Naufrage (PV)

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Mer 14 Aoû - 1:09 (#)

Naufrage (PV) Blog-Graham

Lueur d'incompréhension.
Dans la langueur des pleins excès de caboulot où elle n'y trouvait plus pied, à deux heures trois minutes du matin, sa vie suivait un courant d'autodérision. Sur sa main le verre, sur le verre un reflet, sur le reflet : son propre reflet, qui regardait le reflet, une sorte de boucle infinie qui ne cesserait qu'une fois qu'elle aurait bu le verre. Mais Hena ne buvait pas. Tracassée -véritablement-, elle attendait que le reflet disparaisse de lui-même, anormalement inquiétée qu'il dure toute la nuit jusqu'au petit matin. A côté, c'était l’esclandre. Après des mots échauffés, deux hommes se battaient maintenant... Ils tombèrent avec fracas sur le parquet humide. L'un écrasa son poing dans la figure de l'autre sous un bruit spongieux. Assise à quelques mètres du combat, à sa petite table avortée des autres chaises qu'on ne savait parties où, autour d'elle la masse assistée par l'effet de groupe qui rend capable d'accepter l'inacceptable, mi choquée, mi incitative. Fracassez-vous, c'est terrible mais... fracasse-le ! Hena ignorait le tumulte. Sa tête penchée sur le côté, elle laissait sa paume glisser sur le verre, histoire de voir si ce geste changerait quelque chose. C'était le chaos là dedans. C'était un breuvage étale au versant opposé à sa chair, maintenu, depuis des nuits antiques, à une simple paroi... C'était navrant de splendeur.
Le gérant fit jouer des coudes, des mains, et des pieds aussi.. pour désassembler la cohue, ses deux loubards sur ses talons.
— Dégagez ! Hurla-t-il inutilement. Les cogneurs furent saisis, sans finesse, lourdement rejetés hors du bar par les hommes payés pour leur force ; autour ça éclata de rire, puis progressivement les discussions reprirent, les verres, les danses... comme si de rien n'était.
Absente, déconnectée. Elle extrada lentement son téléphone de sa poche. Le pauvre objet semblait lui dire "moi aussi, jette moi" Un écran vert, moche, affreux, une seule touche mal-aimée d'où l'on discernait encore le chiffre 2 , toutes les autres effacées... Elle s'était demandé si elle devait l'appeler, puis finalement non.. Où es-tu Mara ? Elle était entrée, il n'y avait eu personne. Elle avait ouvert le frigo en pensant bêtement trouver une preuve de son passage ; elles deux partageaient en commun ce triste geste de décapsuler les bières. Mais rien... Rien. Un comble, elle qui, pour la première fois, aurait voulu lui raconter sa bonne nouvelle passée, afin d'en effacer la seconde trop troublante... raconter à quelqu'un quelque chose qui n'y soit pas navrant.
Tu sais, il y a peu, j'ai retrouvé une gamine. Elle s'appelle Mona. C'est un ange, mais ça c'est un détail...
Assis en hauteur dans toute son arrogance née, l'un des chats de Mara l'avait lorgnée d'un air largué. Hena l'avait fixé, une main sur le frigo, la lumière froide striée dans sa projection sur le sol de l'appartement, on aurait pu croire que l'animal lui disait :"de nous deux, t'es bien la plus larguée."
Porte refermée, comme si elle n'était jamais entrée. Regagné des bâtiments plus habitués à sa présence. Quel acte toxique. Boire. D'après les émissions d'après minuit, scientifiquement parlant, l'alcool était reçu comme un poison par le corps. Il grillait les connexions neuronales, flinguait le foie mieux que n'importe quel dégaine de chasseur, repoussait l'estomac, dans un ultime rappel à la guérison, à le régurgiter. Puis à force, à force, à force... le corps dépendait du poison qui le dézinguait. Sans doute heureux, enfin, de s'éteindre un peu : marre de devoir réfléchir, réfléchir toute sa vie, pour finir par élaborer la thèse de sa mort, comme tant d'autres morts, point final. A quoi servirait-il de réfléchir ? Bois.
Sitôt pensé, une expression sur un visage resurgissait.
Pourquoi tu buvais seule, Hena ?
Qu'es-tu devenue ?

La mâchoire crispée, elle porta le verre à ses lèvres. Vite. Vite, éteindre cette insupportable lueur dansante, vite, ça ne marchait pas. Il l'avait bien compris d'ailleurs... qu'on finissait par y céder. Il en avait fait son business, après tout. Et ils s’immisçaient, tous, exploitaient les failles, l'ayant dénichée dans ce coin paumé de Lousiane... Shreveport ? Vous connaissez ? Non, c'est quoi ? Une marque de compagnie ferroviaire ? "C'est une ville". La première fois qu'Abigaëlle lui avait épelé le mot, elle l'avait regardée avec des yeux ronds, en se demandant ce que sa grand-mère fichait dans un coin pareil, avant de se rappeler qu'auparavant déjà ce fut pareil. "Egegik ?" Vous connaissez ? Non, c'est quoi ?
...
7 milliards d'habitants, mais un destin en colère. Mona avait tout chamboulé de ses plans. Avant, Hena rêvait de fantômes passés. Maintenant, elle cauchemardait sur les morts futures. Mona, allongée au sol, la gorge entrouverte. Mona, attrapée par des mains libidineuses. Mona, déchirée par des morsures. A se demander pourquoi elle refusait de dormir, hein ? Nouvelle gorgée, amère. Le scotch dans ce bar était particulièrement puissant. Quelle qualité de breuvage il pouvait bien vendre, l'autre ? Elle ferma les yeux en inspirant profondément, laissant la brûlure de la liqueur glisser le long de son œsophage, comme du miel trop pur. Voilà pourquoi on buvait : pour ne plus penser... alors qu'elle arrête de penser. Arrête de penser.
Ses gestes absents parcoururent la liste des contacts, gris sur vert, Bart, que devenait-il ? Mona, ah... douleur, elle repartait, à nouveau, A, A...
Stop. Mise sur pause au sein de la cohue : un prénom.
Le souvenir flou mais agréable. Un jeu de mains sans être vilain, c'était si rare dans cette vie, si rare à cette époque en demande constante de déchéances. A contrecoeur, elle rangea le téléphone dans sa poche.
Non.... A quoi pensait-elle ? Elle ne le connaissait même pas, il était 3h du mat', mais quelle idée... quelle idée Hena, vraiment.

Out'

4h du matin et 54 minutes.
Défilée ostentatoire de chiffres sur l'écran. Elle se tenait devant sa porte. Après l'avoir appelé un, deux, huit fois, elle croyait bien, avant qu'il ne décroche. Elle n'avait pas compté combien, tout comme elle n'avait pas compté les verres... tout comme. Pour quoi faire ? Elle s'était dit : puisque je ne le connais pas, ça me coûte quoi, au final ? "Je crois que tu as mon briquet" Elle n'avait pas cru, honnêtement, qu'il lui donnerait son adresse. Peut être qu'il s'attendait à un rapport en particulier... autrement, pour quelle raison ? Il risquait d'être déçu, disons, concrètement, qu'elle arrivait à peine à rester debout... Mais elle avait tenu bon jusque là. Une longue marche extrêmement éprouvante. A revenir sur ses pas. A répéter le nom de l'adresse pour ne pas l'oublier. A s'efforcer de continuer...
Son doigt gardé sur le sonnette, trop saoule pour s’accommoder du calme, elle se sentit brusquement perdre son maintient. Elle ne contrôla rien. A croire que la porte ouverte fut à l'image d'un hublot qui cède sous l’assaut des tempêtes. Ses jambes la lâchèrent automatiquement. Par réflexe, elle se raccrocha bêtement à lui, de peur de tomber, comme une naufragée, la tête à la limite d'être submergée par les vagues, le souffle difficile. Ses doigts s'accrochèrent à sa nuque, elle dit — désolée..., parce qu'elle ne savait pas comment faire autrement, ses cheveux éparpillés sur son front en sueur qu'elle pressa contre le torse, le dernier geste d'un blessé après une trop longue nage. Les yeux fermés, elle souhaita le silence... entendit alors... le battement régulier du coeur. C'était tellement, tellement puissant. Elle revit cette soirée. La soirée sur ce balcon, deux semblables éloignés de tout soucis, à jouer, une clope au bec, un sourire entier aux lèvres.
Pourquoi tout ne ne pouvait pas être si simple, si doux ?
Elle inspira, à la limite de l’indécence, capable de discerner, sous le tissu, la chaleur agréable.

— Là où je dors c'était trop vide, alors... je... désolée...

Déchéance de l'animal qui ne trouvait plus un seul arbre. Tout contre lui, elle comprit naturellement leurs similitudes... avant, elle les avait juste présumées, mais comment exprimer autrement, ses gestes sereins mais réactifs au moment de former une pauvre petite feuille... son endurance à l'alcool, et son regard... ? Enfin, elle se sentit mieux...
Enfin, un peu plus apaisée.
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Cannot a Beast be tamed
Archimède O'Connell
Archimède O'Connell
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⩥ BLACKBIRD ⩤

"In order to see birds it is necessary to become a part of the silence."

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En un mot : Animal.
Qui es-tu ? : ⩥ Métamorphe. Il a grandi sur le sol de Shreveport, entouré par sa vaste famille et son clan étendu.
⩥ Force tranquille. Il est toujours prêt à servir d'appui à ses proches, ne se reposant sur eux que très rarement.
⩥ Parfois complexé par sa forme totémique, il s'en accommode de mieux en mieux au fil des ans.
⩥ Passionné. Il aime les choses pleinement, entièrement, d'une manière très honnête. Son travail, son chien, ses bécanes, ses amantes.
⩥ Fumeur. Il tente désespérément d'arrêter depuis des années.
⩥ Casanier. Il aime sa maison, il aime sa ville et il est profondément heureux d'avoir pu, enfin, retrouver la Louisiane après des années d'exil dans le Nord.
⩥ Grand passionné de mécanique, il passe son temps libre à retaper de vieilles motos dans son garage.
⩥ Colérique. Il n'aime pas la colère, se méprise de ne pas être capable de contrôler ses émotions avec plus d’acuité.
⩥ Vétérinaire. Il tient une clinique avec Jonathan, son réceptionniste, qui sert également d'hôpital pour thérianthrope et garou à la nuit tombée.
⩥ Grand Amateur de whisky, il en possède une collection impressionnante.
⩥ Il a récemment adopté un pitbull qu'il a nommé Orion.

"SINGING IN THE DEAD OF NIGHT"

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Facultés : ⩥ Totem, Petit-Duc Maculé.
⩥ Première Chasse Sacrée sur un Carcajou.
⩥ Envisage vaguement une seconde Chasse.
⩥ Maîtrise parfaite de nombreuses techniques de combat au corps à corps.
Thème : Blackbird - Boyce Avenue
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⩥ TAKE THIS BROKEN WINGS ⩤


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"And learn to fly"

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Jeu 15 Aoû - 4:29 (#)

NAUFRAGE
Hena

Vent qui ébouriffe mes plumes, odeur légèrement acide d’humus qui s’engouffre dans mes narines, cri qui s’échappe de mon bec ouvert. Oreilles tendues, les serres entravent la branche qui accueille le poids de mon corps. Réponses qui ne viennent pas. Pas de frère ou d’ami pour chasser cette nuit. Solitude. Bienvenue. Le silence de mes ailes qui captent les courant d’air chaud. Planer. Loin, longtemps. Quitter la ville et ses lumières gênantes pour mieux se perdre dans l’obscurité des bois. Maison. Chasse. Tambourin régulier de cœur minuscule. Musaraigne s’affairant sous les herbes. Proie. Plonger, serres tendues. Bec qui pique, qui arrache, chair et fourrure sur ma langue, sang chaud. Repas. Bruit humain. Sonnerie dans le lointain. J’abandonne mon repas, plonge au pied de l’arbre, le carcajou prend place. Mille odeurs, animaux, humains, terre. Pattes qui foulent le sol. Nuit encore longue, tant de choses à faire, de proie à chasser, de pistes à explorer. Pourtant.

En grognant, le souffle court, je reprends forme humaine. Complètement nu, les pieds et les mains couvert de terre, je fouille dans le tas de vêtements, récupère mon téléphone. D’une main distraite, j’efface les traces de sang qui maculent le pourtour de mes lèvres. Le goût de l’hémoglobine encore présent contre mes papilles. Hena ? Je cherche dans ma mémoire, fouille loin pour retrouver le visage délicat de ma compagne pour une soirée. Je décroche, la voix rauque, mes cordes vocales menées à mal par les trois transformations consécutives. Un briquet ? Je frotte mon front, le froid commençant à se faire sentir maintenant que je suis privé de ma fourrure. Sans plus réfléchir, je lui donne l’adresse de mon appartement. La chemise et le jean sont enfilés en vitesse, les chaussures jetées devant le siège passager et je grimpe dans le 4X4, direction la maison. La douche m’accueille dès mon retour. Eau brûlante qui lave ma peau des résidus de terre, de sang et de feuille que j’ai ramené de ma chasse. J’y relaxe mes muscles tendus après la transformation et pousse un soupir tandis qu’elle s’écoule sur mon visage plaquant mes cheveux contre ma nuque.

L’orangé de l’ampoule du lampadaire couvre de son éclat le cuir usé d’un fauteuil. Ma main s’y attarde, jouant quelques secondes avec un accroc dans la peau tannée. L’oreille du chien se perd entre les doigts de l’autre et ils effleurent le soyeux des poils d’Orion. Sa grosse tête repose sur ma cuisse, l’autre accueillant un livre ouvert. Le silence qui règne dans l’appartement est salutaire après la journée que je viens de passer. Mes doigts pincent l’arête de mon nez et je me masse distraitement le front essayant de chasser la migraine qui pointe le bout de son nez. Sans bouger, pour ne pas déranger le chien, je lève le nez et croise l’horloge qui trône sur le mur. Elle devrait arriver bientôt, maintenant. Le verre de whisky qui repose sur l’accoudoir se retrouve bientôt dans ma main, qui l’amène à mes lèvres. Le liquide ambré s’écoule dans ma gorge, chaleur rassurante qui tapisse mon estomac tandis que je caresse distraitement la tête d’Orion.

Le retentissement de la sonnette nous fait sursauter tous les deux et je me dirige lentement vers la porte au son continu et strident du petit carillon. La porte s’ouvre et elle s’effondre. Ses mains s’enroulent autour de ma nuque se mêlant à mes cheveux encore humides et je laisse les miennes glisser autour de son dos pour la soutenir. L’odeur de l’alcool masquerait presque toutes celles que je capte chez elle, l’acidité de la tristesse, le musc typique des nôtres. Je le maintien contre moi, soutien son corps frêle tandis qu’elle inspire profondément l’odeur de ma peau à travers le tissu usé de mon t-shirt. Impudeur typiquement animale. Reconnaissance par l’odeur. Elle reste accrochée à mon cou, je maintiens son corps contre le mien. Elle tangue, doucement, son équilibre mis à mal par la quantité d’alcool qu’elle à ingurgité. Pourtant, il nous en faut pour atteindre cet état. Sa voix n’est qu’un souffle qui effleure la peau nue de mon cou, dressant les poils de ma nuque. Intimité crue des corps fatigués. D’une main ferme, je la plaque contre mon torse, redressant sa frêle stature contre la mienne et dans un geste fluide, je la soulève, la laissant enrouler ses jambes autour de mes hanches. Elle semble si frêle. Elle qui semblait pourtant si sûre d’elle lors de notre rencontre. Je ne dis rien, parce qu’il n’y a rien à dire. La solitude est un fardeau pour tout le monde, mais elle pèse parfois plus lourd sur le dos de ceux qui comme nous vivent trop vieux. Suffisamment en tout cas pour voir ceux qui nous sont chers disparaître, avalé par le cours de la vie, qui ne ralentit que pour nous. Je la porte, comme on tiendrait un enfant, jusqu’au canapé. Orion regarde cette intruse d’un air circonspect, et je secoue la tête en signe de dénégation. Pas un ennemi. Pas un ami non plus. Pas encore. Trop fatiguée. Laisse-la tranquille. Ignorant l’avertissement muet, le chien pose son museau juste à côté de la femme que je viens de déposer. Je le pousse doucement et m’accroupis à sa hauteur, cherchant à croiser le regard trouble de la métamorphe. Je repousse doucement, d’une main que j’espère tendre, les cheveux qui recouvrent son visage. La peau moite les accroche et je dois m’y reprendre à plusieurs fois pour dévoiler ses traits. Ses yeux clos, et son souffle un peu haché sont loin d’être rassurant. Je pose la main sur sa joue brûlante et ma voix encore rauque, sonne presque étrangère à mes oreilles quand je m’adresse à elle. « Hena ? » Ses sourcils se froncent légèrement et je propose la première chose qui me passe par la tête. « Tu veux d’la flotte ? »

Sans attendre sa réponse, je me redresse et prends le chemin de ma cuisine. Mes pieds nus ne font aucun bruit sur le carrelage et j’attrape rapidement un verre que je remplis machinalement au robinet, ne sachant pas quoi faire d’autre pour lui venir en aide. Elle ne semble pas blessée. Du moins, pas physiquement. Je rapporte le verre et le lui tends. « Ça te fera du bien. » Je m’affale dans le fauteuil le plus proche, et m’allume une cigarette sans trop y penser. Observant d’un air distrait, les volutes de fumée qui s’éparpillent dans l’atmosphère, puis l’incandescente chaleur du bout rougeoyant. Je souffle doucement dessus appréciant le changement de couleur qui agite les braises avant de reporter mon attention sur la femme qui me fait face. Elle a l’air si jeune Hena, pourtant ses yeux porte les stigmates de quelqu’un qui a déjà trop vécu. Je porte la sèche à mes lèvres, aspirant une nouvelle bouffée de fumée avant de m’exprimer de nouveau. « Tu peux dormir là si tu veux, je prendrais le canapé, t’inquiète. » Mes draps portent très certainement mon empreinte olfactive, mais qu’importe, je préfère qu’elle dorme entourer de ça, plutôt que sur le canapé, certes très beau, mais cruellement inconfortable de mon salon. Je plonge mon regard dans le sien, oubliant l’espace d’un instant le voile trouble que l’alcoolémie y a déposé. « Qu’est-ce qui t’arrive ? Et me sors pas que t’as fait le déplacement à 5 h du mat juste pour un briquet, j’te croirais pas… » Je parle d’une voix basse, à mi-chemin entre le chuchotement et la parole complète. Mes yeux s’égarent sur sa silhouette frêle, ses épaules minces, la courbure délicate de ses poignets, ses petites mains. La taille d’une cheville dont je devine par-dessous l’ourlet du pantalon la finesse, elle crie la fragilité dans tout son corps. J’ai envie de savoir ce qu’elle est, envie de la voir dans sa glorieuse animalité.
Pando
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Dim 18 Aoû - 19:05 (#)

La honte brûlait ses mains, les phalanges crispées sur sa nuque au milieu des douces mèches éparses de ses cheveux mouillés. Dans son esprit pensa-t-elle encore et encore "je suis désolée Archimède". Lui ne disait rien... ou peut être, sans le dire
"ce n'est rien".
Il était debout sur le pas de la porte. Il l'avait machinalement retenue.
Silence, dans la cage d'escalier, Hena n’accusait plus de l'heure. Son front posé sur le torse de l'homme, les yeux fermés, elle calquait ses secondes sur les pulsions du coeur qui cognaient agréablement contre elle, un tempo apaisant d'où se piquetaient des brèves inspirations de culpabilité.
Je suis désolée...
Sans un mot, il la souleva. Plus grand qu'elle, plus grand... et elle si honteuse, qu'elle s'accrocha à lui par instinct, le visage niché dans son cou, comme si ça pouvait la faire oublier au yeux du monde. Lui... dont les gestes sûrs, d'une main sous sa jambe, l'autre sur son dos, l'encourageaient à assurer sa prise. Il donnait l'air d'avoir fait ça toute sa vie. Repêcher les autres. Tels ces habitués des tempêtes qui passent une existence en mer.
Pieds nus, Archimède traversa le salon orangé de matins tranquilles. Tout sembla tamisé, doux, agréable à la renarde : dans la lumière, le rythme régulier de ses pas... Elle aurait pu s'endormir dans ses bras sans y penser -sans vouloir penser, ne plus penser. Alors il lui fallut fournir les efforts du monde pour le lâcher...  dans les tempêtes, les renards gris n'étaient pas fait pour lâcher prise. Ca tournait, ça tournait tant, maintenant qu'elle était assise... Elle ferma ses yeux, avec une sorte de lenteur absente. L'impression de rêves déposa ses vertiges sur un manège nauséeux. Elle sentit la main d'Archimède caresser sa joue ; ce geste délicat lui arracha un souffle, tenu, de douleur morale.

« Hena ? »

Oui...

"De l'eau" qu'il exprima. Aussitôt pensé, elle visualisa l'eau tomber à pic, couler comme du vinaigre dans de l'huile lourde, tournoyer, tournoyer sans se mélanger, dans la poche étiré de son estomac... Elle prit sur elle. Confondue de nausées, elle voulut lui faire plaisir : tâcha de rattraper le verre qu'Archimède lui mit entre les mains, comme pour ne pas le décevoir ; s'accrocher, de nouveau, sa seule fonction, à un petit bout de verre cette fois.

Bois, Hena, ça te fera du bien. Mais à l'entendre  de vive voix, elle grimaça de dégoût. Hochant de la tête, les jointures serrées sur son verre... boire cette eau, lui parut insupportable. Elle se mit à tirer sur le col de son t-shirt à en menacer de le déformer, subitement gêné par les tissus des hommes, l'animal ballotté par les flocs d'alcool se cognait contre des parois floues.

« Tu peux dormir là si tu veux, je prendrais le canapé, t’inquiète. »

— Non. Presque un grondement, répondu aussitôt sec, par réflexe. Non. Les marques détenaient une signification importante, particulière. La simple idée de surnager dans un lit baigné de son odeur... l'enfonça dans cette honte suffocante. Elle empestait l'alcool et la médiocrité.

« Qu’est-ce qui t’arrive ? Et me sors pas que t’as fait le déplacement à 5 h du mat juste pour un briquet, j’te croirais pas… »

Gestes malhabiles. Ce verre pesait son poids : incapable de savoir comme s'en défaire, le lever un peu, le rabaisser, encore tirer sur sa chemise de sa main libre, s'humecter les lèvres en croyant bêtement que ça lui permettrait de s'habituer à la notion de l'eau.
Elle n'avait pas chaud, elle étouffait. Elle discernait l'odeur du tabac, la chaleur agréable d'un animal non loin, et Archimède, en face d'elle, malgré qu'elle eut les yeux fermés, elle se représentait son air sûr, ce même air qui faisait oublier que la vie s'avérait compliquée. Et ce verre, dans sa main.

— J'adorais ce briquet tu sais... Elle émit un triste rire. Il sonna beaucoup plus comme un sanglot heureux et dépité à ses oreilles, ses épaules cahotées, à la manière d'un objet à la fonction désuète, aux piles usagères.

— Je voulais retrouver ça...

Un peu ici, un peu ailleurs, totalement, complètement, définitivement partie loin.

— Je voulais... je pensais que... que ça serait pareil... que tu pourrais... Elle rouvrit les yeux, ensevelie de remords. Avant, en impliquer des individus, par notion de nécessités malchanceuses. Parce que le danger les chasseurs, les blessures. Parce que des excuses. Mais ce soir, elle s'était immiscée chez lui, sans raison valable. S'assurant détenir un bon procédé qui n'engagerait strictement aucune émotion : qu'il profiterait de sa déchéance autant qu'elle profiterait de son assurance.
Ca n'avait plus rien à voir maintenant. Plus de balcon, plus de monde, eux deux, et le regard serein du métamorphe. Assis avec sa clope, d'attitude avisée, ses cheveux encore humides, il émanait de lui la quiétude de la pièce, l'aura apaisante de la respiration régulière qui soulevait son poitrail et qu'elle discernait : des voiles, tendues selon le sens du vent. Pourquoi fallait-il qu'il soit aussi...

Hena empoigna brusquement le tissu de son propre t-shirt : la douleur du mépris de soi venait d'empaler son coeur. La tête baissée et le souffle pénible, il lui fallait trouver un moyen de le faire taire, il devait l'entendre, le discerner ? Quel totem, quelles facultés ? A travers toute sa contenance, claire et pure, douce mais ferme, qui observe, accepte, attrapant ce qui ne vaut pas même d'exister...

— Je voulais retrouver ça... qu'elle répéta. Elle lâcha le verre d'eau sans même l'entendre tomber. Ne regardait plus rien. Une main au coeur, l'autre recouvrit subitement son visage marbré d'humiliation. — Et j'empeste... c'est... écoeurant siffla-t-elle, dérangée par son odeur, dégoûtante. — Comment tu as pu.. me... porter, j'empeste Elle continuait à suffoquer sous un rire amère, bien incapable de pleurer, patinait dans sa propre respiration, à sembler complètement cinglée, sembler... ou peut être qu'elle l'avait toujours été, en vérité, que c'était pourquoi sa vie avait pris ce virage. Les gens normaux empruntaient des vies droites, qui ne tournaient pas, qui ne tournaient pas comme tout tournait sur ce canapé.

— Je ne sais pas comment faire...

Perdue dans ses répliques qui ne faisaient sens que dans son esprit sans dessus dessous. Comment faire pour rester normale ?
Elle se ramassa sur elle-même. S'il n'y avait rien sur lequel se tenir, elle se tiendrait à ce qu'elle pourrait : ses jambes, contre sa poitrine, la tête contre ses genoux, ça valait mieux, arrêter de tenir aux autres, un orage : et ces foutues branches finissaient toutes par céder.
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Archimède O'Connell
Archimède O'Connell
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En un mot : Animal.
Qui es-tu ? : ⩥ Métamorphe. Il a grandi sur le sol de Shreveport, entouré par sa vaste famille et son clan étendu.
⩥ Force tranquille. Il est toujours prêt à servir d'appui à ses proches, ne se reposant sur eux que très rarement.
⩥ Parfois complexé par sa forme totémique, il s'en accommode de mieux en mieux au fil des ans.
⩥ Passionné. Il aime les choses pleinement, entièrement, d'une manière très honnête. Son travail, son chien, ses bécanes, ses amantes.
⩥ Fumeur. Il tente désespérément d'arrêter depuis des années.
⩥ Casanier. Il aime sa maison, il aime sa ville et il est profondément heureux d'avoir pu, enfin, retrouver la Louisiane après des années d'exil dans le Nord.
⩥ Grand passionné de mécanique, il passe son temps libre à retaper de vieilles motos dans son garage.
⩥ Colérique. Il n'aime pas la colère, se méprise de ne pas être capable de contrôler ses émotions avec plus d’acuité.
⩥ Vétérinaire. Il tient une clinique avec Jonathan, son réceptionniste, qui sert également d'hôpital pour thérianthrope et garou à la nuit tombée.
⩥ Grand Amateur de whisky, il en possède une collection impressionnante.
⩥ Il a récemment adopté un pitbull qu'il a nommé Orion.

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Sam 14 Sep - 19:22 (#)

NAUFRAGE
Hena

Le verre tangue dans la main qui reste en suspens et mon regard le suit doucement. Pourtant, il s’égare, se repose sur le visage au yeux clos, au teint chiffonné. Même ivre à en crever, elle est belle, Hena. Des yeux, je caresse ce que j’ai déjà pu observer. La courbe délicate de sa mâchoire, la fossette sur son menton, l’arc fier de ses sourcils, la longueur souple de ses cils, la ligne de son nez. Les mèches blondes se collent à ses joues, à son front, à son cou, dessinant des arabesques sur sa peau humide de sueur et cette odeur d’alcool qui s’accroche à son épiderme pâle et qui empuantit l’atmosphère. Ça m’irrite les narines mais je m’en fiche. Je tique un peu, grimace qui déforme mes traits, quand elle refuse sèchement le lit que je lui offre. Bien sûr qu’elle ne veut pas dormir dans mes draps, cernée de mon odeur. Une main distraite vient frotter mon front sans délicatesse. D’une main maladroite, elle tire sur le col de son t-shirt, exposant la peau rougie de son cou, s’acharne sur le tissu et je tire sur ma cigarette, avertissant mon regard, refusant de profiter de la situation, de son ivresse. Son rire, triste et fatigué, sonne faux, comme des larmes contenues, quand il s’échappe d’entre ses lèvres. Le briquet quelle évoque, se trouve en ce moment même dans la poche de ma veste. Elle pend, lâchement, sur le porte-manteau et j’y jette un œil distrait, elle récupèrera son bien demain, puisqu’elle semble y tenir avec tant de ferveur. Le souvenir du geste qui l’a fait se perdre dans la profondeur de cette poche m’échappe, mais il n’a que peu d’importance à cet instant.

Quand ses prunelles, vacillantes et embuées des vapeurs de l’alcool, se braquent dans les miennes, je soutiens son regard, cherche à comprendre ce qu’elle veut me dire sans être capable d’en saisir le sens. De nouveau, la petite main blanche s’agrippe au col du t-shirt, de nouveau mon regard s’échappe ailleurs, loin de ce cou qu’elle m’expose, loin de ce mal-être si violent qui semble l’habiter. Le battement frénétique de son cœur, dans les profondeurs de sa poitrine, résonne à mes oreilles comme le tambourinement des ailes d’un oiseau prisonnier et je l’écoute avec attention, en notant les précipitations et les ralentissements. Je la regarde, la tête penchée sur la droite, touché par sa détresse sans réellement savoir comment l’aider. Une main se tend, trop tard, quand le verre lui échappe et vient trouver le sol dans un craquement qui éclate notre bulle silencieuse. Avec un soupir, j’observe la tâche d’eau qui s’étale sur le parquet, sans chercher à l’essuyer pour autant. Une main tremblante me cache ses traits et je fronce les sourcils quand elle parle de son odeur. Bien sur qu’elle empeste, l’odeur acre de l’alcool flotte encore dans la pièce, s’échappant d’elle en vague nauséabonde, mais sous la puanteur de l’éthanol, je distingue une odeur plus douce, plus féminine et je me concentre sur celle là depuis tout à l’heure, parce que c’est celle d’Hena. La nana avec qui j’ai passé ma soirée la plus détendue depuis mon retour au bercail. Celle qui m’a fait rire en proposant une partie de pierre-feuille-ciseau, alors qu’on descendait de concert des verres d’un rhum bon marché, sur le balcon d’inconnu dont on ne savait rien. Je secoue la tête quand elle se recroqueville sur elle-même, mes yeux courants sur la boule compacte de sa silhouette recroquevillée. Mon corps se déplie, le siège craquant légèrement sous la pression de mes mains quand je m’appuie sur les accoudoirs en me redressant. Orion s’approche, curieux et je l’arrête d’un geste du doigt, ce n’est pas le moment. A pas lent, je traverse la distance qui me sépare d’elle et pose une main sur le dessus de sa tête. En silence, je reste là quelques secondes, cherchant quoi dire avant de me pencher légèrement, assez pour lui cacher la lumière agressive de mon plafonnier. « Hena ? » Je n’attends pas réellement de réponse, conscient qu’elle est probablement trop ivre pour que j’obtienne quoique ce soit de réellement concluant. Dans un soupire, mes genoux ploient et m’accroupissent à sa hauteur, repoussant comme je le peux une mèche derrière son oreille. « Je vais te porter encore, et t’emmener à la salle de bain, pour que tu prennes une douche, d’accord ? » Je frotte mon menton, raclant ma barbe du bout des doigts, le son se propageant dans le silence de la pièce. « Je peux te prêter des vêtements, ils sortent du sèche-linge, ils ne sentiront pas mon odeur. Ça t’irait ça ? »

D’un geste souple, je glisse mes mains sous ses jambes, soulevant la petite boule compacte dans mes bras, la plaquant contre mon torse comme lors de son arrivée. Après quelques enjambés rapide, je la dépose doucement dans la baignoire vide, sans une hésitation, avant de tourner sur moi-même. La machine à laver, et son sèche-linge assorti, trônent dans un coin de la pièce et j’ouvre le hublot de ce dernier d’un geste rapide. Un bas de pyjama, gris unis, et un t-shirt probablement bien trop grand pour elle, sont déposés sur le rebord du lavabo et je me retrouve, les bras ballants, un peu perdu, à fixer la métamorphe qui siège dans ma baignoire. « Je… » Je passe une main sur mes lèvres, cherchant mes mots, souhaitant proposer une aide qui pourrait passer pour malveillante vu la situation. « J’vais laisser la porte entrouverte, si t’as besoin d’un truc, gueule un coup, j’arriverais tout de suite. Ok ? » J’indique d’un geste le savon neutre, au parfum léger qui trône sur le rebord de la baignoire. « Tu peux te laver avec ça et si tu veux du shampoing… » Je me retourne rapidement et repêche mon propre flacon sur le sol de la cabine de douche. « Utilise ça. » Je me rends compte qu’il manque une serviette et je fouille dans le placard pour lui sortir la plus grande de mon assortiment, avant de noter ses cheveux longs, le souvenir d’Amaryllis sortant de la salle de bain avec une sorte de turban me revenant en tête, et de sortir une seconde serviette, plus petite. Je dépose les deux sur le tabouret près de la baignoire et lui jette un regard perplexe. « Je pense que t’as tout. J’t’attend à côté, d’accord ? » Je sors, à grandes enjambées, de la pièce avant de m’asseoir bêtement sur le parquet, mon chien, tout aussi perdu que moi, venant trouver refuge contre mes jambes. J’attends. J’attends qu’elle m’appelle si le besoin s’en fait sentir, j’attends qu’elle ressorte, les idées un peu plus claires et l’odeur tenace de l’alcool enfin évanoui de sa peau. Qu’est-ce que tu fais là, Hena ? Qu’est-ce que tu cherches ce soir dans les vapeurs d’alcool ?


Pando
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Ven 20 Sep - 21:57 (#)

C'est très subtile, très... Dans la majeure partie des cas, sa réaction allait crescendo : cris, jappements, regards farouches, sitôt attrapée sitôt transformée en une espèce de petit diable allergique aux couvertures, se mettait alors à mordiller et gronder au point d'en envoyer les tendres à l'hosto. Oui il est 5h du mat et je suis venue. Et tu voulais m'aider ? Bien. Voilà comment je te remercie. Repliée sur elle, murée dans le silence, elle avait déjà présagé de rester dans cette position le temps de décuver. Qu'il aille se recoucher. Elle claquerait la porte dans quelques heures, et terminé. Mais Archimède ne bougeait pas. Assis face à elle, il l'observait toujours avec une réflexion à s'en trouver étrangement touché, la tête penchée sur le côté et sa clope entre deux doigts... Fort de cette sérénité troublante tandis qu'Hena se dérobait à son regard. Inspiration, vertiges lugubres, quelques petits délires dans sa tête, l'alcool était une drogue facétieuse. Elle avait pensé, réellement : il en faudrait combien ? De verres ? Pour que le coma ravisse un métamorphe ? Et ils étaient combien, ceux à avoir tenté l'expérience avant elle ?
Ce n'était pas suicidaire, après tout, une curiosité toute scientifique... non ?
Non ?
Puis Hena l'entendit quitter le siège. Au lieu de relever le museau, la renarde s'échina à s'enfoncer un peu plus dans l'abri de ses bras. Un grondement menaça d'agiter sa voix esquintée. Non. J'ai compris la leçon. Non.

"Je vais te porter encore..."

En temps normal, elle aurait bondi. En temps normal... elle aurait fui. Mais le son de sa voix la laissa immobile. Cette renarde insupportable, cette fichue bête de malheur, jamais reconnaissante, qui squattait chez les autres, jetait des cailloux sur ceux qui acceptaient de l'aider, tirait du sommeil à cinq heures du mat' pour ensuite se plaindre de s'y trouver là, toujours prête à filer ou mordre en guise de remerciements, cette renarde se laissa faire... Qui comprendrait ? Dans l'immensité du parc vert "c'ui là l'est galeux, lui manque des bouts de pelage, craintif, une manie insupportable à puer l'alcool, et pi il mord, alors le touche pas" Mais malgré les avertissements, l'homme s'approchait, caressait amicalement la joue de l'animal puis le portait dans ses bras... tous les exploitants sur le parc de son passé en seraient restés idiots à cligner des mirettes.
Pas sa faute à elle... L'alcool lui faisait imaginer des scènes débiles et loufoques.
Surprenant, elle se retrouva dans la baignoire sans souvenir d'y avoir été posée. Déjà Archimède lui préparait plein de jolies choses qui sentaient meilleurs qu'elle. La renarde le regarda bêtement, à donner l'impression de s'être mangée une brique...

J’vais laisser la porte entrouverte, si t’as besoin d’un truc, gueule un coup, j’arriverais tout de suite. Ok ? »

Elle déglutit, souffla à voix trop basse, "— O-K"  Ca sonnait bizarre, comme un dialecte étrange dans sa bouche. Elle l'observa sans trop savoir, intimidée par sa prévenance. Lorsqu'il la laissa seule, elle se mesura au regard de la pièce. Tout était bien rangé ici...

Elle quitta la baignoire pour la douche, ce fut comme d'escalader un mont huileux. Le sol était affreusement glissant, faute à la propreté du lieu, ses vertiges... Son reflet devait lui en vouloir, au vu du regard de reproches qu'il lui lança face au miroir : elle portait tous les attributs d'une clocharde illuminée. Et une fois dans la douche, il lui fallut un moment pour se rendre compte qu'elle était entrée toute habillée...
.... Une heure plus tard, un bordel monstre dans la salle de bains. On n'imaginait pas la difficulté que c'était de prendre une douche pour une renarde bourrée comme un coing. Elle avait craint le jet d'eau autant qu'un serpent. Puis, à force d'avoir glissé plein de fois, elle s'était raccrochée à des trucs qui n'étaient apparemment pas faits pour tenir. Ce pantalon trop large pour elle. Les cheveux mal séchés, le t-shirt pas assez sec, elle ouvrit la porte, avec une précaution qui jurait, de façon insultante, avec le chaos qu'elle avait foutu jusque là... Elle s'approcha doucement d'Archimède. Depuis tout ce temps, le métamorphe avait sagement patienté.  Serrant une énième fois le cordon du pantalon, Hena se posa par terre, juste à ses côtés. Le chien s'était endormi contre son maître. Elle tourna plusieurs fois sa langue dans sa bouche, mais ça ne l'aida pas à trouver les bons mots.

— Ton sol glisse... voilà, le regard droit fixé devant ; la lumière du matin commençait à se mêler à celle des lampes. Sous ses efforts de langage, elle sentit le goût de l'alcool piquer sa gorge enrouée.

— Je me suis rattrapée au meuble... je ne savais pas que les tiroirs allaient tomber...  

Un peu miteuse, elle baissa ses prunelles au sol ; il y avait tout un tas de choses qu'elle aurait voulu avancer, renouveler ses excuses en premier, mais son état bourré ne présentait pas les priorités dans le bon ordre. Étrangement, elle savoura d'être assise à terre, pieds nus. Pour une larguée des villes, le bois du parquet pouvait au moins se rapprocher un peu des écorces... Et dans ce matin tôt, ça élaguait ces principes de se tenir debout pour aller bosser, sortir, devoir, encore, jouer l'humain. Pendant un court instant, elle se sentit coupée des obligations vides de la société, ramenée à l'essence de ces journées où rester au sol à fixer devant soi étaient des valeurs de vie.
Ca ne s'expliquait pas, c'était aussi innée que la nature, des faits qui pulsaient, d'un rythme diablement agréable.

— Quel totem ? finit-elle par murmurer, abdiquant en s'adossant contre le mur dans un soupir, ses jambes noyées dans le jogging. Ce mystère de magnétisme apaisant chez lui. Si apaisant, la concernant, qu'il relevait de la magie... ou d'un sacré délire. Ceux qui pouvaient la calmer n'avaient plus existé... jusqu'à ce matin. Interdite, la renarde tourna sa tête, observa les contours de l'homme dans ce besoin, absurde, de s'assurer qu'elle ne rêvait pas, n'avait pas tourné de l'oeil, n'était pas en réalité tombée dans un caniveau et ronflait maintenant dans les flots d'un tout à l'égout. Ce qui, au moins, aurait expliqué cette arrière-goût d'amertume.
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Archimède O'Connell
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"In order to see birds it is necessary to become a part of the silence."

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En un mot : Animal.
Qui es-tu ? : ⩥ Métamorphe. Il a grandi sur le sol de Shreveport, entouré par sa vaste famille et son clan étendu.
⩥ Force tranquille. Il est toujours prêt à servir d'appui à ses proches, ne se reposant sur eux que très rarement.
⩥ Parfois complexé par sa forme totémique, il s'en accommode de mieux en mieux au fil des ans.
⩥ Passionné. Il aime les choses pleinement, entièrement, d'une manière très honnête. Son travail, son chien, ses bécanes, ses amantes.
⩥ Fumeur. Il tente désespérément d'arrêter depuis des années.
⩥ Casanier. Il aime sa maison, il aime sa ville et il est profondément heureux d'avoir pu, enfin, retrouver la Louisiane après des années d'exil dans le Nord.
⩥ Grand passionné de mécanique, il passe son temps libre à retaper de vieilles motos dans son garage.
⩥ Colérique. Il n'aime pas la colère, se méprise de ne pas être capable de contrôler ses émotions avec plus d’acuité.
⩥ Vétérinaire. Il tient une clinique avec Jonathan, son réceptionniste, qui sert également d'hôpital pour thérianthrope et garou à la nuit tombée.
⩥ Grand Amateur de whisky, il en possède une collection impressionnante.
⩥ Il a récemment adopté un pitbull qu'il a nommé Orion.

"SINGING IN THE DEAD OF NIGHT"

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Facultés : ⩥ Totem, Petit-Duc Maculé.
⩥ Première Chasse Sacrée sur un Carcajou.
⩥ Envisage vaguement une seconde Chasse.
⩥ Maîtrise parfaite de nombreuses techniques de combat au corps à corps.
Thème : Blackbird - Boyce Avenue
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Pseudo : Akhmaleone
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Crédits : Corvidae (Ava) Pando (Icon)
Jeu 10 Oct - 5:08 (#)

NAUFRAGE
Hena


Les bruits émanant de la salle de bain m’avaient fait grincer des dents et sursauter à plusieurs reprises, mais je n’avais pas bougé de mon poste. Elle n’avait pas appelé. N’avait pas demander d’aide. N'avait pas fait savoir qu’elle avait besoin de moi. Alors, j’étais resté assis sagement, les fesses sur mon parquet. Je m’étais levé une fois, pour aller récupérer clopes, briquet, cendrier et verre dans le salon, et depuis, j’attendais qu’elle sorte. Orion avait fini par s’endormir, sa grosse carcasse nichée contre mes jambes. Sa respiration apaisée m’avait aidé à patienter en silence, mes doigts glissant sur l’écran de mon téléphone. J’avais déjà fait trois fois le tour des réseaux sociaux et envoyer des messages stupides à Lynn avant qu’elle ne m’appelle, le décalage horaire ayant ses avantages. “J’ai une méta bourrée dans ma salle de bain.” “Bah, profites-en.” “Peux pas, vraiment très bourrée.” “A quel point ?” “Je crois qu’elle a pété la moitié des meubles.” “Ah ouais. P’tet que c’est un éléphant et qu’elle a essayé de se transformer, tu devrais filmer.” “J’vais pas filmer une meuf bourrée et non-consentante pour tes beaux yeux, crétine.” “Putain, vous êtes pas marrant.” “Comment ça vous ?” “Jeremiah veut pas m’envoyer de photo de Daphné, la dernière fois que j’l’ai vu elle avait 11 ans !” “Elle est très jolie. Je l’ai croisée l’autre jour en allant au camp. Leandra demande de tes nouvelles, d’ailleurs.” “Roh, j’adore cette femme.” “Elle est terrifiante.” “Ouais, c’est pour ça que j’l’adore.” “Tu m’étonnes.” L’absence de bruit dans la salle de bain me fait tendre l’oreille et je raccroche avec ma cousine juste avant qu’Hena ne passe la porte. Elle est adorable dans la pénombre de mon couloir, mon pantalon clairement trop grand pour elle, le t-shirt plaqué contre sa peau encore humide. Je détourne pudiquement les yeux et la laisse venir s’asseoir près de moi.

Si proche que je perçois la chaleur de sa peau qui vient lécher la mienne en une caresse imperceptible. L’odeur de mon gel douche sur sa peau, perturbante, suffisante pour avoir effacé en partie celle de l’alcool. Ne reste que ça, ce savon que j’utilise chaque jour, qui se mêle à sa propre odeur. Le musc des prédateurs, que je ne connais que trop bien, qui effraie le hibou, qui le fait reculer, se tapir dans les profondeurs, laissant la place au carcajou curieux qui cherche à définir ce qu’il sent chez cette autre. Je ris doucement et lui tend une cigarette quand elle me parle de mon sol glissant. “Ouais, ça glisse un peu, c’est vrai.” Le silence retombe, mon ouïe perçoit la salive qui se fraie un passage dans sa gorge trop serrée et elle me coupe l’herbe sous le pied en parlant de mon meuble. J’éclate de rire, appuyant ma tête contre le mur, l’avant-bras posé lâchement sur mon genou remonté, la main pendante entre mes jambes, une cigarette allumée entre les doigts. “J’ai entendu ça, oui... T’en fais pas, je rangerais ça plus tard. Je suis content que tu ne te sois pas blessée surtout.” Je la regarde de côté en lui souriant doucement.

Sa question suivante me surprend un peu et je ne la regarde pas, laissant mes yeux suivre les volutes de nos cigarettes, dans cette semi-pénombre qui accompagne le levé du jour à l’extérieur. Je réfléchis, hésite un peu. Si je n’en ai plus honte depuis longtemps, le hibou n’est pas non plus une fierté et l’envie de mentir, de vendre le carcajou comme étant ma nature profonde me taraude l’esprit. Très clairement prédatrice, que va-t-elle pensé de mon oiseau. J’abdique pourtant et tends la main, indiquant de l’index le bocal de verre qui trône sur le comptoir qu’elle peut apercevoir depuis sa position. À l’intérieur, les plumes que j’ai récupérés depuis des années. “Hibou, petit duc maculé roux, précisément.” Je hoche la tête, attendant un rire, une moquerie quelconque. J'ai l’habitude maintenant. Je sens son regard qui pèse sur moi, ses yeux scrutateurs dessinant les contours de mes traits et de ma silhouette comme autant de pinceaux qu’elle tiendrait entre ses doigts. Je souris tristement, mes yeux toujours tournés vers le pot plein de plumes. “J’ai pas aimé ça pendant longtemps. Je trouvais que c’était nul, dans ma famille tout le monde est du genre grosse bestiole pleine de dents et moi, j’me retrouve avec un piaf.

Le silence de la pièce n’est troublé que par nos respirations, celle d’Orion et le bruit caractéristique d’une cigarette qui se consume. Tabac et papier qui crépite en se consumant, inspiration profonde, souffle. Et on recommence. Quand les cigarettes sont terminées, je me redresse et lui offre une main, l’aide à se redresser et l’accompagne jusqu’au salon. “On sera mieux installé là, si tu veux discuter.” Je la laisse s’installer à nouveau sur le canapé et lui offre un plaid en laine épaisse pour qu’elle puisse s’y emmitoufler avant de me laisser tomber dans un fauteuil. Orion arrive, tout groggy de sommeil et fini par grimper sur le canapé à ses côtés sans plus s’offusquer de sa présence incongrue. Il se roule en boule et s’endort aussitôt me tirant un petit rire. “Il est encore jeune, quand il dort pas, il est occupé à essayer de mâchouiller tout ce qui traîne.
Une large main vient frotter mon visage, soulageant la pression qui se loge derrière mes yeux fatigués avant que je ne lui renvoie sa question d’une voix douce. “Et toi ? Quel totem ?” Je l’observe encore, note la douceur de ses traits, la façon dont elle ne tient jamais vraiment en place, ses petits pieds nus qui dépassent de mon jogging.

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Lun 21 Oct - 1:33 (#)

Côte à côte dans le silence... Hena se perdait sur cette lueur qui ressemblait à celle du ranch où peu de montagnes cernaient l'entrée du soleil. Elle venait de se souvenir. Se disait bien que son prénom y faisait écho. Les cours à la maison, mais l'extérieur plus attirant, ce nom, un théorème, s'était retrouvé entre des lignes et des lignes de textes qui finissent toujours par s'oublier... Quelque chose, à propos d'un corps qui ne se noie pas.
Est-ce que c'était la raison de cette quiétude ? Son don, existait-il depuis la naissance ? Comme certains prennent le mal des autres, des aimants qui pallient à la douleur, ramènent les blessés vers la surface, vers les goulées d'oxygènes... Elle se posait ces questions absurdes pendant qu'ils fumaient adossés au mur, regardaient la couleur changer... Archimède, quel joli prénom.

“Hibou, petit duc maculé roux, précisément.”

Elle tourna sa tête vers lui, s'attarda sur ses traits, muette... Le grand père d'Egegik vénérait les rapaces nocturnes plus que tout autre animal, il avait conté tellement, tellement d'histoires à leur sujet... Et quand il s'agissait des rapaces en général, ces derniers avaient toujours détenu une place spécifique, particulière, dans la vie d'Hena...

J’ai pas aimé ça pendant longtemps. Je trouvais que c’était nul, dans ma famille tout le monde est du genre grosse bestiole pleine de dents et moi, j’me retrouve avec un piaf.

Recrachant une bouffée de tabac, elle se ré-adossa au mur, dubitative et interdite.
Elle garda le silence, observant les dessins incongrus de la fumée dans cette toile douce... Elle sentait que l'alcool n'avait plus autant de prise. Presque un peu fiévreuse, pas désagréable, éliminer le poison avait toujours été une étape fastidieuse pour son métabolisme rapide... Son voisin se releva, lui tendit une main qu'elle attrapa naturellement en continuant à le fixer, comme s'il était une énigme qui ignorait sa nature...
Regagnant le salon, Hena se lova docilement sur le canapé, ramassant ses jambes pour reposer son menton contre la couverture duveteuse. Le chien grimpa à son tour, pas loin d'elle, pour regagner un sommeil insouciant.  La présence d'animaux de compagnie revêtait d'une situation particulière pour la renarde. En dehors des métamorphes, elle ne s'aventurait jamais à caresser la tête d'un animal incapable de se transformer en humain. Elle trouvait cet échange très paradoxal quand on était soi-même à moitié animal, se disait que deux animaux entre eux n'auraient jamais dialogué de la sorte, mais que deux métamorphes auraient pu se comporter ainsi... elle-même ne s'expliquait pas ce rapport.

“Il est encore jeune, quand il dort pas, il est occupé à essayer de mâchouiller tout ce qui traîne.”

Quand elle vit Archimède se frotter les yeux à cause de la fatigue, Hena eut un triste sourire coupable.

“Et toi ? Quel totem ?”

— Renarde. Grise. Souligna-t-elle. Elle expliqua la particularité en mimant d'une main qui pianote vers le haut.  Je grimpe aux arbres souffla-t-elle. Ne le lâchant pas du regard, elle devint un peu plus grave.

— Tu sais, quand j'étais enfant, celui qu'on avait l'habitude d'appeler grand-père nous racontait ses histoires.

Elle inspira, se perdit dans les prunelles rassurantes d'Archimède...

— Il avait un ami très cher. D'après ses mots "un sage". Vêtu d'une cape, quand il marchait, on aurait dit des ailes dans son dos... Le grand-père disait "parmi nos réunions de métamorphes : des colosses, des tigres capables de broyer une tête d'un claquement de mâchoire. Pourtant quand cet ami arrivait, tous se taisaient soudain, intimidés par sa présence. Il avait des yeux qui semblaient porter la douleur du monde, un sourire à fendre les âmes. Il ne serait jamais venu à l'idée, pour quiconque, de lui manquer de respect"... "Sachez une chose les enfants, la peur et le respect sont deux choses très différentes."

Nouveau sourire, plus doux.

— Un effraie des clochers. Je crois qu'aujourd'hui, la tombe du grand-père repose auprès de la sienne.

Elle ferma finalement les yeux à cause d'une piqûre de rappel, de culpabilité, en avisant des traits si fatigués d'Archimède.

— Je n'ai jamais cherché à gagner d'autres formes... Ca m'est étrange. Comme d'arracher ma propre peau pour en porter une autre. Je sais que ça paraît absurde. Je n'ai jamais été quelqu'un de très censée de toute façon... Elle gloussa avec douceur, se laissant bercer par l'agréable sensation de félicité qui accompagnait le moment. Sans aucun doute, cet oiseau détenait une magnifique aura...

— Un prédateur à crocs, il suffit de le fuir, grimper, se terrer. Un oiseau nocturne passe la nuit à flirter entre les étoiles et la terre...

Comme des gargouilles de la nature, des gardiens de la forêt, elle les avait entendus dans la nuit, les avait vu garder leurs yeux, braqués, sur la renarde au sol obligée de chercher quoi se mettre sous la dent.

— Je te remercie Archimède...

Ce qui sonnait encore comme une excuse, dans un murmure éreinté, alors qu'elle se sentait céder à une agréable fatigue qu'elle n'avait plus ressentie depuis un temps difficilement mesurable... De retour sur ce canapé, avait-il compris qu'elle finirait par abdiquer face à la fatigue ? La renarde céda contre un délicat vertige, se ramassant mieux, ses chevilles nues, ses cheveux humides, un peu chancelante, comme assise là, sur une jolie branche fine...
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Archimède O'Connell
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⩥ Parfois complexé par sa forme totémique, il s'en accommode de mieux en mieux au fil des ans.
⩥ Passionné. Il aime les choses pleinement, entièrement, d'une manière très honnête. Son travail, son chien, ses bécanes, ses amantes.
⩥ Fumeur. Il tente désespérément d'arrêter depuis des années.
⩥ Casanier. Il aime sa maison, il aime sa ville et il est profondément heureux d'avoir pu, enfin, retrouver la Louisiane après des années d'exil dans le Nord.
⩥ Grand passionné de mécanique, il passe son temps libre à retaper de vieilles motos dans son garage.
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⩥ Vétérinaire. Il tient une clinique avec Jonathan, son réceptionniste, qui sert également d'hôpital pour thérianthrope et garou à la nuit tombée.
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Mar 21 Avr - 5:53 (#)

NAUFRAGE
Hena

Sa paume dans la mienne, plus chaude que celle des humains qui m’ont toujours l’air tiède en comparaison de mes semblables, me réchauffe jusqu’à l’âme tandis que je la guide à nouveau vers le canapé dans un silence confortable. Il y a quelque chose d’étrange à me sentir aussi à l’aise avec une presque inconnue. En guise de partage équitable, elle répond à ma question, elle m’offre une fois nichée de nouveau sur le canapé, sa propre nature.

Renard gris. Un sourire étire mes lèvres et j’observe le mouvement souple de sa main, avant de dérivé sur ses paupières lourdes de fatigue et d’alcool. Son regard, voilé par l’ébriété, semble avoir vu bien trop de chose quand elle me décrit sa nature et je vois en direct le changement s’effectuer sur ses traits. Petit carnivore, qui m’attaquerait sans réfléchir si la chance lui en était donnée. Pourtant, je n’ai pas peur. Mon regard se fait doux, presque tendre quand elle me conte son histoire. De ces histoires que j’ai moi aussi entendues, dans ma jeunesse, contées autour de la grande table familiale ici, ou dans le Montana bien plus tard. J’en avais raconté moi aussi, aux jeunes, avant qu’ils ne se transforment pour le première fois. De ces légendes qui font vivre nos traditions, celles qui perdurent malgré les différences notoires entre les familles, entre les espèces, entre les lieux. Celles qui restent malgré la ville, la pollution et la difficulté toujours plus grande de conserver un lien tangible avec cette nature sauvage qui nous a vu naître, que nous portons en nous.

Ses mots me transpercent et sa voix, rendue un peu rauque par la nuit blanche, ondule sur ma chair comme une tendre caresse. Hypnotisé, j’écoute avec attention l’histoire qu’elle me conte, ses lèvres s’étirant en un sourire, tendre. Elle tire et joue avec les cordes en moi comme une harpiste, caressant de la pulpe du doigt toutes ses incertitudes qui m’ont bouffé durant ma jeunesse, celle que je pense avoir dépassé aujourd’hui, mais qui me rattrape encore parfois, quand mon regard effleure la fourrure fauve de Jeremiah, celle tachetée de Lynn. Il y a un petit quelque chose de profondément terrifiant à se trouver si éloigner de ceux qui partagent mon sang, un petit quelque chose que je n’arrive toujours pas à repousser. Alors, comme souvent, je me contente d’écouter, cache l’émotion qu’elle fait naître en moi derrière une expression neutre, conserve la face. Le raz-de-marée enfle dans ma poitrine, s’affale sur mon cœur dans un hoquet et noie mes yeux d’eau. Je cligne des yeux à plusieurs reprise, tente d’en chasser l’humidité et détourne pudiquement le regard. Si je n’ai jamais été rejeté par les miens, je n’ai jamais non plus reçu d’éloge sur ma forme. Dans mon clan, les fauves font lois, les grands carnivores règnes en maître et les grands herbivores s’ébattent paisible. Il n’y a pas d’oiseau chez moi. Enfin, non, il n’y a pas d’oiseaux parmi les totems, ils sont nombreux à les avoir chassés, mais personne n’est né doté d’ailes.

Je me racle discrètement la gorge, toussote doucement pour faire disparaître la boule d’émotion qui s’y est logée, avant de tourner de nouveau la tête vers la petite Renarde qui laisse échapper un petit rire. Mes yeux brillants se posent sur elle et un sourire un peu bancal étire mes lèvres. « Non, non, c’est censé. Très même. J’adore être un carcajou, mais je ne suis jamais moi quand je porte des poils. » Mon regard dérive sur le bocal qui contient les plumes que je récupère parfois lors de mes sorties nocturnes, toutes à moi, camaïeux de teintes rousses et crèmes. Je fronce un peu les sourcils, n’arrivant pas réellement à exprimer ce que je souhaite. « C’est comme porter des vêtements mal taillé. Pas réellement inconfortable, mais pas parfaitement ce dont on a besoin. »
Je la regarde qui oscille, en équilibre entre veille et sommeil, le corps légèrement chancelant, ses cheveux retombant sur ses épaules et ses joues encore rosies par l’alcool que son corps évacue lentement. Ses remerciements me tirent un sourire et je laisse échapper un petit rire silencieux avant de me redresser d’un mouvement moins souple que ce que j’aurais souhaité. « Allez, couche-toi. » D’une petite poussée, j’encourage son corps à tomber sur le canapé et remonte un plaid sur ses épaules. Je repousse une mèche qui s’attarde sur sa joue avant de chuchoter à mi-voix, presque sûr qu’elle ne m’entendra pas. « C’est moi qui te remercie, Hena… » Je laisse mes doigts glisser sur la peau douce de sa joue avant de replacer la mèche derrière son oreille et de me diriger lentement vers ma chambre, aussi silencieusement que possible. Je laisse la porte entrouverte au cas où, elle aurait besoin de quoique ce soit et me laisse tomber sur mon lit, sans même prendre la peine de me déshabiller.
Pando

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