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Les Pleurs [Gautièr]

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Anonymous
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Mar 19 Jan - 23:05 (#)



Shreveport, janvier 2020

"Espèce de salaud !" Elle s'était éveillée les joues humides de larmes et ses poings serrés sur l'oreiller d'un gris orage, le cri bloqué dans sa gorge serrée. Le regard encore hanté de songes terribles, les pas encore lourds d'un sommeil agité, sa carcasse se traîna jusqu'à la salle de bain. Le visage marqué par sa nuit tourmentée, ses yeux cernés de violet et de bleu la fixaient intensément dans le miroir. Doigts semblables à des serres crispés sur la faïence, elle s'observait comme on observe une apparition, entre terreur et consternation. "Est-ce bien moi ?" avait-elle envie de murmurer. Mais elle restait muette, de peur sans doute que le reflet ne s'anime alors même que pas un battement de cil n'accompagna l'apparition de son double qui, posant sa tête sur son épaule, l'enlaça délicatement. Vaine étreinte qui ne la consola pas, maigrecompensation pour l'avide d'affection qu'elle était. Elles se fixaient alors, les deux Xanthe, sans un mot se mirant sous la lueur déguelasse d'un néon tremblotant, avant que l'une d'elle ne s'efface pour ne laisser que la loque qui quelques minutes auparavant hurlait à pleins poumons dans le secret de sa psyché. Nue sous l'eau tièdasse qui coulait sur sa peau, entourée d'un rideau de goutelettes, Xanthe restait immobile sous ce rideau de pluie factice, son regard azur vide et presque éteint.

Ce qui l'avait décidée à sortir de son antre alors même qu'elle aurait pu se terrer sous sa couette et chialer de tout son soûl ? Peut être l'extrême dégoût pour ses larmes qui commençait à poindre. Vinz ne méritait pas qu'elle pleure, pas pour lui. D'ailleurs tous ceux qui l'abandonnaient ne méritaient pas qu'elle pense encore à eux. Oh elle pouvait bien se bercer d'illusion tant qu'elle menait sa journée d'un pas cadencé et énergique. Mais quand venait la nuit ou le repos, quand elle s'abimait dans l'oiseveté, alors les pensées tournaient encore et encore, comme une mélodie obsédante qui finissait par lui tirer des larmes de désespoir. Alors ce matin elle avait tenté d'effacer les stigmates de l'abandon, effaçant les ombres violacées qui obscurcissaient son regard, redonnant un peu de rose à son visage de porcelaine maladif, pour finir par cacher ses yeux sous d'immenses lunettes de soleil. Elle s'était enveloppée d'une veste duveteuse qui semblait l'avaler tant elle était grande, et ses petits talons claquant sur le béton, elle avait déambulé dans les rues alors que la ville semblait s'éveiller d'une gueule de bois. Les fêtards se traînaient comme des zombies sur les trottoirs, cadavres ambulants à la recherche d'un lit ou d'un caniveau où cuver leurs excès. Les commerçants ouvraient les rideaux des magasins, la mine chiffonnée, pour des clients qui n'arriveraient que plus tard dans la matinée.

Comment Xanthe s'était-elle retrouvée là, à fixer un ciel factice dont les étoiles lumineuses tournaient encore et encore ? Pourquoi avait-elle erré jusqu'au musée, ses lunettes sur son nez alors qu'un soleil timide peinait à percer l'épaisse couche de nuages ? A la recherche d'un refuge sûrement, où se remplir la tête de faits purs et durs, la science comme pansement sur un coeur crevé. Pourtant, quand elle s'était assise dans le planétarium, elle n'avait plus réfléchit. Le cerveau déconnecté, le regard fixé sur les constellations factices qui tournaient au-dessus d'elle, encore et encore, Xanthe laissa passer les minutes, bientôt les heures, bercée par la voix qui commentait les mouvements célestes. C'était peut être ça la solution. Ne plus penser, n'être concentrée que sur l'infini et plus sur soi. Ses lunettes posées à côté d'elle, la jeune femme indifférente aux passages des rares visiteurs restait étendue là, dans ce lieu hors du temps et de l'espace. Faisait-il encore jour dehors ? Une minute, une heure, cela n'avait plus d'importance. Tant qu'elle oubliait, là dans cette parenthèse inespérée, échappant un instant ou une éternité à ses pensées tourmentées.


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Gautièr Montignac
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◖ INACHEVÉ ◗

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"C'est une histoire de dingue.
Une histoire bête à pleurer."

En un mot : Meursault d'Occident. Sorel d'Amérique.
Qui es-tu ? :
"J'irais bien voir la mer.
Écouter les gens se taire."

◖◗ Homme du pays occitan, dans le Sud de la France. Né au cœur des Pyrénées aux sommets blanchis, entre le soleil et la rocaille du mois de juillet 1898.
◖◗ Loup-garou Bêta condamné à fuir famille et village, jeté sur les voies forestières d'un exil, des frontières d'Espagne aux vallées de Lozère. Voyageur infatigable, jusqu'au Nord de la France et la côte est américaine.
◖◗ Relation d'amour et de haine pour cette France ingrate. Son sang a coulé pour des généraux dont le pied n'a jamais foulé le no man's land de la Grande Guerre. Membre d'un réseau clandestin dans les années 40.
◖◗ Rêveur misanthrope à la philosophie d'un autre temps. Passe sans mal de l'empathie au jugement, de la tolérance au dégoût. Aide lorsqu'il le peut. Tue quand il le doit. Bestiole dans le crâne qui commandite d'étranges désirs.
◖◗ Homme à tout faire : capable de nettoyer les chiottes, de garder un musée, de balayer la rue ou de tenir une caisse. Prédilection pour les postes de serveur, aidé par ses hanches étroites et ses bras solides. Poste d'observation privilégié pour tous les comportements humains et non-humains.
◖◗ Rebut. Incapable de s'adapter pleinement à une meute. Chaque tentative se solde par un échec plus ou moins pénible. Solitaire, se protège derrière la barrière de mensonges qui résistent encore aux outrages du temps. Prétend n'être rien d'autre que la Bête du Gévaudan. S'en convainc parfois, ou bien d'être un descendant.
◖◗ A subi les affres du sang et de la rumeur capable de frapper tous les bourgs et hameaux des campagnes profondes. Accusé de crimes qu'il n'a pas commis. N'a jamais eu l'occasion de racheter son honneur parmi les siens.
◖◗ Ancien amant de Mei Long, poupée chinoise de sang royal. La rencontre entre deux écorchés de la vie, entre deux psychés abîmées, vouées à toutes les folies et aux errances mortifères dans les bois du Maryland.
◖◗ Poursuivi par des flics qui n'ont pas pour habitude de lâcher prise. Connu des autorités américaines depuis les années 70. En cavale permanente. Passé maître dans l'art des identités plastiques, artificielles. Espère trouver à Shreveport l'abri de la dernière chance, en incorporant les rangs de la meute. Tueur de flics et de femmes.
◖◗ Mélancolique. Dans ses bons jours, capable de déceler la beauté dissimulée derrière tous les aspects de l'existence. Amoureux d'Histoire et de littérature, lecteur infatigable de Camus et de Céline.
◖◗ Dérangeant. Par ses regards perçants, par ses paroles sans filtre, par ses rires grinçants : inadapté, mais sympathique, si son interlocuteur s'y prête.

◖BÊTE DU GÉVAUDAN◗

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"L'a pas tellement changé la France.
Passent les jours et les semaines,
Y'a qu'le décor qui évolue.
La mentalité est la même.
Tous des tocards, tous des faux culs."

Facultés : ◖◗ Faiseur d'histoires. Capable d'inventer mythes et récits sans effort. Charmant ou effrayant tour à tour. Se réinvente sans cesse, personnage protéiforme.
◖◗ Passé maître dans l'art de dissimuler un corps et d'en ôter la vie. Tous les moyens sont bons.
◖◗ Sait comment survivre face au froid, à la pluie, à la grisaille et à la brume, aux mers, aux monts et aux coups bas. Aux morsures, aux traîtrises, aux caresses, aux promesses.
Thème : Le Fleuve ◖◗ Noir Désir
Les Pleurs [Gautièr] L4AOxKs
◖MINDHUNTER◗

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"Je vais les rues je vais les lieux où on ne m'attend pas. Ceux que je croise au fond des yeux, non, ne me voient pas. Je parle à des gens comme moi qui n'ont l'air de rien. Des esclaves en muselière qui n'en pensent pas moins."

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Pseudo : Nero
Célébrité : Harry Lloyd.
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Messages : 628
Date d'inscription : 04/11/2019
Crédits : Sparkle (ava') ; Wiise (Signa')
Ven 22 Jan - 3:40 (#)


Le silence de ces espaces infinis m'effraie.
L’Aube est grise.

La pluie tombe en quelques rafales douces et fraîches, tranchant avec le climat habituel de la région. Le bruit régulier d’une brosse à chaussure va et vient contre le cuir déjà parfaitement ciré, mais que l’homme cherche à faire reluire encore davantage. Avec minutie, il n’oublie aucune parcelle, s’en prend au moindre grain de poussière, à la plus infime ligne ou trace tranchant avec le reste, d’un noir parfait et délectable à l’œil. La télévision bourdonne, dans un coin du petit appartement. La chaîne d’informations en continu branchée par réflexe pour l’aider à sortir des brumes du sommeil babille en permanence, vomit sa déferlante de publicités pour des produits hauts de gamme qu’il ne pourra jamais se payer. Des voitures aux propositions de crédit forcément « avantageuses ». Leur carrosserie brille, elle aussi. Des montres à la précision d’une perfection inégalable, inégalée. Des parfums à l’image portée par des mannequins à la beauté presque vulgaire : mâchoires carrées au point d’en devenir ridicules, costumes Armani noirs, sylphide envoûtante d’ores et déjà conquise par l’odeur du mâle se portant à ses narines. Banques. Assurances. Conseil. Services. Ça n’en finit pas. Ça n’en finit pas de finir. Il soupire. Rien ne change. Il a connu les affiches de propagande, à la fois infiniment plus subtiles et plus grossières, l’État français quémandant l’aide de ses administrés jusqu’au dernier des paysans, au plus démuni des ouvriers (Donnez votre or !). Et rien ne change. Les hautes sphères continuent d’appâter le laborieux peinant déjà à ramener de quoi s’offrir son pain, et voilà que la tentation ne cesse de lui tourner autour, comme des mouches attirées par le miel. Un énième flash info apparaît, ponctué par des couleurs d’un bleu presque criard, des panneaux et volets de transition issus du montage d’un technicien visiblement appliqué, et laissant apparaître deux présentateurs, un homme et une femme, confortablement vautrés dans des fauteuils de qualité. Une deuxième femme apparaît, installée entre eux deux. Le loup a pu remarquer à quel point les Amerloques sont friands de ce genre d’interviews pareilles à des discussions entre amis.

« … et nous sommes ravis de vous accueillir enfin sur notre plateau ! »
« Le plaisir est partagé, je vous remercie pour l’invitation. »

Il se redresse, range son matériel de cirage et jette un bref coup d’œil à l’horloge simple – qui n’a rien à voir avec la précision des montres suisses – accrochée au mur. Il doit se dépêcher, s’il ne veut pas arriver en retard. Mais la météo qui s’acharne ne lui dit rien qui vaille, même si elle n’entame pas sa hâte de rejoindre le musée. Il n’en peut plus d’attendre de se retrouver parmi les salles rarement chauffées, souvent climatisées, et d’entamer le ballet d’une journée que rien ne paraît distinguer d’une autre. Au sein du petit écran, et au fur et à mesure, l’échange passe du ton badin à une conversation plus sérieuse :

« … et vous avez d’ailleurs agité la twittosphère, c’était osé ! »
« Je n’ai fait qu’exprimer tout haut ce que beaucoup de nos concitoyens pensent ou n’osent, eux, exprimer qu’à voix basse ! »
« Vous n’avez pas eu peur, si tôt après les événements ? »
« Non. C’est dans des instants pareils que les gens connectent leur attention au moment présent. Le quotidien et les préoccupations des Américains sont grands, et on les comprend ; la situation économique du pays pose largement question, et il est d’autant plus facile de négliger la politique ou d’y prêter moins souvent attention, d'ordinaire. D’autant plus lorsqu’on ignore si l’on arrivera à payer sa facture d’eau ou à remplir l’assiette de ses enfants… »

Il croque dans une tartine confectionnée à la va-vite. Le goût du beurre provoque sur ses papilles un frémissement exquis. Il a beau se saigner à payer jusqu’à cinq dollars pièce les produits laitiers importés de France, il ne se refuse pas toujours ce petit caprice qui en vaut toujours la peine. Tout en allant et venant dans l’espace carré, il parvient parfois à fixer son attention sur la femme interrogée. Sa peau est légèrement mate, ses yeux d’un noisette profond tirant vers le sombre, et ses cheveux sont noués en une tresse lâche. Elle ressemble à une Indienne, image d'Epinal en filigrane, et il l’imagine soudain parfaitement vêtue d’un sari, d’un bindi rougeâtre entre les deux yeux, et d’une farandole de bracelets et de bijoux dorés tintinnabulant à ses poignets. La trentaine bien entamée selon lui, son sourire est démenti par son regard, sérieux, presque dur par moments. Son sourire n’est pas forcé, mais pas naturel non plus. Elle est attentive. Elle guette le piège et contrôle son discours. Il le sent, depuis l’autre côté.  

« Cela ne devra plus jamais se reproduire. Il n’est même pas question d’évoquer les dégâts matériels, qui se chiffrent en millions de dollars ; nous n’avons même pas encore le bilan exact en notre possession. Cependant, il n’est plus question de brader la sécurité de notre population. Nous leur devons cela. Notre responsabilité est engagée. Avons-nous attendu des mois, voire des années avant de réagir après le 11 septembre ? »
« Vous comparez ce qu’il s’est produit à Shreveport avec le 11 septembre ? »
« Je dis simplement que nos administrés ne devraient pas craindre pour leur vie le soir d’une fête familiale que d’aucuns revendiquent issus du folklore magique. Et que le surnaturel occupe une place privilégiée dans les débats de ce pays depuis trop longtemps. »

Il enfile son blazer après avoir noué sa cravate – impeccable –, dévisageant sans haine le faciès de la politicienne arborant une tenue tirée à quatre épingles, comme lui. Il a toujours respecté les gens propres sur eux, et c’est pourquoi il ne se sent pas outré lorsque, d’une voix rendue plus ferme, plus déterminée, la dénommée Sadira Khan affirme et souligne : « Aucune minorité, quelle qu’elle soit, ne devrait bénéficier d’une légitimité plus large que la "masse silencieuse" qui subit de plein fouet les mêmes aléas. Éducation, écologie, réchauffement climatique, chômage et misère sociale ne sont pas des préoccupations secondaires. Et je ne compte pas attendre un second Halloween 2019 pour rappeler au Congrès que ces problématiques réclament encore et toujours leur plus haute attention. »

•••

La pluie n’est plus qu’un lointain souvenir. Il oublie presque tout du monde du dehors, lorsqu’il déambule dans les couloirs encore peu fréquentés. Tôt le matin, un mois de janvier, il n’y a pas foule au SSDC. Tant mieux. Il n’y a rien de pire que d’embaucher en baignant aussitôt parmi la foule. Récemment recruté, il peut ainsi trouver ses marques paisiblement, se repérer, prendre des habitudes, et déjà s’emparer des réflexes qui font de lui la créature vouée à s’adapter, par tous les temps, toutes les époques, toutes les nations. Après avoir parcouru une ronde paisible à plusieurs reprises, vérifié que rien ne clochait et discuté avec quelques nouveaux collègues – rien de bien important, badinages dont il s’échappe rapidement – il réalise pourtant qu’un détail le chiffonne. Trois fois depuis que son service a débuté que la même silhouette demeure là, étendue sur les sièges du planétarium. La même chevelure. Une femme. Elle n’a pas bougé. Il tente de l’ignorer, mais la curiosité finit par se faire trop puissante. L’image le dérange presque, ne cesse de lui tourner en tête, le déconcentre dans les tâches qui le font aller et venir, voire même lorsqu’un touriste matinal lui demande la direction d’une salle précise. La femme s’est-elle endormie ? Fait-elle partie des individus étranges fréquentant les musées sans savoir trop quoi y chercher ? Il se retourne, mais aucun employé autre que lui ne s’apprête à pénétrer dans l’espace – vaste – réservé à la contemplation des planètes. Il franchit le seuil, et s’imprègne aussitôt d’une forte odeur, qui lui rappelle presque celle des cinémas, le parfum du popcorn en moins. Les fragrances sont agréables, bien que tenaces pour l’odorat du garou. Et puis les effluves qui émanent d’elle le frappent au fur et à mesure qu’il s’approche. Il sinue entre les rangées pour la rejoindre, profitant du silence relatif que seul trouble la rumeur discrète des badauds, hormis le commentaire débouchant des haut-parleurs. Contournant les allées, se demandant encore et toujours pourquoi tant de temps passé ici même, il se fait mutique et doucereux, n’émettant pas un bruit ; la moquette sous ses semelles. Il débouche à l’angle droit pour affronter le visage de la femme.

Tout s’arrête.
Bien qu’il ne se produise aucun montage tape-à-l’œil comme pour la chaîne d’informations en continu.
La sensation est si brève qu’il pourrait douter l’avoir jamais ressentie.
Pendant un instant, le passé et le présent se confondent, cruels, et un autre visage, si proche, si familier, si semblable, similaire. Comme calqué sur ce teint parfait de porcelaine maquillée. Les longs cheveux sombres, les membres languides, ligne mince et gracieuse, il en est sûr. Jusqu'aux iris clairs. La bestiole dresse une antenne, mais il ne souhaite pas la voir rappliquer. Sa bouche s’ouvre pour prononcer un nom. Un prénom. Un pronom ? Rien ne sort. Il se reprend de justesse. Il sait que ce n’est pas elle. Il sait où elle demeure. Loin. Un océan les sépare. Son corps redevenu poussière depuis plusieurs décennies, dormant dans le cimetière de Loudenvielle, et où il était revenu pour fleurir sa tombe.

Ce n’est pas Elle.

Il se racle légèrement la gorge, tant pour espérer se reprendre que pour chasser ces souvenirs et hallucinations parasites.
« Excusez-moi. » L’accent français est gommé autant que faire se peut (Robbe-Grillet. Les Gommes. L’un des pires romans qu’il ait jamais lu, d’ailleurs, éclat de pensée qui s’insinue pour repartir presque aussitôt). Il pourrait insister, faire preuve de cette curiosité déplacée qui le hérisse lorsqu’elle est malhabile. Au lieu de cela, ses lippes se closent, ses mains se nouent dans son dos, et le voilà qui lève à son tour la tête vers ces cieux factices, reproduits.

Ce n’est pas Elle.

Les humains sensibles au folklore pensent les êtres comme lui voués à l’Oubli, et avec raison. Plus le temps passe, plus sa mémoire se délite, mais certains traits, certaines âmes, ont la vie dure. Certaines choses demeurent, inamovibles, et tous les siècles qui passent pourraient n’y rien changer. De son meilleur accent anglais, il articule :
« Vous cherchez à apprendre la cinématique par cœur ? » La douceur de sa voix tranche avec le sarcasme inoffensif. Il sourit, mais ses prunelles ne s’allument pas. « Je n’y connais rien aux étoiles. Enfin. Si, un peu. Mais pas comme la voix qui parle en boucle, bien sûr. » Tant de nuits, il les a contemplés. Il a perdu leur amour, dès l'instant qui l’a vu jeté errant sur les sentiers montagneux. Pourtant, entre lui et elles, une idylle puissante s’était tissée, au gré des étés passés à veiller, à s’interroger sur sa place, son avenir, sur l’histoire des hommes et la technologie menaçant chaque jour les paysages comme leurs traditions. « Tout cela, c’est trop loin… Trop loin, beaucoup trop loin… » Murmures, désormais. Confidences, comme s’ils se connaissaient. Il ne la regarde pas.

Ce n’est pas Elle.

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Le Temps qui reste

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Anonymous
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Jeu 28 Jan - 21:47 (#)



Bercée par les mouvements célestes factices, elle reposait là, Ophélie des étoiles. La pénombre ambiante comme couverture contre les monstres intérieurs, elle laissait la voix enregistrée égrener ses faits scientifiques avec une régularité rassurante. Doux murmure de fond sur lequel son esprit tourmenté se laissait porter, elle retrouvait alors un peu de sérénité. Toute entière concentrée sur la sensation du tissu sous ses doigts, le fauteuil contre lequel son corps affaibli reposait, elle prêtait une attention maladive à la moindre sensation physique pour tenir à distance ses démons. Le souffle régulier de sa respiration qui gonflait ses poumons, son ventre qui s’élevait et s’abaissait imperceptiblement. Des battements de cils rares et lourds alors que son masque de porcelaine figeait son visage en un portrait presque mortuaire. Elle était comme un gisant, anachronisme savoureux et bizarrement apaisant dans ce temple de la science. Un corps, une prison et un refuge pour des pensées enfin suspendues sous les astres au ballet répété inlassablement. Elle aurait fait un superbe cadavre. Délicieuse poupée au masque blanc, aux courbes harmonieuses et à la dignité quasi royale. Un air enfin apaisé par la mort, des fleurs immaculées entre ses mains, on aurait admiré cette allure sereine, accueillant la fin comme une délivrance. Un léger parfum de tubéreuse et d’iris l’entourant de mystère, il ne manquait plus que les volutes d’encens s’élevant vers la voie lactée se reflétant dans ses prunelles glacées pour parfaire le tableau. Oui, Xanthe n’était jamais aussi émouvante que dans ces moments rares et précieux, d’une brièveté alarmante, que lorsque son esprit tourmenté mourrait quelques instants. Dans la délicate obscurité de l’anonymat, elle reposait là, indifférente et invisible aux regards des rares visiteurs venus s’abreuver de science.

Et puis soudain, la magie prit fin. « Excusez-moi. » Elle tenta de résister à l’irruption de la réalité, mais déjà les filaments de cette vision sublime lui échappaient, comme s’échappant vers le ciel. Alors son attention se déplaça imperceptiblement sur cette voix inconnue, alors que ses yeux restaient désespérément fixes. Presque un chuchotement dont le grain caressa son oreille et fit remonter un frisson le long de sa colonne vertébrale. Elle ne bougea pourtant pas, non. Ses yeux obstinément fixés sur le plafond aux lumières dansantes, Xanthe se plu à imaginer à qui pouvait appartenir ces quelques paroles. Un visage commença à s’esquisser, flou encore, trop peu d’informations en deux mots. Seul un petit détail, trop lointain pour qu’elle puisse le saisir, donnait une teinte particulière à ce portrait en construction. « Vous cherchez à apprendre la cinématique par cœur ? » Un sourire, elle le devinait, un sarcasme étonnamment doux et presque réconfortant. On s’intéressait à elle ? A un pitoyable fantôme, une marionnette sans éclat ? C’était comme un bonbon de chocolat, un équilibre délicat entre saveur sucrée et amertume. Comme un poignard enduit de miel qu’on glissait entre ses côtes. Ce minuscule intérêt qu’on lui portait éveillait l’avide d’affection, le succube désespéré qui griffait à l’intérieur de ses côtes. C’était la senteur éthérée de l’addiction qui menaçait, encore et toujours de l’emporter, alors que ce matin même elle se jurait de ne plus jamais pleurer. Le visage se dessinait, plus précis à chaque mot. Elle devinait une retenue d’un autre temps, comme un vieil homme aux manières surannées et au charme désuet. « Je n’y connais rien aux étoiles. Enfin. Si, un peu. Mais pas comme la voix qui parle en boucle, bien sûr. »

Elle se laissait bercer par les élégantes inflexions du gentleman flou qu’elle s’obstinait à ne pas regarder, pas tout de suite, pas trop vite, pour ne pas rompre le charme. Il était vieux et jeune à la fois dans son esprit. Un subtil mélange incongru et mélancolique qui esquissait un tableau toujours changeant. « Tout cela, c’est trop loin… Trop loin, beaucoup trop loin… » Ce furent ces mots-là, ce spleen gracieux et lointain, qui lui firent tourner la tête pour enfin le fixer. Et les pièces du puzzles s’assemblèrent magnifiquement en ce murmure. Xanthe se contenta d’un regard presque paresseux, s’arrachant au ballet des lumières. Minutie et élégance discrète, une apparence contrôlée et millimétrée, loin d’être ostentatoire. Un gentleman d’un autre temps, sa vision avait été la bonne. Jeune et vieux à la fois. Il parvint même à lui arracher l’ombre d’un sourire alors qu’elle fixait ses chaussures parfaitement cirées. Qui donc à cette époque prenait ainsi soin de son apparence ? Mais déjà il ne la regardait plus et elle ne parvint pas à attraper son regard. A nouveau ce poignard entre ses côtes, la créature esseulée hurlant à la mort et sanglotant en son sein. Déception. Alors elle se redressa, rajustant ce manteau trop grand sur ses épaules osseuses, cherchant ses lunettes du bout des doigts, ce ridicule bouclier contre le monde extérieur. « Est-ce que je dois partir ? » Elle se fustigea immédiatement à ces mots hésitants, horrifiée par le fragile filet de voix qu’elle peina à émettre. Ridicule. Ce fut avec une certaine nervosité qu’elle remit enfin ses lunettes de soleil, mortifiée. Evidemment qu’elle devait partir. Inutile de se ridiculiser davantage. Pourtant elle ne parvenait pas à se lever. Pour aller où ? Pour faire quoi ? Cet endroit était un refuge factice mais il avait le mérite d’éloigner les pleurs. Déjà, derrière les écrans de ses verres fumés, ses yeux s’humidifiaient à nouveau, terrifiée qu’elle était à l’idée d’affronter sa triste réalité.

Laissez-moi rester ! voulait-elle hurler, mais sans y parvenir. Alors elle resta immobile, figée au carrefour des sages et des fous. Rester. Partir. Hésiter encore et toujours. « Elles sont loin mais… elles sont toujours là. Les voir, c’est rassurant. » Sa voix s’éteignit, incertaine. Bien sûr les étoiles pouvaient mourir. Mais pas l’abandonner, c’était déjà ça. Pas comme les vivants qui la fuyaient. Ou comme les morts qui s’effaçaient. La magie était brisée. Elle devait partir avant de se ridiculiser, avant de laisser le masque se fendre et couler les flots qui la secoueront comme une tempête violente, pour finalement la laisser sur la grève, misérable et humiliée. Mais son corps ne lui obéissait plus. Figée comme une biche dans les phares d’une voiture, tourmentée par l’épée qui allait tomber, la poupée de porcelaine resta immobile. Une goutte, une perle salée, se frayant un chemin sur sa joue livide.

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Gautièr Montignac
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Écouter les gens se taire."

◖◗ Homme du pays occitan, dans le Sud de la France. Né au cœur des Pyrénées aux sommets blanchis, entre le soleil et la rocaille du mois de juillet 1898.
◖◗ Loup-garou Bêta condamné à fuir famille et village, jeté sur les voies forestières d'un exil, des frontières d'Espagne aux vallées de Lozère. Voyageur infatigable, jusqu'au Nord de la France et la côte est américaine.
◖◗ Relation d'amour et de haine pour cette France ingrate. Son sang a coulé pour des généraux dont le pied n'a jamais foulé le no man's land de la Grande Guerre. Membre d'un réseau clandestin dans les années 40.
◖◗ Rêveur misanthrope à la philosophie d'un autre temps. Passe sans mal de l'empathie au jugement, de la tolérance au dégoût. Aide lorsqu'il le peut. Tue quand il le doit. Bestiole dans le crâne qui commandite d'étranges désirs.
◖◗ Homme à tout faire : capable de nettoyer les chiottes, de garder un musée, de balayer la rue ou de tenir une caisse. Prédilection pour les postes de serveur, aidé par ses hanches étroites et ses bras solides. Poste d'observation privilégié pour tous les comportements humains et non-humains.
◖◗ Rebut. Incapable de s'adapter pleinement à une meute. Chaque tentative se solde par un échec plus ou moins pénible. Solitaire, se protège derrière la barrière de mensonges qui résistent encore aux outrages du temps. Prétend n'être rien d'autre que la Bête du Gévaudan. S'en convainc parfois, ou bien d'être un descendant.
◖◗ A subi les affres du sang et de la rumeur capable de frapper tous les bourgs et hameaux des campagnes profondes. Accusé de crimes qu'il n'a pas commis. N'a jamais eu l'occasion de racheter son honneur parmi les siens.
◖◗ Ancien amant de Mei Long, poupée chinoise de sang royal. La rencontre entre deux écorchés de la vie, entre deux psychés abîmées, vouées à toutes les folies et aux errances mortifères dans les bois du Maryland.
◖◗ Poursuivi par des flics qui n'ont pas pour habitude de lâcher prise. Connu des autorités américaines depuis les années 70. En cavale permanente. Passé maître dans l'art des identités plastiques, artificielles. Espère trouver à Shreveport l'abri de la dernière chance, en incorporant les rangs de la meute. Tueur de flics et de femmes.
◖◗ Mélancolique. Dans ses bons jours, capable de déceler la beauté dissimulée derrière tous les aspects de l'existence. Amoureux d'Histoire et de littérature, lecteur infatigable de Camus et de Céline.
◖◗ Dérangeant. Par ses regards perçants, par ses paroles sans filtre, par ses rires grinçants : inadapté, mais sympathique, si son interlocuteur s'y prête.

◖BÊTE DU GÉVAUDAN◗

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"L'a pas tellement changé la France.
Passent les jours et les semaines,
Y'a qu'le décor qui évolue.
La mentalité est la même.
Tous des tocards, tous des faux culs."

Facultés : ◖◗ Faiseur d'histoires. Capable d'inventer mythes et récits sans effort. Charmant ou effrayant tour à tour. Se réinvente sans cesse, personnage protéiforme.
◖◗ Passé maître dans l'art de dissimuler un corps et d'en ôter la vie. Tous les moyens sont bons.
◖◗ Sait comment survivre face au froid, à la pluie, à la grisaille et à la brume, aux mers, aux monts et aux coups bas. Aux morsures, aux traîtrises, aux caresses, aux promesses.
Thème : Le Fleuve ◖◗ Noir Désir
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◖MINDHUNTER◗

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"Je vais les rues je vais les lieux où on ne m'attend pas. Ceux que je croise au fond des yeux, non, ne me voient pas. Je parle à des gens comme moi qui n'ont l'air de rien. Des esclaves en muselière qui n'en pensent pas moins."

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Pseudo : Nero
Célébrité : Harry Lloyd.
Double compte : Eoghan Underwood, Sanford R. De Castro, Aliénor Bellovaque & Ian C. Calloway
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Crédits : Sparkle (ava') ; Wiise (Signa')
Mar 2 Fév - 7:55 (#)


Le silence de ces espaces infinis m'effraie.
Il est troublé.
Il se cache derrière la quiétude d’un homme encore trop jeune dans un monde trop vieux, malgré sa longévité extraordinaire. Mais il ne parvient pas à se l’ôter de la tête. Il ignore le pourquoi cette cruauté, sortie tout droit des corridors macabres d’une imagination devenue sans bornes, par moments. Comme l’art s’était échappé des cadres d’autrefois à la fin de la guerre, comme les œuvres d’un Otto Dix hanté, il a depuis longtemps brisé les frontières du possible, en imaginaire. Les gens de ses contrées, eux, ne disposaient pas d’un tel horizon. Leur marge de manœuvre limitée, d’un confort absolu, il le leur enviait comme il redoutait de retrouver une position similaire. La Guerre. La Guerre était venue salir cela aussi, tâchant irrémédiablement le conditionnement peut-être dommageable, mais plus agréable à vivre, avec lequel il avait grandi. En s’avançant, en baissant les yeux vers ce siège si commun, il avait cru voir le corps d’une femme disparue depuis une éternité. Allongée, paisible. Entière. Pas de rouge. Les yeux ouverts, mais pas à fixer le vide, le ciel qu’elle avait imploré sans rien obtenir en retour. C’est tellement absurde. Tellement stupide. Comment Aelis Montignac aurait-elle pu se trouver là, elle que la mort avait pris un siècle auparavant ? Et pourquoi maintenant ? Il avait souvent rêvé d’elle, lui qui avait retrouvé les membres suppliciés de sa jeune sœur, brisée sur les roches pourtant lisses qui avaient accueilli sa chute, depuis le pont du Prat. Il avait longtemps maudit le destin, maudit Hugo Delacassagne de s’être fait trouer la panse comme un pauvre diable dans les tranchées. Puis, le temps passant, la malédiction de la lune et les transformations répétées, les meurtres, les crimes, les cavales et les séquestrations, avaient progressivement gommé (tiens, encore ?) les aspérités du deuil. Plutôt que d’avoir à avaler sans cesse un caillou aux bords coupants, lui déchirant la gorge, il avait fini par déglutir une bille d’une rondeur parfaite. Une gêne permanente. Mais qui ne le faisait plus saigner pour autant. Cette réminiscence sortie d’il ne savait où lui apparaît donc maintenant comme d’autant plus dispensable, méchante. Un mauvais coup, joué par… ah. Qui maudire ? Qui blâmer ? Personne. Il n’y a jamais personne à blâmer.
Les cheveux sombres, les yeux clairs, les traits fins… La femme qu’il surplombe ressemble à ses sœurs. Pas uniquement à Aelis. Il retrouve Nina, Celina, dans ce physique dont il repère pourtant aussitôt les dissemblances. Son cerveau lui joue des tours. Sa mémoire, aussi. Si prompte à superposer, sans fondement. Il se moque de lui-même. C’est bien fait pour lui.

Il a du mal à consentir à faire revenir son regard sur elle. Il s’y oblige, par politesse. Il est toujours décevant de ne pas pouvoir affronter son interlocuteur dans les yeux. C’est pourquoi il accepte de la regarder de plus belle et, cette fois, leurs prunelles s’accrochent. Non. Ce n’est définitivement pas Aelis. Alors pourquoi songe-t-il que les deux femmes auraient pu s’entendre ? Sur quelle base glissante appose-t-il un jugement digne des commentaires de vieillardes niaiseuses ? Il l’ignore. Il n’entend rien aux destins, aux âmes voyageuses, vagabondes. Il n’entend pas grand-chose dans de nombreux domaines. Il songe que ses champs de prédilection sont finalement assez restreints.
La femme bouge, se redresse un peu. Il n’aime pas son manteau. Décidément, les humaines présentent parfois un style vestimentaire certes plus original qu’en son temps, mais d’une extravagance avec laquelle il ne se sent toujours pas très à l’aise. Il y a parfois certaines bonnes surprises. Mais ce manteau… Elle s’apprête à couvrir ses orbes des vitres noires que tant de modernes arborent. Il n’aimerait pas. Ses iris bleutés l’apaisent. Ils s’accordent à son visage pâle et à sa chevelure sombre. Elle parle, ne semble pas sûre d’elle. On dirait qu’elle a peur. Il reconnaît ce sentiment. Beaucoup de mortels l’ont éprouvé, lorsqu’il s’en est pris à eux. Ça y est. Elle disparaît, pose ses maudites lunettes sur son visage. Il bat des paupières, ignorant un moment comment réagir. Lui demander de les retirer serait mal vu, et il ne souhaite pas se faire remarquer. Il aime ce travail. Il voudrait bien le conserver.

« Vous devriez changer de manteau. » Oups. Eh bien, trop tard. C’est dommage. Il aurait vraiment bien voulu conserver ce travail. « Vous devriez mettre quelque chose de plus… seyant. Quelque chose de plus approprié à votre silhouette, sans pour autant la mouler. Vous savez… comme une sorte de trench au féminin. » Ses bras se relâchent, mais ses mains se nouent de nouveau, devant lui cette fois. Il joint ses phalanges en une boule vivante, aux articulations cliquetant en silence, comme la bestiole pour ceux qu’il toise. Les gens n’entendent jamais la bestiole. Seul lui perçoit ses stridulations et son pas désagréable, quand elle progresse dans les tuyaux sous son crâne. « Je ne suis pas venu vous demander de partir. Je m’inquiétais simplement de savoir si vous alliez bien. D’habitude les gens ne restent pas aussi longtemps. Et pas tout seuls. Mais je ne suis là que depuis un mois, je me trompe peut-être après tout. » Il parle trop. Il n’aime pas beaucoup trop parler. Pourtant, il sait que les conventions sociales se méfient des taiseux. Alors il s’oblige, depuis son arrivée à Shreveport, à faire partie du monde des vrais vivants, et non pas des cadavres qui marchent, des robots imitateurs. Avec elle, ce n’est pas trop pénible, pour le moment. Cette femme qui ressemble à sa petite sœur appelle son attention. « Vous vous cachez ? » Il pointe de son index, comme s’il s’agissait de se montrer plus précis, quant à ses remarques délirantes : « Les lunettes. Si vous les gardez, vous ne verrez pas très bien. Ni le reste du monde, ni les étoiles. » Un sourire un peu ironique persiste, s’accroche, quand il murmure sur le ton de la confidence : « Connaissez-vous Pascal ? » Le doigt qui désignait les verres fumés remonte en direction des cieux, tandis qu’il articule dans un français évidemment parfait : « Le silence de ces espaces infinis m’effraie. » S’entendre parler dans sa langue natale lui procure toujours une émotion vivace. Discrète, mais profonde, comme un battement de coeur venu soulager muscles, neurones, système tout entier. Une pompe de morphine, un brin d’adrénaline. « Il faut du courage pour les regarder droit dans les yeux. Les étoiles, le ciel. Surtout la nuit. » Il sourit, cette fois plus largement. Un vrai sourire, et c’est au plafond décoré qu’il l’adresse, autant qu’à elle, promenant ses pupilles çà et là. « De quoi avez-vous peur, vous ? »  


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Le Temps qui reste

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Dim 31 Oct - 12:12 (#)



Elle se faisait statue de glace, proie figée et suspendue aux lèvres de son bourreau. Elle avait rêvé le ciel et les étoiles factices comme refuge, la voix monocorde comme berceuse répétitive et rassurante. Le songe avait pris fin et le réveil était brutal. Et puis soudain, l’incompréhension. L’incongru qui faisait irruption, séchait ses larmes prêtes à déborder de ses prunelles gelées. « Vous devriez changer de manteau. » La nymphe éplorée haussa un sourcil stupéfait, écoutant les explications de son compagnon avec un étonnement mâtiné d’une surprise curieuse mais également amusée. Un nouveau coup d’oeil à sa tenue acheva de la convaincre. « Vous avez totalement raison. Un manteau en drap de laine serait plus approprié. » Jamais elle n’aurait songé avoir droit à une leçon de mode en venant ici. Et surtout pas d’un employé de ce lieu. Mais elle devait bien avouer qu’avec sa tenue impeccable, il était de bien meilleur conseil que ces pseudo-spécialistes qui hantaient les émissions télés de relooking, proposant une renaissance au mieux décevante, au pire de franchement mauvais goût, édictant des préceptes vestimentaires dépassés et ridicules. Si elle avait été du genre accro du shopping, elle aurait sans doute proposé à l’homme de l’emmener faire les boutiques afin d’avoir son avis sur ses achats. Un sourire. Il n’était sans doute pas du genre à se vouer à ce genre d’activité. Et elle préférait hanter les librairies et galeries, les musées et collections privées plutôt que de se battre pour un bout de tissu en promotion.

« Je ne suis pas venu vous demander de partir. Je m’inquiétais simplement de savoir si vous alliez bien. D’habitude les gens ne restent pas aussi longtemps. Et pas tout seuls. Mais je ne suis là que depuis un mois, je me trompe peut-être après tout.  » Allait-elle lui avouer à sa grande honte que la solitude lui était plus familière que la compagnie ? Que fuyant désespérément cet isolement et s’attachant maladivement aux autres, elle n’en était que plus seule ? Allons bon, ils ne se connaissaient que depuis quelques minutes, elle n’allait tout de même pas s’épancher auprès d’un étranger ? Et pourtant, cela semblait si facile. Comme une voix doucereuse la pressant de lui confier tous ses secrets, d’abaisser toutes ses défenses, de lui tendre la gorge et de fermer les yeux. Elle en mourrait d’envie. Succube avide d’attention, d’affection, elle était prête à tellement de choses pour qu’on l’écoute seulement, qu’on la gratifie d’une simple étreinte sincère et d’une petite tape dans le dos. Trop fière, trop secrète et trop meurtrie pour seulement analyser ses propres failles, la jeune femme préférait les ignorer jusqu’à ce qu’en ces moments de détresse, toute la fange déborde et l’engloutisse. Elle irait mieux. Elle se laisserait couler encore un peu avant de remonter à la surface et de reprendre son masque blanc de porcelaine. « Si je me cache, il faut bien avouer que je ne suis pas très bonne à ce jeu là », fit Xanthe en retirant finalement ses verres fumés. Les paroles de son interlocuteur avaient le mérite de la distraire joliment, de sécher les perles d’eau sur ses joues.

Et lorsqu’il prononça ces quelques mots en français, son regard azuré repris une lueur de vie. Voilà qui lui paraissait totalement naturel, comme un costume qui s’effaçait pour laisser apparaître la vérité. Elle sourit, presque émue par la beauté de la langue, certainement enchantée par les mots du philosophe. « L’enfer est tout entier dans ce mot : solitude. » répondit l’outre en empruntant les mots d’un autre. Victor Hugo avait toujours eu la capacité d’expliquer les choses avec une clarté brutale à ses yeux. Son français n’était pas aussi fluide et aisé que celui de l’homme, mais elle avait réussi à exprimer au mieux ce qu’elle ressentait. Un rire sans joie traversa alors ses lèvres tandis qu’elle regardait à nouveau le plafond scintillant. « Ridicule n’est-ce pas ? Je suis terrorisée par l’abandon, l’idée d’être seule au monde m’est insupportable. Et pourtant ? Je suis venue seule ici, je vais repartir seule. Les étoiles au moins, même s’il s’agit d’une lumière morte, sont ensemble. » Elle trouvait ça profondément rassurant, de retrouver ces lueurs stellaires chaque nuit. De les imaginer briller pour elle, comme un muet encouragement à continuer encore et encore. C’était au coeur de la nuit, sous leur lumière, qu’elle n’était plus une mais deux, qu’elle s’étreignait jusqu’à ce que le sommeil ne les emporte toutes les deux. La nuit ne lui faisait pas peur.

« C’est si beau, vous ne trouvez pas ? Quoi qu’il fasse, l’homme n’arrivera jamais à supplanter la nature en ce qui concerne la beauté. » Rêveusement, elle laissait son regard dériver, abandonnant son chagrin quelques minutes, apaisée par la diversion qui lui était offerte. C’était une conversation irréelle. Et pourtant les mots, d’une intangibilité évidente, avaient réussi l’exploit d’effacer ses pleurs à cet instant précis.
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ADMIN ۰ Mignon comme Tchoupi, aussi vnr que Moundir : le Loup d'la Vieille (la chair vivante, c'est gourmang-croquang)
Gautièr Montignac
Gautièr Montignac
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"C'est une histoire de dingue.
Une histoire bête à pleurer."

En un mot : Meursault d'Occident. Sorel d'Amérique.
Qui es-tu ? :
"J'irais bien voir la mer.
Écouter les gens se taire."

◖◗ Homme du pays occitan, dans le Sud de la France. Né au cœur des Pyrénées aux sommets blanchis, entre le soleil et la rocaille du mois de juillet 1898.
◖◗ Loup-garou Bêta condamné à fuir famille et village, jeté sur les voies forestières d'un exil, des frontières d'Espagne aux vallées de Lozère. Voyageur infatigable, jusqu'au Nord de la France et la côte est américaine.
◖◗ Relation d'amour et de haine pour cette France ingrate. Son sang a coulé pour des généraux dont le pied n'a jamais foulé le no man's land de la Grande Guerre. Membre d'un réseau clandestin dans les années 40.
◖◗ Rêveur misanthrope à la philosophie d'un autre temps. Passe sans mal de l'empathie au jugement, de la tolérance au dégoût. Aide lorsqu'il le peut. Tue quand il le doit. Bestiole dans le crâne qui commandite d'étranges désirs.
◖◗ Homme à tout faire : capable de nettoyer les chiottes, de garder un musée, de balayer la rue ou de tenir une caisse. Prédilection pour les postes de serveur, aidé par ses hanches étroites et ses bras solides. Poste d'observation privilégié pour tous les comportements humains et non-humains.
◖◗ Rebut. Incapable de s'adapter pleinement à une meute. Chaque tentative se solde par un échec plus ou moins pénible. Solitaire, se protège derrière la barrière de mensonges qui résistent encore aux outrages du temps. Prétend n'être rien d'autre que la Bête du Gévaudan. S'en convainc parfois, ou bien d'être un descendant.
◖◗ A subi les affres du sang et de la rumeur capable de frapper tous les bourgs et hameaux des campagnes profondes. Accusé de crimes qu'il n'a pas commis. N'a jamais eu l'occasion de racheter son honneur parmi les siens.
◖◗ Ancien amant de Mei Long, poupée chinoise de sang royal. La rencontre entre deux écorchés de la vie, entre deux psychés abîmées, vouées à toutes les folies et aux errances mortifères dans les bois du Maryland.
◖◗ Poursuivi par des flics qui n'ont pas pour habitude de lâcher prise. Connu des autorités américaines depuis les années 70. En cavale permanente. Passé maître dans l'art des identités plastiques, artificielles. Espère trouver à Shreveport l'abri de la dernière chance, en incorporant les rangs de la meute. Tueur de flics et de femmes.
◖◗ Mélancolique. Dans ses bons jours, capable de déceler la beauté dissimulée derrière tous les aspects de l'existence. Amoureux d'Histoire et de littérature, lecteur infatigable de Camus et de Céline.
◖◗ Dérangeant. Par ses regards perçants, par ses paroles sans filtre, par ses rires grinçants : inadapté, mais sympathique, si son interlocuteur s'y prête.

◖BÊTE DU GÉVAUDAN◗

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La mentalité est la même.
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◖◗ Passé maître dans l'art de dissimuler un corps et d'en ôter la vie. Tous les moyens sont bons.
◖◗ Sait comment survivre face au froid, à la pluie, à la grisaille et à la brume, aux mers, aux monts et aux coups bas. Aux morsures, aux traîtrises, aux caresses, aux promesses.
Thème : Le Fleuve ◖◗ Noir Désir
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"Je vais les rues je vais les lieux où on ne m'attend pas. Ceux que je croise au fond des yeux, non, ne me voient pas. Je parle à des gens comme moi qui n'ont l'air de rien. Des esclaves en muselière qui n'en pensent pas moins."

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Lun 17 Jan - 3:41 (#)


Le silence de ces espaces infinis m'effraie.
Elle retire ses lunettes.
Son teint diaphane, sublime.
L’eau de ses larmes n’en paraît que plus translucide, et ses cheveux pareils aux ailes des corbeaux.
Malgré la curieuse légèreté qu’il éprouve à se tenir ainsi auprès d’elle, la tristesse demeure, elle aussi. Elle tient à s’incruster, à gangréner tous ses pores, à imprégner dans sa mémoire le souvenir des danses de sa sœur cadette. Aelis avait toujours adoré l’été, chez eux. C’était la saison la plus belle, la plus rayonnante, celle qui inondait d’espérance les habitants des vallées comme des monts, à l’image des neiges les plus coriaces que le soleil parvenait à faire fondre. L’odeur de la luzerne, les balles de foin jonchant les prés, les bourdonnements incessants des abeilles, les aboiements joyeux des chiens et les cloches des bêtes que l’on conduisait en transhumance. Sa gorge se resserre sur la sphère de métal ; la gêne devient plus palpable. Son corps s’emplit d’une tension moins désagréable que douloureuse, principalement. Ses nerfs se racornissent, et voilà qu’il souhaiterait s’étirer jusqu’à l’infini, délier tous les nœuds qui l’encombrent, libérer ses poumons de leur prison d’os et de chair. Il a besoin de respirer. L’air, le vrai air pur du relief, loin, très loin de la pollution des villes.

L’inconnu s’extasiait.
Arsène Desplat ignorait encore qu’il courait vers sa mort, en croisant le patriarche bourru et entouré de sa marmaille.
Il se souvient que son père en parlait toujours, peu de temps avant son propre trépas.
L’homme l’avait marqué.
L’homme, et les yeux brillants d’une émotion non-feinte, lorsqu’il voyait vivre ces reclus des versants.


« L’enfer est tout entier dans ce mot : solitude. »

Cette fois, le loup peine à conserver le masque. Il se détourne de façon plus marquée dans sa direction, et une pointe de stupeur est venue se mêler à la palette de ses expressions. Le français est venu résonner une fois de plus dans cet endroit incongru, et son cœur s’est mis à battre plus fort. Il doit lutter contre lui-même pour résister et ne pas se laisser happer par l’hallucination.

Ce.
N’est.
Pas.
Elle.


Le souffle un peu plus court, il sait qu’il a déjà lu ces vers quelque part. Il puise dans les tréfonds de ses souvenirs littéraires, jusqu’à ce que la réponse lui apparaisse. Soulagé, il expire et lui offre un sourire contenu. « Oui. C’est beau. » C’est alors qu’une idée saugrenue lui apparaît. Une idée qui ne peut trouver corps, puisqu’Aelis est morte avant d’avoir pu engendrer la moindre descendance. En revanche, il ignore tout du destin de Nina ou de Celina. Même Julian avait potentiellement pu féconder une amante. Et puis il y avait les enfants que Tristan avait abandonné derrière lui… L’inconnue terrorisée par la solitude a beau posséder un accent marqué, peut-être… oui, peut-être…

« La solitude… Il y aurait de quoi dire, à ce sujet. Moi-même, je la connais bien. Nous sommes de vieux amis. Au point que je ne me sens plus vraiment adapté à ceux qui pourraient devenir les miens, dans les mois à venir. » Désocialisé, animal farouche, guère territorial mais revendiquant une forme d’indépendance marquée, il se demande souvent s’il n’a pas atteint un point de non-retour. Il veut croire que non : ses manies de chercher régulièrement le contact avec la foule d’anonymes lui permet de penser à une rédemption possible. Mais pas forcément souhaitable, pour cette société que le Pasua voudrait défendre d’individus dans son genre. « Et puis, finalement… Lorsqu’on y réfléchit bien, rares sont ceux qui peuvent réellement se targuer de connaître la vraie solitude. Je suis sûr que vous en êtes à mille lieux, vous-même. » Il présume, mais son instinct lui murmure qu’il n’est pas dans le faux. Une femme comme elle, totalement livrée à elle-même ? Il ne peut pas y croire. Sa posture presque adolescente, son émotivité exacerbée… Sans doute traverse-t-elle une crise existentielle telle que ce siècle en raffole, mais guère plus.

« Etes-vous française ? » Il enrage de percevoir la note d’espoir fluette dans l’interrogation en apparence anodine. « Vous avez cité Hugo. Parlez-vous la langue ? » Il se sent obligé de justifier cet interrogatoire, et voilà qu’il manquerait presque de rougir de sa propre audace : lui, le renégat, le déserteur perpétuellement en fuite, éternel planqué en fuyant tous les radars, ose se livrer à ce qu’il déteste et fuit par-dessus tout. Cette peur, légère, d’être déçu comme d’offusquer. « Vous me rappelez quelqu’un que j’ai connu, il y a très longtemps. » 

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