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Mémoires d'outre-tombe • Mei

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ADMIN ۰ Mignon comme Tchoupi, aussi vnr que Moundir : le Loup d'la Vieille (la chair vivante, c'est gourmang-croquang)
Gautièr Montignac
Gautièr Montignac
ADMIN ۰ Mignon comme Tchoupi, aussi vnr que Moundir : le Loup d'la Vieille (la chair vivante, c'est gourmang-croquang)
◖ INACHEVÉ ◗

Mémoires d'outre-tombe • Mei WjqXz0V Mémoires d'outre-tombe • Mei 7dbuIBt Mémoires d'outre-tombe • Mei A4xF6gr

"C'est une histoire de dingue.
Une histoire bête à pleurer."

En un mot : Meursault d'Occident. Sorel d'Amérique.
Qui es-tu ? :
"J'irais bien voir la mer.
Écouter les gens se taire."

◖◗ Homme du pays occitan, dans le Sud de la France. Né au cœur des Pyrénées aux sommets blanchis, entre le soleil et la rocaille du mois de juillet 1898.
◖◗ Loup-garou Bêta condamné à fuir famille et village, jeté sur les voies forestières d'un exil, des frontières d'Espagne aux vallées de Lozère. Voyageur infatigable, jusqu'au Nord de la France et la côte est américaine.
◖◗ Relation d'amour et de haine pour cette France ingrate. Son sang a coulé pour des généraux dont le pied n'a jamais foulé le no man's land de la Grande Guerre. Membre d'un réseau clandestin dans les années 40.
◖◗ Rêveur misanthrope à la philosophie d'un autre temps. Passe sans mal de l'empathie au jugement, de la tolérance au dégoût. Aide lorsqu'il le peut. Tue quand il le doit. Bestiole dans le crâne qui commandite d'étranges désirs.
◖◗ Homme à tout faire : capable de nettoyer les chiottes, de garder un musée, de balayer la rue ou de tenir une caisse. Prédilection pour les postes de serveur, aidé par ses hanches étroites et ses bras solides. Poste d'observation privilégié pour tous les comportements humains et non-humains.
◖◗ Rebut. Incapable de s'adapter pleinement à une meute. Chaque tentative se solde par un échec plus ou moins pénible. Solitaire, se protège derrière la barrière de mensonges qui résistent encore aux outrages du temps. Prétend n'être rien d'autre que la Bête du Gévaudan. S'en convainc parfois, ou bien d'être un descendant.
◖◗ A subi les affres du sang et de la rumeur capable de frapper tous les bourgs et hameaux des campagnes profondes. Accusé de crimes qu'il n'a pas commis. N'a jamais eu l'occasion de racheter son honneur parmi les siens.
◖◗ Amant de Mei Long, poupée chinoise de sang royal. La rencontre entre deux écorchés de la vie, entre deux psychés abîmées, vouées à toutes les folies et aux errances mortifères dans les bois du Maryland.
◖◗ Poursuivi par des flics qui n'ont pas pour habitude de lâcher prise. Connu des autorités américaines depuis les années 70. En cavale permanente. Passé maître dans l'art des identités plastiques, artificielles. Espère trouver à Shreveport l'abri de la dernière chance, en incorporant les rangs de la meute. Tueur de flics et de femmes. Traqueur traqué de Medea Comucci.
◖◗ Mélancolique. Dans ses bons jours, capable de déceler la beauté dissimulée derrière tous les aspects de l'existence. Amoureux d'Histoire et de littérature, lecteur infatigable de Camus et de Céline.
◖◗ Dérangeant. Par ses regards perçants, par ses paroles sans filtre, par ses rires grinçants : inadapté, mais sympathique, si son interlocuteur s'y prête.

◖BÊTE DU GÉVAUDAN◗

Mémoires d'outre-tombe • Mei S6v5sWR Mémoires d'outre-tombe • Mei N1Hqv8C Mémoires d'outre-tombe • Mei TlIINL9

"L'a pas tellement changé la France.
Passent les jours et les semaines,
Y'a qu'le décor qui évolue.
La mentalité est la même.
Tous des tocards, tous des faux culs."

Facultés : ◖◗ Faiseur d'histoires. Capable d'inventer mythes et récits sans effort. Charmant ou effrayant tour à tour. Se réinvente sans cesse, personnage protéiforme.
◖◗ Passé maître dans l'art de dissimuler un corps et d'en ôter la vie. Tous les moyens sont bons.
◖◗ Sait comment survivre face au froid, à la pluie, à la grisaille et à la brume, aux mers, aux monts et aux coups bas. Aux morsures, aux traîtrises, aux caresses, aux promesses.
Thème : Le Fleuve ◖◗ Noir Désir
Mémoires d'outre-tombe • Mei L4AOxKs
◖MINDHUNTER◗

Mémoires d'outre-tombe • Mei M70Ex1d Mémoires d'outre-tombe • Mei IfwWWwA Mémoires d'outre-tombe • Mei QeVIwzX

"Je vais les rues je vais les lieux où on ne m'attend pas. Ceux que je croise au fond des yeux, non, ne me voient pas. Je parle à des gens comme moi qui n'ont l'air de rien. Des esclaves en muselière qui n'en pensent pas moins."

Mémoires d'outre-tombe • Mei WdHxnMJ
Pseudo : Nero
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Double compte : Eoghan Underwood, Sanford R. De Castro, Aliénor Bellovaque & Ian C. Calloway
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Sam 29 Avr - 2:00 (#)


Plus la saison était triste, plus j'étais heureux.
Lorsque le Loup lève les yeux vers le ciel, il ne distingue qu’à peine l’étendue d'encre rendue plus blême par la Lune. Au-dessus de lui, les branches glacées par l’hiver découpent ce plafond d’étoiles comme autant de doigts démesurément longs, inhumains. Des doigts de sorcière. Des doigts de monstre. Sa langue claque presque silencieusement contre son palais. Ses dents mâchent du vide.

Il a faim.

Silhouette décharnée aux traits encore presque juvéniles, il ne sait plus depuis combien de temps il a quitté le Vieux continent pour un autre, traversant l’Atlantique pour mieux se réfugier dans les bois décharnés. Il a perdu sa montre. Quelque part. En France ou en Amérique ? Il ne sait plus. Ses mâchoires clapotent encore. Il déglutit, à plusieurs reprises, et un arrière-goût de rouille semble hanter la base de l’appendice, juste sous la glotte. Il a faim. L’animal pourrait chasser. Mais il n’en a même pas envie. Pas maintenant. Il se contentera des maigres reliquats dérobés çà et là. Il a pris l’habitude, de ne pas manger suffisamment. Il s’impose presque cette torture de chaque jour, chaque nuit. Il frémit. Ses ongles viennent râper son crâne pour éteindre une démangeaison vicieuse. Il peut entendre la peau crisser sous ses griffes. Ses cheveux sont un peu trop longs. Ils gênent, parfois, le champ de vision des pupilles vertes qui continuent de contempler la nuit. Il ne sait pas ce qu’il fait là. Il ne sait pas ce qu’il attend. Dépourvu de sa Meute, rendu à une errance mortifère, la folie qui n’a jamais cessé de l’habiter depuis la Guerre a maintenu toute son hégémonie dans la tête de l’ancien Poilu. La Bestiole est là, elle aussi. C’est sûrement elle, qui le démange. Il égratigne sa tempe, insiste et gratte comme un chien bouffé par la gale. Rien que d’y penser, d’autres points d’irritation naissent, partout sur son corps. Sur sa cuisse. À l’aine, là où la peau se fait sensible. La caboche lourde, il humecte ses lèvres gercées, insiste sur les commissures promptes à s’assécher. Même sa nature de garou ne peut le protéger éternellement des revers de la mauvaise saison. Resté prisonnier d’une transe qui ne porte pas de nom, sa conscience s’ébroue lentement, et l’invite à s’ébranler. À ne pas rester ici. À s’abriter.

Il n’a personne à rejoindre.
Il n’a personne à aider.
Personne à aimer.

Pourtant, il déplie sa haute silhouette ; presque famélique. Il se mord l’intérieur des joues, pour se donner l’illusion de mâcher une matière épaisse. Quelque chose de concret, à se mettre sous la dent. Il parvient au prix d’un effort infini à se détacher de la Lune dont il s’émeut de la courbe parfaite. Cette nuit, voilà qu’elle se détache avec une clarté merveilleuse. Cette nuit, aucune bise mauvaise ne l’atteint, derrière ses vêtements abîmés. C’est une bonne nuit. Une nuit aimable. Il sourit à l’immensité. La forêt est là, tout autour de lui. Elle ne l’écorche pas. Elle lui donnera peut-être du gibier à manger, demain. Ou bien un homme. Il y en a si peu, dans ces bois. Il devrait bouger. Reprendre son périple, comme il le faisait encore il y a quelques mois. Il ne faut pas rester trop longtemps immobile : les animaux répandent entre eux le bruit d’un prédateur embusqué. Il faut les suivre, pour ne pas crever. Encore quelques jours. Quelques jours, et il partira, se trouvera une autre cabane, un autre endroit où vivre. Ou du moins, faire semblant.

La Guerre s’est tue, dehors. Ce dehors à l’intérieur. Ce dehors dans les villes.
Pourtant, comme chaque fois, la Guerre n’en finit pas de finir.
Elle s’est muée en une forme plus sournoise, plus taiseuse.

Les blocs s’organisent, chacun du côté des frontières invisibles. Les hommes se menacent.
Après la Grande Guerre, c’est désormais autour de la Grande Bombe, d’abandonner dans son sillage des traumatismes éternels.
Il n’y aurait pas survécu.

Il a quitté l’Europe, encore terrorisé par la folie des humains ayant semé de nouvelles formes de désolation. Si le soldat d’autrefois a pu se résigner à voir les armées s’entretuer sans relâche, il n’a jamais compris les rafales visant les enfants de l’Exode. Il se rappelle principalement du cadavre d’une fillette. Laissée là, dans le fossé, sans parents pour la réclamer, son corps n’avait pas encore été atteint par la pourriture. Elle sentait la Mort, mais son visage aux paupières closes paraissait serein. Sous sa robe bleue, une rose cramoisie avait fleuri, prenant toute la taille du buste. Le Français en avait déduit que la mitraille de l’avion l’avait frappée dans le dos. Dans un dernier soubresaut désespéré, ou bien retournée par les mains d’un adulte, elle s’était retrouvée là, allongée dans une position absurde ; elle n’aurait berné personne. Il avait beaucoup pleuré cette petite fille. Il la pleurait encore, comme il pleurait toujours un berceau vide, au fond duquel plus rien ne s’agiterait jamais.

Et puis il y avait eu les allées et venues, dans les montagnes. Les souvenirs frappant de plein fouet, le désir de retourner rôder aux alentours du village qui l’avait vu grandir. Il avait su résister à la tentation. Les missions exercées pour le compte de la Meute ne lui laissaient pas le temps de verser dans des émotions égoïstes. Ainsi, il avait respecté les clauses de ce bannissement que nul tribunal n’avait pourtant jamais tamponné comme un fait avéré. La camaraderie et l’esprit de solidarité entre les Loups du Sud-Ouest leur avaient permis de tenir. Ils avaient espéré, compté les jours, patienté jusqu’au Débarquement. Ils avaient couru dans les rues de Toulouse, communiqué avec les camarades de Bordeaux, déchanté lorsque les coups de filet successifs avaient privé la Résistance de nombre de ses appuis. Il y avait eu des moments de grand découragement. Des moments de panique profonde. La Guardia Civil entre les griffes desquels il s’est laissé prendre ; acculé. L’évasion depuis l’un des wagons. La chute, dans le noir, pour échapper au camp. Mais rien. Rien n’aurait pu empêcher le lycan de fuir l’Europe, lorsque les barbelés étaient tombés.

Il avait fui les Fantômes.
Il avait fui ces hommes et ces femmes au regard vide et hagard, leurs orbites creusées si profondément, qu’on pouvait en venir à douter de leur humanité détruite.

Il ne deviendrait pas l’un des leurs.
Gautièr Montignac est robuste, malgré sa maigreur.
La Bestiole ne le laisse pas mourir.
Déjà, elle l’incite à se lancer dans une chasse dont il se promet de revenir vainqueur, demain. Il mangera.

Sous ses chaussures, les feuilles craquent, se déchirent, sèment les échos de sa présence pour toutes les oreilles capables de l’entendre. Ses trajectoires sont difformes, son périple instinctif, jusqu’à la cabane qui, comme par miracle, finit par se détacher entre plusieurs troncs à l’écorce ravagée. Ancienne cabine de chasseur, elle ne contient que quelques rares effets, parmi ceux qu’il a réussi à sauver, qu’il a volé, trouvé, fabriqué.

Dans un état second, il n’aspire qu’à se laisser tomber sur la couche qu’il entretient comme il le peut. Le confort est plus que sommaire, pour ne pas dire inexistant. Tant pis. Mieux vaut cela que de dormir sous terre. Les rats sont absents, ici. Aucun rongeur ne le réveille, ne menace de le mordre ni de lui bouffer les orteils. Les rats, il en a trop vu dans les tranchées. Les rats, il les tordrait bien entre ses doigts de possédé. Il les boufferait crus, juste pour le plaisir de sentir leur sang chaud se répandre dans sa gorge assoiffée.
Quelques pans de toile protègent les ouvertures. Il ne voit pas, qu’une autre Bestiole s’est glissée dans son abri.

Il ne sait pas, qu’un autre Monstre est venu le rejoindre pour combler d’une terre sale le gouffre de sa solitude.

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Le Temps qui reste

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Princesse Kumquat, le Glaçon Impérial.
Mei Long
Mei Long
Princesse Kumquat, le Glaçon Impérial.
ASHES YOU WERE

En un mot : Derrière elle, les traumatismes de l'Orient. Devant, ce spectaculaire et dangereux Occident. Entre les deux, cette douce torpeur, bourreau et gardienne de sa déraisonnable folie. De sa folle déraison.
Facultés : Quietus - Obténébration - Chimérie
Thème : Secret Garden - Adagio
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ASHES YOU WILL BE

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Dim 8 Oct - 15:06 (#)


Save your time (and sanity)


Le corps frappe le sol dans un bruit sourd alors qu’un long gémissement se déploie de la gorge ensanglantée de la femme. Le menton tendu vers le plafond du salon, elle hume l’air encore chargé de fer, les yeux fermés dans cet extase qui lui a tant manqué. Les cris bercent encore en des échos aigus ses tympans, la terreur dans leur regard alimente encore son sadisme d’une satisfaction malsaine. Elle est bien ici, au firmament de la folie, dans les étoiles, au-dessus du monde, des normes, des lois humaines, de l’attachement. Rien ne peut l’atteindre, dans cet état de transe. Rien ne peut l’atteindre, maintenant qu’elle ne ressent plus rien. De sa vie ne reste que des miettes abandonnées aux plus malheureux. Existence en berne, les voiles ne la portent plus, dérivant sur un océan de solitude. Elle l’avait pensé éternel, mais il n’est plus. L’odeur du sang lui rappelle le sien, pathétique flaque noirâtre signant la fin de son maître et bourreau. Les remous d’une haine viscérale la surprennent, dans cette plénitude dont elle est devenue dépendante. Le ressac d’une colère enterrée durant des décennies entières… Jian… Ô Jian… pourquoi étais-tu mort?
Baissant le regard sur ses doigts agités de tremblements, elle en constate l’hémoglobine mais ne sait si son esprit lui joue des tours ou si ce sont là les conséquences de la démence et du bain de sang qu’abrite la nuit dans cette demeure du bout du monde. Dans quel État s’était-elle perdue, dans sa vaine fuite? Tellement de kilomètres parcourus, abandonnant derrière elle une traînée de cadavres. Mei Long n’avait rien à envier au célèbre Jack à présent… Seule… pourquoi était-elle seule? Jian… la colère, la haine, ses doigts teintés de son sang… l’avait-elle tué? En aurait-elle été capable? Avait-elle été assez stupide pour achever son dernier sauf-conduit? Sire, créateur, marionnettiste hors-pair, manipulateur, violeur. Était-ce ça, que sa conscience se refusait à admettre? Après tout ce temps, après tous ces sacrifices, la haine avait-elle dépassé la reconnaissance? Mémoire instable, dualité psychique, elle grogne, se refuse à l’idée simple qu…

Elle l’avait tué.
Mei Long avait tué Jian Na. [...]

Les branches glacées fouettent son visage dans la course folle qu’elle s’impose, l’air chargé de l’électricité typique de la saison hivernale. Le bas de sa robe, d’un blanc passé, absorbe l’humidité du terrain et colle à ses chevilles, se teinte de boue et d’herbes mortes, la lune lui offrant une clarté sommaire et inquiétante. Les sirènes de police de résonnent plus à ses oreilles, les aboiements des chien non plus mais elle s’obstine à couvrir le plus de terrain possible entre elle et les autorités humaines. La fuite, encore et toujours, jusqu’à ce que ses crimes ne la rattrapent. La rubrique des faits divers alimentée par ses exploits, elle a conscience que s’ils ne l’arrêtent pas, une autre autorité, hautement plus compétente, lui tombera dessus. Elle doit prendre de la distance, calmer ses ardeurs, apaiser sa Soif, briser les chaînes de ce cercle vicieux dans lequel elle est plongée. Mais rien n’y fait. Jian n’est plus là pour la tempérer, de gré ou de force. Les gifles cinglantes ne pleuvront plus, son dos ne rencontrera plus durement le mur de pierre de leur appartement, il ne l’obligera plus à… non… courir, encore, se perdre dans ces bois sans fin.

Seule, dans cette éternité. [...]

La cadence ralentie, les feuilles asséchées par la saison et la glaciation de l’air craquèlent sous la semelle trop fine de ses chaussures. Son nez pointe vers les étoiles, luminescentes et multiples sans la pollution lumineuse des grandes villes. Incapable de se repérer dans cette végétation trop luxuriante, elle laisse ses pas la mener sans but autre que semer ses poursuivants. Elle ne peut réellement leur en vouloir de vouloir attraper la bête qui inonde leur monde des atrocités commises, ne leur facilitera pas la tâche pour autant. Monstre est un terme fort qui lui sied à ravir mais dont ils refuseraient de se voir affubler, pointant du doigt leurs ancêtres pour les fautes avérées. Une nouvelle guerre a vu le jour, supplantant la dernière. Le Vietnam et le Moyen-Orient en ligne de mire. Ils n’apprennent donc rien… planqués derrière des arguments qu’ils jugent légitimes. Napalm sur des plaies millénaires pour se préserver d’un communisme qui les dérange, armant les rebelles pour mieux les atomiser par la suite. Eux aussi restaient prisonniers du même cercle qu’elle.

Des heures durant, elle déambule, se demandant à plusieurs reprises si elle ne tourne pas en rond et, au détour d’un sentier effacé par la neige, une bâtisse, au premier abord abandonnée. Probablement refuge de chasseurs, l’Immortelle trouve l’ironie presque amusante. Tendant l’oreille, immobile, calculant mentalement les heures restantes avant le lever du jour, elle se dit que se cacher ici pour échapper à d’autres chasseurs n’est pas l’idée la plus sotte en soit. Le risque à ne pas trouver d'autre refuge est trop grand et malgré ses airs de sauvageonne, elle se refuse à passer une journée entière sous terre au milieu des vers et asticots. Elle vaut mieux que ça, au moins pour un temps.
Écartant le voile qui en couvre sommairement l’entrée, son regard se pose sur la couche entretenue, sur les objets qui traînent ici et là sans rapport commun entre eux. Les sourcils froncés, les sens en alerte, l’endroit semble squatter de façon régulière et l’appel du sang - jamais totalement rassasiée - lui fait esquisser un sourire torve.[...]

Les feuilles qui craquent sous une semelle étrangère la font se redresser discrètement, trouvant dans le recoin d’un mur une cachette de fortune. Quel humain un tant soit peu sensé viendrait se perdre aussi loin de la civilisation. La période de chasse est passée mais peu importe l’imprudent, il ne sera pas le prédateur cette nuit. Mei n’en était pas à une victime près…
La silhouette pénètre les lieux, élancée, fine, masculine et elle déploie les ténèbres autour d’elle, invisible, aux aguets, prête à bondir au moment le plus opportun. L’étranger semble percevoir le changement dans l’air, une présence qui ne devrait pas être mais déjà la furie s’élance et fond sur sa proie, sans se poser davantage de questions, sans remords, sans regrets.
Sur lui, la Vampire rencontre une résistance non anticipée qui la surprend. La frêle silhouette ne l’est pas tant et elle se bute à un mur. La surprise passée, jouant de celle-ci pour prendre l’ascendant, sa prise se raffermit autour de ses épaules et, sur son dos, plante ses crocs dans son cou afin d’en aspirer sa vitae.

Grognement animal, le goût qui vient lécher sa langue est immonde, âpre, écoeurant. Relâchant sa prise et reculant de plusieurs pas, elle crache plusieurs gerbes de sang pour se dévêtir de ce poison, son poignet venant effacer sa bouche et sa langue. Son dos rencontre bientôt les rondins de bois d’un mur et lance un regard meurtrier sur l’homme qui lui fait face à présent. Elle ne comprend pas, ou comprend trop tard, qu’il n’est pas humain. Alors elle attend l’attaque, prête à en découdre pour sa vie. Après la peur d’être rattrapée, c’est une autre angoisse qui vient tapir sa conscience. Celle de s’être jetée dans la gueule du loup sans anticiper pleinement la perspicacité de la métaphore. Non, elle ne mourait pas ici, pas comme ça, pas après tout ce qu’elle avait fait… Au-delà de la peur, une curiosité naissante pour cet être dont elle ignore tout. Jian s’était assuré de sa méconnaissance du monde surnaturel et hormis les vampires, si peu côtoyés à vrai dire, elle n’était qu’une petite fille dont il restait tout à apprendre. Sans connaître sa nature, l’homme passe de proie à ennemi et possible prédateur. La main levée comme pour signifier qu’elle n'attaquera pas, son regard se porte sur la sortie, mais la fuite semble être suicidaire, si près du lever du jour.

Prisonnière.
De ces bois.
De cette nuit.
De la proie qui n’en est pas vraiment une.

Sa fuite ne se terminerait donc jamais? Ou venait-elle d’en anticiper la fin?

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Une histoire bête à pleurer."

En un mot : Meursault d'Occident. Sorel d'Amérique.
Qui es-tu ? :
"J'irais bien voir la mer.
Écouter les gens se taire."

◖◗ Homme du pays occitan, dans le Sud de la France. Né au cœur des Pyrénées aux sommets blanchis, entre le soleil et la rocaille du mois de juillet 1898.
◖◗ Loup-garou Bêta condamné à fuir famille et village, jeté sur les voies forestières d'un exil, des frontières d'Espagne aux vallées de Lozère. Voyageur infatigable, jusqu'au Nord de la France et la côte est américaine.
◖◗ Relation d'amour et de haine pour cette France ingrate. Son sang a coulé pour des généraux dont le pied n'a jamais foulé le no man's land de la Grande Guerre. Membre d'un réseau clandestin dans les années 40.
◖◗ Rêveur misanthrope à la philosophie d'un autre temps. Passe sans mal de l'empathie au jugement, de la tolérance au dégoût. Aide lorsqu'il le peut. Tue quand il le doit. Bestiole dans le crâne qui commandite d'étranges désirs.
◖◗ Homme à tout faire : capable de nettoyer les chiottes, de garder un musée, de balayer la rue ou de tenir une caisse. Prédilection pour les postes de serveur, aidé par ses hanches étroites et ses bras solides. Poste d'observation privilégié pour tous les comportements humains et non-humains.
◖◗ Rebut. Incapable de s'adapter pleinement à une meute. Chaque tentative se solde par un échec plus ou moins pénible. Solitaire, se protège derrière la barrière de mensonges qui résistent encore aux outrages du temps. Prétend n'être rien d'autre que la Bête du Gévaudan. S'en convainc parfois, ou bien d'être un descendant.
◖◗ A subi les affres du sang et de la rumeur capable de frapper tous les bourgs et hameaux des campagnes profondes. Accusé de crimes qu'il n'a pas commis. N'a jamais eu l'occasion de racheter son honneur parmi les siens.
◖◗ Amant de Mei Long, poupée chinoise de sang royal. La rencontre entre deux écorchés de la vie, entre deux psychés abîmées, vouées à toutes les folies et aux errances mortifères dans les bois du Maryland.
◖◗ Poursuivi par des flics qui n'ont pas pour habitude de lâcher prise. Connu des autorités américaines depuis les années 70. En cavale permanente. Passé maître dans l'art des identités plastiques, artificielles. Espère trouver à Shreveport l'abri de la dernière chance, en incorporant les rangs de la meute. Tueur de flics et de femmes. Traqueur traqué de Medea Comucci.
◖◗ Mélancolique. Dans ses bons jours, capable de déceler la beauté dissimulée derrière tous les aspects de l'existence. Amoureux d'Histoire et de littérature, lecteur infatigable de Camus et de Céline.
◖◗ Dérangeant. Par ses regards perçants, par ses paroles sans filtre, par ses rires grinçants : inadapté, mais sympathique, si son interlocuteur s'y prête.

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La mentalité est la même.
Tous des tocards, tous des faux culs."

Facultés : ◖◗ Faiseur d'histoires. Capable d'inventer mythes et récits sans effort. Charmant ou effrayant tour à tour. Se réinvente sans cesse, personnage protéiforme.
◖◗ Passé maître dans l'art de dissimuler un corps et d'en ôter la vie. Tous les moyens sont bons.
◖◗ Sait comment survivre face au froid, à la pluie, à la grisaille et à la brume, aux mers, aux monts et aux coups bas. Aux morsures, aux traîtrises, aux caresses, aux promesses.
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"Je vais les rues je vais les lieux où on ne m'attend pas. Ceux que je croise au fond des yeux, non, ne me voient pas. Je parle à des gens comme moi qui n'ont l'air de rien. Des esclaves en muselière qui n'en pensent pas moins."

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Dim 12 Nov - 19:39 (#)


Plus la saison était triste, plus j'étais heureux.
Il pénètre à l’intérieur, repoussant d’un geste calme la lourde couverture qui maintient la chaleur à l’intérieur. Seulement alors, la pénombre déjà largement présente s’accentue. La Bête vit depuis trop longtemps seule en pleine nature pour ne pas reconnaître l’artifice d’une magie immémoriale, accentuant les noirs, empêchant jusqu’à l’or des pupilles surnageant de trouer l’opacité de l’air autour de lui. Il ne se déroule pas plus de quelques secondes avant qu’un assaut étrange n’éclate dans sa tanière. Quelque chose lui tombe dessus. Quelque chose qui, en dépit de sa minceur, n’empêche pas le garou de gonfler les muscles qu’il lui reste pour opposer une pression destinée à écarter la Chose de son corps affaibli. Les murs de la bâtisse tremblent, lorsque leurs deux silhouettes heurtent l’une des parois, mais il ne lâche rien. Il n’est pas si fou, cette nuit. Il ne confond pas l’attaque de ce golem palpable à celle d’une illusion sortie tout droit des tréfonds de son esprit dérangé. L’ennemi qui s’en prend à lui est réel, et il ne le laissera pas gagner. Mais la Chose est tenace. Elle le prend de court, sape l’une de ses prises pour mieux ancrer la sienne. C’est alors qu’il comprend. Lorsque les crocs vicieux cherchent à se planter dans sa gorge, lui tirant un cri brutal, animal, et provoquant un coup de genou contre la cuisse de la vampire qui s’abreuve de son sang.

Pas longtemps.

Avec une étrange satisfaction et sans pouvoir expliquer l’origine de la réaction, la Longue-Vie se recule aussi vivement qu’elle s’en est prise à lui, recrachant les quelques gorgées qu’elle lui a soutiré. Sa paume cherche à tâtons les traces qu’elle a laissé au niveau de la carotide. Ce n’est pas si terrible. Il cicatrisera vite. S’il mange. Quant à elle – car il reconnaît enfin les traits d’une femme, à quelques pas de lui –, il toise le regard haineux qu’elle lui lance avec un sourire presque pervers. Il n’a aucune idée de ce qu’il vient de se produire, mais il peut au moins en déduire que son sang n’est visiblement pas à son goût. Ce qui l’arrange largement. Tout en écartant ses longs doigts fins de la plaie, le Français se décale, dessinant un arc-de-cercle autour d’elle, afin de mieux jauger celle qui a osé pénétrer sur son territoire. Il n’a pas parlé depuis une éternité, et le seul cri qu’il a poussé lui a irrité les cordes vocales. Ce n’est pas grand-chose, ça non plus. Rien qu’une génétique irrémédiablement corrompue ne puisse guérir. Lui ne bondit pas. Il attend. Il la dévisage de la tête aux pieds. Mais il voit mal, et cela l’agace. Il finit par reculer. Dans la pénombre, le grattement d’une allumette distille une première flamme entre eux deux. Une lampe à pétrole s’embrase alors, et un halo jaunâtre redonne un peu de vie à l’habitation, éclairant la scène sans détours, désormais. Il la voit. Il la voit et déplie la silhouette qui s’était accroupie pour se faire. Il est bien plus grand qu’elle, ce qui n’est pas une surprise. La nature l’a fait grand. Sa robe autrefois blanche paraît appartenir à une souillon, sans doute fatiguée d’avoir trempé dans les îlots de neige n’ayant pas tous fondu, ainsi que dans la terre boueuse qui parsème le secteur. Pourtant, lorsque ses yeux remontent chercher le visage de la furie, il y trouve des contours d’un exotisme rare, pour l’ancien berger des Pyrénées. Il voit les mirages de l’Asie peints sur ce faciès sévère, agressif, en colère. Cette rage tranche avec son propre calme, presque anormal au vu de la situation. Il saigne encore, bien que le flux sanguin se tarisse rapidement. Avant de savoir si elle vaut la peine de réveiller la fureur du Loup, il veut être certain de ne pas se tromper et, surtout, repaître sa curiosité de ce tableau improbable. La main qu’elle avait levée ne fut donc pour rien dans sa décision de ne pas contre-attaquer.

La tête penchée sur le côté comme un chien désireux d’analyser et de comprendre une situation, il se perd dans ces longs cheveux noirs qui, il en est certain, ont connu des jours meilleurs. La forêt ne laisse rien passer. Elle sape de ses doigts fourchus, branchus, les lignes parfaites d’un physique impeccable. Elle découpe en lambeaux, salit et poisse tout ce qu’elle touche, et même les beautés intemporelles comme la sienne ne sont pas épargnées. Il ne la trouve pas laide pour autant. Au contraire. Les billes noires et attentives qui le scrutent, le teint de peau dévoyé par la luminosité étrange, et jusqu’à la silhouette de la femme, attisent une forme de fascination contre laquelle il ne lutte pas. Il la regarde comme un gosse découvre une déesse révélée, bien que toujours camouflée sous les voiles de son déguisement. Il la sait vampire, sans jamais pouvoir baser cette certitude sur autre chose que la manière dont elle a voulu boire à sa gorge. D’autres de ses semblables lui ont parlé de ces Antiques, Morts-Qui-Marchent qu’on ne reconnaît pas forcément à l’odeur, tant ils sont habiles à se mêler à la population humaine. Ils ne fleurent ni le cadavre, ni la pourriture. Seule une absence de certaines fragrances, justement, pourrait éventuellement mettre la puce à l’oreille. Il se gratte encore un peu à l’arrière du crâne. Elle a l’air d’avoir peur. Lui continue de faire clapoter sa mâchoire. Il comprend la Femme. Lui aussi a faim. Mais il ne veut pas essayer de croquer un morceau. On lui a déjà dit qu’un Longue-Vie ne se mange pas. Chair morte. Inutilisable. Absurde.

Il baisse les yeux vers le cadre qui les entoure. L’endroit où il dort peut contenir leurs deux silhouettes. Elle n’est pas bien épaisse, elle non plus. Elle cherche un refuge. De par ses origines, il ne conçoit pas un instant de la mettre dehors. On ne renvoie pas au froid, au vent et à la neige une âme perdue en quête d’un refuge. Le Loup se recule. Se rassoit sur la couche presque confortable. Il n’a rien à lui offrir hormis cette trêve qu’il se sent capable de lui donner. Ramenant ses longues jambes repliées contre son torse, il la surveille. Elle aurait pu le tuer après tout. De dépit. Elle ne l’a pas fait. Alors elle peut rester, si elle le désire. Lui continue de la décrypter. Il n’a pas vu de femmes depuis trop longtemps. Parfois, il aimerait se perdre dans les bras d’une sylphide. Mais des comme elles, il n’en a encore jamais vu. Il ne sait même pas quelle langue parler avec elle.

Naturellement, c’est le français qui s’élève. « Tu peux rester, si tu as envie. Seulement, ne mords plus. Ça fait mal. »

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Le Temps qui reste

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Princesse Kumquat, le Glaçon Impérial.
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Interminable interlude. Le temps se suspend entre eux, métronome mortuaire de cette nuit glaciale. Les secondes s’étirent dans l’insupportable attente d’une vengeance qui ne vient pas. Regard plongé dans celui de l’autre, le bois dans son dos est autant un pilier contre lequel prendre appui qu’une absence de repli. Animal acculé, elle n’aura pas la sottise d’initier une nouvelle attaque mais les griffes acérées et les crocs meurtriers sont prêts à toute éventualité. Elle ne mourait pas ce soir. Pas dans l’immensité de ces bois anonymes, pas après tout ce qu’elle avait traversé pour en arriver là. Les souvenirs la hantaient plus que de coutume depuis de longs mois maintenant. Rêves éveillés, images fantomatiques devant les yeux, spectres aiguisant tantôt sa culpabilité et ravivant tantôt une haine de l’Autre jamais acceptée. Les sévices subis, la souillure de son corps, de son âme, les victimes. La trahison à Bao pour échapper aux Japonais, l’enfant tué qui avait signé la première rupture avec Jian. Combien d’enfants sacrifiés depuis? Combien de litres de sang dans ses pas? Tsunami d’hémoglobine qui submerge tout. Non, elle ne mourait pas cette nuit. Mei Long était une survivante et elle en avait maté de plus coriaces.

Le détaillant à la lumière dansante de la lampe tout juste allumée, la Vampire ne peut cacher un soupçon de surprise devant des traits presque juvéniles. Il a l’air d’un gosse emprisonné dans un corps trop grand, trop long, trop maigre. La carrure ne lui paraît que peu solide maintenant qu’elle a tout le loisir d’y apposer un regard plus critique et pourtant, c’est bien à un mur qu’elle s’est heurtée après lui avoir sauté dessus en bonne harpie qu’elle était. N’avait-elle pas appris à se méfier des apparences, elle dont l'immortalité masquait une cinquantaine bien tassée, elle-même préservée dans l’apparente jeunesse de la trentaine de son Caliçat? Trompe-la-mort abusive, abusée.

Il la détaille de la même façon et Mei ne sait que trop bien ce qu’il doit penser d’elle, de cette sauvageonne en haillons. Elle était loin, la fille de haut rang ayant côtoyé la dernière Impératrice de Chine. Tout comme était loin cette paysanne aux doigts poisseux de sève de pavot. Le teint parfait de la richesse, le halo doré des filles des champs. Elle était devenue terne, sans saveur, le jupon boueux, les cheveux emmêlés, sans voie à suivre, sans but. Une éternité de solitude, voilà tout ce que son esprit peut concevoir à présent. Elle avait tué le seul capable d’aimer le monstre qu’elle était devenue, le seul capable de mater ses excès, de la maintenir dans un statu quo, le seul qui ne l’avait jamais jugé pour ses choix. Tant de sacrifices pour Lui, pour en arriver là…
Son seul salut pour l’heure était la réduction qu’elle faisait de son propre sexe ou l’illusion sommaire - que la société moderne n’avait pas encore totalement effacé - de ce syndrôme de chevalier blanc qu’ils possédaient encore pour beaucoup. Difficile d’apparaître comme un être ayant besoin de protection quand on était apparue comme l’attaquante mais elle ne sous estimait pas son pouvoir de manipulation, surtout alimenté par une soif de survie inextinguible.

Il recule, prend place sur une couche de fortune qu’il s’est approprié depuis elle ne sait combien de temps, suffisamment pour que son odeur empeste partout l’air et le tissu. Les sourcils froncés, il la perd dans un verbiage qui ne fait écho à rien. L’Anglais lui apparaissait suffisamment horrible en soit mais il lui avait fallu batailler pour taire son accent et se fondre plus aisément dans la masse. Certains mots coulent comme le miel quand d’autres lui paraissent odieusement tranchants dans cette façon si gutturale qu’il a de prononcer les “r”. Évidemment, la compréhension rendue nulle, Mei ne peut que se fier au langage corporel et au ton employé, qui ne semblent pas lui laisser entendre qu’il la chasse. Adoptant un mimétisme qu’elle sait la préservera pour les minutes suivantes, elle se laisse couler le long du mur qui la portait jusqu’ici, gardant une distance salutaire entre eux. Comme lui, elle replie ses genoux sur son corps, à hauteur de poitrine et vient les encercler de ses bras, bloquant la position de ses coudes et venant quérir de sa poigne l’un de ses poignets sales. “Tu finiras par regretter cet instant garçon.” Lance-t-elle d’une voix tremblante dans un chinois parfait, murmure qui filtre à peine le vent qui persiste au-dehors.

Un silence bienvenu s'ensuit, laissant la tension de l’instant retomber quelque peu, l’arrière de sa tête rencontre le bois et ses paupières se ferment une brève seconde, les autres sens en alerte, juste le temps de laisser s’évacuer le trop plein d’émotions. Elle ne rêve que d’oubli, mais ne trouve son salut que dans la folie du sang… “Je partirai demain à la tombée du jour.” Précise cette dernière en tentant la langue de Shakespeare. Le regard qu’il lui adresse quand elle rouvre les yeux et les fixe sur lui lui laisse penser que oui alors, la curiosité plus forte que le besoin de silence et de distance, elle se risque à la question qui lui brûle les lèvres depuis que les siennes ont trempé dans son cou. “Qu’est-ce que tu es?”


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ADMIN ۰ Mignon comme Tchoupi, aussi vnr que Moundir : le Loup d'la Vieille (la chair vivante, c'est gourmang-croquang)
Gautièr Montignac
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Mémoires d'outre-tombe • Mei WjqXz0V Mémoires d'outre-tombe • Mei 7dbuIBt Mémoires d'outre-tombe • Mei A4xF6gr

"C'est une histoire de dingue.
Une histoire bête à pleurer."

En un mot : Meursault d'Occident. Sorel d'Amérique.
Qui es-tu ? :
"J'irais bien voir la mer.
Écouter les gens se taire."

◖◗ Homme du pays occitan, dans le Sud de la France. Né au cœur des Pyrénées aux sommets blanchis, entre le soleil et la rocaille du mois de juillet 1898.
◖◗ Loup-garou Bêta condamné à fuir famille et village, jeté sur les voies forestières d'un exil, des frontières d'Espagne aux vallées de Lozère. Voyageur infatigable, jusqu'au Nord de la France et la côte est américaine.
◖◗ Relation d'amour et de haine pour cette France ingrate. Son sang a coulé pour des généraux dont le pied n'a jamais foulé le no man's land de la Grande Guerre. Membre d'un réseau clandestin dans les années 40.
◖◗ Rêveur misanthrope à la philosophie d'un autre temps. Passe sans mal de l'empathie au jugement, de la tolérance au dégoût. Aide lorsqu'il le peut. Tue quand il le doit. Bestiole dans le crâne qui commandite d'étranges désirs.
◖◗ Homme à tout faire : capable de nettoyer les chiottes, de garder un musée, de balayer la rue ou de tenir une caisse. Prédilection pour les postes de serveur, aidé par ses hanches étroites et ses bras solides. Poste d'observation privilégié pour tous les comportements humains et non-humains.
◖◗ Rebut. Incapable de s'adapter pleinement à une meute. Chaque tentative se solde par un échec plus ou moins pénible. Solitaire, se protège derrière la barrière de mensonges qui résistent encore aux outrages du temps. Prétend n'être rien d'autre que la Bête du Gévaudan. S'en convainc parfois, ou bien d'être un descendant.
◖◗ A subi les affres du sang et de la rumeur capable de frapper tous les bourgs et hameaux des campagnes profondes. Accusé de crimes qu'il n'a pas commis. N'a jamais eu l'occasion de racheter son honneur parmi les siens.
◖◗ Amant de Mei Long, poupée chinoise de sang royal. La rencontre entre deux écorchés de la vie, entre deux psychés abîmées, vouées à toutes les folies et aux errances mortifères dans les bois du Maryland.
◖◗ Poursuivi par des flics qui n'ont pas pour habitude de lâcher prise. Connu des autorités américaines depuis les années 70. En cavale permanente. Passé maître dans l'art des identités plastiques, artificielles. Espère trouver à Shreveport l'abri de la dernière chance, en incorporant les rangs de la meute. Tueur de flics et de femmes. Traqueur traqué de Medea Comucci.
◖◗ Mélancolique. Dans ses bons jours, capable de déceler la beauté dissimulée derrière tous les aspects de l'existence. Amoureux d'Histoire et de littérature, lecteur infatigable de Camus et de Céline.
◖◗ Dérangeant. Par ses regards perçants, par ses paroles sans filtre, par ses rires grinçants : inadapté, mais sympathique, si son interlocuteur s'y prête.

◖BÊTE DU GÉVAUDAN◗

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"L'a pas tellement changé la France.
Passent les jours et les semaines,
Y'a qu'le décor qui évolue.
La mentalité est la même.
Tous des tocards, tous des faux culs."

Facultés : ◖◗ Faiseur d'histoires. Capable d'inventer mythes et récits sans effort. Charmant ou effrayant tour à tour. Se réinvente sans cesse, personnage protéiforme.
◖◗ Passé maître dans l'art de dissimuler un corps et d'en ôter la vie. Tous les moyens sont bons.
◖◗ Sait comment survivre face au froid, à la pluie, à la grisaille et à la brume, aux mers, aux monts et aux coups bas. Aux morsures, aux traîtrises, aux caresses, aux promesses.
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"Je vais les rues je vais les lieux où on ne m'attend pas. Ceux que je croise au fond des yeux, non, ne me voient pas. Je parle à des gens comme moi qui n'ont l'air de rien. Des esclaves en muselière qui n'en pensent pas moins."

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Mer 6 Déc - 4:19 (#)


Plus la saison était triste, plus j'étais heureux.
Dehors, un souffle de vent fait trembler les branches qui n’ont presque plus de feuilles à laisser choir. Les feuilles gisent au sol comme autant de macchabées friables. Elles craquent de manière sourde et inquiétante au passage d’une quelconque bête rôdant dans les environs. D’un homme perdu ? Non… Les humains ne savent pas se taire, lorsqu’ils s’égarent. Les humains hurlent toujours. Ils appellent, se lamentent, comme s’ils espéraient qu’une force supérieure entende leurs supplications et les tirent du guêpier dans lequel leur stupidité, leurs passions ou leur naïveté les ont fourrés. Il tend l’oreille. Il perçoit du passage. Une bestiole se promène autour de la cabane de fortune. Il peut également entendre les hululements d’une chouette bavarde, les cavalcades de mulots apeurés. Il peut entendre la lune souffler ce chant imperceptible pour les tympans des humains, mais qui a si souvent bercé sa solitude, depuis qu’il s’est perdu dans ces bois. À la voir plantée là, elle, cette inconnue, cette solitude lui apparaît comme si imposante qu’il en redouterait presque de la retrouver trop vite. Le loup s’efface devant le bipède, qui n’apprécie pas tant que ça toute cette vie qui s’agite, fait trembler les fourrés, secoue les branchages. Il y a eu certaines nuits de grand découragement. Des nuits durant lesquelles il mordait sa main, sa chemise, quoi que ce soit pour retenir les plaintes et les pleurs qui faisaient trembler sa carcasse malingre abîmée par cette faim dévorante. Il veut manger. Mais pas elle. Et puis, il n’a pas faim que de viande sanguinolente. Il a faim de compagnie. Cette femme, apparition en laquelle il a encore du mal à croire, est une bénédiction dont il ne sait que faire pour l’instant. Il médite, fait encore claquer ses mâchoires dans le vide. Il salive. Il déglutit. Il n’a pas bougé de sa posture recroquevillée.

Elle parle.
Il ne comprend pas sa langue.
Chinois, ou japonais ? Il ne saurait même pas faire la différence. La suite s’avère compliquée, mais pas tant que ça. Cela fait bien longtemps, qu’il ne comprend plus personne. Que personne ne le comprend. Il préfère encore ça à une nuit solitaire de plus. Il s’étonne de ce brusque besoin. Jusqu’à maintenant, il ne lui semblait pas vivre si mal cet isolement profond. Mais lorsqu’un nouveau cri guttural résonne dehors, lorsqu’une cavalcade secoue la neige et les frondaisons asséchées, le frisson qui traverse son dos et ses épaules n’est pas uniquement dû au froid.

Elle parle encore.
Cette fois, il comprend. Une étincelle vient secouer ses méninges privées d’interactions sociales, de communication élémentaire pendant des lustres. Ses bras se referment davantage sur lui. Pas éternellement. Il se meut de plus belle et ne reste pas immobile. Il se penche en avant, ses membres glissant sur le sol à quatre pattes. Lentement, il se rapproche d’elle. Par instinct, il respire plus fort. Il renifle plus fort. Il la hume. Elle l’intrigue. Il aimerait toucher sa peau et ses cheveux. Juste pour se rappeler de ce que ça fait, de toucher quelqu’un. Il s’arrête avant d’entrer en contact avec l’immortelle. Il ne veut pas lui faire peur. Il ne veut pas qu’elle considère cette intrusion dans son intimité comme une nouvelle agression. Il déglutit l’excédent de salive qui continue d’affluer dans sa bouche. Il oublie la nausée qui ravage son ventre, et amène un goût de bile sur sa langue. Il la regarde. Ses cheveux emmêlés lui font de la peine. Il n’a ni brosse, ni peigne à lui proposer. Il n’a que ses doigts poussiéreux, lavés par la neige, mais qui lui semblent indignes de se frayer un chemin entre les mèches d’ébène.
Il lui faut du temps pour démêler le français de l’anglais, dans sa tête. Il se répète un bon moment les syllabes, s’échine à faire remonter les souvenirs. L’arrivée en bateau à New York. Le monde fou. L’apprentissage contraint et forcé. La peur de toute cette foule à laquelle il n’appartient pas. Le sentiment d’être plus étranger encore qu’en France, déjà poussé à l’exil.
Son accent prédomine, entre les syllabes américaines.

« Pas obligée de partir. Rivière, pas loin. Pouvoir se laver demain. Pas maintenant. Dehors, trop triste. »

Trop triste le noir.
Trop triste, et puis le cafard.
Cafard d’errer comme un damné.
Plus maintenant. Plus seul. Il sourit mal, grimace mais l’intention est là. Les yeux ne mentent pas, eux.

« Français. Je suis Français. Et toi ? » Il sait qu’il triche un peu. Il a saisi ce qu’elle lui demande, dans le fond. Mais il veut gagner du temps. S’il gagne du temps, elle ne s’en va pas tout de suite. Si elle ne s’en va pas tout de suite, alors il remporte la victoire. Il lève une main, pointe un index longiligne vers la bouche de l’inconnue. « Tu as les dents longues. Moi aussi. » Il montre sa propre mâchoire par la suite. Ils se ressemblent au moins un peu. Même s’ils sont différents. Même si son cœur à lui bat, à défaut du silence morne et presque effrayant qui règne dans le buste de l’Asiatique. Il persiste avec cet anglais qui l’agace, qu’il manie si mal.

« Tu restes ? Tu dors ? » Il désigne son lit de fortune. Il n’a rien d’autre à lui proposer. Dans sa caboche, quelque chose crépite. Quelque chose s’est réveillée. La rencontre. La rencontre. La stimulation. Il ne peut pas la toucher elle directement, alors c’est de sa robe massacrée dont il s’empare ; un bout tout du moins. Le pan qu’il frotte entre ses doigts n’est plus blanc, mais ce n’est pas si grave, à ses yeux. Un peu intimidé, il murmure. « Comment tu t’appelles ? »  

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Dim 10 Déc - 11:35 (#)


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Il se meut, animal.
Les membres se déploient lentement et il glisse sur le sol poussiéreux, à moitié félin, à moitié arachnide. Serpent dont les ombres longilignes se propagent sur les murs, alimentées par la flammèche éveillée plus tôt. Dangereux Nahash qui instille une curiosité mortifère en son sein. Dans l’impossibilité de reculer, déjà recroquevillée sur elle-même, elle ne peut que contempler son avancée, un mélange de peur, de défiance et de fascination se mêlant sournoisement à la danse. Quelque chose de beau se dégage de l’horreur des lieux, de la puanteur de la paillasse, de la crasse sous les ongles de l’homme, du sang qui rougit encore le bas de sa robe de femme. Dans sa maigreur, dans la fragilité de sa jeunesse, dans sa voix chevrotante mal exploitée, dans le respect désuet de son approche pourtant  prédatrice et le soupçon de retenue associée. Maladroit dans son propre corps, malhabile, cédant trop sur ses intentions sans oser assouvir ses envies. Tout ce qu’elle devine de l’étranger en ces quelques mouvements sont autant d’armes qu’elle se plaira à retourner contre lui plus tard, quand l’Immortelle n’aura plus ni besoin d’abri pour sa pauvre carcasse ni besoin que l’on veille sur une dépouille qui aurait dû, plusieurs décennies avant celle-ci, nourrir la vermine enterrée. Était-il étrange que sa plus grande crainte, présentement, ne se résume qu’à cela, quelques asticots voraces?
Que pouvait-il lui faire qu’on ne lui avait pas déjà fait mille fois, après tout? Quel pouvoir pouvait-il réclamer que mille autres ne s’étaient pas octroyés de force, après tout?

Il n’était qu’un gosse.

Si loin, le monde autour d’eux. Si flou. Comment avait-elle navigué sa barque pour terminer sa course dans ce firmament de… presque rien? Une cabane maudite, une créature inconnue. Depuis combien de temps ce monstre était-il seul, lui aussi? Perdu dans l’immensité des bois, oublié des humains, oublié du monde…

Son anglais est approximatif, allant à l’essentiel sans s’encombrer d’articles ou de pronoms. Trente ans qu’elle bataillait pour taire son accent, pour se fondre dans cette décadente modernité, moins identifiable si elle apparaissait comme issue d’une immigration lointaine que comme fraîchement débarquée. Ce dernier ne ressortait maintenant que lors de colères vives ou de fatigues intenses, trahissant seulement ces deux humeurs. Le sien, en revanche, est abrupt et Mei ne sait si le manque d’effort est à prendre en considération ou s’il vient de fouler ce Nouveau Monde tant rêvé. Quelle importance au fond? Le résultat restait le même. Ils étaient seuls. Deux créatures esseulées que le monde avait choisi de mettre de côté.
Il ne la chasse pas, au contraire et règne dans sa proposition une supplique presque imperceptible. Sourire maladroit qui lui donne plus des airs psychotiques que sympathiques, doigts prudents qui froissent le tissu marron et gris de ce blanc autrefois immaculé, réponse qui la prend de court et lui fait froncer les sourcils un instant, encore sur la défensive. Les mimes censés appuyer son propos la perdent plus qu’ils ne l’aident à comprendre ce qu’il cherche à lui faire entendre. Non, ils ne sont pas les mêmes… alors pourquoi cette comparaison. Elle maudit son Sire pour l’avoir si honteusement préservée des autres, lui donnant des allures de petite écolière cancellée. Trop de questions qui s’emmêlent et la petite voix prudente qui martèle son crâne en lui soufflant de ne pas le contrarier. Que son départ l’agiterait plus que sa décision de rester. Alors elle prend les choses dans l’autre sens, répondant d’abord à la dernière question posée.

“Mei…” Souffle-t-elle doucement, sans alourdir son identité d’un patronyme non essentiel. “Je suis Chinoise.” Au moins ne la confondrait-il pas avec une saleté de Coréenne, ou pire. Doucement, elle se redresse, un genou au sol, puis un deuxième, sans restreindre néanmoins l’espace qui les sépare. “Tu dis que nous sommes pareils mais…” Sa main se tend vers la sienne, ses doigts allongent leur prise dans l’air mais la vampire ne le touche pas, s’évitant cette douloureuse. “Ta peau est chaude.” Ses yeux remontent vers le centre de sa poitrine. “Ton cœur bat.” S’efforçant de faire des phrases courtes pour qu’il la comprenne, son regard remonte doucement dans le sien, jouant la timide, la docile, la peureuse. “Je reste. À une condition.” À un souffle de lui elle le respire, ne parvenant pas à savoir ce qui prédomine entre l’humus, le sang, la mort. “Comment tu t’appelles, beautiful monster?”



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◖◗ Homme du pays occitan, dans le Sud de la France. Né au cœur des Pyrénées aux sommets blanchis, entre le soleil et la rocaille du mois de juillet 1898.
◖◗ Loup-garou Bêta condamné à fuir famille et village, jeté sur les voies forestières d'un exil, des frontières d'Espagne aux vallées de Lozère. Voyageur infatigable, jusqu'au Nord de la France et la côte est américaine.
◖◗ Relation d'amour et de haine pour cette France ingrate. Son sang a coulé pour des généraux dont le pied n'a jamais foulé le no man's land de la Grande Guerre. Membre d'un réseau clandestin dans les années 40.
◖◗ Rêveur misanthrope à la philosophie d'un autre temps. Passe sans mal de l'empathie au jugement, de la tolérance au dégoût. Aide lorsqu'il le peut. Tue quand il le doit. Bestiole dans le crâne qui commandite d'étranges désirs.
◖◗ Homme à tout faire : capable de nettoyer les chiottes, de garder un musée, de balayer la rue ou de tenir une caisse. Prédilection pour les postes de serveur, aidé par ses hanches étroites et ses bras solides. Poste d'observation privilégié pour tous les comportements humains et non-humains.
◖◗ Rebut. Incapable de s'adapter pleinement à une meute. Chaque tentative se solde par un échec plus ou moins pénible. Solitaire, se protège derrière la barrière de mensonges qui résistent encore aux outrages du temps. Prétend n'être rien d'autre que la Bête du Gévaudan. S'en convainc parfois, ou bien d'être un descendant.
◖◗ A subi les affres du sang et de la rumeur capable de frapper tous les bourgs et hameaux des campagnes profondes. Accusé de crimes qu'il n'a pas commis. N'a jamais eu l'occasion de racheter son honneur parmi les siens.
◖◗ Amant de Mei Long, poupée chinoise de sang royal. La rencontre entre deux écorchés de la vie, entre deux psychés abîmées, vouées à toutes les folies et aux errances mortifères dans les bois du Maryland.
◖◗ Poursuivi par des flics qui n'ont pas pour habitude de lâcher prise. Connu des autorités américaines depuis les années 70. En cavale permanente. Passé maître dans l'art des identités plastiques, artificielles. Espère trouver à Shreveport l'abri de la dernière chance, en incorporant les rangs de la meute. Tueur de flics et de femmes. Traqueur traqué de Medea Comucci.
◖◗ Mélancolique. Dans ses bons jours, capable de déceler la beauté dissimulée derrière tous les aspects de l'existence. Amoureux d'Histoire et de littérature, lecteur infatigable de Camus et de Céline.
◖◗ Dérangeant. Par ses regards perçants, par ses paroles sans filtre, par ses rires grinçants : inadapté, mais sympathique, si son interlocuteur s'y prête.

◖BÊTE DU GÉVAUDAN◗

Mémoires d'outre-tombe • Mei S6v5sWR Mémoires d'outre-tombe • Mei N1Hqv8C Mémoires d'outre-tombe • Mei TlIINL9

"L'a pas tellement changé la France.
Passent les jours et les semaines,
Y'a qu'le décor qui évolue.
La mentalité est la même.
Tous des tocards, tous des faux culs."

Facultés : ◖◗ Faiseur d'histoires. Capable d'inventer mythes et récits sans effort. Charmant ou effrayant tour à tour. Se réinvente sans cesse, personnage protéiforme.
◖◗ Passé maître dans l'art de dissimuler un corps et d'en ôter la vie. Tous les moyens sont bons.
◖◗ Sait comment survivre face au froid, à la pluie, à la grisaille et à la brume, aux mers, aux monts et aux coups bas. Aux morsures, aux traîtrises, aux caresses, aux promesses.
Thème : Le Fleuve ◖◗ Noir Désir
Mémoires d'outre-tombe • Mei L4AOxKs
◖MINDHUNTER◗

Mémoires d'outre-tombe • Mei M70Ex1d Mémoires d'outre-tombe • Mei IfwWWwA Mémoires d'outre-tombe • Mei QeVIwzX

"Je vais les rues je vais les lieux où on ne m'attend pas. Ceux que je croise au fond des yeux, non, ne me voient pas. Je parle à des gens comme moi qui n'ont l'air de rien. Des esclaves en muselière qui n'en pensent pas moins."

Mémoires d'outre-tombe • Mei WdHxnMJ
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Lun 11 Déc - 3:25 (#)


Plus la saison était triste, plus j'étais heureux.
Mei. Elle s’appelle Mei.
Le prénom coule tout seul, fluide comme de l’eau. Il en appelle à sa surprise, une surprise plaisante, qui à elle seule vaut bien tous les compliments. Des prénoms comme le sien, il n’en connaît pas d’autre. Il sonne irréel, n’appartenant pas vraiment à sa propre réalité. Chez lui, les syllabes sonnaient plus dures, ou se paraient fréquemment des « a », des « o », lorsque leurs porteurs avaient tutoyé d’un peu trop près les frontières espagnoles. Il ressent le besoin de le prononcer. Il a peur, au début. Peur de l’écorcher. Peur de ne pas lui rendre hommage. Pourtant, il n’a rien à craindre.

« Mei. »

Il l’a dit, le plus simplement du monde. Il l’a dit, comme s’il le connaissait depuis des années. Des siècles. Ses lèvres ont laissé passer le sème avec une pointe d’émerveillement, ainsi qu’il murmurerait le titre d’une déesse.

« Il est beau. Ton prénom. »

Beau, ainsi déposé dans ce soir d’hiver, dans cette cabane soudainement rassurante et qui éclaire enfin un visage voisin, proche. Ami ? Il a déjà oublié que dans sa gorge, les traces de ses crocs commencent à se refermer, tout juste. Son sang à coaguler. Il a déjà oublié qu’elle a investi son territoire. Il lui pardonne volontiers son égarement : elle ne faisait que chercher un abri parmi toute cette neige. Soudain, c’est une émotion diamétralement opposée à sa peur initiale qui le traverse. Il a de la chance, songe-t-il. De la chance d’accueillir entre ces murs bien frêles une entité d’une telle importance. Elle s’est approchée, juste un peu. Ou plutôt, non. Elle lui en a donné l’impression, par cette manière de se décrisper un petit peu. Il lit en elle une volonté de répondre, de se montrer un tant soit peu réceptive. C’est une avancée qui le rassure. Elle va peut-être bien rester. Elle non plus ne le touche pas. Il ne s’en offusque guère, uniquement attentif au geste prochain, dont il ne craint pas la frappe. Et puis l’aveu.

Je reste.

La créature en tremble de satisfaction. Elle oublie, pour un temps, la faim qui ravage son organisme au supplice, et les douleurs négligeables, mais consécutives de ce manque de nourriture, qui perclus sont corps de gênes éphémères. Elle lui demande son nom. Elle s’intéresse à lui. Depuis combien de temps quelqu’un ne s’est pas intéressé au Français déraciné ? Son détachement de la population, son abandon d’une vie un tant soit peu « normale », a laissé des traces aussi profondes que certaines de ses cicatrices de guerre. La bestiole, quant à elle, se tait, mise au repos. Elle écoute, vaguement, ses antennes immatérielles bruissant à peine comme sous le joug d’un courant d’air invisible.
Le garou penche la tête vers elle, dont le visage est désormais si près qu’il pourrait l’embrasser. Il articule d’abord précautionneusement ses lèvres, comme pour la préparer à la brutalité des syllabes d’un patronyme bien moins noble que le sien.

« Gautièr. »

C’est français, manque-t-il de préciser. Avant de se rappeler qu’il le lui a déjà dit. Il se tait de justesse. Elle le trouve beau ? La notion de monstre ne l’effleure pas en mal. Il sait qu’il en est un. Elle n’est pas la première à le qualifier de la sorte. Il s’agit désormais d’un titre, d’une mention irrémédiablement collée à ses talons. Il n’est pas né ainsi. Mais il le restera jusqu’à ce que la mort le prenne. Elle a souligné leurs différences. Lui s’accroche à ce qui les rassemble. Comme pour vérifier ce qu’elle atteste, il s’empare avec précaution d’une paume froide, si froide qu’il s’en étonne, ouvre grand les yeux, fixant la peau diaphane tachée de rouge, pour mieux retourner se noyer dans les puits noirs de ses prunelles. C’est vrai qu’elle est glacée. Il s’étonne presque de ne pas voir le contact entre sa paume et la sienne provoquer une sorte de vapeur, fumerolles ayant tôt fait de se dissiper dans l’air froid du soir, mais toujours moins gelé qu'à l’extérieur.

« Tu as passé trop de temps. Dehors. »

Il ne la lâche pas, et ses deux palmes s’emparent de la sienne ; il paraît vouloir tenter de la réchauffer. De faire partir tout ce givre, qu’il appréhende mal.

« Tu bois le sang. » Il désigne de son menton quelques traces écarlates jonchant le menton de Mei. Jumelles à celles qu’il frotte pour tenter de les faire disparaître complètement, sur le dos de cette main qu’il tient toujours. « Pas aimer ? Le mien. Tu as craché. »

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