ses regards, ses gestes, et tout un langage corporel qui n’est réservé qu’à elle, sans qu’il l’ait véritablement conçu à dessein. C’est instinctif et naturel, ce qu’ils se donnent, ce qu’ils s'offrent sans encore oser prendre tout à fait l’un à l’autre.
D’une seconde à l’autre il se croit capable de les prononcer, ces mélodies qu’il a composées pour elle dans le secret, et qui finalement demeurent assourdies, vagues silencieuses et timorées n’atteignant jamais le rivage promis.
Il contemple ses mouvements, scrutant chacun avec une affection mâtinée de vénération, du plus ample geste des mains servant la boisson à la plus infime palpitation de sa gorge, coordonnée avec le rythme dansant de son cœur qu’il se sait seul capable d’écouter psalmodier, dans l’atmosphère de cocon qui les entoure. D’ici à là, d’un détail à l’autre de son icône, les prunelles papillonnent, la senestre reposant sur la cuisse dénudée ne souhaitant pas s’en défaire, un pouls logé au creux de la paume pour murmurer leur conte à la peau qu’à peine, elle caresse, embrassant la chair où point l’aube d’une chaleur qu’elle reconnaît et appelle.
La dextre s’empare du cadeau de verre et dans le tintement d’une nouvelle signature, le sourire de connivence renaît, identique à ce qu’il était au premier instant de leur pacte. De concert ils goûtent cette eucharistie d’un genre particulier, et un instant de surprise saisit le buveur qui hausse les sourcils en avisant le liquide doré. Le vendeur ne s’est vraiment pas foutu de lui.
Il laisse revenir en sa poigne relaxée la délicate indiscrétion des empreintes et s’absorbe encore une fois dans cette grâce innée qu’elle n’a de cesse de distiller avec maestria. Il boit encore, savourant la vision, la saveur et le bouquet de leur moment suspendu.
Tout peut attendre, lorsqu’il est ainsi avec elle. À l’insu du temps qui passe, elle crée pour lui un souffle, une seconde éternelle où leurs échanges ont tout loisir de se laisser tisser avec patience. La fascination brûlante dispute son trône à la tendresse inextinguible. Il remarque les lignes où elle s’attarde, les points qu’elle esquive, les espaces convoités par ses iris se concentrant et s’évadant sans calcul et sans précipitation.
Quelque part en lui, un foyer s’illumine du bien-être dans lequel elle le baigne et l’absout.

Le vent, doucement, se lève ainsi qu’elle se défait de son breuvage. Il le sent, presque imperceptible encore, dans le chant du myocarde qui marque le temps plus fortement. De bonne grâce, il cède son propre verre presque vide, et se rejoue alors la même scène, à peu de chose près. Le décor et les émotions se mirent, et peut-être ont-ils seulement échangé contre la fulgurance de l’initiale conjonction la délicieuse certitude de la seconde, car son for intérieur tremble bel et bien de la même adoration. Les mains fraîches contre sa peau et l’aveu timide font écho à l’ignition première, et la candeur du présent n’efface pas le pouvoir de son sortilège : il l’aime férocement, ce rire qu’elle concède, cette fois sans que l’ébriété n’en soit la cause, cette pointe de gêne bouleversant l’immersion dans les flammes liquides de ses charmes impérieux. Il y répond par son propre soupir amusé, ses mains serpentant déjà le long des cuisses, ses propres jambes s’étendant plus pour inciter celles qu’il cajole à les encadrer. La bruine des baisers l’emplit d’une paix qu’il n’osait plus implorer, elle le grise et il s’y laisse dériver sans plus en avoir peur. Sous l’assise encore élevée de sa nymphe qui le surplombe, les doigts rampent avec une lenteur gourmande, entre le tissu et la chair couverte, s’invitant vers ce qui demeure caché – pour l’heure – afin d’y laisser une empreinte appuyée, sans voracité.

« J’t’en veux pas. »

Un murmure tardif quand les velours l’abandonnent et que le visage trop de fois évité lui fait à nouveau face. Parce qu’il l’a vu, ce frisson de culpabilité, au fond de ses globes d’obsidienne, et s'autorise un instant à se faire plus grave – une gravité sereine, un appel final à effacer l'injure.

« On oublie. C’est fini. »

La dextre glisse et s’envole pour écarter les plumes de fumée qui voudraient masquer l’embarras de la contrition. Les yeux se soutiennent à nouveau, la main souligne et enveloppe l’ovale, et dans la seconde contemplative se dessine un assentiment tacite scellé sur leurs lèvres jointes.
Il a attendu ce baiser comme un perdu cheminant dans un désert de rocaille, tantôt harassé par la sécheresse et la soif, tantôt par le froid et le manque d’elle. Aussi en prend-il soin, l’accomplit comme on forme une prière, la patte glissant doucement pour effleurer le flanc battant du cou, saluer le sein sans encore s’y attarder, poursuivre sa route sous le tissu le long des côtes, retrouver le sillon de la colonne pour s’y hisser ; sa sœur menant le bras qui s’enroule tel un python autour des reins pour emprisonner son corps contre son torse. Sa bouche dévale l’angle du menton, épouse le battement carmin. Et il la sent, cette envie qui irradie d’elle, et c’est plus doux que le paradis et plus fort que l’adrénaline, et cette liqueur de feu se déverse avec la langueur d’un poison qui redonne la vie.

L’ophidienne étreinte se desserre et intime aux bras graciles d’enserrer sa nuque, tandis que méthodiquement, il replie ses jambes, accentuant la pression des deux corps déjà soudés. Passant à nouveau sous le séant le soutien qui la maintient contre lui, il s’élève ensuite, la portant comme presque rien mais avec précaution.

« Faut qu’tu trouves un canapé. Le tapis, bon… »

Il avance et, passant près du bar, plonge sa main dans le sac à main abandonné là, sachant où trouver ce qu’il cherche.
C’est alors que sa main rencontre une petite poignée suivie d'un fin canon, une forme trop bien connue pour nécessiter un examen complet, et si sur le coup, tout à sa quête il n’en prend pas réellement note, l’objet s’impose dans sa pensée. Il n’en dit rien, une foule d’explications venant ensevelir les interrogations derrière un lourd rideau projeté depuis la hauteur du désir qui prend toute la place.
Par déduction la porte de la chambre est vite trouvée, toutes les notes de la présence olfactive de la belle se présentant pour enivrer son serviteur volontaire. Bientôt il la dépose, soigneusement, sur le matelas où il s’attarde aussi, pour décorer les parcelles de peau nue des cadeaux de ses lèvres et de ses paumes, glissant des lippes au buste, du ventre aux gables fuselés de ses jambes. De nouveau debout au pied du lit il se défait de son propre haut, au son cliquetant des plaques d’acier qu’il a recommencé à porter depuis quelques temps, dernier testament d’une identité perdue, et dont le scellé sur l’ouvrage gardé par Anaïs lui semble désormais moins précieux que le souvenir sur sa peau.

bat'phanie • #898961
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Lun 16 Nov - 3:58 (#)


FOR ALL I HAVE IS A HEART UNSURE IF EVEN TIME CAN MEND
Voilà des jours, des mois, et peut-être au plus loin que je me souvienne, voilà des années que je rêve de dire à cet homme : j’aimerais vous parler, et entrer chez vous quelques heures, pour rien, pour bavarder.
Je ne le fais pas.

Les mains se font de soie contre son visage, s'accrochent à l'ossature courant sous la peau qui n'a rien perdue de sa température presque fiévreuse. La chaleur qui souffle sous les doigts l'étonne encore un instant mais elle se débarrasse des questions qui viennent, les laisse se faire emporter par les flots des pensées qui s'éteignent, toute son attention braquée sur lui, laissant s'emmêler leurs prunelles déjà embrumées, orageuses, éclairées par un tonnerre silencieux. Il gronde en eux sans qu'elle n’essaie plus de le faire taire. Il n'a jamais cessé de grogner, ne ploie pas sous ses envies de paix et même l'alcool n'a rien assourdie. Il a versé sur elle sa liqueur aphrodisiaque, laissant planer en elle des dessins inavouables. Elle ne dira pas ce qu'elle a espéré, ce qu'elle a voulu, ce que ses lèvres n'ont pas soupirées. Elle ne dira rien. Pas maintenant. Déjà les mains conquièrent l'épiderme offert que seul le froid ambiant a caressé, s'étonnant d'y trouver là le rappel d’un même passage, des paumes glissant sur la douceur de ses cuisses, les marquant en silence quand tant d'autres y sont déjà passées. Mais ils sont sans traits, sans parfums, sans voix. Ils sont des fantômes vite oubliés, des corps qu'elle préfère gommer aussitôt la porte refermée. Et s'ils la marquent, ce n'est pas sur le coeur que s'inscrit leur nom. Jamais.

L'être s'alanguit, épouse son corps avec plus de confiance, moins de raideur, repoussant en silence les bras avides des souvenirs que la pulpe des doigts effleure par endroit, des sillons emplis de vie, de bruits et de mouvements. Elle en ressent la vivacité sans s'y laisser plonger. De ces endroits interdits où on entre pas sans toquer, sans annoncer sa venue, elle en chérit les sensations qui s'esquissent, comme ce qui précède un plongeon. D'abord l'eau caresse de sa fraîcheur, de son satin mouillé avant de happer le reste dans un capharnaüm de vagues et de bruits assourdis. Elle s'arrête avant, heureuse d'au moins avoir main mise sur ce don-là.

"J’t’en veux pas." Sa voix la sort du trouble que les marques peuvent engranger en elle, l’ébranlant plus encore. Maintenant, elle sait que tout résonne de vérité, qu'il y a dans ces quelques syllabes l'écho d'une franchise qu'on ne lui offre que rarement et qu'elle-même a du mal à abandonner. Déjà, elle sent un regret idiot lui saigner le coeur à l'idée d'avoir tant parlé, d'avoir tant dit, d'avoir, pour quelques minutes, décrochés les lourds rideaux qui dissimulent son âme Et toi. Toi qui m’abandonne ta confiance sans ciller à moi qui ne représente rien, juste un être éphémère dont les racines sont sérieusement souillées. Les lèvres fourmillent de tout lui avouer ; que ses mains sont souillées, que même son corps, parfois, est tellement crasseux qu'elle aimerait s'arracher la peau. Elle se force à ne pas flancher, à peser ses mots, à y croire férocement alors qu'il reprend "On oublie. C’est fini." Et finalement, elle hoche la tête, offrant un sourire à l'esquisse sincère "D’accord. Ça me va." Plus douce la voix, moins détachée qu'elle ne l'était l'autre fois. Elle ne se laisse pas emporter par le poids de tous ses doutes infondés, s'ancre à la réalité au touché doucereux qui s'égare sur les lignes du visage et bientôt s'émerge contre les lèvres enfin offertes. Soupir volatile qu'elle laisse échapper, déclare un apaisement comme un noyé retrouverait enfin la frontière sableuse après une errance aux aspects d'éternité. Tous les gestes rappellent le charme de l'aube aux ombres érotiques, souffle en elle une nouvelle vague d'affection à l'impact encore méconnu et mal réceptionné. Le coeur glaviote ses terribles battements, se déshabillant de son flegme habituel, se dégradant à coups de canons dans sa forteresse fragile. Il chante tout ce qu'elle ne sait pas dire. Elle refoule un sourire, sentant toute la force qui doucement s'enroule à son corps pour la faire fondre plus profondément encore, se laisse enrober par sa chaleur, par tout ce qui sonne la vie en lui, car pour cet instant, il l'est, la Vie en elle-même, chaude, tendre, douce et mortelle prête à se laisser plonger dans la plus mauvaise fange, elle s'y accroche. Elle écoute, attentive, le rythme de la respiration, le bruissement des mains contre sa peau, s'enchante en silence du parfum qu'elle associe à tout le reste.

L'air se fait sporadique à l'orée de sa bouche de nouveau orpheline, laissant les paupières s'abaisser pour savourer le cadeau d’un autre sens submergé, celui du toucher qu'elle sent encore courir sur elle, se déposant au creux du cou interdit où s'acharne le poul dans une course infernale. Il n'y a que la crispation des doigts sur ses propres bras enroulés autour de sa nuque pour témoigner d'une réaction fugace, un sursaut des hanches dont le mouvement n'appelle pas à la crainte.  Les bras glissent pour délivrer, rien qu'un peu, le corps fait prisonnier volontaire, abdiquant à la demande silencieuse. Elle en oublie presque les quarantes années qui sillonnent ses muscles, perdue dans l'illusion d'en avoir bien moins, harponnant le corps du sien. "Faut qu’tu trouves un canapé. Le tapis, bon…" La réflexion lui arrache un rire discret que la pièce où les meubles se font rares laisse résonner. Elle s’étonne de l’entendre sortir de sa propre gorge, un son de cloche qu’elle crée souvent pour le charme, pour laisser croire à l’autre que l’amusement est réel et sincère. Ici, dans la brève exode vers la chambre, il l’est. Pour quelques temps, elle laisse tomber les boulets de plomb qui s’accrochent à ses chevilles, se dérobant au rôle de la condamnée pour savourer un bref passage dans son Eden personnel.

La douceur des draps, la pénombre couvrant lentement la pièce de ses ombres tentatrices, l’opalescente Lune dirigeant ses rayons par la fenêtre qui borde la pièce. Elle y voit là un autre tableau enchanteur, une autre palette de couleur s'emmêlant au miel de sa peau, au bleu nuit de la couette, au blanc délavé de son pyjama que le temps a usé mais qu'elle rechigne à abandonner. Les lèvres sèment leur passage sur elle, cueillent les siennes, s’évadent à nouveau sur le chemin tracé par ses mains. Et le venin coule, assaille les veines en serpentins vicieux, laissant couler sa rivière aphrodisiaque des dunes timides aux pointes insolentes jusqu’au coeur battant entre ses cuisses. Et les frissons courent, uniques, presque douloureux et réclamant l’apaisement. Les orbes curieuses ne ratent rien de ce qu’il lui dévoile, sculptant les contours mis lentement à nus, son attention attrapant l’argent des chaînes dont elle ne perçoit pas encore les gravures exactes. Plus tard. Plus tard elle lira tout, se fera plus curieuse, laissant l’audace cueillir sa langue fourmillante de questions. Pour l’instant, elle n’est que silence, un silence d’émerveillement que les yeux doivent laisser miroiter.

Elle sort de sa léthargie sans pour autant que le regard ne prenne le large. Il reste sur lui, s’imprègne de tout pour ne rien oublier. Elle aussi voudrait vanter sa beauté, laisser venir le flot des louanges mais elle se tait, de peur d’en dire trop, de briser l’instant d’un aveu prématuré qui n’est peut-être qu’éphémère. D’un sourire maquillé de malice, elle guide son regard de ses mains qui se font curieuses de son propre corps. Sans jamais s’attarder, elles effleurent la poitrine naissante, passent contre le ventre pour mieux attraper l’élastique du bas qui la couvre encore. Les hanches s’agitent pour laisser glisser le coton et la dentelle. Dans un frémissement discret, le vêtement coulent le long des cuisses jusqu’aux jambes pour atteindre la pointe des pieds. Ils valsent jusqu’au sol, en silence, déjà oubliés. Elle se relève pour se débarrasser du dernier pétale de vêtement, enlevant le duvet d’un haut qu’un mouvement leste renvoie au loin à son tour, découvrant ce que ses mains ont déjà gratifier de leur passage. Déshabillée de sa honte et de son appréhension, le corps s’avance jusqu’à ce qu’elle puisse s’agenouiller au pied du lit, levant vers lui ses traits habités par une tempête d’émotions innommables. Les doigts remontent, glissent jusqu’au thorax où le myocarde s’anime toujours quand sous la paume courent les moindres battements. Les doigts tissant les arcanes déflorent, à nouveau, la peau conquise par une vie qu'elle ignore maudite. Un instant, elle s’y attarde avant que, dans toute sa finesse, elle redessine les muscles, les os que la peau laisse voir, des gondoles, des creux sur lesquelles elle s’abîme avec adoration, peintre de fortune rencontrant la muse de ses fantasmes. Les lèvres s’approchent, gratifiant la peau d’une caresse langoureuse. L’empreinte humide de la langue court là où la vie pulse, dégringole jusqu’aux côtes pour s’achever contre le ventre. Doucement, la respiration s’arrache à son rythme régulier, soulevant les prémisses d’un tumulte en son sein, leurs ombres ne cachant rien de l'érotisme qui les habille, de la faim vorace qui les a tenaillée pendant de longs jours. Le soupir flotte contre l’épiderme, la langue vipérine goûtant le sel d’une peau qu’elle a attendue, en vain. Le regard se loge dans le ciel marronné que l’obscurité rend aussi noir que le sien, sonnant une invitation de perdition presque avec insolence. Sa dextre court encore, délicate, laissant seulement la pulpe des doigts glisser le long d’un bras pour attraper la main qu’il lui a offerte auparavant. Dans un geste plein d’une tendresse que le corps cri, les lèvres adoubent les phalanges, y laissant à nouveau tomber la bruine lascive de baisers moins audacieux, déclamant son envie viscérale de chérir ce qu'il lui donne. A peine un effleurement jusqu’à ce qu’elle s’arrête à l’index. La pointe de la langue y court timidement, marquant la longueur pour que du bout des lèvres elle en saisisse la pointe, l’enlace de sa chaleur quand elle s’accroche toujours férocement à lui de ses prunelles orageuses, voulant encore entendre gronder le tonnerre, le sien, tout près de son oreille tandis que la nymphe le happe entièrement, mimant ce qui viendra un jour entre ses reins échauffés.

(c) corvidae
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Jeu 19 Nov - 22:11 (#)

FOR ALL I HAVE IS A HEART
UNSURE IF EVEN TIME CAN MEND
You in the dark, you in the pain, you on the run.
Living a hell, living your ghost, living your end.
Never seem to get in the place that I belong. I don't wanna lose the time to come. Silence is not the way.
Il aurait aimé le faire pour elle, puiser à la fleur de sa peau le plaisir de la dévêtir lentement, mais elle renverse la tendance – témoignant, dans ce soin patient du dévoilement, qu’elle aussi sans doute a subi l’outrage de l’envie inassouvie. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il s’envisage à l’orée des colombes qui saluent de leurs ailes les contours sujets de son adoration, pose son regard sur elles et s’y projette avec la tendre délectation du pieux amant qu’il fut déjà, et n’a jamais cessé d’être même dans l’isolement. Comme la première fois, elle est celle qui montre le chemin. Il laisse faire, spectateur immuablement subjugué par les lignes qui s’exposent, se meuvent, se dérobent, calligraphiant un rêve qu’elle aurait écrit chaque nuit depuis leur aube – il l’espère, le veut en tout égocentrisme. Et ces arabesques qu’elle dessine pour lui, il a l’autorité déplacée de s’en imaginer l’unique destinataire, quand on ne compte plus ceux qui les lisent au hasard du bitume ou d’une chambre-théâtre. Il veut croire qu’il est le seul capable d’en saisir le véritable sens, l’unique érudit possédant les clés du temple au cœur du temple. Sa chair brûle de son appel, ses mains fourmillent d’abolir la distance, et pourtant, il ne bouge pas, toisant la beauté de sa flamme avec la droiture d’un monarque juge de sa courtisane, sûr d’être prêt à tout abandonner de son inepte trône qui perd tout sens, d’un seul regard d’elle. Tenant du pouvoir d’user d’elle et cependant roi de rien, pas même de ses propres désirs, qu’elle manipule à sa guise, attise et façonne comme une souffleuse de verre.
La longue nuit qui les a séparés s’est épanchée comme un trait d’essence, et elle s’en approche, porteuse de lumière, détentrice de l’étincelle.

Partagé entre une confiance aveugle qui le pousserait jusqu’aux aux confins du vide, et l’impression saisissante d’avoir volontairement abandonné tout contrôle sur ce qui rend leur fusion imprévisible, il se fie à elle, épouse ses gestes, oublie l’idée de calculer les siens, se plie à une volonté qui n’est pas la sienne, mais pas totalement étrangère à lui. Un mouvement inexplicable qui est le fruit de l’imprévisible osmose de leurs esprits et de leurs corps, et qui s’épanouit un peu plus à chaque battement de leurs pouls défiant la norme sage d’une ritournelle fatiguée. La senestre glisse sous les chutes d’eau sombre et effleure l’épaule, coule sur la peau jusqu’à rejoindre les pinceaux graciles qui le peignent, avant de refluer. Les autres phalanges, pleines d’une avidité jugulée, se fondent dans l’océan de soie ténébreuse, sans heurt, sans crainte d’embrasser la nuque comme on soutiendrait un trésor de cristal lové dans son écrin de velours – mélange plein d’affection et de cette peur dévouée qu’inspirent les trésors les plus précieux.
Il laisse dévaler sur la somptueuse cérémonie de ses attouchements un soupir qui a la chaleur du soleil venu des tréfonds de son âme, tandis que celle-ci se jette au-devant de lui-même, supplie ce qu’il y a de plus sacré qu’on la laisse se mêler à l’étreinte de la vénérée, l’envelopper, la couvrir de caresses et de ce qu’il n’ose encore nommer. Cette énergie vertueuse et fulminante à la fois s’agrippe à la paroi de l’écorce, il sent son propre corps se concentrer comme par une attraction magnétique qui le dépasse et qui émane d’elle, toute entière. Sous la cage monumentale de ses côtes c’est un serrement plus puissant que sa poigne, plus fort peut-être que la colère sanguinaire et la haine universelle qui le hantent, au point que même cette obscure et redoutable part de lui s’en trouve désarçonnée, incapable de se faire entendre.
Jamais il ne saurait détourner de la vision de paradis ses iris tourmentés par les aveux interdits, et sa gorge se comprime un peu alors qu’il détaille, peu à peu, le baiser qu’elle accorde à chacune des arrêtes où trop de fois la violence s’est imprimée pour ne jamais plus s’effacer. Il a le sentiment que le sang les macule encore, et que les lèvres qui y apposent une douceur aux airs d’inconnu le bénissent d’autant de pardons qu’il y compte de condamnations à mort. Il l’entend, cet écho rauque qui résonne tout au fond de son souffle rendu tremblant d’une inexprimable émotion.

Sauve-moi, je t’en prie.

Les velours chauds de la langue qui se propose à lui cueillent en avance une offrande qu’il lui promet mais la raison retient sa main libre. Et le temps que dure ce questionnement qui n’a pas besoin de mots, il hésite, douloureusement conquis par l’idée de l’impossible accord qui se lit au fond des yeux.
De la tempe galope le bout de ses doigts libres sur le contour de l’ovale, pensivement ils glissent sans imprimer plus que leur présence au fil gracieux de son menton, délaissant l’opale pour défaire la boucle de la ceinture. Avec souplesse les mains manipulent l’objet sous un regard qui se baisse sans que le besoin en soit la cause, et la bande de cuir serpente, avec une lenteur réflexive, autour des hanches. La gauche vient quérir avec douceur la main de Sumire et la droite y dépose la boucle, avant d’abandonner la longueur à sa jumelle.
Les manœuvres sont silencieuses sous les coups de marteau erratiques. Il est à mille lieues de toutes ses certitudes, à l’exception d’une seule qu’il ne peut lui cacher, lorsqu’il revient à la contemplation éprise de ce visage où la pénombre électrique de l’urbanité jalouse à la lune des lueurs et des ombres où il s’évade comme en un havre incertain.
Il ignore tout, sinon ce qui dépasse de loin le don de la chair.

Presque sans oser, un index s’attarde un instant le long d’un poignet de nacre quand il met l’un, puis l’autre de ses genoux à terre, ne portant encore son faciès à la hauteur de l’idole que par la fierté de sa foi.

bat'phanie • #898961
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Sam 21 Nov - 21:11 (#)


FOR ALL I HAVE IS A HEART UNSURE IF EVEN TIME CAN MEND
Voilà des jours, des mois, et peut-être au plus loin que je me souvienne, voilà des années que je rêve de dire à cet homme : j’aimerais vous parler, et entrer chez vous quelques heures, pour rien, pour bavarder.
Je ne le fais pas.

Il règne un silence presque religieux, respectueux du spectacle qu'ils offrent à la nuit veloutée. Ils s'abandonnent une énième fois à la volupté des sens et elle s'en recouvre sans y accorder de limites. La descente des doigts contre sa peau réveille la fulgurance de sa passion agitée, une étincelle que son touché transforme en brasier presque douloureux. Les langues enflammées voguent sur les moindres parcelles du corps que ni la soie ni le coton ne recouvrent plus. Les caresses ne pressent rien, creusent des souvenirs de son passage quelques secondes auparavant, comme le vent soufflerait sur elle en continu pour qu'elle n'en oubli pas les baisers doucereux. Les flots tendres d'une ivresse étourdissante l'emportent, guident les perles des doigts qui bientôt se font attraper, trop brièvement mais son corps se fait aussi absorbant qu'un papier à lettres où il écrirait des mots que rien ne peut effacer. La chaleur de la poigne persiste, spectre de sensations qu'elle découvre à nouveau, l'aube n'ayant pourtant rien n'effacée. Tout lui semble toujours plus clair à la moindre occasion qu'offre ses paupières fermées d'en effleurer les souvenances vivaces, aux détails encore intouchés par les affres du temps. Mais dans un souffle que porte la bise humide, elle s'immerge dans les eaux sulfureuses de cet instant présent, un autre souvenir que leurs mains, leurs regards, leurs corps emplis d'une inspiration soudaine écrivent sur la même fréquence. Tisseuse du moindre frisson, elle laisse encore courir ses doigts puis ses lèvres sur le passage sinueux qu'elle crée, invisible mais certaine qu'il en sent la caresse discrète, presque timide pourtant emplie d'une affection toujours plus grandissante, une tempête hurlante que le cœur aide à faire s'élever, pulsant dans les moindres battements, une dissonance qui menace de la faire trembler plus fort encore que l'air brûlant à l'orée de ses lèvres.

Au creux de sa bouche offerte se diluent les nuances d'une peau que la langue explore le temps de quelques secondes, offrande sucrée d'une péninsule curieuse, délicate, les opales charbonneuses s'aventurant dans les siennes, y trouvant là un îlot sur lequel elle échoue sans craintes d'être repoussée. Il ne se dérobe pas, ne dérive pas vers un autre rivage plus obscur pour l'éviter, jamais il ne la fuit. Il l'observe autant qu'elle le scrute, s'attachant à tous les détails qui témoignent de sa réelle présence. Pas un rêve, ni un fantasme que son esprit tourmenté essaie de lui dessiner pour la laisser ébranlée quand le réveil viendra la cueillir. Non, tout cri sa présence, de la chaleur rassurante de la main épousant sa nuque à l'entente de sa respiration, toute proche, presque assez proche pour qu'elle en sente la faveur sur son visage. Les lèvres relâchent l'index dans une remontée langoureuse, gardant sur le lit de son palais celui d'un sel comme parmi d'autre mais la saveur est différente, s'alliant à lui, à son souvenir et à son existence solide. Quelque chose lui chuchote qu'elle ne mérite aucun des regards qu'il laisse dégringoler sur elle, ni l'effleurement aérien que les phalanges offrent à ses traits, redessinant les contours de son visage que les lueurs nocturnes rendent toujours plus pâles. Le regard s'abaisse quand elle résiste à l'ardeur féline de pencher la tête contre sa main. La sienne se dérobe à sa poigne et alors, elle se fait témoin du cuir glissant, le cliquetis de la boucle qu'on déloge lentement résonnant comme les prémisses d'une tension explosive. La valse des mouvements la laisse toujours plus muette, figée dans la contemplation et l'expectative. Pleine de sagesse, toujours patiente, elle oscille entre son visage et ses mains, l'une finissant par s'enquérir de la sienne pour y déposer la longue corde de cuir. Dans la tour de chair, l'oisillon palpite plus fort, hulule à s'en tordre la gorge et déclame ce qu'elle tait toujours, encore, l'évidence alors que l'argent presque froid se dépose dans l'autre paume. Les doigts s'y referment lentement, presque avec crainte de briser le présent trop précieux qu'il lui abandonne. Elle sent, dans ce qu'il ne dit pas et qui n'a pas besoin d'être prononcé, toute l'importance du geste. Et le calme se dérobe doucement à ses traits apaisés pour laisser apparaître le désarroi lorsqu'il s'abaisse face à elle.

Les paupières papillonnent, les prunelles scrutent et recèlent sûrement de tant de paroles brûlantes, vibrants si fort qu'elle en sent les étincelles dans les moindres interstices que la peau exposée absorbent pour laisser couler sa lave, faire de ses veines un torrent incandescent, sillonnant, vipérine, les courbes des seins dévoilés dont les baies se perçoivent dans la semi-pénombre, silhouette d’ombre longiligne face au colosse à la stature pourtant fière, presque militaire. La posture et le murmure d'une caresse contre son poignet menacent de corrompre les dernières traces de calme régnant en elle. Ce n'est pas la peur, ni l'effroi, pas même le dégoût qu'elle sent pointer mais l'adoration qui bloque au fond de sa gorge serrée, l'aveu prématuré se glissant presque hors de sa cage, ses lèvres s’entrouvrant comme une porte prête à révéler ses plus profonds secrets. Se muselant de force, l’ourlet n’ose s’ouvrir davantage et elle préfère offrir sa confession muette d'un sourire, toujours un peu discret, tiraillé par une mélancolie faisant désormais partie d'elle. Lentement, elle se penche, assez pour que la distance ne soit qu'un bref souvenir. La pointe de son nez se fait égale des doigts qui le dessinaient auparavant, s'abandonnant à l'obscurité totale de ses paupières refermées, appréciant le contact furtif de leur peau. L'accord est scellé par un baiser qu'elle emporte avec elle comme un secret partagé alors qu'elle se recule, s’affaisse à peine pour qu’ils se fassent presque face dans l’obsidienne d’une nuit éclairée de son croissant bien aimable pointant à peine ses lueurs au travers de la lucarne qui illumine son dos à la ligne vertébrale creusant son sillon jusqu’aux reins, fossettes creusées dignes de ces violoncelles dont on pourrait jouer des cordes usées bien longtemps, instrument à la peau brûlante et à l’âme asservie s’abandonnant à la poigne d’un homme-muse. La sirène approche, charme le marin perdu pour souffler l’audace d’un baiser bien chaste contre ses lèvres avant que, dans des gestes qui donnent l'illusion d'une assurance sans faille, elle ne fasse glisser le cuir contre la nuque, collier de cuir lui rappelant l’acte immonde qu’elle a fuit et dont elle ne veut se souvenir, hésite un instant dans un souffle perturbé avant de reformer la boucle, la pointe de la langue s'infiltrant à nouveau dans le fermoir de métal. Toute l'attention portée à sa tâche, elle serre, lentement, les secondes s’effilant dans ce murmure du cuir contre la paume, levant vers lui son regard empli d'une nervosité que le corps témoigne dans les tremblements des mains et la crispation discrète des épaules. Elle ne veut ni faire mal, ni brusquer, qu’il ne la fuit pour son audace et ses fantasmes qu’il attise sans le vouloir. La nymphe en oublie tous les hommes que ses cuisses ont accueillies, la froideur avec laquelle, parfois, elle les piège contre son corps qui devient réceptacle de leurs désirs embrouillés. Ici, tout compte et la moindre bavure l'effraie plus que de raison. Il pourrait la fuir pour l’affront d’un tel abandon à sa personne qu’il ne connait finalement que peu. Elle aimerait demander, s'il en est certain, si c'est en elle qu'il veut laisser fleurir autant d'espoir et de pouvoir. Mais là encore, elle demeure prisonnière du silence, la voix en cendres mais les yeux toujours inspirés car Zach Solfarelli semble être devenu la muse de ses moindres silences, de ses murmures, des fantasmes qui s’écoulent lorsque durant des jours, il n’y avait que cette aube pour lui faire trouver la céleste jouissance.

Dans une inspiration qui l'abreuve d'un peu plus d'assurance, elle referme l'étreinte de cuir tout contre la pomme d’Adam, refusant de le voir animal dont la main est la seule maîtresse. Ils seront égaux cette nuit, brutaux, retournant à l’état sauvage que dictent leurs désirs primaires. "Dis le moi, si ça te fait mal ou si je t’étouffe. » qu'elle murmure enfin, l'accent presque plus chantant, la voix plus chancelante car elle vacille de l’intérieur. Tout s’effondre et se reconstruit, une fin pour une commencement. Sous les filigranes d'encres de ses cheveux, elle l'observe encore un instant, éprise avec autant de puissance que ces filles découvrant l'aube de sentiments amoureux. "Tu peux te relever." Il n'y a que les consonances de la bienveillance, une douceur qui appelle toujours à avoir son accord. Elle attend, laisse les doigts s’enquérir des dernières épaisseur de vêtements qui le couvre, laissant les griffes opalines le dérober à la chaleur de l'éphémère pour celle plus réelle de son propre corps qu'elle aspire à étreindre pour ne plus lâcher. La dextre glisse le long d'un bras pour forcer son dos à rencontrer le duvet du matelas sans jamais lâcher la laisse de fortune entre ses doigts peu assurés. Et elle se fait souveraine de son corps, saigne les hanches de ses cuisses bien pâles jurant avec la peau tannée par un soleil dont elle ignore encore tout pour se laisser attraper par la vague d'un frisson courant dans l’éden couvé par ses cuisses où suinte la rosée d’une envie que son ventre ne pourrait oublier tant elle se fait profonde et douloureuse, n'ose rien d'autre que s'incliner tout près de lui, les pointes des cheveux glissant sur eux comme un rideau crépusculaire, étanchant sa soif contre ses lèvres, y déposant la promesse de chérir sans plus jamais écorcher injustement, la timide poitrine aux baies venant d’éclore fondant contre le torse brûlant. Elle s’écoule sur lui, la langue curieuse retraçant la ligne volontaire de sa mâchoire, n’osant lui confier le "Tu m’as (bien trop) manqué", bouffée par les non-dits mais finissant par le recouvrir d’elle, le bonheur de retrouver sa chaleur la vivifiant de l’intérieur, faisant hurler le rouge d’une magie trop gourmande.

(c) corvidae
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