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Scarabaeoidea - Emma

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Mer 30 Mar - 9:24 (#)

Scarabaeoidea



- Salâh, je t’assure, tu devrais au moins prendre le temps de jeter un coup d’œil sur ces publications.

Le salon dans lequel ils se trouvent, est richement décoré de tapis orientaux et de tentures aux couleurs chaudes de leurs contrées. Les murs de mosaïques se battent en duel avec les hautes fenêtres ornées de multiples vitraux, laissant filtrer la lumière argentée de la lune. Cette décoration riche n’est pas là uniquement pour donner l’illusion au propriétaire d’avoir apporté une parcelle de sa patrie aux Etats-Unis, mais également pour s’assurer une parfaite discrétion entre les grands espaces ouverts de la bâtisse. Trônant au milieu d’un parc arboré, la maison typiquement coloniale de la Louisiane s’est vue transformée en son intérieur en un fief oriental aux multiples senteurs épicées.

La discussion va bon train entre les hommes. Il y a déjà plusieurs années que le sorcier suit cette femme sur les réseaux sociaux dont les études se révèlent extrêmement intéressantes sur les civilisations et surtout les cultes pré-colombiens.

Ashkan, fidèle sorcier, démonologiste, œuvrant dans l’ombre du perse, dépose une tablette entre les larges mains du caïnite et s’affale à ses côtés dans les épais coussins moelleux.

- Regarde, lis et tu verras. Je suis certain qu’il y a plus. Elle donne une conférence à l’Université le mois prochain. Je tiens absolument à ce que nous rencontrions cette personne.
- Qu’insinues-tu ? Que soupçonnes-tu ?

Salâh Ad-Dîn sait qu’il peut, qu’il doit faire confiance à l’instinct de son ami. Il possède ce sixième sens indubitable qui lui donne la bonne impulsion de se tourner vers les personnes susceptibles de trouver un avenir commun.

- Je ne sais pas… Je le saurai quand je la verrai. Tu me fais confiance ?
- Toujours, mon Ami. Le 17 janvier, très bien nous irons à cette conférence afin de faire connaissance avec cette demoiselle.

Ayant appris, non sans difficultés, comment poursuivre une lecture sur une tablette, il fait défiler le programme, tombe sur une image de Mademoiselle Emma Zimmer et hoche la tête.

- De plus, son portrait n’est pas désagréable, loin de là. Elle est charmante.

Il lève la tête, sentant la présence de son Infant toute proche et l’accueille d’un grand sourire.

- Entre mon Infant, viens t’asseoir. Regarde ce que Ashkan nous propose.

Ce faisant, il empoigne la tablette à pleine main, changeant malencontreusement la page affichée. Une musique rythmée s’échappe de l’appareil et une femme, aux formes voluptueuses et totalement dévêtue, apparaît, accompagnée d’un homme tout aussi nu. Suivant la cadence, les deux êtres se livrent à un accouplement totalement exempt de pudeur.

- Ashkan… Qu’est-ce donc cela ?

Le sorcier se penche et récupère précipitamment l’IPad, tousse et éteint la tablette, la glissant entre les coussins.

- Rien… rien…


***


La grande berline roule souplement vers Western Hill. A l’arrière, deux hommes ont pris place et discutent légèrement. La nuit hivernale les entoure, tout comme le froid relatif de la Louisiane. Salâh Ad-Dîn est heureux de ne plus devoir se battre avec la neige, même si dans sa tendre et terriblement lointaine enfance, son père emmenait le clan sur les hauts plateaux de la province de Mazandaran. Il a affronté à de nombreuses reprises les affres météorologiques, notamment en Russie lors de ses nombreuses visites à Nicola.

Bercé par le roulis soyeux de la voiture, l’Eternel se tourne vers le sorcier qui, encore, étudie, relit les écrits de Mademoiselle Emma Zimmer. Sa main se pose sur le bras du caïnite, attirant son attention sur un fait particulier.

- Tu vois, nous avons bien fait de prendre la relique avec nous. Evidemment, elle ne vient pas d’Amérique du sud, je n’aurai pas eu le temps de me procurer quelque chose qui aurait attiré son attention. Mais je pense que cela devrait éveiller suffisamment sa curiosité. Regarde tout est là.

Une petite boîte sort de la poche intérieure de la veste de l’arcaniste et la tend à Salâh. Avec précaution, le couvercle est soulevé, permettant d’admirer l’objet, dormant sur le velours bleu nuit.

- Il est toujours aussi beau que lors de son acquisition dans ce marché de Louxor. Cela me peine de m’en séparer. Avec douceur, il caresse, du bout de son index, la carapace cuivrée de l'insecte. Toutefois, je garde ses semblables. Si cela se trouve, elle n’y verra aucun intérêt, vu qu’il a caressé la sécheresse des sables et non la moiteur de la jungle.

Usant toujours de délicatesse, il empoche l’écrin avec un pincement au cœur. La collection est brisée, mais il est prêt à les rassembler à nouveau si l’exploratrice daigne montrer un quelconque intérêt.

L’université est rapidement ralliée, le trajet ne présente aucune difficulté et aucun véhicule n’a été signalé comme suivant le leur. Le campus est désert hormis quelques rares étudiants et visiteurs se dirigeant tous vers le bâtiment où la conférence a lieu. L’amphithéâtre est bondé, contrariant fortement l’Immortel qui parvient à se frayer un passage pour parvenir aux places réservées d’avance par son complice. La salle s’assombrit, l’éclairage se concentre sur un pupitre central et une femme s’avance s’emparant du micro.

Ashkan se raidit, agrippe fortement le bras de son ami, l’attirant, pour lui murmurer quelques mots discrets à l’oreille. Son teint habituellement hâlé a viré au gris, ses lèvres se pincent mais son regard brille intensément devant la créature qui a pris la parole. L’un et l’autre, vampire et arcaniste, sont fascinés, obnubilant les paroles distillées par Mademoiselle Zimmer.

Le temps file. Les questions défilent.

Il est l’heure de partir, les premiers sont déjà loin, les suivants piétinent pour rejoindre les sorties. Ils ne sont plus très nombreux à vouloir un entretien particulier avec l’oratrice. La patience est maître mot, alors ils attendent jusqu’au dernier moment, jusqu’au dernier curieux. Le concierge, qui baille à s'en décrocher la mâchoires, est perché en haut des marches, les mains jointes, prêt à remercier l’aimable participation de la jeune femme. Intrus parmi les créatures, l’humain doit être distrait et surtout, éloigné.

Sortant de l’ombre, les deux compères s’animent. L’un rejoint l’homme qui bat des cils et se rappelle soudainement d’une affaire urgente à régler. L’huis est clos, ils sont seuls. L’autre, aborde les escaliers et réduit la distance. A trois mètres, l’Eternel marque l’arrêt et s’incline légèrement devant la femme. Car ce n’est pas une jeune fille qu’il a devant lui.

- Pardonnez-nous de vous importuner si tardivement et permettez-moi de nous présenter. Ashkan Khajeh, mon Fidèle Ami. Je suis Salâh Ad-Dîn Amjad venu de Perse, récemment installé temporairement à Shreveport. Mon Ami brûlait de vous rencontrer et m’a transmis cette envie. Votre exposé était extrêmement intéressant et je vous remercie d’avoir partagé votre savoir. Néanmoins, ce qui a été dit ici est si insignifiant en comparaison avec votre quête, quête qui me plairait de connaître plus en profondeur. L’entrain et la passion avec lesquels vous avez parlé me fascine, tout comme le sujet.

Le silence s’installe, une seconde, voire deux, rien de plus.

- Je parle, je parle et je manque à tous mes devoirs. Je vous ai apporté un présent. Peut-être vous intéressera-t-il ? Je l’espère, sincèrement.

Doucement il dépose la petite boîte sur la table servant de support à un ordinateur.

- Monsieur Khajeh a longuement étudié en Egypte diverses théories, faits et tombeaux. Certaines légendes ont pris vie lorsque l’on sait interroger les différents plans. Arrêtez-moi si mes paroles vous semblent obscures.

D’un geste de la main, il invite la jeune femme à soulever le couvercle.

- Il s’agit d’un scarabée venu de la Vallée des Reines. Il fait partie d’une fratrie de cinq qui… Il suspend sa phrase, hésitant sincèrement et véritablement sur le sens des mots à donner à ses explications. Réunis, ils agissent de façon surprenante. Je sais que mon discours est insensé, pourtant je pense que vous savez de quoi je parle. Est-ce que je me trompe ?

Un pas supplémentaire est effectué en direction de la table, il noue ses mains dans son dos et ajoute :

- Une nouvelle fois, pardonnez l'approche si directe, mais un être tel que vous, ne saurait souffrir de chemins alambiqué et tortueux. La franchise est de mise.

Une véritable fascination luit dans ses orbes sombres.

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Ven 1 Avr - 16:49 (#)

Les nuits de la science. La nouvelle lubie de l’université pour gagner en renommée en organisant de petites conférences en soirée, quand le soleil est couché et que le calme de la nuit est prêt à entendre les secrets découverts dans les vestiges et les laboratoires. Une idée qui ne sert qu’à abreuver une foule de curieux sans jamais que cela ne mène à rien de bien intéressant. Ces petites présentations autochtones sont bien loin des vraies conférences internationales qui permettent de rencontrer d’autres personnes travaillant sur les mêmes sujets.

Ma voix emplie l’amphithéâtre chargé de personnes à l’allure plus ou moins concentré. Les études des cultes précolombiens n’ont jamais été un sujet attisant la curiosité des foules, mais depuis la révélation tout ce qui se rapporte un temps soit peu au surnaturel captive les gens. Mes découvertes sur les représentations d’êtres hybrides et les questionnements qui en découlent sur leur possible existence réelle rentrent dans cette catégorie batârde de la science qui s’accroche quelque peu à l’étude des CESS dans le passé. Je passe sur la dernière diapositive exposant des photos de reliques et les références utilisées dans mon exposé alors que l’organisateur de la présentation demande s’il y a des questions. Mon regard scrutateur se tourne vers cette masse humaine qui perturbe tant l’arachnide qui ne sait si elle doit les traiter comme des proies ou des prédateurs. Quelques mains se lèvent et l’organisateur trop enthousiaste apporte un micro aux curieux pour que tous puissent entendre la teneur de leur interrogation. Des questions naïves vite élucidées s’enchainent. Une autre plus intéressante est posée sur la distinction disciplinaire entre anthropologie et histoire, puisque si mon hypothèse est juste, alors nous quittons la culture humaine pour parler de faits historiques. Un échange qui aurait pu être plaisant si le sujet de la catégorisation des domaines scientifiques m’avait intéressé. Le ton froid que le micro répand dans l’amphithéâtre raccourcit les dialogues et fait se raviser certains des curieux qui baissent la main comme autant de primates impressionnables. Ce n’est pas pour me déplaire, ces interactions-là ne m’apportent rien d’autre qu’une perte de temps notable. Après une quinzaine de minutes, plus personne ne semble avoir de question à poser. Le présentateur remercie alors l’assemblée et les gradins commencent à se vider peu à peu dans un vacarme de pas et de murmures intéressés et troublés. Je commence à ranger mes affaires en ne souhaitant pas perdre de temps. Depuis plusieurs semaines déjà, les œufs de l’araignée se multiplient et je brûle d’étudier ce curieux phénomène. Jusque-là très peu éclosent dans la boue entourant ma maison, mais ces derniers jours l’arachnide tente de pondre dans les restes tiédissant des proies qu’elle a dévoré. J’ignore laquelle des deux parts de mon esprit souhaite le plus découvrir si cette nouvelle enveloppe de chaire permettra de mieux faire naitre les araignées difformes qui s’échappent de leur prisons de coquille viciée.

Quelques téméraires descendent les marches pour s’arrêter devant le large bureau et poser une question de manière plus personnelle en me tirant de mes pensées. Une nouvelle perte de temps inepte. Plusieurs d’entre eux sont visiblement des fans de CESS qui ne souhaitent que trouver un support pour déverser un flot de théories farfelues issues d’internet. Sans affect, je les enjoints à ne pas me faire perdre mon temps. Une dernière personne me demande si j’encadre des étudiants dans le cadre d’un doctorat et avant même qu’elle ne commence à me faire part de son sujet d’intérêt, je la coupe en lui disant d’un ton creux que je n’ai pas l’habilitation à diriger la recherche. La confusion et la déception froissent les traits de son visage et elle repart en regardant le sol d’un air abattu. Je glisse finalement mon ordinateur portable dans mon sac quand les dernières personnes présentes s’avancent. Un duo qui ne ressemble en rien aux primates excités à la moindre évocation du surnaturel ni à des étudiants curieux. Autour d’eux il n’y a plus que le vide et le silence, jusqu’à ce que celui-ci se brise sous les mots d’un des deux inconnus. Ses déclarations interpellent mon attention et mon regard commence à décortiquer l’image de ces deux hommes et les mots prononcés, attisant presque ma curiosité. En silence, comme spectatrice de l’évènement, j’écoute et observe le déroulement de cette pantomime inhabituelle. Qu’entend-il par ma quête et que pense-t-il savoir ? Dans une immobilité inhumaine, je dissèque ses mots pour former des bribes d’hypothèses. Accédant à sa requête silencieuse, je soulève le couvercle de la boite mystérieuse pour découvrir une relique pour laquelle un égyptologue se taillerait les veines. Une statuette de scarabée lourdement ouvragée qui a fait l’objet de nombreuses légendes attisant la curiosité des archéologues et anthropologues depuis plusieurs décennies. C’est bien loin de la zone géographique que j’étudie, mais j’avais pris à cœur de m’instruire un minimum sur toutes représentations d’insectes divins dans les cultes et cultures du monde. Un récit unique décliné de milles façons au gré des continents et des siècles. De surprise, mes paupières s’écarquillent et je réponds mécaniquement à sa question :

« Je connais les légendes. »

Mais j’en sais bien trop peu sur la magie pour savoir si celles-ci sont véridiques ou de simples histoires. Mon regard tranchant découpe les détails fins de la sculpture dans le métal ouvragé. Le temps a fait son œuvre en grignotant ça et là la belle dorure de l’objet mais ne retirant en rien la richesse de l’ouvrage. Avec minutie, je saisis la relique et la fait quitter sa boîte pour examiner l’envers bardé de hiéroglyphes encore bien lisibles mais qui restent imperméables à ma compréhension. Quels secrets cet objet peut-il donc renfermer ? Après quelques secondes silencieuses d’inspection à la limite de l’hypnose, je repose précautionneusement le scarabée inerte dans sa boîte. Enfin, après un temps qui pourrait paraitre infini tant la relique a capturé mon attention, je reporte mon regard vers les deux hommes. De ma vie, nul n’est jamais ainsi venu m’offrir un cadeau, encore moins un objet aussi exceptionnel. Si j’ai bien compris une chose des relations interpersonnelles, c’est bien qu’elles ne sont ni hasardeuses, ni désintéressées.

« Que voulez-vous ? »

Le ton placide coupe le silence qui reprend instantanément ses droits dans l’amphithéâtre désormais désert. Les convenances auraient voulu que je le remercie ou que ma question soit enrobée dans des phrases longues et polies, mais mon intérêt va à l’efficacité. Il prétend vouloir de la franchise, voyons si son souhait ne génère pas quelque chose de trop direct pour lui.
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Dim 17 Avr - 20:35 (#)

Scarabaeoidea




- Connaître les légendes est une chose, les savoir vraies en est une autre.

Malgré le visage impassible, elle ne reste pas inexpressive à la vision du petit scarabée, apportant satisfaction au généreux donateur. Il a vu juste, ces contes ne lui sont pas méconnus. Il est certes regrettable que ces recherches se soient concentrées sur le Continent Sud-Américain. Il devait y avoir une raison, il y en a toujours une. Un jour, lointain ou non, il le découvrira, cela prendra le temps qu’il faut, il n’est pas pressé.

Un grattement interrompt le caïnite qui fronce les sourcils. L’origine n’est pas clairement définissable dans cette grande salle où les son joue avec les sens. Alors que ses traits étaient sereins, chaque muscle de son visage se crispe. Une poignée est abaissée, doucement, à la manière d’une intrusion qui se voudrait discrète. Toutes les portes menant à l’amphithéâtre ont subi un sort simple de verrouillage. Malgré tout, une personne ou quelque chose, tente de pénétrer dans les lieux. Instinctivement, une bulle invisible s’érige, englobant les trois protagonistes, les coupant momentanément du monde, préservant les paroles qui sont émises.

- Je vous prie d’excuser ces précautions, mais je préfère garder cet entretien confidentiel.

Le silence qui les entoure est total, presque dérangeant.

- Comme vous pouvez les constater, j’ai moi-même quelques maigres talents. Mais nous en parleront plus tard. Si nous sommes venus jusqu’à vous, ce n’est pas uniquement notre soif de connaissances entomologiques qui nous motivent, mais plus la personne que vous êtes. Mon ami a la faculté de voir les auras ou son absence… comme dans votre cas.

Ils entrent dans le vif du sujet. Madame Zimmer a clairement exprimé son manque de temps en ne leur adressant que peu de mots, ils sont directs et ne laissent guère la place à des mondanités comme aiment en user certains immortels, se croyant peut-être encore dans leur château d’antan. En l’absence de mouvement de l’oratrice, Salâh devient également de pierre, l’immobilité est nettement plus aisée que les semblants que sa race se force à adopter en présence des humains. Il n’y a que ses lèvres qui se meuvent, entrecoupé par les inspirations nécessaires à la parole. Lorsque le Caïnite débute son histoire, aucun écho se répercute dans la grande salle, qui pourtant, a été conçue à cet effet.

- Les légendes accompagnant les scarabées sont légions dans mes contrées. Celui-ci possède quatre frères et sœurs. Il est dit qu’une fois unis, ils prennent vie pour servir celui qui les a réveillé. Petits et robustes, ils sont souvent ignorés, délaissés, presque invisibles, ce qui leur donne leur force. Ils se glissent partout, même jusqu’à sous la peau des humains, se frayent un passage sous leur épiderme pour venir s’accrocher sur le cœur de la victime où ils commenceront à pondre. La progéniture prendra lentement le contrôle de l’être en s’infiltrant jusque dans le cerveau, avilissant l’hôte, le rendant docile aux ordres donnés à celui qui dirige le cœur. Jamais ils ne failleront, la douleur leur sera retirée tout comme la crainte. Les résultats sur les humains est probant, maintenant la question se pose comment réagiront les autres créatures.

Les battements de cœur de Ashkan semble tambouriner à l’oreille de Salâh. Ils rythment le temps, rappelant à l’Immortel que les grains du sablier ne s’arrêtent jamais. Aucune peur n’émane du sorcier, au contraire, il est fasciné par le récit, même s’il le connaît sur le bout des doigts.

- Ce que nous voulons ? Apprendre à faire votre connaissance et réciprocité si intérêt. Mon instinct me dit que nous pourrions éventuellement accomplir de grandes choses.

La poignée est à nouveau abaissée, de manière plus insistante cette fois-ci. Le regard d’onyx se pose avec douceur sur le visage de cire de Emma. Il ne cherche pas à la charmer, ni à lui affirmer ses dons vampiriques, il l’observe, simplement.

- Attendez-vous quelqu’un Ma Dame ?


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Mer 27 Avr - 15:39 (#)

Dans le grand amphithéâtre désormais désert, un silence absolu et intense nous dévore peu à peu. Le moindre bruit provenant de l’extérieur se tait. Les habituels craquements de bois des sièges, pourtant si légers que l’on jurerait qu’ils n’existent pas, se font silencieux. Les voix lointaines se taisent. Les quelques pas résonnant faiblement dans les couloirs comme un doux écho meurent. Ce n’est que lorsque que tout bruit disparait que l’on se rend compte de la multitude de sons qui existent et virevoltent dans l’environnement et l’animent à chaque seconde. Je me sens comme sourde dans cette quiétude bien trop profonde pour être naturelle. Seuls les mots de mon interlocuteur emplissent l’espace sonore et c’est à travers eux qu’il révèle que ce silence assourdissant est de son fait, sans toutefois qu’il révèle sa véritable nature. Un sorcier peut-être ? Ceux-ci sont-ils donc devenus plus téméraires depuis la révélation ? Sans l’interrompre, je l’écoute égrainer ses mots dans le calme terrible qu’il a lui-même généré. Une curiosité presque académique s’empare de mon esprit tandis que je décortique ses phrases pour comprendre ce qu’il insinue et là où il veut en venir. Sait-il ce que je suis ? Est-il un danger pour moi ? Le froid de l’araignée enfle dans mon corps et son attention se tourne tout entière vers les deux hommes en cherchant à évaluer leur dangerosité comme d’autres tenteraient d’évaluer le prix d’un objet de valeur. Avec une minutie s’apparentant à un rouage bien huilé, chaque mot et implication est disséquée et analysée.

Peu à peu, alors que la pièce s’était emplie de voix contant des légendes plus tôt dans la soirée au fil des conférences, c’est dans une sonorisation toute différente qu’une autre histoire prend forme, plus sombre et terrible, dans un écho absent comme si cette histoire-là était bien trop secrète pour être entendue par tous. Il décrit les légendes attachées à la relique dorée tout en semblant conter une histoire qui m’est bien connue et impliquant des arachnides plutôt que des scarabées, avec une conclusion quelque peu différente. Son récit ne sonne pas comme tout ces contes ancestraux dont l’origine horrifique n’est qu’un leurre, son ton et ses mots s’apparentent plutôt à la description d’un outil des plus intéressants et au potentiel qui fait briller d’un éclat d’intérêt un regard habituellement si placide. Un intérêt qui semble être partagé par l’homme silencieux écoutant religieusement son associé. En d’autres circonstances, la fable aurait pu sembler être une menace tout juste déguisée, ou bien même une moquerie s’amusant de mon intérêt vivace pour les vieilles histoires, mais je n’y comprends ici qu'un cadeau. Un amas de questions s’englue dans mon esprit, une curiosité insatiable me permettant d’entrevoir une multitude de possibles. Tout cela est-il vrai ? Pourquoi donc me faire une telle offrande ? Et bien au-delà même de l’objet précieux et de son macabre office, j’entrevois une possibilité bien plus vaste qui ne peut que combler l’avidité de l’araignée. Il ne fait que peu de doutes qu’une personne usant du type de sortilège décrit ici ne verrait aucun inconvénient à expérimenter sur l’éclosions des œufs. Cependant, cela semble être une opportunité trop belle, trop soudaine et inattendue. Un ravissant piège qui n’attend que de refermer ses crocs d’aciers sur sa proie avide. L’excitation impérieuse de répandre les araignées difformes et la prudence froide et distante se mêlent en sentiment tiraillant et confus. Dans une immobilité coutumière me permettant de ne rien laisser entrevoir de mon vacillement intérieur, je l’écoute révéler à demi-mots la raison de sa présence, mais sans préciser ses desseins. Pourraient-ils être des atouts dans ma quête de réponse ? Voila qui est fort probable, mais quel en serait le prix ? On ne survit pas en ce monde en se laissant conter de belles paroles. Avant même de pouvoir progresser dans cette interaction des plus prometteuses quoi que dangereuse, un mouvement insistant et répétitif de la poignée de la porte en haut des marches de l’amphithéâtre attire une seconde notre attention et mon intéressant visiteur m’interroge à ce sujet. Après un rapide coup d’œil à la source de la distraction, je reporte mon attention sur l’invité en ce lieu et lui réponds d’un ton égal :

« Ce n’est probablement que le personnel censé nettoyer et verrouiller la salle après la conférence.» Du moins, il n’y a aucune raison pour qu’il s’agisse de quelqu’un d’autre à moins que les deux hommes aient été suivis. « La bâtiment va fermer pour la nuit, nous ne pouvons pas rester ici. »

Joignant le geste à la parole je saisis avec délicatesse, presque avec une douceur précautionneuse, la boite contenant la précieuse relique puis attrape le sac contenant mes affaires. Malgré mes dernière paroles je ne fais pas un pas vers la sortie, l’esprit toujours en quête d’une manière de déterminer ce à quoi peut mener cette entrevue inattendue. Après avoir étudié toutes mes options, il me semble judicieux de régler certaines choses avant de quitter l’amphithéâtre avec eux. Reprenant notre conversation en délaissant l’interruption gênante du personnel ne cherchant qu’à faire son travail, je reprends :

« Tout cela m’a l’air intéressant, mais je veux deux choses.» Mon regard glacé et perçant se fixe dans le sien. « Je veux savoir quel est votre but. »

Beaucoup se targuent d’un désir pur de connaissances, mais ce n’est jamais réellement le cas. La renommée, la gloire, le pouvoir, la reconnaissance sont tout autant de moteurs qui se dissimulent derrière la simple curiosité et poussent les gens dans des actions qui ne sauraient être anticipées sur la simple base d’un attrait du savoir. Trop de zones demeurent sombres dans les desseins de cet homme et je ne peux pas me laisser aveugler par l’espoir de trouver une aide pour mes recherches innommables. Ignorer tout de son intérêt dans cette histoire ne me permet pas d’évaluer ce que je risque. Je ne peux pas me le permettre. D’un ton égal et pourtant chargé d’un sérieux terrible, j’ajoute :

« Et je veux voir cette chose à l’œuvre. » Je lui désigne la boite et son contenu prodigieux. « Vous dites que ce ne sont pas que des légendes. Prouvez-le. Choisissez qui vous voulez, mais je veux le voir à l’œuvre. »

Une preuve.
Un engagement.
Voilà ce que je veux.

Une preuve que je peux avoir foi en ses paroles. Un engagement en détruisant une vie pour une simple démonstration. Ce n’est qu’à ce prix que je saurais si je peux lui faire confiance. Une curiosité presque affamée déborde dans mon regard glacé. Ce n’est qu’aux actes que l’on mesure les gens. Ce n’est qu’après avoir fait des choses indicibles que l’on peut réellement parler.
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Sam 4 Juin - 19:49 (#)

Scarabaeoidea



Pourquoi n’a-t-il pas songé au personnel de maison. La chercheuse est dans le vrai, après tant d’allées et venues, l’amphithéâtre mérite un bon coup de balais. Pourtant le perse n’est pas serein. Il règne une atmosphère étrange, presque palpable pour ses sens. Il reporte son entière attention sur son interlocutrice qui est enfin sortie de son mutisme verbal. Elle parle peu, ça lui plait. Son expression faciale a changé, l’éclat azuré, auréolé de ce bleu plus profond a vibré, l’intérêt s’est éveillé, elle veut en savoir plus, il consent. Il n’est pas homme à croire le premier venu qui lui conte de merveilleuses histoires, sorties du fond des âges. Lui-même nécessite de voir, de comprendre, afin d’interpréter, de juger comment s’approprier l’offrande. Il aime ce qu’il voit, la glace qu’elle distille, l’absence totale de sentiment dansant sur ses traits et qui la rend aussi expressive qu’une statue. Et encore, certaines en possèdent plus que cette femme. Ce n’est pas qu’une façade, elle est ainsi, sa nature profonde lui dicte son paraître. Elle ne fait pas semblant, elle est.

Le récit harponne, intéresse, titille. Ils ont visé juste. Ashkan a passé plusieurs nuits à étudier le parcours de l’être se tenant devant eux, sa ténacité est récompensée par cet infime éclat qu’elle leur offre. C’est peu, mais énorme dans ce visage exempt d’expression. Un sourire vient jouer sur les lèvres de l’Immortel quelques brèves secondes, s’évaporant aussi rapidement qu’il est venu. Il gagne du terrain, sans qu’elle recule.

Immobile, il scrute ses gestes qui sont d'une extrême justesse tout en restant harmonieux, remarque sans commenter, la délicatesse qu’elle accorde au présent. La boîte ne rejoint pas la besace où elle pourrait être secouée, où elle pourrait s’ouvrir et perdre son précieux contenant. On pourrait presque croire, comme le ferait n’importe quelle génitrice, qu’elle couve, le cadeau de l’oriental. Cette attitude ne lui permet pas de déduire la nature de l’entomologiste mais elle en dit long. Lui demander directement ce qu’elle est n’est actuellement pas une option. Il doit patienter même si cela lui pèse.

Toujours sous la protection du dôme, elle achève ses rangements et adopte cette immobilité, exempte chez l’humain lambda, titillant tant la curiosité de Salâh. Les paroles sont sèches, sans pour autant accéder à l’agressivité. Sans détour, ne s’encombrant pas de fioriture ou de palabres inutiles, ses questions sont limpides. Les paroles de bienséances sont balayées, percutant et décuplant la fascination du Caïnite. L’action devançant les politesses. Il aime cela. Un fin sourire, subtil, étire ses lèvres. Si l’oriental s’est déplacé jusque-là, ce n’est pas pour les beaux yeux de la demoiselle, regard qui soit dit en passant, valait largement le détour.

- Je répondrai à toutes vos questions, Ma Dame, mais point ici, ce n’est ni le moment, ni le bon endroit. Mais je vous rejoins, nous devons partir. Ce que vous tenez entre vos mains est réel, aucune fabulation ni tromperie, je vous l’assure.

La bulle éclate. Leur monde redevient ce qu’ils ont connu. Fond sonore incessant fait de craquements insignifiants, de raclements et de vie humaine si bruyante. Ashkan est le premier à quitter le demi-cercle central, celui des élus, celui des professeurs. Les portes sont soulagées de leur sort, permettant aux petites mains d’effectuer leurs tâches ingrates et invisibles. Salâh s’approche, plus que la bienséance le permet afin d’effleurer le coude de Madame Zimmer, l’encourageant à se mouvoir.

- Venez, au dehors, je vous prie.

Côte à côte, ils quittent le sacro-saint, puis il s’efface, laissant la politesse à la gente féminine, la suivant silencieusement. Les couloirs sont exempts de vie mais les néons sont encore tous allumés, donnant un aspect cireux aux traits du vampire. Les lumières sont vives, agressant la vue fine de l’Immortel qui plisse les paupières. Le bâtiment est quitté, la quiétude de la nuit est bienvenue pour celui qui l’a embrassée il y a bien longtemps. Ils s’éloignent, laissant derrière eux le temple du savoir. A mi-chemin entre l’artère principale et les lourdes bâtisses, Salâh stoppe son avancée et érige un nouveau mur, les coupant des sons nocturnes. La paranoïa du perse n’est plus à prouver, mais les paroles qu’il a à offrir à Madame Zimmer ne peuvent être entendues par des oreilles indiscrètes.

- Simple précaution, vous en conviendrez, vu la teneur de nos échanges. Une démonstration m’est facile et je conçois votre prudence. Néanmoins, comme je vous l’ai conté, les cinq doivent être réunis. J’ai laissé les autres en lieu sûr, chez moi. Il n’est pas très convenable d’inviter une Dame chez soi dès la première rencontre, j’en suis conscient. Et je comprendrais également si pour des raisons personnelles ou de méfiance, vous réfutiez de vous rendre en ma demeure. Bien que je sois persuadé, que même un être tel que moi, devrait ployer le genou face à vous.

Les mots sont clairs même si les vérités restent secrètes.

- Je réside dans le sud de la ville, un peu à l’écart des habitations, possédant une maison sur une large propriété où je peux me livrer à toutes sortes d’expérimentation. Un sous-sol est aménagé où je… pardon, il se tourne vers son fidèle sorcier, où nous aimons découvrir de nouvelles choses.

La proposition est audacieuse mais il sait qu’il a piqué la curiosité de chercheuse. Ainsi il poursuit sur le même ton de la confidence.

- Me ferez-vous l’honneur de venir, ce soir ou un autre, afin que je puisse prouver la légitimité de mes paroles ? Sachant que j’ai embrassé la nuit, il y a déjà quelques siècles ?


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Sam 25 Juin - 8:59 (#)

Sous mon regard de glace, surplombé par la voute du plafond du grand et ancien amphithéâtre, mon intriguant interlocuteur réaffirme sa sincérité en soulignant judicieusement qu’il ne s’agit certainement pas du meilleur endroit pour parler. Sa voix curieusement étouffée ne produit pas l’écho habituel que génère cette pièce au moindre mot. La pièce est d’un calme paisible et inattendu, un silence qui ne semble pas à sa place dans ce lieu de paroles. L’instant suivant, les bruits habituels de l’endroit nous parviennent de nouveau. Les pas des derniers retardataires filtrent à travers la porte, le bourdonnement habituel du chauffage qui vrombit dans un bruit sourd et continu, quelques éclats de voix du personnel qui remet les choses en ordre après une longue journée ayant transformé cet endroit en fourmilière grouillante d’étudiants agités et indisciplinés. La vie semble reprendre son cours. L’autre homme, le silencieux, s’éloigne et son compère m’invite à en faire de même. A son contact, l’arachnide s’érige dans un instinct immuable de préservation, rapidement étouffé. Être touché chez les insectes, c’est être attaqué. Une réaction brutale et violente qu’il a fallu apprendre à contrôler afin de ne pas arracher la tête de tous ces mammifères pour qui un tel contact est normal, attendu, souhaitable même. Sans un mot, je le précède, descendant les quelques marches nous faisant quitter l’estrade, un trajet habituel mais cette fois mon esprit est empli de milles et unes questions et espoirs autour de cette relique et de cette rencontre surprenante. Arpentant les couloirs sans un mot, tout juste accompagnés des bruits de nos pas, nous abandonnons ce bâtiment aux proportions démesurés pour retomber sur un extérieur encore plus vaste. Quelques lampadaires illuminent le trajet et leurs lueurs masquent les étoiles piquetant normalement le ciel. L’espace d’un instant, les terrains de recherche dans la jungle me manquent, loin de toute cette marrée humaine aux odeurs piquantes de sueur et de pollution âpres. Le bitume ne vaut pas la terre pleine de végétation. Les lampadaires ne valent pas les étoiles. Au bout de quelques dizaines de pas, mes étranges compagnons se stoppent et l’atmosphère perd de nouveau toute ambiance sonore, comme si nous étions subitement plongés dans du coton nous coupant du monde. Un curieux phénomène sur lequel je ne manquerai pas de les interroger plus tard. Fixant mon regard dans celui du perse avec la concentration d’un médecin légiste s’apprêtant à découper un cadavre, j’écoute et décortique ses explications. Ses principes démodés me feraient presque hausser un sourcil s’il m’était encore possible d’avoir des expressions faciales spontanées autre que celles apparaissant lors d’une rage aveugle. Délaissant les normes sociales pour me focaliser sur le fond de son discours, je comprends avec satisfaction quel genre de proposition il est en train de faire. Aurais-je trouvé la perle rare, la personne qui me permettra enfin de tester toutes ces choses qui se tissent dans ma tête afin de mieux comprendre ce curieux phénomène de ponte ? Découvrir dans quelles mesures mon venin est utile ou mortel ? Malgré toutes ces questions envahissantes, un pointe de suspicion perce mes sens. D’une voix posée et assurée, je lui demande :

« Pourquoi ? » Il avait parlé plutôt de leur curiosité à mon égard, mais sans plus de précisions. De plus, il ne m’a toujours pas révélé son but. Son offre est bien trop alléchante, peut-être même trop pour être réelle. « Qu’avez-vous à y gagner ? »

Ma soif terrible d’expérimentations et de réponses me torturerait presque l’âme, au point de commettre une imprudence dictée par une curiosité impérieuse et dévorante. Mais le froid glacial et les rouages de pensées inarticulées et mécaniques de l’arachnide résidant dans ma tête submergent le reste, m’enjoignant à la prudence, à la survie. Quelles sont les probabilités pour que je fasse moi-même l’objet des expérimentations qu’il me vante ? Serais-je de taille à affronter un vampire en cas de problème et remporter la victoire ? Cette question ne s’est jamais posée jusqu’ici. En soi, sa nature me laisse indifférente, si ce n’est curieuse, elle ne pose problème que dans le cas d’une confrontation directe. Analysant l’espace d’un instant les diverses possibilités, je cherche à comprendre son intérêt dans cette affaire. Sa curiosité pourrait ne pas se solder par un drame pour ma personne, mais le caractère impitoyable de ce monde ne pousse qu’à songer au pire. Je suis consciente qu’il n’y a aucune garantie suffisante pour prouver que quelqu’un ne nous veut pas de mal, alors je devrai me contenter de ce qu’il me dira de son but.

« Répondez-moi et je vous suivrai. »

Réponds-moi, et je ferai un choix.
Excès de confiance ou excès de prudence.
Curiosité partagée ou curiosité jalousement gardée.

Les moyens qu’il m’offre pour enfin chercher les réponses à mes questions lancinantes sont inestimables, remplissant presque ma poitrine d’un battement de cœur semblable à celui d’une enfant à noël. Mais mon cerveau sait bien que les plus beaux cadeaux sont toujours ceux ayant le plus lourd prix à payer.
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Mar 23 Aoû - 10:45 (#)

Scarabaeoidea


La nuit est fraîche et, malgré le dôme, la brise effleure les cheveux des orientaux, chahutant quelques mèches. L’Immortel apprécie les frimas hivernaux, emmitouflant les humains dans de lourds manteaux dans lesquels ils se sentent à l’abri. Le climat est tempéré dans cette partie du globe, le projet lointain de faire découvrir à son Infant, des latitudes plus rudes trotte dans sa tête. L’année prochaine, peut-être.

Les mots sont tenus secrets, la nuit couvre leurs traits, il peut s’exprimer librement. Toutefois, il a appris par son fidèle allié, que les forces de l’ordre disposent désormais d’appareils d’espionnage capables d’observer le moindre fait et geste. Le campus n’est vraiment pas le lieu idéal pour s’adonner à une petite démonstration de ses pouvoirs, même s’il en brûle d’envie. Il est avide de découvrir la réaction de l’anthropologue. Il ne mise pas sur la peur, il s’attend plus à de l’émerveillement de sa part, même si son faciès restera de marbre.

Elle exige. Impériale et exempt de réplique.

La lecture sur les lèvres des mots interdits lui sont connus. Alors, une fois de plus, il fait appel à ses dons, il brouille les pistes, pose un voile sur les lèvres, sans réellement savoir ce qui sera perçu ou non. Il doit prendre le risque, il le sait s’il souhaite une association et il ne peut le nier, une collaboration avec la chercheuse lui tient particulièrement à cœur, même sans connaître sa véritable nature. Il se laisse guider par son instinct et par celui de Ashkan, qui a dégoté cette femme. La lecture de l’aura est significative, il ne la voit pas, il n’en a pas les capacités, mais il a foi dans les compétences du sorcier. Il l’envie, le jalouse parfois mais l’amitié et l’attachement qu’il lui voue, restent bien plus fortes.

Sa voix, au timbre profond, nullement couvert par la peur d’être découvert, empli la sphère, sans aucune résonnance. Les phrasés sont simples, sans détour ni cachoterie. Il a bien compris qu’aller droit au but est un atout avec cette femme. Elle n’apprécie pas les biaiseries et les arabesques servant à amadouer l’auditoire. D’ailleurs, elle-même dans sa présentation, a émis des faits, ne se laissant perdre dans de vagues suppositions.

- Pourquoi ? Il sourit, même s’il est conscient que personne ne le verra, toutefois sa voix est altérée par ce léger amusement. Mot unique pour une question dont la réponse est aussi vaste que le monde. Soupire feint, inutile, elle n’est pas sensible à ses humeurs, ils le savent tous les trois, pourtant il ne peut s’en empêcher, c’est dans sa nature, dans ce personnage qu’il s’est construit et qui sait amadouer, qui joue avec l’affecte de son auditoire, sauf qu’en ce cas présent, cela n’a aucun intérêt. Le Savoir, ma Chère. Il y a tant à explorer, à mélanger, à découvrir. Je ne connais vos dons, vos aptitudes mais je me doute qu’ils ne sont pas anodins, bien au contraire. Vous êtes différentes, je le suis également. Maudit des vivants, la nuit est mon berceau, je suis un vampire. Je veux savoir, connaître l’étendue et l’ampleur de mes dons, des vôtres. Je sais que vous n’êtes pas comme eux.

Tout en parlant, il réfléchit, forme des associations, cherche à savoir ce qu’elle cache, ce qu’elle est, avec qui elle a pactisé. Entomologie, l’Amérique du Sud, les forêts impénétrables et les croyances d’un autre temps. Ses connaissances sont maigres, tant historiquement qu’archéologiquement. Que trouve-t-on dans ces contrées qui n’existe nulle part ailleurs ? Les Aztèques, les Mayas, les Amazones, les géoglyphes de Nazca et tant d’autres richesses qui lui échappent. Il déteste lorsqu’il ne maîtrise pas le sujet à la perfection, et en ce moment, il est aux antipodes.

La colère monte, invisible pour ses alliés, la Bête gronde.

- Je ne sais ce qui vous anime mais je suis persuadé que nous avons des similitudes. Je ne suis pas prompt à me fier à mes intuitions et pourtant, actuellement à l’heure où nous nous parlons, je sais que nous pourrions accomplir de grandes choses mais cela ne fait pas pencher la balance de mon côté, j’en suis conscient. De ce fait, permettez-moi de dévoiler un secret.

Il hésite. Cette femme reste un mystère pour lui. Ashkan lui a certifié que l’aura de la chercheuse est aussi sombre que les ténèbres. Parviendrait-il enfin à son but ultime ? Le risque en vaut-il la chandelle ? Les renseignements ont été pris, il n’a pas fait d’erreur. Ses congénères connaissent ses dons qu’il n’a jamais caché, bien au contraire. Cela lui assure un minimum de respect que son âge ne justifie pas. Il est jeune en comparaison à son ami Nicola et aux ancêtres de l’Essaim. Jeune mais puissant. Imprévisible et dangereux. Ses ennemis le savent.

Son visage revêt des traits plus durs alors qu’il extrait une petite fiole de sa poche. Un regard rapide est échangé avec le sorcier qui, imperceptiblement hoche la tête, lui donnant son aval. Salâh ad-Dîn n’en a pas besoin, mais il aime avoir son avis. Le minuscule récipient est tendu à Dame Zimmer.

- Ceci est mon venin. Prenez garde, il est mortel, même pour mes congénères.

Les secondes défilent, une poignée, rien de plus. Le temps que l’information s’infiltre dans les synapses de son interlocutrice.

- Vous comprendrez donc aisément qu’une démonstration, en ces lieux, se révèle périlleuse. Auriez-vous, à votre tour, l’obligeance de faire la lumière sur vos capacités ?

Les orbes de geai se posent dans celles, nettement plus claires, de la chercheuse. Il n’est pas totalement serein, mais il ne se sent pas acculé, loin de là. L’échiquier est en place, les jeux peuvent débuter.



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Sam 3 Sep - 15:13 (#)

L’odeur piquante et intense du bitume exulte de telle manière que l’on devine que de la pluie a imbibé les rues plus tôt dans la soirée. Enfermés dans un amphithéâtre pour disserter d’anciennes époques révolues, nous avons tous manqué le spectacle paisible de la nature qui vient rincer la souillure humaine qui s’amalgame dans les villes. Le doux vent froid de l’hiver chargé d’humidité me fait resserrer mon manteau autour de moi. A travers les ombres rendues ondulantes par les nuages sinueux et joueurs qui masquent à intervalle irréguliers la lune, j’observe le moins mortel des individus environnant, patientant jusqu’à sa réponse tant attendue. Une réitération amusée, comme pour gagner du temps ou se rire d’une telle question, et puis enfin seulement la vérité. A travers une surface lisse appelant à l’amour de la connaissance en tant que telle, j’entrevois malgré tout dans ses affirmations une quête de pouvoir. Connaitre ses dons, c’est avoir la possibilité de les utiliser à leurs pleins potentiels. Une puissance atteinte uniquement au prix d’une expérimentation rigoureuse, fruit d’une insatiable curiosité presque prédatrice. Les mystères deviennent proies, les tests deviennent des griffes, et dans cette traque quelques cobayes victimes nourriront un dessein plus grand qu’eux. Il reprend ses palabres, visiblement soucieux de gagner ma confiance, ou de me faire tomber dans sa toile. Une pointe de curiosité perce la surface de mes prunelles et toute mon attention est retenue vers ce qu’il s’apprête à me montrer. Avec l’attention d’un chirurgien sur une opération délicate, je scrute le flacon qu’il vient de faire apparaitre, formulant milles et une hypothèses silencieuses. La véritable nature de la substance révélée par le vampire ne fait en rien partie de ce à quoi j’aurais pu penser. Ainsi donc les vampires auraient du venin ? Est-ce cela qui leur permet de transformer un humain en l’un des leur, comme cela est mon cas ? Avec précaution je saisis la fiole offerte et étudie avec concentration le contenu à travers le verre qui l’enserre. Mon regard croise celui de l’immortel qui demande un peu de réciprocité dans les révélations de cette nuit. Après une ou deux seconde d’une observation minutieuse, je réponds :

« Je n’ai hélas jamais eu l’idée de mettre de telles choses en bouteilles. »

Un aveu à demi-mots qu’un venin coule également dans mes crocs arachnéens. J’avais songé à faire analyser mon propre poison il y a quelques années de cela, mais je n’en ai pas les capacités et il me semblait déraisonnable de confier une telle substance à qui que ce soit. Mon venin fonctionnerait-il même si je l’extrayais pour l’utiliser plus tard ? Pourrais-je ainsi en stocker de grandes quantités et en tester de multiples usages ? Ces perspectives font naitre en moi ce même élan d’extase macabre que lorsque l’on découvre des possibilités infinies de répandre sur ce monde les anciennes malédictions grouillantes d’insectes voraces. Tout comme c’est le cas quand je suis prise de ces curieuses hallucinations qui me font voir comment le monde pourrait être, rempli d’ombres mouvantes aux pattes noires se répandant comme si les bâtiments eux-mêmes vomissaient des nuées d’araignées, une sensation ravie et pleine d’agitation électrisante vient briser le froid glaciale et impassible de mon être. Cette extase que certains psychologues ont appelés folie dans ma jeunesse laisse entrevoir l’espace d’un instant un désir avide, capable de tout pour arriver à ses fin, le tout transparaissant dans un sourire que nul ne devrait jamais avoir. D’une voix inquiétante, infléchie par cet élan tenant presque de ce que certains ont appelé le délire, j’ajoute :

« Mais je pourrais vous montrer. »

Planter des mandibules monstrueuses dans un pauvre hère qui sera alors en proie à mes visions rêvées qu’il appellera sans doute apocalypse. Des morsures répétées viendraient remplacer son sang rouge et ferreux par un venin sombre et poisseux, changeant son être en un autre, qui à son tour répandra cette douce corruption de ses mandibules noires et acérées. Un souffle de vent particulièrement abrupte parvient à me tirer de ces songes prophétiques pour me ramener dans cette rue, avec ces deux hommes aux propositions inattendues. L’extase de ces possibilités infinies reflue, coulant dans l’océan noir de mon âme. En l’espace d’une demie seconde tout le vacarme de mon esprit est absorbé, dévoré par l’araignée, comme si ce trouble n’avait jamais existé. L’intérêt pour ces expériences est toujours bien présent, mais il est redevenu le questionnement froidement scientifique et méticuleux qu’il était. Comme si ce sourire féral n’avait jamais existé, mon expression est de nouveau lisse et sans aspérité. Je repose mon regard dans celui de l’éternel et reprends d’une voix posée :

« Cependant c’est une autre chose que je souhaiterais tester. Et pour laquelle j’ai besoin de moyens qu’aucune faculté ou comité d’éthique n’accepterait de m’octroyer. »

Les œufs.
Mes enfants.

Plus que tout, je veux les voir éclore. Tous. Pour en faire jaillir des araignées fortes et massives. Que mes enfants soient forts et résistants pour constituer cette nuée qui colonise mes rêves et mes espoirs. Mes quelques tests perdus dans la forêt sont encourageants, à défaut d’être satisfaisants. Mon regard s’égare un instant sur le flacon que je tiens dans ma paume et je songe au lourd poids de la relique offerte plus tôt qui se trouve dans mon sac. J’ignore si tout cela est suffisant pour remporter ma confiance, mais mon désir impérieux de voir naitre mes enfants me fait baisser mes critères, accepter plus de risques. N’est-ce pas là ce qu’est censé faire une mère ? D’un ton ferme et avec un regard laissant transparaitre une détermination macabre, je lui déclame :

« Amenez-moi quelque part où nul ne pourra nous déranger, et je vous expliquerai. »

Tout cela pourrait mener à mes plus belles avancées.
Ou bien à ma perte.
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Mar 27 Sep - 16:11 (#)

Scarabaeoidea



La minuscule fiole roule entre les doigts fins de la Chercheuse. Elle semble perdue, ailleurs et pourtant, ses paroles sont d’une redoutable lucidité. Elle n’est pas comme les autres, comme toutes les créatures qu’il a pu croiser durant sa longue existence. La fascination qui grandit en son sein s’écroulera peut-être lorsqu’il saura, mais il en doute. Cette fixité, qui n’a rien d’humain, ne peut être, pour l’instant, attribué à aucun être. Plus le vampire l’observe, plus les hypothèses se multiplient dans son esprit.

Un premier indice tombe. Elle possède du venin ou quelque chose qui s’en rapproche. Mais comment l’injecte t’elle ? Est-elle capable de le prélever comme il le fait lui-même ? Sous quelle forme ? Tant de questions se forment dans son esprit, elles devront attendre, les réponses viendront d’elles-mêmes. Son cas est rare, il le sait. Quietus est un don précieux, qu’il apprécie terriblement. La Mort Silencieuse est un cadeau béni qu’il chérit et travaille d’arrache-pied, car l’évolution est prometteuse. Un simple contact pour offrir un lent baiser de la Faucheuse, lui permettant de se disculper de toute accusation. De telles perspectives sont jouissives. Il les atteindra, un jour.

Puis vient enfin l’assentiment. L’acceptation de dévoiler de quoi elle est faite. Le partage et l’éventualité d’un accord. Humain, son sang se serait glacé dans ses veines tant le ton de Dame Zimmer est inquiétant, alors qu'elle évoque sa démonstration. Il ne cache pas sa réaction, il la minimise à l’aide d’un sourire et d’un bref hochement de tête, inhumant volontairement la pointe d'anxiété qui s'est réveillée. Anticipant la demande de Salâh-ad-Dîn, Ashkan se retire afin de faire quérir leur véhicule, donnant au chauffeur leur position exacte.

- Venez, je vous prie, ma voiture pourra nous mener loin de cette foule curieuse.

Il tait la destination, ne souhaitant pas qu’elle fasse marche arrière. Sa demeure est située à l’écart et possède un vaste terrain, tant découvert que boisé, agrémenté d’un ruisseau en bordure de la propriété. Des protections magiques ont été érigées afin d’écarter les regards indiscrets et les intrus malveillants. Quoi qu’elle souhaite leur dévoiler, son secret restera bien gardé.

Un véhicule sombre, nimbée de gouttelettes, scintillant sous les lampadaires, attend les occupants le long du trottoir. Avec galanterie, l’Immortel ouvre la portière et s’engouffre à la suite de la chercheuse dans l’habitacle où les accueille le sourire bienveillant du sorcier. Une chaleur douce les enveloppe. Même s’il n’est pas sensible au climat, le Caïnite aime retrouver des hautes températures, lui rappelant son désert. Une fois installé et la voiture insérée dans une circulation fluide, il se décide d’être parfaitement transparent avec son invitée.

- Sauf contrariété de votre part, je vous conduis à mon domicile. Le parc est immense et vous aurez tout loisir de me montrer ce que vous désirez. Personne ne viendra vous importuner et vous aurez une entière liberté de mouvement. Je suis convaincu que cela vous conviendra. Si ce n’est le cas, faites le moi savoir sans détour. Je suis votre obligé.

Le paysage défile bien trop lentement au goût de Salâh, il est impatient. A pied, il aurait rallié sa demeure plus rapidement que ce stupide engin malodorant. Il aurait senti les parfums de la terre, gorgée de la récente pluie, les humains qui, aux coins des rues palabrent pendant des heures, il se serait éventuellement repu à l’une de leur gorge et aurait profiter de la brise hivernale.

A présent, il veut savoir ce qu’elle cache.

Aucun parfum, pas de maquillage. Elle a une odeur bien à elle, il s’en imprègne afin de la reconnaître aisément à l'avenir. Il aimerait diverger sur des sujets banaux, mais elle n’est pas le genre de femme à bavarder de choses futiles. Même si leur rencontre est récente, certaines choses sont évidentes. Les questions viendront après. Elle en aura éventuellement à son égard aussi.

Les lumières et le tumulte urbains s’espacent, la voiture s’immobilise devant de hautes grilles en fer forgé qui s’ouvrent silencieusement. Empruntant un chemin pavé jusqu’à la grande bâtisse de style colonial, la berline s’arrête enfin devant le perron. La portière est ouverte laissant les passagers quitter le véhicule.

- Allons dans le parc.

Nettement plus à l’aise dans cet environnement, le vampire ouvre la marche. Un chemin parsemé de graviers blancs entoure la maison, ses immenses colonnes surplombant les trois silhouettes. Il mène sa convive à l’orée de majestueux saules et se retourne vers Dame Zimmer.

- Bienvenue sur ma propriété. J’espère que cet endroit vous convient où préféreriez-vous le confort de l'intérieur ?

Intérieurement, il se félicite d’avoir acquis ce terrain qui lui permet de fomenter à sa guise. Dans les bas-fonds, un laboratoire a été aménagé, servant pour l’heure aux diverses expérimentations de Ashkan. Les caves sont nombreuses contenant également quelques marchandises qu’il prévoit de distribuer prochainement à ses proches. Peu en connaissent l’existence, hormis évidemment Yago, son cher Infant, qu’il localise en pleine ville. Nulle crainte qu’il apparaisse à l’improviste, ce qui rassure l’Oriental. Les réactions de l’Infant sont parfois inattendues et selon ce qu’elle s’apprête à dévoiler, il préfère savoir Yago à distance.

- Je vous écoute, Dame Zimmer. Avez-vous des questions ?

A distance respectable, il se campe sur ses jambes et enfonce ses mains dans les poches de son pantalons. Elle est libre de partir si tel est son désire, toutefois, sa patience a été mise à rude épreuve et ce n'est jamais bon d'user de cette dernière avec Salâh Ad-Dîn Amjad. Ashkan le sait, il se tient en retrait, près à parer d'éventuelles mauvaises surprises.



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Dim 30 Oct - 8:46 (#)

N’importe quel être à sang chaud doté d’un quelconque instinct de préservation aurait fui face à une telle proposition, mais mon interlocuteur ne fait pas partie de ceux-là. Il demeure ici, prenant en considération ma proposition sans même l’ombre d’une inquiétude visible, ou du moins pas un seul tressaillement que je saurais interpréter comme tel. Dans cette rue pleine d’une vie mouvante emplie d’un flot continu d’étudiants et d’étudiantes trainant ou rentrant chez eux, nous sommes tous deux tels des statues immuables plantées dans le sol, rochers au milieu des flots paresseux, cadavres inertes oubliant le monde qui les entourent. Ancrés dans le froid hivernal, nous nous promettons secrets et savoirs à deux pas de là même où les connaissances du monde sont censées être révélées. Mais ces savoirs-là sont bien trop horrifiant pour les petits primates qui hantent ces lieux en quête d’un bout de papier attestant de leur connaissances parfois oubliées à l’instant même où ils quittent la salle d’examen. D’une phrase polie, il m’invite à le suivre. Tout juste quelques secondes qui s’égrènent dans le néant et déjà nous rejoignons sa voiture. Sans un mot de plus, nous nous engouffrons dans la gueule béante de l’engin mécanique qui se referme sur nous dans un bruit feutré et délicat si caractéristique des véhicules couteux. Une fois dans le ventre de la bête en compagnie des deux hommes, la voiture tressaille comme si elle prenait une inspiration salvatrice avant de se mettre en mouvement. Le silence agrémenté des bruits étouffés de l’extérieur est brisé par le vampire expliquant notre destination. J’acquiesce d’un unique hochement de tête pour lui faire comprendre mon assentiment et mon regard devient aussitôt fixe, mon attention dévorée par mes propres réflexions. S’il dit vrai, il pourrait me fournir des cobayes pour tester mon venin plus efficacement, et aussi pour voir quel effet aurait un corps humains comme matrice pour mes œufs, mais puis-je lui en révéler autant d’un coup ? Je pourrais me contenter d’un cours magistral terriblement factuel des phénomènes , presque clinique et scientifique, mais on n’apprend jamais mieux que par l’exemple. L’idée de me transformer entièrement devant un public a un côté à la fois inquiétant et extasiant. Que faire ? Quel est mon plan ?

Aveugle au paysage qui défile, mes pensées vont et viennent dans mon esprit froid pour tisser la toile de la stratégie que je mets en place pour l’appâter dans l’espoir d’obtenir son aide tout en ne lui donnant pas trop d’informations pour garder son intérêt. Un exercice malhabile si on le considère comme un échange purement social, une négociation manipulatrice, mais une chose bien plus aisée si l’on voit ça comme une chasse. La prédation reste la prédation, même quand la proie se trouve être l’intérêt de quelqu’un et son aide. Les idées s’imbriquent les unes dans les autres tel un vaste puzzle se mettant en place, dessinant enfin une image nette de ce que j’ai à faire ce soir. Voilà un exercice bien inhabituel de me dévoiler ainsi, mais un sourire aurait presque pu naitre sur mes lèvres tant j’en suis satisfaite. La voiture ralenti peu à peu et mes prunelle se lèvent vers la vitre pour découvrir la bâtisse logeant le vieux vampire. Sans plus de cérémonie, nous quittons l’habitacle et je suis mon hôte là où il le juge adéquat. A sa question, je réponds d’un ton placide :

« L’extérieur me convient. »

J’ai toujours préféré les extérieurs, et cela serait bien plus commode si les choses vont dans le bon sens et que je me décide à lui montrait ce que je suis. Tout ce que je suis.

Nous nous arrêtons sous des arbres à peine illuminés par les lumières de la villa. Les ombres tranchantes se découpent sur les troncs, la lumière artificielle heurte sans ménagement la végétation. La cime des saules se fond dans le ciel nocturne, disparaissant et donnant cette illusions troublante que la canopée devient le ciel. Le vampire m’interroge à nouveau, mais il n’y a plus de questions à poser pour le moment. D’une voix tranchante comme de la glace brisée, je réponds :

« Pas de questions, juste des exigences. » J’ai entendu des promesses dans ses mots et je compte bien qu’elles n’aient pas été vaines. « Je veux vous montrer ce que fait mon propre poison sur quelqu’un, peu importe qui. Et je veux voir ce que fait le vôtre. »

Si j’espère obtenir des êtres humains pour y pondre mes œufs, alors il devrait bien être en mesure d’accepter de sacrifier un ou deux d’entre eux à ces petites premières expérimentations. Si tel n’est pas le cas, il n’est même pas nécessaire d’envisager la suite.

Afin d’appuyer ma déclaration et lui manifester tout le sérieux de ma démarche, je réveille cette terrible partie de moi qui s’est enlisée dans mes entrailles pour me faire autre. Une multitude d’yeux semblent s’ouvrir et regarder à travers les miens. Le cliquetis placide et terrible de l’arachnide emplie mon esprit pour recouvrir le peu d’humanité qui y réside. Pour la première fois, j’invoque cette partie non pas pour me changer entièrement en cette bête terrible, mais pour la bloquer dans cette forme batârde et imparfaite. Un petit avant-gout de l’horreur qui pourrie dans mon âme. Lentement, la peau de mon visage et de mes mains se fait plus molle et mobile. La peau de mes pommettes et de mon front gonfle sous l’impulsion de nouveaux yeux entièrement noirs qui cherchent à percer ma chair. Le derme se tord, s’étire, refusant de céder, infligeant douleurs et démangeaisons au point que je voudrais arracher ma chair avec mes ongles pour libérer ces globes oculaires prisonniers, mais ce n’est qu’une torture parmi tant d’autres. Ma mâchoire se tire, se développe comme si elle cherchait à se disloquer, créant petit à petit deux mandibules sombres dont les points acérées transpercent ma peau pâle pour jaillir et se répandre autour de ma bouche telle une gueule monstrueuse. Est-il trop occupé à observer mon visage qui se fait abominable pour voir que mes mains se rigidifient en une chitine tranchante et sombre ? Mes doigts se figent en un amas noir et luisant, prolongeant mes bras en pattes d’araignées malformées et grotesque dépassant à peine des manches de mon manteaux. Enfin, mes yeux surnuméraires parviennent à percer ma chair et après une longue minute ou deux de souffrance, je suis libre. La transformation complète est infiniment plus lente et plus douloureuse, aussi celle-ci semble-t-elle être un bon compromis. Pour terminer, j’enlève mes chaussures rapidement, marchant sur le talon et extirpant un pied puis un autre. Sous cette forme je perds un peu de capacité de vision, mais je perçois enfin les vibrations du sol. Le sol froid et humide mouillant mes chaussettes sous mes pieds ne me dérange pas, je sens à présent les vibrations des animaux dans les arbres alentours et un vrombissement de vie en provenance de la villa. Je pourrais sentir même les mouvements du vampire, mais probablement pas ses états d’âme. S’il avait été humain, j’aurais sans doute senti les pulsations dans ses battement de cœurs qui se seraient peut-être accélérés d’angoisse à la vue de mon nouveau visage.

Es-tu satisfait, vampire ?
Veux-tu toujours travailler avec moi à découvrir les merveilles de ce monde ?
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Lun 21 Nov - 11:49 (#)

Scarabaeoidea



La nuit est silencieuse, paisible, entrecoupée par quelques rares bruissements de feuilles, portés par la brise hivernale. Les lumières artificielles de la demeure du perse sont voilées par les longues branches paresseuses des éternels saules. Il aime le parc que lui offre cette parcelle, à l’abri de tout regard, gardé par des murs invisibles de sortilèges et de technologies modernes. L’air est saturé d’humidité par la pluie récemment tombée. La terre imbibée d’eau, lâche quelques fumeroles légères offrant une atmosphère particulière au vaste jardin.

La nature serait-il un terrain favorable à la scientifique ? Les spéculations vont bon train dans la caboche de l’oriental. Il suppose, cherche à deviner avant la démonstration, calmant ainsi sa curiosité insatiable. Et enfin, elle daigne prendre la parole, maigre délivrance mais la situation avance. Salâh est un beau parleur, ne reniant ses origines, l’échange et le marchandage font partie de son patrimoine. Son invitée est silencieuse, ses émotions sont nulles et son faciès ne laisse rien deviner, mais il s’y fera si le jeu en vaut la chandelle. A sa question, elle ne répond que par une exigence. Le dénouement est proche et l’excitation augmente. Intérieurement, il piaffe d’impatience. Toutefois, il reste de marbre. Aucune interrogation, il comprend parfaitement la demande et se tourne vers Ashkan, élevant son index et son majeur sur un poing fermé. Le sorcier recule de quelques pas en sortant son téléphone. Des mots discrets, chuchotés sont émis. Ils ne sont pas nombreux, mais cela suffit amplement. Puis, il revient à la hauteur du vampire. La tension est palpable lorsque trois hommes arrivent dont deux sont solidement enchaînés. Le mage prend le contrôle tandis que le commis disparaît aussi vite qu’il est venu.

Le cliquetis des liens tinte dans la nuit, agaçant le caïnite. Tournant la tête, les sourcils froncés, il enferme les prisonniers dans une bulle de silence, rendant la tranquillité à l’environnement. Lorsque son regard revient à Dame Zimmer, le changement a débuté sous le regard avide de la créature nocturne.

Et là, il voit. Ebahit, ses yeux virevoltent sur les difformités qui abiment le visage impassible. Le modelage se fait lentement, certainement au prix d’atroces souffrances. Mais elle ne dit rien, absorbe et accepte la transformation, forçant le respect auprès de l’immortel. L’habitude, très certainement. N’est-ce pas un peu pareil pour lui à chaque pleine lune ? Les doigts se rassemblent, devenant des armes meurtrières, même pour lui. Combien de tête a-t-elle tranchée à l’aide de ses pattes ? La question flotte dans son esprit quelques secondes pour disparaître, noyée par d’autres considérations. Il hésite, n’étant pas un spécialiste des insectes, mante religieuse ou arachnide ? Les yeux, cette multitude d’œil qui l’observe, qui le voit sourire sont extraordinaires, autant que cette mandibule. Complètement fasciné, il comprend rapidement. Il aimerait applaudir mais il se contente de rester immobile, ne se lassant pas d’admirer la créature qui lui fait face. Chaque détail est scruté, analysé, disséqué du regard. Il comprend, sait, ce qu’elle est et souhaiterait en voir la finalité.

La main de Ashkan vient se poser avec légèreté sur son épaule, attirant son attention. Sans un mot, une extrémité de chaîne est déposée dans la main de Salâh. Il est l’heure de faire sa démonstration. Un nouveau sourire étire ses lèvres, nettement plus sadique, dévoilant ses canines. Son regard est sombre, teintée de cette étincelle malveillante qui témoigne de la cruauté dont il peut faire preuve, celle qu’il peut libérer lorsqu’il chasse dans le désert, lorsqu’il joue sadiquement avec ses victimes.

Alors que le condamné est tiré hors de la bulle des cris d’effroi emplissent la nuit, mettant les nerfs du prédateur à rude épreuve. En moins d’un clignement de paupière, il se retrouve à côté de l’homme qui supplie inlassablement. Le vampire pose un indexe sur sa propre bouche, lui intimant le silence. Se rapprochant de son oreille, il murmure quelques mots.

- Tais-toi, tu ne voudrais pas incommoder notre invitée.

Il recule, laissant un bon mètre entre lui et le condamné et se tourne vers la femme chitineuse.

- Je pense que vous souhaitez voir la propriété de mon don ? .

Il n’attend pas de réponse. Elle ne viendra pas, il le sait. Eventuellement que ce léger tremblement de tête de la part de la créature, peut signifier un hochement de tête ? Il prend cela pour un oui. Tel un cobra, une faible quantité de poison est crachée, atteignant l’humain en pleine face. Le venin affecte et agit immédiatement. L’homme, surpris, essuie le liquide de son visage, offrant un regard empli d’interrogation à Salâh. Ses genoux cèdent soudainement, il tombe mollement au sol, son corps parcourut de convulsions violentes. Sa tête heurte le sol, ses yeux largement ouverts, la vie l’ayant déjà quitté, de l’écume visqueuse dégoulinant de sa bouche.

Une œillade rapide est lancée à son invitée. Est-elle sensible à son venin ? Est-il dangereux pour elle ? Cette question devra attendre, peut-être qu’elle ne trouvera jamais de réponse, tout dépendra de leur collaboration.

La seconde chaîne est tirée tandis que la bulle de silence éclate. Trop apeuré, le sujet ne crie pas. Il est résigné. Il avance sans résistance et se place de lui-même devant le vampire qui lui retire ses entraves. Posant ses mains sur chacun des bras du condamné, il le retourne et le porte quasiment devant Dame Zimmer. Il ne peut s’échapper, de toute façon, il est bien trop horrifié par la vision de l’araignée incomplète.

- Il est à vous.



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Sam 26 Nov - 11:16 (#)

Sans un seul mot de mécontentement ou d’agacement il accepte ma requête, faisant signe à son acolyte qui se charge de faire amener des victimes. Tandis que ma transformation opère, j’observe les visages des quatre hommes devant moi, scrutant le moindre tressaillement de muscle ou signe me permettant de comprendre les émotions qu’évoquent cette transformation que je n’ai jusqu’ici jamais montré à personne volontairement. L’un des humains enchainés plisse d’abord des yeux dans l’obscurité, puis ses paupières s’écarquillent tant et tant qu’elles pourraient se déchirer sous la tension. Peut-être émet-il les gémissements d’une proie effrayée, mais le calme semble dévorer tout bruit provenant des deux prisonniers. L’autre a des expressions moins spectaculaires, mais plus profondes. Je ne perçois à ce stade plus suffisamment les détails, mais je ressens des vibrations résignées s’ancrer dans la terre et me parvenir. Peut-être même voit-il sa mort. Le vampire, en revanche, apparait satisfait et peut être même plus. Il est bien difficile de percevoir quoi que ce soit chez les morts, semblerait-il.
Après ma démonstration vient la sienne. Son sorcier lui remet la chaine du prisonnier prit de panique. Subitement les cris stridents qu’émet la proie emplissent l’air et font vibrer la nuit en des notes aigues de pure détresse.  Oblitérant cette nuisance sonore, mon regard aux multiples prunelles se focalise sur la silhouette du vampire qui consent à, à son tour, dévoiler son secret. Dans la faible clarté de la nuit, la scène semble surréaliste. Un venin craché attrape quelques rayons de lune et scintille avant de finir sa course sur l’humain étonné. Rapidement il s’effondre. Les vibrations de ses tressautements me parviennent vives et saccadées, puis le calme absolu. Plus un battement de cœur. Plus un souffle. Il ne s’agit plus que d’une masse inerte sans le moindre mouvement. En quelques pas calmes, je me rapproche de la jeune charogne et scrute à travers les ombres son visage flasque où est arrivé le poison. Un neurotoxique, il me semble. Un poison vif et fatal absorbé par la peau de sa victime et ne laissant aucune chance. Reste-t-il actif sur les tissus ? Pourrait-il empoisonner quelqu’un en lui offrant un simple mouchoir ? Même si tel n’est pas le cas, il demeure très dangereux. Mon regard se porte de nouveau sur le vampire calme et ravi de sa démonstration macabre. Si celui-ci est un digne représentant de ses pairs, alors je comprends mieux pourquoi tant d’humains les craignent.

Le second prisonnier est amené, silencieux, résigné à son sort. Sans doute pense-t-il que mon poison est semblable à celui dont il vient de voir l’effet. Le vampire me présente l’humain. Il semble avoir une petite trentaine d’années, mais avec les traits tirés par la captivité, fatigué par la peur et l’attente de la mort. Je l’observe une demi-seconde, lui qui fixe le sol pour ne pas me voir, attendant qu’on achève cette vie qu’il subit. De geste vif et inattendu, je plante mes mandibules au niveau de sa clavicule, perçant sa chaire avec des pointes bien trop épaisses pour que cela soit propre ou sans douleur, puis j’injecte mon venin. Etrange sensation de ce liquide provenant d’un endroit inhumain qui se déverse dans le sang d’un autre.  L’homme sert les dents en étouffant un cri d’effroi et de douleur à mesure où la faible quantité de liquide noir et visqueux s’insinue en lui. Les pulsations frénétiques de son cœur ont tôt fait de propulser mon poison dans ses veines pour atteindre son cerveau, et j’ai tout juste le temps de me reculer que déjà ses yeux s’écarquillent, fixant la frondaison des arbres qui se meut paisiblement sous une brise. Il tente de reculer dans la prise du vampire, se mettant à crier ‘Y en a partout !’, ‘Elles arrivent !’ et d’autres phrases incohérentes et anarchiques. Je devine ce qu’il voit dans ces ombres. Un monticule d’arachnides qui se déverse du sommet des arbres en cascade pour couler vers lui tel une flaque de mazout qui viendrait pour dévorer le monde. Des visions semblables au miennes. Il tressaille, son instinct de fuite reprend un instant le pas sur sa résignation, puis dans cet excès de terreur, ses membres ne semblent plus le porter et il fixe toujours cette menace invisible et impérieuse. M’adressant au vampire, je précise d’une voix descriptive, très docte, comme on le ferait dans un cours magistral très technique :

« Il a des visions, mais il n’en mourra pas. » En revanche mon venin a une autre propriété que je souhaiterais utiliser ici. La victime semble parfaite. Il n’a pas de vie à perdre, réduit à l’esclavage, attendant la mort. Une recrue intéressant pour ce besoin impérieux d’une colonie qui dévore les entrailles de l’araignées. Je reprends avec la même intonnation de professeur parlant à un étudiant en quête de savoir : « Mais si je lui en donne plus, alors, il deviendra comme moi. » Enfin un congénère potentiel après plusieurs échecs. Une pointe d’envie dévorante perce une peu le ton de ma voix dans mes dernières paroles : « Vous me le céderiez ? »

La victime est toujours aux prises avec le déferlement arachnéen qu’il voit dans son esprit, gigotant et abandonnant des phrases désordonnées mais mon attention est pour le vampire.
Acceptera-t-il aussi cette demande ?
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Mer 11 Jan - 12:28 (#)

Scarabaeoidea


La démonstration de l’Eternel est examinée avec attention par la créature inachevée. Etrange de voir ce monstre se mouvoir, parler même. Il ne soupçonnait pas que les hommes-bêtes puissent s’exprimer alors qu’ils étaient en pleine mutation. Elle maîtrise sa transformation, elle ne lui dévoile ce qu’elle veut bien mais il se doute qu’elle est capable de bien plus, de prendre une forme totale de ce qu’elle a commencé. Il est moins subtil dans son exhibition, le reste, il le garde pour lui. Est-ce que sa carapace d’arachnide peut stopper son venin ? Peut-être qu’un jour la réponse viendra d’elle-même. Les paroles avisées de Nico résonnent à ses oreilles et il les garde précieusement en tête.

Il l’observe, sans aucune gêne. Ne sont-ils pas là pour cela en fin de compte ? Avec son visage déformé, il ne peut lire ses expressions faciales même si elle n’en a guère sous sa forme humaine. Trouve t’elle une utilité à cette substance qu’il s’excrète ? Un partenariat peut-il être envisagé ? il est trop tôt pour toutes ces questions. Elle a évoqué son propre poison, qu’en est-il ?

Immobile, les bras croisés, ses doigts trahissent son impatience qui tapotent sa manche. Les faibles rayons argentés captent, un bref croisement de regard. L’un clair comme la lune qui les surplombes, l’autre aussi sombre que la nuit qui les entoure. Un sourire vif de satisfaction traverse ses traits pour retrouver l’impassibilité qu’il souhaite diffuser, puis recule pour lui laisser le champ libre.

Et soudain, avec une rapidité inattendue, elle se jette sur la victime. L’image d’une tégénaire guettant sa proie dans sa toile lui vient à l’esprit. Tout dans son attitude reflète sa nature profonde. Il n’est pas très à l’aise avec les hommes-bêtes ; ils sont difficilement prévisibles et répondent souvent à l’instinct de leur animal. Les classiques sont connus de l’Eternel, il les a suffisamment côtoyé. Par contre, ce qu’il a face à lui, sort totalement de ses compétences. Il va devoir se documenter et chercher des réponses qu’elle lui refusera.

Le cœur du mortel palpite avec force, entraînant dans ses veines la ciguë de l’araignée. Il s’agite et voit des choses qui restent invisible pour l’Immortel. Il crie, cherche à se défaire de l’emprise de fer que lui impose le vampire qui scrute la canopée sans y détecter la moindre anomalie. Son attention se reporte sur Dame Zimmer qui daigne lui offrir quelques explications. Un sourcil s’arque en réponse aux enseignements. Ainsi elle peut en former d’autres à son image. Une armée d’arachnide semant la pagaille dans le rang des hommes, délicieuse pensée. L’humain n’aime pas les octopodes, il les craint, malgré sa supériorité, il se base uniquement sur l’aspect physique qui le débecte. Alors, lorsqu’elle lui fait la demande s’il lui offrait celui qui est voué à donner sa vie pour que Salâh Ad-Dîn survive, il sourit, ravalant un éclat de rire qu’il aurait volontiers lâché mais qui n’aurait pas été compris par son interlocutrice.

- Faites, je vous prie, il est à vous. Prenez le en gage de ma bonne volonté à notre éventuelle future collaboration.

Gardant l’emprise sur le pauvre bougre qui se débat contre ses visions, il ne se rend pas compte du marchandage de son existence. Salâh est avide de la suite, il en veut plus.

- Que voit-il ? Et si vous ne faites rien, est-ce que les images qui s’impriment derrière ses paupières, perdureront-elles ? Combien de temps ? Cela peut-il le mener à la folie ? Emporter son esprit dans un univers fait de cauchemars éternels ?

Ashkan se tient à l’écart mais il n’en perd pas une miette, tout aussi avide que le maître des lieux à percer le terrible don de la femme araignée. Il est prudent, car plus vulnérable, bien que sa magie sombre vibre dans la nuit.

Malgré la pluie de question que l’Eternel déverse sur Dame Zimmer, une reste en suspend, une ultime et surtout celle qui titille le plus l’esprit du Caïnite. Il veut voir et connaître la finalité. Car il l’a bien compris, la femme qui se tient devant lui est une thériantrope, une change-peau, une femme-bête. Rien de plus, rien de moins. Rares sont les insectes, les chitineux, mais ils existent, il en a presque oublié l’existence. Comment est-elle née ? Est-ce une morsure ou de naissance ? Une fois de plus, il est agacé par tous ces questionnements qui doivent attendre, pire, peut-être n’aura-t-il pas toutes les réponses.

Il sait, par son propre passé, comment fonctionne une meute de loup. Il a eu suffisamment de temps pour les observer. Une pointe amère se mêle à ce souvenir, il a payé le prix fort et en est toujours son débiteur. Mais qu’en est-il d’une horde d’octopode ? Inoffensif à un exemplaire, mais meurtrier en surnombre. Des idées malsaines éclosent dans sa tête amenant un léger sourire sur ses lèvres.

- Faites de lui ce que bon vous semble. Par contre… il hésite sur la formulation. Arrêtez-moi si je me trompe, votre métamorphose est incomplète. Auriez-vous la bonté de me montrer votre plein pouvoir ?

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Jeu 19 Jan - 8:32 (#)

Les gestes anarchiques de la victime aux prises avec les hallucinations font vibrer la terre en un rythme irrégulier et brutal. Une proie que si débat dans une toile gluante et résistante dont il ne peut s’extraire. Mon regard aux yeux multiples et pourtant si peu affûtés se tourne vers la voix du vampire qui m’offre sans mal le malheureux empoisonné. Mon attention se reporte vers l’origine des vibrations qui me parviennent, animal blessé tressautant et gémissant de terreur, tandis que le vampire pose ses questions sur le réel impact de ce venin terrible. Les quelques réponses que j’ai à lui donner viennent des rares moments où j’ai tenté de transformer un humain en une créature comme moi. Des tentatives qui n’ont été que des échecs ou qui ont été soldées par un cobaye s’étant donné la mort, ne supportant pas sa nouvelle condition. Au moins cela m’a permis d’en apprendre plus sur ce venin noir et pernicieux. Toujours concentrée sur les vibrations qui retranscrivent le calvaire de la proie, je réponds d’une voix blanche :

« Des araignées. Un torrent d’araignées. » Un monde qui se noie dans la chitine. Mon venin permet aux autres de voir mes visions prophétiques, leur offrant la vérité d’un futur inéluctable. « Je peux vous montrer si vous voulez, mais je ne suis pas sûre que cela fonctionne sur les vampires. » Ce qui pourrait passer pour une boutade noyée dans un ton vide est pourtant une offre mortellement sérieuse. Serait-il assez aventureux pour se laisser tenter par une telle proposition ? Cela fonctionnerait-il même sur un CESS ? Les visions serait-elles les mêmes ? Cela pourrait être intéressant. « Le temps dépend de la dose, et de la corpulence des gens. Je n’en ai jamais gardé un assez longtemps pour savoir si cela pourrait être définitif. »

Il me semble possible qu’une dose de venin massive pourrait altérer les structures cérébrales de manière pérenne, au point que le sujet soit constamment entouré par ces visions, mais cela ne reste qu’hypothétique. Ou peut-être que cela tuerait le cobaye. Je n’ai finalement qu’assez peu d’intérêt à faire cela. Mon seul objectif est de créer des êtres comme moi et de pondre pour générer une armée qui accomplira cette sombre prophétie qu’offre mon poison. L’homme infecté s’agite toujours et commence à avoir le souffle court face à cette réalité intangible. Maintenant que je connais les paramètres pour transformer un humain en une araignée, je devine sans mal quand je devrai lui injecter de nouveau du venin, à quelle dose, à combien de reprises, pour qu’enfin naisse dans son être l’esprit glacial d’une arachnide qui viendra lui déchirer le corps et l’âme à la prochaine pleine lune. La voix du vampire se répand dans la nuit et je me tourne de nouveau vers lui. Sa curiosité insatiable s’exprime de nouveau et j’étudie la question pendant quelques secondes. Il vient de me faire un cadeau digne d’intérêt en m’offrant son prisonnier et m’a montré une marque de confiance en me révélant son venin, mais la prudence distante de l’arachnide ne peut être si facilement déjouée. L’araignée l’observe à travers mes yeux, le jaugeant, avant de faire tomber un verdict.

« Pas ce soir. » Trop en révéler serait une erreur pour l’heure. « Mais une autre fois. » Si nul ne vient me chercher dans mon antre pour m’abattre, cela signifiera sans doute qu’il a gardé pour lui ce qu’il a vu. La confiance naît avec le temps. Et puis j’ai besoin de tester des tas de choses pour mes œufs, et il semble avoir les ressources nécessaires pour m’aider. Dans ces conditions, il devra de toute façon faire face à la forme pondeuse, celle qui habite les cauchemars de l’humanité depuis des temps immémoriaux. Je fais un geste vers l’homme qui m’a été offert et demande : « Me feriez-vous raccompagner jusqu’à ma voiture avec lui ? »

Mon véhicule est resté à la faculté. J’espère qu’à cette heure plus personne n’y sera. Quand bien même j’aurai repris ma forme humaine d’ici là, un homme se débattant avec des hallucinations n’a rien de vraiment discret. Mon regard aux trop nombreuses prunelles reste fixé dans celui du vampire. S’il n’accepte même pas de respecter ma décision de ne pas en montrer plus pour ce soir, alors je saurai à quoi m’en tenir.
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Mar 7 Fév - 19:51 (#)

Scarabaeoidea



Des explications sont données à ses trop nombreuses questions. Mais elles sont insuffisantes, elles ne parviennent à satisfaire la curiosité insatiable de l’immortel. Il est conscient que la situation n’est pas idéale pour la noyer sous ses demandes. Que peut-elle faire de plus que d’invoquer des nuées d’insectes dans la tête d’un pauvre bougre, visions qui vont le mener à une folie certaine puis au trépas. Aucun humain ne peut survivre longtemps lorsque la raison le quitte, lorsqu’elle le mène vers la démence horrifiante de la peur. Est-ce là le but de ses expérimentations ? Il en doute fortement. Il y a plus, c’est certain. Une étrange proposition masquée lui est faite, valant un regard empli de noirceur à la femme-araignée.

- Sans façon, Ma Dame. Pas pour l’heure en tout cas. Mais si l’envie vous venait de me délivrer un peu de votre poison dans une fiole afin que je puisse y jeter un coup d’œil plus expert, j’en serai fort aise. Se conserve t’il longtemps ? Faut-il le tempérer ? L’avez-vous déjà utilisé sur vos semblables ? Je veux dire d’autre métamorphes ?

Après tout, c’est ce qu’il avait fait, lui. Le flacon était certes minuscule et son pouvoir assez dévastateur. Ses semblables qui connaissent son pouvoir restent toujours sur leur garde, ce qui amuse inlassablement le vampire. Une seule goutte peut être fatale, pas sur un CESS, il en faut plus, mais cette ciguë peut les terrasser. Même Nicola évitait d’y toucher ce qui donnait un léger ascendant de la part de Salâh sur son mentor. Lui-même ne se prêterait pas à l'expérience. Toutefois, une idée lui traverse l'esprit, voir la mégère servir de cobaye serait une énorme satisfaction.

La courte diatribe de la chitineuse est ponctuée par un fait supplémentaire, éveillant de nouvelles questions. Dans la nuit, il sourit devant le caractère de cette rencontre. Zimmer est tactique, sortant ses cartes avec prudence et surtout habilité, dévoilant suffisamment ses atouts pour qu’il soit appâté. Et ça marche. Il est habitué à ce genre d’échanges, n’est-il pas le souverain du Proche-Orient. Il ne l’a pas acquis en courbant l’échine.

Les jeux touchent à leur fin, telle est la décision de la jeune femme. Qu’il en soit ainsi. Bon prince, il écarte les mains et fait un pas en arrière, signant sa rédemption pour cette nuit. La patience saura le récompenser et le temps lui permettra de faire des recherches. Durant sa longue existence, c’est la première fois qu’il rencontre ce genre de change-forme. Il est habitué aux loups et autres quadripèdes foulant ses terres arides natales.

- Dommage, je vous aurai volontiers montré le laboratoire mais vous avez raison, il se fait tard et nous avons, chacun, l’un et l’autre, d’autres obligations à remplir.

Le concernant, un peu de braconnage sera le bienvenu. Lâcher sa propre Bête pour apaiser la frustration que Dame Zimmer a réveillé, sera le meilleur moyen. Un sourire poli accompagne ses dires, ne laissant rien voir de ses pensées funestes.

Au final, cette femme est une « simple » thérianthrope, adoptant la forme machiavélique d’une araignée, ce qui, en soi, est terrifiant pour le commun des mortels. Mais le raisonnement doit être poussé plus loin. Est-elle comme ces loups alpha, ayant la capacité d’ordonner à ses troupes des objectifs ? Peut-elle rassembler des hordes et envahir un bâtiment, un quartier, une ville ? Puis de là, qu’advient la population ? Sont-ils annexés à sa cause pour ceux qui ne fuient pas ? Servent-ils de nourriture ? Les pensées du Maître de la Nuit poursuivent leur cheminement, s’intéressant plus à « l’animal ». Ce n’est pas un vertébré et encore moins un mammifère, c’est un fait. Elles pondent des œufs. Un frisson malsain parcourt l’échine du caïnite, gardant ses visions pour sa propre imagination. Si les loups transmettent la malédiction par la morsure, qu’en est-il des araignées ? Naissent-elles dans des cocons savamment tissés ou leur faut-il une morsure ?

- Evidemment. Mon chauffeur vous conduira où bon vous semble… tant que vous me le rendez vivant…

Un nouveau sourire anime les traits de l’immortel. Un peu de plaisanterie ne peut faire de mal. Il n’est pas sûr qu’elle ait saisi la subtilité, mais qu’importe.

- Il peut même se charger de votre passager encombrant et le déposer où cela vous semblera opportun. Et si je puis me permettre, Dame Zimmer, avec tout le respect que je vous dois, il serait peut-être avisé de reprendre votre apparence humaine. Les rues sont désertes à cette heure mais il y a toujours quelques yeux indiscrets. Bien que vous soyez, sous cette forme, fascinante, je ne suis pas certain que les habitants de cette ville aient la même opinion que moi.

Le prisonnier appartenant désormais à la chitineuse est solidement entravé par des cordes et emmené vers le véhicule. Le maître de maison précède son hôte, lui indiquant le chemin à suivre. Devant la voiture ronronnante, aux portières déjà largement ouvertes, il s’immobilise et tire une carte de visite de sa poche. Nul nom n’y figure, seul un numéro de téléphone y est gravé.

- J’espère avoir de vos nouvelles très prochainement. Ce fut un réel plaisir de faire votre connaissance, Dame Zimmer.


*************


Le contact se fait, rapidement, il n’a pas long à attendre, pour son plus grand plaisir. Rendez-vous est pris pour une nouvelle entrevue, toujours sur les terres du vampire. Elle connait à présent son fief, les formalités ont été balayées en moins de trois phrases. Pour une fois, il n’a pas besoin d’enrubanner ses mots de jolies tournures. Les choses sont simples et concrètes avec Dame Zimmer. Toutefois, il a pris soin de s’informer sur le règne des insectes à huit pattes. Il se sent moins ignorant.


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Sam 11 Fév - 16:41 (#)

Une expérience, un test qui pourrait être salutaire pour la froide arachnide avide, un odieux prodige qui ferait trembler d’effroi bien des créatures de ce monde.

Le désir ardent et fébrile de pondre plus d’œufs et de les voir éclore a rongé mon âme plus brutalement que n’importe quel hyène dépeçant une charogne. L’offre du vampire de me fournir des cobayes était trop belle, et le prix à payer de quelques démonstrations et informations bien faible à payer. Un autre rendez-vous est pris et nous ne nous encombrons d’aucune formalité. Il sait ce que je compte faire, et accepte de me fournir un hôte pour peu qu’il puisse assister à la scène.

Le sous-sol est froid et humide. La proie s’agite, mue d’irrépressibles soubresauts empreints d’une terreur ineffable. Le cobaye offert par le caïnite est attaché au mur et la peur qu’il avait à notre arrivée s’est muée en terreur quand j’ai ôté mon manteau et ai commencé à me transformer. Les vibrations de ses battements de cœurs affolés semblent se répercuter jusque dans la pierre froide et suintante du cachot. En des craquement terribles, mon corps se remodèle. Mes os se brisent, mes muscles se déchirent, mes organes sont soumis à des forces mystiques venant de l’araignée se cachant dans les tréfonds de mon âme. Je serre les dents, habituée à la douleur, mon esprit emplie uniquement de l’envie rugissante de pondre et d’agrandir ma colonie. Mes doigts craquent, se disloquent, se rassemblent et se figent avant de se transformer en un pointe mortelle sur laquelle une chitine noire et épaisse se répand, simulacres inachevés de pattes arachnéennes. Mon visage mute, comme cela fut le cas la dernière fois déjà. La peau se déchire pour laisser pousser des yeux surnuméraires, noirs et vides, et mes joues se creusent avant d’être percées par ces terribles mandibules acérées remplies d’un poison cruel. Mais ce soir, les choses vont aller plus loin. Je laisse l’âme glaciale aux pensées mécaniques de l’arachnide continuer son œuvre, me modelant à son image. Mes deux jambes se brisent et mon bassin semble se fracturer et enfler, enfler comme un cadavre empli de gaz putrides. De sourds bruits de craquements et de déchirements viennent se mêler aux cris du cobayes, alors que mon jean cède sous la poussée d’un large et massif abdomen arachnéen qui apparaît, relié à ma taille par une peau tannée, entre derme et chitine. Les pattes s’extirpent de cet arrière-train arachnide, s’étendant, grandissant comme si jamais elles n’allaient cesser leur étirement. Sombres et affutées, fatales et terribles, les six pattes arrière s’étendent, tâtonnant, cherchant des appuis sur le sol trop lisse et enfin je me redresse, terrible et meurtrière. Ma transformation prend fin, après de longues minutes d’une douleur inique pour laisser place à la monstrueuse forme divine à mi-chemin entre la femme et l’arachnide. Endolorie par l’effort et la destruction de mes os et de mes muscles, j’étire difficilement les six pattes noires pour retrouver leur mobilité véloce. Les pointes acérés terminant les pattes cliquettent sur le sol de pierre, résonnant dans les souterrains. La victime s’est tue, à bout de souffle d’avoir tant et tant crié.

Avec une rapidité prédatrice, je plante le bout d’une de mes pattes avant dans le ventre de notre cobaye, perçant un trou dans sa chair en prenant garde de ne pas percer ses intestins ou organes. La peau s’ouvre sans mal alors qu’un cri de douleur résonne dans la pièce et se répercute dans les murs. Sans prêter attention à la victime, j’étire vers le bas la patte tranchante, élargissant l’ouverture d’une quinzaine de centimètres. L’hôte abandonne un gémissement pitoyable rempli de désespoir. Longeant les bords de la plaie, j’écarte la chair pour la rendre béante, assez large pour y pondre sans difficulté, mais assez minimale pour que l’hôte puisse y survivre. Je n’ai testé cela que sur des animaux de la forêt jusqu’à présent, mais Alexandra m’a indiqué que les humains feraient de bien meilleurs hôtes, c’est ce que nous allons découvrir. Dans un coin de la pièce, le vampire propriétaire des lieux observe la scène, mais je ne m’en soucie guère. Toute mon attention est dédiée à la tâche qui m’incombe, pondre, agrandir cette armée d’araignées difformes, les laisser se répandre, se propager et dévorer le monde. Une fois satisfaite de la taille de l’ouverture sanglante, mes pattes sombres cliquettent sur les dalles froides pour me placer au-dessus du nid de chair prêt à accueillir mes petits. Le cobaye gesticule en vain tandis que je le cloue au sol sous mon poids, plaquant mon oviducte contre la plaie ouverte. Je sens la chaleur du primate et ses soubresauts ainsi que son sang épais qui tâche le dessous de cet abdomen recouvert de chitine. Dans un instinct brutal et immuable, je me mets à pondre. Une sensation si semblable à l’accouchement humain et pourtant si différente. Les seuls cris de douleur et d’horreur sont ceux du primate qui supplie à s’en briser les cordes vocales et l’âme. Déjà un œuf mou de la taille d’une balle de baseball est expulsé à l’intérieur de la plaie. La proie se débat, mais est immobilisée sous ma masse, il ne peut que rester impuissant face à la sensation de cet objet étranger et démoniaque qui pénètre en lui de la plus ineffable des manières, repoussant et tassant ses organes pour y trouver un nid chaud et humide. Une joie indicible et extatique perce le froid glacial de mon esprit, le bonheur fou de pouvoir enfin accomplir ma destinée. Avec un sourire tordu empli des accents d’une folie tenace, je sens un second œuf rejoindre le premier, le repoussant plus au fond encore dans le corps de l’hôte. Un nouveau cri plus misérable que le précédent tord le silence comme la douleur tord les entrailles de celui qui l’émet. Je crois apercevoir les ombres s’agiter de milliers d’araignées impatientes de voir leur colonie grandir. Ces si vivaces visions m’accompagnent à chaque fois que m’est donnée la possibilité de mettre au monde ces œufs impossibles. Trois autres œufs rejoignent le nid de chair, remplissant le ventre de l’homme d’être vivants qui ne demandent qu’à se développer encore à l’intérieur de lui. Ses cris se sont tus, tout juste remplacés par des gémissements saccadés et exténués, trahissant l’horreur qui emplit chaque partie de son âme et de son cœur. Sentant que nul autre œuf ne viendra ce soir, je me relève, libérant le malheureux. Le calme froid revient telle une vague dans mon esprit, engloutissant les relents d’extases qui m’habitaient, comme s’ils n’avaient jamais existé. Les visions se dissipent, ne laissant plus que des ombres là où je voyais des torrent d’araignées avides prêtes à déferler. Du sang s’est répandu autour de l’hôte et l’on voit poindre à la surface de la plaie la coquille molle et laiteuse du dernier arrivé. La peau de l’homme est distendue, laissant voir les formes ovoïdes peuplant son ventre comme d’énormes tumeurs voraces. Je recule, satisfaite, pour me tourner vers le vampire semblant bien plus petit à présent après ma transformation. Je le surplombant,  et d’une voix vide ne trahissant en rien l’extase ressentie pendant la ponte, je lui dis :

« Veillez à ce qu’il ne meurt pas avant l’éclosion, je vous prie. Et à ce qu’il n’essaie pas de les enlever. Cela fausserait tout. »

J’abandonne un nouveau regard vers le nid de viande toujours allongé, ayant roulé sur le côté. Des soubresauts le parcourent, marquant le contre coup de la terreur et de la douleur qui lui a brisé l’âme et le corps.
Puisses-tu me donner des bébés. Plein de bébés. Qu’ils soient grands, forts et meurtriers.
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Anonymous
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Sam 18 Mar - 19:23 (#)

Scarabaeoidea



Les caves ont été transformées partiellement. Elles abritaient, fut-ce un temps, pas si lointain, des cachots pour esclaves récalcitrants. La mort rôde, c’est indéniable. Le sol, en terre battue a bu trop de sang, éructant des relents de cadavres qui ont pourri jusqu’à laisser derrière eux des os nettoyés par les dernières créatures subsistant dans ces bas-fonds. Mais qu’importe, le nouveau propriétaire des lieux, n’en a cure. Bien au contraire, il apprécie ces geôles vétustes mais diablement robustes. L’éclairage est incertain, le réseau électrique est archaïque, occasionnant de nombreuses baisses de tension, rendant l’endroit encore plus lugubre. Les parois en pierre, suintant l’humidité, sont solides. De nombreux anneaux épais y sont profondément ancrés, permettant d’y attacher les prisonniers. Le perse en a fait remplacer certains, troquant l’acier contre de l’argent renforcé. L’avenir lui dira s’il va en avoir la nécessité.

Le candidat élu a posé de trop nombreuses questions sans recevoir de réponse. Il s’agite, mué par la peur, à l’entrée des visiteurs. Dame Zimmer se fiche de son identité, mais Salâh veut en faire un exemple pour tous les humains qui sont à son service. Lorsque l’ont s’engage envers le caïnite, c’est jusqu’à la mort. Grâce à la chitineuse, le message sera imprimé profondément dans les esprits. Et ceux qui ne comprendront toujours pas, serviront de repas ou de couveuse. Les rumeurs feront le reste.

Calfeutré dans la pénombre incertaine, il regarde, impuissant, mais fasciné par ce spectacle sortant d’aucune imagination. La transformation, accompagnée des bruits sordides d’os brisés, de peau qui se déchire et d’organe qui adopte d’autres formes, devient presque mélodieuse aux oreilles de l’éternel.

Sans réellement savoir ce qui allait se passer en cette nuit, le vampire a choisi une salle à l’extrémité du boyau cellulaire, haut de plafond et s’en félicite intérieurement, même si les cris fatigués du prisonnier se sont un peu trop longuement répercutés sur la petite voûte.

Dame Zimmer a enfin pris sa forme finale, le surplombant largement, même si elle ne lui accorde aucun intérêt. Heureusement, même. Elle ferait une adversaire de taille, et ceci sans aucun jeu de mot. Son regard d’encre se fait vicieux, cherchant les failles dans cette carapace. Les pattes sont acérées et cliquètent étrangement sur le sol dallé.

Les livres disaient vrai et les rares illustrations qu’il avait pu dégoté dans des ouvrages d’un autre temps, se rapprochaient du spécimen qu’il avait sous les yeux. Mais il ne s’agissait que de contes et de légendes, contrairement à ce qui se tenait devant lui.

La rapidité et la précision des gestes de la prédatrice le surpris un instant mais, se remémorant ce que Ashkan lui a montré concernant le monde des arachnides, il réalise qu’elle n’est pas humaine, mais araignée. Ce buste surplombant le corps d’insecte n’a plus de conscience humaine. Les pensées sont faussées, elles font partie du monde chitineux. L’odeur poussiéreuse de la vieille pierre succombe et laisse place à ce délicat fumet d’hémoglobine. Il a pris soin de se nourrir largement, ne désirant commettre aucun impair, aucune interférence. Les œufs apparaissent, passant d’un abdomen à un autre, trop blanc dans cet univers carmin. Ils sont enfouis dans le corps du malheureux, profitant de sa chaleur naturelle. Le processus est captivant, ensorcelant et presque trop court.

Les cris de l’hôte se taisent, remplacés par un gémissement constant. Son agonie est loin d’être terminée, elle ne fait que commencer, même si l’issue funeste est déjà connue de tous. D’une voix monocorde, Dame Zimmer donne des instructions précises.

L’Eternel émet un sifflement, appelant deux hommes vêtus de blouses blanches. Avant qu’ils pénètrent dans l’enceinte « d’incubation », le Caïnite retire la présence de l’énorme créature de leur esprit. Pour eux, elle n’existe simplement pas. Avec précaution, ils chargent le corps sur un brancard, prenant soin d’entraver les membres du malheureux. Si des attentions à transporter l’homme sont prises, ce n’est pas pour la vie du cobaye, mais bien pour son contenu. Ils suivent scrupuleusement les ordres émis par le Maître. Ils ne sont pas là pour poser de question, ils obéissent, car il a su donner une valeur à leur vie.

Dès qu’ils sont hors de portée de voix, Salâh ad-Dîn se tourne vers la femme-araignée. Il doit élever la tête afin de trouver son regard de glace, mais avant ça, il laisse ses yeux glisser sur cette carapace, qu’il pressent dure et épaisse. Il devine vaguement le sablier caractéristique peint sur son dos, tel un fier blason, avertissant les intrépides. Si seulement il pouvait la rallier à sa cause, ses ennemis mettraient genoux à terre avant même de porter le premier coup.

- Nous avons créé une pièce spécialement pour accueillir votre nid. Si vous voulez bien me suivre. Je vous laisse quelques minutes afin de retrouver forme humaine, si vous n’y voyez pas d’inconvénient. Au vu de votre stature, je pense que malheureusement, les boyaux de mes sous-sols sont quelque peu étroits. Vous trouverez des vêtements apprêtés à votre attention. J’espère que cela vous conviendra.

D’un geste rapide, il désigne une chaise où reposent des habits, puis il quitte les lieux. Non pas par peur de la nudité féminine, bien au contraire, mais il ne connait pas suffisamment la femme et la pudeur qui agite son esprit d'humaine. Son invitée n’attend pas qu’il s’exclame sur ses prouesses, elle ne nécessite aucune flatterie, sa conscience est bien trop perverti par l’insecte.

Il patiente, immobile dans la semi-pénombre, prêt à la conduire dans la seconde partie des souterrains. Le décor change radicalement, l’univers devient aseptisé une fois la porte en acier franchie. Un temple de la technologie et de la recherche s’ouvre aux yeux des rares visiteurs. Les râles des agonisants font place aux ronronnements de la climatisation. Le propriétaire est dépassé par toute cette science mais les personnes qui travaillent en ces lieux sont des experts.

Du couloir qu’ils longent, Dame Zimmer peut observer un laboratoire à travers des murs vitrés. Salâh ne donne pas d’explication, il n’en est pas capable. Au bout de l’artère principale, il bifurque et s’arrête finalement devant une salle où la pénombre est reine. L’homme « fécondé » est allongé et entravé. Des capteurs le relient à une machine, donnant des informations sur son état de santé. Une perfusion lui apportant tous les nutriments nécessaires a été mise en place.

- Pensez-vous que cela convienne ? Dois-je prendre d’autres dispositions ? Cette pièce est totalement hermétique, vos enfants seront à l’abri tout comme ma propre demeure. Vous comprenez que ces mesures de sécurité sont nécessaires tant pour vous que pour moi, n’est-ce pas ? Et bien entendu, vous pouvez venir quand cela vous plaît.

Aussi discret qu’une ombre, un sbire rejoint l’étrange couple et tend à la métamorphe une tablette.

- Prenez ceci, je vous prie. Vous pourrez suivre, en direct, l’évolution de votre future progéniture. Etes-vous satisfaites ?



Codage par Libella sur Graphiorum

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Sam 1 Avr - 8:39 (#)

Sans un soubresaut d’effroi ou l’ombre d’une inquiétude, l’immortel siffle ses hommes. De ma hauteur inhumaine, je le toise à travers mes yeux multiples à la vision approximative tandis qu’une pointe de curiosité intéressée se fraye un chemin entre mes neurones dans le constat plaisant d’avoir trouvé une personne qui ne soit pas dévasté de terreur face à la réalisation organique de mon grand projet. Très peu jusqu’ici ont vu ne serait-ce qu’une partie de ma vraie nature, encore moi sont encore en vie pour s’en souvenir. Aucun ne fut si à l’aise. Les rouages mécaniques d’une pensée à la logique tranchante tournent pour déterminer la cause de ce calme. Un effet gagné à force d’une expérience immortelle ? Une pré-connaissance d’être qui me sont semblables ? L’esprit implacable de l’arachnide me souffle que c’est simplement parce qu’il ne fait pas partie des proies. Cette quête de réponse se meurt dans les bruits de pas qui approchent. Deux hommes en blouse blanche rentrent dans la pièce sans même poser un regard sur moi et emmènent le malheureux sac à viande rempli de mes petits à naitre. J’ai cru comprendre que le vampire pouvait manipuler les sens, ce qui expliquerait le désintérêt presque aveugle de ses hommes. Une information à conserver précieusement, même si je sais bien à quel point les perceptions peuvent être trompeuses. L’immortel reprend la parole, expliquant ses installations et m’invitant à les visiter une fois ma forme humaine retrouvée. Mon regard suit son geste et découvre des vêtements. Intéressante intention, même s’il doit se douter que j’en ai moi-même apporté pour des raisons de praticité. Le vampire quitte la pièce et je meus mon corps sombre et massif à travers la pièce, l’emplissant des cliquetis meurtriers de mes pattes sur la pierre froide et humide. Se transformer deux fois en si peu de temps n’a rien d’agréable. Chaque mutation est un saccage, une fracture, un supplice. Jamais je ne m’impose une telle chose en temps normal, cependant je me doutais qu’il s’agirait là du prix à payer pour profiter d’une installation qui ne m’appartient en rien.
Après de sonores craquements humides, de déchirements harassants et d’une douloureuse reconfiguration organique qui dévora mon énergie à l’image d’un être vorace et impitoyable, je pus me rhabiller et quitter cette pièce qui fut témoin de la première pierre de mon futur empire.

En sortant, mon regard croise celui du vampire. D’un pas trop raidi par l’effort et la violence des transformations successives, je le suis en décortiquant d’un œil tranchant ses installations de pointe. Quelles genres d’expérimentations sont menées ici ? Une question qui pourrait être des plus intéressantes, mais plus tard. Pour l’heure, seuls mes petits m’intéressent. On finit par arriver dans la pièce où se trouve la matrice humaine ayant accueilli mes œufs. Les questions du vampire emplissent la salle, mais j’en ignore les réponses. Tout ceci n’est qu’un premier essai en ce qui me concerne, les autres ne portaient que sur des animaux. Peut-être ce cobaye vivra-t-il jusqu’au terme, ou alors faudra-t-il tenter de nouveau avec d’autres paramètres. Les explications de l’immortel sont cohérentes et ne me font pas même réagir. Tout ce que je veux, c’est savoir si je peux créer une armée à l’intérieur même de l’humanité. Un autre homme en blouse me tend une de ces tablettes informatiques que je saisis. Sur son écran je peux voir la pièce où nous nous trouvons et quelques informations sur la vitalité de l’hôte. Je n’aurais jamais pu rêver mieux pour tester la nidification dans un corps humain, l’accès à une telle structure est une véritable aubaine. D’un ton égal, je lui réponds :

« C’est parfait. »

Pourtant, j’erre entre satisfaction et interrogation. Pourquoi donc se donne-t-il tout ce mal ? Que peut-il bien en tirer ? Le vent glacial du désintérêt de l’arachnide balaie ces questions pour me noyer dans la contemplation satisfaite d’avoir enfin franchi une nouvelle étape.
L’armée va se former. Et nous allons dévorer le monde.
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