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danil ☾ la pleine lune est jalouse

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Anonymous
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Dim 15 Nov - 2:20 (#)


( la pleine lune est jalouse )

Il y avait des rendez-vous nocturnes qui vous marquaient plus que d’autres. Erynn n’aurait jamais cru qu’un de ses clients puissent, un jour, gratter la carapace et goûter à sa douceur. Pire encore, jamais elle n’aurait cru éprouver une certaine affection pour l’un d’eux, elle qui préférait l’odeur de l’agent à l’odeur de leur corps.
Mais Danil, sous ses airs bourrus, avait cette douceur-âcre qui restait dans un coin. Bien trop laissée à l’abandon, Erynn l’avait trouvée par mégarde et finalement, elle n’en restait pas moins satisfaite. Contente de cette trouvaille, elle laissait à Danil le plaisir de la retrouver, les soirs où les nuits solitaires étaient bien trop lourdes à supporter. Et même s’il glissait toujours des tonnes de billets, Erynn éprouvait un certain plaisir dans sa compagnie.
C’est sûrement leur accent familier qui lui permettait de réchauffer son coeur cabossé. Car au-delà du physique quasi-plastique du jeune homme, de ses yeux bi-colore, de sa masculinité suintante, il venait tout droit de l’Ukraine. L’Ukraine qui, abandonnée, continuait de résonner dans son coeur et parfois dans sa tête. Elle avait beau être moche, grise, douloureuse, elle n’en restait pas moins partie intégrante de ce qu’ils étaient. Elle avait beau avoir été dévastée par les fumées radioactives, par les politiciens véreux, pas les guerres incessantes, elle était tout de même leur Ukraine, celle qui les avait vu naitre. Et ils avaient beau la haïr, quelque part, ils restaient fascinés par ce pays qui, finalement, ils n’avaient pas connu. Du-moins, du côté d’Erynn.

Elle avait fait table rase de son passé. Elle avait carrément changé de prénom et de nom. Elle ne s’appelait plus Lilia Boganim mais Erynn Driscoll : la catin des bas-quartiers. Elle n’était plus la petite ukrainienne sauvageonne, l’immigrée en perdition, mais la belle des rues à l’accent de l’Est, aux envolées lyriques, aux promesses qui seraient tenues jusqu’à l’aube - ou bien avec un rallongement du tarif.
Et elle aimait cette condition qui la décrivait plus qu’elle ne l’aurait imaginée, c’est ce qui lui permettait d’obtenir l’adrénaline dont elle avait besoin, c’était son moment stable à elle aussi imprévu qu’il ne pouvait l’être.

Cela faisait deux ou trois fois qu’elle ne passait la nuit qu’avec Danil, n’éveillant les soupçons de personne puisqu’il lui permettait de repartir avec le cachet nécessaire pour une bonne nuit de travail. La nouveauté résidait dans le fait qu’elle n’avait pas besoin de se déshabiller pour lui faire plaisir, seule sa présence, ses étreintes, sa présence suffisaient à combler son client. Elle était payée pour dormir auprès de lui et rien d’autre. Peu habituée à ce genre de demandes, Erynn fut maladroite au tout début. Elle qui aimait entendre les râles de plaisir, les soupirs sensuels ou bien sentir les mains aguicheuses s’agrippaient à ses fesses ou à ses seins, elle fut tout à fait gênée de ne rien faire. Elle ne savait pas réellement faire autrement. Elle avait l’habitude de s’offrir totalement, nue, face à ses clients. Mais s’offrir, en restant habillée, relevait d’un autre niveau. Jamais elle n’aurait cru que ce soit si étrange - peut-être même compliqué, faut-il l’avouer. Mais petit à petit, Erynn s’était prêtée au jeu. Et ce soir-là, afin d’être tranquille, elle avait demandé à dormir dans sa voiture, à abandonner les motels miteux ou sa chambre du Phoenix Street Building.
Elle oubliait alors sa furie du matin, ses craintes de l’après-midi et ses espoirs du soir.

« - Et tu vis dans ton tacot, même l’hiver ? avait-elle demandé, se roulant dans le léger plaid, tout prés du corps de Danil. »

Comment pouvait-on se payer toutes les catins du coin et vivre dans une bagnole ? Elle ne pouvait pas comprendre, bien trop attachée à sa condition plus que bourgeoise. Elle avait de la chance d’avoir une chambre rien qu’à elle à la villa de Pinecrest, et même si ses colocataires ne l’enchantaient guère, elle pouvait se réfugier dans un lit douillet ou se maquiller face à sa coiffeuse d’époque qu’elle aimait tant. Elle ne pouvait comprendre que l’on puisse vivre dans un endroit aussi petit, bien qu’elle puisse trouver cela amusant de temps en temps.

« - Je comprends pourquoi tu cherches de la compagnie la nuit, il fait froid, on se les caille complètement ! »

Elle avait beau aimer cette aventure, la chaleur de sa chambre lui manquait dès qu’elle frissonnait. Elle passait du coq à l’âne, ne sachant pas exactement si elle appréciait cela ou si, au contraire, elle détestait.


( Pando )
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Dim 15 Nov - 20:48 (#)

La pleine lune est jalouse
Danil & Erynn
J'avais une amie, maintenant c'est fini. Un sens à ma vie, mais je n'ai plus envie. Et j'ai tout donné, j'ai tout dépensé, pour ce souvenir, ce rêve éveillé, réveillé - Au coeur de la nuit, Téléphone

Les bas quartiers de Shreveport étaient le dernier endroit au monde où on pourrait s'attendre à trouver des anciens militaires, des gradés de surcroît, mais entre les fantasmes et la réalité, il y avait tout un monde et même plusieurs. Dans le fond, je ne serais même pas surpris de croiser un ancien compagnon d'armes au détour d'une ruelle crade et mal fréquentée. Pour beaucoup d'entre nous, le retour à la vie civile était très compliqué, le contact humain laborieux. Lorsque l'on passait de longs mois sur le front, coupé de ses proches et de tout ce qui nous faisait garder les pieds sur terre, on finissait fatalement par plonger dans une réalité parallèle, comme si un mur de verre se dressait entre les autres et nous. Nous n'étions plus que des étrangers aux yeux de ces individus aux traits pourtant si familiers, et, parfois, on perdait le signal pour de bon. La solitude devenait de plus en plus dense, de plus en plus difficile à supporter. D'habitude, je n'avais pas de problème avec la solitude, j'étais d'ailleurs d'un naturel très solitaire, mais il arrivait des moments où je ne supportais plus de me regarder en face parce que je m'enlisais dans les secrets et les mensonges au point de ne plus savoir qui j'étais vraiment. Le plus ironique dans l'histoire, c'était qu'après tant de temps à essayer de planquer ma véritable nature, à m'échiner à me rendre invisible, aussi discret et furtif qu'un insecte, c'était cette même nature qui se manifestait de plus en plus, jusqu'à me donner l'impression que c'était là, écrit en plein milieu de mon front. Ce sont précisément les instincts de la Bête qui m'ont porté jusque là, bien plus qu'une envie de m'encanailler en fréquentant des prostituées. Depuis la nuit cauchemardesque de Samhain, depuis que j'avais contemplé l'abîme de mes propres yeux, la Bête se faisait plus présente, elle se rappelait à mon bon souvenir.

Elle avait faim.
C'était une faim dévorante, lancinante, qui tapait sur le système, jusqu'à devenir obsessionnelle.
Une faim qu'il était urgent d'assouvir.

Lorsque j'étais en pleine zone de guerre, il était plus facile d'échapper à la surveillance des autres gars pour se nourrir sur les corps troués aux visages éclatés, aux torses et aux ventres béants, même si la chair avait un arrière-goût de plomb. Puis, quand le besoin de tuer se faisait sentir, là encore, la parade était toute trouvée. Un cadavre de plus, un cadavre de moins, qui s'en apercevrait ? En ville par contre, en temps de paix, c'était beaucoup plus compliqué. Il fallait rester discret, en plus de développer des compétences particulières pour faire disparaître un corps. Or, quiconque ayant regardé bon nombre de séries policières savaient qu'aucun crime n'était parfait, qu'il y avait forcément des traces. Le plus simple était encore de choisir pour cible des individus que personne ne cherchera, parce qu'ils ne manqueront à personne, les prostituées et les clochards en première ligne. Elle aurait dû me servir de casse-croûte, à la base, mais force est de constater qu'elle m'avait eu. Finalement, je n'étais pas bien différent du chasseur qui n'eut pas le cœur de sacrifier Blanche-Neige et qui dut se contenter d'une autre proie. Ma Blanche-Neige à moi était une blondinette à l'accent slave et à la peau tatouée et elle avait des secrets bien cachés dans les tréfonds de son coeur, rien de tel pour aiguiser ma curiosité, reléguant les instincts de ma Bête aux second plan. Plus d'une fois, j'avais aperçu au fond de ses yeux mon propre reflet, non celui que je voyais lorsque je me regardais dans un miroir, mais celui de mon âme. Au gré de nos rencontres nocturnes, j'ai commencé à ressentir quelque chose, un je-ne-sais-quoi de dangereusement addictif, qui faisait que je la réclamais elle et personne d'autre. Ça s'insinuait dans mes veines, sous ma peau, ça finira mal, c'était même une évidence, mais ce n'était pas ce qui me fera reculer. Je n'avais pas peur du danger, je n'avais pas grand-chose à perdre pour être honnête. Puis, au contact de cette fille, je me sentais vivant, je n'étais plus vraiment ce mec un peu paumé fêlé du casque ; si bien que j'en voulais encore, toujours plus. Je ne la sollicitais pas forcément pour du sexe, j'appréciais simplement sa compagnie. Une partie de moi était beaucoup trop intriguée pour seulement songer à la laisser filer, je voulais savoir ce qui se cachait derrière cette carapace, derrière ce joli minois. Ce n'était pas parce qu'elle était une pute qu'il fallait la traiter comme un objet, après tout, elle était un être humain comme les autres, et en tant que telle, elle méritait le respect qui était dû à tout à chacun.

Ce soir-là, j'avais voulu quelque chose d'un peu différent. Je voulais partager quelque chose d'un peu spécial, donner un peu de ma personne, tout comme elle donnait de sa personne. Je n'y voyais là qu'un juste retour des choses, un deal gagnant-gagnant. Au début, cela m'avait paru étrange, de l'inviter dans ma voiture dans le sens où peu de personnes ont eu l'opportunité d'y monter mais j'avais éventuellement fini par me détendre, jusqu'à coincer une cigarette entre mes lèvres pour l'allumer, laissant mon paquet de clopes à portée pour qu'elle puisse se servir si elle le désirait. Finalement, Erynn lâcha une question, qui m'arracha un sourire en coin.

« Ce n'est pas un tacot, d'abord. » répondis-je en jetant à la jeune femme un regard de biais, guettant sa réaction. « C'est la première caisse que j'ai eue quand j'ai enfin décroché mon permis. Je l'ai payée une misère et je l'ai retapée moi-même. »

Peut-être avais-je l'air de me vanter mais dans le fond ça n'avait pas d'importance, parce que j'en étais fier. Je tirais une longue latte sur ma cigarette, appuyant mon coude sur le bord de la portière, dont la fenêtre était grande ouverte.  Mon regard bicolore captura le profil d'Erynn, qui se blottissait un peu plus dans le plaid.

« Mais oui, je vis ici. C'est ma maison, et tu es en quelques sortes une privilégiée parce que tu es une des rares personnes qui a eu l'occasion de s'asseoir sur ce siège. » Mon sourire en coin s'accentua, puis je redevins tout à coup très sérieux. « En vérité, je vis dedans depuis mon retour de la guerre. Avant, je vivais à Chicago avec ma mère, mais elle a dû rentrer au pays et depuis, j'erre de ville en ville, jusqu'à poser mes valises à Shreveport, enfin, façon de parler. » Mon ton se voulait détaché, mais évoquer ces souvenirs restait douloureux, alors, je les verrouillais, je les enfouissais tout au fond de moi. « Je n'ai pas vraiment pris le temps de me chercher un appart depuis que je suis ici et pour être honnête, je ne sais même pas si j'ai envie d'un appart, je ne veux pas avoir un fil à la patte, je préfère me dire que je peux tout plaquer et me barrer du jour au lendemain si ça me chante. Je suis un esprit libre. »

Cela valait aussi pour les relations humaines. Il était rare que je m'attache, que je reste, j'errais de conquête en conquête, tout était éphémère, jetable, probablement parce que je n'avais pas encore trouvé celle qui me donnera envie de rester pour de bon. Je secouais légèrement la tête comme pour chasser ces pensées de mon esprit.

« En tout cas, je trouve ça très amusant que tu supportes si mal le froid, c'est à se demander si tu es vraiment une fille du froid. » On ne pouvait pas dire qu'en Ukraine, les températures étaient particulièrement clémentes. « Tu sais que nous avons un remède imparable pour lutter contre le froid ? » Je souris d'un air mystérieux avant d'allonger le bras et de récupérer quelque chose sous mon siège. « Vodka? »

Allez, pitié, dis-moi que tu es autorisée à picoler pendant ton service, que je ne sois pas tout seul à boire, même si dans le fond ce n'était que de la poudre aux yeux parce que contrairement aux humains, j'avais une plus forte résistance à l'alcool et c'était probablement elle qui risquait d'être bourrée en premier.
Made by Neon Demon


@Erynn Driscoll
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Lun 16 Nov - 12:24 (#)


( la pleine lune est jalouse )

Touché, coulé. Erynn sourit malicieusement quand Danil tenta vainement une justification. Il dormait dans un tacot, c’était un fait et malgré toute la belle histoire qui s’y cachait derrière, cela ne changeait rien pour Erynn. Elle aimait les belles choses, faute d’avoir pu en profiter étant enfant. Alors forcément, elle serait plus à même de se tourner vers une somptueuse villa plutôt qu’une vie en caravane. De toute manière, si Erynn avait été une personne saine, avec la tête sur les épaules, elle aurait sûrement eu énormément de respect pour lui. Peut-être même une pointe d’admiration. Mais si Erynn vivait une vie qualifiée de normale, elle ne l’aurait sans doute jamais rencontré (ou bien, elle serait morte). Alors comme toutes réponses, l’ukrainienne lui sourit et s’enroula dans le plaid.

« - Mais oui, je vis ici. C'est ma maison, et tu es en quelques sortes une privilégiée parce que tu es une des rares personnes qui a eu l'occasion de s'asseoir sur ce siège, commença-t-il à lui dire, flattant tout bonnement l’ego de la jeune femme, En vérité, je vis dedans depuis mon retour de la guerre. Avant, je vivais à Chicago avec ma mère, mais elle a dû rentrer au pays et depuis, j'erre de ville en ville, jusqu'à poser mes valises à Shreveport, enfin, façon de parler. »

Danil avait réussi à capter l’attention de la blonde délavée. Elle avait posé son regard sur lui alors qu’il lui racontait des bribes de son histoire, de son intime. Il lui offrait un bout de lui sur un plateau d’argent et, sur le coup, Erynn se dit qu’elle n’était pas vraiment payée pour cela. Dans le fond, c’était apaisant.
Elle n’avait pas à se déshabiller pour satisfaire le client ; elle n’avait qu’à être , seulement présente. Elle n’avait qu’à écouter et, de temps en temps, hocher de la tête. Elle qui ne savait pas quoi faire de ses dix doigts, elle trouvait cela franchement facile. Aussi facile que de se faire un eye-liner quasi parfait sur les deux yeux.

« - Je n'ai pas vraiment pris le temps de me chercher un appart depuis que je suis ici et pour être honnête, je ne sais même pas si j'ai envie d'un appart, je ne veux pas avoir un fil à la patte, je préfère me dire que je peux tout plaquer et me barrer du jour au lendemain si ça me chante. Je suis un esprit libre. »

Elle resta silencieuse face aux affirmations du jeune homme. C’était drôle de voir qu’ils étaient si différents quant à leur conception de liberté. Erynn ne s’était jamais sentie aussi libre depuis qu’elle avait intégré le Cartel, qu’elle y avait trouvé une sorte de famille bien que tout soit totalement bancal, prêt à exploser. Bien que l’épée de Damoclès la menaçait incessamment depuis le soir de l’incendie. Erynn avait beau avoir erré comme avait pu le faire Danil, elle remerciait une quelconque Divinité d’avoir croisé le chemin de Sanford.
De nature bavarde pour ce soir, chose dont elle n’avait pas l’habitude avec lui, Danil continua dans sa lancée :

« - En tout cas, je trouve ça très amusant que tu supportes si mal le froid, c'est à se demander si tu es vraiment une fille du froid. 
- Moque toi, je ne me suis jamais considérée comme une fille du froid… Seul mon accent me trahit, avoua-t-elle à demi-mot, faussement vexée.
- Tu sais que nous avons un remède imparable pour lutter contre le froid ? »

Cette fois, il avait piqué sa curiosité, bien qu’elle se doutait bien du remède en question. Alors que Danil se grandit de tout son long pour récupérer la bouteille de vodka, qui étira un sourire de la part de la jeune femme.

« - C’est cliché mais je veux bien… »

Nombreux ont été les clients qui pensaient pouvoir la coucher avec des shots de vodka, afin de profiter un peu plus du corps de la jeune femme. Au final, non seulement elle avait réussi à les dépouiller, mais en plus de cela, elle n’avait été jamais été mal le lendemain. D’abord parce que son secret consistait à détourner l’attention, à ne boire qu’un shot alors que les autres en enchainait quatre et de prendre son temps. Elle n’était pas une grande fan de l’alcool, tout bonnement parce qu’elle n’avait aucune limite. Et elle ne voulait pas se faire remarquer davantage, ni avoir Sanford à dos, qu’il puisse croire qu’elle est dans toutes les misères possibles et imaginables - ce qui était évidemment le cas.
En guise d’approbation, Erynn attrapa la vodka, et la déboucha comme une reine, telle une femme sûre d’elle alors qu’elle savait pertinemment que sa tête allait tournoyer. Elle s’assit en prenant sa première gorgée, grimaça parce qu’il fallait avouer que ce n’était pas la meilleure boisson puis tendit la bouteille.

« - C’est vraiment une boisson de survie parce qu’en terme de goût on a connu meilleur… »

Erynn rêvait de soirées mondaines, de bijoux inestimable, de cocktails à n’en plus finir mais au lieu de cela, elle se retrouvait dans une voiture, des bijoux bon marché sur elle et une bouteille de vodka premier prix du supermarché du coin.
Mais au-moins, elle se sentait bien et c’était une sensation qu’elle n’avait pas ressenti depuis belle lurette. Et il fallait reconnaître que l’alcool à patate avait cette véritable particularité de réchauffer les corps.

« - C’était comment toi ? Quand tu vivais encore en Ukraine ? »

Erynn n’avait quasiment aucun souvenir de sa vie à Kiev. Quelques images floues semblaient revenir, de temps en temps, dans ses sommeils les plus perturbés ou dans ses pensées les plus inquiétantes, mais rien de bien joli. Pourtant, elle restait intriguée par cette vie qu’elle avait oubliée. Parfois, elle se surprenait à vouloir s’en souvenir, mais se ravisait aussitôt en se disant que si c’était ainsi, c’est que c’était pour son bien.


( Pando )
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Lun 30 Nov - 20:06 (#)

La pleine lune est jalouse
Danil & Erynn
J'avais une amie, maintenant c'est fini. Un sens à ma vie, mais je n'ai plus envie. Et j'ai tout donné, j'ai tout dépensé, pour ce souvenir, ce rêve éveillé, réveillé - Au coeur de la nuit, Téléphone

J'essayais de me la jouer cool quand j'affirmais que je n'avais pas envie d'avoir un fil à la patte mais si je devais être honnête avec moi même, j'avouerais qu'en réalité, je n'en menais pas large. J'avais donné plus de dix années de ma vie à l'armée. Même si ma vie en tant que soldat ne me permettait pas de construire une famille – selon le modèle conventionnel, cela s'entend, avec le package belle baraque, épouse dévouée, bagnole familiale achetée à crédit, plusieurs gosses et un chien -, j'avais trouvé en mes frères d'armes ce qui s'en rapprochait le plus. Encore un an en arrière, ma vie était beaucoup plus structurée et ordonnée que maintenant. Je faisais autrefois partie d'un système extrêmement hiérarchisé, où chaque rouage était à sa place, juste là où il devait être. Autant dire que se retrouver sans cette structure, sans ce cadre du jour au lendemain, c'était sacrément déroutant, même carrément flippant. Se retrouver libre de faire ce qu'on voulait, quand on voulait, avec qui on voulait, c'était presque trop, ça fichait le vertige, si bien qu'on pouvait perdre pied pour peu qu'on ne soit pas habitué. La discipline m'avait permis de maîtriser un tant soit peu la Bête, mais à présent que cette discipline avait foutu le camp, c'était tout de suite beaucoup plus compliqué. Dans le fond, je n'étais guère autre chose qu'une espèce de robot que l'on avait programmé, à la différence près que contrairement à un tas de ferraille et de composants électroniques, j'étais doté d'émotions, même si ces dernières étaient quelque peu aléatoires et potentiellement instables. Encore heureux que je sois encore capable de ressentir quelque chose, même si ce n'était qu'une étincelle, un sursaut. Encore heureux, parce que si j'étais dépourvu d'émotions, de sentiments, d'humanité, ce que l'on vivait là n'existerait tout simplement pas. C'était bien parce que nous étions humains, même un tout petit peu, que nous étions capables de nous lier les uns aux autres, de trouver du réconfort auprès d'âmes aussi esseulées que nous. Que je sois homme ou insecte, dans le fond, ça n'avait pas d'importance parce que j'étais les deux ; quoiqu'il se passe, depuis le jour où mon existence a basculé, je serai toujours les deux, et rien ni personne ne pourra rien y changer.

Cette nuit-là, j'étais plus homme que bête, et c'était ce visage là que je montrais à Erynn. Elle n'avait pas besoin de savoir de connaître tous les détails sordides de ma vie. En mon for intérieur, je savais que je répétais avec elle la même connerie qu'avec les autres – à savoir lui cacher ce que j'étais vraiment – mais j'ignorais tous ces red flags pour mieux me concentrer sur l'instant présent. L'instant présent était doux, chaleureux, étrangement intime. A croire que la voix d'Erynn avait le pouvoir de réchauffer mes entrailles glacées. Son rire était tout aussi ensorcelant et pour l'entendre encore, j'étais prêt à raconter des bêtises juste pour l'amuser. Pourtant, je n'en ferais rien, parce que j'étais loin d'être le type le plus drôle du monde, bien au contraire, j'étais beaucoup trop raide, beaucoup trop sérieux, beaucoup trop bourru, aussi aimable qu'une porte de prison. Il n'y avait plus rien du gamin vif et aimant, du grand frère protecteur et concerné, ou même de l'ami fidèle et loyal, sur qui on pouvait compter. Toutes ces versions de moi se manifestaient à l'occasion, mais je ne saurais que trop conseiller de ne pas trop compter là dessus, qu'à fonder trop d'espoirs vous serez fatalement déçus. Pourtant, je regardais la blondinette déboucher la bouteille comme si elle avait fait ça toute sa vie, une lueur amusée dansant au fond de mes prunelles dépareillées. L'air de rien, je guettais quand même ce qu'elle faisait, parce que ça ne m'intéressait pas de devoir la ramasser à la petite cuillère parce qu'elle était ivre morte ; j'avais besoin d'elle sobre et non au bord du coma éthylique. Je laissai échapper un léger ricanement lorsqu'elle déplora le goût infect de l'alcool. Je pris la bouteille qu'elle me tendait, avant de lui jeter un regard de biais, la clope au bec.

« Raison de plus pour y aller mollo. » dis-je d'un ton solennel, avant de lui rendre la bouteille. « J'ai besoin que tu sois en pleine possession de tes moyens, ce soir. »

Non que j'aie l'intention de l'entraîner dans un truc dangereux – rester en ma compagnie était en soi une situation dangereuse – mais encore une fois, je la payais pour profiter un peu d'elle, de sa présence. De toute manière, la viande saoule , ça n'a jamais été ma came – et là, je parlais tant de sexe que des appétences cannibales de la Bête. Finalement, la jeune femme me posa des questions sur l'Ukraine. La mère Patrie était un autre de nos points communs, même si j'étais prêt à parier que ni elle, ni moi n'avions ce sentiment d'appartenance à cette nation. Nous avions grandi tous les deux aux États-Unis après tout.

« Désolé de te décevoir, blondie mais j'ai grandi dans le west side de Chicago, à Ukrainian Village. » répondis-je en toute sincérité, même si la vérité ne vendait pas du rêve. Mes lèvres esquissèrent un sourire en coin. « Oui, je sais, une famille d'ukrainiens, qui vivent dans le quartier ukrainien, c'est hyper cliché aussi mais l'air de rien, ça nous a sauvé la vie, à ma mère et à moi, quand nous sommes arrivés ici. On a pu créer des liens assez rapidement avec nos nouveaux voisins et garder un contact avec notre culture. »

En l'espace d'un instant, je laissais mon esprit vagabonder dans mes souvenirs. Je songeais à Marta, la voisine d'à côté, qui a été la meilleure amie de ma mère jusqu'à son départ. Je songeais à Oleg, le père d'Irina dont je n'avais plus de nouvelles depuis plus de vingt ans, si bien que je ne la reconnaîtrais même pas si je passais à côté d'elle dans la rue. D'autres fantômes se succédèrent, avant que je les chasse rapidement.
Ce n'était pas la peine de penser à ça maintenant.

« Nous étions proches de notre voisine, Marta. Marta venait aussi d'Odessa, comme nous. Elle y est retournée assez souvent depuis la fin de l'ère soviétique, ce qui n'était pas vraiment notre cas. Ma mère n'est rentrée au pays que l'année dernière, quand elle a été expulsée. » Mon regard s'assombrit alors que je sentais la colère monter, comme à chaque fois que je repensais à toute cette putain d'injustice – j'avais servi ce pays pendant plus de dix ans pour en arriver , déraciné et privé de ma famille. « J'étais encore petit quand nous sommes arrivés. La première chose dont je me souviens, ce sont les centres de rétention pour migrants. On ne peut pas dire que ça envoie du rêve. » Je laissais échapper un ricanement amer, avant de boire un coup. « La première fois que je suis allé au pays, c'était justement pour raccompagner ma mère. Je venais de me casser de l'armée en claquant la porte, et, ce qui m'a le plus frappé, c'est que j'ai réalisé que, même si j'y suis né, ça ne sera jamais chez moi. »

Sans doute parce que j'étais trop américain. Et aux yeux des américains, mes origines étrangères étaient trop visibles, c'était infernal.

« Pourquoi cette question ? » m'enquis-je, finalement, intrigué. « Tu voudrais y retourner un jour ? Tu as encore de la famille, là bas ? »

Est-ce qu'ils pensent encore à toi, Erynn ?
Est-ce que, quelque part, il y a encore quelqu'un qui t'aime, ou t'es-tu construit ton propre foyer ?
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@Erynn Driscoll
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