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Mauvaise réputation. | Little Polak

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Mer 16 Juin - 1:27 (#)

Mauvaise réputation.

@Heidi Janowski
Novembre 2020
L’envie de faire machine-arrière lui agrippa les entrailles à peine elle tourna au coin de la rue. Zel pesta, entre deux expirations saccadées, les yeux rivés sur la silhouette familière plantée devant sa résidence, à l’autre bout de l’allée. À une vingtaine de mètres seulement de sa porte d’entrée, il était trop tard pour tourner les talons et filer dans l’autre direction, aussi se contenta-t-elle de ralentir le pas pour retarder l’instant fatidique où il lui faudrait causer, ouvrir la bouche pour entretenir, pour la première fois de la journée, une conversation qu’elle s’imaginait déjà irritante avec un type qu’elle n’était pas d’humeur à voir. Son rythme s’étendit encore à mesure qu’elle approchait, devenant si lent qu’elle semblait presque reculer, quand bien même elle allait de l’avant. L’homme qui l’attendait s’impatienta un peu, en témoignait sa manière de se dandiner d’un pied à l’autre pour tuer les secondes.

« Tu veux quoi, gronda-t-elle en arrivant à sa hauteur, les joues rougies par les kilomètres de course, la nuque trempée et collante, le front brillant de sueur.
- Un sourire, pour commencer ? Ca te rendrait moins moche. »

Et son ancien collègue de se fendre d’une grimace pleine de dents qu’elle fut tentée de lui faire ravaler de la plus douce des manières. Courtoise, Zel se contenta cependant de baisser ses orbes pâles sur la montre à son poignet et de presser l’un des poussoirs pour interrompre le chronographe. Dix minutes de plus que la dernière fois pour le même trajet, la preuve - s’il en fallait encore une -, que la fatigue attaquait sérieusement ses capacités physiques. C’en devenait pitoyable.

« Ça me fait pas franchement plaisir de te voir, d’où la gueule de trois pieds de long.
- Six.
- Quoi ?
- C’est six pieds de long, l’expression. »

La blonde le fixa longuement, un voile d’agacement couvrant ses prunelles, s’imaginant déjà l’envoyer six pieds sous terre, lui qui semblait à cheval sur les chiffres. Elle déglutit cependant le brûlot qui lui vrillait la langue et ses envies de meurtre et se contenta d’un sourire amer. Méfiante, elle noua ses bras sous sa poitrine et jaugea de haut en bas son interlocuteur.

« Je cherche quelqu’un.
- J’ai l’air d’un limier …? Fous le camp. Fous le camp, tu m’emmerdes déjà, ordonna-t-elle en posant un pied sur la première marche du perron. »

Une demi-dizaine de doigts s’abattirent sur son biceps pour l’empêcher d’aller plus loin. Zel baissa le nez vers les serres qui lui agrippaient le bras avant de planter un regard noir dans celui de l’agent de terrain du NRD. D’un mouvement sec de l’épaule, elle se défit de son emprise. Son palpitant, encore trébuchant de sa course, tambourina un peu plus lourdement contre sa cage thoracique. L’homme écarta les mains en signe de regret mais ne perdit pas le sourire grinçant qui lui tordait les lèvres.

« C’est pour le Bureau ?
- Pour le sport.
- T’es qu’une sombre merde.
- Balaie devant ta porte avant d’être insultante ! »

Elle voulut lui expliquer, d’un aller-retour bien placé, la différence entre un chasseur qui crevait des créatures surnaturelles pour le plaisir et un agent qui ne faisait qu’obéir aux ordres qu’on lui beuglait, mais n’en eut pas le temps. Déjà son ancien collègue brandissait son téléphone, agitant sous ses yeux la photo d’une gamine s’époumonant dans une trompette.

« Ça te parle ?
- Ça devrait ?
- Elle est Polak, rétorqua-t-il avec un naturel déconcertant, comme si ce simple fait devait brusquement éclairer sa lanterne.
- Y en a des millions, des Polonais, dans ton pays.
- Vous fréquentez les mêmes lieux.
- Tu pourrais être plus vague ?
- Le Mad Dog.
- Faudrait que je connaisse toutes les blondasses qui y brûlent leur cellulite ?
- Fais un effort. Elle vaut un petit paquet, je t’en filerai un peu, ça te fera du bien. Le salaire doit pas être le même depuis que tu roules ton tacot …
- J’ai encore assez de fric pour acheter des balles et te plomber le cul si tu décarres pas dans la seconde, si tu veux tout savoir. »

Le chasseur se contenta d’échapper un soupir faussement déçu et de fourrer son téléphone dans la poche intérieure de sa veste. Il la considéra un instant, les paupières légèrement plissées, cherchant dans son regard une trace de mensonge ou de vérité mais, bredouille, dut lâcher l’affaire. L’homme planta ses mains dans ses fouilles avant de lui servir une nouvelle mimique effrontée.

« Prends le temps d’y réfléchir. »

Il pivota sur ses talons sans autre forme de procès, laissant tout le loisir à l’Outre de fusiller son dos du regard. Elle secoua finalement la tête et gravit le petit escalier qui menait à son immeuble, claquant la porte d’entrée qui manqua sauter de ses gonds. Elle gravit les étages à grandes enjambées, tentant d’effacer de son esprit la photo de mauvaise qualité qui ne mettait pas franchement son sujet principal en valeur. Zel la connaissait, la blondasse, bien-sûr qu’elle la connaissait. De vue. D’il y avait quelques mois, d’une altercation stupide dans un bar. D’une rixe idiote dont elle ne se rappelait ni le début, ni la fin, mais au cours de laquelle il avait fallu traîner plusieurs fois l’un de ses anciens collègues à l’écart de peur qu’il ne fracasse le crâne de cette gosse amatrice de jazz. L’avait-elle recroisée à la salle de sport depuis ? Sa mémoire flanchait ; le souvenir, s’il existait encore, lui échappait à cet instant précis.



*


Elle ne l’aperçut pas, lorsqu’elle passa à nouveau les portes du Mad Dog, ni ne la vit le jour suivant, ou celui d’après. Peut-être son collègue lui était-il déjà tombé dessus, ou sans doute l’un des nombreux autres chasseurs qui gangrénaient les rues de Shreveport s’étaient-ils chargés de son cas. Une semaine suffit, en tous cas, à rendre flous les contours du visage de la gamine dans l’esprit embrumé d’une fatigue constante de la trentenaire ; et une autre encore effaça toute trace de curiosité déplacée. Bientôt, Zel cessa de penser à la blondasse, de surveiller inconsciemment les visages des autres clients de la salle de boxe, et de tendre l’oreille au moindre accent étranger. En moins d’un mois, elle avait chassé de ses souvenirs les traits inertes de la jeune femme, figés sur l’écran de son ancien confrère.

L’Outre se laissa tomber sur le banc qui séparait deux rangées de casiers, de part et d’autre de l’une des allées des vestiaires féminins. Le bois crissa légèrement sous son poids, les lattes usées, attaquées par les nombreuses paires de fesses encore suintantes qui s’étaient installées là depuis l’ouverture de la salle de sport, grinçant à chaque mouvement. Zel expira lourdement et entreprit de dénouer la bande qui protégeait sa main droite. Ses articulations ne souffraient pas tant des coups assénés rageusement depuis cinquante minutes ; mais sa peau, en revanche, craquait facilement. Elle passa doucement ses doigts sur les crevasses rouges et brûlantes qui fendaient ses jointures pour en juger la profondeur avant de noter l’arrivée d’une ombre dans un coin de sa vision.

Piquée, comme mordue par un souvenir qui l’aurait brutalement ramenée à la réalité, Zel leva les yeux de sa contemplation pour les poser sur une tignasse claire. Le pas vif et insouciant, la gamine passa devant elle, remontant l’allée sous son regard médusé. L’expatriée cligna des paupières, regarda de l’autre côté de la rue plantée de casiers, fronça les sourcils, tourna à nouveau le nez vers la trompettiste, et lâcha, dans sa langue natale :

« Putain, t'es encore en vie, toi …? »
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Heidi Janowski
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≡ (ex(ex))Trompettiste professionnelle autoproclamée
≡ Marquée de la Reine d'AA, miss Elinor Lanuit elle-même
≡ Cousine de la démoniaque experte en chantage, Anna "la s****e" Janowski
≡ Mordue au littéral comme au figuré

Facultés : ≡ Surnaturellement agaçante
≡ Maîtresse du sarcasme et de l'ironie
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Jeu 17 Juin - 1:25 (#)
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Mauvaise réputation
Le Mad Dog, Novembre 2020
ft. Big Polak



I
l y a des jours où tu es contente de prendre des cours d’auto-défense, et d’autres où tu n’as absolument pas envie. Et parfois, il y a des jours où c’est les deux en même temps. Il n’y a que peu d’occasions dans la vie courante qui te permettent de laisser parler la violence inassouvie qui sommeille en toi. Enfin, il faudrait plutôt dire que ce sont les occasions où cela n’est pas malsain ou illégal qui sont rares ; le reste du temps, tu n’as aucun mal à trouver un endroit et une personne pour te laisser aller à suivre tes pulsions belliqueuse et peut-être aussi un peu masochistes.

Le sentiment d’impuissance est un des pires que tu aies jamais ressenti. Longtemps, tu as cherché à t’en débarrasser en le fuyant, tout simplement. Impuissante face à une famille qui ne veut pas de toi et qui te le fait savoir ? Fuis ta famille. Impuissante face à une horde de camarades de classe qui n’ont que l’envie de perpétuer ton statut de bouc émissaire ? Fuis les cours. Impuissante face à une paire de chasseurs tarés et tout aussi déterminés à te faire cracher le peu d’informations que tu possédais à l’époque. Tu n’en as guère plus aujourd’hui d’ailleurs. Enfin, si ça n’avait pas été grâce à une espèce de psychopathe qui a depuis certainement été arrêtée par la police, tu ne sais pas si tu serais encore là aujourd’hui pour ressasser cette histoire. Ce soir là tu as eu peur, et tu as honte de l’avouer. Tu ne veux plus jamais avoir peur comme ça, alors tu as décidé de ne pas fuir ton impuissance ; pas cette fois. Tu as décidé d’enfin lutter, au littéral comme au figuré.
Alors, tu as demandé à ta marraine de t’aider à trouver une manière de te défendre seule, et te voilà ici quelques mois plus tard à suivre un énième cours qui semble ne rien vouloir dire.

La professeur que l’on t’a attribuée est une tarée. Et ce sont tes propres mots, c’est dire le niveau du spécimen. C’est une vraie pile électrique, incapable de rester inactive pendant plus d’une demie seconde. Elle te donnerait presque le tournis tant elle bouge, gesticule, se contorsionne dans tous les sens sous l’effet de la moindre de ses pensées. Elle est contente ? Elle agite ses bras dans tous les sens et applaudit à s’en luxer les poignets. Elle est insatisfaite ? Elle agite ses bras dans tous les sens et jure comme un camionneur ivre. Elle a envie d’aller aux toilettes ? Elle agite ses bras dans tous les sens et sautille sur place en attendant que tu aies fini de reproduire le mouvement qu’elle t’a demandé. Pour la faire courte, elle ne peut pas s’arrêter de bouger. En fait, c’est un peu comme si son cœur ne battait pas et que le seul moyen pour elle de faire circuler son sang était de sans cesse s’agiter. En tous cas, ça donne réellement l’air d’être une affaire de vie ou de mort. Et puis, même quand elle n’est pas en train d’agiter ses bras dans tous les sens, et fait ce truc avec sa jambe que tu trouves insupportable et qui te fait regretter de ne pas être plus douée au combat pour la forcer à s’arrêter ; elle a la jambe droite qui tremble dès qu’elle ne court pas. Menu détail, mais à la longue c’est suffisant pour susciter des envies de meurtre même chez les plus vertueux.
Tina, elle s’appelle. Une brune, svelte, typée latino-américaine, un peu garçon manqué. Tu pourrais mettre ta main au feu qu’elle s’est déjà faite arrêter plusieurs fois dans la rue parce qu’on l’a confondue avec l’actrice qui joue dans cette série de films avec des voitures et des flingues et qui doit bien en être à son vingtième volet. Tina semble prendre un malin plaisir à te taper dessus lorsque tu ne fais pas ce qu’elle te demande, que ça soit volontaire ou non.

Après une heure et demi de soupirs entrecoupés de jurons ravalés et de couinements de douleur, tu peux finalement rejoindre les vestiaires. Tu traînes le pied. Non pas que tu redoutes spécialement de partir, au contraire, mais tu es toi-même consciente qu’il faut laisser à ton corps un peu de répit. Tu regardes tes bras et tes jambes en t’appuyant contre un casier dont le métal glacé fait remonter un frisson le long de ton dos. De nouveaux hématomes recouvrent déjà les anciens qui commençaient à peine à disparaître de ta peau opaline. Un véritable tableau impressionniste, tout en nuances de bleu et de pourpre, représentant avec une justesse étonnante le chaos qui demeure sous la toile.
Tu finis par regagner le casier où tu as rangé tes effets personnels. Tu ne vas ni te doucher, ni te changer ici ; tu n’as même pas de quoi le faire. Ni serviette, ni vêtements de rechange, tu es venue comme ça. Tu as une sainte horreur d’exposer ton corps dévêtu, même à un public qui ne regardera pas. Résidu d’un vieux traumatisme difficile à effacer de ta mémoire.

En arrivant à destination, tu entends à ta très grande surprise quelques mots de polonais. Évidemment, tu les comprends. Tu n’as pas la nationalité polonaise, tu es un pur produit américain, tu n’as même jamais foulé le sol du pays de tes grands-parents, mais tu en maîtrises pourtant la langue. Eux ne parlent qu’un anglais très approximatif, et tu as donc naturellement appris leur langue, ne serait-ce que pour comprendre les ignominies que l’on racontait à ton sujet lors des repas de famille. Oh, tu n’en t’en plains pas, au contraire, c’était très pratique pour insulter tes camarades sans qu’ils ne comprennent exactement ton propos, idem pour tes professeurs et plus généralement n’importe quel être humain qui ne te revenait pas, ce qui en fait un nombre non négligeable.
Alors, tu te retournes vers l’origine de la voix que tu viens d’entendre, tout à fait perplexe et presque amusée. Ton regard se pose sur une blonde au mains abîmées ; loin de toi l’idée de faire des suppositions basées sur des stéréotypes, mais il n’y a aucun doute, c’est elle qui vient de parler. Tu sondes rapidement les environs du vestiaire pour savoir à qui elle peut bien s’adresser, mais tu ne vois personne à part vous deux dans cette rangée de placards de métal tanné par les années et les coups de poings frustrés. Après quelques instants, tu te décides enfin à répondre dans la même langue qu’elle.

« Évidemment que je suis encore en vie, c’est quoi cette question putain ? C'est pas un entraînement qui va me tuer. »

Ton polonais n’est pas parfait, ça fait un long moment que tu ne l’as pas pratiqué, mais ta phrase reste très aisément compréhensible. Tu fronces les sourcils, te rappelant enfin que tu n’es pas du genre à avoir des discussions sauvages au détour d’un couloir, et encore moins avec des inconnues.

« Et d’ailleurs t’es qui, on est censées se connaître ? Parce que si c’est le cas j’ai vraiment pas une putain d’idée de qui t’es. »

Fatiguée comme tu l’es, tu laisses très peu de place à la politesse et à la délicatesse dans ton discours. Et puis tu n’as pas vraiment le temps de tailler le bout de gras avec une demie-compatriote avec le mal du pays. Tu veux juste rentrer chez toi, prendre une douche et t’effondrer sur ton lit avec la musique à fond jusqu’à ce que Xanthe ne vienne tambouriner à ta porte pour que tu sois plus raisonnable sur le volume.


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Lun 30 Aoû - 23:25 (#)

Sa voix trahissait l’étrange mélange d’étonnement et de dépit qui la traversait toute entière. Zel ignorait quel dieu priait la blonde, mais elle aurait volontiers demandé son nom pour lui adresser ses réclamations et implorer sa protection au quotidien. Comment diable cette gosse pouvait-elle encore être en vie ? quand une horde de chasseurs s’était lancée à sa poursuite, babines retroussées et langue pendante, déjà avides de lui faire la peau et de réclamer la prime qui planait dangereusement au-dessus d’elle. L’Outre papillonna à nouveau des cils, songeant qu’il avait dû arriver quelque chose à son ancien collègue pour l’empêcher de mener à bien sa traque, cette ordure s’acharnant d’ordinaire nuit et jour lorsqu’elle avait une cible en tête. Elle ne ressentit pas d’inquiétude pour autant, ni par ailleurs de soulagement - le sort de son confrère ne lui importait pas. Une autre pensée parasite s’insinua cependant dans son esprit : à résister de la sorte, par talent, protection divine ou maladresse, la Polonaise s’assurait de voir son prix gonfler. Pour ce qu’en savait l’expatriée, ses poursuivants pouvaient bien s’être accordés à lui foutre la paix quelques semaines, le temps de voir sa récompense grimper en flèche.

L’interpellée la dévisagea avec au moins autant de stupéfaction qu’elle. L’espace d’un instant, les prunelles de la môme remontèrent la rangée, suivies de près par le regard de l’Outre, qui confirma qu’elles étaient bien les seules âmes présentes.

« Évidemment que je suis encore en vie, c’est quoi cette question putain ? C’est pas un entraînement qui va me tuer. »

Son accent et son verbiage boiteux crissèrent aux tympans du chauffeur de taxi avec autant d’harmonie qu’une craie trop neuve sur un tableau trop noir. Un frisson désagréable lui remonta l’échine, et elle s’ébroua brièvement pour s’en débarrasser alors qu’on poursuivait :

« Et d’ailleurs t’es qui, on est censées se connaître ? Parce que si c’est le cas j’ai vraiment pas une putain d’idée de qui t’es. »

Elle connaissait au moins ses lettres classiques. Pourquoi les langues s’apprenaient-elles toujours par leurs insultes avant tout ?

Zel pressa ses phalanges de son pouce droit pour libérer ses articulations groggy. Ses doigts claquèrent successivement, tirant davantage sur la peau déjà malmenée qui se rompit un peu plus. Elle haussa les épaules, échappa un sifflement amusé et reporta son attention sur sa main gauche toujours bandée. Lentement, le tissu fut enroulé pour rendre à sa sénestre la liberté qui lui manquait tant.

« On s’est déjà croisées, si c’est ce que t’entends par se connaître. Mais ça m’étonnerait pas que t’aies oublié notre rencontre, t’étais sacrément ronde ce soir-là, et t’as certainement retenu la gueule et les poings d’un de mes collègues plus que mon visage. »

Elle ne lui en voulait pas d’avoir eu l’indécence d’oublier son minois. La blonde se fondait généralement bien dans le décor, rien chez elle n’appelant particulièrement l’attention lorsqu’elle gardait ses cicatrices bien au chaud sous ses manches longues. Et comme un réflexe nerveux, sa brûlure l’irrita. Ses ongles raclèrent doucement son épaule mordue par les flammes, dérivant vers l’un des tatouages empêchant le feu de se propager encore.

« On va dire que je suis quelqu’un de sympa, aujourd’hui. »

Un grincement de genoux accompagna les mouvements de la Polonaise lorsqu’elle quitta son assise pour avancer vers sa compatriote - qui n’en était visiblement pas une, ou n’avait pas vu le pays depuis plusieurs décennies pour en avoir oublié l’accent si particulier et la fluidité des mots qui allait avec. Elle croisa les bras sous sa poitrine et s’appuya contre un casier, son épaule trouvant dans une chair de poule fugace la surface froide et métallique de l’armoire. Elle la toisa une seconde, la détaillant de haut en bas puis de bas en haut.

« C’est pas de ton entraînement que je cause, plutôt d’une rumeur qu’on entend ramper ces derniers temps. Il paraît que tu vaux quelque chose. Je sais pas exactement à combien s’élève la prime que tu as sur la tronche, mais elle doit être conséquente. »

Assez, en tous cas, pour avoir retenu l’attention de certains membres peu recommandables du Pasua.

« Je sais pas par quel miracle tu es encore en vie, mais permets-moi un petit conseil : oublie tes séances au Mad Dog, dépenser ton fric ici te servira à rien. Achète-toi plutôt une paire de chaussures de course capable de tenir la distance quand tu devras faire tes valises et fuir en vitesse. Ou un bon flingue. C’est encore plus efficace. »
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Mar 31 Aoû - 19:27 (#)
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A
h, oui. Se connaître dans ce sens-là. Mouais, non, sa tête ne te revient toujours pas. Oh, tu ne doutes pas de l’avoir déjà croisée, c’est même déjà très probable vu la manière dont elle décrit votre rencontre. Ivre morte et impliquée jusqu’au cou dans une rixe improvisée, c’est bien de toi que l’on parle, il n’y a pas vraiment de méprise possible. Cependant, elle se trompe sur une chose : tu ne te souviens absolument pas non plus de son collègue. Enfin, plus précisément, tu ne saurais pas dire lequel des visages déformés par la colère que tu as gravés à la va-vite dans ta mémoire embrumée lui appartient. Des bagarres alcoolisées, tu en as perdu un sacré paquet ces dernières années ; un peu moins récemment néanmoins, puisque tu préfères te bagarrer avec tes démons personnels plutôt qu’avec de vraies gens qui n’ont jamais demandé à faire ta charmante connaissance.
Tu finis par hausser un coup les épaules. Pas que ça ait une réelle importante, mais il va falloir être plus précise la prochaine fois.

En l’observant faire craquer ses phalanges, un besoin irrépressible de faire toi aussi sonner tes os te prends. Tu t’étires pendant qu’elle se relève, faisant résonner faiblement le bruit de quelques vertèbres rebelles contre la ferraille des casiers auxquels tu es adossée en laissant échapper un discret soupir de soulagement.
Sympa ? Elle a dit sympa ? Tu as beau chercher, tu ne vois toujours pas où et quand telle chose a pu se produire, mais tu lui en serais grée d’éclairer ta lanterne. Même selon tes propres standards, s’étonner de la non-mort de quelqu’un reste assez éloigné du qualificatif dont elle s’affuble. Tu t’es tournée vers les casiers dans l’espoir de récupérer ton téléphone dans ton sac et vérifier que sans surprise, tu n’as aucune nouvelle notification, mais la suite son discours te fait opérer un nouveau demi-tour. Comment ça une prime ? Et pourquoi faire, au juste ?
Tu arques un sourcil, le visage soudainement plus sévère alors que dans ta tête se bousculent un tas de questions toutes aussi pertinentes les unes que les autres. Tu restes un moment sans bouger à fixer la blonde de l’autre côté du banc pour savoir si elle se paye ta tête, mais elle semble on ne peut plus sérieuse. Merde. Ta langue émet un claquement agacé pendant que tu réfléchis à quel genre de connard tu pourrais avoir mis en rogne pour qu’il t’en veuille au point de mettre un prix sur ta tête ; la réponse ne fait pas l’ombre d’un doute. Ce soir, tu vas devoir passer un coup de fil à Elinor.

« Et je peux savoir comment t’es au courant de ça ? »

Il n’y a plus une trace de l’amusement relatif qui avait teinté ta voix il y a à peine quelques instants. Être sérieuse comme ça ne te ressemble pas, mais te faire prendre en embuscade dans une zone industrielle désaffectée non plus, et tu en gardes un souvenir que tu n’aimerais dédoubler pour rien au monde.

« Tu sais de qui ça vient ? »

Non pas que tu veuilles faire justice toi-même, mais un nom, une piste pourrait t’être utile, pour éviter d’avoir encore à jouer la victime en appelant ta vampire à la rescousse sans être capable de régler toi-même tes problèmes. Une fois de plus, tu es mise face à ta propre impuissance, celle-là même que tu espères combattre en acceptant de couvrir ton corps de bleus deux fois par semaine dans ce gymnase qui pue la sueur et la poussière.
La contrariété se lit sur ton visage comme si elle était écrite au marqueur indélébile sur ton front. Tu repenses à la seule fois où tu t’es servie d’un pistolet de ta vie, et à l’échec cuisant que cela a été.

« Un flingue ça sert à rien si tu sais pas t’en servir. Maintenant je ferai pas mes valises, c’est pas une bande de fils de pute avec des chromosomes en trop qui va me faire dégager de là. »

Il est hors de question que tu quittes tout ce que tu as commencé à construire ici. Elinor, Xanthe, ta nouvelle vie de musicienne qui commence à peine à prendre son envol… à quoi bon vivre si c’est pour être loin de tout ce que tu as un jour chéri ? Tu n’auras jamais la force de rebâtir le semblant de stabilité auquel tu t’accroches si tu dois quitter Shreveport.
Tu serres le poing, et l’envie te prend tout à coup de frapper quelque chose de toutes tes forces comme les beaufs dont tu es si prompte à te moquer. Merde, encore.


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