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And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent

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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
Eoghan Underwood
ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
⛤ SMALLTOWN BOY ⛤

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"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent KOVXegv And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent WZKlL7H And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent J8B1rxa

"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent KL9jJO9
⛤ VENGEANCE ⛤

And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent ZfHtADc And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent Jq60QrG And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent MaP8TbX

"Before I die alone."

And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent GIeraGW
Pseudo : Nero
Célébrité : Ian Somerhalder.
Double compte : Sanford R. De Castro, Aliénor Bellovaque, Ian C. Calloway & Gautièr Montignac.
Messages : 5606
Date d'inscription : 09/06/2017
Crédits : Tag (ava') ; Amiante (signa')
Mar 19 Fév - 23:21 (#)


The foulest stench is in the air
Lune pleine, nuages bas. Personne pour distinguer le disque astral, planqué par une masse grisâtre, sinistre. Une pluie tenace s'obstinait à salir le pare-brise, aussi vite évacuée, aussi vite revenue, envahissante. C'était de la folie. De la folie furieuse que de s'aventurer dans ce coin d'arrière-pays dans des circonstances aussi lugubres. Loin, très loin de la plénitude tiède d'une coloniale abandonnée, ils s'aventureraient sur un sentier bien plus laborieux. Décidément, non... ils ne seraient pas trop de trois. Un trio saugrenu, pas encore liés entre eux par les maillons d'une chaîne palpable. Son ami et arcaniste l'ignorait encore ; partager méfaits, mauvais sorts et abîmes en compagnie d'un Longue-Vie, du Longue-Vie, était l'un des coups les plus traîtres qu'Eoghan Underwood aurait pu lui asséner. Trop tard pour reculer. Ce vin tiré qu'il rechignait à boire, le sorcier en assumerait l'âpreté. En son for intérieur, l'angoisse lui rongeait le ventre et les tripes, bousillant son calme, l'empêchant de construire la moindre réflexion un tant soit peu tangible. Comme l'eau s'écoulait le long du verre, ses pensées s'égrenaient, de pierres compactes à des tourbillons de sable grumeleux et chaotiques. Il aurait voulu fermer les yeux pour retrouver cette confiance absolue, indéfectible en eux deux, piliers parmi les plus robustes de son existence. En dépit des théories parfois moralistes de Vinzent, des fragilités surprenantes de Yago, il savait. Il savait que de leur alliance improbable, de grandes victoires pouvaient être arrachées, cette nuit. Ce mantra qu'il se répétait jusqu'à l'obsession ne l'empêchait pas de lever régulièrement des yeux inquiets vers le ciel noir, bientôt strié d'un éclair de mauvaise augure. Tous les dieux paraissaient s'être ligués pour lui envoyer l'avertissement suprême : celui de ne pas commettre le crime – fatal – d'un hubris que toutes les lamentations du monde, tous les sacrifices ni autres lacérations ne pourraient effacer. Il éprouva le besoin brutal de s'isoler de la route un moment, et repéra la dernière station service avant « la fin du monde », songea-t-il curieusement. Donnant un léger coup de volant, les Goodyears eurent à encaisser des ornières profondes et envahies par la boue, secouant méchamment le pick-up pour espérer atteindre les pompes usées par le temps. Il éteignit le moteur et sauta à bas du véhicule, pas fâché de pouvoir se dégourdir les jambes, espérant par le mouvement le plus trivial échapper aux considérations moroses. Il aurait voulu profiter de quelques bribes de lumière du couchant, et non pas subir cette météo catastrophique, qui lui sapait le moral. Il n'était pas dupe de ce mécanisme primaire qui l'agitait et le poussait à plonger la main au fond de sa poche, dégageant une petite liasse de billets verts. Il disait adieu. Adieu, pour quelques heures, peut-être quelques jours, à l'humain lambda, pour embrasser pleinement son essence d'Éveillé. Il se passerait quelque chose de grave, cette nuit. Quelque chose qui aurait un impact profond sur lui, qui le changerait en bien, ou en mal. Qui lui ferait toucher du doigt un nouveau degré de conscience sur lui, sur le monde qui l'entourait, sur ses compagnons d'aventure. Ces fenêtres de révélations valaient bien quelques minutes de communion pour se séparer du reste, de tout le superflu. Il poussa la porte aux gonds fatigués du commerce pour entrer dans la pièce étroite, aux néons agressifs. Un ou deux clients discutaient avec le patron des lieux, mais ce dernier ne le fit pas attendre longtemps. Il paya d'avance son plein d'essence, avant de jeter deux dollars de plus sur le comptoir ; il se détourna vers la porte, après avoir pioché au creux d'un carton ces éternels snacks dégueulasses, dont il ne voulait même pas connaître la vraie constitution. Il n'avait pas mangé depuis un moment, et même s'il se sentait incapable d'engloutir un vrai repas, il ne ferait pas la fine bouche face à un peu de protéines. En revenant près de la voiture, il constata avec stupeur que la pluie se mettait à faiblir, jusqu'à cesser tout à fait. Au loin, quelques flèches aveuglantes zébrèrent encore les cieux, puis plus rien. Il s'écouta respirer ; le silence était presque revenu, à peine troublé par l'écoulement discret de l'eau gouttant depuis le toit. Il ressentit avec acuité cet instant, la poitrine soulevée par un élan indicible. Lentement, sans se soucier de la carrosserie humide contre le cuir, il s'adossa et batailla avec le plastique pour en dégager le bâton de viande séchée qu'il croqua à pleines dents. Il mâchonna lentement, écoutant les alentours bruire. Pas de moteur ronronnant, et les voix des hommes à l'intérieur ne parvenaient pas jusqu'à lui. À défaut de savourer son maigre encas, il cueillit un bout de nuit loin de la civilisation. Il s'autorisa à clore ses paupières, à expirer comme il aurait dû le faire depuis longtemps.

Il dit adieu.

Le deuxième bâton, composé de fromage qui n'avait de pâte laitière que le nom, fut englouti plus rapidement, tandis qu'il s'ingénia à faire le plein du réservoir, toujours au cent près. Il repartit comme il était venu, esquivant difficilement les cratères creusés par les sols défoncés par les pluies diluviennes, les crues et les roues énormes des camions du coin.  

Il suivit la route jouxtant Albany Road, mais prit la direction de l'auditorium abandonné depuis des années. D'aussi loin que sa mémoire le porte, il ne se rappelait pas avoir jamais connu un semblant d'activité dans cet endroit devenu réputé pour son aura pas même assez attrayante pour y convier les passionnés d'Urbex. À moins que tous ceux ayant osé y pénétrer en soient sortis suffisamment éprouvés pour préférer le silence au compte-rendu de leur propre expédition. La nuit avait beau être tombée depuis peu, une heure du matin lui aurait paru être un horaire plus crédible, pour justifier cette empreinte étonnante, qui ne le quittait pas. L'absence d'éclairage autre que ses phares n'y était pas étrangère, et même la voix brisée et larmoyante, jusque dans ses cris les plus puissants d'Otis Redding ne parvenait pas à le réchauffer comme il l'aurait voulu. Il se sentait ailleurs, totalement détaché du rythme effréné porté par l'hymne qu'il connaissait par cœur. Rageusement, il passa à un autre morceau, jurant à voix basse en entendant les miaulements insupportables d'un Presley qu'il ne tolérait qu'à petite dose, avant de chercher son bonheur ailleurs. Il n'était pas d'humeur à écouter du Johnny Cash, et se sentit totalement imperméable aux piques cabotines de Sam the Sham. Il était prêt à abandonner après un pan de Jerry Lee Lewis quand les voix langoureuses de Cab Calloway et de son choeur mirent enfin le doigt sur ce qu'il lui manquait. La raideur de son dos disparut quasi-instantanément, et il se laissa un peu aller au fond de son siège. Il parcourut le reste du chemin plus apaisé, les trémolos d'un jazz mélancolique et maîtrisé hérissant quelques dômes de chair à l'endroit sensible de sa nuque. Lorsqu'il stoppa devant la masse obscure et inquiétante de l'auditorium, toute ombre de fébrilité l'avait quitté. Résigné et concentré, il se pencha sur le siège passager, pas décidé à quitter la sécurité illusoire de l'habitacle qu'il alluma au fur et à mesure qu'il rassemblait son équipement. Il connaissait suffisamment Vinzent pour l'imaginer plus paré que jamais, contrairement à lui, dont les outils demeureraient plus humbles mais, il l'espérait, pas moins efficaces. Outre la télépathie qui lui permettrait de tisser un lien étroit et discret entre eux trois, réceptacle et émetteur à la fois, il se savait capable de joindre ses forces à celles de son ami en cas d'invocations et autres rituels, à briser comme à effectuer. Leur Rouge mêlé aux illusions grises seraient de taille. En plus de la ceinture qui ceignait déjà ses hanches, une autre se joignit à la première, qu'il boucla rondement, et à laquelle il accrocha plusieurs armes : deux athamés d'une taille supérieure à la moyenne, dont l'un au fil redoutable respirait l'argent. Il l'avait déjà utilisé, en avait déjà menacé l'Immortel, il y avait un an de cela, presque jour pour jour. La coïncidence le troubla. Une bolline compléta le trio de dagues, avant qu'il ne pivote vers la droite afin de procéder aux manipulations plus délicates de ses préparations. Grenades imperceptibles, fabriquées par ses soins, il évita de les rassembler en grappes pour ne pas trahir sa présence dans les couloirs et les souterrains sous la bâtisse, où l'écho régnait en maître. Il tâta l'intérieur de sa poche, rassuré par la sauge et autres ressources facilement dissimulables qu'il espérait ne pas avoir à utiliser. De la boîte à gants, il retira une lampe torche imposante mais qui ne serait pas handicapante, si tout dégénérait. Il éteignit le plafonnier, permettant à l'obscurité de retomber. En attendant l'arrivée de Vinzent, il ramena une jambe contre son torse et se laissa sombrer dans un état cotonneux, invoquant Baal avec la même candeur discrète que celle qu'il portait à ses lèvres depuis son adolescence. Il aurait voulu se sentir touché par sa force, la grandeur de ses résolutions. Pouvoir marcher aux côtés de son Envoyé tentateur, et ne pas faire honte à son frère écarlate. Il redoutait sa colère. Il redoutait l'accusation : celle du mensonge, de la dissimulation. Néanmoins, il n'avait pas eu le choix. C'était le seul moyen, et il comptait bien miser sur une argumentation tournée vers l'Irae pour se dépêtrer du conflit. Il plaçait également sa foi en Yago, espérant que son attitude aiderait le chasseur d'artefact à ranger son habituelle méfiance, au profit de présentations désormais officielles, et au potentiel qu'il eût été stupide de dénigrer.    

Il distingua de loin l'éclairage de phares amis, et quitta la bulle chaude du pick-up dans un soupir teinté de lassitude. Ses sens reçurent de plein fouet les effluves de l'herbe revigorée par les pluies de Louisiane, ainsi qu'une odeur de terre entêtante. Campé sur ses jambes, les pouces rivés aux boucles de son jean, il accueillit l'arrivée de l'arcaniste un sourire pudique aux lèvres, et un hochement de tête dont ses yeux démentaient la réserve.

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Louisiana Burning

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Anonymous
Invité
Invité
Sam 23 Fév - 0:40 (#)

AND GRISLY GHOULS FROM EVERY TOMB
ARE CLOSING IN TO SEAL YOUR DOOM
TRUST IS A TWO-SIDED BLADE.
[Début mars 2019]

Ces choses qu’on appelle de nos vœux…

Depuis près d’un an désormais, il me semble que l’air a changé. Devenu familier de l’humidité ambiante, je le ressens cependant plus lourd, chargé d’une poussière immatérielle, au goût de cendres. Longtemps ma petite vie en est demeurée inchangée et pourtant, en moi ronronne la mécanique infatigable d’une inquiétude latente, qui me pèse encore aux tripes alors que je finis de lier l’un des gantelets qui m’entourent les avant-bras.

Je n’ai pas goûté à un calme réel depuis cette nuit où Eoghan s’est échoué chez moi, meurtri et à bout de forces, et c’est peut-être parce que je m’échine à trouver la clé des énigmes qu’il a charriées avec lui que je ne parviens plus à poursuivre ma route comme avant. Si ce n’était pas pour lui, aurais-je autant pris à cœur cette histoire ? Sans doute pas. Et pourtant, je reste persuadé qu’elle ne concerne pas que lui. Qu’eux. Des mois entiers sans aucune récidive ont voulu me décourager de cette quête trop nébuleuse et qui ne me concerne qu’indirectement, mais jamais ce sentiment de menace planant au-dessus de nous tous ne m’a quitté.
J’ai fini par cesser de m’enquérir des avancées d’Eoghan. Lui semblait si certain que l’Irae était l’unique cible des meurtriers invisibles, qu’il m’est apparu finalement que mon insistance, qui se voulait discrète, n’était rien de mieux qu’un couteau remué dans ses plaies déjà suppurantes d’une haine qui ne s’éteindrait pas de sitôt. La vengeance le consumait comme un poison irradiant. Il ne servait à rien de lui en tendre la coupe. Si je voulais des réponses, je les trouverais seul, quoi qu’il arrive.
Je savais que mon ami n’allait pas « bien ». Il n’irait pas bien avant longtemps. Il avait perdu son cercle, et c’est une chose que même nombre d’arcanistes ne peuvent réellement conceptualiser jusqu’en leur chair. Car tant qu’on n’a pas été lié à d’autres essences que la sienne au fil de rituels conjoints et autres pratiques routinières au cœur du principe de cabale arcanique, on ne peut en comprendre la portée que par une vue objective. Or l’objectivité n’a pas sa place dans ces intrications-là. La seule manière pour moi de me figurer ce qu’ils traversait avait été de comparer ce déchirement avec celui que j’avais vécu en tirant un trait sur ma vie à Los Angeles. Mais je savais que je n’y étais pas tout à fait. Et ainsi, je me savais fondamentalement incapable de lever cette chape qui pesait sur les épaules du Louisianais.
Nos échanges s’étaient raréfiés jusqu’à récemment, chacun devant vaquer à ses occupations plus ou moins transparentes. Bien sûr, j’en étais peiné, mais j’étais aussi conscient que cela valait mieux pour nous deux que nos chemins restent en partie nettement dissociés, en tout cas, pour le moment. Je n’avais pas ma place dans le processus lugubre, probablement mortifère, dans lequel je n’ignorais pas son intention de s’engager. On pourrait m’objecter qu’en tant qu’ami, il aurait été de mon devoir de tout faire pour stopper la progression d’Eoghan vers la concrétisation de ses noires aspirations, motivées par l’honneur du supplicié, le code impitoyable d’une organisation qui ne plierait le genou que pour mieux planter sa lame dans le ventre mou de son adversaire de toujours. Attendrait-il d’avoir la preuve de l’implication de l’Église Wiccane pour s’en prendre à ses membres ? J’en doutais un peu. Mais s’il y a bien une chose que je n’ai jamais voulu devenir, c’est un paladin de la justice. J’ai foi en Eoghan Underwood, aussi absurde que cela puisse paraître. Même dans ses mauvais calculs. Je lui fais confiance, parce qu’il a en lui les ressources nécessaires pour suivre la route qui lui a été assignée par les dieux. Et je me fie à cela, parce que je n’ai pas d’autre choix : je nous crois nés de la même poussière, élevés par le même souffle sacré. Si je n’ai plus foi en cela, alors plus rien n’a valeur de vérité.

J’ai eu moi-même à faire. Quand il est devenu difficile d’ignorer que mes recherches infructueuses avaient pris trop de place, l’insuffisant investissement porté dans mes projets personnels ne s’en est fait que plus durement ressentir. Mon héritage avait besoin que je l’entretienne, mon exploration des choses qui m’ont été léguées devait se poursuivre, mes devoirs envers Hannah et le Juggler’s Bazaar manquaient de ma disponibilité mentale, et celle, plus physique, manquait à d’autres choses. À d’autres personnes. J’avais négligé de prendre du temps pour Elle, notamment, et me suis trouvé brusquement inquiété de ce vide que ma magie, elle aussi, ressentait. Trop de choses avaient pâti de cette récente distanciation, et je devais accepter, comme d’autres fois par le passé, d’agencer de nouveau mon quotidien en tenant compte de la vie entière que j’avais mise entre parenthèses, à cause de ma propension à m’ensevelir dans une seule obsession.
Les saisons avaient changé, engloutissant doucement mais sûrement les élancements vigoureux du printemps sous la chaleur pesante émanant des environs détrempés de la région. La condensation de l’été s’était muée en pluies qui ne faisaient qu’assourdir les souvenirs au lieu d’en effacer le trouble. L’activité arcaniste avait explosé en fin d’automne, excitant un état de vigilance nerveux tout en m’obligeant à faire face à tout ce que le commerce magique et l’appartenance à certains rites peut avoir de contraignant et de trivial. Et finalement était venu l’hiver et avec lui… L’inattendu de ce que l’on croit perdu. De ce à quoi, une fois n’est pas coutume, j’avais renoncé à croire.
Aujourd’hui l’hiver se prépare au départ et tandis que je fais de même, je songe : non. Pas maintenant. N’y pense pas.

Par la porte béante du garage, je vois sans vraiment m’y arrêter les chutes inépuisables des sanglots du ciel plombé. L’orage qui gronde m’est si semblable si j’en juge par ma tendance des dernières semaines, que je voudrais y trouver une sorte d’ironie suffisant à apporter un peu de légèreté aux préoccupations encombrant mon esprit.
Ajustant une boucle du holster ceignant mon thorax avant de revêtir mon blouson de cuir, j’ai une pensée pour le faciès froissé de Brünhild, rapidement dérobé à ma vue après qu’elle ait déposé devant moi les petites boîtes de métal contenant ce que je lui avais demandé de préparer pour mon expédition, quelques artifices que sa magie permettait de produire et non la mienne. Elle n’encaisse pas l’idée que je réponde à nouveau à l’appel d’Eoghan. Et, d’une certaine façon, je ne peux lui donner tort.
C’était il y a peu, le sorcier et moi n’avions correspondu que très peu depuis des mois, bousculés par nos obligations et autres surprises plus ou moins bonnes semées par le destin. Il m’informait qu’il était sur la piste d’un artefact, quelque chose qui serait enfoui quelque part dans les environs directs de la cité dolente où nous vivons. J’avais hésité à l’assurer à nouveau que mon concours lui était offert à cet égard : j’étais désireux d’en savoir plus sur les raisons de cette chasse, car il ne me semblait pas qu’Eoghan soit si féru de ce genre d’activités. J’en avais conclu assez librement qu’il s’agissait d’un besoin décrété par la nouvelle tête pensante de l’Irae, la fameuse Circé van Derr Ven, mais les réticences de mon ami à se montrer plus prolixe me rendaient un peu aigre. Bien plus tôt, j’aurais sans doute proposé moi-même d’apporter mon expertise et mes ressources au profit de son entreprise, et ce sans poser plus de questions, mais le timing ne pouvait être plus indélicat alors que je me trouvais aux prises avec le retour de Lilas, dans un paysage que j’avais cru exempt pour toujours de sa présence. Beaucoup de mes acquis et certitudes, sur plusieurs plans, s’en trouvaient déstabilisés, et des événements incompréhensibles de la période de Noël m’était resté quelque chose que je n’arrivais pas non plus à définir parfaitement. Le sentiment de n’être, en quelque sorte, jamais vraiment seul, d’avoir froid sans aucune raison, d’être alerté par des bruits que je n’entendais même pas. Mon anxiété actuelle se mariait fort mal avec la rétention apparente d’informations dont Eoghan me gratifiait.
Depuis lors, j’avais donc fait en sorte de me préparer à toute éventualité. Je n’avais même pas de lieu, sans quoi j’aurais pu faire des recherches de mon côté. L’absence de repères cause souvent chez moi un surcroît de précautions et, en remontant la fermeture de mon blouson, j’ai maintenant l’impression de partir à la chasse comme autrefois. Non pas celle à laquelle je me suis adonné avec le frisson de l’aventure, ces dernières années, mais celle, bien plus sinistre, que m’ont appris à mener mes aînés de la maison Haushofer von Falkenstein. Celle qui puise ses racines dans le secret sanglant qui préservait l’humanité des monstres sous son lit, il n’y a pas si longtemps encore. Tout ce que je peux compter de poches est rempli de plus d’outils de destruction (bien qu’inertes pour l’instant), et autres matières premières desquelles mon art tire ses forces mystiques, que n’en devrait transporter quiconque de bien intentionné. Ajoutons à cela les armes, conventionnelles ou beaucoup moins, qui ceignent ma taille, mes hanches et ma poitrine, et je peux d’ors et déjà faire une croix sur les routes principales qui m’exposeraient trop à des regards un tant soit peu avertis. Les trombes d’eau et la nuit approchant ne sont pas suffisantes pour rendre les environs libres de toute rencontre embarrassante, surtout depuis décembre dernier et ses drôles d’événements.
Bouclant mon second gant, je soupire sans lassitude avant d’enfouir des écouteurs au creux de mes oreilles et ma tête dans mon casque, comme on acquiesce devant l’heure H venue. Mes mains sur le guidon poussent le destrier mécanique qui me portera jusqu’au point de rendez-vous indiqué par Eoghan, et les deux molosses sur mes talons marchent docilement avec moi jusqu’à s’arrêter d’eux-mêmes à quelque distance du portail, que je referme quelques secondes plus tard avec un regard sur leurs grosses bouilles déçues de ne pas m’accompagner. J’aurais aimé qu’il en soit autrement, mais pas question de les embarquer dans une expédition aux risques incalculables, et dont les chances de succès se limitent à une improvisation totale, chose à laquelle je répugne tant.
Je ne sais même pas ce que nous allons trouver dans l’auditorium abandonné, seul élément clair que j’ai pu tirer de l’adresse fournie. La faute, sans doute, à ce que j’aie rechigné à me montrer plus insistant avec le sorcier. Faut-il que j’aie de l’estime pour lui, pour me lancer dans pareille incertitude en tout… et accepter de m’en remettre à lui, moi qui suis pourtant si farouche et maniaque du détail.

Le kick fait s’ébrouer le moteur, qui démarre au quart de tour, alliant son rugissement de bête d’acier aux roulements du tonnerre lointain. Mon doigt presse la touche « play » et la lecture aléatoire m’arrache un rire quand elle lance un « Feuer Frei! » que je n’avais pas entendu depuis fort, fort longtemps.

Parmi les ombres brouillées du soir, toutes trempées de l’ondée pas encore tout à fait assagie, les contours déprimants de ce qui fut sans doute un chef-d’œuvre architectural en son temps se laissent deviner alors que j’approche de la fin du périple. Non loin, mon regard capte la forme caractéristique de ce que j’imagine être le pick-up du Louisianais. Les grondements de ma monture me précèdent sans doute, et je ne suis pas surpris de le voir, comme une image d’Épinal, campé près de la carrosserie de son éternel monstre de taule à toute épreuve. Délaissant là mon fauve ronronnant doucement après sa course, je glisse vers mon ami la même expression de joie timide. Un sourire de connivence, qui supplante les mots banals. L’impression de l’avoir laissé hier, alors qu’un contentement doux vient apaiser une partie de la tension qui ne veut pas me quitter. Revoir ces deux billes glaciales, animées malgré le fard sombre de la nuit qui vient d’une lueur qui m’avait manqué, me réchauffe le cœur et l’esprit.
Dans le coffre sommaire, j’échange contre mon casque et mes gants une lampe torche dont le mousqueton rejoint ma ceinture à peine visible sous les tours de ce qui ressemble à une chaîne crantée, et m’approche en effleurant machinalement les attaches des lames jumelles reposant sur mes lombaires.

« Tu pouvais pas juste m’inviter à boire un verre dans un de tes bouges habituels, hein ? »

Les quelques mètres qui me séparent de lui sont vite réduits au son clapotant de la caillasse boueuse sous mes semelles, et je ne boude pas mon plaisir de compléter notre poignée de mains par une accolade fraternelle, qui surprendra toujours l’observateur par notre différence de taille.

« Bien. Si tu as d’autres surprises à me dévoiler, c’est le moment. J’aime autant ne pas me retrouver dans la gueule du loup en l’ayant prise pour une paire de cuisses. »

bat'phanie • #682121
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En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
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⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
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⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent KOVXegv And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent WZKlL7H And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent J8B1rxa

"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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⛤ VENGEANCE ⛤

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"Before I die alone."

And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent GIeraGW
Pseudo : Nero
Célébrité : Ian Somerhalder.
Double compte : Sanford R. De Castro, Aliénor Bellovaque, Ian C. Calloway & Gautièr Montignac.
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Dim 3 Mar - 21:15 (#)


The foulest stench is in the air
Comment parvenait-il à se refréner ? Cet élan qui l'incitait à rompre avec sa posture imperturbable, pour s'avancer vers lui. Le temps passait, sans que rien n'altère la profondeur de sa loyauté envers celui dont il s'estimait être un fervent débiteur. La liste s'allongeait pour l'obligé, et peu lui importait. Il prêterait son bras, sa lame, ses sens et son Essence jusqu'à ce que la dette de sang corresponde au préjudice épargné. Moins fait pour mener que pour seconder, comme l'avait si bien compris Circé, il constatait avec un certain étonnement qu'il ne concevait ni honte, ni réserve à l'idée de se dédouaner pour tous les services rendus, les vies sauvées. Il cultivait cet état de fait comme un masochiste entretient la souffrance qui le ravit, et avec une légèreté qui aurait pu surprendre nombre des siens. Sa mère l'en avait averti, alerté : maudit le sorcier changé en chair à canon, en sacrifié. Stupide, à ses yeux. Il trouvait son accomplissement ainsi, et c'était peut-être bien l'Irae qui en était la cause. Habitué à redresser, puis à courber l'échine, rendu servile par le renoncement, mais également par l'acceptation sans la résignation, il goûtait, enfin, à une vertu nouvelle, faite pour lui, et dont la morale était absente. Il créait son propre chemin, sa propre voie, accédant à une élévation qui maturait, depuis plusieurs années. De par ses fréquentations, ses choix, cette forme d'émancipation sans couper court à ses racines. Il s'enrichissait auprès de ses pairs, mais savait s'opposer à leur doxa. Il cultivait un art aux branches millénaires, multiples, parfois nébuleuses, à leur côté ou en solitaire, mais retombait toujours sur ses pattes pour exploiter ses dons et apprendre de ceux des autres.

Ainsi ses pensées bourdonnaient-elles à la simple vue de Vinzent Henkermann, cet homme surprenant pour lequel il éprouva une véritable bouffée d'affection. Ce sentiment lui fit oublier l'aigreur qui risquait de faire vaciller un équilibre déjà précaire, et c'est pourquoi il savoura chaque seconde de ces retrouvailles incongrues, bien loin du confort du manoir. Sa mise et son attitude le confortèrent dans son impression : ils formeraient le tandem idéal, dans les profondeurs du bâtiment. Avec Yago à leurs côtés, ils seraient invincibles. Si le trio fonctionnait. S'il devenait le maillon le plus solide de l'histoire, constitué de l'acier le plus robuste. Il pouvait le faire. Il en avait les épaules. La réplique de son ami déclencha un rire bref. Sans trop se faire prier, la poignée de main fut en effet des plus franches, et l'accolade, pourvue de reconnaissance. Il inspira profondément, soulagé de le sentir physiquement contre lui, et non plus simple fumerolle dans sa mémoire. « C'est cool, que tu sois venu... Merci. » Il aurait pu pousser plus loin la provocation, mais préféra s'en tenir à une sage retenue. Après tout, s'il ne voulait pas griller ses chances pour la suite, il n'avait pas intérêt à se présenter sous un jour présomptueux ou trop assuré. Sans pour autant faire preuve de manipulation, il ne souhaitait tout simplement pas laisser à Vinzent la désagréable impression de s'être fait avoir d'une manière ou d'une autre. Il le considéra d'un coup d'oeil sommaire mais perçant, et ne recula d'un pas qu'à regret.

« Oh, des surprises on risque d'en avoir un paquet ce soir, toi et moi. » Il ne pouvait pas reculer indéfiniment. Hors de question de lui sortir un numéro de con, ni de se montrer plus lâche qu'il ne se le sentait déjà. Ses mains se postèrent au niveau de ses hanches tandis qu'il fixa le sol un instant, songeur. Puis, il observa les alentours, ne distinguant pas encore la présence de l'immortel. Il n'aurait probablement pas d'autre occasion pour lui annoncer la venue du troisième protagoniste, et décida de s'en emparer. « Bon... T'sais, en fait c'est pas moi la source principale d'informations pour cette... recherche. C'est... quelqu'un d'autre. Quelqu'un que j'connais bien. » Tel un gosse pris en faut, il s'obstina dès lors à fuir les prunelles de son interlocuteur, commençant déjà à se bouffer le coin de la lèvre inférieure. « Et tu le connais aussi. Enfin. Un peu. » Inutile de tergiverser plus longtemps. Il n'aurait, de toute façon, jamais osé remettre en doute l'intelligence de Vinzent, qui devait avoir compris depuis au moins deux bonnes minutes. « Yago. Il vient. C'est de lui dont c'est parti... tout ça. » D'un mouvement de tête rendu mal à l'aise par l'aveu, il désigna l'auditorium dans son dos. Dos qu'il n'eut pas l'audace de présenter à son compagnon, tout en se dérobant de profil, craignant l'arrivée d'une colère encore jamais vue, jamais lue chez lui. « Si j'te l'avais dit avant, j'pensais que tu viendrais pas, alors j'me suis dit... que tu te ferais ta propre opinion une fois qu'on y serait… » Et de reprendre, mot pour mot, fidèle à lui-même : « Steplaît, gueule pas. »
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Louisiana Burning

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Mer 6 Mar - 11:39 (#)

AND GRISLY GHOULS FROM EVERY TOMB
ARE CLOSING IN TO SEAL YOUR DOOM
TRUST IS A TWO-SIDED BLADE.
Ce n’est pas que la sobriété du ton m’étonne particulièrement. À vrai dire, je ne m’attendais pas spécialement à une fête, cherchant moi-même plutôt à donner le change qu’à communiquer une véritable gaieté dont je ne suis pas réellement coutumier ces temps-ci. Mais il y a une gêne chez Eoghan que je ressens avec d’autant plus de netteté que sa réponse à mes gestes s’inscrit à l’opposé de la tension qui émane de lui, comme tapie derrière la joie sincère, mais fugace. Sans doute parce que nos essences se ressemblent, je sais qu’il n’est pas question ici d’angoisse à propos de la mission pour laquelle je l’ai rejoint, du moins, pas en soi. Lorsqu’il s’écarte, j’ai tout loisir de contempler l’expression indéniable de quelque chose qu’il ne parvient manifestement à pas formuler simplement, et qui transparaît de lui malgré tout.
J’ai peut-être le défaut de penser que ce n’est pas normal précisément parce que j’aime considérer qu’il peut tout me dire. J’ai beau savoir qu’il conserve des choses hors de ma portée – et réciproquement – je crois qu’il me sait enclin à tout entendre. Son attitude me pousse vers l’idée qu’il y a quelque chose de vraiment ennuyeux qui frémit sous son crâne brun, quelque chose de spécifiquement délicat… Parce qu’il redoute ma réaction.

Il m’est rarement arrivé d’exprimer au Louisianais des sujets de réticence sur lesquels je ne pouvais pas transiger. Tandis que je croise les bras dans un réflexe bêtement humain, je darde vers lui un regard sans doute plus inquisiteur qu’interrogatif, tentant déjà en moi-même de me rappeler chacun de ces points sensibles que j’aurais pu dévoiler, et de lier chacun au contexte dans lequel nous nous trouvons.
Lorsqu’il consent à parler enfin, livrant le fond de sa pensée au compte-goutte, je sens poindre un agacement qui n’est pas dans mes habitudes et en émerge un malaise que j’ai du mal à définir réellement. Trop d’éléments me désarçonnent et je ne suis pas d’humeur. La stabilité et la patience auxquelles je l’ai habitué ne sont pas d’actualité, ces temps-ci. Puis, les indices se mettent en place : le sorcier ne se mettrait pas dans cet état si le commanditaire était Circé, ainsi que j’ai pu le supposer, car nous sommes déjà passés par cette phase où il m’exposait le secret de son appartenance à la sombre secte, et j’ai témoigné de ma tolérance à ce sujet. Il s’agit de quelqu’un dont il m’avait parlé et à qui je ne désire pas avoir affaire. L’énigme est simple. Sa clé, immédiatement à ma portée.

Les bras m’en tombent presque, revenant lentement s’allonger le long de mes côtés – je le remarque à peine moi-même, sous le coup de la révélation élucidée avant même son annonce formelle, qui ne tarde plus – et je comprends mieux les raisons de ces mimiques de gamin qui se prépare à être puni. Je les comprends mais ne les accepte pas.
Un instant je reluque le visage de celui qui me fait face et dont j’ai l’amertume impulsive de regretter la compagnie. L’ascenseur émotionnel est brutal et la chute, douloureuse. Un instant gagné par l’empressement de marcher à nouveau à ses côtés, quelque chose qui renforcerait notre lien dans la droite ligne de nos précédents vécus, je n’ai même pas eu le temps d’en goûter l’allégresse qu’il me l’a enlevée – certainement malgré lui, mais il n’en reste pas moins seul responsable. Ce n’est pas d’avoir un troisième équipier qui me contrarie autant, évidemment. C’est qu’il s’agisse de celui-là. Le mystérieux Yago Mustafaï - dont le portrait dressé par Eoghan correspond exactement au stéréotype du vampire des affaires duquel je ne voudrais me mêler pour rien au monde - serait ce soir plus que cela, même : d'équipier à commanditaire, c’est pour lui que nous sommes là. Que moi, je suis là. Et Eoghan savait parfaitement que cette idée me révulserait : il dit vrai, s’il avait été transparent sur le fait que le vampire était l’instigateur de cette chasse, je ne serais sans doute pas venu – probablement aurais-je même tenté de le dissuader d’en être, lui-même. Tout en sachant la manœuvre vaine. Il m’apparaît clairement maintenant que le sorcier ne reculerait devant aucune bassesse pour satisfaire les moindres caprices de sa sangsue.

Je me détourne, à peine a-t-il lancé sa supplique, pour enfoncer dans les poches de mon blouson mes poings qui se serrent et faire quelques pas vers ma moto, sans réfléchir. Ou bien en réfléchissant trop vite pour que mon esprit parvienne à faire le tri. Ce qui se joue là-dedans est d’une violence inouïe, comme beaucoup trop de choses ces derniers temps. Mes rouages qui s’emballent provoquent la surchauffe de mes nerfs et plus d’une fois, l’âtre vrombissant de la Rougeoyante en a témoigné par un débordement d’ardeur provoquant des dégâts autour de moi. Cette fois, et sans surprise pour moi, je sens la « chaîne » enroulée autour de mes hanches se mouvoir très faiblement, comme un animal sur le point de sortir d’hibernation. J’inspire profondément, désormais debout près de ma monture, enfermé dans une bulle où ne m’attend que le choix de rester ou de partir. Respire. Examine. Délibère. Tranche.
Dans le vif, s’il le faut, me susurre la flamme pourpre, sifflant une bile noire enfantée par un sentiment d’humiliation, la lassitude, et le dégoût.

Comment faire comprendre à Eoghan quelles limites il a franchies ? Comment lui expliquer pourquoi c’est intolérable, et dois-je vraiment me fatiguer à le faire ? Que lui dois-je, finalement, à ce pauvre gamin dans un corps d’homme, embrigadé depuis l’enfance dans un système et, depuis peut-être moins de temps, des accointances, dans lesquels je ne me reconnaîtrai sans doute jamais ? Les barrières entre nos deux existences, autant que les ponts, sont réelles. Et si je ne les avais jusque là jamais considérées comme infranchissables, il demeure que cette transcendance des limites de nos tristes carcans, qui n’appartiennent qu’à ce monde, n’est peut-être pas toujours possible. Et sûrement pas toujours due.
À celui qui m’assurait à moult reprises qu’il avait une dette envers moi, je suis désormais en droit d’opposer plus qu’un refus, moi qui n’ai jamais rien demandé en retour de mes largesses que l’honnêteté d’une amitié solide. Je ne suis pas le genre de personne dont on se moque de cette manière. Ce sont des choses qui se paient, et pour celui qui a insisté si lourdement sur sa position de débiteur avant de me cracher ainsi dans le dos, le tarif peut-il être autre qu’exorbitant ?

Il y a de la cruauté dans cet air du temps qui pèse sur moi depuis des semaines. Cruauté des événements mais surtout, cruauté réveillée en moi par des revers plus violemment ressentis qu’ils ne devraient l’être, parce qu’ils sont infligés par des êtres particuliers. Le sentiment de donner ma confiance à ceux qui ne la méritent pas vient chercher les morceaux épars de ma misanthropie, née de la confrontation impossible à équilibrer entre l’amour immodéré dont je suis capable pour mon entourage et la peur viscérale que ces âmes chéries me soient arrachés, de force comme de leur plein gré. La déception et la rancœur cherchent un moyen de recomposer ce caractère quasi anachorétique, de me ramener à ce temps où je n’avais pas vu un être humain ou humanoïde pendant plus de lunes que je n’en voulais dénombrer. Où cette part de moi qui n’appartient pas à la crasse mortelle s’était lentement métamorphosée, avait pris un tel empire sur son vaisseau qu’elle l’aurait peut-être bien conquis pour de bon, jetant sur le cœur humain son regard de Gorgone et façonnant l’esprit à son image brute, dépourvue de sa mue de grenats – sans succès, mais pas sans une certaine satisfaction. Il est dit que mon père avait suivi ce chemin-là, quelque part dans des carnets de son épouse si souvent laissée seule, entre la simplicité des tourments et des joies de l’humanité, et le spectacle incompréhensible de celui qui, plus qu’Éveillé, commençait véritablement à démontrer les signes du Savoir.
Dans des moments comme ce soir, je regrette de ne pas être allé jusque là. Mes semblables me manquaient. Tout me manquait. Mais pour quoi ?

Appuyé sur la selle du bolide reposant sur sa béquille, je laisse mes prunelles se perdre en direction de l’édifice moribond où je suis censé m’engouffrer, en compagnie d’un homme qui donne la priorité sur la confiance véritablement fraternelle que je lui ai donnée, à ses arrangements avec un immortel aux desseins hermétiques.

« Je suis censé faire quoi, Eoghan ? »

Comme pour me libérer d’un poids, je laisse la question se faire jour, et elle claque durement dans la distance de seulement quelques mètres, mais glaciale et comme creusée de pièges immondes, qui repose entre lui et moi.

« J’en suis rendu là, à te demander ton avis au moment où je devrais le plus le désavouer, parce que je ne comprends pas comment on en est arrivés à ça. Bien joué, tu as enfin réussi à me clouer le bec, félicitations. »

Le visage que je tourne vers lui s’ajoute, si c’était nécessaire, à l’impossibilité d’interpréter ces mots comme autre chose que l’exposition crue et souillée de toute notre dynamique vertueuse, encapsulée dans une ironie acrimonieuse.

« Je ne sais pas quoi faire, là. Je ne sais pas si tu t’es rendu compte, au moment de m’appeler, que tu te comportais comme un traître au seuil d’une entreprise où tout ce qui compte, c’est la confiance qu’on a envers celui qui nous accompagne. Objectivement, c’est d’une connerie qui dépasse l’entendement. Et tu n’es pourtant pas con, Underwood, ce qui rend la chose encore pire – subjectivement, cette fois. »

Cette manière qu’a mon accent d’affleurer plus fortement, cette inclémence dans la voix, et même une sorte d’automatisme à l’appeler par son nom de famille – autant de signes involontaires mais consentis sur le moment, qui formulent ce que la magie doit déjà dépeindre aux yeux de l’empathe avec une rudesse inédite. Un vague mouvement de tête envers l’auditorium, pour désigner informellement tout ce qui a été maintenu à mon insu.

« Tu savais. Tu as prévu cette conversation. Tu as anticipé, j’imagine, le fait que je n’aie aucune raison apparente de rester dans de telles conditions. Alors quelle est-elle, celle qui n’apparaît pas ? Qu’est-ce qui t’a convaincu que j’irais là-dedans avec toi et… »

Je regarde alors autour de moi, comme si je m’attendais à ce que l’autre nous écoute depuis quelque tapis d’ombre projeté par la nuit et l’orage.

« Yago. De tous les visages que tu connais il fallait que ce soit lui… »

Par habitude, ma main fouille dans la poche du blouson où elle est pourtant restée crispée, croyant y trouver un paquet de cigarettes que j’ai bien évidemment laissé chez moi. De toute façon, elles ne m’auraient été d’aucun secours.

« Montre-toi convainquant, ce serait la moindre des choses. Je te laisse autant de temps qu’il te faudra mais je n’entrerai pas là-bas, si tu n’es pas capable de me dire comment tu en es arrivé à t’imaginer que je resterais après ça. Et son avis à lui n’aura pas le moindre poids – je ne devrais pas avoir besoin de te le garantir. »

Tu es tout seul, pourrais-je presque résumer. Et malheureusement pour lui, j’ai rarement été dans d’aussi mauvaises conditions pour me montrer réceptif à quoi que ce soit. Si vraiment il n’a pas le choix, et que sa survie dépend de mon concours, alors à l’heure qu’il est, Eoghan Underwood est à plaindre.

bat'phanie • #682121
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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
Eoghan Underwood
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"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
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⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
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Dim 10 Mar - 13:53 (#)


The foulest stench is in the air
L'orage. Il savait.
Il savait que sa décision serait lourde de conséquences. L'échine presque cassée, chien battu habitué au coup de bâton cinglant, il sentit ses muscles se tendre, ses membres se raidir, toute son écorce muer en une carapace de tension et de nerfs. Il se mit à fuir la vision du visage de son ami ; il ne voulait pas y lire cette fureur rentrée, cette colère teintée d'une déception incommensurable. Le silence qui tomba, d'une violence presque plus glaçante qu'une bastonnade dans les règles, l'écho lointain d'un tonnerre qui lui-même cherchait à fuir cette confrontation surréaliste, et l'ombre inquiétante de l'auditorium derrière eux... À défaut de se montrer courageux en l'affrontant d'homme à homme, il reçut tout, de plein fouet. Les émotions du chasseur d'artefacts butèrent douloureusement contre les siennes, dialogue muet dont il resterait le seul témoin. L'électricité bourdonnante dans son crâne, qu'il pouvait sentir jusque dans ses ligaments, ses tendons, les épaules braquées, le tortura plus sûrement que n'importe quelle diatribe. Pourtant, il ne parvenait pas vraiment à regretter son choix. Il avait besoin de Vinzent, à un point tel qu'il ignorait comment le lui dire sans passer pour un fou, un faible ou un égoïste sans scrupules ni conscience. Il n'avait pas préparé de discours de défense, rien de bien rodé. Les idées se bousculaient dans sa tête, se cognaient à ses rares velléités de parangon, dont il s'estimait être incapable de correspondre, mais qui n'étaient pas toujours aux abonnées absentes. C'était d'ailleurs bien ce qui le confortait éternellement, le cul entre deux chaises : incapable de se décider entre suivre une voie raisonnée ou embrasser le putride en lui. Vinzent ne connaissait probablement pas ce dilemme. Il possédait cette aura du Juste, de l'homme qui savait toujours quelle voie était la bonne, et quelle était celle à éviter, pour conserver honneur, noblesse d'esprit, grandeur d'âme, bref : autant de qualités dont il s'avérait être totalement dépourvu. Frères de sang et de magie, certes, mais à eux deux, les voilà trahissant mieux que n'importe quel duo la contradiction sévère entre deux chemins radicalement différents. Les sorciers d'essence carmine n'étaient pas forcés de se soumettre aux pulsions avilissantes, au mensonge et au vice qu'induit forcément une telle maîtrise. D'autres, tels que l'Autrichien, gardaient un port de tête bien plus fier et altier. Il ne pouvait pas tout mettre sur le rang, la naissance et le statut social. Tout se jouait ailleurs. Cet aveu fait à lui-même était pénible, mais il ne chercha pas à s'en extraire, malgré le sentiment cuisant de honte, cette brûlure de l'orgueil. Il inspira avec difficulté, comme s'il craignait que des bris de verre dans ses poumons ne se réveillent au moindre mouvement.

En le voyant s'éloigner, il dut mobiliser toute sa volonté pour ne pas le poursuivre, conscient de l'effet inverse que cet empressement provoquerait. Il se contenta de prier, d'implorer en des psaumes connus de lui seul son ami de ne pas le quitter ainsi, fâché, et peut-être pour de bon. Le temps leur était compté pour des querelles sans issue. Rivé à ses gestes, cherchant à déceler la plus infime goutte d'hésitation dans son attitude, il s'accrocha à ce mince espoir qui, par miracle, se vit concrétisé par cette question, première pierre d'un dialogue qui le réconforta : porte ouverte. Il serra les dents, écoutant comme il avait rarement écouté l'un de ses pairs. Cette fois, ses prunelles cherchèrent les siennes, sans défiance, ni provocation. Assumer. Il devait apprendre à assumer, plus qu'à le convaincre. À lui expliquer ce qui l'avait poussé à de telles extrémités. Face à ces traits presque rapaces, à ce regard sombre, même dans la pénombre trouée par les phares et les lampes, il lui faudrait déployer des trésors de rhétorique qu'il n'était pas certain de posséder, au contraire. L'ouvrir et gueuler étaient une chose. Savoir trouver les mots en était une autre. Il n'était pas doué, pour cela. Pas d'autre possibilité, pas d'échappatoire, néanmoins. Au souvenir de Vinzent scrutant rapidement les parages autour d'eux, il s'obligea à préciser, comme pour le rassurer pour de bon : « Il n'est pas ici. » Non. Pas de promontoire sur lequel se percher. Il était venu en avance, car l'immortel, aussi horloger fut-il en son temps, ne lui semblait pas doué d'une ponctualité extraordinaire. Il fit racler sous sa semelle quelques gravillons.

« J'ai rien prévu du tout. J'pensais que tu serais en colère, ouais... Mais... j'ai pas imaginé quoique ce soit pour me défendre ou... fin. J'savais que t'allais mal le prendre. Et j'comprends. Putain, j'te jure que j'comprends. » Il renifla, l'épaule nerveuse, la paupière tressaillante. Rarement il s'était senti placé dans une posture aussi inconfortable. « J'suis pas un traître. J'te trahirai jamais, Vinz'. J'ai promis. Et même si tu dois te dire que j'suis un fils de pute de première classe, c'est toujours d'actualité, pourtant. Parce que... j'voulais pas te forcer la main par caprice. C'est justement parce que j'te fais confiance, que j'te veux avec moi. Même s'il est là. » Il s'approcha, à peine. « Lui et moi on est habitués aux « chasses ». C'est lui qui a les infos, toujours. Et même si je sais que tu trouves ça complètement dingue... ben j'suis toujours là. Il m'a jamais lâché, même quand c'est devenu tendu. J'te l'ai raconté, au manoir. Il m'a sauvé la vie, bordel. Deux fois. Exactement comme tu l'as fait. Il est pas complètement mauvais. Tout comme moi, je ne suis pas complètement bon. Et j'sais que tu veux pas te mêler des affaires vampiriques, mais j'te jure que si tu m'aides... rien te retombera dessus. Au contraire, ce sera que du bon. Des bénéfices, évidemment que tu vas en toucher. J't'ai pas demandé de te pointer pour t'exploiter juste parce que j'avais besoin d'une paire de bras supplémentaires. »

Contrarié que Vinzent s'imagine des choses pareilles à son sujet, il extirpa ses clopes de sa poche et s'en grilla une rapidement, avant de lui lancer le paquet de Pall Mall, comptant sur ses réflexes. « Yago dit que cette histoire... c'est gros. Et s'il estime qu'il nous faut une personne de plus, je le crois. Tu penses vraiment que j'aurais demandé au premier péquenaud chasseur du dimanche pour nous accompagner ? J'avais besoin d'être sûr. De pouvoir faire confiance, pleinement. J'te voulais toi. Parce que t'es un as dans ton rayon et qu'à seulement nous deux dans ce truc, j'étais pas sûr qu'on en revienne en un seul morceau. T'as beau dire, les sangsues sont quand même sacrément utiles, sur ce genre de terrain. Et je parle d'expérience. Parce que sur ça, au moins, j'suis sûr de savoir de quoi je parle, que tu leur prête les pires intentions ou non. » Il hésita sur la teneur des informations qu'il se pensait capable de lui révéler. Dos au mur, il ne pourrait pas se permettre de lésiner en matière d'argument, et c'est pourquoi il opta vite pour une franchise sans faille, désarmante. « Le clan auquel appartient Yago va s'allier avec l'Irae. » Il laissa planer cette promesse, à la fois inéluctable et encore immatérielle, tant qu'il n'aurait pas rencontré le gourou du motel, Sire et maître de son compagnon éternel. Il la savait grave. « Pour gagner l'estime de Salâh-ad-Dîn, il me faut prouver la valeur de la Secte. Apparemment, il aime les artefacts. Beaucoup. J'pense même que c'est le premier marchand noir de matos dans les environs. » Il pointa son majeur et son index vers lui, au creux desquels se consumait sa cigarette. « Et je sais que c'est pas forcément LE truc que t'as envie d'entendre, vu que t'es au Juggler's. Mais tu m'veux honnête, non ? Alors j't'en parle. » Il commença à marcher, faisant des allées et venues lentes, mais persistantes, tout en fumant. « Par cette alliance, nous serons plus... consistants. Circé ne veut plus de cette racine racornie et fermée aux influences extérieures que Morgan a voulu faire pousser pendant des années. Parce qu'on n'est pas des putain de monstres de foire juste bons aux sacrifices. Cette foutue étiquette, elle est fausse. On n'est pas que ça. Il y a des chercheurs, parmi nous. Des gens qui expérimentent, pratiquent, sont en quête d'un Absolu que TOUS, Éveillés, nous avons cherché au moins une fois à atteindre. On s'est fait décimer et personne dans la communauté surnaturelle n'a bougé. Ça va faire bientôt un an Vinz', et on sait TOUJOURS PAS qui a cherché à nous brûler vifs, comment, pourquoi et grâce à qui. » Il cherchait à contrôler sa voix pour en limiter les échos, mais il bouillonnait toujours au fond de lui.

« Tu m'as vu. Tu sais ce qu'ils ont fait. Je ne pense pas le mériter plus qu'un foutu Wiccan. J'y peux rien s'ils ont été les premiers balancés sur les bûchers à s'la jouer martyrs ! C'est PAS mon problème ! Moi tout c'que j'veux c'est vivre dans une communauté qui soit pas votre guilde commerciale ou un conglomérat de cul-bénis qui va faire des rondes dans la forêt le samedi matin. J'aspire à autre chose. Et si nos prochaines alliances me le permettent, alors... alors ça passera par ça. Par lui, eux… » Machinalement, il extirpa l'athamé dont la lame mortifère pour l'Oriental luisait d'un éclat presque irréel. « Ca veut pas dire que j'laisserai mes alliances t'impacter. La chasse aurait été dangereuse, avec ou sans lui. Et j'obtiendrai ce que je suis venu chercher, avec ou sans ton aide. Mais ce sera plus long, sans ton aide. » Il finit par s'immobiliser. « J'ai pas de mots magiques pour te convaincre. Je sais que ce que je te propose est difficile. C'est probablement la dernière chose que j'te demande, et j'suis prêt à payer cher pour que tu me suives là-dedans. J'suis prêt à faire des compromis, à accepter tout ce que tu veux si ça peut te permettre de croire que j'te manipule pas. Que j't'utilise pas. J'serai son garde-fou, s'il le faut. Le fric à la revente, je m'arrangerai pour qu'il te revienne, même si j'sais que t'es pas venu pour ça. T'es v'nu parce que ce qui se passe entre toi et moi ça transcende de loin nos appartenances, nos histoires de clans, de famille, de loyauté. »

Il écarta les bras, impuissant. « C'est sûrement pas l'argumentaire que t'attendais. Parce que j'en ai pas, d'argumentaire. J'te veux avec moi parce que t'es la seule personne dans ce pays derrière qui je marcherais les yeux fermés pour récupérer un artefact au fond d'une ruine. Et j'espérais que ta curiosité surmonte ta répugnance envers lui. »

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Louisiana Burning

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Anonymous
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Dim 21 Juil - 23:41 (#)

AND GRISLY GHOULS FROM EVERY TOMB
ARE CLOSING IN TO SEAL YOUR DOOM
TRUST IS A TWO-SIDED BLADE.

Claquement de langue contre les incisives. Dénégation désabusée. Non, mon ami, tu ne comprends pas. Si tel était le cas, les choses se passeraient autrement.
Pourtant puis-je nier la probabilité de ce qu’il avance ? J’ai moi-même anticipé sa réponse à mon interrogation dérobée. Au moins sommes-nous d’accord sur une chose : cet entre-deux dans lequel il me jette avec mes principes et mes certitudes, je n’y aurais sans doute pas consenti. Il m’a forcé la main, cependant, et c’est un revers contre la tolérance que j’ai toujours eue pour ses différences que je ne peux pas ignorer. Jamais, ô grand jamais, je n’aurais eu la même attitude. Même en découvrant que mon aide désintéressée, mue seulement pas une logique que j’estime naturelle, se devait de me servir de levier tacite pour solliciter son secours à mon tour, jamais je ne lui aurait caché les tenants et les aboutissants de l’entreprise. Et jamais je ne l’aurais contraint à quoi que ce soit.
Il savait pertinemment que je ne me détournerais pas de lui. Parce qu’il comprend comment je fonctionne. Qu’il sait que c’est pour moi un ultime parjure que de le laisser, lui peut-être plus que nombre d’autres, se débrouiller seul des tribulations auxquelles il fait face. En tant qu’ami fervent, mais aussi, au-delà de cela, en tant que semblable par l’Éveil.
Alors que je me raccroche silencieusement par tous les moyens à ma foi, profondément ancrée et qui d’ordinaire ne saurait vaciller, je saisis non sans un triste cynisme à quel point elle me fait le jouet des plans du Louisianais. J’ai peut-être trop livré de moi-même à sa conscience qui peine à se faire jour entre les nuées de ses vices et de ses ambitions plus ou moins personnelles. Sûrement baigné dans la nécessité de manipuler pour ne pas être manipulé, j’ai le sentiment que c’est à peine s’il réalise véritablement toute l’étendue de l’abjection qui signe sa décision.

Un souffle brusque éclate entre mes lèvres. Rire sardonique ou soupir de rage ? La profession qu’il fait de sa confiance envers l’immortel, et la comparaison qu’il ose opérer avec celle qu’il jure avoir envers moi, me révulsent. C’est par incapacité à mettre les mots les uns après les autres que je ne lui coupe pas la parole pour m’emporter contre la bêtise de ce que j’entends. Pour moi, la lecture en filigrane de son passif avec le non-mort prend un sens tout différent. Eoghan est encore là, sauf, grâce à l’entremise du vampire au cours de leurs précédentes aventures – joyeux binôme que tout oppose, un risible cliché soutenu par ma science limitée des dessins animés – mais pourquoi n’est-il pas capable de voir en face ce qui me semble couler de source ? Depuis les siècles des siècles les vampires utilisent les mortels à leur guise pour pallier les lacunes que leur nature ne peut combler. Que leurs larbins soient bêtement humains ou davantage, il reste que ces êtres mille fois maudits jusqu’à être bénis de profits indécents sont les derniers debout dans tout ce qu’ils entreprennent, usant de tous les stratagèmes et de tous les outils pour survivre le plus longtemps que leur éternité permette, avant le point de rupture d’une lassitude lucide : jamais rien ne leur rendra la grandeur d’une vie qui se consume. Façonner l’existence à la flamme de leurs caprices ne leur donnera jamais la satiété de l’accomplissement, car aucune victoire n’est définitive, que chacune est rémunérée par l’anxiété de conserver son trône, et que remporter défi après défi n’engendre qu’une accoutumance à tout ce qui pourrait tromper l’ennui qui s’empare de celui qui sort victorieux de toutes les batailles. Amusements et frissons ne sont que distractions fugaces pour ceux qui existeront pour toujours, à jamais sauvegardés par un instinct plus fort que celui des bêtes sauvages. Survire, coûte que coûte – le prix de la vie de ceux liés à eux ? Une guigne.
Quelle sorte de bénéfices pense-t-il pouvoir me promettre, le jeune sorcier si fier de sa complicité illusoire avec le commanditaire d’une mission au parfum de suicide ?
Intérieurement je ris, oui. Pour ne pas me lamenter.

Symptôme des pulsations mystiques retenues uniquement par une maîtrise éprouvée, rendue défaillante par mes dispositions d’humeur de ces derniers temps, le paquet de cigarettes se heurte à un réflexe qui n’a rien de corporel. Bifurquant violemment dans sa course, il s’écrase à un bon mètre de moi, sur le sol détrempé. Sûrement, le pas d’Eoghan en ma direction a irrité cette part de moi qui ne supporte pas que les responsables de ma colère dépassent un certain périmètre. Pourquoi faut-il que les gens trouvent systématiquement utile de m’approcher, comme si cela aiderait à me faire entendre leurs pénibles supplications ? Sans vraiment m’étonner de la chose, je hausse des sourcils décidément agacés par cette tendance qu’a mon pouvoir de trahir trivialement ce que mon éducation et mes principes me refusent le droit de produire physiquement. En me redressant pour aller cueillir l’objet, je m’imagine qu’il s’en faudra bientôt de peu pour que la télékinésie choisisse sa cible avec plus de mordant, la prochaine fois que mes efforts pour contenir mes bas instincts se trouveront trop mobilisés pour l’empêcher de traduire mon mécontentement par une bonne mandale que j’aurais pourtant voulu éviter de donner.
Piochant une cigarette à mon tour, je m’autorise – puisque ça ne sert à rien de m’obliger à faire autrement – à voler également le briquet d’Eoghan, tout en restant à ma place. La flammèche tarde à se rendre utile dans l’air saturé d’humidité, et la première bouffée n’en est que plus vive. Le briquet et les sèches plus vraiment sèches filent à nouveau vers leur propriétaire, sans commentaire ni reconnaissance de ma part.

Il semble me confier la finalité de l’affaire avec une certaine difficulté. La trace d’une délibération malaisée, mais rapide. Comme s’il lui fallait sauter un pas pour m’avouer que l’Irae et le clan de Yago seraient bientôt de mèche. Je reste impassible, pourtant, partagé entre cette voix intérieure et définitivement trop conciliante qui voudrait que je prenne compte du poids que cela fait peser sur les épaules de mon frère, et le chœur rageur des autres sentiments qui vrombissent en moi et préfèrent que je me préserve de tout cela. L’alliance évoquée ne me concerne nullement. Je n’ai que faire de cela. La mention d’une concurrence déloyale face à mon clan me passe également au-dessus, et je hasarde alors un regard blasé vers le piètre orateur. En est-on vraiment à considérer ces choses-là ? Ma loyauté envers le Juggler’s Bazaar n’a aucun rapport avec les profits pécuniaires qu’il se vante de générer, chose qui me semble suffisamment évidente pour n’importe qui connaissant un peu ma situation personnelle. Qu’il y ait un plus gros dealer d’objets de valeur dans la compétition, peut-être que cela ferait réagir un membre plus cupide que moi ; certains se poseraient même sans doute des questions quant à leur allégeance, motivés qu’ils sont pas l’appât du gain avant toute chose, et le travail supposément requis pour plaire au maître-vampire proposant sûrement autant sinon plus d’adrénaline pour les plus téméraires ou stupides d’entre eux. Mais moi ? Non, vraiment, je ne suis pas là pour ça. Si les finances du Bazaar venaient à péricliter, l’assemblée se transformerait. La ruine ne tue jamais les requins de leur trempe. Et ainsi que je l’ai toujours fait, je trouverais un moyen de mettre mes talents au service de ce qui me rapporte autrement.

Pour Eoghan et ce qu’il reste de son cercle, plus que de la survie désormais, il en va de se refaire une réputation. D'établir une base. Pour le coup, je ne peux rien objecter à ce qu’il observe : je me suis moi-même senti bien seul à chercher sous tous les tapis et autres vieux meubles allégoriques, pour espérer dénicher l’ombre d’une explication à ce qu’il s’est passé il y a près d’un an. Même sur le plan le plus humble de l’investigation à entreprendre, rien n’a été fait correctement. La police conventionnelle et celle du surnaturel ont certainement eu leur comptant de dossiers à traiter et de problématiques ambulantes à poursuivre de leur œil scrutateur, mais l’inaction constatée face à l’évidence d’un incendie criminel et de grande ampleur et à la disparition d’un nombre relativement élevé de citoyens, précisément au même moment, me sidère encore aujourd’hui. M’inquiète, en vérité.
Plus que l’affirmation de l’importance que cette chasse revêt pour lui, pour son clan, pour leur potentiel allié, pour leurs projets communs desquels j’aurais aimé ne jamais avoir à entendre parler, c’est sûrement ce point-là qui, au final, se fait le plus efficace dans l’argumentaire, quoique Eoghan ne l’ait pas spécifiquement soulevé. Il parle de discrimination là où moi, je vois quelque chose d’encore indéfinissable, de bien plus sourd. De potentiellement bien plus vaste.
Si soutenir l’ascension de ceux qui en ont pâti peut s’avérer un moyen de déchirer une partie du voile, d’une manière ou d’une autre, alors… pourquoi pas. Après tout, c’est ce que j’ai cherché à faire, d’une manière bien plus timorée et absolument pas fertile, ces derniers mois.

Le regard baissé vers l’incandescence au bout de mes doigts, j’écoute toujours, ne sachant plus quoi faire des serments qu’il me lance par chapelets entiers. Le paiement, oui, bien sûr que c’est la dernière des consolations. Mon commerce à moi s’évalue sur d’autres plans et il le sait. Sa dévotion, sa soumission, la véhémence avec laquelle il m’en assure, je crois qu’il en connaît également le poids devenu soudain dérisoire. Parce qu’il m’en a déjà fait l’exposé pour, finalement, s’en servir plus ou moins consciemment afin de me leurrer où nous sommes. Je ne parviens pas à réprimer le rictus acide qui froisse mes traits, à l’entendre parler de transcendance, de lien, et de cette confiance aveugle qu’il claironne avoir en moi. C'est précisément là, le point qui me fait le plus mal. La cigarette rejoint mes lèvres et se consume d’une ardeur nouvelle, image dérisoire du fulminement intime qui ne s’éteint pas.

Un temps, encore. Je déglutis pour m’apercevoir que mon souffle n’est pas tranquille, que ma gorge est sèche, presque nouée.

« Tu n’avais pas le droit. Et nous n'aurons plus jamais une telle conversation. »

Je n’ai pas encore envie de recroiser sa silhouette des yeux, et préfère les relever en direction du bâtiment et de sa façade menaçante.

« Je vais rester. Je vais aller aussi loin que possible, et parce que tu n’as pas tort sur tous les points, je te permettrai de sortir de là quoi qu’il en coûte. Mais je me rends compte que je suis beaucoup trop généreux de ma personne pour des gens qui, aussi peu nombreux soient-ils, ne comprennent pas ce que mon affection signifie. Je tiens à ce que tu saches que tu n’es pas étranger à ce sentiment. »

Une pichenette fait tomber la cendre dans l’oubli d’une boue noircie par les ténèbres du ciel qui ne décolère pas.

« L’argent, tu peux le garder. Empêcher ton ami de dépasser les bornes, tu peux essayer. Quant à me garder loin de vos combines, je n’y crois pas du tout mais c’est sympa d’y penser maintenant. Ce serait ça mon salaire, la garantie absolue que je n’aurai plus jamais affaire à lui, aux siens, mais… Je n’aurai pas ta naïveté. Tu n’as aucun contrôle sur la situation et tu veux encore me promettre des choses dont tu sais bien, au fond de toi, qu’elles t’échappent totalement. Tu pourras toujours faire de ton mieux : tu m’as assez souvent dit que Yago se caractérisait par la surprise qu’il crée. Je ne suis pas assez optimiste pour penser qu’il suivra toujours ton opinion dans l’application de ses lubies. Fais-le, fais ce que tu peux pour que ce soit l’affaire d’un malencontreux abus de confiance. Après tout ce sera déjà ça de pris. De mon côté je ferai ce que j’ai à faire. »

Ce qui pourrait sonner comme une menace à peine voilée n’est en fait que la signification honnête de mon intention de me prémunir d’autant plus rigoureusement des interférences du non-mort avec mon propre chemin. Je ne suis pas assez fou pour m’en prendre gratuitement à l’Oriental. La faute d’Eoghan n’est pas assez grande, pour autant que j’estime peu son rapport au vampire, et au fond je le crois plus victime des forces en présence que décisionnaire.

Passant une main sur mon visage comme pour en détendre l’expression, j’inspire longuement, et me tourne enfin à nouveau vers le sorcier.

« Dis-moi absolument tout ce que tu sais à propos de ce soir. De l’endroit, de l’objet. Parle-moi des dispositions de Yago, parle-moi des tiennes, de comment tu le sens. De comment toi, tu te sens. Ne néglige aucun détail. Tout ce que je ne sais pas est potentiellement une chance de plus d’y rester, je veux qu’on soit efficaces et que tout ça soit terminé au plus tôt. »

Il m’apparaît maintenant aussi clairement que l’aube que cette chasse se fera selon les préceptes légués par mes ancêtres, et non selon les méthodes que j’ai moi-même développées. Le feu intérieur, gorgé de sa propre ire, est prêt à sévir, et rien ne me fera plus reculer.

bat'phanie • #682121
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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
Eoghan Underwood
ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
⛤ SMALLTOWN BOY ⛤

And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent 1E5CfUE And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent AoZyjkn And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent BvRyGpi

"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent KOVXegv And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent WZKlL7H And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent J8B1rxa

"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent KL9jJO9
⛤ VENGEANCE ⛤

And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent ZfHtADc And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent Jq60QrG And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent MaP8TbX

"Before I die alone."

And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent GIeraGW
Pseudo : Nero
Célébrité : Ian Somerhalder.
Double compte : Sanford R. De Castro, Aliénor Bellovaque, Ian C. Calloway & Gautièr Montignac.
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Date d'inscription : 09/06/2017
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Mer 31 Juil - 22:09 (#)


The foulest stench is in the air
Le claquement sec du carton humide, lorsqu’il revint se nicher dans sa paume.
Trop tard. Trop tard. Trop tard.
Combien de fois encore, à se lamenter sur cette vaste fumisterie qui lui servait d’intellect ? Une fois de plus, il n’avait pas su voir. Il n’avait pas su comprendre, entendre, prévoir, que Vinzent ne réagirait pas autrement qu’ainsi : violemment, sans équivoque. Il avait jeté ses maigres billes, éparses ; pas de quoi pavoiser, pas de quoi construire une plaidoirie digne de ce nom. Même le dernier des derniers commis d’office de l’État le plus merdique de ce pays aurait présenté une défense plus solide. Ses doigts se fragilisèrent, heurtant la lame davantage qu’ils n’en jouaient. D’un geste sec et nerveux, il la glissa dans son fourreau et tourna le dos à l’arcaniste pour fixer l’auditorium. La lune se reflétait maigrement contre la coupole qui, autrefois, avait fait la fierté de l’endroit. Un bâtiment typique du sud, avec ses colonnes ridiculement larges, sa blancheur déchue réduite à un kaléidoscope de gris poussiéreux. Les arabesques nuageuses qui couvraient les marches et les murs semblaient, d’un processus conjoint, recouvrer les alvéoles de son esprit sinueux qui, déjà, s’interrogeait sur les mécanismes qui l’avaient poussé à céder une fois de plus. Il aurait tellement voulu faire comprendre à Vinzent qu’il n’avait pas eu le choix. Qu’une force extraordinaire – et pas uniquement motivée par le caprice de l’Immortel – l’avait convaincu de les lier, tous les trois, les consacrant en cette chasse qui s’annonçait redoutable. Et comment aurait-il pu en être autrement ? Comment une rencontre pareille aurait-elle pu s’effectuer dans un établissement ouvert aux quatre vents ? Dans la demeure sacralisée de son ami ? Dans les recoins protégés de son  appartement ? Sous les combles misérables de l’atelier du Longue-Vie ? Se justifier, c’était accepter l’erreur. S’expliquer sur cette énigme à ciel ouvert, c’était en tuer l’Essence.

Un jour.
Un jour tu comprendras peut-être.


Ce n’était pas tant une culpabilité intense qui lui rongeait les sangs que cette insupportable prison. Pire que celle qui confortait tous les prisonniers de ce monde entre quatre murs, c’était la prison mentale, l’incompréhension permanente, la non-communication et la route barrée qui opposait ces deux faux-frères, ces jumeaux absurdes, ces rivaux muets. Il aurait voulu communier avec lui, qu’importe la manière ; il se serait ouvert le crâne si cela avait pu lui permettre de lui faire voir. Accusé d’une folie qu’il n’avait pas commise, mais les innocents ne se défendaient jamais bien. Il y avait de quoi s’enfoncer dans cette démence. Il y avait de quoi en perdre le souffle, la raison, le sommeil et bien d’autres choses encore. Il se sentit épuisé. Vidé. Dépouillé de ses flammes habituelles, réduites à néant par la glace des palabres judiciaires dans son dos. Il regrettait bien davantage ses vagues tentatives de protestation que la situation en elle-même. Il n’y avait pas à revenir en arrière. Il n’y avait pas à blâmer tous les motifs de sa Foi. Une douleur physique se substitua à l’écoeurement psychique, et il massa son thorax avec peine, comme pour faire circuler l’énergie bloquée à l’intérieur. Un vertige infime ne chercha même pas à le déséquilibrer pour de bon. Il songea à tout ce qui naviguait en lui. La Rougeoyante, le venin, des stigmates de magie noire, ancienne ou récentes. Souillé. Et tandis que Vinzent demeurait en arrière, un sourire de Fou vint apaiser temporairement le mal-être pénible. Un soutien venu d’ailleurs – les dieux veillent –, une goutte de sagesse dans cet océan de contradictions et d’élans sans prudence.

Ce n’est pas grave.
Ce n’est pas grave si tu ne me pardonnes pas.
Ce n’est pas grave si tu ne me comprends pas.
Un jour.


Il n’y pouvait rien. Il ne pouvait qu’attendre. Patienter, jusqu’au jour où le sorcier étranger se déciderait à ranger sa hargne et sa rancœur. Il se débrouillerait. Il savait faire. Mû par la lucidité, l’homme se retourna, affrontant et assumant. Plus de sourire. Pas de colère. Paladin. Il lui semblait porter la mélancolie héritée d’âges entiers. Sa Terre en était imbibée. Lui aussi. Il en était l'héritier, le témoin et l'auteur d'un pan de chemins tracées par ses déambulations hasardeuses ou déterminées. Les pores de sa peau absorbaient, s’imbibaient, s’imprégnaient, buvaient les souvenirs. Les souvenirs des âmes passées, les dernières traces des auras, jusqu’à l’ombre de la bâtisse et aux cris muets des spectres, des goules, de toutes les créatures monstrueuses qui avaient foulé les lieux avant eux. Les avertissements, les reproches, les promesses, les bons mots, les approbations et les déclarations, tous mêlés en un seul magma qu’il accepta, sans plus chercher à les esquiver. Cette nuit, il tuerait l’enfant. Un peu. Jusqu’à la prochaine fois. Jusqu’à ce qu’on lui remette des chaînes. Cette nuit, il se libérait. Cette nuit, il reprenait la route des martyrs, des déments et des chasseurs de Nuit.
Il soupira et s’approcha à peine de celui qu’il considérait, presque candidement, comme son meilleur ami ; son seul véritable ami, en réalité. Il conserva une distance respectable, peu enclin à subir les affres télékinésiques d’un coup bien placé. « Tu as raison. » Il leva la tête vers la lune, puis vers la cime des arbres, un peu plus loin. Il y fixa longtemps le regard ; pas assez pour que celui-ci en devienne suspect. Lasse, la voix sombre et grave qui s’échappa, loin des véhémentes protestations précédentes. « Je te laisserai le temps nécessaire. Pour me haïr, pour ça. Une autre nuit. » Sans équivoque. « Peut-être que je suis corrompu. Peut-être que quelque chose est mort en moi. Sûrement. Toi et moi, on porte pas le même feu sacré. On naît pas tous avec la même dignité. » Il humecta sa lèvre inférieure, ravagée par les affres de l’angoisse – celle-là même née du remords de lui mentir. « On ne peut pas tous se permettre de respecter les serments de la même manière. » Pas d’attaque vicieuse. Aucun fiel, sur sa langue. « Pour l’instant, ce ne sont que des mots pour toi. J’comprends. Tu as sûrement raison, oui. Peut-être que cette nuit sera un fiasco. Peut-être qu’elle sera grandiose. » Son visage s’inclina ; invitation à une complicité morte, face à face presque défiant – suis-moi. « Je penche pour le grandiose. Parce que j’y ai déjà goûté. Parce que d’ici au retour de l’aube tu verras les choses différemment. Je le sais. Je suis passé par là. Vampire, pas vampire… Au final, cela importe peu. » Son index se porta à sa bouche, longeant les aspérités irrégulières de la muqueuse agressée. Il sentait déjà le goût du cuivre sous sa langue, tant le derme à la finesse redoutable en était abîmé. Le geste, à l’image de sa voix, ne portait plus rien des derniers assauts, eux non plus. Cette forme de résignation était l’ultime rempart, qu’il n’avait pas même érigé en pleine conscience. « Je ne suis pas aussi intelligent que toi. Mais je ne suis pas non plus aussi stupide que j’en ai l’air. Toi et moi, on n’a pas vraiment eu l’occasion de discuter, ces derniers temps. C’est de ma faute. Le Temps file, et moi j’oublie. » Ce râle bloqué dans sa gorge, une partie s’en fit entendre, tandis qu’il étirait pour la dernière fois ses membres, avec bien moins de nonchalance qu’à l’ordinaire. Comme s’il s’agissait de sentir se détendre, se mouvoir, remuer et tester chaque articulation, en prévision des heures prochaines. « Le Temps. C’est ça qui L’avait attiré, tu te souviens. Tu en es où, avec ça ? Est-ce que tu es plus serein que moi ? » Ses yeux fixèrent désormais la tourbe à leurs pieds. Mère nourricière, retour éternel à la fange de ces lieux ; curieuse comparaison avec les prières de ces Chrétiens meurtriers. La transe silencieuse qui contaminait ses bras, ses jambes, jusqu’à sa gorge, ses reins et son crâne venait d’elle. Regonflé d’une énergie dérobée à ce flanc boueux au sein duquel on déposerait un jour son cadavre. Réconfortante certitude. Son index quitta la bouche du profane, flottant dans l’air un instant. « Je me méfie des jamais et des toujours, mais certains sont encore dignes de confiance. Il ne te touchera pas en mal. Jamais. Pas sans en subir les conséquences directes. De réelles conséquences. » Rien de semblable à ce simulacre de voile, ce non-pardon dont tu m’enlaces. « Tu me crois naïf. Je me pense autre que toi. À force de nous trouver des points communs, nous en oublions l’essentiel. » Le gouffre. Essentiel. Eoghan pouvait sauter : rien de plus facile. Rien à perdre, ou si peu. Nous nous connaissons si mal, en fin de compte.

« En ce qui me concerne, je suis prêt à parer à tout ce qu’il me sera possible de contrer. Je serai le lien. Vous n’aurez même pas à vous adresser la parole, si ça te dérange à ce point. Ma tête. Je serai là avec vous, toujours. Le Silence. » Le bout de ses ongles tinta à peine contre les armes à sa ceinture. « Corps-à-corps. Lames rituelles et lames pour tuer, tout simplement. Leurres. Lui : ses crocs, son ouïe, sa force. Il trouve toujours la sortie. Toujours. » Il renifla, le dardant d’un coup d’œil sous les cils aussi bref que poignant. Plus de pardon, ce soir. Juste les conséquences. « Il est là. Le reste, il te l’expliquera mieux que moi. »
 

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Sam 17 Avr - 23:05 (#)

AND GRISLY GHOULS FROM EVERY TOMB
ARE CLOSING IN TO SEAL YOUR DOOM
TRUST IS A TWO-SIDED BLADE.
Irrémédiablement silencieux, je ne le quitte pas des yeux. Une infinité de considérations me traversent l'esprit comme des flèches et il m'est impossible de maintenir l'ordre dans ce flot de pensées, égal à un torrent fulminant sans égards pour ce qui se présente sur sa course.
Une part de moi veut encore reculer. Partir. Prendre le chemin inverse et abandonner le traître à son minable sort. Orgueil, toujours - sans moi cette nuit il n'est rien qu'un jouet des fantaisies d'un pantin lunatique. Ridicule. Masochisme insolent. Il pourrait mourir pour cette chose et me laisser derrière, s'il ne me forçait pas être celui qui tourne les talons. En cet instant, cette même part de mon être exècre Eoghan Underwood. Une première. Un sentiment qui m'ébranle. Si j'étais moi aussi la marionnette de mes pulsions, je pourrais le tuer, ici-même. Telle est la nature du feu sombre qui couve en moi, la trame plus que la moire de mon essence, son principe plus que l'une de ses émanations. Ressent-il cela ? Nos magies sont-elles encore capables de dialoguer sans s'apparenter à deux prédateurs qui se montrent les crocs ?
Lui semble le croire et là encore, je suis tenté de le détromper, mais n'en fais rien. Plus la peine. L'heure des échanges d'arguments est déjà passée, sans qu'il n'en soit rien sorti. Je voudrais croire qu'il comprend, mais assourdi par la hargne, je n'en sais rien.
Au loin vers un horizon qu'on ne voit plus, l'orage gronde encore, bien qu'il se soit effacé. Demeuré là, je souffre de ne plus entendre le sens des paroles du Louisianais.

Que faire, alors, si je ne rebroussais pas chemin ? Car il n'était pas question de remettre l'entreprise à plus tard. Ce serait fait ce soir, ou cela ne serait pas. Pas avec moi en tout cas. A moins que je me serve de l'information à mon unique profit. Mais là encore, il me faudrait mobiliser les ressources, le savoir, opérer selon mes règles - autrement plus pointues que ce que j'avais là sous le nez, c’est-à-dire pas grand-chose. Presque rien, en fait. Il y a un artefact là-dedans, suffisamment important pour susciter l'intérêt d'un maître vampire, mais de quelle nature exactement ? Quelle est l'histoire de l'objet, celle du lieu, le lien entre les deux ? À quoi faut-il s'attendre au juste ? Pourquoi est-ce supposément si dangereux, comment se prémunir contre la menace ou à tout le moins, lui échapper ? Toutes ces questions, et bien d'autres, n'ont trouvé aucune réponse dans les dires d'Eoghan. De là à en conclure qu'il n'est en fait pas plus avancé que moi, il n'y a même pas un pas. Allez, viens, on y va, et on verra bien de toute façon. Ca ne fait rien si on y va à l'aveuglette, regarde ! Ma caution immortelle est là pour nous éclairer par son flair et son sens de la chevalerie.
Tournant mon regard vers l'Auditorium, je serre les dents. J'ai passé l'âge d'être un enfant qui met les doigts dans la prise pour voir ce que ça fait, en comptant sur son chaperon pour éponger les dégâts.

Ruminer ne m'avancera à rien, même si je conçois sans peine que la colère ne retombera pas de sitôt. Cependant j'ai conscience que je tiens trop à mes principes pour décamper, d'une part ; d'autre part, qu'il va falloir que je me canalise, puisque je vais devoir aller là-dedans avec une des pires compagnies auxquelles je pourrais penser à l'heure actuelle. Je ne me pardonnerais pas les conséquences d'un faux-pas émotionnel. Alors, toujours sans répondre, je cède. Attendons.

Le temps passe, dans un silence plus encore plombé que le ciel. La cigarette depuis longtemps finie est réduite à un mégot qui a perdu sa gaine de papier à force d'être trituré. Les fibres partent en lambeaux, à l'image de ma patience. Le vampire ne se montre pas. Logeant la pelote grisâtre dans la poche de mon blouson sans même y songer, je m'étire, et prends une profonde respiration, en me calant de manière plus stable contre ma moto.

Je ferme les yeux, et entame, foutu pour foutu, une méditation certes inconfortable, mais dont je vante auprès de moi-même toutes les vertus chronophages et propices à aplanir mon esprit, et les mécaniques duquel j'aurai besoin à leur plein potentiel.
Dix minutes. Une demi-heure. Cinq minutes. Peu importe. Le temps qu'il faudra.

Au long des chemins que j'emprunte, peu à peu, toujours plus profondément, une pulsation. Un souffle. Une énergie nouvelle. Une force - mais pas la mienne. Au fond de moi c'est un murmure inconnu qui somnole, s'érige et puis se perd, avec chaque expiration. Un appel ou un écho. Une forme ou… rien. Un vide et une présence. Un lien, un désir. Un songe immémorial.
Avec ou sans lui.
Et puis, projeté vers la surface, le néant.

Finalement, j'inspire, et me redresse. Le voile du froid s'écaille comme une gangue invisible sur une pièce de métal.

« Ca n'a plus d'importance. »

Sans un regard pour Eoghan, j'entame une marche décidée vers l'Auditorium. Alea jacta est.

bat'phanie • #682121
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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
Eoghan Underwood
ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
⛤ SMALLTOWN BOY ⛤

And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent 1E5CfUE And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent AoZyjkn And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent BvRyGpi

"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent KOVXegv And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent WZKlL7H And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent J8B1rxa

"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent KL9jJO9
⛤ VENGEANCE ⛤

And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent ZfHtADc And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent Jq60QrG And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent MaP8TbX

"Before I die alone."

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Jeu 29 Avr - 2:19 (#)


The foulest stench is in the air
Vacillement.
Communication rompue.
Il n’a pas l’habitude.


Il n’avait pas l’habitude, non, de voir un mur se dresser entre eux deux. Il n’avait pas l’habitude de devoir expliciter ce qui, à ses yeux, au nom d’un instinct paraissant stupide mais dans lequel il plaçait encore ses espérances, relevait d’une évidence en laquelle il avait cru, sans jamais se remettre en question. Naïvement, il avait pensé que Vinzent Henkermann accepterait de rompre avec ses coutumes, ses habitudes, son besoin maladif et naturel de préparer le terrain. Il avait agi sans réfléchir, sans songer que Yago et lui, qui avaient toujours agi tête baissée au risque de parer aux pires catastrophes, n’avaient jamais été dans la raison. Vinzent incarnait cette raison, maître mot. En s’opposant à lui frontalement, en marquant cette distance paraissant inexorable, frontière infranchissable, c’était comme si son meilleur ami venait de lui couper la langue. Le laissait muet. Avoir formulé quelques mots, bribes et paroles absconses en guise de réponses qu’il lui fallait absolument fournir, l’avait comme épuisé, terrassé en quelques instants. Lui, d’ordinaire si bavard, si prolixe, avait dû se forcer à dégobiller ces quelques syllabes vaguement imbriquées les unes dans les autres pour ne pas laisser les attentes de son comparses s’assécher dans l'air empli de tension qui les enlaçait. Il ignorait cependant s’il en était jusqu’à regretter une entreprise pour l’heure bien fragile. Yago ne venait pas, et sa diatribe ne lui en parut que plus amochée encore, son écho résonnant désagréablement au fond de son crâne mortifié. Vinzent. Peut-être aurait-il mieux valu qu’il tourne les talons aussitôt.

Il évitait de le regarder, désolé de les voir en arriver là. Dans de tels moments, les vieux démons revenaient. Les doutes, piliers de marbre que même l’acide le plus abrasif ne pourrait guère entamer. Le Doute. Si son frère de magie tentait de calmer ses fulminations par une méditation sensée, lui, à sa manière, fit de même et continua de se retrancher en son for intérieur, repliant le plus vulnérable jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien qu’une boule spongieuse bien planquée derrière une armure qu’il espérait suffisamment solide pour pallier les coups de semonce, les imprévus qui pointeraient forcément le bout de leur nez, les nouvelles déceptions.

Et Yago ne venait pas.

Il cherchait à balayer l’horizon désespérément obscur (nuit noire, étoiles mortes), guettant un mouvement, un son quelconque, capable de découper l'obscurité. Il s’attendait à ce que la lumière blanchâtre d’un éclair dans le lointain ne trahisse subitement la silhouette féline et inquiétante du Longue-Vie s'approchant, que l’autre arcaniste conspuait déjà. C’était vrai. Trahison, il y avait. Pourtant, une part de lui combattait encore, voulait s’acharner à penser qu’un effort aurait pu être fait de l’autre côté. Fais-moi confiance. Fatigué d’avance, il n’envisageait subitement plus avec autant de sérénité l’arbitrage permanent entre le Caïnite et l’Éveillé. Il s’attendait à prendre sur ses épaules la charge d’une responsabilité à laquelle il ne tournerait pas le dos, mais il en éprouvait une appréhension grandissante, au vu de la réaction vive qui avait accueilli l’annonce. Pourquoi ce fossé subit les séparant ? Qu’est-ce qui demeurait aussi incompréhensible que ni l’un ni l’autre ne puisse saisir parfaitement le fond du malaise et son origine ? Était-ce l’héritage de l’Irae ? Avoir grandi dans la secte pervertie par les dissimulations permanentes, le secret, les coups-bas, les mensonges nécessaires… peut-être Vinzent demeurait-il effectivement une sorte de vertueux, resté ancré au Vrai. Peut-être avait-il raison de le pointer du doigt comme l’affabulateur suprême, l’irréfléchi assumé. Peut-être avait-il été façonné au-delà de tout ce qu’il avait toujours cru. Plus aliéné encore qu’il ne s’en doutait.
Fourvoyé.
Corrompu.
S’il avait été d’humeur à enfoncer le couteau dans la plaie, il aurait probablement saisi là l’occasion de prouver sa lucidité pertinente, jamais très loin en arrière-plan des tableaux d’harmonie peints à quatre mains. Toutes les fois où l’un s’était acharné à les réunir, quand l’autre redoutait le moment de l’explosion. Le début de la fin, d’un éloignement dont il ne saurait digérer les retombées, l’absence et le vide.

Yago ne viendrait pas.

« Ca n'a plus d'importance. »

Le sorcier tourna la tête vers Henkermann, qui déjà s’éloignait, marchant vers leur destin sans pouvoir deviner à quel point cette décision venait de visser les premiers clous du cercueil de nombre d’âmes alentours. Eoghan non plus, ne pouvait pas savoir, et pourtant il toucha du bout des doigts de sa conscience un parfum de menace, augures sombres, si sombres, tels qu’une douleur ponctua son ventre d’un coup vicieux. Son cerveau déjà embrumé diffusait, étonnamment, des odeurs fantôme de brûlé, de cadavre en putréfaction à l'intention de ses narines palpitantes.

This is not the right way.

« Vinz’… Attends ! »

Il ne jeta qu’un bref coup d'oeil en arrière, pour constater que la désillusion était pleine et entière. Ils étaient seuls. Et ils abandonnaient leurs machines de fer derrière eux. Cette vision l'emplit d'un effroit étrange, qu'il préféra écarter.
Il le rattrapa pour mieux le dépasser et l’affronter, sans chercher à stopper sa course, mais au moins à la ralentir. « Attends… Si t’estimes qu’à trois avec un vampire c’est dangereux, à deux ça t’pose pas de problème ? Surtout dans… » Dans cet état. Dans cette atmosphère pleine d’électricité. Il poussa un soupir, et mobilisa son sérieux et sa bonne volonté pour surpasser son orgueil, empêcher l’appendice de se terrer. Pour parler franchement. « Je suis désolé. Je suis… » Non. Il n’y aurait pas d’excuses larmoyantes. Il n’y aurait pas d’énième plaidoyer. Il ferma ses paupières une seconde de plus que nécessaire, afin de mieux ancrer son regard dans celui, amer, de son jumeau. « J’veux pas qu’on s’engage là-dedans fâchés. Ça donnerait rien de bon. Faut qu’on soit solides. Qu’on s’soutienne toi et moi. Pas qu’on s’regarde en chien de faïence, okay ? » Il voulut tendre sa main droite. Sceller un pacte, promettre sans le faire – il n’en avait plus le droit. Ses phalanges manquèrent de se lever. Il n’en eut finalement pas le courage, et ses épaules s’abaissèrent légèrement. « Quoi qu’on trouve à l’intérieur… J’te lâcherai pas. J’sais que ma parole vaut plus rien pour toi mais… j’y tenais quand même... »

Il n’attendit pas de se prendre une nouvelle volée. Il tourna les talons sans humeur puis se remit à avancer avec lui cette fois, observant les parages, la façade abîmée. Désireux de lui prouver sa bonne volonté, il ne rouvrit la bouche que pour demander : « Tu as une façon de procéder particulière, d’habitude ? Tu t’es jamais trop étalé sur le plan technique, mais si t’as des… enfin j’me plierai à ta méthode, s’il le faut. Sans discuter. »

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Jeu 29 Avr - 4:12 (#)

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Le pas droit, intransigeant. Mental d'airain, précis. Ça n'a plus d'importance. Je devance le sorcier vers la bouche sombre qui bée droit devant, crypte endormie de souvenirs agités comme les rêves d'un dément. Assourdis comme d'antiques soupirs se languissant à travers le temps des objets de leurs désirs. Il y a l'écho d'une attente, dans ces ombres immobiles. Les fenêtres aux verres brisés et ternis ressemblent aux yeux humides de ceux qui espèrent ne plus jamais espérer.

Prêtant une attention véritable bien qu'inerte à la voix, bien réelle, qui me hèle avant de s'incarner devant moi, je lève les yeux vers les billes presque luisantes de mon double surnaturel. Je vois ce qui se contracte, se tord derrière ce regard faussement glacé, cette lagune trouble qui ne sait pas me cacher la vie sous sa surface. De mon côté, je ne ressens déjà plus le tumulte précédent. Tout n'est plus qu'information, désormais : telle est la Méthode. Où je siège ni le Temps ni le Vent ne chevauchent ; nulle couleur, nulle lumière. Hermétique. Forteresse.

Les phrases sont suspendues mais je ne les interromps pas. Il sait. Il poursuit. Il jure encore malgré ce qu'il sait. J'écoute, mais je laisse filer cette fois. Les mots ont été dits.
J'acquiesce, simplement. De toute façon, il ne voulait pas écouter davantage à ce sujet.

La marche reprend - son déformé de pas aqueux dans le silence intranquille de la voûte, si obscure (prophétique) - à un rythme cadencé, affirmé, mais pas imprudent. Déjà je détaille tout du regard : la pierre, le type architectural, l'état de ce qu'on peut voir d'ores et déjà de ce qui ne sera pas notre tombe - parce que nous sommes ce que nous sommes, parce que je ne prendrai pas tous les risques, et parce que quelque chose m'en persuade sans que je mette le doigt dessus. L'hybris de ma défiance vis-à-vis du vampire ? L'orgueil qui veut qu'il ait eu tort et que l'on soit en mesure de lui démontrer que son absence était un atout plus qu'un handicap ? Peut-être. Quoi d'autre... ?
Une chose est sûre, la méditation m'a conduit vers une assurance et un contrôle renouvelés, comme rarement ce fut le cas, et peu en importe en vérité la raison. Ici et maintenant. Car telle est la Méthode.

Les lieux, mais aussi les odeurs, les sons, les sensations primaires ou surnaturelles. Tout est à portée de nos sens, tout est information. Et tandis que le Louisianais reprend la parole, je me gorge du maximum de ces éléments, composant les premières esquisses d'un tableau qui, je le sais d'avance par expérience, restera avec moi longtemps encore après la fin de cette nuit. Pour l'instant, aucune trace de magie directement à portée, mais il semble clair que l'endroit porte une aura particulière.

« Tout dépend du profil de qui m'accompagne. Comme ton don sera semble-t-il moins pratique que le mien pour les cas où on serait amenés à faire usage de la force, du moins... en général, je serai l'élément offensif et défensif, pour cette fois, et ta télépathie nous servira de fil d'Ariane puisque tu auras plus de disponibilité pour te concentrer dessus. Par ailleurs, je n'ai aucune idée de ce qu'on cherche, donc c'est à toi de me guider là-dessus, j'aurai donc plutôt la fonction de gardien et toi de chercheur. Bien évidemment dans certaines situations, on devra s'épauler, mais en général une répartition des rôles claire est nécessaire à ce que le maximum de préoccupations soient couvertes. Chacun sa place, communication continue, coordination et efficacité. »

Nous passons finalement les portes, défoncées depuis bien longtemps et souillées de tags, du bâtiment. À l'intérieur, presque plus aucune once de clarté, déjà.

« Puisqu'on n'a pas de plan des lieux, on va commencer par ça, ici-même. Attache-toi à mon esprit : je vais étendre mon don pour percevoir ce qui nous entoure plus loin que ce que l'on peut voir d'ici, même à la torche. »

Ainsi, en plein milieu d'un vestibule fantôme, saccagé par les intrusions tant humaines qu'environnementales, je m'agenouille, et pose les mains à terre.
À nouveau, une profonde inspiration, et presque aussitôt l'essence rampante se déploie, nappe douée de conscience, sur toutes les surfaces, y compris celles composant la forme extérieure d'Eoghan. Le processus est assez long, mais jusque là, ne s'est jamais montré faillible, seulement limité par la portée de ma puissance spirituelle, laquelle doit pour l'instant rester mesurée, sage, pour ne pas puiser dans mes ressources corporelles.

Ouvert au don télépathique d'Eoghan, le dessin tridimensionnel se précise, comme si nous touchions simultanément chaque centimètre carré du sol, des murs, du plafond, et même de ce qui se trouve au-delà, dans des volumes qu'on ne pourrait atteindre qu'en montant les escaliers d'albâtre, ou en dépassant les portes menant à des volées de marches descendant dans les entrailles du bâtiment.

Dans cette cartographie mentale s'étendant sur un rayon d'une dizaine de mètres se profilent déjà une série de possibles départs d'investigation, et quelques impasses : couloirs interminables et portes encore en place dont ignore la solidité, couloirs techniques dérobés et effondrements infranchissables, étages monumentaux et sous-sols vraisemblablement tortueux, cariatides et colonnades élancées côtoyant chimères et silhouettes torturées... les boyaux de l'endroit promettaient de donner matière à se perdre, si nous ne disposions pas de notre lien tissé de magie.

Expirant lentement, je laisse revenir à moi le flux de mon don, tel du mercure libre roulant sur les diverses masses solides alentours. En époussetant mes genoux et mes mains, je marmonne.

« Un radar aurait pu faire l'affaire mais c'est moins fiable et j'étais trop encombré de toute façon. Je dois te prévenir que je n'ai pas cherché traces de vie : c'est plus coûteux en énergie et comme il y a fort à parier que ce soit bourré de rongeurs et autres machins... je m'y attacherai quand on progressera. »

Allumant ma lampe torche je scrute quelques détails à proximité, sans quoi seuls leurs contours resteraient pour l'heure ancrés dans mon esprit. Couleur. Lumière.

« Donc, qu'est-ce qu'on cherche ? Comment tu veux procéder ? »

bat'phanie • #682121
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Eoghan Underwood
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"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

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"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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⛤ VENGEANCE ⛤

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"Before I die alone."

And grisly ghouls from every tomb are closing in to seal your doom • Vinzent GIeraGW
Pseudo : Nero
Célébrité : Ian Somerhalder.
Double compte : Sanford R. De Castro, Aliénor Bellovaque, Ian C. Calloway & Gautièr Montignac.
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Lun 3 Mai - 1:03 (#)


The foulest stench is in the air
Pas de murs à escalader. Pas d’arbre par lequel se faufiler, au travers d’une béance, fenêtre explosée au verre encore dangereux, risquant sans cesse de déchirer la peau et le cuir. Non. Pour une fois – hasard ? coïncidence ? – il suffisait de marcher, et de passer au travers des portes principales dénuées de chaîne ou de cadenas ; fussent-ils concrets ou surnaturels. Jusqu’alors, les pièges avaient surgi dès les premiers pas pendant ses dernières chasses. Ainsi, un frisson d’appréhension le parcourut, sans que rien ne se produise d’alarmant. Il huma l’intérieur du grand hall, fleurant bon la terre humide, mais aussi des relents plus inquiétants : pierre gelée, moisissures, tissu vieilli, et d’autres choses encore que son odorat de simple humain ne pouvait reconnaître. Il contempla avec curiosité les enluminures modernes hideuses qui tapissaient les parois, admiratif de quelques-unes, mais fronçant doucement le nez pour la plupart, tant elles ne portaient aucun sens autre que la volonté de dégrader un lieu qui, autrefois, avait vu son heure de gloire auréolée de luxe, de conversations polies et du bruissement des voix des nantis. De telles dégradations mettaient à mal la sensibilité qui était sienne concernant le patrimoine de sa ville et alentours. Une blessure de plus, une rayure supplémentaire sur une carlingue déjà bien cabossée, souillée et profanée par n’importe quel impudent avide de sensations.
Il poussa un soupir et retint tout commentaire, s’arrachant à ce triste spectacle pour se focaliser sur Vinzent. Il acquiesça sans même qu’il ne puisse le voir et, comme l’on respire, propulsa son esprit vers le sien pour établir un lien solide, dont ils ne se départiraient plus d’ici à ce qu’ils soient sortis de là. Ils s’arrimèrent l’un à l’autre, ce qui le rassurait, et l’incitait à croire que leur union pourrait les aider à se dépêtrer de n’importe quelle situation. Une foi naïve en lui, qu’il ne comptait pas mettre à mal. En un souffle, artisan habitué à effleurer les sphères psychiques de ses pairs comme des simples mortels, il veilla à ne pas créer une bulle unique, travaillant en ce que la communication entre eux devienne instinctive, fluide, puissante. Une pensée à l’intention de l’autre, et ce dernier en recevrait aussitôt l’écho, plus ou moins déformé, en fonction de l’intensité du message, et de la volonté de le transmettre à ce destinataire. Aucune fusion dangereuse, aucune inquisition mentale. C’était un art complexe mais qui, avec un individu comme Henkermann, lui semblait si naturel et spontané à esquisser qu’il n’eut pas besoin de se concentrer outre-mesure. Chacun de leur côté, ils oeuvrèrent en silence tandis qu’il perdait toute notion du temps, jusqu’à ce que le chasseur d’artefacts né reprenne la parole, le voyant reposer son attention sur lui, pleinement. Sans effort, de par leur lien nouvellement créé, il put contempler ce à quoi son ami avait lui-même accès. De ce qu’il en distinguait, ayant encore besoin de se familiariser avec cette perception nouvelle et fort utile, aucune menace n’était à redouter, pour l’heure. Il savait que cela ne valait rien. En apparence, la coloniale était bien innocente, elle aussi. Rien à voir avec l’île maudite du bayou. Les esprits échappaient peut-être à cette forme de troisième œil. Cependant, cela aurait pu être pire. Bien pire. Il consentit à laisser la tension descendre d’un cran. Un seul. Tout en analysant la topographie ainsi représentée, il se fit la remarque que cela ne ressemblait encore en rien aux décors qu’il avait exploré pour dénicher une pièce de valeur telle que celle qu’ils convoitaient. Ici, tout serait plus vaste, plus imprévisible encore. Se sentait-il plus fort avec Vinzent à ses côtés plutôt que Yago ? Pas forcément. Il savait simplement que la communication justement, serait moins chaotique. Ils risquaient moins, à deux. Pour autant, le vampire lui manquait déjà. Il était si sûr que sa présence était nécessaire. Que sans lui, ils risquaient de passer à côté d’un détail primordial. Il tâcha de ne pas laisser perler à la surface cette information, la dissimulant à son frère de magie. Il n’avait pas besoin de jeter de l’huile sur le feu ni de l’agacer à ressasser ses regrets ainsi.

Il activa le faisceau de sa propre lampe arrimée à son avant-bras gauche, pointant pour l’heure vers le sol sous leurs pieds. La faïence se désagrégeait déjà, sans doute abîmée par des chocs dont il ne s’expliquait pas l’origine. Il réfléchit, puis répondit d’une voix basse, respectueuse de l’environnement entaché :

« On ne sait pas ce qu’on cherche. » Il balaya du regard la pénombre, faisant appel à tous ses souvenirs, conscient qu’il devrait projeter ses antennes et sa logique, résoudre l’énigme sans l’instigateur d’une telle entreprise. « La dernière fois, Yago n’avait lui-même qu’une très vague idée de ce qui était censé être l’artefact en question. Il se basait sur des connaissances moins approximatives que… difficiles à appréhender, si tu vois c’que j’veux dire. On a pris au pied de la lettre les indications qu’il avait obtenu, sans prendre en compte la notion de symbolique. Finalement, les deux se valaient, mais on a dû tâtonner pour en arriver à cette conclusion. » Il n’avait jamais osé pousser plus loin pour vérifier sa théorie. Depuis plus de deux ans maintenant, l’artefact comme le cadavre dormaient en terre, et l’esprit agité d’une enfant sans repos planait encore sous le toit de la maison maudite. Il savait maintenant, qui il ramènerait là-bas en espérant invoquer une certaine justice. Et ce ne serait pas Vinzent. « Je sais, c’est pas l’idéal. Mais le chemin à suivre m’a toujours paru… logique. On est passé par une phase d’exploration et de découverte des lieux. On s’était même séparés. Quelque chose nous a réunis dans la même pièce. À partir de ce moment-là, c’était à nous de déjouer les… enfin, ce qui était à l’œuvre. De suivre les indices semés çà et là ou d’aller directement à leur rencontre. Je ne me suis jamais senti… paumé ou… à tourner en rond. »

Il marqua le silence puis pivota pleinement vers son ami : « Je ne suis peut-être pas beaucoup plus au courant que toi sur la mission en particulier, mais je peux te dire ce que je sais de cet endroit, et ce que je peux en deviner. On aime s’enterrer, dans le North. Les vieilles demeures du coin mais aussi les lieux de prestige abandonnés comme celui-là font la part belle aux caves, aux souterrains. Une tradition de l’époque. Un moyen utile de planquer tout ce qu’on voulait dissimuler et protéger de la surface, d’entraver les esclaves désobéissants ou de fuir les intempéries pendant la mauvaise saison. On peut toujours envisager de fouiller cet étage et celui du dessus rapidement par acquis de conscience, mais à mon avis si quelque chose est à trouver, ce sera en-dessous. »

Ce qui ne lui plaisait pas davantage. Sans aller jusqu’à revendiquer une claustrophobie problématique, il n’aimait pas l’idée de s’enfermer dans un espace exigu, limitant leur marge de manœuvre et les possibilités de s’enfuir vite et bien. « Yago n’est pas du genre à chercher des objets trop encombrants. Je dirais donc que ce n’est pas très volumineux… ce qui nous arrange bien, on va pas s’mentir. Et pour ce qui est de nos rôles respectifs, ça me convient. » Il ne lui confia pas son admiration quant à l’autorité que Vinzent dégageait, et cette certitude née de l’expérience quant à l’organisation suggérée. Il espérait qu’il puisse le deviner cependant, via les ondes invisibles qui circulaient entre eux deux. Impressionné et presque intimidé, il craignait de s’en ouvrir trop franchement maintenant, ce qui n’ôtait rien à l’aura magnétique et déterminée qu’il aurait suivi jusqu’au bout du monde, près de lui. « À toi de voir. On peut commencer par se familiariser avec l’endroit si tu veux. On fait rapidement le tour, dans la salle principale et à côté, et à l’étage au-dessus. Après on fonce chercher l’accès au sous-sol. » Il s’éloigna de quelques pas, hanté par le silence mortifère, par le souffle de la brise qui s’insinuait jusqu’à eux en un sifflement discret mais qu’il n’appréciait pas le moins du monde. Presque pour lui-même, il souffla : « Jusqu’à maintenant, les artefacts qu’on a récupérés ont toujours été liés étroitement à l’environnement lui-même… à un événement précis du passé. Dans le bayou, comme dans la coloniale. Il faut qu’on trouve ce qui s’est passé ici. »

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Louisiana Burning

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Lun 3 Mai - 4:31 (#)

AND GRISLY GHOULS FROM EVERY TOMB
ARE CLOSING IN TO SEAL YOUR DOOM
TRUST IS A TWO-SIDED BLADE.
Je ne retiens pas un soupir, non pas courroucé, mais résigné. Maigre. Bien trop maigre. Le préambule à sa réponse n'est pas si étonnant, au fond, et pourtant j'en éprouve comme une désagréable sensation de froid, comme l'impact ridicule et malgré tout dérangeant d'un filet d'eau de pluie gelée tombant soudain précisément dans l'ouverture de votre col. C'était à prévoir, et plus exactement, sans le savoir je le prévoyais en formulant ma question.
L'absence d'objectif clair, les allusions, cette façon de s'en remettre à des précédents qui par l'absence même du commanditaire deviennent en bonne partie caducs : bon nombre de choses dans le langage qui m'est servi forment une pile de points négatifs contre lesquels je n'objecte pourtant pas de résistance particulière. Il m'importe de concentrer mon attention sur le peu qu'il me donne, car il faut commencer quelque part, et que je n'ai pas pour habitude d'entraver mon travail de conjectures et de tergiversations trop émotives. L'affect doit être banni de l'ouvrage. C'est par cette règle que je jalonne le parcours de ce type de chasses : pour ne plus pâtir de l'amertume et de la colère, je m'y applique désormais comme dans le cadre d'une expédition professionnelle. Analyser. Trier. Compiler. Distiller ce qui a de la valeur dans le présent de ce qui fait l'anecdote passée. Déceler dans le récit du client ce qui peut m'être utile et m'en tenir aux paillettes dorées affleurant dans la boue.

« Du travail d'orpailleurs », fais-je pour moi-même, sans agacement et sans pour autant oublier qu'il m'entend et m'entendrait même à l'opposé de la distance que son don tient pour portée.

Balayant encore l'entrée du rai de lumière cru révélant ses stigmates, je fais quelques pas, associant les traces, dissociant les époques, aux prémices du dialogue entre le pilleur et le tombeau qu'il s'apprête à profaner.

« Je crois que j'ai compris une chose. Il semble que dans vos descentes il y ait toujours eu une sorte de jeu. D'appétit pour la découverte aveugle, loin d'être nécessaire, mais séduisante. La chasse comme un plaisir risqué. Il m'est arrivé de procéder comme ça, en Europe surtout. J'étais davantage confiant. Je comprenais l'instinct de ceux qui avaient érigé les murs, creusé les dédales, enfoui les secrets, semé les embûches. S'exposer par l'ignorance, c'est aussi se rendre plus encore perméable au frisson de l'incroyable. C'est vibrer davantage. Une fois, en Sibérie nord-orientale, mon partenaire chasseur et moi avons perdu celui avec qui nous étions descendus à cause de cette absence de préparation et, pendant longtemps, j'ai renoncé à ce que je considère désormais comme de l'amateurisme. Pas nécessairement au sens médiocre du terme. C'est une pratique passionnée, plus chargée émotionnellement. D'aucuns la diraient plus authentique. Je comprends. Mais je suis un étranger ici, et je n'ai pas l'assurance d'un mort-vivant contre le danger. C'est pourquoi je vais avoir besoin de me fier à toi. C'est toi, le guide. »

Accroupi, j'observe un petit tas de mégots rassemblés dans un coin. Leur état n'est pas très dégradé. Activité récente.

« Ne laisse pas ton attachement à ta terre te submerger. Tu es ici pour enlever à cet endroit ce qu'il a de plus précieux. Tu violes un sanctuaire et le repos de choses qu'il n'appartient pas aux vivants de contempler. Nul n'est besoin de caresser la bête que l'on tue, c'est le meilleur moyen de se faire mordre. »

Me redressant, je braque alors mon cap vers les escaliers ascendants, entamant la découverte tout en continuant de détailler l'ensemble.

« On aura peut-être de la compagnie, des gens sont passés hier ou la veille. Bien, puisque ça ne devrait pas prendre trop de temps, autant ratisser l'étage, voir si tu peux nous en dire quelque chose ? Des empreintes auxquelles je serais moins sensible, peut-être. Les bâtiments ont une mémoire propre. Et j'aime prendre de la hauteur dans un premier temps. J'aimerais voir la salle de représentation depuis les balcons intérieurs. Ça permettra de vérifier qu'il n'y a personne d'installé là, au moins. »

Le calme placide ancré en moi n'est pas ébranlé le moins du monde à cette pensée, mesurant l'hypothétique présence comme une gêne mineure dont nous aurions tôt fait de nous débarrasser. D'une manière, ou d'une autre. Mais l'ingérence des vivants n'est jamais souhaitable quand on soulève la poussière d'autres époques, et il suffirait bien assez de la nôtre pour provoquer d'éventuels remous. Nul besoin de plus de vies en jeu, au vu des circonstances.

bat'phanie • #682121
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Eoghan Underwood
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⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

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⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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Mer 19 Mai - 2:30 (#)


The foulest stench is in the air
L’écheveau d’une énigme se profilait.
Tout en formulant ses pensées à haute voix en espérant éclairer Vinzent, il réalisait que ce qu’il prenait pour une suite d’éléments liés uniquement par les circonstances, était peut-être bien plus que cela. Sans apparaître immédiatement comme une évidence, un éclat de lucidité lui titilla les méninges, mais il s’empêcha d’y prêter attention tout de suite. Il surveillait la mine de son compagnon d’expédition, inquiet sans le vouloir à l’idée de le courroucer, de l’agacer, de lui démontrer que leur démarche s’avérait en effet bien périlleuse, et pleine d’incertitudes complexes. Son soupir le frappa droit au cœur, sans qu’il ne le souligne n’y ne souhaite y répondre d’aucune sorte. Il fit comme s’il n’avait rien entendu, demeurant concentré sur l’environnement qu’il appréhendait de mieux en mieux. Au fil des secondes, des minutes, l’odeur d’humidité devenait moins forte, plus supportable. Le souffle du vent au-dehors, un peu moins inquiétant. Il souhaitait contrôler sa peur, ne pas laisser l’effroi prendre déjà toute la place pour le prédisposer au pire. Pas tout de suite. Se faire des films, céder aux illusions et attirer l’intangible à eux étaient loin d’être une priorité. Au contraire, il se voulut fort, distant de ce qui finirait forcément par se présenter à eux. S’ils ne réveillaient pas ce qui dormait dans les profondeurs de la bâtisse eux-mêmes. Heureusement, il fut distrait par la diatribe de Vinzent, intrigué par son analyse de ses pérégrinations passées. Il ne pouvait qu’acquiescer, finalement. Oui, la notion de jeu avait toujours été présente. Avant, pendant et après. Surtout après. Il pouvait encore sentir contre son avant-bras la langue fraîche ne pouvant résister à l’envie de goûter le sang de l’Éveillé, prenant pour prétexte la blessure auto-infligée, et l’état d’épuisement de celui qui avait lutté. Lutté, contre la harpie qui avait ensorcelé les lieux. Il serra le poing quelques secondes, résistant à l’envie de secouer ses phalanges, comme pour se débarrasser d’une sangsue collante, d’un liquide poisseux et tenace, cranté aux pores de sa peau. Sensible aux confessions de son ami, il regretta que les circonstances ne lui permettent pas de le questionner davantage sur ses chasses anciennes. Il se promit d’y remédier, et le plus tôt serait le mieux. Quoiqu’impressionné par la mention de la mort du chasseur, il ne laissa pas l’appréhension le recouvrir. Vinzent aurait besoin de lui. Le guide ne flancherait pas. Le conseil donné fut saisi, reçu avec déférence, et il appuya son propos d’un solide hochement de tête. Prendre de la distance. Ne conserver que cette connaissance du terrain, et se couper de toute implication émotionnelle. Un exercice difficile. Il lui semblait parfois respirer au même rythme que cette terre ingrate et boueuse, envahie par une faune récalcitrante, par une flore envahissante. Comment pouvait-on se couper alors de tout stimulus sur un tel territoire ? On lui avait si fort enseigné cet amour, et il n’avait eu de cesse que de cultiver cet attachement, chaque jour. Couper le lien serait une gageure, qu’il était pourtant prêt à relever.

Suivant l’impulsion de son frère, il s’avança et prit les devants pour entamer l’ascension des degrés. Le bois craquait sous les semelles prudentes de ses rangers, tandis qu’il éprouvait régulièrement la solidité des lattes, heureusement de bonne facture. Il devinait qu’autrefois, une tapisserie élégante en recouvrait l’essentiel, étouffant les pas des talons divers. Il visualisait sans mal les couples habillés avec raffinement, les gants interminables portés par les femmes au bras de leur époux, les coiffures sophistiquées, les costumes taillés à la perfection. Autant d’images, de clichés, dont il ignorait s’il pouvait leur accorder une crédibilité pleine et entière, ou s’ils ne sortaient que de son imaginaire, que d’une vision biaisée de cette époque révolue. Il tint à garder le silence le temps d’accéder à l’étage supérieur. Lui non plus ne redoutait pas de se confronter à quelques gamins impudents, mais il aimait l’idée de rester aux aguets encore un peu, au fil de leur progression. Une fois sur le palier imposant (la taille de la structure le surprenait, étonnante pour la région, la ville et son éloignement relatif depuis le Downtown), il continua de se faire léger. Il adaptait sa démarche, oubliant la pesanteur lourde des gens du Sud, lascifs jusque dans leur attitude, pour se faire plus félin, cherchant à fusionner avec l’atmosphère ambiante, et non à contraster trop violemment avec elle. Ils débouchèrent sur les loges supérieures, et les faisceaux se braquèrent sur le cœur aux allures de gouffre qui manqua de lui donner le vertige quelques instants. D’autres escaliers s’étendaient à leurs pieds, donnant accès aux sièges inférieurs. Au centre du « U » formé par le dessin des lieux, l’espace réservé aux musiciens de l’époque comportait son lot de cavités, d’ombres parmi les ombres, qui ne lui disaient rien qui vaille. La petite estrade surplombant la fosse les affrontait, et le rideau autrefois d’un rouge écarlate était désormais terni et pendait là, maladif, leur dissimulant les coulisses comme si une représentation d’une toute autre nature se préparait. Ils en seraient probablement les seuls spectateurs, mais la mise en scène n’en demeurerait pas moins grandiose, le pressentait-il. Un morceau de tissu avait été laissé là où autrefois chœurs et artistes exposaient leurs voix et leurs chœurs au public disparu. De là où ils se trouvaient, il n’en reconnut pas l’origine. Les linteaux ceignant la scène, eux, étaient remarquablement préservés. Malgré l’absence de la lumière du jour, il crut reconnaître une peinture étonnamment nette, et le décorum sur les murs intacts, sans fausse note dans pour ce qui était de l'encadrement. L’orbe lumineuse qu’il braqua sur le plafond en vint par la suite à lécher des enluminures, arabesques et esquisses d’une beauté telle qu’il se laissa aller à admirer innocemment l’architecture et le goût des créateurs de l’auditorium. En revanche, les murs côté spectateurs, avaient souffert, de part et d’autre. Les rares fenêtres donnant sur l’extérieur ne les aideraient pas à mieux discerner les détails du tableau, et il remarqua qu’on avait tenté de sceller l’une d’elles, sur leur gauche. Pourquoi ? Des planches de bois maladroitement fixées, à la va-vite, n’obstruaient qu’à moitié l’ouverture. Ouvertures qui n’auraient pu se voir pratiquées pour la seconde fenêtre qu’en brisant le verre à l’aide d’un projectile. Aucun mécanisme d’ouverture n’était visible. En revanche, s’ils remontaient de part et d’autre le couloir des loges supérieures en se rapprochant de la scène, deux portes ouvertes se présentaient à eux, de chaque côté. Le noir mat sur lequel elles débouchaient le refroidit singulièrement. Il éprouva le besoin de reprendre la parole. D’échanger, avec Vinzent.

« Du peu que je sais sur cet auditorium, le projet est né entre les mains des nantis de la région juste avant la fin de la Guerre de Sécession. Il y avait encore de l’espoir, et jamais ils n’auraient pu comprendre toute l’étendue de la dégringolade… fin, c’qui les attendait, quoi. » Son ton de voix, neutre et bas, ne trahissait pas un quelconque sentimentalisme. Bien que forcément réceptif aux récits concernant cette époque de l’Histoire, il sut faire la part des choses, et se contenter d’éclairer son partenaire plus que de s’épandre sur la catastrophe que représentait la défaite pour le Sud. « C’est un miracle que l’édifice ait pu être construit. Très vite, la région s’est appauvrie. Pas autant que d’autres, mais tout de même. C’est une réalité qui nous poursuit encore aujourd’hui. Cent cinquante ans plus tard, les routes sont dégueulasses, les autoroutes j’en parle même pas… t’as bien dû le constater par toi-même, de toute façon. La moitié des écoles tombe en ruines, et beaucoup ont été abandonnées. Katrina n'a pas aidé. » Il se décala sur la droite, esquissant quelques pas en continuant de balayer doucement les alentours de sa lampe torche. « L’auditorium a été achevé, j’ignore avec quel argent. J’y vois… comme le chant du cygne d’une race d’hommes conscients que leur fin approchait. Que le monde… évoluerait, sans eux. Qu’une nouvelle ère se présentait et qu’ils vivraient la décadence. Ce bâtiment est l’image même du déni, en réalité. Et il n’a été achevé qu’à la fin du siècle, je crois. » Démesure. Manque d’humilité. Les détails et ornementations préservés de la structure trahissaient les ambitions de ses créateurs. Il osa un sourire, discret. « Je ne suis pas un grand lecteur. Mais j’ai lu les auteurs de mon pays, quand j’étais plus jeune. Faulkner… Faulkner et ses Sartoris auraient pu passer, ici. Essayer d’oublier pour un temps que les Noirs seraient à payer pour leurs services, qu’il faudrait pleurer les morts du conflit, et que les vétérans gémiraient encore plusieurs années sur la belle époque passée. »

Il se tourna vers Vinzent, se retenant de lui exposer sans socle solide l’idée qu’il avait décidé de mettre de côté, pour l’heure. Ce n’était qu’une hypothèse, qu’il exploiterait seul, le temps de trouver quelques éléments prêts à la rendre concrète et palpable. « Je n’ai jamais entendu parler de… d’événements étranges liés à cet endroit en particulier. Pas de légendes… pas de faits divers sordides… rien. » Ils s’étaient enfoncés désormais loin dans l’édifice. Pourtant, les bourrasques du dehors lui parvenaient encore. Il pointa les deux portes de part en part du couloir qu’ils auraient à remonter. « Depuis le début des années 70, tout s’est arrêté. » Peu de temps avant les événements de la Coloniale. « Par là on devrait accéder aux bureaux de la direction et du personnel. Ou trouver un accès qui pourrait nous permettre de descendre sans avoir à revenir sur nos pas, peut-être... Tu as d'autres recommandations en stock..? Par exemple, ça t'est déjà arrivé de "chasser" dans un endroit comme celui-là ? »

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Louisiana Burning

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