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Enfuie enfuie enfuie (PV)

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Ven 31 Mai - 0:16 (#)

Enfuie enfuie enfuie (PV) Tumblr_n7b7suj7Bm1qa6ir0o8_1280


Trois jours et une après-midi pluvieuse depuis qu'elle l'avait revue, non sans se manger de douloureux coups de canne.
"— Ca t'apprendra à m'ignorer ! Que s'est-il passé ?! "
"— Rien." Avait Hena répondu. "— Rien du tout, juste très occupée..."
Bordel qu'Abigaelle détestait ce genre de réponses, Hena le savait.
Sa grand-mère avait usé du seul moyen de pression véritablement mesquin. Assise à la table de la cuisine, son café brûlant entre ses mains ridées qui ne s'enquéraient plus du chaud. "— Tu ne m'abandonneras pas. Je sais que tu n'es pas comme ton maudit de père.". Sa voix, inflexible.  Pourtant, au fond de ses yeux, la parcelle d'une certitude qui avait plus des allures de questions. N'est-ce pas ?

Pour la première fois, Hena avait remarqué avec quelle précaution elle se penchait pour vider la caféière. Avec quelle mesure elle reposait sa canne contre le carrelage glissant. Le temps, pernicieux pour des métamorphes, se faisait oublier à force de s'étioler... jusqu'à vous rattraper, à l'usure, trop chargé d'histoires mouvant au sein du physique et de l'esprit. Quand ce n'était pas ce dernier qui vous rattrapait, alors le corps se chargeait de le rappeler aux survivants, toujours.
"—Laisse-moi faire" avait marmonné Hena, incapable de regarder oeuvrer plus longtemps les stigmates de l'âge.
"— Tu pourras partir d'ici, Hena. Attends simplement que je m'en aille la première." Hena avait cligné des yeux. "— Ne dis pas n'importe quoi..." avait-elle soufflé en lui prenant la cafetière des mains.
Dans cette cuisine, où un liseré lumineux par la fenêtre frappait comme un spot pour une scène sans acteurs, Hena avait compris que malgré les rencontres, les possibles liens de sa vie qui iraient, viendraient, il ne restait véritablement plus qu'elle et Abigaëlle. Qu'elle ne pourrait pas disparaître pour l'instant.

"J'ai suffisamment recueilli d'enfants pour savoir qu'ils grandissent trop vite.
N'oublie pas que les secrets d'une vieille mourront bientôt,
quant à toi, Hena, tu seras toujours là.
Alors dis-moi : qu'est-ce qui s'est passé ?
Que me caches-tu ?"


— Je dois y aller.
On se revoit plus tard.


Regard de reproche, ignoré. La clope au bec, les sourcils froncés, déviant des interminables escaliers pour préférer l’ascenseur où Hena entra seule... enfermée dans cette boîte de ferraille qui descendait. Elle leva son nez au ciel invisible, les yeux fermés, ravalant son cri de rage. Enfuie, enfuie, enfuie.
Les reproches de sa grand-mère vaquaient à cette interminable tâche de la hanter. "Tu n'es pas comme ton père" L'homme qui désignait le rond du satellite bombé comme un vulgaire oeuf en état de naître, loti d'un sens de la famille qu'il ressassait, avait fui. Et Hena voulait faire pareil.
Elle avait couru dans la rue pour décharger son besoin de hurler. Cognée dans la foule qu'elle bousculait. Ignorant l'homme outré, la femme surprise, allant jusqu'à heurter un paumé qui tomba par terre, sans s'excuser. Essoufflée, grimpée dans les entrailles d'un car, lorgnée avec étonnement par les occupants, pour qui toute émotion montrée en public était une preuve, incontestable, de folie.
Enfuie enfuie enfuie. Jusqu'à ce que les tronçons de goudron se tarissent, le soleil retourné à la liserée des obstacles... elle s'était endormie sur la banquette, bercée par les secousses disciplinées des longues routes et la douceur indifférente des rayons tièdes sur sa peau.

enfuie.

Zigzaguant entre les immenses barreaux de la nature, elle n'avait pas véritablement pris soin, cette fois, de plier ses vêtements. Elle s'y était extirpé en tirant dessus comme pour se détacher de liens... Laisser ses pattes s'habituer à la terre meuble, entendre tourbillonner l'atmosphère agitée de délicieux vertiges éthérés bordés de couleurs. Les brindilles d'herbes sèches, taquines, lui chatouillaient gentiment le museau. Elle se frotta la gueule avant de repartir. Ce n'était pas les landes nues. Les bras verts s'entrelaçaient au dessus de sa tête tels des amants cherchant à protéger le sol grouillant de vagues d'insectes. Tout pulsait de vie comme le muscle creux au sein duquel naissaient et s’entre-dévoraient ses cellules. A l'intérieur, elle sinuait. Géante parmi le microscopique, minuscule dans la forêt, ses pattes la propulsèrent d'un petit bond, au dessus d'un tronc couché, pour provoquer le cri d'un petit rongeur qui mourra de peur, littéralement. Le mulot dans sa gueule, elle repartit, amusée d'un rien, attentive à tout. Jusqu'à ce que le vent lui porte le son d'une respiration profonde.
Une patte levée, la renarde se figea. Le poil devenu hérissé, elle laissa retomber son mulot pour partir en sens inverse. Mais la cadence de pattes aux muscles puissants la suivirent. Les mètres qui les distançaient, de moins en moins, de plus en plus proche : la bête l'avait prise en chasse. Le coeur catalysé par l'effrayante sensation, la renarde fila à vive allure. Pareil à un souffle qui traque, une flèche qui se lance pour atteindre sa cible : ce chasseur la frôla. La renarde jappa aussitôt d'une plainte grondante. Elle sautilla sur un tronc. Grimpant comme un petit singe, elle se cramponna à l’écorce, la poitrine soulevée par l'affolement, ses grands yeux rivés sur l'ombre majestueuse, terrifiante.
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Ven 26 Juil - 16:20 (#)



ENFUIE ENFUIE ENFUIE
Nous croyons regarder la nature et c’est la nature qui nous regarde et nous imprègne.
Le soleil se couche enfin, ses derniers rayons caressent la peau du métamorphe dont la peau frissonne déjà, prêt à changer de peau il abandonne la dernière part de son humanité avec le sac contenant ses vêtements. Condition bien superficielle que celle d’humain, lorsqu’on s’apprête à aller chasser. La nature reprenant ses droits sur un être qu’elle laisse adopter le nom d’homme, Jeremiah se transforme, laisse sa peau redevenir celle d’une bête. Les muscles s’étirent, se déforment au même rythme que les os qui trouvent leur nouvelle place, la peau se pare d’une épaisse fourrure et au terme de quelques longues minutes, il n’est plus là, l’être réfléchi. Il n’y a plus que ce puma qui a désespérément besoin de n’être plus que ça, un fauve qui ne s’encombre guère des émotions négatives, qui ne pense qu’à la traque de sa proie ou de la place qu’il prendra pour s’étendre et se contenter d’observer. La vie qui suit son cours, cet être là peut l’observer sans penser à ce qu’il doit planifier, faire ou dire.
Il se redresse dans un grognement, l’animal, s’ébroue et laisse ses sens lui apporter un flot d’informations qu’il ne percevait pas jusque là. L’odeur de la terre humide, des arbres et d’un animal passé là, le bruit des feuilles qui bruissent et d’un oisillon qui piaille quelque part, il détaille ce qui l’entoure avec un regard nouveau, reste figé devant le mouvement de ce qu’il croit être un petit rongeur avant d’abandonner. Il se met en mouvement, s’élance en direction du cœur de la forêt, savoure la sensation de ses pattes qui martèlent la terre, de ses muscles qui se délient et chauffent, il délaisse la raison pour les sensations.

Après une course l’emmenant loin des quelques chemins pour les plus aventureux, il s’arrête, regarde autour de lui et se poste au point le plus haut qu’il aperçoit. C’est parce qu’il croit voir un mouvement près d’un arbre, qu’il ne s’allonge pas pour attendre que l’obscurité soit totale, qu’il saute prestement de son perchoir et se tapit sans même y penser. Le chasseur s’avance, il le sait, qu’il y a quelque chose, il en est intimement persuadé et il inspire, tente de flairer quelconque indice sur ce qui l’attend mais seules les odeurs habituelles des lieux lui parviennent. C’est un gros rongeur qui s’empresse de filer sans que le puma n’essaie de le suivre, un peu désappointé de ne rien trouver de plus intéressant. Il suit quelques minutes la piste de sa victime du soir sans grande conviction, résolu à attraper le lapin si rien d’autre ne se présente.

Et c’est là, qu’il l’entend, les pattes qui foulent légèrement le sol, quelque chose approche, pas bien gros mais vif. Il s’immobilise, sait qu’il vient vers lui, l’intrus, la proie s’approche et le piège se referme, une fois qu’elle sera à portée, il sera trop tard. Puis il y a cet arrêt de sa part, il est là, l’instant fatidique où l’autre comprend qu’il est là, le fauve embusqué, et la fuite.

Il bondit, repérant enfin vraiment sa cible, un renard qui file aussi vite que faire se peut dans la direction opposée. La chasse à son apogée, le moment où toute l’énergie en trop file, dans le seul but d’attraper sa proie. Il est là, juste derrière le fuyard, déployant toute sa puissance pour faire diminuer l’écart entre eux, l’adrénaline envahissant ses perceptions et lui hurlant de refermer sa gueule sur un repas mérité. Le jappement lorsqu’il croit l’avoir encourage encore le prédateur à redoubler d’effort, il gronde lorsqu’il voit l’agile canidé s’extirper de cette mauvaise passe en grimpant sur un arbre. Il ne pense plus, il s’arque et bondit, plantant ses griffes dans le bois, à la poursuite de ce singulier adversaire. C’est au moment où il s’apprête à abattre sa patte une seconde fois, félicité par ses instincts, qu’il réalise ce qu’il est en train de faire. Le renard gris n’est pas une espèce très courante dans le coin et la raison refait surface, l’empêche de porter un coup à celui qu’il soupçonne soudainement d’être une créature bien plus complexe qu’elle le laisse paraître. Il se tétanise un instant, le cougar, fait machine arrière en se laissant retomber sur la terre ferme avec souplesse avant de regarder en l’air, un peu mécontent d’avoir de toute manière perdu son dîner. Il recule un peu, gardant l’autre à l’œil, Jeremiah qui laisse tout ce qui fait de lui un être sensé refaire surface, un homme au visage de bête. Il miaule, le gros chat qui n’a plus rien du chasseur qu’il était quelques instants plus tôt, essaie d’attirer l’attention de son vis-à-vis d’une manière plus pacifique.
La suite des évènements reste un mystère cependant, que faire, prendre le risque de se transformer ? Une rencontre bien singulière que celle qui se déroule entièrement nus dans une forêt, il dodeline légèrement de la tête, amusé. Il reste curieux plus que méfiant, celui qui se sait en position de force, laisse le chassé décider de s’il préfère ou non se montrer.

En un dernier symbole de paix, il se pose sur son postérieur, assis bien droit, son regard d’or braqué sur l’infortuné renard ayant croisé sa route. Bien qu’il ne lui ai fait aucun mal, la frayeur devait être bien assez.
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Lun 5 Aoû - 19:47 (#)

Il semblait que le ciel mugissait, de quelques souffles longs et rabattus sur les branches qui se gonflaient puis se refermaient sous son joug, pareilles aux voiles d'un coeur dans un port en stries.
La cadence des deux animaux dansait dedans, en dedans, bigarrée de lutte et de survie qu'était le tourbillon incessant du monde. D'un élan vif, comme une projection sanguine, le félin bondit. Ses griffes se plantèrent dans l'écorce et arrachèrent un cri agressif à la renarde qui grimpa frénétiquement vers le sommet. Les oreilles rabattues, sa poitrine pulsa d'un besoin affolé d'oxygène, comme si son coeur savait sa fin proche et qu'il cherchait, par tous les moyens, à vivre plus intensément ses derniers instants.

Le félin prêt à frapper se figea soudain. Sa gueule s’entrouvrit dans un roulis muet, magnifique, venu des gorges de l'instinct qui replonge en son sein et puise dans l'inconscient... quelque chose qui, visiblement, lui fit écarquiller les yeux. Ses grandes pattes posées sur l'écorce, il ne bougea plus. Le vent trouva ce moment propice pour reprendre son inspiration, charrier leur silence autour de leurs oreilles.
Pour la renarde fracassée par la terreur, c'était difficile... le retour à la raison, difficile. Encore agrippée à l'écorce mangée de fourmis qui piquetaient ses coussinets, elle claqua furieusement sa mâchoire, déconfite, blessée par le tourment.
Va-t’en ! paniquait-elle.
Et doucement, le cougar retomba à terre pour prendre de la distance, sous un miaulement d'invitation.
La renarde resta percluse. Ses prunelles dilatées par la peur, son souffle court, tenue à son immense pieu de bois, la torture d'une part d'elle-même, qu'elle avait pour l'heure chassée, la poussa à émettre un jappement étranglé.
Compliqué de traduire sa frayeur. L'attitude subitement raisonnable du prédateur lui rappelait une parcelle qu'elle ne voulait pas fouler...
Comment je fais ? Je refuse d'y marcher. Elle le demanda du haut de son mât. Le gros chat, docile, s'assit sur le talus de feuilles mortes. Ses yeux comme deux soleils fondus, il leva le museau vers elle, patient.

Cette vision frappa Hena d'un doux uppercut. Ses oreilles se redressèrent malgré elle. Elle tendit un peu la tête pour capter son parfum familier... étrange.
Qui es-tu ? Lui demanda-t-elle entre ses babines, sous la forme d'un trémolo de chuintement que font les renards qui cherchent à s'identifier. A nouveau, elle oubliait que les félins ne parlaient pas le renard, qu'il lui aurait fallu, pour cela, accepter de retourner en deçà, plus bas, vers ce qu'on nommait, trop souvent, la terre.
Le vent l'y aida, sans qu'elle sache bien comment, il l'y aida. Une exhalation différente, plus lointaine, totalement étrangère cette fois, poussa ses pattes arrière à descendre en sens inverse. A quelques centimètres de la surface, elle bondit, littéralement, donnant l'air de s'être fait foudroyer, pour retomber et courir sur le sol en diagonale, de façon risible tellement la peur picotait ses muscles. La gueule bée et la langue pendante, à dix bons mètres de distance, Hena fit mine de renifler les feuilles. Son sens de l'humanité revenait par ressac, ce n'était ni agréable ni dérangeant... Elle tâchait simplement de ne pas chercher les souvenirs qui appelaient aux détails, plus préoccupée par l'odeur dangereuse captée depuis peu, âcre et roussie de pelages transpirants. Doucement, elle s'approcha du cougar, comprenant qu'un humain vivait là dessous. Elle fuyait parfois par réflexe face aux lents mouvements de tête du félin, jusqu'à faire semblant de cracher en claquant les crocs, avant de revenir, à nouveau en reniflant le sol, une patte après l'autre, le coeur rompu de trop battre. S'il n'y avait pas eu cette fragrance acide qui dérangeait tout, Hena aurait presque pu s'amuser.
Le félin vibrait d'une justesse qui rappelait aux nuits originelles des temps. Puisque la sauvagerie était une insulte et la bête une nuisance, dans les tourbes de ferrailles, pas de place pour des êtres qui tuaient par faim plutôt que par plaisir, pas de place... Mais ici, la vérité déconcertante s'affichait, absolue. Ce cougar assis veillait comme un sphinx façonné par le seul talent de la nature, étranger à l'homme, de son oeil jaune et sage.
Et si on partait ?

La renarde baissa l'échine, dans une invitation au jeu.
Et si on partait ? Loin de ces hommes.

Mais impossible. N'est-ce pas... impossible. Il n'y avait pas de place, ici, pour des vies simples. Elle n'était plus qu'à un mètre de lui, maintenant. Elle redressa son museau, toute petite devant la créature de chair, plus grave à mesure que le mauvais pressentiment rabattait son étau. La renarde avait juste oublié, ivre d'espaces sans béton elle avait oublié la limite des territoires.

C'était bizarre. De se regarder dans un corps animal à travers des yeux d'humains.
Qui que tu sois, je suis désolée, j'ai merdé.

Trop tard. Trop petite pour s'enfuir. A quelques kilomètres de là battaient les lourdes pattes d'animaux, tels des tambours qui foncent à la guerre. Hena s'assit face au cougar, une oreille levée, l'autre sur le côté, étrangement calme dans la brise. C'est qu'elle se savait déjà incapable de distancer les bêtes en approche. Un coup d'oeil muet vers l'horizon. Les arbres restaient son seul salut.
Va-t’en, dégage. Ta vitesse et ton endurance sont plus grandes que les miennes.
Je me débrouillerai.

A peu près ça, qu'elle lui signifiait.
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Mer 25 Sep - 18:47 (#)



ENFUIE ENFUIE ENFUIE
Nous croyons regarder la nature et c’est la nature qui nous regarde et nous imprègne.
Il est de ces instants où le temps se fige, prend une inspiration pour laisser place à l’éventualité d’un autre chose, quelque chose qu’on ne contrôle pas. Jeremiah, l’homme à la figure de bête, suit du regard le renard qui revient sur terre, s’éloigne vivement, tant et si bien qu’il se croit laissé là, le puma, avant la pause, le retour en arrière du petit canidé. Et cet autre chose s’impose à eux dans un échange silencieux, un dialogue dont ils ne comprennent pas tout, inaptes à la parole, espèces différentes, il ne voit que peu des siens, habitué aux fauves dont sa vie est remplie. Mais il approche, le renard, recule parfois quand il bouge, le seigneur de ces lieux, seigneur éphémère qui délaissera ce domaine pour un autre quand il abandonnera cette peau. Il finit par se coucher, ventre au sol, la tête bien droite, pour ne pas l’intimider, telle une statue formidablement taillée, il s’immobilise pour laisser venir à lui son interlocuteur bien peu commun.
Et l’autre l’invite, n’est plus qu’à quelques pas, à portée de griffes et de crocs, une confiance muette s’installant entre les deux change-forme. Frères dans leur animalité toute relative, il s’interroge, le cougar, sur l’être qu’il a en face de lui. Un garou dans cette forêt ne serait guère étonnant, mais la rencontre précédente avec cette panthère lui a rappelé qu’il y a plus de métamorphes que ce qu’il veut bien le croire, persuadé que leur espèce court à sa perte, depuis la révélation. Il irait bien se perdre, dans cette étendue de verdure, avec cet autre qu’il ne comprend que peu, il irait bien courir les bois avec un inconnu qu’il a pourtant failli dévorer, Jeremiah.

Le fauve répond, laisse un ronronnement grave s’élever dans le silence des feuilles qui bruissent, craquent sous les pas léger du petit animal gris, tente d’apaiser les dernières appréhensions qu’il peut lire quand il esquisse un mouvement trop brusque pour le craintif ayant échappé à la mort. Mais soudain, l’alarme sonne, son attitude change et il cherche la raison de ce changement, le gros chat, laisse ses yeux d’or balayer la forêt, ses oreilles pivoter en tout sens, à la recherche de ce qui ne va pas.

La solution lui vient bien plus vite que ce qu’il l’aurait cru, l’odeur rance des loups, gros chiens vulgaires à ses yeux, incapables de partager leur territoire comme le font présentement ces deux prédateurs qui ne sont pourtant pas voués à vivre ensemble. Il se redresse et tente d’entendre ce qu’il capte et lui non, le plus petit d’eux deux, sans y parvenir durant un court laps de temps avant qu’il ne les capte, les martèlements furieux de ceux dont ils ont pénétré le territoire. Et la terrible vérité s’impose, maintenant qu’il a poussé sa proie ici, elle n’aura jamais l’occasion d’échapper aux meutes enragées des chiens de chasse que peuvent être les loups-garous. Il gronde en direction de ces pas trop lourds qu’il entend, sait qu’il pourrait se battre pour donner du temps à la créature acculée, mais ce serait se sacrifier, il en a parfaitement conscience et ne tient pas à en arriver là, cherche avec la force du désespoir une autre solution. Lui a une chance de s’enfuir et il fixe un moment son vis-à-vis, estime son poids et la colère que va ressentir celui ou celle qui, à l’intérieur, se débat sûrement aussi, conscient qu’il ne sortira pas des terres des loups à temps. Mais il ne prend pas le temps d’y penser plus que ça, ne peut se permettre le luxe d’une réflexion trop poussée ou longue, chaque seconde perdue à se demander s’il fait le bon choix est une seconde d’avance qu’il perd sur ses poursuivants qui n’hésiteront pas à abréger leurs vies dans de sanglants combats.

Il se relève, bien campé sur ses quatre pattes, il bondit, fond sur le renard qu’il attrape par la peau du cou comme un chat le ferait d’un de ses petits, veille à ne pas resserrer sa mâchoire qu’il sait capable de briser l’animal. Et il s’élance, dans une course effrénée pour la vie, la sienne et celle de l’autre. Si le voyage ne sera pas agréable pour son passager, il reste toujours plus agréable qu’une mort certaine, chassé par les cabots qui hantent les lieux. Comme si j’allais te laisser là alors que je t’y ai poussé. Il sait les traqueurs à ses trousses, cherche un chemin trop escarpé pour qu’ils puissent l’y suivre. S’engage dans une sorte de vallon qui, de plus en plus étroit, ne débouchera pas, se terminera pour ses poursuivants peu habiles sur un cul de sac. C’est un à pic rocheux qui lui donne satisfaction après une minute trop longue, il s’arrête devant, ne s’attarde pas plus et saute prodigieusement, heureux d’avoir été révélé sous cette forme, le jour où il a perdu l’aptitude au polymorphisme. Arrivé en haut des rochers escarpés il se tourne pour écouter les jappements proches. Ils savent qu’ils sont là, perdront leur trace ici une première fois. Le temps qu’ils changent de forme ou de voie, ils auraient rejoint un cours d’eau qui serpente non loin, auraient masqué leur odeur et se seraient mis à l’abri, l’un comme l’autre.

Ignorant les éventuelles plaintes de celui qu’il trimballe sans lui avoir demandé de permission, il reprend sa route, moins rapide pour éviter des souffrances inutiles au renard gris. Arrivé près du cours d’eau il se stoppe, les voilà en dehors du territoire des bêtes. Il saute dedans après un court arrêt, persuadé d’entendre encore à leurs trousses les limiers de l’alpha. De l’eau jusqu’au ventre il veille a garder à l’air libre son compagnon d’infortune, ne s’arrêtant que quelques longues minutes plus tard sur la berge quand il est persuadé de les avoir semé, reposant sur ses pattes l’enlevé et miaulant comme pour s’excuser, ébrouant un pelage imbibé d’un liquide couvrant leur fuite.
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Ven 4 Oct - 22:17 (#)

Enfuie enfuie enfuie (PV) 191003090344863627


Ca faisait comme des coeurs battants, comme des coeurs battants... Les feuilles bougeaient paresseusement, des flit flit d'oiseaux perçaient entre deux arcs croisés de bois et plus loin... la trémulation de la terre vivait, en quelque sorte : à ces courts kilomètres il y avait le souffle des gueules chaudes, le tempo âcre aux relents du pelage humide, de la langue et des babines baveuses, elle jurait pouvoir ressentir plus qu'entendre le tremblement sauvage qui approchait aussi vite qu'un raz de marée, qu'une fin du monde... Et ça ne faisait pas peur, c'était plutôt angoissant, pas terrifiant, angoissant... parce que c'était comme dans l'ordre naturel des choses, d'être happée par les marées, de tenter sa survie en s'accrochant. Elle s'imaginait en haut sur son arbre, elle s'imaginait caler son échine contre une des branches recouvertes de sève, se frotter dessus, sur les cimes cramées par le soleil, masquer sa présence dans la senteur des pins qui colle au pelage, au poitrail et à la truffe, elle s'imaginait dormir tout un jour, puis toute une nuit, les muscles ankylosés, son odeur disparue, les loups tournoyant et ratissant le terrain comme des ombres d'en bas, des pics de crocs qui croquaient tout ce qui glissait de leurs abris, clac. La renarde se releva à moitié, le museau pointé au ciel. Quel arbre ? Quel arbre choisir ?
Un frisson d'hésitation la poussa à bouger sur le côté.
Mais le puma gronda. Il se releva, se pencha vers la renarde qui resta un peu idiote en clignant des yeux. La mâchoire du félin se referma sur son cou aussi délicatement que possible... Un chuintement, comme un petit rire surpris, fit trembler ses babines. Tandis que derrière le danger menaçait, qu'ils auraient pu mourir tous deux, qu'elle se trouvait dans la gueule d'un animal qui mangeait les renards, un sentiment étrange rendit la métamorphe pleinement consciente, là, plus consciente de sa vie, après la chasse, après le coup d'adrénaline, autre chose de plus puissant... Elle sentit le souffle du félin picoté d'appréhension au dessus d'elle sous le galop qui accompagna les pattes puissantes du puma qui filait comme une flèche : il s'élançait, la renarde dans sa gueule, si vite que le vent sifflait aux oreilles, si fort qu'elle discernait les pulsations du coeur félin se coupler aux retombées des pas, ba-bam, pareils à des instruments en peau tannée qui se faisaient écho dans son dos, sous son petit corps porté, envoyant voler la poussière dans un nuage de terre et d'herbe.

Après plusieurs minutes les respirations dangereuses dans leur dos perdirent en intensité, ne devenant plus qu'un souffle tenu d'appel lointain... Soudain, le puma bondit : d'un saut prodigieux, il s'accrocha, ses griffes dans la roche, la renarde glapit d'une petite plainte à cause du tiraillement de son cou. Mais le puma ne parut pas s'en soucier, il ralentit l'allure cependant... Essoufflé, consciencieux au moment d'approcher de la rive, le puma s'enfonça dans l'eau glacée. Frappée par le coup agréable du froid qui électrisa son cortex, la renarde commença à remuer les pattes. Maintenant que les ennemis étaient loin, elle essaya de nager seule, inutilement, sa tête hors de l'eau, et ça l'amusait beaucoup, malgré la douleur à son cou et la hantise que les monstres finissaient par revenir, une fois qu'ils touchèrent terre, que le puma la lâcha enfin, la renarde l'observa s'ébrouer, mise sur arrêt, une patte levée, ses yeux grand ouverts et le coeur encore rompu de leur fuite. Puis elle se retourna, décida de longer la rivière. Elle fit mine de trottiner fièrement, joua la pitre sans avancer trop vite. Le bras du ruisseau courrait comme une cicatrice le long du versant, quittait le territoire de la meute, ce qui allégea le pouls de la renarde, assez pour qu'elle se retourne vers le puma, et fonce vers lui en faisant mine de lui mordiller les pattes. A la dernière minute elle s'enfuit, avant qu'il ne puisse répliquer, gloussant dans son chuintement de renarde caractéristique. Sa manière à elle de le remercier.

Après quelques minutes, elle profita que l'eau devienne à mesure plus profonde pour s'élancer soudain. Sauter dans la rivière. Le museau en premier, elle plongea, littéralement, se laissa doucement imprégner du bruit cotonneux à ses tympans... le ressac des courants créés par ses mouvements de pattes était comme une musique ouatée... le bruit sous l'eau, un timbre feutré... Presque regagnée le fond, elle effleura de ses coussinets les galets, toucha la pierre glissante... Quelques secondes, clore les paupières, elle resta là sans trop bouger...

Une fois remontée, Hena se laissa, elle, l'humaine, retransformée, la bouche à peine hors de la surface, sa nudité recouverte par le bleu-gris de la rivière et ses mains posées sur son visage où s'éparpillaient des mèches de cheveux mouillés. Au dessus d'eux, le ciel commençait à lentement se charger de beaux nuages perle... Doucement, elle écarta les doigts, pour croiser le regard du félin en face d'elle. Aussitôt elle se mit à rire. D'un rire nerveux, agréable, incrédule. Le coup de l'adrénaline lui faisait tourner la tête. Elle avait beau avoir regagné sa forme humaine, elle avait un aspect très animal, dans l'éclat de ses prunelles, son sourire entier, et sauvage.

— Qui es-tu ? lui souffla-t-elle, dérangeant la surface de l'eau au moment de le dire.

C'était comme si l'époque n'avait plus lieu. Comme s'ils se trouvaient sur les landes de terres premières où nul bâtisse, immeuble, ville n'existait. Où il n'y avait que des êtres, des esprits et des animaux qui auraient peuplé leur monde.
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Sam 5 Oct - 23:32 (#)



ENFUIE ENFUIE ENFUIE
Nous croyons regarder la nature et c’est la nature qui nous regarde et nous imprègne.
Le souffle est court, rauque, l’air qui s’échappe de sa gueule, brûlant, s’extirpe au rythme saccadé d’une respiration difficile. Les muscles tendus, il attend, l’œil rivé sur celle qui a été sa proie, qu’il a décidé d’arracher aux crocs de la meute, étrangers qui ont dépassé les limites d’un territoire gardé jalousement et qui ont fui ensemble. Dans les seuls bruits de la nature qui les entoure, sous le regard de la lune qui se lève, il se fait gardien immobile, les oreilles sur son crâne se mouvent, tentent de capter un son qui trahirait l’ennemi, qui exposerait au fauve sa présence. Mais rien ne répond à ses attentes si ce n’est la vie nocturne qui s’éveille dans le bois, prend le relais. Plus de lourdes pattes pour marteler la terre qu’ils ont foulé, de truffes pour suivre le parfum de ceux qui ont osé braver l’interdiction. Le métamorphe se détend, repose une patte encore levée et part dans les traces de la petite créature qui s’éloigne déjà d’un pas souple. Le jeu de la renarde amuse celui qu’elle ne craint plus et quand elle fait volte-face, il fait un pas en arrière, surpris, celui qui n’est plus qu’un gros chat surpris du comportement inédit de cet autre qu’il ne connaît pas. Une patte se lève et s’abat mollement à l’endroit où elle se trouvait, la fugitive, vive comme l’eau qui court sans jamais s’arrêter, nulle trace de griffes sur ce membre qui tente de la saisir. Jeremiah écoute sans comprendre ces bruits, caractéristiques à la race de celle qui lui fait face et il miaule, comme si la bête s’essayait à un dialogue que ni l’un ni l’autre ne saisissent vraiment. Et il se demande, ce que veut lui dire l’autre, ce que son cerveau félin ne déchiffre pas. La situation lui indiquerait un remerciement mais il ne s’avance pas, préfère simplement lui indiquer une sympathie à son égard. C’est un ronronnement sourd qui naît dans sa poitrine et fait vibrer sa gorge, se fait entendre dans le couvert des arbres, fait taire une seconde un oiseau qui piaillait là.

Il s’approche du liquide qui continue sa route sans se préoccuper de lui, il plonge les pattes et s’y désaltère. Accompagnés par le clapotement de l’eau il repart, l’incongru binôme, suit le fil de ce ruisseau qui s’élargit, se transforme en une petite rivière après une marche silencieuse qui bien vite, s’interrompt. Elle a plongé, disparue, sa compagne de route, il s’approche de l’onde, le cougar, penche sa tête sur la droite, trahit les interrogations qui affluent. Les secondes sont longues, quand on ne sait quoi penser et il le sait bien, s’assoit paresseusement après s’être étiré. Mais ce n’est pas un petit canidé malin, qui remonte, les deux yeux pareils à de l’or fondu se posent sur une femme dont les cheveux sont plaqués par l’eau qui ruisselle, retourne à sa course effrénée. Un instant il ne comprend pas d’où lui vient ce sentiment qui le tiraille, lui dit que l’ironie a encore frappé.

Mais, comme il inspire une nouvelle fois, détaille ce visage, c’est le souvenir d’une nuit partagée, qui le frappe, d’un éclat de passion qui s’est éteint juste après s’être allumé. C’est elle, la fille du bar, celle qui, dans des silences s’est exprimée, durant quelques heures ils n’étaient personne, deux êtres cherchant un réconfort éphémère. Il ne connaît pas son prénom, à celle qui lui expose son identité, lui livre un secret qu’il juge précieux et la pensée lui vient, fugace, qu’il aurait dû lui demander son nom, ce soir,  ce matin-là. Un frisson le parcoure, file de sa truffe au bout de sa queue, c’est que l’animal est prudent, doute encore un peu avant de s’engager dans une pente qu’il ne pourra pas remonter. Sa voix résonne, douce, dans la scène figée d’une forêt, loin des hommes et de leurs atours et le fauve se lève, regarde de droite et de gauche, comme dans une dernière vérification qu’ils sont bien les seuls doués de raison à arpenter l’écrin de verdure. Une dernière vocalise que produit cet interlocuteur particulier, miaulement qui se veut doux, encore une réponse incomprise qui s’échappe avant la décision.

Les premiers spasmes parcourent son épiderme, annoncent le changement qui va suivre, processus fascinant pour les uns, horrifiant spectacle pour d’autres. Les chairs retrouvent une forme humaine, les os craquent et la fourrure disparaît, bientôt il ne reste plus qu’un homme dans son plus simple apparat. Il reprend son souffle et se redresse, ne s’embarrasse nullement de sa tenue, ironie supplémentaire qui serait inutile, en présence d’un congénère, celle-ci encore plus. Il s’assoit sur le bord du cours d’eau, inspire pour s’imprégner de cette atmosphère différente que ces sens lui permettent, une partie de lui embarrassée de cette vulnérabilité qu’ils ont choisis en quittant leurs peaux bestiales. La rencontre est improbable, ajoute à cette impression qu’un microcosme incroyable s’est élevé là, hors d’atteinte des garous qui les ont traqué. Il plonge ses pieds et ses mollets dans l’ondine, froide, qui lui rappelle d’autres moments, les pauses similaires qu’ils faisaient, avec sa sœur ou Tobias, parfois ses cousins. L’insouciance de ces quelques minutes le détend et il s’autorise enfin à relâcher sa vigilance, réapprend à utiliser des cordes vocales qui produisent des mots dotés de sens. -Tu devrais être capable de me reconnaître, maintenant. On s’est rencontré au bar. Et pas que, mais il ne le dit pas, ne ramène pas ce sujet dans l’histoire qui se tisse, redécouvre l’individu qui lui fait face. Les syllabes s’enchaînent, filent doucement, comme pour ne pas troubler la paix du lieu. -Tu peux m’appeler Jeremiah.

Ça a quelque chose d’irréel, ce qui se déroule, le cœur bat fort sous sa peau, encore secoué de tout ce qui s’est produit en si peu de temps. L’air frais picote sa peau qui ne refroidit pas, jamais, pas ici où les hivers sont trop doux et les étés trop chauds, il ramène une jambe près de lui, l’entoure de ses bras et se courbe  pour poser sa joue contre un genou encore humide. -Encore désolé… pour tout à l’heure. Les éclats d’or s’attardent dans ses yeux qui, plongés dans ceux de la renarde, ne reflètent qu’un même éclat sauvage, un souvenir de ce qu’ils sont également, là, au fond. Il sourit faiblement avant de lui retourner la politesse, oser la question qu’il n’avait pas formulé. -Et toi, qui es-tu si ce n’est la fille du bar ou la renarde chanceuse ? Chanceuse d’avoir échappée aux crocs du prédateur affamé, bien qu’agile serait plus juste, c’est qu’il n’avait jamais vu de renard grimper ainsi aux arbres, prodigieuse fuyarde.
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Mer 16 Oct - 22:00 (#)

Elle avait beau être redevenue humaine, elle se sentait toujours renarde, plus que dans la ville, plus que lorsqu'il fallait faire semblant, semblant de se soucier de l'actualité, des taxes, prétexter être totalement saoule quand elle enquillait trop vite trop de verres. Ici... il y avait l'eau, glacée, la sensation du vent qui renvoyait l'odeur des herbes sèches, quelques bruissements de quelques insectes, ses mains sur son visage, sa vue, nette, ses doigts qu'elle ouvrait doucement à mesure qu'elle le fixait, son souffle court. Un sourire se dessina lentement sur ses lèvres, un doux rire de surprise agita ses épaules quand elle le vit se transformer, un rire incrédule, ravi, légèrement étranglé, à cause de l'adrénaline... lui. Elle sentait sa tête tourner, frappée par le retour des coïncidences.

— Jeremiah qu'elle souffla, immensément surprise par tout ce qui défilait depuis ces si courtes heures. Elle avait toujours un sourire idiot aux lèvres.
Depuis combien de temps n'avait-elle plus ressenti cette adrénaline ?
Depuis combien de temps ?
Elle se rappela de la particularité du moment passé : dans ce bar. Ce bar où ils s'étaient rencontrés et où ils étaient restés les seuls à ne pas rire cette nuit, les deux à ne pas sembler boire pour s'amuser... Elle le revoyait assis au fond de ce bar, alors qu'autour les exclamations passaient sans les toucher, qu'ils étaient restés là à se fixer d'un bout à l'autre de la salle à la lumière basse, leur verre à la main. Comme s'ils n'appartenaient pas à ce monde. Deux étrangers au lieu.
Et comme une gamine un peu débile, elle se remit à glousser, trop éberluée à mesure qu'elle comprenait ce qu'ils avaient osé faire aujourd'hui. Une meute.

-Encore désolé… pour tout à l’heure.

Accaparée par son état, la renarde releva ses yeux vers lui, histoire de revenir à la réalité. Difficile... Elle laissa retomber ses mains, comme pour retracer le parcours d'une eau qui glisserait de ses joues à ses hanches, de ses hanches dans la rivière, finirait par remonter... D'un geste absent, elle effleura de ses paumes la surface de l'eau, en sentir les battements des vagues qu'elle dessinait, revigorée par le cadre et par son regard de félin. Il avait beau être retourné sous sa forme humaine, elle y voyait les traits, intrinsèquement liés, profondément ancrés, du cougar, son totem, elle n'en doutait pas, il ressemblait à une statue grecque qui raconte l'histoire des créatures mythologiques... assis, reposé là, une joue contre son genou nu. Elle ne répondit pas à ses excuses. Il aurait pu la tuer. Elle ne lui dirait pas "ce n'est rien". Elle acceptait ses excuses dans son langage muet de renarde, avec un fidèle sourire insolant.

-Et toi, qui es-tu si ce n’est la fille du bar ou la renarde chanceuse ?

— Hena, je m'appelle Hena répondit-elle aussitôt.

Envolées la méfiance, les mises en garde. Elle se rapprocha de lui, pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas. Le vent créait un tapis de reflets sur cette eau qui lui arrivait aux clavicules, et elle rit encore, émerveillée d'expérimenter l'instant, de retrouver ce qu'elle avait perdu depuis longtemps... Chaque trait de son visage. Chaque battement de coeur. Elle voulait tout graver de ce moment dont seuls deux métamorphes en saisiraient l'intensité. Il lui semblait qu'ils auraient pu clore leurs yeux, maintenant, pour être préservés par de rares dieux et se réveiller des millions d'années plus tard, lorsque les hommes auraient disparu, que les villes auraient été englouties, tout... retournés à la terre, aux forêts et à une neige brûlante.

— ... j'aurais dû deviner que tu étais l'un des nôtres...

Elle ressemblait à la fois à une enfant, à la fois à une créature dépassée, rien d'humain, son comportement n'avait rien d'humain, pas de museau pour faire mine de renifler un talus de feuilles à mesure qu'on s'approche, mais pourtant la même précaution, son corps sur le qui-vive, et un sourire un peu trop lumineux. Au bruit d'un craquement de branches elle tourna vivement la tête sur le côté, mais ce n'était qu'un geai bleu. Elle regarda l'oiseau s'envoler, ailleurs, malgré tout bien présente.

— ... Le territoire d'une meute. murmura-t-elle. L'ampleur des risques rattrapait son esprit. Petit à petit, elle comprenait ce qu'ils avaient évité de peu, ce à quoi ils s'étaient frottés. Et ca la fit rire, encore, d'un rire nerveux. Inspirant à fond, elle tâcha de regagner son calme, s'enfonçant un peu plus dans l'eau.

— On ne devrait pas rester là... non ?  

Mais elle ne bougeait pas, préféra clore un instant ses yeux, s'enivrer de la sensation du froid contre sa peau.

—Moi qui croyais que les chats n'aimaient pas l'eau.

Yeux rouverts, amusée. Elle accepta finalement de sortir de la rivière, se raccrocha habilement au rebord pour s'y asseoir, à une légère distance polie de lui, ses prunelles rivées sur l'eau brillante...

— Et si on recommençait à zéro ?

Elle tendit sa main vers lui avec un air faussement sérieux, trempée d'eau, se retenant de pouffer de rire.

— Ravie de faire ta connaissance, Jeremiah.

Trop heureuse pour ne pas être farceuse. Et parce qu'elle savait que, bientôt, ils devront effectivement s'en aller de là, regagner la ville et leurs habits... Au dessus de leur tête, les nuages se mirent à gronder un peu. L'air sentait l'avant-pluie, donnait à l'atmosphère une douceur qui contrastait avec la nature et ses dangers. Elle leva le nez vers le ciel...

— A Shreveport depuis longtemps ?

Elle se rappelait que sa venue dans cette forêt avait été poussée par le besoin de fuir. Suite à cette journée, à cette rencontre, est-ce que le ciel voulait faire passer un message ?
Brusquement, elle tourna sa tête vers lui, menton toujours levé.

— Et est-ce que tu t'y plais ? Est-ce que cet endroit te plaît ?

Pour la première fois, elle avait complètement perdu son sourire, paraissait même devenue un peu grave.
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Dim 20 Oct - 15:37 (#)



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Nous croyons regarder la nature et c’est la nature qui nous regarde et nous imprègne.
Bleu et or se mélangent, constamment, les paillettes d’un métal précieux fondent dans l’azur, d’un côté comme de l’autre. Pas tout à fait humains, sans être des bêtes à part entière. Un entre deux, ils sont là à se fixer, sous la surveillance de la lune et il songe, Jeremiah, qu’il n’a pas été autant en accord avec l’un des siens depuis longtemps, sur la même longueur d’onde. La réponse à sa question file se perdre entre les arbres, Hena, la fille-renarde, la fille du bar, le regard s’attarde sur les traits de son visage, sur l’eau qui perle de ses cheveux et dévale sa peau jusque trouver le courant. Loin sont les préoccupations du directeur, de l’adulte et ses responsabilités qu’il enverrait volontiers valser, s’il le pouvait. Il profite de la fraîcheur de l’air, de l’eau qui se saisit de sa cheville et de cet autre chose si singulier qu’il n’aurait jamais pensé trouver là, au détour d’un arbre, dans l’adrénaline de la chasse. La réflexion est courte, quand il prend un instant, tente de déterminer s’il n’aurait pas préféré une traditionnelle chasse, une mise à mort brève d’un animal quelconque. Bien sûr que non, il y a une aura presque féerique, qui émane de ces quelques minutes, d’eux et ce tout profondément lié à la nature qu’ils représentent. Ils sont tels deux créatures fantastiques, à ne pas se soucier de la bienséance, les seigneurs de cet endroit préservé des hommes et leurs coutumes. Les bêtes qui gouvernent leur petit monde.

Le visage du puma s’éclaire d’un léger sourire, quand son rire revient teinter l’atmosphère qui s’est instaurée, transpercer le silence qu’il écoute. La renarde aurait voulu deviner sa nature et c’est à son tour de rire, doucement, bien conscient de la tâche trop ardue qu’elle aurait voulu abattre. Elle le voit là, dans un état bien différent de celui qui lui est coutumier, elle ne voit que cette part de lui, apaisée, celle qui est parfaitement en accord avec ce qu’il est. Elle n’a vu que le puma au sommet de son art, en chasse, un fuyard ensuite, poursuivit par l’adrénaline et les gueules qui veulent le saisir. Hena ne voit que le métamorphe qu’il s’évertue chaque jour à cacher au monde. Qu’il lui livre aujourd’hui sur un plateau d’argent, place en elle une confiance qu’il n’explique pas, ne ressent pas le besoin d’expliquer. -Tu m’aurais laissé admiratif, si tu avais deviné, ce soir-là, je fais très bien l’humain, d’habitude. Et ce soir, il n’était pas même un peu humain, ne l’avait été qu’au moment d’arrêter la chasse, le temps d’un moment, juste assez pour réaliser qu’elle n’était pas une proie mais une semblable.

Et il y a quelque chose de fascinant, dans cette certitude qu’il a face à elle, sûr d’avoir devant lui une de ses congénères. Pas de maudit ici, deux bêtes sur un pied d’égalité, deux êtres auxquels la nature à fait don de ses formes. Tout chez la renarde lui fait oublier l’existence même de ces « cousins » qui comme eux, revêtent la peau d’un animal, mais aucune créature prisonnière d’un corps qui n’est pas le sien ne lui fait face. Il peut le lire dans ce regard, reflet du sien.

Il tourne également la tête quand l’oiseau s’envole, sur le qui-vive, même s’il ne pense pas être en danger, là, la frontière du territoire de la meute est derrière eux et ils ont retrouvé leur bon droit. L’envol est suivi des yeux et quand le geai disparaît de son champ de vision, il scrute la forêt, les arbres qui bruissent, craquent, les quelques feuilles qui tapissent le sol et les ombres mouvantes de nuages qui passent devant l’astre lunaire. Aucune trace de loups, de canidés trop stupides pour voir qu’ils ne sont plus chez eux. Il redresse un instant la tête, appuie son menton sur son genou pour regarder les reflets à la surface de l’eau, songeur. La question est posée, lâchée, comme en suspens entre eux et il ferme les yeux, tient à savourer encore un peu ce calme, cette tranquillité qu’il n’a trouvé que trop rarement, depuis quelques temps. -Encore quelques minutes… Demande murmurée, comme un enfant qui ne voudrait pas se lever rejoindre ses classes, ils ne sont pas pressés. Pas lui. Inquiète pour deux, la renarde ne bouge pas, pourtant, semble du même avis que le fauve paresseux qui rouvre un œil puis l’autre, contemple la petite rivière, la nymphe qui s’y baigne et le cadre qui les entoure. La remarque sur le goût des chats pour l’eau arrache un léger rire et il observe la baigneuse s’extirper des bras du courant, s’asseoir également sur la rive, encore trempée, ruisselante. -Je pensais que les renards ne grimpaient pas aux arbres. La proposition d’un nouveau départ, repartir à zéro lui laisse une hésitation avant d’être complétée de ce geste, de cette main tendue, comme s’ils se croisaient dans une rue au hasard. Et lui rit, encore, pouffe quand elle se retient de le faire en se penchant vers elle, tendant une main qui va se saisir de celle offerte. -Enchanté, Hena.

Le ciel gronde, tout bas et il y jette un œil, relève son regard pour scruter les masses sombres de la nuit, des quelques nuages qui bientôt feront déferler leur eau sur eux. Il n’a pas envie, de briser la bulle, de la faire éclater pour s’en retourner à la ville et ses atours, sa voiture trop chère et sa maison trop grande, trop vide, habitée par ses seuls chats, quand il n’est pas là. Mais voilà que la meute s’éloigne de leur considération alors qu’elle l’emmène ailleurs, de ses mots, la renarde, apprend à faire ce que ni l’un ni l’autre n’avait pris le temps de faire. Se connaître, un peu plus, maintenant qu’ils ont tant montré à l’autre. Leurs totems, leurs identités. -Né ici, mais j’en suis parti à l’âge de douze ans, je suis revenu il y a quatre ans. Phrases simples, bien plus que lorsqu’il explique la chose, habituellement. Elle est simple, à appréhender, Hena, il y a quelque chose de rafraîchissant dans ce dialogue qui a commencé avec quelques vocalises incompréhensibles. La seconde interrogation cependant lui demande réflexion et il passe une main dans ses cheveux, les réarrange le temps de penser, bien conscient de l’inutilité de son geste. Ses yeux fouillent l’expression devenue plus grave, se détournent au moment de répondre. Il cherche ses mots. -La neige me manque. Le Montana, ses trop grandes forêts, tout ça me manque, ma sœur me manque, aussi. Mes parents sont loin, la plupart des miens le sont, et pourtant… Je reste. Parce que ma place est ici, que Shreveport est ma maison, même si tout ne va pas toujours comme je le voudrais, même si des fois, rien ne va, d’ailleurs. Et le voilà qui hausse les épaules, comme s’il énonçait une évidence, parce qu’il s’était toujours vu faire sa vie ici, enfant, qu’ensuite, il avait ardemment regretté Shreveport, une fois loin et qu’il se souvenait le soulagement, de revenir, de retrouver la ville qui l’avait vu grandir, qui avait connu le vrai Alexander. -J’ai trop de souvenirs et de choses précieuses, ici, pour ne pas aimer cet endroit. Et toi ? Tu n’es pas d’ici hein ?

Une évidence, pour lui, qui ne la connaît pas, bien qu’il ne pense pas tous les connaître, ceux de sa race qui arpentent les rues de la ville, mais elle ne semble pas du coin. Il y a ce petit quelque chose dans son regard, dans son attitude, qui lui dit qu’elle n’est pas encore chez elle, dans cette jungle sans cesse en mouvement, la ville ne l’a pas engloutie, ne l’a pas encore faite sienne. -C’est fou comme tout a changé, trop vite, ici. Réflexion qui aurait dû être silencieuse qu’il laisse aller, du bout des lèvres, perdu dans son propre esprit, une petite seconde. Il se surprend à se demander, ce qu’il y aura, dans cent ans, dans cette ville qui s’est vue attribuer un rôle qu’elle ne voulait pas. Capitale de l’étrange. -Qu’est ce qui pousse un renard à venir à Shreveport, alors ? Fini, les conventions sociales, la discrétion, il s’interroge et demande innocemment, comme s’ils se connaissaient depuis longtemps, qu’ils étaient des amis de longue date qui se retrouvent après avoir été séparés des années. -Qui sait, je peux peut-être t’aider...
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Dim 27 Oct - 21:46 (#)

Le ciel se découpait, et là haut, et dans mon esprit...

Il n'avait aucune idée. Aucune idée de ce partage dans la nuit, un souffle d'oxygène, se sentir pleinement respirer... Là, sa venue ne chutait pas perpétuellement dans le sablier du temps sans raison, depuis qu'elle avait posé un pied à Shreveport, pour la première fois, elle s'ancrait au moment. Alors elle se laissa à inspirer, poser ses paumes à plat dans son dos, sur la terre meuble, se pencher légèrement en arrière, l'écouter parler, lui et le lieu, un petit sourire aux lèvres.

-Je pensais que les renards ne grimpaient pas aux arbres.

Elle gloussa doucement, quittant ses yeux pour se perdre sur le ciel. Si elle avait pu rester ainsi pour une notion d'éternité qui ne demanderait plus à réfléchir sur les journées à poursuivre... si elle l'avait pu. Elle lui prêtait une oreille attentive, et son regard allait aux nuages... Il lui racontait. Son choix. Né ici, retourné après une longue absence... Sur l'écran noir des cieux, plus difficile d'ignorer la similitude des actes qu'elle avait traités différemment, et il lui sembla que si elle se décidait à prendre un vol pour regagner son ranch, elle y entendrait le rire cristallin d'un petit garçon, un fantôme qui contournerait la face de la bâtisse, Jared, qui ne laisserait aucune empreinte sur la terre sablonneuse... A peine passée la porte que les nouveaux occupants auraient tourné leur tête surprise vers elle.
Une zone de disparition se meublait de remplacements... Elle avait beau respirer pour le moment, peut-être son esprit en avait-il terminé avec cette enveloppe, qu'il aurait dû regagner sa forme jumelle d'une petite renarde attentive dans une nuit, et elle lui aurait montré, à Jeremiah, quelques passages cachés entre les ronces, écoute, vois... as-tu remarqué ces passages du temps ? Elle aurait souri, de son sourire de renarde, se serait éloignée dans l'ombre projetée par la ramification des vies noueuses, quelques racines démembrées, à la mémoire des âmes qui avaient vécu, elle aurait vu le pays autrement... Mais elle était là, humaine, à contempler le ciel...

La neige me manque. Le Montana, ses trop grandes forêts, tout ça me manque, ma sœur me manque, aussi. Mes parents sont loin, la plupart des miens le sont, et pourtant… Je reste.

... La renarde eut un triste sourire. Qu'est-ce que les humains cherchaient au juste ? Qu'est-ce qu'elle y cherchait ? En s'attachant au passé...

-J’ai trop de souvenirs et de choses précieuses, ici, pour ne pas aimer cet endroit. Et toi ? Tu n’es pas d’ici hein ?

— Non... non souffla-t-elle, fronçant pour la première fois les sourcils. Le bruit de l'eau était encore là, la lune au dessus, et elle n'aurait plus voulu s'attarder sur ses propres souvenirs mais ce n'était jamais aussi simple, jamais si simple, les efforts pour éteindre de soi-même ce passé, il revenait dans un murmure de vent à travers de si simples échanges.

-C’est fou comme tout a changé, trop vite, ici.

Lentement, Hena se retourna vers lui, lire sur son visage : il ne donnait pas l'air de s'en faire pour ses réflexions, elle se demandait un petit peu, progressivement, pourquoi il lui léguait tout ça à elle, ce soir, et pourquoi tout sonnait si naturel. Un drôle d'élan de compassion la traversa, : cet homme, il ne s'était pas rendu seul dans ce bar sans raison, et il n'avait pas foulé la terre de cette forêt sans hasard.

-Qu’est ce qui pousse un renard à venir à Shreveport, alors ?

S'il pouvait aider...

— Je ne sais pas Jeremiah lui avoua-t-elle. Sa grand-mère l'y avait contrainte mais une renarde n'aurait eu qu'à se borner pour camper dans ce ranch vide, dans ce désert qui composait chaque nervure de ses jongleries, née ailleurs peut-être qu'elle serait devenue une habituée des endroits chargés, des zones pleine de vie qu'on aspire à regagner comme l'avait fait Jeremiah, pourtant là où se posait son regard il n'y retenait que l'absence, à chaque fois.

— Qu'est-ce qui me pousse à y rester surtout... avoua-t-elle sous un sourire. Un petit ange perché sur la branche de ses souvenirs, très exactement. Autrement, elle aurait planifié sa fuite, loin de cette ville... Mais ce n'était pas le moment de disparaître, pas encore. C'était absurde, elle avait à l'instant une vision idéale du futur : une Mona un peu plus âgée, qui tiendrait à son tour la main d'un autre petite ange. Comme quoi, les promesses perpétuelles de la vie étaient précaires, éphémères, mais à chaque fois aussi belles...

Elle se releva enfin, énergique.

— Je crois que c'est les casinos. La ville en est remplie. Y'a vraiment un truc à tenter avec les machines à sous, non ?

Plaisantin l'animal, comme toujours. Elle rit, lui tendit une main. Il n'avait clairement pas besoin de son aide pour se relever, mais le geste était symbolique pour la renarde, les attitudes l'étaient toujours pour les renards...

— Merci de m'avoir sauvé la mise.

Elle voyait dans ses yeux le moment particulier à leur présence.  Sans attirance charnelle cette fois, à croire qu'ils avaient passé ce stade, qu'ils n'avaient souhaité que se perdre lors de leur premier échange, deux semblables désirant se fondre dans des esprits. Peut-être dans un autre monde. Dans une autre vie.

— Je ne crois pas pouvoir récupérer mes vêtements là où ils sont. Mais ils vont faire des heureux chez cette meute.. lui chuchota-t-elle. Elle s'était faite grillée comme une bleue. Quelle idiote. Elle éclata de rire, partit à reculons, ouvrant largement ses bras pour déplorer cette vision d'elle. — Moyennement sympa de se balader à poil dans la ville...

Slalomer entre les bennes à ordure, patienter dans l'ombre d'une venelle sous forme de renarde, aller grattouiller à la porte de Mara en espérant que celle-ci s'y trouvait. Il faudrait faire avec.
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Jeu 5 Déc - 0:56 (#)



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Nous croyons regarder la nature et c’est la nature qui nous regarde et nous imprègne.
Pour une raison qu’ils ignorent, pour un instant de partage si rare, ils se confient, ne laissent pas les masques leur souffler des mensonges trop faciles à dire. La lune observe ses enfants échanger quelques confidences, se montrer sous leur vrai jour, des bêtes sous des traits d’hommes, des bêtes curieuses qui découvrent un semblable, pas vraiment humains, métamorphes. Elle ne sait pas pourquoi elle y reste, dans cette ville trop grande, la nymphe qui s’est risqué sur terre. La voilà qui reprend vie, retrouve cette même énergie que dégageait ce renard, malicieuse. L’éclat brûle un instant, se noie dans l’océan des mirettes d’Hena. Elle est debout, exposée, la pudeur n’est plus qu’un concept abstrait qu’ils ne saisissent pas, la nudité ne provoque aucune gêne. Naturel, comme le moment, l’œil n’est pas même attiré par les courbes pourtant connues, ne s’en va pas explorer la peau dévoilée. Les yeux restent fixés sur les siens, sur les étendues calmes qui s’y dévoilent.

L’animal plaisantin est encore là, il entendrait presque ce chuintement émit plus tôt, ils apprennent à se lire, cet autre et lui. La main tendue est acceptée de bonne grâce, comme une promesse silencieuse d’un soutien, pour un temps au moins. Les remerciements étonnent, il hoche la tête, le sauvetage prend tout son sens, désormais qu’ils savent qui ils sont, comme une farce d’un destin évident.

Deux chemins qui se croisent une première fois puis une deuxième, sans que rien ne les y prépare, deux mondes qui se heurtent et s’accordent en une promesse de paix.

Car il a trouvé là un havre de paix, dans ce moment digne d’une pièce de théâtre, un acte pour laisser au spectateur le temps de respirer. Une pause dans l’enfer de béton, la fourmilière géante qu’est Shreveport. Les humains peuvent être bien plus féroces qu’eux, après tout, des monstres innommables parfois, l’interlude n’en est que plus salvatrice.
Un éclat de rire se perd, rompt la solennité qui étendait déjà ses bras sur eux, comme s’ils étaient déjà prêt à se parer de leurs atours humains, de ces manières qui n’ont pas leur place ici. Il oublie ces futilités sitôt qu’il y pense, Jeremiah, préfère se replonger dans un ailleurs imperceptibles à ceux qui ne sont pas eux, les change-formes unis pour quelque chose qu’on ne peut vraiment définir. Elle l’y attire pourtant, dans l’après, pense à ce moment où ils finiront par se séparer pour retourner à la complexité de leurs vies humaines. Un retour dans les entrailles de la cité après avoir étés libres. Elle en rit, du ridicule de la situation, de ces vêtements laissés là où elle ne peut les récupérer, de la traversée de la ville qui va s’avérer plus compliquée que ce qu’elle ne le pensait. Le sourire ne se tarit pas, sur les lèvres de celui qui n’a pas à se soucier de ces détails, qui n’a qu’une proposition à faire, pour lui éviter les embûches dont Shreveport a le secret.

-Je peux ramener une renarde chez moi pour lui donner des vêtements, sinon. Déjà il part chercher dans sa mémoire cette chambre qu’a demandé Lynn pour ses venues, essaie de déterminer si elle a pu y laisser quelque chose. Et telle qu’il la connaît, il le sait, que cette armoire est pleine des affaires qu’elle laisse traîner chez lui, prête à débarquer quand bon lui chante. Elle ne lui en voudra pas, il en est certain. -J’ai peut-être même quelque chose à ta taille. Puis il recule d’un pas, se tourne pour regarder un instant le ciel, immensité sombre. Tout est calme. -Enfin… c’est toi qui vois.

Il n’attend pas la réponse, se met en mouvement, s’étire à la faveur de la nuit, pas inquiet pour un sou de la présence dans son dos. Comme s’il y avait là une vieille amie, il ne craint rien, ici, le fauve, encore trop loin de la ville qui vit sûrement encore, à cette heure. -Mais il me reste encore du temps, je vais m’attarder un peu, repousser l’inévitable retour. Je ne vais pas laisser quelques cabots m’intimider. Insolent félin qui se pavane presque, n’a pas hâte de voir l’aube arriver, lui annoncer qu’il ne peut plus vadrouiller. Il voudrait la garder un peu, l’illusion de liberté qui le prend, qui ose lui faire croire qu’il pourrait rester ici s’il le souhaitait. Mais il le sait, que le temps est compté, et déjà il se voit s’élancer encore pour arpenter son domaine, sinuer entre les troncs en incontestable petit roi. Comme s’il était chez lui. Parce qu’il l’est, en un sens.

Un regard, une invitation à le suivre, encore un peu, retourner à leurs autres formes, laisser libre cours aux picotements sur son épiderme qui lui murmurent de se laisser aller. Les crocs et les griffes appellent, la fourrure ne demande qu’a traverser cette peau, reprendre la place qui est la sienne. -Alors, tu viens?
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Dim 22 Déc - 22:20 (#)

Un jour je m'en irai.
Où ?
N'importe où. Et tu viendras aussi.
...


La nuit était silencieuse. Hena gardait son sourire, les bras écartés, reculant lentement comme prête à s'en aller. C'était facile de jouer la pitre. Facile de sembler assurée après avoir fait des erreurs. Quelque part, un garou venait peut être déjà de s'emparer de ses vêtements. Et Hena était là, consciente de ses bêtises, s'enfonçant dans la comédie absurde qui la caractérisait  : songeant à se retourner comme si toute cette nuit n'avait été qu'une ellipse époustouflante mais irréelle. Elle n'était pas faite pour rester sur place. Plus faite pour suivre un semblable.
Sans doute la raison qui lui fit perdre son sourire, quand il lui dit.

-Je peux ramener une renarde chez moi pour lui donner des vêtements, sinon.

Mise sur pause. Le visage devenu grave, ses bras retombèrent le long de son corps. Au dessus de leur tête, un plus large nuage découvrit la lune : les rayons de celle-ci donnèrent un aspect étrangement argenté à la chevelure d'Hena. Le regard incertain, elle l'observa lever le nez au ciel. Jeremiah semblait toujours très détaché, serein. Il avait l'air si irréaliste, au centre de ce cadre. Elle se demandait comment elle avait pu ignorer sa nature la première fois où elle l'avait vu. C'était comme si l'âme de sa nature resplendissait dans le désert nocturne. Il était le premier être, depuis tellement d'années, à lui faire ressentir ce qui avait toujours laissé chez elle ce vide béant : cette part animale qu'une ville n'accepterait jamais.

-Enfin… c’est toi qui vois.

— Moi qui vois.... qu'elle murmura. Elle venait de passer une main sur son visage sans s'en rendre compte, comme pour en ôter le tracas qu'on pourrait y lire dessus. La rivière continuait de chuchoter. Dans les quelques inspirations du vent, c'était comme si la nature lui disait qu'on pourrait tout à fait effacer les souvenirs, qu'on pourrait recommencer à s'endormir auprès d'un semblable et trottiner à ses côtés, oublier la raison des années, oublier que ce genre de mémoire se soldait par des disparitions à répétition.
Et au lointain, au très lointain, à l'autre versant des reliefs, une étrange lueur couvrait la basse atmosphère : un halo plus clair, trace que là bas encore se trouvait la civilisation qui ne lui avait pas tellement donné ; et si elle devait courir ici en sa compagnie, Hena avait la terrible impression que, cette fois, elle ne retournerait pas à l'état humain. Qu'elle s'en irait, définitivement.
Alors elle recula d'un autre pas quand il lui dit
Tu viens ?

Touchée, plus un sourire. Seule une grimace triste. Elle hocha doucement de la tête pour lui signifier "non Jeremiah"
"— désolée..." nouveau murmure. Ses yeux voguèrent sur sa silhouette avec regrets, mélancolie. Un peu comme si elle s'excusait de sa faiblesse. Il y avait un temps où elle avait passé ses nuits à cavaler entre les ronces ou sur les pavés, claquer sa mâchoire sous forme de gloussements et se rouler en boule contre un autre, à écouter le langage de la nuit, les paroles d'un monde qui n'étaient pas plus effrayantes que le jour si on pouvait les percevoir. Son père lui avait dit que "de la lumière naissait une ombre, quand on y pense, que c'était peut-être de la lumière qu'il aurait fallu se méfier."
Quand on y pense. Et Hena y avait pensé, un nombre incalculable de fois, lorsque ses yeux de renarde avaient observé à travers les vitres vétustes en Alaska et qu'une silhouette était passée derrière le bosquet, une ombre dans la nuit, ce n'était pas plus qu'une toute petite lumière qui touchait nos yeux, autrement on ne verrait plus rien, "autrement on resterait aveugle". Mais aujourd'hui, plus qu'en d'autre circonstance, Hena acceptait de fermer les yeux.
Elle aurait voulu lui offrir un dernier sourire. A défaut elle se contenta d'un geste lent d'aurevoir de la main, comme si elle se sentait lésée d'un poids, celui des années qui entraînaient dans son sillage la fatigue. Quand l'appel de la nature était trop forte, il fallait apprendre à se rappeler : du regard inquiet de sa grand-mère, du rire resplendissant de Mona. Prête à retourner sous sa forme de renarde, mais pour ne faire que regagner les lueurs de la ville. Et s'efforcer de ne pas jeter un regard en arrière, là où les formes du monde étaient un si beau manteau sombre, qui se déposait sur la lumière, et les peurs.
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Dim 26 Jan - 15:50 (#)



ENFUIE ENFUIE ENFUIE
Nous croyons regarder la nature et c’est la nature qui nous regarde et nous imprègne.
Une proposition lâchée comme on relâche un animal sauvage, précipitée sans doute, sans qu’il le sache, qu’il y a tous ces doutes, cette foule d’inquiétudes, par delà les fenêtres que sont les yeux de la renarde. Il y a tant à lire, tant à dire, dans ces regards qu’ils échangent, au coeur de la forêt, dans les bras réconfortants de l’obscurité qui les drape. Cette obscurité qui n’est qu’une pénombre, pour les sauvages qu’ils sont, derrière les masques de peau lisse, d’airs affables et de formules de politesse. Une offre qu’il n’aurait peut-être pas dû faire, à la réflexion. Renard et puma ne sont pas fait pour s’entendre, après tout, ils étaient allé contre l’ordre naturel des choses, il avait interrompu sa chasse, transgressé les règles des garous, aidé un semblable qu’il ne connaissait absolument pas. Mais malgré le refus, malgré la mine sombre qu’elle affiche, Hena, le fauve sous couvert de sa peau humaine ne regrette pas, cette rencontre, cette poursuite, il ne regrette pas d’avoir dévoilé sa vraie forme à la jeune femme et ses grands yeux émerveillés.

L’instant touche à sa fin, après d’innombrables minutes, après une aventure imprévisible et incroyable, il fallait bien que chacun retourne à sa vie. Lui ne retournerait qu’à sa chasse inachevée, retrouverait cette forme si naturelle, cette connexion avec un monde si essentiel pour lui. Animal retrouvant son lien avec sa terre-mère. Après un dernier au revoir silencieux.
Alors il observe les traits impassibles se couvrir d’ombre, le pas en arrière qui lui prouve qu’elle ne viendra pas, la métamorphe. Un autre, de pas, la voilà qui s’excuse, qui secoue cette tête si paisible jusque là. Il ne fait pas un geste, le prédateur sur le qui-vive, prêt à repartir pour une course entre les arbres, une fois que le pelage aura repris sa place, couvert la peau et les muscles.
Les yeux suivent la silhouette qui, après un dernier signe, un dernier geste, s’efface entre les arbres. S’en retourne vers la ville et ses lumières honnies, vers les hommes et leurs penchants destructeurs, elle redeviendra renarde et lui puma, il oubliera le temps de quelques heures cette rencontre fortuite, il oubliera l’inattendu, l’improbable. Et tout ceci ne reviendra qu’au petit matin, quand, le corps endolori par la nuit, la peau fourmillant encore du changement opéré pour retrouver ses atours civilisés, il se surprendra à repenser, encore et encore, à l’épopée fantastique, un renard dans la gueule, la meute sur ses talons.

Comme on se souviendrait d’un rêve.

Sauf que ce n’en était pas un. L’homme qui n’en est qu’un simulacre attend, il attend de ne plus l’entendre, d’être sûr de ne plus rien percevoir, de celle qui a disparue dans la nuit. Alors, sur le bord de ce cours d’eau qui les a accueilli, il laisse les frissons courir sur son épiderme, devenir spasmes musculaires quand les os craquent, que chaque chose retourne où elle devrait être. Les secondes passent et dans l’intimité que lui offre le bois, Jeremiah redevient fauve.
L’animal s’étire, longuement, baille même, tout à fait à son aise, ici. Il délie chaque partie de ce corps laissé au repos. Lentement, la mémoire de la course, de la chasse, le ventre contre terre, revient, lui rappelle que la faim le tiraille toujours et qu’il n’a pas fini, de chasser, de manger. Les crocs se dévoilent dans un autre bâillement, la langue s’extirpe de la gueule pour des secondes en suspens.

Et il repart après avoir scruté une dernière fois de ses yeux d'or la pénombre, le pas léger, comme s’il était le maître de cette forêt. Arrogant félin.
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