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Monsters are such interesting people • Nephtys

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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
Eoghan Underwood
ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
⛤ SMALLTOWN BOY ⛤

Monsters are such interesting people • Nephtys 1E5CfUE Monsters are such interesting people • Nephtys AoZyjkn Monsters are such interesting people • Nephtys BvRyGpi

"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

Monsters are such interesting people • Nephtys KOVXegv Monsters are such interesting people • Nephtys WZKlL7H Monsters are such interesting people • Nephtys J8B1rxa

"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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⛤ VENGEANCE ⛤

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"Before I die alone."

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Pseudo : Nero
Célébrité : Ian Somerhalder.
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Mer 18 Nov - 22:05 (#)


Collision



Octobre 2008.
Shreveport, Louisiana.

La terre vole en éclats.
Les râles explosent dans l’air.
Les mains gantées se serrent contre les pelles, les pioches, le cuir du volant des mécaniques.
La chaleur de l’après-midi descendante, la sueur sur les fronts, les bras, les nuques moites sous le casque.


Shreveport ne connaissait pas encore les affres de remous politiques tels que la prochaine décennie eut à les affronter.

Il n’existait encore nul Jake Hamilton, rôdant dans les parages, bouffi d’ambition politique au point d’en abandonner la dernière once de morale, et dont les idées mortifères ne rongeraient les corps, les peaux, les esprits et les mots que bien plus tard.
Vinzent Henkermann ignorait qu’une parcelle gémellaire était née en ces terres, encore inconscient de cette amputation précoce, et des épreuves à venir découlant d’un tel lien encore inconnu ; embrassant une vocation de chasseur-né, courant après des chimères.
Sumire Matsuhime avait découvert peu de temps auparavant les joies de sa maternité nouvelle, incapable de prédire que les langes de l’enfant se changeraient bientôt en linceul, et qu’elle errerait, mère de fantôme, puis mère de personne, là où d’autres spectres traînaient leur peine.
Morgane Wuntherson, âgée d’à peine huit ans, rencontrait l’homme qu’elle mettrait un jour à mort au profit d’une secte dont elle ne connaissait pas même le nom, déjà condamnée par l’obsession d’un père qui n’en portait que le titre.
Mei Long, toujours plongée dans la torpeur par Jenaro Silva et Aliénor Bellovaque, ne savait rien de ce vingt-et-unième siècle à l’amorce déjà pourrie, racine crevée, bouffée par les vers, les champignons et les insectes ravageurs.
Maria Parado tenait la main de Sanford Reyes, devenu De Castro, depuis trois ans maintenant, et le jour les voyait amants insouciants, tandis que les radios grésillant leurs morceaux tapageurs agrémentaient la mélodie des moteurs, des clefs, des vis et des rires des hommes de main, au-dehors.
Honor Mercant découvrait son don, en proie à une adolescence pleine, future Éveillée (qui pouvait le dire ?), appréhendant douleur, questions et chocs, apprentissage d’une essence capricieuse et encore fuyante.
Dana Campbell, native de la ville, embrassait quant à elle les lignes de code comme celles de son futur avec une évidence paisible, déjà pareille à ce qu’elle deviendrait aux côtés de Ian Calloway dans un ancien centre de torture médicalisé.

Personne ne savait que le monde s’apprêtait à basculer, alors.
Personne ne savait que cette ville de Louisiane verrait sa population tripler, voire plus, et que les routes que les hommes s’acharnaient à goudronner serviraient bien plus que pour faciliter les trajets des locaux du coin.
Le bayou encore intouché, le vétéran Joseph toujours vivant, Linda Harrison déjà insupportable, Norris Ridgewick encore en formation, Sylia Mulligan mystique redoutée, Morgan Leroy au sommet de sa puissance.
Le chaos n’était qu’une vaste illusion, vague idée dont aucun homme ici présent n’avait pour désir de la voir se concrétiser.
Les clans d’arcanistes, les meutes de loups, les essaims vampiriques ou les bandes de chasseurs, restaient l’apanage d’une littérature fantasque, souvent juvénile.
La vie réelle, elle, n’attendait pas.
Parmi le groupe de travailleurs à l’œuvre, l’un d’eux ne se distinguait pas forcément des autres, de prime abord.

Eoghan Underwood se redressa, le dos fourbu, aspirant une bouffée d’air poussiéreuse, à l’odeur entêtante. Du haut de ses vingt-cinq ans, il ressemblait plus que jamais à ceux qui, comme lui, profitaient des contrats d’une mairie tranquille, parfois généreuse, pour agrémenter son compte en banque d’une paye convenable, en vue de projets plus reluisants. Toutefois, en dépit de la chaleur intolérable que l’automne ardent imposait aux ouvriers du chantier, en dépit des jeans qui leur collaient à la peau désagréablement, du noir striant leur pores – terre et graviers mêlés à la transpiration – et des blessures occasionnellement engendrées, le sorcier ne rechignait pas à la tâche, et souffrait en silence. Il ne s’autorisait crachats, jurons et lassitude que lorsque ses collègues en faisaient de même. Parmi eux aujourd’hui, certains qui, dix ans plus tard, agrémenteraient l’enfer de sa vie de quelques flammèches de plus, au sein même de Grave Creek Hollow.
Le signal de la pause résonna, et on s’empressa de balancer outils et casques à même le terrain balisé. Pour sa part, il s’écarta du gros des gars, peu enclin à écouter les vies des uns et des autres. Pas maintenant. Il se laissa choir contre un tronc en bord de route, à quelques mètres d’eux seulement. L’arrière de son crâne contre l’écorce, il ferma les yeux, reprenant son souffle, écoutant le sang battre à ses tempes, et les battements de son cœur s’apaiser quelque peu. Il retira ses gants de travail, et passa une main sur tout son visage, de son front à la barbe de quelques jours pour en éprouver le contact rugueux, humide et crasseux un instant. Humectant ses lèvres salées d’une langue prudente, il comptait les jours, les semaines et les mois. Lentement, au gré des contrats municipaux, de chaque sou foutu de côté et du capital laissé par Christopher Underwood, le garçon devenu homme construisait des projets jugés pharaoniques pour les uns, courageux pour les autres, surprenants pour le reste. Il rouvrit ses paupières pour mieux nouer ses paumes l’une à l’autre, faisant craquer les articulations souffreteuses. A force de manier la hampe de bois, la rondeur de son extrémité s’était imprimée dans la chair et le cartilage, créant des douleurs et des blocages à répétition. Ses pouces étaient les plus atteints. Il ne s’en formalisait pas plus que nécessaire. Il avait compris depuis longtemps que sa vie se résumerait aux travaux parfois pénibles, ingrats, et que même le commerce qu’il s’imaginait créer bientôt ne verrait le jour qu’à la force de ses reins broyés par les torsions désagréables, qu’à la force de ses bras raidis de fatigue, le soir venu, de ses genoux déjà fragilisés par le choc des tronçonneuses pour les parties de bûcheronnage. Il s’endurcissait, se forgeait un corps qui n’était pas encore déformé par la bière à outrance ni la malbouffe qu’il fuyait comme la peste dès qu’il le pouvait. Il ne serait pas aussi grand ni aussi solide que son père l’avait été de son vivant, mais il n’avait pas à rougir. On ne le traitait plus de gamin depuis longtemps, et ce à force de le voir persévérer, s’acharner, arriver et partir à l’heure, et serrer les dents sous les brimades des contremaîtres. Il observait les lignes de ses mains dont les dextres s’agitaient délicatement, comme pour tenter de retrouver leur souplesse. Il songeait qu’il aurait bien voulu, parfois, disposer du don de Jill Keyman en matière de divination. Il songeait aussi qu’il avait toujours été fort, pour ce qui était de serrer les dents. Tout laisser en dedans, laisser moisir. Obéir. Un cajun de sa connaissance s’en était assuré suffisamment tôt.

Une voiture de police se ramena alors sur la route, provenant de la ville. Aussitôt, il sentit les poils de ses bras se dresser, et un mauvais pressentiment dressa l’échine du sorcier, le voyant surveiller de près la bagnole qui stoppa au beau milieu de la chaussée. Le shérif n’en sortit pas. Ni Tybalt Aleister. Il s’agissait d’un autre adjoint, et le responsable du chantier s’approcha de l’officier avec bonhommie. Tous deux n’échangèrent que quelques phrases, avant qu’on ne pointe du doigt Eoghan Underwood, la mine, sinon hostile, du moins fermée. Il sut aussitôt que sa méfiance était légitime. Ce n’était pas n’importe quel jour. En ce 9 octobre 2008, une enquête encore en cours posait toujours problème aux autorités de la ville de Shreveport. Aleister s’y était cassé les dents, mais certains n’avaient pas encore osé abandonner. Surtout alors qu’une famille bien particulière s’escrimait à relancer le dossier pour éviter qu’un juge ne le close sans préavis. Le flic s’approcha. L’arcaniste connaissait Edward Lehne. Taiseux, efficace, réservé mais tenace. Il mâchait son chewing-gum avec l’attitude du gars à qui on ne la faisait pas, et qui n’avait pas l’intention de batailler ad vitam pour imposer son autorité. « Debout. Tu viens avec moi. »
Les hommes cessèrent leurs conversations, et une quinzaine de paires d’yeux se tournèrent dans leur direction. Les prunelles déjà arctiques, déjà perçantes, se figèrent dans celles, plus torves et sombres, de l’adjoint du shérif. « Qu’est-ce que j’ai fait ? »
« T’occupes. Tu viens, c’est tout. Ce sera vite fait. »

•••

Ce ne fut pas « vite fait ».
Il resta à poireauter une heure et demie sur une chaise de l’accueil, observant le ballet incessant des visiteurs, des fonctionnaires en uniforme, salué par le chef lui-même, visiblement gêné et mutique pour une fois. Là, à portée des bureaux climatisés, dans cette lueur orangée créée tant par les murs et les sols que par les rayons amorçant le couchant au-dehors, il commençait à craindre de passer la nuit entre les parois d’une geôle. Ce n’était pas tant de vivre une nuit blanche dans des locaux déjà connus qui le rebutait ou l’effrayait. Non. C’était de ne pas arriver à l’heure. Parce qu'il avait été convoqué. Convoqué pour une heure bien précise, à une réunion bien précise, dont il ne connaissait même pas l'objet. Impossible de joindre le sénateur ni sa mère : son téléphone était resté avec ceux de ses compagnons de labeur, et l’angoisse lui rongeait les sangs plus que tout. On lui refusa de contacter Sylia Underwood. On refusa de lui donner à boire. On le traitait exactement comme sept ans auparavant, sans lui apporter la moindre explication. Il était libre certes, mais l’absence d’entraves n’était significative de rien du tout.

Lorsqu’Edward Lehne reparut, ce fut pour escorter hors de son bureau un homme qu’il aurait reconnu entre mille. Eoghan blêmit, s’accrochant au rebord de son siège en craignant de basculer sur le linoléum collant à ses semelles. Lèvres entrouvertes, son palpitant démarra au quart de tour, et il manqua de s’enfuir en courant, retenu par les gens autour, allant et venant, par les flics qui le gardaient à l’œil et, plus que tout, par les yeux noirs qui vrillèrent son aura de meurtrier. Aaron Andros le toisa à distance, murmura quelque chose à Lehne, qui acquiesça bon gré mal gré. Aaron s’avança alors, tandis que l’Éveillé, lui, se relevait sans comprendre quelle force pouvait lui permettre d’exercer le moindre mouvement. Il recula, au même rythme que le père endeuillé marchait. Il n’y avait nulle part où se réfugier. Son dos heurta l’angle délimitant le détour d’un couloir, tandis que l’ombre de l’homme noir continuait de progresser, force inexorable.

« Tu pensais que j’avais oublié ? »

L’accent, la froideur du ton, contrastant avec la chaleur acerbe de la gorge mature. Il n’y avait rien à répondre, rien à objecter, et cependant il sentait Edward les fixer, de loin, prenant un malin plaisir à laisser le gamin se confronter au père de la disparue, communiant pour la sixième fois, implorant les services de reprendre l’enquête, d’une manière ou d’une autre. Par deux fois déjà, Aaron Andros avait pointé de son index accusateur le disciple de l’Irae. Par deux fois, la police l’avait débouté. Pas assez de preuves. Aucun indice concluant. Aucun témoin attestant d’une dispute, d’un événement anormal, inhabituel. Mais ce n’était pas assez pour le martyr indirect. Les dents blanches, si blanches en relief de la peau sombre, apparurent. Il savait que si Aaron avait pu les lui planter en pleine face, il aurait abandonné tout flegme, toute dignité, pour espérer lui faire mal comme il lui avait fait mal. À lui, comme au reste de la famille Andros. Un index accusateur désigna le seul coupable. Ou presque.

« Bientôt… Bientôt. »

Tombé de haut, le jazzman ne pleurait pas uniquement Johanna, évaporée à l’aube de ses dix-huit ans, et fille unique. Il pleurait aussi le garçon blanc qu’il avait accueilli parmi les siens, traité comme son propre enfant, et dont il avait consenti de cette union somme toute naturelle, respirant l’évidence. « Pourquoi ? » Cette fois, le sorcier s’ébranla, secouant la tête en persistant à faire mine du même aplomb couvrant son mensonge, devenant de plus en plus fluide avec le temps. « Je n’y suis pour rien. Aaron, je vous jure que… »
« Pourquoi est-ce que tu respires encore pendant qu’elle croupit sûrement quelque part sous terre ? Dans quel cimetière de fortune l’as-tu enterrée ? Est-elle en train de pourrir dans un coin des marais ? » Toutes ces questions, éternelles, sans réponse autre que les dénégations qu’Aaron ne souhaitait plus entendre. « Pourquoi ai-je laissé un serpent entrer dans ma maison ? » Il sentit ses jambes faiblir, et sa poitrine se secouer d’un sanglot sans larmes, mais Andros ne le laissa pas choir, et d’une poigne surprenante, le saisit des deux mains pour le plaquer contre le mur, ses doigts crantés contre les épaules si pâles en comparaison. « Détrompe-toi. Ma haine n’est dirigée que vers moi-même. Car c’est bien moi qui n’ai pas su la protéger d’un monstre déguisé en saint. Et c’est de la pitié que j’éprouve pour toi. De la pitié et la conviction que tu paieras toute ta vie ce que tu as fait à ma Johanna. » Il ne parvenait plus à soutenir le regard – proche, trop proche –, l’obligeant à baisser la tête, malgré la pression infligée, malgré l’arête lui vrillant reins et omoplates. « Tu ne nous l’as même pas rendue. Tu nous as obligés à mettre un cercueil vide en terre. Et pour cela, je ne te pardonnerai jamais. Ni à toi, ni à ta mère mauvaise. Mauvaise. »

Sept ans.
Sept ans de souffle court, d’attente désespérée et de pièces éparpillées.
Sept ans de procédures inachevées, de blancs désolants et de commémorations vides de sens.

« Tu m’as pris la seule chose qui m’importait sur cette terre. Et je n’ai même pas de dépouille à pleurer. Tu penses que j’ai abandonné… ? Non… Ce serait trop facile. » Il le relâcha sans brusquerie inutile. C’était peut-être ça, le pire, lors de ses rares confrontations avec Aaron Andros. Cette absence de violence, ce calme d’une dangerosité palpable, et dont la superbe lui donnait des frissons. La douleur de ses mains, il ne la ressentit qu’avec plus de conscience, à deux doigts du malaise, à deux doigts de rendre, de vomir aux pieds du trompettiste de New Orleans. « Tu ne vaux même pas la corde pour te pendre. J’ignore pourquoi le Seigneur me l’a prise. Pourquoi il a autorisé que tu la salisses et nous l’enlèves. Je ne crois plus à la justice des hommes, et tu sais pourquoi, depuis longtemps. » L’index autrefois pointé vers le sorcier se dressa vers le plafond aux néons encrassés. « Mais Lui… Lui, ne t’oubliera pas. Bien après ma mort, Il sera là, toujours. » Il ne croyait évidemment pas au Dieu chrétien. Si plusieurs entités régnaient en maître sur son cœur et son esprit, un seul, pourtant, prenait office de Tout-Puissant, au travers d’une foi forgée depuis l’enfance. Pourtant, sensible aux prophéties, à la tessiture grave et incroyablement posée quoique vibrante d’une émotion terrible  émanant d’Aaron, il éprouva une peur pareille à celle de tous les dévots abandonnés par les idoles de leurs propres autels. Autour d’eux, plusieurs officiers s’étaient raidis, tendus désormais ouvertement vers le duo afin de prévenir tout accident, tout incident. Il ne se produisit rien, pourtant. Ni coup, ni hargne, ni insulte. « J’ai honte pour toi. J’ai honte pour ton père. La seule chose qui me réconforte, c’est de savoir qu’il n’a pas vécu assez longtemps pour voir son fils tomber. » Aaron Andros tira doucement sur les pans de son blazer aux coutures vieillies, tourna le dos à l’homme qui aurait pu devenir son gendre, et prit sans un regard à Edward Lehne la direction de la sortie.

Eoghan Underwood suffoqua, ne voyant plus les lignes du commissariat, et encore moins les orbes concentrées sur lui. Il se détourna, haletant, sous le coup d’une crise de panique telle qu’il n’en avait pas vécu pendant plusieurs années. Il sentit son buste tout entier se figer, le voyant incapable de respirer quelques secondes durant, et dut se forcer à prendre une longue inspiration par le nez. À deux doigts des larmes, d’une dépression nerveuse dangereuse. Il lui était arrivé au cours de son existence de vouloir mourir. D’en finir, tournant le dos à la secte, à sa mère, à sa famille toute entière, aux flics pistant la trace d’une gamine dont on ne retrouverait jamais le cadavre. D’en finir avec les secrets, les non-dits, la magie et la sensation atroce de transporter, partout, où qu’il aille, le fantôme de Johanna Andros. Exactement comme maintenant.

« Underwood ! »

Il sursauta et pivota. Les mains bien calées sur ses hanches, Edward le toisait avec une satisfaction évidente, mâchant toujours son chewing-gum comme l’enfoiré qu’il pouvait être. « Arrête ton cinoche et ramène ton cul, j’ai pas toute la nuit. »

•••

La nuit, justement, était tombée depuis un moment déjà.
Largué par un Bob Flingerton dépassé par la situation, le sorcier avait bondi du pick-up comme si les sept enfers lui couraient au derche, songea le pêcheur, dépité. Il faisait partie de ceux qui avaient vu grandir le petit, qui l’avait pris sur son bateau sans même se poser de questions. Lui aussi avait connu son père, mort beaucoup trop jeune, et il n’avait pas eu besoin de se concerter avec son épouse pour savoir qu’il serait là pour surveiller le gosse, promesse faite au disparu sans date de péremption. C’était d’ailleurs chez lui, dans une chambre aménagée au garage, qu’Eoghan vivait depuis que Sylia et lui s’étaient fâchés, quatre ans auparavant. Eoghan n’avait jamais voulu s’étendre sur les raisons de cette scission à la violence bouleversante, et Bob avait tenu à respecter son choix, son intimité. Il ne l’avait jamais cru responsable de la disparition de Johanna Andros. Il avait passé des heures à garder dans son champ de vision les adolescents épris, Johanna aidant à la pêche moins que taquinant son petit ami de l’époque, soutenue en cela par le pêcheur prompt à se montrer mutin. Il les avait vu, oui. Apprécié. Et jamais le fils de Christopher n’aurait pu en vouloir à celle qu’il avait demandé en mariage. Il ne comprenait pas l’acharnement des adjoints, les suspectant de se montrer complaisants et hypocrites avec Aaron, pour éviter le scandale. Ignorant vers qui et pourquoi il avait dû déposer Eoghan à la lisière des marécages, il s’était là encore voulu pudique et tolérant. À vingt-cinq ans, le gamin n’avait de comptes à rendre à personne.

En théorie.

Du ciment liquide à la place de l’oxygène dans les poumons, il cavalait, remontant le sentier emprunté mille fois, par lui, par eux, dans l’ancien temps (Are you in love with Scarlett… ?), quand Leroy ne représentait encore qu’une vague menace, ersatz de démon, monstre dans les placards du gosse qu’il n’était tout juste plus (Frankly, my dear, I don't give a damn.). Le chemin n’était plus aussi sauvage que lorsqu’ils s’y étaient précipités pour échapper à leurs garde-chiourmes et tuteurs. L’herbe poussait moins haute, moins verte, subissant non plus seulement les étés caniculaires, mais les roues des voitures se garant devant la coloniale promise aux flammes.

S’ils avaient su.

Il était au moins vingt-deux heures. Au moins. Il n'avait plus les yeux sur la montre. Il était en retard. De cinq minutes ou d’une demi-journée, cela n’avait aucune importance. Sur le parking de fortune, quelques véhicules seulement étaient encore présents. La réunion, terminée. Il se propulsa sur ses cuisses pour grimper en toute hâte les marches du porche, et poussa violemment la porte de la maison immense. Il était exactement affublé de la même manière que lorsque l’agent l’avait cueilli. Un blasphème. Morgan les avait conviés pour une cérémonie un peu spéciale. Il aurait dû être là à l’heure. Vêtu correctement. Propre et rasé de frais. Sa silhouette déboula dans le hall, et il pivota, espérant repérer un visage inconnu. La rumeur de quelques voix lui parvint, et il esquissait quelques pas que, déjà, les talons caractéristiques de Sylia se firent entendre. Rapides, pressés, à peine étouffés, parfois, par un tapis disposé là.

Elle lui apparut, les mains encore intactes, les traits plus lisses, sa longue chevelure brune nouée en une tresse interminable, retombant au bas de son dos, près des fils corsetés maintenant sa silhouette. Elle aussi était immense. Grandie par plusieurs centimètres encore, il leva vers sa mère le même regard farouche qu’elle lui avait inspiré, à force de coups et de sévices dont il avait perdu le compte, avec les années. Un mètre quatre-vingt-douze de magie noire s’avança, exactement comme l’avaient fait Edward Lehne et Aaron Andros. Sa main se leva, et une gifle monumentale s’abattit sur la mâchoire rigide de son fils. Aller. Puis retour. Les joues brûlantes, il ne put que répliquer d’un coup d’œil haineux, et les deux se toisèrent, pire que des bêtes, tandis qu’elle le mirait avec un dégoût palpable. Ils s’affrontèrent sans un mot. Sans un cri. Elle savait ce qui l’avait retardé. Cependant, il n’était pas dupe : aucune excuse, aucun argument n’auraient pu annihiler le mépris souverain qu’elle affichait à son égard. Et cela ne voulait dire malheureusement qu’une seule chose :

Le sénateur était en colère.

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Louisiana Burning

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Anonymous
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Dim 13 Déc - 5:20 (#)

eoghan & nephtys / octobre 2008
shreveport, louisiane
O come, thou day-spring, come and cheer our spirits by thine advent here disperse the gloomy clouds of night and death's dark shadows put to flight. (O Come, O Come, Emmanuel)


Enfance dérobée. Paternel envolé. L’époque d’une destinée, pourtant si incertaine. Nulle rancœur envahissant les cœurs. Rien qu’un souffle posément échappé d’entre ces lèvres encore immaculées. Elle était assise là, sur son matelas au drapé déjà trop adulte des couleurs passionnées de rouge et de noir. Encore une fois l’enfant y songea. Et encore une fois la gerbe d’une haine incomprise. Au fond de la gorge se réchauffaient quelques jurons que l'Élue se retenait bien de hurler. Qui pourrait bien l’entendre de toute façon ? Sa mère ? Celle qui avait fait tout son possible pour que le manque disparaisse. Elle avait fait de son mieux après tout. Tia Klein ne méritait pas de récolter le fruit de cette absence.
Adolescente à l’allure bien sage, trop même. L’obéissance qui la maintenait en laisse. Juvénile féline en devenir mais dont les crocs ne faisaient que pincer tout au plus, tel un chaton qui tentait de jouer avec les mains tendues décidées à le caresser et le féliciter. Apparence interne faussement rebelle qui excellait pourtant si bien dans l’art de dissimuler des revanches personnelles. Des changements en son sein qui dépassaient chacune des femmes abritées par cette maisonnée. Si Shani s’évertuait à la guider, elle ne pouvait comprendre les besoins que la magie de sa nièce demandait. Quant à Tia, elle perdait évidemment le contrôle sur sa progéniture qui, malgré ses efforts, semblait emportée un peu plus chaque jour. Et Nephtys dans tout ça ? La jeune fille n’aspirait plus qu’à plaire à ces dieux, que faire les raisons, les moyens, les envies, les colères, les joies, les sacrifices, les requêtes, les caprices… Lui était réservé, ou plutôt honoré, ce piédestal que bien des années plus tard elle saurait combler.

« Mon cœur ! Si tu ne pars pas maintenant tu vas être en retard ! »
Appel de cette réalité fugace et sans nuance. Unique brun monotone mais dont la jeune sorcière connaissait toute l’importance de soigner les apparences. Les Klein avaient déjà par le passé suscité quelques intérêts, intrigantes, extatiques, famille à l’ascendance dont certains connaisseurs de Shreveport parentaient une lignée on ne peut plus ancienne.
La voix douce, berçante et rassurante de la maîtresse de maison. Femme accomplie qui n’en laissait paraître que la force d’une mère célibataire abandonnée par son compagnon depuis des années avec, à charge, un bébé à l’aube de ses seize ans maintenant.
A l’étage la demoiselle ne se fit pas prier et s’empara illico presto de ce sac -assurément trop chargé pour les cours de onzième classe- au pied de son lit. Ses talons dévalèrent les escaliers en colimaçon, et le bois craquelant sous son poids encore en transformation. Le visage encore bambin d’une jeune adulte en esprit, pas encore tout à fait prête physiquement, cherchait désespérément sa génitrice de simples coups d'œil par-ci par-là jusqu’à ce qu’ils finissent par se nicher auprès de la silhouette pulpeuse de Tia. « Maman... » Ce ton déjà un poil trop insolent pour Nephtys qui vexa sa mère sans même avoir fini son soupir lambin. « Combien de fois je vais devoir te répéter d’arrêter de préparer mon repas, je pense que j’suis assez grande. » Superflu lui apparut le regard accusateur de sa tutrice qui lui aurait fait de la peine si la gamine avait une dizaine d’années de moins. Mais cette fois-ci elle n’en démordit pas et se précipita vers l’aînée pour lui dérober un bout de sa joue qu’elle embrassa prestement. Habitude infantile qui collait à la peau de la benjamine depuis toujours et qu’elle ne saurait remédier qu’au trépas de la matrice.

« Et puis de toute façon je mange avec tata aujourd’hui. »
Une sirène d’alarme. La main de Tia lâcha le couteau qui découpait les tranches de pain pour en faire des triangles homogènes. Pupilles sombres de la sorcière aguerrie déposés dans un procès qui n’avait pas lieu d’être. Tia aimait sa petite sœur presque autant que sa fille mais elle connaissait que trop bien ses déboires. Les penchants abyssaux engloutissaient jusqu’à l’âme, alors sa fille ne devait pas se laisser emmener dans les chemins tortueux des bois ébènes. Tia aimait mais Tia avait peur. « Depuis quand tu vas manger avec Shani ? » Après tout, elle n’avait pas idée des voies suivies par la chair de sa chair. Pas encore. « Ca va fais pas cette tête, elle travaille beaucoup en ce moment et elle me manque, c’est tout. » Le visage d’un amour incommensurable s’évanouit dans la douce emprise d’un linceul qui dissimulait la quiétude. Début d’une dévoration, mal de terreurs, une infection psychique, lent poison de la confiance qui se perdrait entre cette mère et son enfant.
Il aurait suffi de cet innocent regard qui se retournait pour voir plonger cette lueur noyée dans un nouvel océan. Mer rouge aux teintes obscures.


. . .

Tic. Tintement de l’horloge. Tac. Tintement de l’ennui. Tic. Tintement superflu. Tac. Tantôt à droite. Tic. Tantôt à gauche. Tac. L’évidence dans ces aiguilles à la rotation parfaitement régulière. Unique et précieux éternel recommencement le plus absolu. Quel fou viendrait à désirer d’en arrêter les rouages, car même pour cette enfant dont la magie grandissante atteignait des exploits, tricheries oiseuses, le Temps avec un grand T finissait d’une manière ou d’une autre par retrouver son juste équilibre.

Yeux impertinents, fuyards d’une silhouette qui faisait son humble spectacle dans le seul but d’obtenir plus de quelques dizaines de minutes, tout au plus, l’attention de son public. Vastes gestes déposés sur ce tableau noir dont la craie -déjà de plus en plus rare en utilisation- venait tapoter de sa poussière que l’on pouvait voir planer ici et là. Volatile. Que les bruissements saccadés, sourds, réguliers, venaient accompagner. Esprits envoûtés. Une balançoire qui les transportait au rythme de l’horloge et qui témoignait tantôt de ce studieux silence comme de cet irrésistible état somnolent. Alors le pauvre professeur de chimie pouvait observer les têtes relevées ou abaissées, volutes humaines mais pour lesquelles il ignorait tout geste et murmure pour pouvoir garder le fil de sa conduite.

Entre deux vies. Entre deux mères. Entre deux rôles. Entre deux tables. Un entredeux voies. Camarade de gauche ou camarade de droite. Entre salut et perdition. Écartèlement de tous les jours, à l’intermède d’une existence qui tissait ses toiles et ses caprices dont aucune entracte n’aurait su lui donner les réponses. Assise à ce pupitre entre deux autres, elle grattait son papier. Penchée sur ses fines lignes qu’elle décorait de sa calligraphie encore enfantine et hésitante, cherchant de nouveau sa solution lorsqu’elle venait de perdre le flux d’informations qui lui était vomis depuis presque une heure maintenant. La jeune fille n’entendit même pas son nom être interpellé par le maître du savoir.

Nephtys. Murmure délicat, sensualité qu’elle découvrait à peine. Où était-ce ? Dans son monde bien à elle, celui d’une sorcière encore en plein essor. Seuls les dieux y trouvaient une place en toute somme légitime. Divins, puissants, maîtres de ses pensées, de ses désirs et de ses choix.  Nephtys Klein ? Et dans ces symboles inscrits noir sur blanc n’avaient de sens que ceux d’un automate qui se rassasiait de ces mouvements programmés.

« Mademoiselle Klein ! »

Premier battement de cils. La déglutition de cette pauvre âme jetée sur le devant de la scène malgré elle. Le deuxième fut porté par une attention toute particulière pour le reste de la salle de classe -ou presque- qui avait agglutiné chaque paire oculaire sur la métisse dans un espoir commun d’y lire le désespoir qui n’était là qu’une seule distraction suffisamment intéressante pour sortir des préoccupations pubères.
Tandis que cette demoiselle cherchait son aide où elle pouvait, Monsieur le professeur s’empressa de voler à son secours, bonté à double-tranchant puisqu’il répéta son énoncer, évidemment en omettant l’objectif de la sortir de l’embarras. Avait-elle seulement un compte à rebours avant que la bombe n’explose entre ses mains mièvres ? Pouvait-elle espérer lui témoigner Ô combien ses pauvres composés oxygénés n’avaient que bien peu d’importance aux expériences de la sorcière qu’elle était ? Faisait-il un peu plus chaud dans cette étouffante pièce surpeuplée ? De l’eau. Celle qui bouillonnait dans chacune de ses articulations pour un absurde acharnement. Savaient-ils tous qui ils raillaient de cette mesquinerie qui devait probablement ne faire bander que ce genre d’enseignant frustré ?

Mais Nephtys n’était pas rebelle. Nephtys était une bonne comédienne. Nephtys connaissait la vérité qu’ils n'effleureraient jamais. Nul besoin d’avoir le savoir exact à propos de ces fichus composés oxygénés -qu’elle connaissait, c’était évident. Pourtant humble, et de sa grâce dédaigneuse, pestée par nombre de ces autres gamines envieuses, Nephtys y dénicha la suffisance d’un simple : « Je ne sais pas. »

. . .

Défilement incessant. Se perdre dans ce vaste horizon. Les bandes d’un film qui se succèdent et ne s'arrêtent jamais. A l’instar de cette mécanique qui, aujourd’hui, ne semblait même plus faire grand bruit, les images n’avaient pas de son. Œuvre muette, nullement grotesque. C’était monotone. C’était poétique. C’était teinté, malgré l’éclat de chacune des couleurs qui semblaient s’évanouir, comme le lavage de trop dans un lave-linge défaillant. On voyait tout et rien à la fois. On comprenait sûrement ce que l’on avait envie de comprendre.
Oeuvre muette. Elle n’avait rien à dire, l’enfant assise sur le siège passager.

Il était presque trois heures de l’après-midi. Si Tia Klein savait, elle en serait assurément folle de rage. Son timbre maternel aurait pris la note du carnage. Un regard déçu, accusateur. Une larme coulante. Heureusement il n’en était rien et n’en serait non plus car les prudences de l’adolescente et surtout de son mentor veillaient au grain. Néanmoins, ce qu’il leur demeurait impossible était d’apaiser le poids des mensonges. Elle travaille beaucoup en ce moment et elle me manque, c’est tout. Mensonge. Son sac de cours ballotté dans le coffre, trop chargé, plus que de raison probablement. Mensonge. Ou peut-être simples omissions. N’était-ce pas les pires finalement ? Les plus ravageurs. La prise de conscience que, durant tout ce temps, victime n’avait su voir le réel, le caché, le masqué, dissimulé, encore et encore. Et encore. Lorsque nous ne savions pas, alors nous ne posions pas les bonnes questions. Maman n’avait pas posé les bonnes questions.

Fin de la séquence.
Le filon de bruissements que faisait la vieille voiture de collection -encore une autre extravagance de tante Shani- s’évanouit brutalement au tintement des clés qui quittèrent leur unique âme-sœur.
Fin du film.
Les pupilles véronèses allèrent chercher approbation dans celles de sa tante et mentor. Cette dernière ne se fit évidemment pas prier et lança d’un petit bond ses clés à la jeune fille. Elle regarda la silhouette de son aînée élancée par des escarpins noirs, probablement payés une petite fortune et dont Nephtys n’osait à peine imaginer le nombre de zéro derrière le premier chiffre. L’incompréhension pour cette exubérance. Autant que cette immense maison dont la porte venait à peine de se refermer. Impossible de bouger autre chose que son regard qui se balada au gré des belles briques qui constituaient cette barraque. Sa maison, bien qu’il s’agissait d’un très vieux manoir, lui faisait pâle figure à côté.
Elle le sentit soudain. Lourd et rassurant. Acéré et duveteux. Supérieur. Éminent. Un œil d’enfant l'aperçut tout là-haut, à travers cette vitre qui donnait sur le sombre intérieur. La cadette Klein semblait ne plus pouvoir bouger. Non. Tant que ce regard ne lui ordonnait pas. Un bref instant. Subtil. Éloignés et si proches. Encore une salive avalée trop vite. Gorge nouée. Souffle coupé. Observée jusqu’au plus profond de son aura. Épiée. Déshabillée en quelque sorte.
Le sénateur l’observait de tout là-haut.
Chaînes relâchées. Le détachement la brisa autant qu’elle sentit le soulagement libérer chacun de ses muscles, de ses articulations, chacune des cellules de son organisme, les réchauffant tous d’une seule et même vague. Nephtys retrouvait ses esprits tandis que lui avait disparu de sa fenêtre.

. . .

Une énième fois, Nephtys Klein se retrouvait à l’orée de cette maisonnée au beau milieu de la forêt. Y avait-t-il seulement une autre âme qui vive ici ? Probablement une ou deux si l’on traversait les parcelles de terres marécageuses de l’automne et les tonnes de feuilles mortes qui venaient décorer tout ceci de leurs couleurs à la fois chaudes et moroses. L’odeur terreuse de cette verdure en décomposition car détachée de son cycle de vie se couplait à merveille avec le reste du décor. Il ne devait pas y avoir plus belle saison pour harmoniser avec cette demeure appartenant à Morgan Leroy.

Quelques fois seulement furent suffisantes pour que la juvénile sorcière y soit invitée en compagnie notamment de sa tante, mais de temps à autres par certains visages de cette grande famille. La lycéenne se doutait-elle seulement déjà des enjeux que symbolisaient ces allers et venues au sein de la coloniale ? Absolument. Elle savait même que quelques rumeurs à propos de son avenir l’incombaient entre ses murs. Uniquement théoriques pour l’heure, la prêtresse promise se rangeait au rythme et aux échéances que lui imposait le grand prédicateur, toujours sous l'œil avisé du bourreau et cicérone de l’apprentie. L’accompagnement était de mise, et pourtant peu semblait comprendre -ou même se mêler du- pourquoi l’homme à la tête de l’Irae s’évertuait à porter une attention singulière pour les enseignements de sa future vestale. Les voiles fins et guidés par les volutes que cet homme leur ordonnait de faire. Nephtys un jour ballerine faisant voler ces drapés volubiles mais délicats. Nébuleux. Main invisible tendue vers l’héritière. Nébuleuse également.
Elle posa pied sur ce noble parquet probablement fraîchement nettoyé, comme lorsqu’elle hésitait à l’idée de s’engouffrer dans les profondeurs d’un lac. L’eau sur sa peau qui ne faisait pas de quartier et n’en laissait pas le moindre centimètre à l’air libre. Et même lorsque l’être remontait à la surface pour y voir plus clair, elle était toujours là, berçante et agréable. L’Irae était cette eau. Étendue, dévorante, attirante. Une Nephtys bientôt nymphe de ces flots. Que son courant précipité par la magie l’emporte. Que l’on y noie ce visage infantile pour mieux l’en ressortir. Une renaissance. Le destin qu’Osiris avait tracé pour sa fidèle servante, son élue, la confiant au sénateur dont les traits semblaient occupés ailleurs.

La jeune fille avança d’un pas lent, discret, dont le plat des souliers ne trahissait pas un claquement de talon. A peine étouffés sous les soieries charbonneuses d’une longue robe que la demoiselle avait prévu dès la vieille dans son sac à dos. Entre les sièges arrière de la voiture de sa tantine l’adolescente avait troqué son accoutrement de lycéenne parfaitement banale pour les sobriétés élégantes et enténébrées. Une robe caressante sur le corsage de chair encore fragile et en croissance. Douce descente sur l’échine de ces membres supérieurs, venant lacérer ses poignets fins. Cascade dès que le tissu concordait avec ces hanches à peine marquées, cascade obscure tombant jusqu’aux chevilles. Elle n’était ni pauvre, ni noble. Seulement humble et, dans un sens, encore immaculée.

Il était encore trop tôt. Trop tôt pour cette rencontre exceptionnelle. Trop tôt pour que les quelques regards déjà présents ne la dévisagent plus. Trop tôt pour qu’elle ne soit la prêtresse cruorique en devenir. Et n’en déplaise, il était aussi bien trop tôt pour une gamine de se trouver parmi les grands.
Certains l’ignoraient. D’autres l’observaient, la jaugeaient, la jugeaient, se demandant par quel procédé l’odieuse Shani était parvenue à faire entrer sa nièce dans les quelques exceptions promises à la secte noire ? Parmi les intronisés se trouvaient des âmes bien plus méritantes probablement. Aucune qui ne rivalisait pourtant au rôle qui serait attribué un jour à Nephtys Klein.

Le peuple grandissait encore au fil des heures, mais lorsqu’ils furent tous invités à rejoindre le grand salon occasionnellement aménagé pour cette réception particulière, la brebis suivant le troupeau de moutons noirs se retrouva bloquée juste au pas de cette arche. Entre deux mondes. Devant la jeune fille se trouvait une énième femme vêtue de cette identique nuance noirâtre. Qui était-ce ? La prodigieuse sorcière ne différenciait encore peu de visage, peu de nom au sein de cette assemblée, et ceux qu’elle semblait reconnaître, ce n’était que grâce aux bruits qui se chuchotaient ça et là.
Quelques mètres plus loin un cachet plus rauque, plus masculin, cinglant, un soupçon de mépris, déclara à l’audience qu’il n’accepterait pas de mettre à la disposition d’une non-initiée ni pensée, ni talent. Après tout elle n’avait été recrutée même pas un an auparavant et ne voyait pas encore les lueurs de son initiation définitive. Les curieux orbites arpentèrent la pièce, se cherchèrent les uns les autres jusqu’à converger vers un seul et même individu. Mais ce fut d’abord au tour de la grande femme élevée de plusieurs centimètres supplémentaires et que tous connaissaient. Les doigts fins de celle-ci vinrent s’entrelacer, ses griffes lacérèrent entre chaque creux de ses métacarpes crispés. Une Shani Klein offensée se proclama immédiatement garante de son héritière indirecte. Pourtant ce ne fut qu’à l’approbation symbolique de Morgan Leroy que l’un comme l’autre des récalcitrants s’accordèrent à laisser cette jeune fille pénétrer dans leur monde.

La réunion pouvait commencer.

. . .

Le bois ne craquelait pas sous les talons de l’adolescente. Des chuchotements attentionnés, où chacun de ses pas se trouvaient être calculés au millimètre près pour ne pas nuire au prestige qui se trouvait sous ses pieds. Enième exploration de ces couloirs interminables, ceux du premier étage, mais pas plus haut. Interdiction formelle de passer les seuils de toutes ces pièces. Aurait-elle seulement imaginé que des années plus tard elle s’aventurerait derrière certaines de ces portes qui tiraillaient toute la curiosité d’une jeune fille ? De somptueux tableaux et autres tapisseries inestimables sous les yeux, pourtant elle n’arrivait même pas à en comprendre les sens ni les beautés. Les grands l’avaient envoyée là-haut peut-être bien parce qu’il était l’heure pour les enfants d’aller se coucher.

Non, il était encore une fois trop tôt.

Depuis cette fenêtre elle aperçut plus loin une silhouette. Tout juste retranchée sur le côté, la Klein posa ses petits iris fureteurs sur le corps étranger qui se précipitait sur le parvis de la coloniale. Nullement surprise, elle tendit un peu l’oreille et aussitôt le silence se brisa sous le battant de la porte d’entrée. Nephtys se retourna, il n’y avait plus rien à voir au dehors. Son regard n’avait pu mettre de visage appartenant à cet individu et d’un instinct certain, la sorcière pourpre ne fit plus aucune délicatesse à l’attention de ces pauvres lattes et se hâta pour dévaler les escaliers et rejoindre les quelques-uns encore présents au rez-de-chaussée.

Le pas déterminé -toutefois craintif de représailles pour ne pas avoir attendu la permission- la jeune fille contourna l’ombre de sa tante qui se décomposa de la voir ici plutôt qu’ailleurs. Le dos droit, visage fixe comme si les dieux l’avaient dotée d’une véritable mission, l’apprentie s’arrêta juste derrière le tronc du maître des lieux. Timidement plantée là, elle commença à peine à bégayer sans un mot lorsque ce dernier se retourna pour la surplomber d’un regard, mais surtout d’une nouvelle mission.

« Vous voulez que j’aille... »

La gamine n’était plus ignorante de la situation, et bien qu’elle laissait paraître une certaine surprise, cette même enfant comprenait qu’en ces petites demandes le grand prédicateur venait à exercer les capacités à devenir ce pourquoi elle avait été désignée. C’était ce jour anodin, pourtant bientôt la prêtresse qu’elle serait en ferait davantage pour chacun d’entre eux. Alors elle n’en finit ni cette phrase, et n’en attendit pas non plus de réponse.

Écouter. Apprendre. Obéir.

Un mètre soixante-deux passa la voûte ouvrant sur ce large couloir qu’elle remonta lentement. Digne et fière, la colonne vertébrale gracieuse et le visage bien tenu. Le tendron fit glisser ses yeux juste à la frontière qui séparait du hall. Observatrice de quelques instants, elle ne vit de prime abord que l’interminable chevelure aux mèches entrelacées. Un pas de plus et la cadette aperçut juste derrière la silhouette éminente un visage. Une imminence aigre et amère qui se ressentait jusqu’à sa position. Celle qui en imprégnait les tissus, les architectures, dévorant jusqu’aux chairs et qui empêcha Nephtys de prononcer le moindre mot. Voilà ce qui se lisait sur leurs portraits.
Mais Sylia Mulligan s’était finalement retournée pour laisser retomber cette fois la guillotine sur le maigre col de la jeune fille, bien que cette lame ne lui était visiblement pas destinée. Les paupières battantes de la Klein alternèrent entre ces deux-là. Pourquoi avait-elle fait tout ce chemin déjà ? Un instant seulement pour qu’aucun de ces sorciers aguerris n’empêchent davantage les battements de son cœur par les étranges impressions qu’ils dégageaient sans pudeur. Les yeux francs de leur prochaine prêtresse vinrent glisser naturellement sur l’un et l’autre des partis. « J’ignorais que vous étiez déjà ici madame... » Politesse encore exacerbée. Traits enfantins mais œillade avertie se posèrent définitivement sur cet homme qu’elle devait ramener auprès de l'Éminence de l’Irae. « On m’a envoyé vous chercher. Tous les deux, je suppose. » Voix douce, avec un brin d'autorité dérobée. Nulle supériorité. Neutralité absolue. Balayant d’un revers les tensions qui embrasaient prématurément le grand hall. Nephtys avait même étiré joliment ses lèvres, ne témoignant ni jugement, ni affront. Rien qu’un léger sourire pour le retardataire. Comment une telle enfant qui n’avait réellement de place parmi eux pouvait-elle seulement s’autoriser à cette forme d’insolence ?

Son corps fit un simple retour en arrière de quelques degrés seulement, invitant l’un comme l’autre à la suivre dans cet infini couloir au bout duquel éclairait l’arche qui donnait sur le grand salon, au centre duquel trônait majestueusement Morgan Leroy. Une accalmie certaine dans la démarche que la petite sorcière laissait s'accumuler les pas fait en cette direction. Purgatoire pour l'un. Justice jouissante peut-être pour l'autre. Ouvrait la marche sourde cette âme impartiale, improvisée, dans un sens, garde-chasse sans même le savoir. Par fierté peut-être que ses aînés n'avaient laissé les étincelles provoquer l'incendie.
Inutile était de presser les choses, le sénateur n'aimait attendre dans ces cas-là. Dans la mesure où ceux-ci étaient très rares, finalement. Car s'il y avait bien une fait avéré, celui-ci était en le regard plus perçant qu'aucun autre ici-bas. Si tant était que Nephtys n'était pas désignée, elle n'en ressentait pas moins l'inimitié lui traverser corps et âme pour aller frapper de sa foudre le concerné. Et ils n'avaient même pas encore rejoint le grand salon.

(c) mars.
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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
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"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

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"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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Jeu 21 Jan - 5:21 (#)


Collision

Run away,
Turn away,
Run away,
Turn away,
Run away.


Vingt ans maintenant passés à se demander : Pourquoi ?
Baignant dans la haine, bien que jamais dans le désintérêt. Le plus grand mystère. Il aurait peut-être encore préféré se voir délaissé, ignoré par cette sorcière au cœur noir, par cette mère qui n’aurait pas dû l’être ; frustrée, déçue, elle-même blessée et marquée par des siècles et des siècles de tradition gaëlique dure, impitoyable, en plus de se voir déracinée par la maladie, la pauvreté et le vent de cruauté soufflé par les britanniques.

Sylia Underwood, quant à elle, tremblait à peine d’une rage cette fois teintée d’une peur certaine. Morgan. Morgan avait toujours réussi sans mal à la mettre au pas, à lui faire courber l’échine. Même Julianna Mulligan n’était jamais parvenue à obtenir de sa fille une obéissance parfaite. Souvent, les deux femmes s’étaient toisées, exactement comme elle le faisait avec son propre fils aujourd’hui. Cependant, là où Sylia s’estimait dans son droit face à l’aïeule défunte, elle estimait que son rejeton, lui, ne disposait d’aucune légitimité dans ce manquement, cette faillite au devoir qu’il leur imposait à tous les deux. Elle en vint même presque à songer qu’il la salissait en se comportant ainsi. En se présentant vêtu ainsi. Pourtant, oui, elle savait. Elle avait reçu un coup de téléphone du shérif dans son propre commerce, lui annonçant que le « gamin » avait été réquisitionné au poste, pour une énième confrontation, un interrogatoire fait dans les règles. Même lui n’y pouvait rien, après tout. L’enquête devait bien suivre son cours. La famille Andros avait le droit de savoir si de nouveaux indices pouvaient encore être collectés, même des années plus tard. Alors tant pis si les Underwood devaient se voir, de nouveau, impliqués dans l’affaire, ou du moins soupçonnés. Même si la veuve noire s’occupait elle-même du linge de maison ainsi que de la literie des Ridgewick.
Elle savait. Concevait-elle une certaine culpabilité ? Pas réellement. Elle lui avait toujours dit de ne pas se mêler de trop près aux Andros, mais Eoghan ne l’avait jamais écoutée. Pire, il s’était entiché d’une vulgaire cowan. Sans méfiance, sans réaliser que le modèle parental défaillant, qu’il avait pourtant eu sous les yeux pendant tant d’années, aurait eu largement de quoi lui servir d’avertissement, pour plusieurs vies au moins. Il en avait payé le prix, et il lui avait fallu tenir sa langue, se la mordre férocement pour retenir l’ultime preuve de mesquinerie, de méchanceté et de bêtise que son âme cabossée aurait pourtant largement pu expirer : « Voilà ce qui arrive lorsque… ». Si elle s’était tu, c’est qu’elle avait, inconsciemment, compris que la ligne rouge franchie les verrait signer une rupture impossible à réparer. Elle avait déjà failli le perdre quelque temps plus tôt, suite à la confession. L’aveu, terrible, qui les voyait désormais là, face à face, presque inconnus, depuis que la chair de sa chair s’était réfugiée sous un autre toit. Loin d’elle. Elle ne digérait toujours pas ce qu’elle considérait être un abandon. Certes, il avait l’âge de s’assumer comme un homme, mais tous deux savaient que la séparation se serait faite plus progressive, plus douce, naturelle, si l’orage n’avait pas éclaté dans la maison. Si elle ne s’était pas trouvée acculée, obligée de livrer les explications qu’il attendait depuis sept ans. L’ironie de la chose était telle qu’elle en aurait hurlé. Sept ans. Pas un de plus. Quoi qu’il en soit, elle avait toujours eu du mal à accepter qu’il était autre chose qu’une possession presque matérielle, une créature de chair et de sang sur laquelle elle avait un pouvoir. Créatrice, sublime parmi les sublimes, imposant doxa, autorité et terreur. Il lui avait échappé. Dès lors, la rancœur n’avait cessé de s’amasser, et elle en était venue à croire que plus rien ne pourrait venir réparer la chaîne aux maillons rouillés, abîmés, à force d’excès de part et d’autres. Personne n’aurait pu lui faire avouer qu’elle était la principale responsable. Alors elle se drapait dans cette cape de certitude qui ne la quittait presque jamais, jouant de son influence, de sa taille et de son aura.

« Tu me fais honte. »

Il ne répondit pas. Il n’y avait rien à répondre à la provocation sempiternelle. Il avait depuis longtemps appris qu’il n’obtiendrait jamais le dernier mot, face à sa mère. Il n’était même pas question de savoir qui hurlerait plus fort que l’autre. Entre eux, les silences étaient bien plus terribles. La puissance des regards à l’œuvre suffisait pour comprendre que tout se jouait dans l’absence de mot, dans les magies respectives qui crépitaient à toute épreuve, prêtes à se sauter à la gorge. La Rougeoyante, mâchoires ouvertes, encore jeune et cultivant une indiscipline pouvant parfois nuire à son auteur, s’était ramassée sur elle-même, prête à mordre, et malheureusement habituée à l’Essence noire, gluante, capable de se déverser pour chercher à la noyer, comme sous une chape de goudron frais.

Ces quatre mots crachés dans le calme relatif de la demeure lui donnaient simplement envie de faire demi-tour, de tourner le dos à cette secte ingrate, pour laquelle il avait pourtant sacrifié un bout de son âme, si non pas son âme toute entière. Les narines palpitantes d’une fureur démentielle, il sursauta lorsqu’une voix, douce mais curieusement « imposante » s’adressa à Sylia. Celle-ci se retourna d’un mouvement sec ; son visage seulement, en réalité. Sa tresse fouetta l’air, cognant presque lourdement l’épaule la plus éloignée de la future prêtresse de l’Irae. Elle la considéra avec respect, mais sans gratification excessive ; elle n’avait jamais excellé dans cet art du paraître ou de la flatterie. Elle n’aimait simplement pas être prise en défaut en pleine séance de dressage de sa progéniture, et une ombre passa sur ses traits déjà sévères. Eoghan, lui, dut battre des paupières par deux fois pour englober du regard Nephtys Klein, qu’il ne connaissait pas, et n’avait pour ainsi dire jamais vu ni croisé en ville, du moins pas à ce qu’il se souvienne. Toute drapée de noir comme sa mère l’était, un mauvais frisson vint recouvrir ses bras nus. Un flash, filtre indésirable et surtout déplacé, le fit se sentir mal. Une projection venue confirmer le dérangement que représentait cette journée à elle-seule. Si la honte invoquée par sa génitrice avait en effet commencé à investir son enveloppe, ce fut devant elle, cette inconnue et adolescente de seize ans, qu’il éprouva une gêne si palpable qu’il manqua d’en baisser les prunelles. Mais il ne put s’y résoudre. Il sentait ses joues chauffer doucement, rougies par les gifles, et la crainte de l’opprobre à venir ne l’aida pas à retrouver son flegme. Il ne pourrait guère l’espérer avant d’avoir quitté les lieux, de toute façon.

Le sourire qu’elle lui lança, il ne devait jamais l’oublier. Il ignorait pourquoi, sur le moment, ce qui ne s’apparentait probablement qu’à une marque de politesse née d’une possible nouvelle intronisée à venir, le chamboulait à ce point. C’en était ridicule. L’aura. L’aura qu’il aurait pu vouloir fouiller de plus près aurait pu lui en apprendre plus, le guider sur des pressentiments encore floutés. Il n’en eut pas l’occasion. Sans un regard pour lui, sa mère se détourna de sa personne pour emboîter le pas à Nephtys. Il vit ses mains aux doigts interminables, pareils à des serres, se crisper nerveusement contre les pans de son jupon sobre, au plissé discret et soigneusement étudié. La sophistication de sa mère, qui avait cependant toujours connu la pauvreté voire la misère crasse, était pour beaucoup dans le malaise ambiant qu'il éprouvait difficilement (culpabilité), et qui ne devait plus le quitter. Dernier de la file, il les suivit toutes les deux, passa une main dans sa chevelure comme pour espérer apparaître sous un jour meilleur, frotta son visage de l’autre paume, et tenta de ne pas arborer sur sa figure une peur panique dont l’acidité lui tordait l’estomac.

Lorsqu’ils débouchèrent sur le salon où patientait Morgan Leroy, le jeune homme dut affronter cette Némésis éternelle. Morgan Leroy. Il semblait pareil, exactement pareil que depuis le jour de leur première rencontre – un traumatisme, dont il ne s’était jamais remis. Depuis, la haine, l’incompréhension et l’hostilité n’avaient jamais cessé de rythmer leur duo ni les moments passés au cœur de la secte. Douloureusement, il sortit de l’ombre de sa mère pour se présenter devant le gourou. Ce dernier adressa une brève œillade à Sylia, ainsi qu’un geste de la main méprisant : « Tu peux partir. » La Mulligan ne montra rien, se contentant d’incliner le chef, à peine, avant de se détourner dans un froissement de jupes ainsi qu’au gré de ses talons foulant le plancher. Le sénateur se mit debout, et l’arcaniste le suivit aussitôt du coin de l’œil, prudent. Derrière la distinction et l’élégance du prédicateur se cachait une montagne de folie et une violence avide qui ne perdait jamais une occasion pour s’exercer en toute impunité. Il le savait, pour en avoir fait les frais à de nombreuses reprises.

« Ma chère. Me voici navré d’avoir à vous présenter l’un des membres les moins reluisants de notre congrégation. » L’obséquiosité manifeste était bien pire que l’insulte à peine voilée. Eoghan ne broncha pas. Là non plus, il ne courba pas l’échine. Il savait qu’il ne servait à rien de lutter. Qu’il n’y avait aucune règle à suivre lui permettant de sauver sa peau. Il allait souffrir. Ce n’était qu’une question de temps. Toujours muni de cette amabilité de façade, Morgan arbora son sourire de vipère, s’adressant toujours ouvertement à Nephtys, comme s’il ne se trouvait pas en la présence de… « Eoghan Underwood… Né en 1983 à Bâton-Rouge, mais il a passé toute sa vie à Shreveport. Lointaines origines irlandaises. Sa mère l’a épargné à la naissance par bonté, ce qui en ferait probablement une sainte aux yeux des adorateurs chrétiens. Né sang-mêlé d’un père cowan qui n’a, de toute évidence, pas eu l’occasion de mater convenablement notre ami ici-bas. » La main souillée de leur meneur se leva, et le sorcier tressaillit, tandis que sa joue à la pommette épargnée accueillait les phalanges fraîches au toucher désagréable, caressant avec une tendresse feinte les traits de son souffre-douleur. « Magie rouge. » Sa voix, suintante, comme si Morgan avait craché les deux sèmes, sans cérémonie. Haine pure. Et si, pour l’heure, rien ne se produisait, il suffisait d’une fraction de seconde pour que la situation se dégrade. Pour qu’il distingue la brûlure arriver. La main se retira. Le soulagement le fit chanceler, mais il savait que ce n’était qu’un possible leurre, pour le conduire à relâcher sa vigilance. Leroy poursuivit, à l’intention de Nephtys : « Incapable de se montrer digne du clan, j’en ai bien peur, et cependant : très belle cérémonie d'intronisation. La Louisiane jusque dans la peau, dans tout ce qu’elle a de pire. Essence médiocre, capricieuse et trop passionnée. Mais fervent adorateur de Baal, entre autres figures… » Réduit à ces quelques qualifications simplistes, il regarda Morgan s’éloigner, le temps de se servir un fond de verre, et le cliquetis de la carafe en cristal brisa le silence, pendant quelques instants.

« Nephtys. Quelle sanction devrais-je appliquer pour le retardataire ? »

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Louisiana Burning

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Anonymous
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Mar 16 Mar - 23:35 (#)

eoghan & nephtys / octobre 2008
shreveport, louisiane
O come, thou day-spring, come and cheer our spirits by thine advent here disperse the gloomy clouds of night and death's dark shadows put to flight. (O Come, O Come, Emmanuel)


Pas qui résonnaient. Retour de ces tintements sourds et réguliers dans un silence qui en disait pourtant long. Il s’apparentait à tout et rien à la fois. Un rien d’une lourde atmosphère presque palpable, suintant de deux agonies distinctes, pour ce jeune homme comme pour sa mère. Un tout cette fois insaisissable où les mots semblaient manquer mais il était bien là, ravageur et ravagé par les poids de ces regards qui ne se croisaient pourtant plus. Il paraissait même plus acerbe encore dans les attitudes de l’un et de l’autre, témoignage d’une relation pour le moins compliquée. Rapport de force, violence empoignée, la rougeur n’avait pas manqué au regard, mais le cinglant de l’aînée n’était-il pas le plus mauvais ?
Pour l’adolescente envoyée, oiseau messager d’une guerre dont elle n’avait même pas idée pour l’heure et dont elle ne connaîtrait peut-être jamais l'entièreté de l’ampleur et des conséquences, tout ceci la soumettait à une place dont elle se serait bien passée en cet instant. Difficulté évidente pour celle-ci que de voir, accepter de ne provoquer aucune esclandre avec une remarque déplacée. Oisillon qui n’avait même pas quitté le nid, pris son envol, il suffisait simplement de taire ses gazouillis maladroits lors d’une bataille qui n’était pas -encore?- la sienne.

Nephtys Klein en insignifiante coursière n’avait qu’une vague idée sur ce nouvel affrontement Ô combien plus terrifiant que Sylia Mulligan. Pourtant, si la jeunette commençait à peine à comprendre le grand guide de la secte, elle était encore ignorante sur les personnalités et histoires profondes de tous les autres. La sorcière appréhendait au plus intime d’elle-même ce qui allait arriver, parce que la seule certitude demeurait en la prévisibilité des événements. Une bombe à retardement dont les talons qui s’arrêtèrent finalement dans un ordre naturellement attitré pour chacun d’eux. La thaumaturge aux mânes demeurant ténébreux, non loin de son maître tournée avec respect, attendant instruction qui ne tarda pas à être désignée. De son côté la Klein laissait se balader regards à la fois curieux et craintif. Une patience de mise, elle pensait être à son tour congédiée, mais il n’en fut rien. Bien au contraire, Morgan Leroy prit plaisir perverti d’impliquer sa prêtresse en devenir. Etalage malsain, l’impudeur d’un homme mis à nu. « Ma chère. Me voici navré d’avoir à vous présenter l’un des membres les moins reluisants de notre congrégation. » Timbre d’une insolence qui ne seyait qu’à cet homme-là. Les prunelles -presque- innocentes de l’enfant glissèrent sur le pestiféré. Il était évident que ni le ”père”, ni le ”fils” ne se portaient dans les coeurs. Chacun de ceux-ci faisaient alors écho dans la grande pièce les accueillant. L’un comme l’autre semblaient se heurter, comme laissant leurs masses écraser le palpitant et les chairs de leur cadette. Axiome qui sautait aux yeux : Ici deux espèces bien spécifiques. Combat stérile que celui d’un lupin et d’une brebis galeuse. Domination incontestable, la gamine se demanda pourtant si ce visage marqué -par la violence notamment- par la méfiance exacerbée possédait l’envie de se rebeller, d’en découdre. Le plus jeune, sûrement déjà en pleine conscience de l’image qu’ils semblaient tous vouloir renvoyer de lui.

Le regard de Nephtys ne s’était pas une seule fois détourné du sujet d’exposition. Sans même un clignement. Assidus étaient les reproches peinturlurés, sans une once de subtilité, de haine à l’égard du fameux Eoghan Underwood. Bête de foire dont le dompteur agitait devant ses yeux le fouet de dressage. Etait-ce ce qui l’attendait, elle aussi ? Muselière brandie, fierté du prédicateur d’être parvenu à y emprisonner la gueule de l’animal.
Un instant la jeune fille déglutit avant de reposer les yeux sur Leroy. Prédateur attendant son heure ne faisant que rôder pour mieux lui sauter à la gorge.
Jusqu’où irait-il avec elle ?
Négatif, persuadée que les rapports étaient tout autrement. Jamais il ne l’avait observée de cette manière-là. Oeil fielleux. Nephtys connaissait un monarque plus aimant, à sa manière, curieux, désireux de la construire pour une image : Celle de l’Irae. Prêtresse destinée à combler ses caprices, alors il ne fallait pas la détruire cette jeune fille.

Le récit poursuivait son cours et pour la toute première fois la sorcière ressentit compassion à l’égard du condamné. Figure maternelle pour unique parent semblait-il. Les yeux bruns retombèrent pour parcourir chacun de ces traits durcis qui ne paraissaient pas vouloir quitter l’inquisiteur menaçant, comme s’il attendait sentence à venir, trouvant même l’impatience que celle-ci ne se manifeste. Languissant.

Nulle garde ne se serait alors opposée à la dextérité des dix doigts qui firent un aller simple. Ce geste impérieux arracha un léger sursaut à l’adolescente. Les paupières écarquillées, elle ne put s’empêcher de faire danser son regard entre le régent et son subordonné. Souffle retenu d’une peine intérieure qu’elle garda bien enfouie au fond de sa gorge. Le crachin de Morgan Leroy, celui qui accompagna l’expression de violence, fut pire encore parce qu’elle découvrit comme une nouvelle part d’elle-même en la proie, ce que semblait oublier son hôte.
Magie rouge.
Alors il était comme elle.

Son sang se mit à bouillonner spontanément, Nephtys cherchant immédiatement les prunelles de ce chien battu. Emotions embrasées, essence répondait à celle qui la jumelait, quoiqu’aux teintes divergentes. Eoghan l’avait-il, lui, senti, comme le cliqueti enclenché d’une sonnette d’alarme ? L’envie poignante de faire, par l’occasion, le plaidoyer de la belle écarlate. Telle était plus proche, à sa façon encore immaculée la magie du sang de la jeune fille.

A force de garder cette rigidité sur l’Underwood, toujours mis à nu sans vergogne. Ou presque. La future prêtresse n’y trouva aucun jugement, probablement dû à son inexpérience de la vie, et encore moins du clan lui-même. Peut-être que cette vierge catalepsie visuelle venait perturber les habitudes du sorcier, en tout cas Leroy ne manqua pas de la remarquer cette absence de dégoût, d’animosité, ou quelconque autre présomption. Disciple de Baal, enfant de ladite passion évoquée et pestée par le grand prédicateur, mais expliquant dès lors l’allégeance divine que cela engendrait.
Résonnait alors en son sein les vibrations d’Osiris. Principal guide de la dernière génération des Klein. Communion frissonnante qui hérissa le derme de l’adolescente. Respect profond que celui de suivre les affres du puissant dieu mésopotamien, esclaves de ses moindres pulsions, désirs tel qu’il les représentait.

Seul le tintement du cristal réussit à sortir l’apprentie de l’absorption du conte que lui offrait le dirigeant de l’Irae. Cette fois-ci la silhouette affinée de la demoiselle fit un demi-tour pour pouvoir poser un œil sur ce dernier. Une question si simple. Énoncée d’une langue vipérine, aiguille piquant au vif, une mise à l’épreuve. « Hum... » Hésitation qui la trahissait. Panique grimpante, étouffante. Son cœur tambourinait dans sa poitrine. Car d’une part elle n’y trouvait aucun plaisir tel que lui, à punir plus qu’il ne fallait ce garçon, mais d’une autre elle entendait l’insubordination que ce retard dégageait, sans parler de cet air qui ne semblait pas quitter le faciès du condamné.
Elle ne pouvait pas se laisser aller, il lui fallait simplement écouter son instinct, et qu’importait si cela ne plaise à sa Majesté. L’oiseau déployait une aile mais sans savoir, sûrement, qu’il fallait élever l’autre également pour qu’il puisse voler.

« Je m’appelle Nephtys Klein. »
Une phrase qui jeta un courant, froid et chaud à la fois, et elle se mit face au probablement meurtri, ses petits yeux venant se loger d’une impertinente insensibilité dans ceux d’Eoghan. Sans présentation, légitimité reconsidérée, du moins pour cette gamine qui s’était détournée de son maître. « J’ai seize ans et moi aussi je n’ai toujours connu que Shreveport, ma famille est issue d’une longue lignée, descendante des sorcières de Salem. » Fierté nullement dissimulée, l’assurance pourtant feinte se mit à faiblir quelque peu, les mains moites venant s’agiter l’une sur l’autre. Mais l’intimidation n’était pas envers l’Underwood, c’était par la présence de Morgan, ne pouvant savoir comment il allait réagir à la suite. « La magie rouge... » Tenta-t-elle plus doucement bien qu’elle savait que le propriétaire des lieux l’entendait très bien. « Loyale et puissante. » Incoercible orgueil qui, elle l’espérait, ne lui serait pas fatal à son tour, et finalement à y réfléchir le temps d’un instant, peut-être que cela permettrait au martyr de souffler un peu. Mais elle se retourna presque sous la même impulsion vers Morgan et s’inclina de quelques centimètres. « Veuillez pardonner mon arrogance mais... » Il s’agissait de sa magie également. Les yeux que Nephtys releva doucement d’une certaine résignation rencontrèrent une certaine impassibilité glaciale qui pétrifia chacun de ses membres. « Ce n’est pas ce que j’ai demandé. » Herbe fraîche arrachée à mains nues. La Klein, à la mise à nu de cet homme, avait fait le choix de se mettre sur un même pied d’égalité. Prêtresse au service de ses frères, de ses sœurs, nullement supérieure, nullement inférieure. Alors la jeune fille comprit et, laissant planer un silence probablement pesant pour ce garçon qui attendait encore de savoir quelle allait être sa sentence, elle finit par se redresser.

La lenteur d’un nouveau demi-tour. Corde à couper, et ces yeux pourtant empli de d’affliction qui intimaient à l’Underwood seulement. Fragilité d’une jeune fille. A peine naissante dans le monde des grands. De ces grands. Univers tranché et tranchant dans lequel, pourtant, l’élue d’Osiris savait qu’elle était prédestinée à servir l’Irae et rien ni personne ne pourrait être un obstacle à cet avenir. Cependant, subito, la douceur d’un sourire s’empara du visage de Nephtys, pythie qui se voulait si naïvement juste encore à cette époque. « Pour avoir manqué à ses obligations envers le clan, je pense qu’il devrait faire don de suffisamment de son énergie à notre congrégation en contrepartie de son absence. » Détonnantes paroles mêlées à ce faciès encore enfantin, tout juste changeant. Si tel devait être son rôle de prêtresse avenir, alors ainsi soit-il.
(c) mars.
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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
Eoghan Underwood
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⛤ SMALLTOWN BOY ⛤

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"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

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"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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⛤ VENGEANCE ⛤

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"Before I die alone."

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Lun 5 Avr - 1:27 (#)


Collision
Il leva les yeux vers le plafond abîmé, moins pour attendre patiemment la sentence que pour se contraindre à un calme contraire à ce qui tout, en lui, bouillonnait. Incapable de faire craquer ses poings, de mordre, cogner, briser. Il se perdit un instant, pour oublier les mots venus le saigner aussi sûrement que s’il s’agissait de lames de rasoir effilées, n’attendant que lui. Le poids d’une journée débutée comme toutes les autres commençait à peser lourd. Perclus, les membres douloureux, le cerveau échauffé, une bouffée de Rouge n’aspirant qu’à s’échapper le submergea, l’obligeant à s’affaiblir un peu plus, à serrer les rênes au risque de s’en écorcher les mains. Si les habitudes avaient la vie dure, s’il était coutumier des humiliations quotidiennes et des brimades gratuites, le temps ne l’aidait pas à les vivre avec plus de sérénité. Au lieu de se prostrer dans un coin, redoutant la prochaine séance cabaleuse, il ne s’en raidissait que davantage. Le risque était grand. Mais également, curieusement rassérénant. Le sorcier ne redoutait qu’une chose : que la flamme de la révolte ne s’éteigne, tuée par le souffle fétide du prédicateur. Et pourtant, non. Une sorte d’espoir stupide le maintenait debout. Celui, peut-être, de s’accrocher à des rêves futiles, comme celui d’échapper un jour aux griffes de l’Irae. Il ignorait quand. Il ignorait comment. Ce n’était pas important. Il lui suffisait de chérir ce bout de chandelle quelque part, là où Morgan n’aurait jamais eu l’idée de venir la lui prendre. Il saurait, pendant ce temps-là, tout encaisser : les accusations gratuites, le mépris et le doute quant à son intelligence, la discrimination envers la couleur de sa magie. Morgan ne s’en serait jamais pris à Jill Keyman. Il en fallait bien un. Il endossait ce rôle avec la fierté mal placée des boucs-émissaires encore jeunes, loups tapis dans l’ombre en attendant le moment venu ; renverser l’Alpha. On aurait eu tort, cependant, de lui prêter des ambitions au sein même de leur clan. Il n’aspirait à embrasser aucune des fonctions hiérarchiques ou principales accordées par leur dirigeant. Il n’avait jamais fait de zèle. Il répondait aux appels. Même en retard. Il participait aux réunions. Même mutique. Il consacrait sa magie aux siens.

Rien de plus, rien de moins.

Lorsqu’il fut certain de ne pas exploser en plein milieu de la pièce, il expira un léger soupir avant de poser les yeux sur l’adolescente, qui le fixait elle aussi. Une curiosité réelle, bien que timide le poussait dans son sens. Le dessin attirant de ses traits réguliers mais déterminés (la ligne de ses lèvres était particulièrement fascinante), la couleur de ses iris et le grain original d’une peau mate et sans défaut l’aidèrent à absorber un peu du trop-plein qu’il ne contenait qu’avec peine. Il songea que la beauté de cette créature faisait tâche, dans l’antre du sénateur. Dans leur antre. Que ce dernier ne méritait pas de pouvoir inspirer le même air que le sien, sans pouvoir baser ce jugement de valeur sur autre chose qu'une gratuité toute relative. Elle semblait si jeune. Et à la fois si ancienne. Il n’osa pas la toucher, en pensée comme pour détecter de quoi son aura était faite. Comme s’il commençait à comprendre, seul, qu’un joyau leur avait été présenté en son absence – car seule une telle conclusion aurait pu justifier une telle mise en scène de la part de Leroy. Celui-ci avait dû planifier cette présentation depuis des semaines, voire des mois. Qui était-elle, alors ?

Qui es-tu ?

La regarder lui faisait oublier la tension dans son dos et ses reins. Il oublia même jusqu’au timbre agaçant et l’accent marqué de sa Némésis. Il battait des paupières encore embrumées de la poussière des routes laborieusement coulées dans le goudron frais. Sa cage thoracique se soulevait puis retombait avec un calme qu’il n’aurait pu arborer, en temps normal. Il aurait pu la regarder longtemps, jusqu’à dénier l’épuisement qui guettait, dès lors qu’il retrouverait sa solitude. Et elle ? Comment le regardait-elle, elle ? Il n’était pas très bon en analyse de ce genre. Il fonctionnait à l’instinct, et dans d’autres circonstances, particulièrement. Il admirait sa contenance, mais crut finalement lire ce qui ressemblait à une étincelle de soutien, d’empathie ou de compassion. La réponse se situait probablement entre ces trois-là. Nephtys. Nom prédestiné, nom forcément ami, allié, évocateur d’une religion, sinon totalement adoptée, du moins familière et pilier de l’éducation théologique de son enfance. Nephtys. Prénom de déesse, qu’on n’accordait sûrement pas à une jeune pousse ordinaire.

Qui es-tu ?

Sera-t-elle digne de son patronyme ? Fera-t-elle abattre une punition divine sur son échine ? Tout cela n’est-il donc qu’une illusion de plus ? Pourrait-elle se surpasser, se montrer plus cruelle encore que leur mentor ? Il le redoutait, subitement. Morgan aurait donc réussi à le faire craindre une gamine à peine sortie de l’enfance. Jusqu’où la disgrâce repousserait-elle donc les limites ? Les prochains pans de son existence tenaient entre les mains de cette inconnue touchée par la clémence de l’homme fou. Si elle souhaitait lui plaire, il n’y aurait guère de salut à trouver, en lequel prier. Lorsqu’enfin elle s’approcha, ayant probablement pris une décision au bout de cette longue attente inconfortable, il parvint à ne pas se détacher d’elle, prunelles baissées vers la pointe d’un nez parfait, vers ce front lisse et cette mise impeccable. Ils n’auraient pu être plus différents, alors, tout en ignorant que le même écarlate coulait dans leurs veines. Lui, si pâle dans la pénombre tamisée. Elle, son derme nourri de soleil depuis des générations-millénaires. Elle, intacte – vraiment ? ou pour l’heure ? – lui déjà aigri, déjà abîmé par vingt-cinq ans d’abus systématiques et de boulots ingrats. La jade et l’azur. Elle, menue et prudente près de lui, massif et las, sans précautions superflues. Il n’était plus temps.

Il baissa le chef davantage lorsqu’elle se présenta officiellement, devinant la déférence dont il était censé faire preuve. Nephtys Klein. Morgan l’avait privé de la possibilité de répondre en retour. En égal. Il n’y avait rien d’autre à faire que de garder le silence. Seize ans. Voilà qu’elle n’avait que seize ans. Son ascendance dévoilée l’obligea à conserver cette posture respectueuse dont il n’avait de toute façon pas à forcer l’inclinaison. Conscient de ce qui demeurait sacré ou non, même la présence haineuse de son supérieur ne l’aurait vu saper ce qui était un commandement inscrit dans sa génétique, dans chaque aspect de sa formation, de son héritage et de sa philosophie. Il ne sortit de son flegme, une étincelle vibrant dans son regard, qu’à la mention de la magie tutélaire, fronçant à peine les sourcils sans distinguer dans la voix de sa vis-à-vis le mépris habituel que réservaient la plupart des membres de l’Irae au Rouge. Aussitôt, la pensée vint qu’elle aussi versait dans cette nuance plus claire, tranchant si durement avec la majorité du clan. Son souffle se fit soudain moins résigné. Et si son visage demeurait grave et fermé, quelque chose de plus se distinguait, là, entre ses pommettes et les commissures de ses lèvres, comme au coin de ses yeux.

Il n’entendit qu’à peine le bref échange rendant plus âcre le ton de Leroy, impatient de voir le couperet s’abattre. Il ne pensait qu’à elle, qu’à ce qu’elle venait de lui révéler, avec la même légèreté qu’une caresse accordée à un martyr proche de la fin. Fut-ce la clémence de Nephtys qui réveilla la hargne du sénateur ? Le verre vidé de son alcool s’abattit durement sur la console de bois, et l’homme se rapprocha de ses deux fidèles, ignorant la première pour abattre sa main sur l’épaule du second. Il tressaillit encore, tant il redoutait le contact de l’acide. « Je devrais te faire ramper devant elle, pour bien faire. Tu as de la chance que je veuille bien préserver le peu de dignité qu’il te reste. » Les orbes torves se tournèrent vers la fille de Salem, la mirant avec ce mélange subtil de convoitise et d’élégance. Un désir étrange et malsain le portait vers elle. Il la tordrait pour la mouler à son image, elle aussi. Comme tous les autres. Nephtys Klein avait simplement la chance d’éveiller en lui une foule de fantasmes viciés, de renouveau prometteur, excité par le bulbe de splendeur en devenir que la sorcière deviendrait. « Salue ta nouvelle prêtresse, Eoghan. »

Il comprit.
Il comprit, et s’il avait déjà entrevu la portée du charisme étrange pour une femme aussi jeune, les révélations de Morgan avaient éclos comme des explications presque rassurantes, lui permettant de poser des mots sur cette inexplicable alchimie. Dévot jusqu’à l’os, il se morigéna aussitôt pour avoir conçu l’avant-garde de pensées indécentes à son endroit, contrairement au sénateur qui, lui, ne se privait pas. Lui qui ne s’était jamais privé de rien. « Sois-lui aussi loyal et obéissant. Quant à toi… » Un sourire de sphynx s’esquissa, fabriqué et hypocrite : « Samain approche. C’est l’occasion rêvée. Il aura tout le loisir de saigner pour les siens. Sous ta coupe, bien sûr. » L’emprise se relâcha, et il n’afficha plus que le dos du costume luxueux valant plus cher, à ses yeux, que la vie du fils de Sylia. « Tu as de la chance que notre jeune amie ici présente soit aussi complaisante. Maintenant, sors d’ici. »

Eoghan chancela. Il ne devait en effet cette clémence jumelle de sa part qu’à la présence de l’adolescente, il en était certain. Il s’arracha à la vision prophétique de celle en qui il finirait par placer les écueils de sa foi, de ses doutes et de ses réflexions, et s’apprêtait à (s’enfuir) prendre définitivement congé, quand la tessiture honnie résonna de nouveau : « C’est la dernière fois que tu arrives en retard à l’une de mes convocations. »


•••

Dehors, le « parking » était presque désert. La plupart de ses frères et sœurs de cercle étaient partis, jusqu’à sa mère qui n’avait pas pris la peine de l’attendre. Cet abandon révélateur lui fit plus mal qu’il ne le pensait. Il n’essaya même pas de s’imaginer comment il parviendrait à rentrer jusqu’à Shreveport. Il aurait rêvé de se téléporter directement dans la chambre aménagée par les bons soins de Bob, et par les attentions affectueuses d’Irma, obsédée par son hygiène de vie, son alimentation, sa bonne santé. Il tâchait de ne pas se laisser aller dans le bien-être doucereux qu’elle s’efforçait de tisser autour de lui, à la fois par amour (loyauté) filial stupide, et par peur de se voir déçu. Devenu farouche avec les figures maternelles qui lui tournaient autour, il leur préférait de loin la tendresse bourrue et taiseuse des pêcheurs connus depuis l’enfance. Désemparé, il eut l’impression de prendre sa première bouffée d’air pur, quoiqu'encore épais, depuis des mois. Sentant ses cuisses tétaniser, il se laissa tomber comme une masse sur les marches des escaliers menant au porche de la vieille demeure coloniale. La nuit était tiède, délicieusement tiède comme il l’aimait. Pourtant, seul le froid des palmes de Morgan Leroy lui revenait en mémoire, lui collait à la peau. Ses bras nus en souffrirent, et il les croisa en appui sur ses genoux pointés vers le ciel, silhouette courbée, recroquevillée, faisant défiler les épisodes cauchemardesques de cette journée. Lehne, Aaron, Sylia, Morgan, Nephtys… Il n’était pas dupe quant aux manipulations du maître des lieux. Il souffrirait. D’une façon ou d’une autre, il lui ferait payer ce retard dont il n’était pas responsable.

Un spasme bien reconnaissable lui fit quitter sa posture presque fœtale. Il se redressa, obsédé par l’idée de ne surtout pas salir les marches, au risque d’aggraver son cas. Il dévala les derniers degrés, trébucha puis tomba en se projetant sur le côté, pour vomir le peu que son estomac contenait. La saveur de la bile le fit cracher à plusieurs reprises, tandis que ses bras tendus tremblaient à leur tour, de faiblesse et de froid. Il n’y avait rien de libérateur à gerber de cette façon contrairement aux cuites sévères lui imposant de rejeter l’alcool. Non. Il aurait pu se laisser crever là, rien que pour ne plus voir s’imprimer derrière ses rétines la somme éloquente de ses failles, épreuves passées, présentes et à venir. Comme la culpabilité pareille au sang pompé qui s’écoulerait bientôt.

Juste pour satisfaire les caprices d’un barbare déguisé en gentleman, et dont la nouvelle lubie avait pris la forme d’une jeune fille de seize ans.

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Louisiana Burning

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