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Sinner's Prayer - ft. Wilson

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Propriété d'Eli-chan & Caprisun (enfin consommé) de Shreveport
Heidi Janowski
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NE M'OUBLIE PAS

En un mot : TROUBLE
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≡ Humaine ­­de 25 automnes, beaucoup moins dans sa tête
≡ (ex(ex))Trompettiste professionnelle autoproclamée
≡ Marquée de la Reine d'AA, miss Elinor Lanuit elle-même
≡ Cousine de la démoniaque experte en chantage, Anna "la s****e" Janowski
≡ Mordue au littéral comme au figuré

Facultés : ≡ Surnaturellement agaçante
≡ Maîtresse du sarcasme et de l'ironie
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Thème : 'Round Midnight - Miles Davis
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QUAND J'AURAI SOMBRÉ

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Jeu 1 Sep - 23:23 (#)
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Sinner's Prayer
The Voodoo Café
ft. Wilson


D
eux jours entiers que tu coinces nuit et jour sur cet accord, maintenant. Il y a des jours comme ça où on attend les éclairs de génie. Le problème avec les éclairs, c’est qu’ils réclament le tonnerre, l’orage. Ils réclament les nuages noirs et la menace d’une tempête là où les beaux jours avaient réussi à s’installer doucettement. Dans une période où les rayons de la lune ont finalement réussi à éclairer avec calme les ruines de ton esprit et que le vent a cessé d’être mauvais dans ton âme, que pourrait-il y avoir de plus frustrant que de se demander s’il n’est pas dans la nature du génie artistique de loger au creux des rafales acerbes et des pluies torrentielles. Un esprit indomptable qui ne saurait se satisfaire de la brise réveillant délicatement les brins d’herbe d’une plaine verdoyante ; il lui faut des aquilons déchaînés et des trombes à perte de vue pour finalement délivrer cet éclair si précieux, celui qui rend ton art unique.
Quoi de pire que de te demander de choisir entre le bonheur et l’art ? A toi qui te destines à l’éternité, quelle pire déconvenue que celle de réaliser que pour transcender la vie, tu dois troquer une immortalité épanouie contre une tourmente sans fin, si tu veux continuer à être l’artiste de tes ambitions ?

Non merci, tu prendras un verre de déni et quelques tartines de *nonjypenseraipas*. Les choses se passent bien en ce moment, ton orchestre commence à prendre forme, tu te sens bien dans tes relations ; il y a ne serait-ce qu’un an de tout ça, tu n’aurais pas osé espérer autant, alors tu ne vas pas commencer à souhaiter être mal à nouveau. Hors de question.
En fait, ce dont tu as besoin, c’est juste de changer d’air, pas vrai ? Tu écris tout le temps aux mêmes endroits, que ce soit le salon d’Elinor ou le coin de ta chambre dans ton appartement en ville. Il faut te mouiller un peu, sortir de la routine pourtant si rassurante dans laquelle tu as enlisé ton quotidien. Tous les jours, tu te lèves aux aurores, tu vas courir, et un jour sur deux tu vas imprimer toute ta frustration sur les sacs du Mad Dog avant que tous les connards ne s’y rendent pour faire luire leurs muscles et cultiver leur musc. Quand tu rentres chez toi, tu manges et tu te mets au travail. Une fois par semaine, tu vois Anaïs, d’autres soirs, tu te réserves à l’immortelle qui te fournit aimablement le gîte. Les mardis soir, tu vas imposer ta loi aux quelques musiciens assez fous pour se placer sous ta baguette. Le jeudi après-midi, une semaine sur deux, tu as rendez-vous avec ton thérapeute.
Tu as réussi à bâtir un emploi du temps qui te permet d’enfin, pour la première fois de ta vie, être équilibrée. Plus ou moins. Selon une définition élargie. Mais tout de même, ça reste un pas dans la bonne direction.

Changer de décor et briser la routine, très bien, mais que faire alors ?  Ce matin, comme tous les matins, tu t’es levée quelques minutes avant les premiers rayons du soleil, tu as enfilé ta tenue de sport, et tu es allée faire le tour de quartier pour te vider l’esprit et te mettre dans les meilleurs dispositions pour réfléchir sous la douche.
Bibliothèque universitaire ? Trop de monde. Ton local de répétitions ? Pas assez dépaysant. Et pourquoi pas un café ? Pas trop de monde, enfin tu l’espères, et tu n’as jamais véritablement vu à quoi ils ressemblent le matin. Très bien, vendu pour le Voodoo alors. Le patron sera sûrement content si tu réquisitionnes le piano, en plus.

Sous les coups de 9h du matin, tu arrives ainsi en face de la devanture du café, toute de noir vêtue comme depuis quinze ans, un col roulé sur le dos comme tous les jours de l’année peu importe le temps. Tu passes la porte avec ton sac rempli de partitions écrites à la main et le carillon tinte pendant quelques secondes. Tu t’approches du comptoir derrière lequel se tient l’habituelle armoire du bayou, toujours son sourire indélébile aux lèvres. Tu ne sais pas comment il fait, mais il le fait ; les vampires existent bien, alors pourquoi pas les monstres qui arrivent à sourire chaque jour ? A moitié distraite, tu lui adresses un regard, levant la tête malgré ta taille. D’une voix désabusée et nonchalante, et pourtant à l’intensité faible, tu commandes.

- Un jus d’orange…

Tu entends déjà la voix d’Anaïs te réprimander dans ton esprit alors que tu n’as même pas fini ta phrase.

- … s’il te plaît.

Tu as prononcé tes derniers mots comme si cela t’avait demandé un effort particulièrement intense. Tu n’es pas vraiment habituée à la politesse, tu dois l’avouer. Jusqu’à récemment, tu étais plus de genre à balancer des insultes – particulièrement créatives, il faut cependant te l’accorder – à tour de bras à quiconque avait le *toupet* de te parler de travers. Ou de te parler tout court. Ou juste de reconnaître ton existence.
Enfin, le patron a toujours été assez tolérant avec toi, alors tu n’as pas spécialement envie de lui chercher des crosses. Rien à voir avec sa carrure de mastodonte ; et c’est sérieux, fut une époque durant laquelle tu faisais tout pour énerver les montagnes de son genre. Alors, tu te diriges ensuite vers le piano droit au fond de la salle et tu y installes tes affaires en silence, seul le son du journal télévisé meublant l’espace depuis les mièvres haut-parleurs du moniteur. Dans un geste théâtral qui ne sert qu’à contenter ton besoin de mise en scène, tu fais craquer tes doigts et ton dos, et tu prends place sur le petit siège au cuir en fin de vie en face de l’instrument.
Sans appuyer dessus dans un premier temps, tu caresses les touches bicolores du bout de tes doigts agiles. Puis, pour tester le lestage, tu en presses quelques-unes machinalement, et enfin, tu commences à jouer. Avec une rigueur métronomique, tu entonnes les premières notes de Night In Tunisia, couvrant partiellement la voix des présentateurs que de toutes façons personne n’écoute.

Enfin, c’est ce que tu pensais. Une quarantaine de secondes après avoir commencé à jouer, tu entends une voix dans ton dos, un type à quelques tables de là.

- Tu veux pas arrêter ton bouquant cinq minutes ? J’arrive pas à entendre ce qu’ils disent sur les vampires. Ces foutus monstres ont encore dû s’en prendre à des innocents, je sais pas ce que le gouverneur attend pour les chasser d’ici bordel. Combien de temps avant qu’ils s’en prennent à nos enfants ?

Pour seule réponse, l’ami du type qui lui lâche un timide « ouais… » par une solidarité qu’il ne mérite pas. Toi, tu fais comme si tu ne l’avais pas entendu. Tu n’es pas là pour causer des problèmes, tu veux juste travailler un peu, et en l’occurrence, continuer à te délier les doigts en espérant que le connard se calme tout seul. Raté. Il hausse la voix, même.

- Eh, j’te cause gamine.

Il a envie de t’entendre réagir à sa déclaration de politicard de comptoir. Tu ne vas pas rentrer dans son jeu, tu as appris à agir mieux que ça. Seulement, en continuant de l’ignorer, tu l’irrites, et il s’approche, tu peux entendre ses pas disgracieux grincer sur le plancher. Tu tâches de te concentrer, la mémoire musculaire fait chanter la piano à ta place, mais il s’approche de plus en plus. Tu vois son ombre bouger, et tu devines qu’il vient de lever le bras.
N'y pense même pas, mec.

- Tu me touches pas.

Le ton est sec et ferme, bien plus méchant et autoritaire que celui avec lequel tu as commandé ton jus. Un peu stupéfait par ta déduction, le militant du dimanche fronce les sourcils en arrêtant son mouvement. Tu ne daignes pas te retourner.

- Alors t’es pas sourde au final mistinguette. C’est malpoli de pas répondre quand on te parle, tes parents t’ont jamais appris la politesse ?

Curieusement, non. Ils ont beaucoup essayé pourtant, en vain. Il te prend pour une dégonflée incapable de le regarde en face, un débat facile à gagner, et il ne s’arrêtera pas tant que tu n’auras pas rabattu son caquet de coq en pâte. Alors, d’un geste rapide et maîtrisé, tu recules ton siège en te levant sèchement, lui collant alors dans les tibias. Il grince des dents, et tu lui fais bientôt face, le regard fixé droit dans le sien, glacial. Tu le surplombes de quelques centimètres.
Tu pourrais utiliser la Présence pour le faire aller se rasseoir et la boucler jusqu’à ce que tu partes, mais tu n’apprécies pas ses manières, et encore moins ses convictions. Il n’est qu’à quelques secondes de le comprendre.

- J’avais pas envie de m’abaisser à répondre à un petit connard raciste qui a jamais vu un vampire de sa vie, mais t’as l’air trop con pour comprendre.

La mâchoire du type se met à remuer dans un furieux silence alors que son visage vire au rouge vif. Plus aucunes nouvelles de son pote, dont la solidarité a très vite atteint ses limites. Tu le jauges du regard, le défies de dire le moindre mot. Quoi qu’il se passe, tu tiendras à faire savoir que c’est lui qui a commencé.



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Wilson Cooper
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Ven 2 Sep - 21:15 (#)


Sinner's Prayer
The Voodoo Café
Heidi Janowski - Wilson Cooper


U
n jour classique, au Voodoo. C’est le matin, et les clients sont épars. Ceux qui travaillent sont partis après leur petit déjeuner, ceux qui viennent entre amis ne sont pas encore présents. J’en profite pour faire un peu de rangement derrière le comptoir, remettre à leur emplacement les verres propres de la soirée de la veille, animée. À part en cuisine, je suis encore seul dans l’établissement. Le calme fait du bien, après une nuit agitée. Ma cicatrice me démangeait, me tiraillait, et je n’ai trouvé que difficilement le sommeil. Tout ça pour être éveillé bien trop tôt, après avoir dormi dans une position qui m’arrache un mal de dos. Pas de quoi me rendre grognon, en tout cas. Un regard par la fenêtre de mon appartement a amené le soleil dans ma matinée, et le sourire sur mon visage gourd. Un café serré après mon arrivée au boulot, et je suis dans les meilleures circonstances pour commencer la journée.

À la télévision suspendue, ils repassent les journaux de la veille, pour ceux qui ne les auraient pas vus. Une habitude du café, à cette heure encore jeune. Ce n’est pas l’ambiance la plus chaleureuse, mais ça trouve son public. Je suis perdu entre le rangement lambinant et une oreille distraite fixée sur le son monotone de la télévision lorsqu’un tintement familier se fait entendre. La clochette de la porte d’entrée. Mon attention s’y fixe automatiquement, alors que le sourire sur mon visage se renforce, dévoilant mes dents blanches presque à l’excès. On ne sourit jamais assez fort, et l’accueil dans le café est pour moi une vertu majeure de l’endroit. À respecter scrupuleusement, qu’importe l’humeur.

Et de toute façon, comment ne pas sourire devant l’arrivante. Des cheveux clairs et une peau pâle et fraiche. Un regard perçant, quoiqu’un peu distrait. Anna s’avance. Je suis surpris de la voir de si bonne heure : ce n’est pas dans ses habitudes, elle qui préfère le crépuscule à l’aube pour se mêler aux musiciens du cru en quelques séances improvisées dédiées à la musique jazzy. Et quelle experte ! Je me souviens d’elle à ses débuts au voodoo, encore toute hésitante avec sa trompette. Quelques couacs, mais une volonté de fer. Et ça a payé : elle est devenue une musicienne notoire de Downtown. De Shreveport, même ! Je le lui ai toujours souhaité en tout cas. À la trompette ET au piano, désormais. Même si elle s’est faite plus discrète, plus distante pendant un temps. Et qu’il ne m’arrive plus de la voir donner des concerts en solo. Dommage.

Quelques couacs de comportement, aussi, fut un temps, bien qu’elle se soit largement calmée. Surtout des rumeurs la concernant, en ce qui me concerne : même si j’ai remarqué son sang vif, bouillonnant, elle ne s’est jamais trop emportée ici. Par chance, je n’aime guère recadrer les charmantes jeunes femmes. Je n’aime recadrer personne, en vérité. Même si des fois, c’est nécessaire.

Elle avance, donc, vers le comptoir, et commande d’un air absent un jus d’orange. La formule de politesse qu’elle se force visiblement de prononcer semble lui arracher la gueule. Je ne lui en tiens guère rigueur. Au contraire : si ça lui demande tellement d’efforts pour être convenable, autant saluer ceux-ci. Je la laisse aller s’installer. Au piano, rien de moins, ce qui augure une suite de matinée fort agréable. Je prépare sa commande avec cœur, et lui apporte alors qu’elle s’installe. Une liasse de partitions, une assise confortable sur le petit tabouret de cuir, un craquement de doigts professionnel et théâtral. Je pose le verre, non sans protéger d’un carton le rebord du piano, et m’exclame :

« Et voilà, jus d’oranges frais, pressées amoureusement ! »

Je la laisse se concentrer sans plus dire un mot, retournant à mes moutons. Sur le chemin du retour vers le zinc, j’entends les premières notes monter dans la salle. Un air bien connu, qui me fait battre la mesure d’une main distraite, les yeux mi-clos. Night In Tunisia, un classique du Jazz maintes fois repris. Je reprends mon rangement, peinard, envouté par les envolées pianistiques. Je suis aux anges. Enfin, du moins jusqu’à ce que la mélodie s’arrête brutalement. Ça m’arrache un soupir de frustration, et mon regard file vers le piano. Là, une scène qui ne me plait vraiment pas semble avoir pris le pas sur les élans musicaux d’Anna. Un client aux airs courroucés s’est approché d’elle, levant le bras comme s’il allait la frapper. L’agripper. Bref, la toucher contre sa volonté. Elle s’en défend, bien sûr, mais je m’approche tout de même de la scène d’un pas décidé, la mine renfermée. Le type, un quarantenaire des plus classiques, le genre qui trompe sa femme avec des putes, les seules qui veulent encore bien de lui et de ses cheveux gras relevés sur le haut de son crâne pour masquer une évidente calvitie, répond à l’attitude de la jeune femme d’un ton encoléré. Des termes déplacés. Forcément, la belle prend la mouche et recule vivement son siège dans les genoux du pauvre type. Ça tourne mal. Je presse le pas pour arriver jusqu’à eux avant que ça ne dégénère. Elle le toise maintenant de toute sa taille, l’insultant copieusement. Un connard raciste anti-vampire, selon ses termes. Un con, en résumé.

L’abruti fulmine. La colère lui monte au visage comme la moutarde au nez. Il est mouché, pour l’heure. Et rien de pire qu’un mec qui ne sait plus quoi dire. Comme de bien, c’est la violence qui lui remonte à la tête, et il s’apprête à repousser la pianiste avec force lorsque je m’interpose de toute ma carrure, une main sur son torse pour le faire reculer tout en douceur. Pas la peine de créer une bagarre générale, ou de remettre en cause ma réputation. Tout en le maintenant à distance, je tourne la tête vers Anna et tempère.

« Calme, je gère. »

Je me tourne vers lui. Sa mine offusquée peine à articuler le fond de sa pensée, les yeux levés sur moi.

« D… d… de… de quoi j’me mêle ?! C’est elle qui a commencé, avec sa musique là. On s’entend plus causer, ici. Feriez mieux de mettre la téloche plus fort. »

Un ringard, en plus. Et bas de plafond. Ma mine est tendue, ma mâchoire serrée, mais je me force à garder une voix calme et un ton poli.

« Si vous n’aimez pas la musique, monsieur, je vous encourage à quitter séant l’établissement. »

Il ne décolère pas, ni ne fait la moindre esquisse de pas en arrière.

« C’est honteux, j’ai tout autant qu’elle ma place ici ! J’étais là avant, en plus ! On ne peut plus écouter les nouvelles tranquille ? »

Je lance un sourire qui met en exergue la patience qui commence à me manquer.

« Bien sûr que si. Usuellement, je vous aurais proposé d’activer les sous-titres. Tout le monde aurait trouvé son compte. En revanche, ce qui n’est pas permis, c’est d’agresser un autre client sous mon toit. J’espère que vous comprenez. Maintenant, veuillez partir monsieur. Je serai ravi de vous accueillir de nouveau lorsque vous serez calmé. »

Il gonfle sa bouche graisseuse d’offense, mais n’ose visiblement pas me tenir tête. Il tourne les talons, fais signe à son comparse attablé de le suivre et se dirige vers la sortie. Sans payer. Je secoue la tête. Tant pis, au moins le calme va revenir. Mais alors qu’il est suffisamment distant pour ne plus me craindre, car il s’agissait bien d’une lâche peur, il éructe :

« Vous allez voir, j’en parlerai autour de moi, vous ne vous en tirerez pas comme ça ! »

Puis, adressant un regard à Anna, il poursuit :

« Et toi, gamine, t’entendras encore parler d’moi, sois-en sure ! »

Je décide de ne pas relever. Il n’en vaut pas la peine. Je me tourne vers la musicienne, qui ne partage certainement pas mon avis, et lorsque l’olibrius a définitivement quitté l’établissement, je m’adresse à elle d’un ton calme.

« Qu’est-ce qu’il te voulait ? »




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Mar 6 Sep - 1:45 (#)
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Sinner's Prayer
The Voodoo Café
ft. Wilson


O
h tu es prête. Plus que tu ne l’as jamais été. Un *seul* mouvement de sa part et tu casses le nez de cet abruti. Derrière ta façade froide et sévère, tu caches un sourire très discret provenant d’une délectation anticipée. Tu jubiles déjà d’imaginer les contours de tes phalanges imprimées sur le visage de ce type qui ne mérite aucune rédemption à tes yeux, d’attendre le flot libérateur de toutes les substances du bonheur depuis ton cerveau déréglé jusque dans ton sang.
Voilà trop longtemps que tu passes à ne frapper que des sacs de sable. Certes, ça détend pour un petit moment, mais ça n’a rien d’égal avec le plaisir brut de frapper violemment au visage un individu que tu hais. On a bien essayé une ou deux fois de te proposer un match de boxe, mais ça ne te disait pas grand-chose ; le plaisir est moindre avec des gants et un arbitre. Quel intérêt d’allonger un adversaire si ce n’est pas pour en profiter derrière ? C’est comme faire tout le trajet jusqu’au Grand Canyon et refuser de sortir de la voiture ensuite. « Revenons un peu sur cette métaphore Heidi. » Tu entends déjà la voix de ton thérapeute essayer de rediriger tes pulsions violentes sur une cible moins susceptible de ressentir de la douleur, et dans ce ring mental, tu le frappes lui aussi avec hargne.

Malheureusement – pour toi, pas pour le type en face de toi – le gérant du café s’interpose entre vous deux avant que tu n’aies pu décocher ton coup. Trop obnubilée par l’idée d’instiller la terreur dans les yeux du quarantenaire véhément, tu n’as pas su anticiper l’arrivée du mastodonte qu’est Wilson Cooper. Le type est costaud, c’est le moins qu’on puisse dire. Assez costaud pour se passer de politesse, et pourtant il met un point d’honneur à en faire sa marque de fabrique. Ce doit être sacrément humiliant de se faire mettre dehors par ses mots plutôt que par ses muscles. A la place de l’autre type, tu aurais préféré l’insulter personnellement jusqu’à ce qu’il craque et te colle une beigne. C’est une question d’honneur. Un honneur teinté de masochisme, certes, mais un honneur tout de même.

« Quittez séant l’établissement » mais boucle-la et colle lui un pain Wilson, merde. Tes neurones miroirs réclament du sang.
Déçue, tu grimaces et te désintéresses de la scène. Tu roules des yeux et retiens ta jambe de s’agiter nerveusement devant la frustration d’une situation réglée avec diplomatie. La paire de bouffons prend la porte, te hélant vaguement quelques menaces au passage. Elles te passent complètement au-dessus, mais tu daignes tout de même leur tendre un dernier doigt d’honneur silencieux, histoire d’avoir le dernier mot.
Enfin, au moins ça veut dire que maintenant tu vas pouvoir bosser tranquille, n’est-ce pas ?

Pas vraiment, étant donné que la patron t’alpague à son tour. Tu t’étais déjà retournée quand il te pose sa question, et tu t’arrêtes au milieu de ton mouvement pour lui donner signe que tu l’as entendu. Un instant plus tard, tu pivotes légèrement dans le sens inverse. Tu prends comme à ton habitude encore un moment pour penser aux mots que tu vas utiliser, et tu lui réponds avec ta voix désabusée si caractéristique.

- Je sais pas ?

Tu hausses les épaules. A défaut d’être une personne respectable, l’ex-client avait au moins le mérite de rendre ses intentions limpides, tu pensais que Wilson avait compris ce qu’il voulait. Tu jettes un coup d’œil en direction du piano pour y repérer ton verre et l’attraper. Tu le portes à tes lèvres en aspires une gorgée. C’est un peu amer, sans doute le goût de l’amour qu’il a mis dedans. Tu reposes le verre sur le carré de liège en prenant grand soin de ne pas le renverser sur le piano.

- Ca parlait de vampires à la télé apparemment, et j’avais clairement pas la patience de supporter un ramassis de conneries racistes à trois mètres de moi.

Non, y’a pas à dire, tu es déçue de pas avoir eu l’occasion de cogner. Tu laisses quelques secondes de silence regagner l’endroit et lui redonner son calme originel avant de conclure.

- Du coup moi aussi je pourrai partir sans payer ?

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Mar 6 Sep - 18:22 (#)




L
es deux abrutis ont bien quitté le Café. Je le vérifie d’un coup d’oeil, alors que la musicienne tarde à apporter une réponse à ma question. Une réponse qui finit par venir… difficilement. Erratique, d’abord, puis elle se précise. Comme une justification : Elle décrit le reportage qui passait à la télévision. Un truc sur les vampires, que commentait apparemment le malotru harasseur de manière plutôt inappropriée. Raciste, utilise-t-elle comme terme pour désigner son comportement. Rien de bien surprenant, vu sa réaction. Un connard bas de plafond qui ne comprend pas la force des puissances ésotériques. Le genre de mec qui l’ouvre beaucoup, mais qui se pisserait dessus instantanément face à une créature de la nuit. J’apprends, du coup, qu’Anna semble assez ouverte sur le sujet. C’est rares les musicos fermés d’esprit, de toute façon. Je soupire d’abattement, et commente :

« Y’a des cons partout, hélas. »

Elle commente, posément, en disant qu’elle aussi pourrait partir sans payer. Je lui jette un regard scrutateur qui sonne l’évidence : c’est évidemment hors de question. Et puis quoi encore ? J’ai beau être généralement gentil, j’suis pas non plus une bonne sœur. Faut bien faire tourner le commerce. J’en profite pour lui lancer une petite pique. Amicale et bienveillance, bien entendu :

« Seulement si tu ramènes plus souvent ta trompette ici. Ça fait long, depuis le dernier concert. »

Elle semble pressée de reprendre son exercice. J’ai un peu l’impression de ne pas être trop bienvenu à son côté. À une époque, elle était plus ouverte, plus souriante. Plus festive aussi. Là, elle a l’air d’une dépressive qui vient de passer une sale nuit. Je n’ai pas envie de m’imposer à elle, mais mon côté attentionné ne peut s’empêcher de poursuivre, inquiet.

« Faudrait pas que t’oublie le Voodoo hein. On a besoin d’toi ici pour mettre l’ambiance ! Tout va bien pour toi ? »

J’ai le souvenir de soirées animées où elle se déchainait sur ses accords avec passion, entrainant dans son sillage la foule des clients enjoués. Son côté festif semble bien loin désormais. Ou elle le réserve à d’autres endroits. Je me fais peut-être des idées, en réalité. Ça doit tout simplement être sa tête du matin. Une tête que je ne connais que trop peu. Ou une attitude de quand elle doit se concentrer sur son travail. La pratique de la musique demande concentration et investissement, je peux comprendre qu’on veuille s’y prêter sans avoir une bande de cons ou un patron de bar dans les pattes. Je me rends compte que je ne la connais pas si bien que ça, en vérité. Oui, j’ai observé ses progrès avec intérêt, mais nous n’avons jamais réellement parlé, échangé. Elle doit bien se demander ce que je lui veux, avec mes questions. J’ai même l’impression que mon tutoiement est bizarre, déplacé.

Après, rien n’est perdu, bien sûr. Toujours voir le verre à moitié plein. Et s’il est vide, le remplir. C’est mon job au final. Semer la bonne humeur, ramener sur les visages les sourires qu’ils n’ont pas. Après… j’peux pas forcer les choses non plus. J’suis pas un magicien, moi. Juste un patron de café qui fait de son mieux.



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D
es cons partout, c’est certain, mais particulièrement autour de toi. Tu te retiens de commenter plus parce que si tu ouvres les vannes, tu en auras pour des heures à te plaindre de tout ce que tu hais chez les autres. La plupart du temps, tu détestes leur manière de ne pas agir comme tu l’aurais souhaité.

En tous cas, la conclusion de cette courte histoire est que tu aurais plus de consommations gratuites si tu continuais à être une garce. Ça doit coûter cher, à la longue, d’être aimable. Enfin, « aimable », toutes proportions gardées bien entendu. Remarque, l’alcoolisme te coûtait aussi une coquette somme tous les mois ; en repensant à tout ce que tu aurais pu t’offrir au lieu de ces litres de promesses illusoires, tu crierais presque de désespoir. Et pourtant, qu’aurais-tu pu faire d’autre ? Commencer à boire avant l’aube de tes seize ans sans personne pour te faire comprendre avec délicatesse que tu ne devrais pas, c’est un bon moyen de ruiner quelques années de sa vie.
Mais combien temps est-ce que ça fait vraiment que tu n’as plus joué en solo ici ? Ça fait déjà… plus de six mois ? Entre ton orchestre, tes quelques semaines infernales de secrétariat au profit de ta cousine, et avant cela la terrible angoisse qu’elle avait réveillé en assistant à un de tes concerts puis en te promettant de compromettre ta carrière en à peine quelques coups de fil, c’est vrai que ça fait une éternité que tu n’as pas joué à autre chose qu’une session d’improvisation. Cette pensée te tire un bref rictus contrarié alors que tu tentes de garder la face. Tant qu’elle sera en ville, tu ne pourras pas vivre sans cette boule au ventre qui sait mieux que n’importe quoi d’autre gâcher n’importe quel moment.

Est-ce que tout va bien ? Est-ce que tout est déjà allé bien ? La question est beaucoup moins triviale qu’elle en a l’air. Pour te laisser le temps de réfléchir, tu reprends une gorgée de jus d’orange. Vu la vitesse à laquelle tu vides ton verre, tu vas bientôt devoir en commander un autre. Signe d’un conflit interne en cours de résolution, tu balances légèrement la tête, ton regard se perdant quelques secondes dans le vague.

- Je sais pas ?

Par dépit, tu figes ton visage un instant dans une sorte de sourire que tu sais incroyablement peu convaincant. Tu hausses une nouvelle fois les épaules.

- J’veux dire, je sais même pas ce que c’est d’aller bien. Me pose pas de questions comme ça, Wilson.

Ta réponse est aussi triste que ta tentative de la faire passer pour de l’humour avec l’air détaché que tu te donnes en permanence, et tu t’en rends bien compte. Ainsi, tu finis ton verre d’une traite comme par réminiscence de la vodka que tu descendais pour vider ta tête et libérer tes épaules.

- J’ai eu des… soucis de famille à gérer.

C’est une expression que tu as déjà entendue sans vraiment savoir ce qu’elle signifie pour ceux qui sont en bons termes avec leur famille. Une réalité difficile à concevoir, mais la locution avait le mérite de ne pas être fondamentalement fausse, sans pour autant livrer de détail trop douloureux.

- M’enfin, ça va mieux maintenant.

Si on peut dire ça comme ça. La situation ressemble plus à une sorte de guerre froide, les deux partis en attente du prochain geste de l’autre. A l’heure actuelle, tu ne sais pas encore si tu préfères avoir des nouvelles d’Anna ou ne pas en avoir. Choisir entre l’angoisse et le désespoir, c’est un dilemme tragique dont elle a le secret, mais tu maintiens l’espoir d’un jour t’en émanciper. En attendant, tu devrais finir sur une bonne note. Un conseil que tu reçois plus ou moins régulièrement : focalise-toi sur le positif.

- J’ai monté mon propre orchestre y’a quoi, quelques semaines ? Ça me prend pas mal de temps et de travail.

Ton regard dérive une seconde sur les feuilles dépassant de ton sac pour appuyer ton propos.

- On passera jouer ici si tu veux quand on sera prêts.

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Sam 10 Sep - 12:47 (#)




U
ne fois de plus, la réponse est sibylline, dans un premier temps. Comme si ces trois mots “Je ne sais pas” étaient pour elle un préambule réflexif à toute introspection plus profonde. Une barrière de protection contre toute possibilité de répondre de travers, un mécanisme de défense veillant à ne pas réagir avec trop de spontanéité, trop de naturel. Trop de sincérité, peut-être. Elle ne semble pas en confiance, en tout cas, même si elle finit par poursuivre. Et pas de la manière la plus positive qu’il soit. Elle confesse ne pas savoir ce qu’est d’aller bien, m’invitant à ne plus poser ce genre de questions. Si elle a voulu paraître légère et insouciante, c’est un peu raté.

J’ai l’impression qu’elle n’a pas toujours été comme ça. Une mauvaise passe, comme les gens disent. Elle semblait aimer venir jouer ici, fut un temps. Elle était plus festive, plus vive, plus viscérale dans sa manière d’aborder la vie. Était-ce alors un masque dont elle s’est lassée ? Une autre protection contre un monde qui l’accable ? Elle ne semble plus avoir la force de le mettre, en tout cas. Dans un sens, si ça permet de révéler son vrai visage, ses vrais déboires, ce n’est pas plus mal. Au moins là, quelqu’un peut lui tendre la main. Moi ? Je n’en suis pas sûr. Ça n’est sans doute pas ma place, je ne la connais pas assez. Et pourtant, mon syndrome du sauveur me frappe aux tempes en me pressant d’intervenir, de la soutenir. À mon niveau, dans les limites de notre relation, bien sûr. Je ne suis pas certain qu’elle le voit d’un bon œil, mais hey… On ne se refait pas.

Elle finit par avouer, toujours évasive, qu’elle a des soucis de famille à gérer. Un domaine où je me vois mal mettre les pieds. Je ne connais guère les siens, ni ne sais s’ils vivent à Shreveport. J’espère juste qu’il ne s’agit de rien de grave. Ou que ça n’est qu’un événement passager, temporaire. Je suis bien placé pour savoir qu’on peut passer outre la mort de proches. Même tragiques, même injustes et brutales. Il faut laisser le temps au temps. Et accepter les sourires et l’empathie, même si ça n’est pas toujours simple. Très vite, pourtant, elle précise que ça va mieux pour elle. Je ne peux m’empêcher un haussement de sourcils : ça n’en a pas tellement l’air. Enfin, pour sa famille je n’en sais trop rien, mais pour son mal-être évident, ça a l’air plus compliqué que ça.

Comme pour noyer le poisson, elle change subitement de sujet, revenant sur ma proposition de venir jouer plus souvent. Elle annonce, et c’est une bonne nouvelle, avoir fondé son propre orchestre depuis peu, lui demandant travail et énergie. Mais pour un chouette projet, quels efforts ne sont pas de rigueur ? Elle précise qu’elle passera prochainement jouer au Voodoo Cafe. C’est d’une mine enjouée que j’accueille la nouvelle, commentant avec décontraction :

« Oh, bah ça serait super, oui. Content de voir que tu ne laisses pas tomber ! »

Je veux dire : réellement content. Heureux, même. Et le regard chaleureux que je lui envoie porte toute la sincérité de mon message. Je suis un amoureux de la musique, difficile de le cacher. C’est dans mes tripes. J’enchaine, positif :

« En tout cas t’es la bienvenue ici, Anna ! Que ce soit pour jouer ou juste te détendre. C’est un lieu sympa pour faire des connaissances. Et puis si je peux faire quoique ce soit, t’hésite pas hein ? »

J’avise son verre vide. Elle l’a englouti en une fois. Un peu nerveusement peut-être.

« Je t’en remets un ? Il est pour moi celui-là. Surtout si tu continues tes exercices ! »



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Lun 19 Sep - 0:26 (#)
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L
aisser tomber la musique ? Plutôt mourir. Littéralement. Ecouter, jouer, composer, c’est ta raison d’être ; c’est la bouée qui t’a systématiquement permis de sortir la tête de l’eau alors que tu étais accablée par des typhons de plus en plus cruels et violents. Sans musique, tu es incapable de voir le moindre intérêt à arpenter la terre, et encore moins te battre pour ça. Anna a bien failli réussir son coup en tentant de te priver de cet Eden, et ça te déchirer de l’avouer mais si tu n’avais pas eu la chance d’être soutenue pendant cette période infernale, elle aurait sans doute eu droit à une victoire définitive.
Tu n'as pas eu de nouvelles d’elle depuis ta démission. La savoir encore en vi(ll)e et plus remontée que jamais contre toi rend son silence d’autant plus inquiétant. Tu la connais, elle ne te laissera jamais avoir le dernier mot, et le seul moyen de gagner la légèreté de ton cœur est de percer le sien d’une lance perfide. Métaphoriquement ou non.
Pourtant, tu ne peux pas te permettre de t’enfermer dans cette bulle de vendetta : ce serait aussi la laisser gagner que de la laisser t’empêcher de vivre ta vie comme tu l’entends. Le retour de bâton viendra un jour, tu ne seras jamais vraiment en paix sans obtenir le plaisir unique de la vengeance d’une vie entière. Seulement, s’il y a une vertu que tu as à cœur d’intégrer ces derniers temps, c’est la patience.

Ironique, d’ailleurs, qu’il emploie encore le nom que tu utilisais des années en arrière lorsque tu voulais conserver un anonymat relatif. Choisi consciencieusement, une revanche juvénile, l’illusion d’un pouvoir que tu pensais avoir sur ta vie. A l’époque, tu tirais la gueule en permanence, tu avais l’air d’en vouloir au monde entier ; sans doute parce que c’était le cas. Et pourtant, là où tu n’hésitais pas à ouvrir grand la gueule sous ton alias diabolique, tu as toujours tâché de te tenir en venant au Voodoo Café. L’endroit représentait un sanctuaire, un bastion duquel tu mettais un point d’honneur à ne pas te faire jeter. Tout le jazz était là, concentré à un seul endroit. Toutes les personnes à impressionner, celles à qui demander des conseils en ravalant ta fierté de gamine des rues, elles étaient toutes ici. Alors tu tirais la gueule, mais tu n’as jamais prononcé un mot plus haut que l’autre.
Avec les années, tu as fini par te détendre un peu à mesure que tu prenais du gallon. Plus d’aisance sur scène, à force d’entraînement acharné pour faire de la trompette une seconde voix aussi naturelle que la première, c’étaient les rares moments dans lesquels tu te sentais bien. Vivante. Les seuls durant lesquels il était possible de voir, fugace, un sourire sincère illuminer ton visage d’ordinaire si triste et renfrogné.
Tout cela pour dire qu’il serait peut-être temps de dévoiler cette vérité pourtant si élémentaire à ce grand bonhomme qui t’a littéralement vue grandir, toi et le nuage noir au-dessus de ta tête. Si t’as besoin de quoi que ce soit, hésite pas. Ça n’est pas la première fois que tu l’entends te dire ça, loin de là. Ce sera cependant peut-être la première fois que tu lui répondras par autre chose qu’un *hmm* vaguement indifférent.

Tu ne reflètes pas vraiment son enthousiasme, c’est un euphémisme, mais c’est ta manière d’être. Même avec Anaïs tu peines à vraiment montrer de l’entrain à la discussion, et c’est pourtant ta meilleure amie. Il ne faut pas le prendre mal, c’est simplement nouveau pour toi, *discuter*. Si tu n’avais pas envie, ou du moins si tu trouvais ça vraiment désagréable, tu ne prendrais simplement pas la peine de répondre.

- Je vais rester une heure ou deux, peut-être. J’avais besoin de changer d’air, sinon j’allais étouffer chez moi.

Ton pieds presse délicatement la pédale de sourdine de l’instrument, et tes doigts dansent agilement quelques mesures improvisées sur le clavier. Les notes adoucies par le feutre se font un lit parfait pour le son de ta voix mélancolique. Une touche majeure espiègle ponctue le dernier accord qui résonne ; elle est impertinente tant elle brille au milieu des nappes de doute et d’amertume. Une lueur unique qui ressort comme un phare au milieu d’une nuit sans étoile, le clavier parle tellement mieux que tes mots.

- Au fait, tu peux m’appeler Heidi. J’veux dire, j’ai plus de raison de cacher mon vrai nom.

C’est vrai, tu es rangée maintenant. Plus sage. Plus calme. Plus moins toi et donc plus toi. Enfin, tu te comprends.


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Mer 21 Sep - 19:24 (#)




H
eidi. Comment ça Heidi ? Je reste un instant coi devant mon interlocutrice. La jeune femme vient de balancer une bombe avec une nonchalance incroyable. Depuis tout ce temps que je la vois jouer, elle m’a baratiné d’un faux nom, comme si j’étais de la police ou un mec lié à une mafia quelconque. Un danger potentiel. Je bug, mon sourire s’efface un instant et mon regard se perd dans le vide. Ça existe vraiment, des gens comme ça ? Anna, Heidi… J’ai presque envie de lui répondre que je m’appelle Robert et qu’en fait je suis huissier de justice à mes heures perdues. Ce n’est pas de la colère qui point en moi. Pas de la rancœur. Chacun fait un peu comme il l’entend de sa vie. Mais bien de l’incompréhension. Une incompréhension qui va à l’encontre mêmes des valeurs de sincérité, de franchise, d’honnêteté qui m’ont toujours parues aussi essentielles que basiques.

Et là, cet aveu, c’est quoi ? Le gros lot ? La complétion d’une confiance suffisante pour révéler son prénom ? Plus ça va, moins je comprends les jeunes. Non pas que je sois un vieux con ou un papy avant l’heure hein, mais il est clair que je n’ai pas tous les codes de la nouvelle génération. Et si encore elle avait pris un nom de scène, soit. Ça se fait, ça s’est toujours fait. Mais là, non : elle affirme qu’elle a dû cacher son vrai nom. C’était une criminelle recherchée ? Une taularde en cavale ? La cible d’un assassin ? Et alors que les questions pulsent dans ma tête au rythme de mon palpitant, ses doigts roulent sur les blanches et les noires, comme pour alléger l’ambiance. En sourdine.

Je me reprends, la regarde de nouveau dans les yeux et reprends mon sourire. Un sourire qui bien que naturel, est pour une fois un peu forcé. Et je commente, passant sur le sujet qui fâche comme un passant sur un trottoir crotté ; avec prudence ; et je commente sommairement, faisant mine de faire demi-tour.

« Ça marche, reste autant que tu veux… Heidi. »

Je fais demi-tour après lui avoir fait un clin d’œil sur l’énonciation de son vrai prénom. Faire genre que ça ne me touche pas, agir avec naturel. Ne pas me mêler de ce qui ne me regarde pas. De ce qui ne devrait pas me regarder, ou me troubler. Un patron de bar, quoi. Un mec sympa à qui l’on confie une chose ou l’autre avant de l’oublier. Comme si on parlait à un arbre ou un rocher. Un réceptacle exutoire sans jugement ni avis. Aussi blessant que ça puisse être, j’ai conscience que certains cherchent ça chez les gens comme moi. Une oreille, qui surtout ne doit pas se targuer d’avoir une bouche pour répondre. Enfin, là c’est différent pour le coup vu que d’elle, je me rends compte que je ne sais rien. Qu’elle ne m’a jamais rien dit. J’avais l’impression d’en être proche, un peu. Pas une amie, pas une pote, mais comme une fille adoptive dans le domaine de la musique. Une protégée, une inspiration, une régulière fidélisée. Quelle fierté mal placée de ma part, en vérité.

Mais après deux pas vers le comptoir, le côté humain en moi reprend le dessus. Le côté direct, brut de décoffrage, ancré dans la réalité. Je veux comprendre. Je me retourne vers elle, et la contemple soucieusement.

« Cacher ton vrai nom… Mais comment ça ? Pourquoi ? T’es une sorte d’agent secret ? »

Je tente de plaisanter, de prendre un air un peu léger, mais moi-même je n’y crois guère. Je me surprends curieux. Intéressé. Avide, presque, de savoir sa vérité.



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Dim 25 Sep - 12:06 (#)
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U
n clin d’œil ? Vraiment ? Erk. Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour te faire regretter ta confidence. En tous cas, la pilule a l’air d’avoir eu du mal à passer chez le grand gaillard. La raison t’en échappe un peu, comme beaucoup d’autres aspects des normes et conventions sociales, mais tu as appris à ne pas t’en formaliser. Il faut dire que ne pas comprendre comment agir en société a été ton quotidien pendant de longues années, et bien que tu sois peu à peu en train de remédier à cette lacune, le chemin à parcourir reste encore long et semé d’embuches. Des embuches comme celles-ci par exemple, quand tu ne vois pas le problème à balayer d’un revers de main nonchalant un mensonge assez âgé pour faire du vélo sans roulettes.

Enfin, même avec difficulté, il a quand même réussi à l’avaler, semblerait-il. La montagne se retourne et te laisse vaquer à tes occupation pianistiques. A ce stade, tes doigts parcourent le clavier tout seuls, guidés par un mélange d’inconscient et de mémoire musculaire au résultat plutôt harmonieux pour l’oreille lambda. Ton attention, elle, se perd quelque part à la bordure de la réalité ; dans un espace qui lui est propre et où sont mélangés souvenirs, réflexions et perceptions. L’endroit est plongé dans la pénombre, éclairé par quelques filets de lumière bleutée laissant entrevoir les quelques silhouettes qui s’y trouvent en te laissant le choix de les dévoiler ou non.
A peine as-tu commencé à examiner les ombres éthérées de ton esprit que du coin de l’œil, tu distingues à nouveau du mouvement là où il n’aurait plus dû y en avoir. Wilson se retourne à nouveau, et mathématiquement, te fait à nouveau face. En coin, tu lui adresses un court regard seulement pour lire sur son visage sa question avant même qu’il ne la pose. Si tu en avais eu le temps, tu te serais félicitée pour l’avoir fait puisque fut un temps où les visages n’étaient pour toi pas plus clairs qu’une poignée de hiéroglyphes.

Cette histoire d’agent secret te fait rouler des yeux, autant pour le fait que ce soit une tentative désespérée et infructueuse de cacher son désarroi que parce que tu es persuadée qu’il n’a pas totalement exclu cette possibilité de sa liste malgré son absurdité. Tu soupires.
Pourquoi les gens mentent-ils ? Pour l’avoir fait un nombre incalculable de fois et depuis maintenant plus de deux décennies, tu te sens suffisamment légitime pour apporter ton expertise en réponse à cette question. Le mensonge protège, voilà tout. Peu importe ses formes et ses finalités, le mensonge est là pour esquiver une douleur anticipée. Peu importe s’il entraînera des conséquences plus graves que la situation initiale ou s’il amènera à plus de souffrance plus tard, il sera toujours temps de trouver un autre mensonge ; ce qui compte est l’instant présent. La réelle question n’est donc pas savoir pourquoi tu as menti, mais de quoi tu as voulu te protéger, et celle-ci est bien plus intime.
Comme pesant chaque mot auquel tu penses pour construire la réponse la plus adaptée, tu dodelines de la tête, tes yeux toujours fixé sur un point bien plus loin que le mur qui te fait face. Un rictus passe sur ton visage l’espace d’un instant alors que tu as fini par t’arrêter de jouer.

- T’as jamais menti parce que t’étais pas fier de quelque chose que t’avais fait ?

Tu finis par reposer ton regard sur le patron et son visage de grand bonhomme franc et sincère. Tu lèves à nouveau les yeux, un demi sourire ourlant tes lèvres roses. Ayant eu l’occasion d’en apprendre un peu plus sur lui au fil des années, ta question rhétorique aurait des chances d’être caduque.

- Laisse tomber. Ce que je veux dire, c’est que… fin…

Tu prends une grande inspiration en tâchant de garder ton flegme intact. Tu n’as jamais été vraiment confrontée à ce mensonge là en particulier, et les fois où tu l’as été, ta réaction a été violente et fuyarde. C’est donc une sorte de première pour toi, de tenter d’expliquer les raisons de ta volonté d’anonymat de l’époque.

- J’étais jeune à l’époque, même pas encore majeure. Je venais de fuguer de chez mes parents, j’avais juste envie de rompre avec ma vie d’avant ? Et puis.. j’ai fait pas mal de conneries aussi. Quelque part je pensais que c’était moins grave si je les faisais pas en mon nom propre, tu vois ?

C’est affreusement vague, mais ça a le mérite, cette fois, d’être la vérité. Tu pourrais rentrer un peu plus dans les détails, mais si tu devais faire la liste de toutes les choses dont tu n’étais pas fière et qui hantent tes nuits encore aujourd’hui, tu n’aurais pas assez d’un seul verre de jus d’orange.

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Mer 28 Sep - 11:46 (#)



J
e m’en veux presque d’avoir interrompu une nouvelle fois les accords et notes frappés sur les touches noires et blanches du piano du Voodoo. Mais je dois savoir. Comme un besoin vital de connaître toute vérité. Je me dis presque que j’aurais dû devenir journaliste plutôt que barman. Encore que, non. Je ne souhaite les vérités que de ceux qui ont un minimum d’intérêt. À qui je tiens, d’une manière ou d’une autre. Et la Musicienne en fait partie, si secrète soit-elle, si distante puisse-t-elle se montrer. Et la première partie de sa réponse est un abstract à un argumentaire que je ne saurais trouver que maladroit, voire déplacé. Menti pour un regret ? Elle semble elle-même se rendre compte de l’absurdité de sa question. Car aussitôt elle se ravise, me demandant de laisser tomber, tentant de se rattraper maladroitement sans même savoir où elle compte aller.

Et pourtant, n’a-t-elle pas raison, d’un certain côté ? Non, le mensonge n’est pas dans mes mœurs, et je préfère de loin une franchise pure, directe, dusse-t-elle faire mal. Car les dissimulations finissent toujours par être plus douloureuses quand le pot-aux-roses est découvert. Et ça arrive toujours. Néanmoins, il m’est déjà arrivé de mentir. Plus d’une fois. Souvent, dirais-je même. Quotidiennement, sans doute. Aussi lui livrai-je une réponse, quand bien même aucune n’est attendue.

« J’ai déjà menti, si. À moi-même. Et ce sont les mensonges les plus durs à percer. »

Mon regard vers elle est entendu. Il ne fait aucun doute qu’elle aussi se ment à elle-même, pour avoir à tant mentir autour d’elle. S’en rend-elle seulement compte ? Il faut faire un sacré travail d’introspection pour oser de l’avouer, pour se permettre de s’en rendre compte. Moi-même, si je sais me mentir, je n’ai jamais poussé le risque d’aller jusqu’à fouiller précisément en moi pour obtenir la vérité. Eoghan ? Je me suis toujours dit que notre distance était de mon fait. Et si…
Wynonna ? Je mets sa mise à distance sur le compte d’une chose inconnue de moi-même, extérieure à ma personne. Et si…
Lilas ? Nos rencontres ont toujours sonné pour moi comme un jeu, des provocations plus amicales qu’intéressées, de la séduction platonique n’ayant aucune incidence. Et si…
Et Heidi, elle-même. Heidi, dont j’ai toujours pensé être le protecteur musical, sorte de parrain louisianais lui ayant laissé sa chance à Shreveport et ayant veillé sur son évolution, sa progression. Je l’ai toujours crue reconnaissante de ça. À sa façon, froide et impersonnelle, mais infusée d’une certaine gratitude. Et si... Et si en fait tout ça n'était que du vent ? Et si elle ne me voyait que comme le simple patron d’un bar comme tant d’autres, la laissant exprimer son art, certes, mais sans aucun lien que celui de sa profession et de la mienne. Sans aucune saveur, sans aucune complicité, même musicalement. Les aveux qu’elle s’apprête à faire, sont-ils là d’une confiance émergeante, ou d’un forçage trop insistant de moi-même. D’une solution pour se débarrasser de ma présence intrusive dans un moment qu’elle voulait introspectif et calme ?

Mon sourire se décompose un peu. Oui. Une vérité : les mensonges les plus durs à percer. Les plus blessants. Et si, après tout, malgré mes airs de gros ours sympathique, je n’étais qu’un triste sire en manque de tout ? Pathétique et artificiel.

Les mots d’Anna… Heidi résonnent dans mon oreille, me ramenant au moment présent. Une fugue familiale, une rupture avec sa vie d’avant, des conneries. Et une culpabilité chassée sur un pseudonyme, comme une seconde personnalité, distante. Un mensonge à elle-même. On y revient. Une question, une seule, point dans mon esprit en ce moment. Une interrogation qui ne me semble pas trop intrusive, plus trop insistante compte tenu de la situation.

« Et si tu avoues aujourd’hui ton nom, c’est que tu es en paix avec tout ça, maintenant ? Que tu acceptes ? »

Et est-ce vraiment à elle que je la pose ?

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Ven 30 Sep - 14:46 (#)
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L
es mensonges à soi-même ça ne compte pas. Tout le monde se ment à lui-même. Dixit celle qui comprend si peu ses pairs qu’elle a vécu en aliénée pendant toute sa vie ? Peut-être que tu te mens à toi-même.
La vie ne t’a pas fait beaucoup de cadeaux. Depuis toute petite, tu es habituée aux paroles blessantes, aux lapidations verbales. C’est quelque chose que tu as internalisé très vite ; cette estime de toi sans cesse bafouée et mise plus bas que terre, elle, est honnête. Du moins, elle n’est pas tendre. T’es mauvaise, t’arriveras jamais à rien. Tu veux te faire un nom, mais t’as rien de plus que les autres. Au mieux, t’es banale, pourquoi quelqu’un t’écouterait toi plutôt que quelqu’un d’autre ? Ouais, pourquoi ? C’est trop tard pour toi, tu es une cause perdue, cette petite voix médisante ne s’en ira jamais. Elle est ancrée dans ta chair et dans tes méninges, elle est toi et tu es elle, et sans elle tu ne serais plus celle que tu es.
Mais tu as appris à vivre avec, à l’apprivoiser ; savoir quand lui donner corps et quand la faire taire. Elle est devenue un garde-fou qui te force à l’humilité lorsque la seconde voix de ton dialogue intérieur devient trop confiante. Pour compenser un pessimisme si violent, il fallait une oratrice à la confiance exacerbée, une sophiste capable de te faire croire l’espace de quelques moments que tu es capable, parfois suffisamment longtemps pour que tu le sois vraiment. Elle est une voix née du désespoir, une menteuse salvatrice qui a pour seule philosophie Fake it till you make it.
Alors oui, peut-être que tu te mens à toi-même, mais c’est ton seul moyen d’avancer : avec l’espoir que tes mensonges deviennent réalité.

En tous cas, la discussion n’a pas l’air de ravir ton hôte. C’est d’ailleurs assez étonnant que ça ait l’air de le toucher plus que toi qui garde la même façade maussade que toujours. Peut-être est-ce parce que tu as déjà eu cette discussion d’innombrables fois dans l’intimité de ton esprit en déficit de sérotonine.

- En paix ? Pas vraiment non.

Ton regard et ton sourire, adressés au grand gaillard, sont presque moqueurs. Tes yeux ont un éclat subtil de malice, un reflet à peine brillant de patine sur un bijou qui devrait être rutilant. Comme si la réponse était si évidente que son ignorance en devenait objet de taquinerie.
Oh non, tu n’es pas en paix, et à cette heure, tu te poses encore sincèrement la question de savoir si tu l’atteindras un jour.

- J’ai accepté des trucs, plein de choses, j’assume plein de choses aussi…

Accepté que tu ne peux pas changer le passé. Accepté que tu as toi aussi le droit au bonheur. Assumé que tu as un problème de dépendance. Assumé que tu ne peux plus vivre comme une enfant et que tu dois désormais grandir.

- …mais je serai pas en paix tant que mes parents respireront encore.

La légèreté de ta voix contraste brutalement avec la violence de tes mots. Et pourtant, tu es on-ne-peut-plus sincère. Ça fait aussi partie des choses que tu assumes, justement : désirer plus que tout au monde la mort de ceux qui t’ont donné la vie. Ce souhait complètement décomplexé a fait gratter beaucoup de papier à ton thérapeute.
Avec ce fin sourire sardonique aux lèvres, sans doute inconsciemment emprunté à ta Marraine nocturne, tu détournes une nouvelle fois les yeux du barman pour le poser sur le clavier du piano. Quelques accords et mélodies résonnent à nouveau dans la pièce, comblant le silence passager. Tu n’es pas très à l’aise quand il s’agit de parler, toujours pas, et ça t’aide de faire quelque chose que tu sais faire pour te donner un peu de confiance entre deux répliques.

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L
e ton employé par la jeune musicienne pour me répondre est quasiment taquin, tout comme son sourire. Je ne sais pas si je dois être heureux de ce dernier, ou si ce n’est qu’un jugement moqueur de ma propre naïveté. Je décide de ne pas m’en offenser, même si une pointe de fierté en moi pousse à faire émerger un léger sentiment de honte rancunière. De ceux qui vous donnent des bouffées de chaleur et des picotements dans le buste. Je ne crois pas être naïf, même si mes attitudes peuvent le laisser paraître. J’essaie juste de ne pas conclure des choses sur les gens que j’ignore, de ne pas les enfermer dans un carcan de jugement. Ma question était innocente, sincère, alors pourquoi ai-je le sentiment d’être pris à parti pour elle ? Je ne suis pas sans ignorer ma nature ouvertement bienveillante, et la faculté de l’humain à s’éloigner de ce genre d’attitude. Pour se protéger, notamment. Peut-être en est-ce là une réaction témoin.

Mais elle n’en a pas fini, et poursuit sa réponse de cet air léger, presque distant. Elle avoue, et je l’en sais gré, avoir accepté plusieurs choses, assumé certains faits de son passé. De forts bons sentiments d’évolution, sans aucun doute, mais avant même qu’elle le prononce, je sens dans son ton une prochaine opposition. Et de fait, elle ne tarde pas, lancée comme une sentence terrible qui me fait perdre toute esquisse de sourire, adopter une expression choquée. Ecœurée. Comme un remouds profond dans mon être et dans mon âme.

Elle souhaite voir ses parents morts.

Ou du moins est-ce ce que je comprends à ses paroles affirmant que leur décès lui amènera la paix. Mon esprit se charge d’images, celles de mes parents morts accidentellement alors même que je sauvais une autre vie. Une autre mère. Le fait de n’avoir pas pu leur dire aurevoir, la brutalité rigide de cette séparation subite. La rage, la colère de n’avoir pas été présent. Le sentiment d’impuissance qui m’a valu de casser violemment quelques gueules au Mad Dog les semaines qui ont suivi le drame. La tristesse ensuite, plongeant tout mon être vers une dépression m’ayant fait perdre tout repère, toute envie, toute vie. Un combat dur, long, pénible avec moi-même. Oui, une issue finale positive, une promesse faite à ma psyché de toujours voir le bon côté des choses, le bien en chacun, le positif en chaque situation. Mais c’est dû à une introspection profonde, pas directement à leur disparition. Mes lèvres laissent échapper un commentaire presque impulsif, d’un souffle pris de court.

« Te rends-tu compte de l’horreur de ce que tu viens de dire ? »

Ce n’est pas vraiment une question. Du moins est-elle rhétorique pour moi. Presque lancée dans les airs et non directement à Heidi. Un jugement un peu brutal de ma part sur la situation faisant par trop écho aux troubles de mon passé. Et le regret de ce jugement, presque instantanément. Que sais-je de sa vie, de sa relation à ses aïeux ? Et qui suis-je, surtout, pour la juger d’une telle haine ? La légèreté avec laquelle elle fait se mouvoir à nouveau ses doigts sur les blanches et les noires me donne presque la nausée. Et c’est la mort dans l’âme que je tente de me rattraper. En surface du moins, car pour l’heure j’ai l’impression d’avoir face à moi un monstre…

« Je… je ne connais pas ta vie, ni ce qu’ils ont pu te faire pour que tu ais été amenée à une conclusion si extrême, Heidi. Mais tes propres parents ? »

Qu’on veuille s’en éloigner, les oublier, les reléguer au passé suite à des sévices corporels ou psychologiques, je peux l’entendre. Mais de là à souhaiter leur mort ? Un frisson d’horreur me parcoure l’échine. Je reste planté là, bras ballants, gueule défaite, comme foudroyé par la noirceur de ce constat balancé avec tant d’aisance. Avec insouciance, presque. Et c’est là toute l’ignominie de la situation.
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L
Le grand gaillard n’était visiblement pas prêt pour faire face à ton honnêteté froide, brute et cynique. Les gens le sont rarement, il n’a pas à s’en sentir particulièrement mal, ça ne le sort pas de la norme. De manière générale, les gens ont tendance à peser leurs mots parce qu’ils pensent qu’ils peuvent exercer une grande influence sur la manière dont le monde les perçoit : c’est très certainement vrai. Que se passe-t-il alors lorsque l’on se sent déjà paria, et que l’aliénation est une partie tellement intégrante du quotidien que la dernière chose dont l’ont se soucie est de ne pas heurter la morale fragile ou la sensibilité d’autrui ? Question rhétorique : ça donne toi.
Tu ne dis rien à la légère, loin de là, et c’est peut-être ça qui désarçonne le plus lorsque l’on t’entend parler avec honnêteté. Tu ne te caches pas derrière des euphémismes et tu n’édulcores pas tes mots parce qu’ils pourraient choquer, tu t’en fiches sincèrement. Qu’on te voie comme une sociopathe, très bien, ça ne changera pas ta vie. C’est comme ça que tu penses, et tu mets au défi n’importe qui de venir te le reprocher. Même Wilson et son quintal passé de bienveillance crasse.
La réponse à sa question est cependant plus complexe qu’un simple oui ou non, bien qu’elle tende certainement vers le non. Au sein de ton esprit aux rouages obscurs et retors, la logique est pourtant ici effrayante de simplicité : je hais mes parents plus que tout au monde, je veux donc qu’ils meurent. C’est ce que je pense, alors c’est ce que je dis. Tes pensées ne s’encombrent pas de morale, et le seul bien qui gouverne est celui qui t’est personnel et immédiat. Tu n’es consciente de l’horreur que parce que tu leur souhaites. Est-ce mal de souhaiter le mal ? Est-ce que cela dépend de qui le souhaite ? D’à qui on le souhaite ? Y a-t-il une limite au mal que l’on peut raisonnablement souhaiter ? Ces questions perdent beaucoup en intérêt dès lors que l’on arrête de se les poser ; et c’est ton cas.

Que reste-il alors quand la morale quitte l’équation ? L’indifférence, tout simplement. C’est ce que tu donnes à voir à la Montagne alors qu’il s’insurge devant ton manquement à ses attentes. Fidèle à lui-même, il tente de relativiser ; c’est un échec. Tu lis dans son regard tout le dégoût que ta réflexion a provoqué chez lui.

- Quoi, mes propres parents ?

Même si cette espèce de sourire las et détaché ne quitte pas ton visage, il semble se ternir. Que tu le veuilles ou non, c’est un sujet sensible, tabou même fut un temps. Tu tentes pourtant de regagner ta contenance et de renforcer ce sourire vengeur et impertinent en le sentant faiblir.

- C’est écrit où que j’ai pas le droit de vouloir que mes parents disparaissent ? Au même endroit que là où c’est marqué que des parents doivent prendre soin de leur gosse, peut-être. Si c’est le cas faut pas m’en vouloir, c’est pas une lecture qui se fait dans la famille.

Cette fois, ton sourire a bel et bien disparu. La haine naît sur tes traits et assombrit les cernes qui soulignent ton regard. Dix ans, et tu n’es pas passée à autre chose. Tu te sens t’énerver et te laisser aller à une énergie néfaste, alors tant bien que mal tu essaies de te contenir. Cette fois, pas de piano pour dédramatiser tes mots et ton humeur ; le sujet demande bien trop de concentration. Encore quelques secondes de silence et tu finis par recouvrer un certain flegme.

- Franchement, tu peux me prendre pour une psychopathe, j’m’en cogne, c’est peut-être même le cas. Mais ma conclusion est pas extrême, c’est la seule conclusion logique que j’ai pu trouver quand deux personnes dont j’ai pas pu me détacher pendant 15 ans ont voué leur vie à me faire regretter d’être venue au monde.

Tes parents t’ont déjà fait songer à mettre fin à tes jours, Wilson ? T’ont-ils déjà fait te sentir si mal et impuissante que c’était là la seule chose que tu arrivais à envisager pour t’échapper de l’enfer qu’ils ont bâti autour de toi ? Ce doit être difficile à comprendre pour quelqu’un comme lui, une haine si viscérale qu’elle ne saurait être apaisée que par la mort. Tes parents sont aujourd’hui encore responsable de celle que tu es, et même lorsque tu tentes de te reconstruire loin d’eux, ils s’expriment toujours dans tes pensées et influencent la moindre de tes actions.
Une chose est sûre, en tous cas : tu n’arriveras pas à trouver le souffle nécessaire pour poursuivre ton œuvre. Pas ici, pas ce matin.


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Mer 12 Oct - 15:48 (#)



H
eidi continue à afficher un sourire impertinent, assuré. Mes commentaires semblent cependant le fissurer, petit à petit, le rendre moins convainquant, toucher son âme au plus profond, dans les tréfonds de son émotivité refoulée. Elle décide de partir sur un discours provocateur, rageur, mettant en scène la haine réciproque entre elle et ses parents. Et à mesure qu’elle parle, c’est la colère qui remplace son assurance, la hargne sur ses traits. Voilà la raison de sa rancœur meurtrière : ils l’ont négligée. Mais pas que. On ne souhaite pas la mort de quelqu’un par simple négligence, quand bien même ça a pu marquer son passé au fer rouge. La tension a augmenté d’un cran. De plusieurs même. Je me sens maladroit d’avoir été si intransigeant dans ma réaction. La surprise de cette annonce a balayé en moi toute compassion, l’espace d’un instant. Mais qui suis-je, finalement, pour juger autrui sans connaître sa vie ?

Ma propre histoire, mon propre vécu ont dicté ma réaction. Une corde sensible, un trauma profond. Oui, ça fait plus de dix ans. Presque quinze, d’ailleurs. Mais si la peine a été enterrée, le deuil a toujours du mal à se faire. Je sens toujours un trou dans mon cœur, à la place de leur visage, de leur sourire. De leur présence. J’ai oublié la tristesse en me shootant aux activités nombreuses, au travail, à la boxe, aux rencontres. À la musique et à l’art. Mais ce ne sont là que des pansements de fortune pour masquer la douleur. Le sentiment d’injustice, profondément ancré dans mon âme.

Le silence tombe : elle n’a plus envie de le combler par de légères notes insouciantes. Se voulant insouciantes. Elle semble néanmoins retrouver un calme relatif à mesure que les secondes s’égrènent. Et elle en profite pour poursuivre. Lasse, elle parait abandonner son argumentaire encoléré : accepter que je la prenne pour une cinglée, déplorer l’extrémité de ma réaction, avouer la logique de la sienne. Je pince les lèvres. Je n’ai pas voulu la blesser, ni la faire se confronter à un passé ô combien difficile. Je décide de me confesser, d’un ton repentant.

« Pardon. Je… J’ai perdu mes parents de la plus injuste des manières. Ils sont morts tous les deux le même soir. »

Je baisse les yeux, poursuivant péniblement.

« Ce que je veux dire, c’est que des parents, si mauvais ont-ils été dans leur rôle, on n’en a que deux. Et je crois au plus profond de moi que leur disparition creuse un trou dans le cœur qu’on ne peut pas combler. »

J’y crois dur comme fer. Au-delà de toute haine, de toute rancœur. S’ils ont été ignobles avec elle, elle a quand même passé quinze ans de son existence avec eux. Quinze dans horribles, apparemment, mais ça forge quelque chose d’irrémédiable dans l’âme. Mon air, moins que triste, est désormais désolé. Et de ma voix profonde, je tente de me justifier encore un peu plus.

« Je te l’ai dit, Heidi. Je ne connais pas ton histoire ni ce que tu as vécu. Mais je doute que la vengeance, fut-elle directe ou indirecte, t’aidera à trouver la paix. C’est pour moi une certitude. »

J’espère ne l’avoir pas suffisamment poussée à bout pour qu’elle prenne ma remarque pour de la condescendance. Ce n’est pas mon but, loin de là.
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Mer 12 Oct - 19:19 (#)
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U
ne psychopathe ; et si tu en étais vraiment une, au-delà de tes figures de rhétorique ? Comment expliquer sinon que le discours de Wilson ne te fasse absolument rien ? Le grand gaillard a perdu ses deux parents, et la toute première pensée qui a fleuri dans ton esprit a été celle-ci : la chance, deux pour le prix d'un. Sur ton visage, il n’y a rien. Pas la moindre étincelle de compassion enfouie au fond de ton regard, pas même l’esquisse d’un faux sourire compatissant. Rien d’autre qu’un ciel gris laissant douter de l’existence d’un soleil derrière la masse de nuages opaques.
La deuxième pensée à éclore a été celle-ci : ça me fait une belle jambe. Enfin, si tu es complètement indifférente à son histoire, es-tu vraiment en droit d’exiger autre chose que la réciproque de sa part ? La différence est que toi, tu n’as pas porté de jugement, et encore moins de conseils sur la manière dont gérer ses sentiments.

Silencieuse, tu laisses le barman finir son bout de monologue. Tu as regagné ton air nonchalant et terriblement désabusé ; tu as toujours eu horreur des sermons et autres leçons de morale, et tu n’as pas spécialement à cœur de le cacher. C’est à peine si tu caches ta bouche avec ton coude lorsqu’un bâillement te prend par surprise. Ça a l’air difficile pour lui de s’épancher sur cette perte, tu arrives à le deviner. C’est dommage, vraiment, qu’il ressasse pour rien. En même temps, tu ne l’as pas forcé, ça n’est pas ta faute, il n’a pas le droit de t’en vouloir. Enfin, il peut t’en vouloir si il veut, il ne serait pas le premier et sincèrement tu t’en fiches pas mal aussi, mais il vaut mieux éviter qu’il te le fasse remarquer ; ça ne ferait qu’empirer les choses.

Une fois son tour de parole achevé, tu fixes encore le colosse quelques secondes avant de ternir définitivement la vision qu’il a de toi. Oh, tu sais déjà ce que tu vas répondre, et d’expérience, tu sais aussi que la suite se passe rarement bien. Tu clignes une fois, deux fois, et tu entrouvres les lèvres. Une dernière seconde de réflexion pour te demander si cela en vaut vraiment la peine. La réponse est non, mais cacher tes réelles pensées seulement pour paraître plus lisse en société te demande un encore plus gros effort.

- Et ?

Cette question t’a déjà valu quelques gifles par le passé, mais elle est cette fois moins impertinente qu’elle a pu l’être il y a quelques années. Plus sincère, plutôt. C’est vrai, toutes ses paroles balancées comme ça, extirpées si difficilement, il le dit lui-même, ce ne sont que ses pensées. Il n’y a aucune autre forme de vérité que la sienne ici, rien qui ne soit réellement pertinent. C’est presque hors-sujet. Il aurait aussi bien pu réciter Les Misérables par cœur, ça n’en aurait pas eu plus de sens quoi que ç’aurait eu le mérite d’être plus beau et divertissant.

- Le prends pas mal, mais c’est que tes certitudes, elles sont pas plus valables que les miennes.

Tu soupires, et tu finis par détourner le regard pour examiner une énième fois les touches du piano.

- T’aimais tes parents ? Tant mieux pour toi, mais viens pas me dire d’aimer les miens juste parce qu’ils te manquent. T’sais quoi ? Je te les donne, même. Cadeau, ça me fait plaisir. Peut-être que tu sauras les consoler de l’infâme fille indigne que j’étais. Et quand ils t’auront bien fait comprendre que t’es qu’une merde et que tu mérites toutes les merdes qui t’arrivent, tu viendras m’en reparler ok ?

Wilson a cependant peut-être raison sur un point : tu ne te rends pas tout le temps compte des horreurs que tu peux dire. Le calme avec lequel tu as prononcé ces mots joue clairement en ta défaveur. Tu n’as pas sourcillé, même pas montré le moindre début de scrupule.
Le soucis avec les parents aimants, c’est que ça ne doit pas très bien préparer à la cruauté du monde extérieur. Si tu peux reconnaître quelque chose à ton éducation, c’est bien qu’elle t’a forcée à te cuirasser depuis toute jeune. Tu sais encaisser, et lorsque ce n’est pas possible, contre-attaquer.

- Je préfère largement un trou béant dans mon cœur au sentiment d’injustice qui me prend à la gorge tous les matins en sachant que ces deux déchets, ces deux *enfants de putes* – tu honnis presque autant tes grands-parents – vivent encore en pleine impunité.

Tu finis par relever les yeux et planter ton regard froid, glacial, dans celui du propriétaire du Voodoo.

- Si j’en avais l’occasion, je les tuerais de mes mains.

Il a voulu te connaître, alors tu lui as ouvert ton cœur, cet abyme délétère et en proie à des ténèbres à en faire perdre la raison. Il voulait de la sincérité, de l’honnêteté sans filtre ? Le voilà servi.

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Jeu 13 Oct - 13:54 (#)



E
t la conversation dérape. Comme papa dans maman, pourrait dire Serguey avec une ironie toute pinçante, reprenant innocemment le thème de la conversation pour le faire sien. Car après tout, c’est là l’origine de toute chose : de la naissance d’Heidi comme de la mienne. De notre enfance, de notre éducation, de notre évolution. Était-elle aimée ? Était-elle souhaitée par ses géniteurs ? Qu’est-ce qui les a poussés, si la véracité des mots de la jeune femme est avérée, à la traiter si mal. Si mal qu’elle devienne cet amas de haine vengeresse sans émotion. Sans paraître en avoir, en tout cas. S’étant blindée suffisamment pour ne pas les communiquer, je le crois. Et cette véracité, n’a-t-elle subitement pas un tout autre goût ? N’est-ce pas là le simple point de vue de celle qui s’est crue malmenée ? Je ne souhaite pas remettre en doute sa sincérité, sans doute est-ce ce qu’elle pense profondément de tout ça. Mais les divers éléments de son discours peuvent remettre en doute l’absolue vérité de ses mots.

Quinze ans. Elle avait quinze ans lorsqu’elle a fui. Quelle période, que l’adolescence, pour marquer la rébellion face à ses géniteurs ? Plus marquée chez certains que chez d’autres, certes, mais toujours maîtrisée avec la prise de maturité. Mais elle ? Heidi ne les a plus vus depuis. Elle a grandi, s’est émancipée, sans jamais avoir passé ce cap de liens renoués. La rébellion est restée intacte en elle, s’est changée en colère, en rancœur. Elle est tout sauf objective dans le choix de ses mots, dans la direction de ses pensées. Oh, il ne fait aucun doute que ses parents sont d’odieux personnages, je ne veux pas remettre ça en question, mais sont-ils réellement les monstres qu’elle décrit ? Les détails lui appartiennent, bien sûr, et je suis mal placé pour m’y immiscer, mais dans son discours, à aucun moment elle n’a parlé des sévices qu’elle a subis. Aucun exemple concret de maltraitance, tout juste le jugement d’une fille envers ses parents. Et c’est loin d’en faire la vérité.

Et cela, je le pense avant-même qu’elle finisse par se montrer insultante. Elle relègue mon avis comme inintéressant, renforçant ses certitudes en affirmant qu’elles valent autant que les miennes. Je n’ai jamais dit l’inverse : j’ai même bien précisé que c’étaient les miennes. Elle me renvoie ma propre histoire en pleine tronche, sans aucune empathie. Pire : elle me juge durement, affirmant avec emphase que mes paroles sont teintées de l’affect de leur manque. Son ton est agressif, ses mots blessants. Qu’ai-je fait pour ainsi attiser son aversion ? Aucune morale dans mes paroles, aucun conseil malavisé. Tout juste l’expression de mon propre ressenti, si inadapté soit-il à la situation. Qu’elle ne veuille pas le prendre, c’est son choix, mais qu’elle me le renvoie dans les dents avec une agressivité destructrice… Je ne l’accepte pas.

Ma mâchoire se serre mes poings se crispent. Je retiens la réaction vive, je retiens la colère. Ma mine se ferme, mon regard s’éteint. Je ne la vois plus comme la musicienne. Je ne la vois plus comme la jeune femme venue s’exercer. Je ne la vois même plus comme cette guerrière partant à la défense de ses idéaux pro-cess. Cette défenseuse de son intégrité face à la connerie humaine. Je ne vois plus là qu’une pauvre fille paumée dans son existence. Ravagée par la rancœur aveugle. Détruite. De celles qui finissent en overdose au fond d’une ruelle sordide ou pendue à une poutre, abandonnée de tout espoir.

Ma voix se fait glaciale. Dénuée de colère, certes, mais sans plus aucune humanité.

« Hé bien fais-le. Tue-les. Détruis ce passé qui t’enchaîne. Et lorsqu’ils seront morts, peut-être penseras-tu à ce que j’ai dit. Peut-être te rendras-tu compte qu’à la place du cœur, tu n’auras plus rien. Et que tu deviendras comme eux envers ceux qui t’entourent et te tendent la main. »

Je reste là, devant elle, sévère et détruit. Une chose est sûre. Une seule : les sacs de sable du Mad Dog vont prendre cher, ce soir. Très cher.
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Jeu 13 Oct - 23:48 (#)
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O
h oh. Tu as touché une corde sensible on dirait. Qui aurait cru que Wilson la montagne souriante en cachait une ? L’homme dont la rumeur réclame qu’il sourit même en dormant serait donc capable de s’énerver ? Silencieusement, il fulmine ; tu reconnais tous les symptômes. La posture qui devient rigide, les poings qui se serrent, les muscles du cou qui se raidissent… Tu as déjà vu ça des dizaines et des dizaines de fois auparavant. Une histoire qui se répétait tragiquement semaine après semaine : toi encore en tout début de vingtaine dans un bar quelconque cherchant le type le plus balèze et le plus susceptible de la pièce pour le rendre fou de colère. Une fois remise de ta trempe, c’était le même scénario, seulement un bar et un type différent. Faut vraiment avoir un sacré pet au casque pour faire ça, pas vrai ? Faut croire que c’est ton cas, mais la violence était à l’époque le seul langage que tu savais comprendre, pas étonnant donc que les poings étaient tes seuls instruments de dialogue.


L’air dans la berline est asphyxiant, toxique. Tu voudrais ouvrir la fenêtre pour mettre fin à ton apnée mais tu es terrifiée à l’idée de faire le moindre mouvement. Le silence est pesant sans même l’autoradio pour le combler maladroitement, et tu ne sais pas encore à ce stade si la vingtaine de minutes de trajet entre les urgences et la maison restera muette. Tu le préfèrerais. C’est une voix féminine, grinçante et terriblement familière qui tranche finalement le silence.

- Tu sais combien ça nous coûte à chaque fois ?

Tes blessures te font mal, les gosses t’ont mis sacrément cher aujourd’hui, mais en ce moment c’est ton cœur qui te lance le plus. Dommage, c’était une des seules parties de ton corps que les autres gamins du quartier n’avaient pas touché. Tu ne réponds pas ; tu sais très bien le prix qu’ils ont payé, tu étais avec eux quand ils l’ont fait. A l’avant, ils s’agacent encore plus.

- Réponds quand je te pose une question Heidi !

Les larmes commencent à te monter aux yeux. Tu as mal et tout ton corps réclame un armistice, mais tu ne dois pas pleurer parce que sinon tu sais qu’ils crieront plus fort, et tu as horreur quand ils crient. Tu bredouilles, plaintive, vidée de tout espoir avant même le moindre mot.

- M.. Mais c’est eux qui ont commencé à me-

Sèchement, on t’interrompt. Tu savais que ça allait arriver, mais c’est quand même un nouvel anneau qui vient enserrer ton palpitant.

- Oh, arrête un peu ! Tu devais l’avoir cherché ! C’est toujours la faute des autres avec toi ! Ton père et moi on se tue, tu m’entends ? On se *tue* à essayer de t’éduquer correctement, et c’est comme ça que tu nous remercies ?

Le père, justement, soupire lourdement puis commente sans quitter la route des yeux.

- C’est une cause perdue, Nina, on perd notre temps.

Il t’a déjà abandonnée. Dans sa voix, tu aurais presque pu l’entendre proposer de te laisser sur le bas-côté. Ça n’a pas suffi à calmer la mère qui se retourne à nouveau furieusement vers toi tandis que tu tentais d’encaisser silencieusement ce nouveau coup venant de ton propre camp. Elle hausse encore plus la voix. Tu aimerais te boucher les oreilles. Tu aimerais qu’ils te laissent sur le bas-côté.

- Et elle jette notre argent par les fenêtres, la petite ingrate ! C’est la troisième fois ce mois-ci ! La prochaine fois tu te débrouilleras toute seule si tu veux un pansement ! Tu comprends ou tu es trop bête aussi pour ça ?



En fixant ses yeux rancuniers, tu revis un vieil épisode de ta vie tandis qu’il baratine. A neuf ans déjà tu avais le cœur percé de trous béants, séquelles des poignards essuyés de tous fronts. Tu te demandes brièvement s’il changerait d’avis s’il était capable d’assister à tes souvenirs comme celui qui vient de défiler derrière ta rétine à l’instant.
Il y a tension. Il y a opposition. Et dans ces cas-là, tu détestes que l’on te prenne de haut, au figuré comme au littéral. Alors, par réflexe, instinct même, tu te lèves lentement de ton assise sans jamais quitter le regard du géant. Il te surplombe toujours, mais au moins comme ça tu peux faire étal de cette témérité stupide qui te pousse à exacerber ta fierté à n’importe quel coût. De longues secondes de silence passent. Ton souffle filtre à travers tes dents, et si tu en avais le pouvoir, tu l’enverrais s’écraser contre le visage du barman.
Finalement, tu réponds. Ta voix est calme, et plus froide que jamais.

- Et tu crois que mon cœur est dans quel état, là, hein ?

Meurtri et goudronné, c’est un miracle qu’il batte encore.

- Toutes les fois où ils m’ont reproché de m’être fait battre, toutes les fois où ils m’ont insultée et humiliée, traitée de souillon, de moins-que-rien, toutes les fois où ils m’ont dit droit dans les yeux qu’ils regrettaient de m’avoir mise au monde, je devrais leur pardonner tout ça ? Je devrais faire comme si ça n’était jamais arrivé ? Nie, ale jak myślisz, kim jesteś, powiedz mi sukinsynu ?

Tout comme il t’a défiée l’instant d’avance de passer à l’acte, c’est à ton tour de le faire. Qu’il essaie de te dire de passer à autre chose, tu l’attends. Le terrain est désolé et stérile, et tu le connais par cœur, rien de bon ne pourra jamais en sortir. Il a souhaité vous y entraîner, alors qu’il assume sa position. Tu lui raconteras chaque détail, chaque souvenir que tu conserves de ton enfance, et tu le mettras au défi après chacun d’eux de te soutenir la nécessité du pardon et la futilité de la vendetta.  

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Lun 17 Oct - 16:27 (#)



M
on esprit ne cesse de passer d’un sentiment à l’autre, confus et mélangé. D’un côté je la prends en pitié, pauvre enfant malmenée par la vie, par ses parents, en perte totale de repères. Sa haine semble justifiée, comme un rempart face à la tristesse de son état. Une carapace de violence pour rester à la surface et ne pas sombrer dans de noires pensées autodestructrices. J’ai presque envie d’être indulgent face à son attitude glaciale, face à ses provocations, face à ses sentences amères et extrêmes. Et face à ça, en opposition, je ressens aussi de la colère. Elle paraît égocentrique à l’excès, ne se posant pas l’ombre d’une question sur les conséquences de son attitude, son manque cruel d’empathie. Elle se moque de faire du mal, de blesser, pourvu qu’elle défende son point de vue à la ramasse. Fière mal à propos, hargneuse envers tous, surtout les personnes qui ne peuvent rien à son état. Incapable de se remettre en question. Une gamine puérile qui n’a pas su grandir, devenir adulte. Pour ça aussi, je ressens de la pitié, mais pleine d’ressentiment négatif.

Coincé entre ces deux états, je ne réagis pas lorsqu’elle se lève pour me faire face, singeant une nouvelle attitude provocatrice. Elle est désespérée et désespérante. Paumée. Mes yeux sont posés sur elle avec tristesse. La tension en moi, fulgurante l’instant d’avant, laisse place à une peine désastreuse. Sa voix désincarnée, filtrant finalement à travers ses lèvres pincées, ne cache pas sa détresse profonde, ancrée dans ses mots : Dans quel état est son cœur, là ? En bouillie, sans aucun doute. Rongé par la rancœur, noir et plat, bleu et triste. Un état misérable, pitoyable, qui va jusqu’à fendre le mien. Je secoue la tête de droite à gauche. De gauche à droite. Je n’ai pas envie de rétorquer : la question était bien sûr rhétorique.

S’en suit alors une cascade de reproches envers ses parents, en succession de faits plus graves les uns que les autres, fustigeant leur cruauté, accusant leur inaptitude crasse à la parentalité. Elle est indignée, profondément. Et pour ça, je ne peux lui en vouloir. Mais de là à parler de meurtre ? De mort voulue ? Elle ne se rend pas compte de la portée de sa propre volonté de nuire. Elle demande si elle doit pardonner, elle demande si elle doit nier ce qui s’est passé, l’oublier. Je soupire, déçu. Elle n’a rien compris. Elle traduit de mes mots ce qu’elle souhaite entendre pour jouer son numéro de haineuse irresponsable. Elle finit sa tirade par une phrase emplie de fiel, dans une langue que je ne connais pas. Pas très poli, mais je ne suis plus à ça près. Elle ne fait que démontrer une fois de plus son incapacité à gérer la situation, ses émotions. Je réponds d’une voix lasse.

« Non. Et non. Ce qu’ils ont fait semble inexcusable, et tu es trop marquée pour l’oublier. Mais le fait qu’ils soient monstrueux ne signifie pas que tu doives devenir toi-même un monstre. En les voulant morts, d’une part. En faisant du mal autour de toi, ensuite. Et pas forcément volontairement. »

Je pose un regard sur le piano à côté, délaissé.

« Crées-tu ainsi de la froide distance entre toi et tous ceux qui veulent te connaître ? Quel besoin as-tu de blesser ceux qui ne sont en rien responsables de ton passé ? Ton cœur, là, il est noir. Noir de haine. Noir comme le leur. »

Mes yeux reviennent se plonger dans les siens. Je sais l’accusation violente, mais la comparaison reste pertinente. Elle ne peut y rester sourde. Et même si elle ne réagit pas, par fierté glaciale, au moins elle l’entendra.
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Mer 19 Oct - 19:33 (#)
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S
emble. Ce qu’ils ont fait *semble* inexcusable. Tu commences à mettre le doigt sur la chose dans le discours de Wilson qui a commencé à te faire vriller. Tu sais parler de tes parents sans t’énerver, tu le fais régulièrement avec ton thérapeute et tu fais des progrès, lentement mais sûrement. Ce n’est pas la première fois que tu mentionnes tes souvenirs d’enfance et tu avais réussi récemment à le faire avec un calme relatif, en contenant toute la haine que ta mémoire canalise.
Chaque chose en son temps : d’abord apprendre à te contrôler, et ensuite commencer à régler les problèmes de fond. Guérir. C’était déjà une étape importe, de comprendre et surtout d’accepter que tu as un problème. C’est une prise de conscience qui fait peur et que l’on aimerait retarder le plus possible. C’est un changement complet de paradigme, un coup sévère à l’ego que de passer de socialement inadaptée à malade aliénée, une mutation qui saurait se passer en douceur.

Pourquoi est-ce que tu es si froide Heidi ? Pourquoi est-ce que tu mets autant de distance entre toi et les autres Heidi ? Pourquoi ne te rends-tu pas compte de ce que tu dis Heidi ? Pourquoi es-tu si méchante Heidi ? Pourquoi te comportes-tu comme un monstre Heidi ? Tu as envie de l’envoyer se faire voir, et c’est peut-être même ce qui va finir par arriver. Chaque phrase qui s’échappe de sa bouche sonne comme une accusation, un reproche tout aussi cruel que les paroles qui te sont reprochées. Comme s’il suffisait d’une discussion pour tout changer. Comme si t’accabler des évidences qui tournent sans jamais fatiguer dans ton esprit dès qu’il n’est pas assez diverti allait magiquement te libérer de l’amertume dont tu es imbibée jusqu’à la moelle.
Qu’est-ce qu’il attend que tu lui répondes, au juste ? Oh oui, tu as raison Wilson, je me rends compte grâce à toi que ma haine est irrationnelle. Je vais appuyer sur le bouton pour l’éteindre tout de suite. Tu n’es ni un robot, ni une gamine qui aurait besoin d’être secourue. De toutes façons, les bons samaritains considèrent toujours qu’une cause est perdue lorsqu’ils ne peuvent gargariser leur ego de pseudo-philanthropes en la sauvant sur l’instant. Ils sont trop aveuglés par leur obsession pour la morale pour saisir que vous autres, les paumés, ne voulez pas être sauvés des griffes du grand méchant Mal ; tout ce que vous voulez, c’est être compris. Ne plus vous sentir aliénés, ostracisés de votre propre libre-arbitre.

L’agacement sévère qu’il t’inflige se lit plus que jamais dans ton regard. Par un réflexe béni, tu lui réponds dans la foulée ces mots que tu aimes par-dessus tout.

- Je t’emmerde Wilson, en fait.

Avec ta voix, ça sonne comme une évidence ; la conclusion logique de votre discussion jusque-là. La sincérité absolue, à tel point que tu ne crains même pas de représailles : tu restes plantée devant lui, ton corps mince défiant dans toute son attitude les muscles du colosse. La blessure profonde qui s’est rouverte pendant cet échange stérile a réveillé la frustration profonde de ne pas être écoutée, celle de ne jamais gagner la moindre dispute. Cette frustration, à son tour, a réveillé un pouvoir nouveau et encore mal maîtrisé, produit du mélange de ton sang et de celui d’une immortelle.

- Tu t’es pris pour qui ? Vraiment, je te pose la question. Pour qui tu te prends ? C’est moi qui mets de la distance entre moi et les autres ? Qui est-ce qui s’est offusqué comme une pucelle – ironique – quand je me suis sentie assez en confiance pour livrer le fond de ma pensée ? Elle te vient d’où ta morale à la con pour qu’elle te donne le droit de me prendre de haut comme ça ?

Tu anticipes une potentielle réponse en repartant de plus belle après avoir repris ta respiration. Tu ne cries même pas.

- Et viens pas me dire que tu m’as pas prise de haut. Tu te crois mieux que moi parce que, *ouuh*, j’ai pas un cœur aussi pur que celui de Saint-Wilson. J’vais te dire, je préfère largement être le monstre que tu penses que je suis que d’être le putain d’inquisiteur que tu réalises même pas que t’es.

De longues secondes, tu laisses retomber tes paroles et le silence reprendre timidement sa place entre vous sans jamais détourner le regard. Et puis, tu finis par t’écarter et faire un pas en direction de ton sac posé avec soin sur le couvercle du piano. Tu le fouilles un instant pour en sortir ton porte-monnaie.

- Je paye mon verre et je me casse. J’ai pas envie d’avoir la moindre dette envers toi.

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Mer 19 Oct - 21:28 (#)



O
h Bondye. Ça y est, elle a l’air énervée. Était-ce mon but, une attente de réaction à mes paroles ? Une réaction humaine, pour le coup, bien loin de sa froide distance singée jusqu’ici. Était-ce là mon objectif depuis le début de la discussion, qu’elle cède à ses émotions et qu’elle ouvre réellement son cœur ? Non bien sûr, j’étais sincère et direct, franc et sans intention détournée. J’aurais bien aimé être perspicace et calculateur, pour induire des émotions chez les autres pour les conduire vers d’internes conclusions, mais je dois être honnête avec moi-même : je ne suis pas un manipulateur. Loin de là. Ni même assez malin pour songer prévoir plusieurs coups à l’avance, comme le font les excellents orateurs. Je suis simple, direct. Un peu bas du front, peut-être, à certains moments. Mais pour des buts nobles, des intentions pures.

Et pourtant, je suis presque soulagé de l’entendre prononcer ces quelques mots, qui auraient blessé n’importe qui d’autre : « Je t’emmerde Wilson ». Oh bien sûr elle n’a pas explosé de colère, répandu ses cris dans tout le bar en envoyant voler son verre par terre, mais ça sonne pour moi comme un pas en avant. Un pas en avant dans la discussion, au moins. Pour elle, restons humble, le chemin semble encore bien long. Très long. La voir ainsi, tendue comme une crampe, devant moi me donne presque envie de la voir me frapper, serrer ses petits points et les envoyer avec virulence dans mon poitrail, dans mon ventre. Jusqu’à couper ma respiration, jusqu’à épuiser ses larmes.

Mais elle n’éclate pas. Pas en pleurs ni en violence, en tout cas. Elle commence à parler, à être plus volubile, à m’envoyer clairement, sans détour, des reproches dans la figure. Me retournant mes propres erreurs, mes propres vices, fussent-ils à son service. Par ma volonté, en tout cas. Au moins me fait-elle prendre conscience que j’ai tort, peut-être, d’insister. De tenter ce genre de chose, si aigüe, sur quelqu’un que je connais si peu. La colère qui est montée en moi pendant que nous parlions se retourne sur moi, subitement. Mais qui suis-je, en vérité, pour imposer ainsi ma façon de penser idiotement bienveillante ? Qui suis-je pour vendre ainsi une morale qui peut lui paraitre si désuète ? Les mots qu’elle prononce choquent et rechoquent dans mon esprit, rebondissant durement sur les parois de ma psyché.

Non, putain, je ne l’ai pas prise de haut. Non, bordel, je ne me crois pas mieux qu’elle. Et je ne me vante en aucun cas d’avoir un cœur pur. Elle m’insulte, m’injurie. Inquisiteur puritain, monstre de moralisme. Mais quel intérêt désormais de m’en défendre, à part jeter de l’huile sur un feu déjà trop grand, un incendie déclenché par mon propre souffle sur les braises de son passé ? Aucun. Aucun, et j’en suis de plus en plus convaincu. Je ravale ma salive et ma fierté, je me renfrogne en de sombres pensées destructrices. La colère, c’est en moi qu’elle point. Mais pas contre elle. De manière générale. Une colère que je canalise depuis bien trop longtemps, que j’enterre sous un sourire, que je laisse surgir aux moments opportuns, mais sans jamais en chasser l’essence.

Le silence se fait, je me mure dans un soupir qui gonfle mes joues et ferme mes paupières. Un commentaire de plus, un reproche encore, et c’est moi qui briserai des verres, qui ferai claquer des portes, qui irai insulter le quidam se trouvant sur ma route. Qui irai casser des gueules dans les bouges immondes des bas-quartiers jusqu’à ce que la rage m’ait consumé, et ensuite noierai mon chagrin dans de l’alcool bas de gamme en retournant pour une fois les rôles de l’ébréché et du barman à l’écoute. Tout ça pour quoi ? Pour une gamine qui m’a remis à ma place ? Non, ça va plus loin que ça. Heidi a eu raison de le faire, de me dire mes quatre vérités. Car c’est ma bien-pensance usuelle et fondamentale qui est là remise en question. Par elle. Par moi. Par la situation. Mais qui je suis, bon sang !?

Mais l’écart vient. Un écart de sa part, stigmate de sa propre colère. Elle se rue sur son sac pour en sortir son portemonnaie et me lancer à la gueule qu’elle se barre et qu’elle n’a aucune envie d’avoir une dette envers moi, quelle qu’elle soit.

Mon sang ne fait qu’un tour. Rouge, ma colère explose. Rouge, je me laisse aveugler. Je me saisis de son poignet avec force, tant pour lui faire lâcher son soi-disant dû que pour la rasseoir brusquement sur le tabouret qu’elle n’aurait jamais quitté sans ma stupide intervention. Et là, j’explose, je lui déflagre à la gueule. Maintenant ma main serrée sur son avant-bras sans même m’en rendre compte.

« T’es une petite conne, Heidi, mais t’as putain de raison ! J’ai rien à te dire et j’suis personne. Ouais, tu m’emmerdes parce que j’arrive pas à t’arracher un putain de sourire, mais c’est juste parce que je suis un putain de con hypocrite que j’essaie. J’m’attendais à quoi, bordel ? A te sortir d’un truc qui te brûle depuis ton enfance, alors que je connaissais même pas ton prénom y’a une heure ? »

J’ai presque envie de poursuivre « J’suis pas ton père », mais le peu de lucidité qui me reste me garde bien de prononcer ces mots aptes à déchainer un volcan. Je poursuis néanmoins, hors de moi. L’accent créole de mes origines lointaines s’aggrave avers la colère qui grogne.

« Ouais, pour qui je me prends à vouloir que les choses se passent bien, à imposer ma philosophie de merde à tous mes clients. J’suis une merde pas capable de piger quoique ce soit aux trucs complexes de la vie des autres, sans aucun doute. Même si j’essaie, putain. Même si j’essaie. »

Mon souffle est court, mes yeux rougis. Mon regard est planté sur elle, mon corps penché vers elle. La colère m’essouffle, la hargne se tarit petit à petit.

« Mais y’a un truc de sûr, Heïdi, un truc sur lequel je serai intransigeant : tu paieras pas ce verre. Tu paieras pas ce verre, et tu continueras à jouer ta musique ici, seule ou avec ton groupe. Quitte à ce que plus jamais nous ne nous adressions la parole. Quitte à ce que je me barre si t’as pas envie de me voir. »

Car c’est ça, pour moi, qui est important. Juste ça.
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Dim 30 Oct - 19:44 (#)
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allait bien que ça arrive. En voyant le bras du géant s’élancer vers toi, tu es persuadée que le temps que tu clignes des yeux, tu vas récolter la beigne qui te pend au nez depuis que tu as commencé à livrer le fond de tes pensées. Dans ces moments-là, ton corps réagit avant même que ton esprit lui en ait donné la consigne. La situation est terriblement familière, et si l’on mettait le temps en pause, tu saurais décrire la suite des événements après un simple coup d’œil.
Ses muscles se tendent, subtilement, une saccade remontant de l’intérieur de son poignet jusqu’aux muscles de son cou. L’humain, lorsqu’il s’apprête à frapper, ne pense qu’à une seule chose : viser la tête. Le visage. L’identité de celle qui les a mis dans cet état : on veut défigurer. On veut faire taire. On veut clore les lèvres qui crachent le venin qui ronge ses oreilles. Pas que ce soit bête, mais c’est assez irrationnel, un coup à la rate par exemple est un moyen terriblement plus efficace de faire s’écrouler de douleur l’être honni.
Tout comme le réflexe veut que l’on cible la tête, de l’autre côté de la garde, il veut aussi qu’on la protège, et c’est exactement ce que tu fais. En même temps que la main de Wilson se rue dans ta direction, tu pivotes et tu lèves le coude au niveau de tes yeux, tu rentres la tête dans les épaules et tu te prépares à absorber le choc à venir. Ca ne sera pas agréable, loin de là, mais dans une dizaine de minutes tu ne sentiras plus qu’un léger picotement endoloris.

Et là : surprise. Ta tête est encore en un seul morceau, mais tu n’es pas pour autant tirée d’affaire. Sa main massive enserre ton autre poignet, et il se met à parler comme si le fait que tu l’écoutes était une question de vie ou de mort pour lui. Il te hurle dessus comme tu as déjà hurlé sur tant d’autres personnes, et pour dire quoi ? Que tu as… raison ? De tout ce qu’il a pu te dire ce matin, c’est peut-être ça qui te désarçonne le plus. Non, c’est une certitude : on ne t’a jamais aussi frontalement dit que tu avais raison et c’est une nouveauté suffisante pour te faire oublier le temps d’une seconde l’étau qui se resserre autour de ton poignet. Tu as beau chercher et creuser aussi profond que tu le peux dans ta mémoire, tu ne peux pas déterrer un seul souvenir de quelqu’un te disant que tu as raison, et mine de rien, ça te fait quelque chose.
Enfin, la surprise ne peut pas éternellement préserver la prise du barman, et tu finis par t’en dégager d’un violent geste du bras.

- Mais lâche moi putain.. !

Tu recules d’un pas, tires ton sac vers toi pour le plaquer contre ta poitrine, mais tu ne t’en vas pas sur le champ. Pour avoir osé te dire droit dans les yeux que tu avais raison, tu vas laisser à Wilson l’occasion de terminer son monologue. Rien de bien intéressant, malheureusement. Il s’apitoie sur lui-même, mais tu es capable de te rendre compte toute seule qu’il serait gonflé de ta part de le lui reprocher. Il déclame les difficultés qu’il a à constater le décalage entre ses ambitions et la vraie vie, les limitations qui lui sont propres et que l’on est obligé de mettre de côté si l’on veut tout de même rêver. Rien qui ne te concerne vraiment, finalement. La seule chose que tu as envie de lui répondre, c’est bienvenue au club. Le club de ceux qui se rendent compte qu’ils rêvent trop grand.
Le type veut rendre tout le monde heureux, il ne peut pas réaliser seulement maintenant que son ambition est folle. Le fait qu’elle puisse être altruiste ne la rend pas moins démesurée. Son cri, là, c’est pour toutes les fois où il a dû se dire que bordel, c’est trop dur. Et ça, même si tu ne partages en rien son rêve, même si tu méprises sa moralité et ses idéaux, tu ne peux pas nier que tu sais ce que c’est.

- C’est bon, t’as fini, je peux y aller ?

Revenir ici jouer ta musique ? Peu probable. S’il a dû apprendre quelque chose de votre conversation, c’est bien que as la rancune tenance, alors ça ne devrait pas vraiment l’étonner de ne plus te revoir mettre les pieds dans le coin.
Tu t’apprêtes à faire le premier pas vers la sortie, avec la ferme intention de contourner le colosse. Au moment précis où tu aurais dû lever le pied, tes muscles se raidissent cependant, t’empêchant de faire le moindre mouvement.
Elle est là.
L’inspiration. Apparue sous tes yeux comme un papillon fugace et prête à disparaître en un battement de cils, tu dois la saisir à n’importe quel prix. Ton regard se fait sérieux, plus qu’il ne l’a jamais été, car pour toi c’est elle la situation de vie ou de mort. Très rapidement tu te retournes pour faire face au piano. Ta main gauche se pose sur les touches familières avec une avidité rare, et tes yeux sont rivés dessus comme s’ils attendaient à le moment où elle allait se manifester à nouveau, danser sur l’ivoire et l’ébène pour te donner la réponse que tu cherches depuis si longtemps. Ton autre main se tend en direction du barman, et tu lui montres ta paume sans même lui accorder un regard.

- Boucle-la. T’avise pas de dire le moindre putain de mot. Je t’en supplie.

Tu fermes ensuite les yeux et laisses passer quelques secondes de silence, intensément concentrée, jusqu’au moment où ton autre main se pose sur le clavier. Et finalement, ensemble, tes doigts font chanter une harmonie nouvelle aux marteaux et au cordes. Tu grimaces et relâches ton souffle, réalisant que tu t’étais mise en apnée sans même t’en rendre compte. Un léger, très léger gémissement t’échappe. Il y avait quelque chose de beau dans ces quelques notes, quelque chose de si beau que ça a lavé ton esprit de toutes les préoccupations qui y avaient fleuri pendant la discussion pour les concentrer en une perle unique.
Tout aussi soudainement, tu te mets à fouiller frénétiquement dans ton sac pour en sortir ton papier à musique et ton crayon gris. Tu jettes le tout précipitamment sur le couvercle du piano, et tu commences à griffonner en en oubliant le monde entier autour de toi, comme si ta vie en dépendait. Très précisément parce qu’à cet instant, tu es absolument persuadée que ta vie en dépend.

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Mar 8 Nov - 14:12 (#)



T
ous mes muscles sont crispés de cet éclat de colère m’ayant échappé. Aussi quand elle se dégage sans ménagement de mon emprise sur son bras, je reste un instant bête, sans bouger, penché en avant et bras ballants.  Mon regard la suit : elle s’empare de son sac, se le plaque contre le corps comme pour s’en servir de bouclier et me darde d’un regard méprisant. Qu’elle accompagne bien vite d’une nouvelle bravade, me renvoyant mes paroles comme si elles ne l’avaient même pas un peu remuée. Comme si elle n’avait en rien été touchée. Comme si, en fait, je m’étais inutilement épanché auprès d’elle. Je me redresse, l’esprit vague, le corps raide, la mine fermée de celui qui vient de se faire choper en train de faire une bêtise. Le visage d’un gamin.

Sans un mot de plus, elle tourne les talons et fait mine de partir vers la sortie d’un pas décidé. Je reste immobile, même si mon regard dévasté reste sur sa silhouette menue. Est-ce la dernière fois que je la vois ici ? Est-ce la dernière fois que j’entends le son de sa voix, le tempo de sa musique ? Ai-je été trop loin ? Trop virulent, trop intrusif ?

Mais elle ne bouge pas. Pire : son regard change. Elle se tourne vers le piano et caresse les touches. Un dernier adieu ? Une main se lève vers moi, ferme et décidée, alors qu’elle m’ordonne, vindicative, de ne pas prononcer un mot de plus. Une supplique que je sens à la fois sincère et pressante. Elle ferme les yeux, laissant passer un temps de ce silence réclamé que je décide de ne pas froisser. J’inspire. Et là, les notes pleuvent, originales, passionnelles. Heidi elle-même semble suspendue dans l’instant. Je ferme les yeux, apaisé. Et j’expire.

Avec frénésie, elle fouille son sac, en sort ses partitions. Sous mon regard bienveillant, rassuré, elle griffonne ce qui semble l’avoir touchée : une inspiration subite, soudaine. Alors, un sourire précieux, celui qui n’aurait jamais dû quitter mes lèvres, se colle à mon visage. Je ne prononcerai pas un mot non, mais dans mes yeux, si d’aventure elle les observe, elle lira de la reconnaissance. Car elle vient, sans même le savoir sans doute, de me faire une promesse.

Dans le silence retrouvé, je fais demi-tour et retourne bien sagement derrière mon bar. Les mots ne sont plus utiles : tout a été dit. Pour l’instant…
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