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smoke and mirrors (alexandra)

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Sam 20 Juin - 0:32 (#)

smoke and mirrors

alexandra & isaiah.
L’injure lui échappe dans un soupir, avalée par les moteurs qui tournent, la radio qui tourne en fond et les discussions qui couvrent le reste. C’est qu’il lui résiste encore, ce moteur à la con. Il a commencé par changé la pièce la plus évidente, Isaiah. Puis il a remplacé une deuxième pièce, quand le problème a persisté. C’était il y a deux jours. Et maintenant, il envisage d’en changer une troisième, alors même qu’elle semble parfaitement fonctionnelle. Le moteur semble fonctionnel. Mais il y a ce frottement qui le dérange, il y a ce bruit qui l’agace. Il ne comprend pas plus que la dernière fois, Isaiah, les yeux rivés sur le moteur qui tourne et ronfle comme s’il avait les poumons et les voies respiratoires encombrées. Une tape sur la carrosserie tente de résonner dans le garage mais les bruits ambiants la couvre ; Isaiah coupe le moteur, se laisse tomber sur le siège du conducteur pour étendre ses jambes et continuer à réfléchir. Frustré. Agacé. Irrité. Il n’aime pas quand quoique ce soit lui résiste. Et en ce moment, vraiment pas la peine de m’gonfler, qu’il marmonne, dans cette habitude stupide de laisser filer ses pensées à haute voix. Sa main part dans sa tignasse, pour la décoiffer dans un premier temps, la remettre en place dans un second, il s’extrait de la caisse. « Martin ? Tu peux regarder cette bagnole, elle me fait chier. » Il est pas mauvais, il sait ce qu’il fait, Isaiah, il sait qu’il a un peu tout regardé, ausculté, mais un deuxième coup d’œil ne peut pas faire de mal. Martin approche, lance un regard interrogatif, comme pour mieux l’inviter à plus d’explications. Haussement d’épaules. Il a changé ça, et ça, Isaiah commence, en redémarrant la bagnole, pour que l’autre entende ce qui continue à ne pas aller correctement. « Je sèche complètement pour le coup » Le genre d’aveu de défaite qu’il déteste émettre, mais qu’il sait se résoudre à admettre quand il le faut. Faut choisir ses putain de batailles, qu’il sait depuis toujours, et choisir dans quoi investir de l’énergie. Au moins, ça le rassure, Martin a l’air aussi paumé qu’il ne l’est, déjà ça de pris, mais ils n’ont pas le temps de réfléchir à deux qu’un autre moteur à l’agonie s’avance vers la porte métallique ouverte. « Je m’en occupe » qu’il avance, histoire de s’éloigner de la bagnole maudite au plus vite et s’approcher de…

L’autre. Il ralentit le pas, les yeux plissés sous le contre-jour, la voiture se gare pas loin, à se demander comment elle a réussi à se traîner là. Elle sortirait de la décharge au lieu d’y aller que ça ne l’étonnerait pas. Par réflexe, ses mains viennent s’essuyer sur son froc avant qu’il ne songe à enlever ses gants de protection, histoire de ne pas avoir l’air trop dépenailler. Le boss n’est pas là aujourd’hui pour faire l’accueil, faut bien que quelqu’un s’en charge. « Vous venez pour la désosser ou pour l’envoyer directement au compacteur ? » Qu’on ne dise pas que Damian n’a pas d’humour. Il en a un. Particulier, pas nécessairement drôle, pas nécessairement partagé, mais il en a un. Et il laisse son grommellement prendre les devants, se déployer de lui-même, « Plus sérieusement, c’est pour quoi ? », alors que toute l’attention d’Isaiah se détourne complètement de la bagnole, de la conductrice, des considérations de mécanique et d’entretien pour s’écouter et écouter cette sensation qui le prend à la gorge. Reconnaissance. Une inspiration. Un arrière-goût dans la gorge. Reconnaissance. Un appel, à l’intérieur, dans ses tripes, comme un écho. Damian secoue la tête, Isaiah plante à nouveau son regard sur la cliente, dans l’ombre d’un sourire qu’il veut accueillant, mais qui transpire bien malgré tout ce qu’il est. Bourru. Renfrogné. Proprement antipathique quand il ne prend pas la peine de s’adoucir, même en surface. Et surtout pas lorsqu’il est troublé, comme là. Qui t’es ? qu’il a envie de dire. « Isaiah. C’est moi qui vais m’en occuper » qu’il dit plutôt. Au cas où ça ne serait pas clair.


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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
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En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
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Hey buddy, I'm warning
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He's a ghost, he's a god
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Ven 26 Juin - 14:44 (#)



Le jour J arriva enfin. Autrement plus important que l’élection d’un demeuré à la tête du pays, ou que les remords de ma mère, nous étions enfin parvenus au point fatidique de la séparation. Entre nous, rien n’allait plus. Depuis la fin de mes études nous allions alors chaque jour ensemble, volant dans la main inséparables, vers des voyages laborieux peuplés de pannes sèches, d’engueulades, de retrouvailles amers, et de frustrations. Mais surtout d’une fichu puanteur de gasoil brûlé.
« Putain de merde, cette saloperie est encore coincée à mort. » Je secouai vainement le levier de vitesse pour tâcher de passer la cinquième, mais ce fut peine perdue.

Une longue inspiration gonfla mes poumons. Inspirer, expirer. Afin de fêter dignement l’évènement, la rupture définitive avec cette épave, j’avais pris la ferme décision dès le saut du lit de demeurer calme. Nulle obscénité ne devait sortir de ma bouche, aucune description de fille de joie en indigne posture, et encore moins l’évocation d’un compacteur à la curieuse particularité anatomique. Non, rien de tout ça. Ce dernier voyage automobile devait être placé sous le signe de la politesse et du respect.
Fort heureusement pour mes résolutions, l’adresse du garage était désormais toute proche. Je tournai sèchement le volant au dernier virage pour contrer la direction assistée mourante. Le rétroviseur intérieur menaça de se décrocher à nouveau. Je serrai les dents. Inspirer, expirer donc. Une ultime intersection me séparait alors du sésame, quand l’enseigne m’était déjà visible au loin, brûlant sous le soleil de Louisiane, et les épais gaz d’échappement dispersés autour du capot.
Ce fut à instant exact, où notre histoire allait se terminer, que le moteur cala au dernier stop. Si tant est que ce fut encore possible, je serrai les dents de plus belle, à m’en faire péter l’émail.

Un son inarticulé m’échappa, à mi-chemin entre les jurons étouffés et un grognement porcin. « Compte pas sur moi pour te pousser jusque là-bas comme une clodo… »

Je tournai vivement la clé de contact. Deux fois, trois fois. A la quatrième fois, j’appuyai simultanément sur l’accélérateur qui déclencha enfin le crachotement du moteur, en plus d’un bang sonore au niveau de l'échappement. M’en tape, j’veux même pas savoir. Comme ma moto me manquait atrocement à cet instant. Quand nous franchîmes enfin l’entrée du garage où cette vieille carcasse allait finir ses jours, qualifier mon humeur de très mauvaise était un doux euphémisme.
Le moteur lâcha un dernier hoquet dans l’allée pour caler ensuite, alors que je m’extirpai de ce tombeau avec un net soulagement. Comble de malchance, le mécanicien qui vint m’accueillir, semblait être un comique.

« Non, j’viens pour passer le contrôle technique. » Raillai-je du tac au tac, peu motivée à braver en plus les commentaires sarcastiques du jour.

Dans l’allée bitumeuse inondée de lumière, avec pour fond sonore les chocs métalliques et les hurlements stridents d’une radio, le type m’observait en se frottant vainement ses doigts tâchés de cambouis. Je marquai un temps d’arrêt. J’le connais ou ? Un frisson courut le long de mon échine, comme un souvenir fugace et familier, dont on peine pourtant à identifier l’origine enfouie.
Durant quelques secondes de flottement nous restâmes ainsi, à nous dévisager mutuellement, tel deux membres d’une même famille séparés depuis trop longtemps. Je n’avais cependant jamais vu ce type de ma vie. Lorsque celui-ci lâcha alors son prénom, d’ailleurs totalement inconnu, je fus la première surprise en m’entendant donner le mien tout aussi naturellement.

« Alex. » La méfiance et la réalité reprirent toutefois rapidement le dessus. « J’veux juste vendre ce qu’il reste de ce truc pour m’en débarrasser. La désosser ou la larguer en un seul morceau, ce qui vous intéresse, m’en tape complètement. »

Pourquoi ce type m’est si familier. Jamais une si forte intuition n’avait bousculé mes pensées. Une foule de pressentiments avaient rythmé ma vie, en particulier depuis mon emménagement à Shreveport, et j’étais assez sûre de mes instincts pour comprendre que cet homme n’était pas tout à fait humain. Je croisai les bras en regardant la vieille Chevrolet, troublée par cette nouveauté. Mon aigreur précédente s’était quelque peu tassée, laissant place à cette surprise silencieuse, ce sentiment d’être en présence d’un frère étranger, sans la moindre logique apparente.
Je tâchai de meubler cette hésitation. « Si ça vous branche pas, tant pis, j’vais la trainer à la casse si elle pète pas en chemin. »


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Dim 12 Juil - 10:28 (#)

smoke and mirrors

alexandra & isaiah.
« Non, j’viens pour passer le contrôle technique. » Il a bien une réponse sur les lèvres mais elle ne veut pas y mourir, ne cherche même pas à s’y articuler. Quelque chose ne va pas. Ou plutôt : quelque chose ne va pas comme il le faudrait, et Damian est bien incapable de mettre le doigt dessus. Une impression de déjà-vu qui n’a pas le moindre sens. Un arrière-goût âpre voire acide qui lui reste dans la gorge face à la cliente qui ne semble pas apprécier l’humour dont il est capable, allez savoir pourquoi. Ce n’est pas ça qui va agacer Damian. Ce n’est même pas ça qui va l’atteindre, non, et certainement pas maintenant, alors qu’il la fixe, qu’elle le fixe, et qu’une irritation grandissante se répand sur son épiderme. Comme une intuition. Indéfinissable. Il secoue la tête, pas là pour ça, suivra son instinct plus tard, va se cantonner dans un premier temps à ne pas faire fuir la cliente et plutôt établir un premier constat. Un premier diagnostic. Entamer la discussion, sans se départir pourtant de ce léger malaise méfiant qui hurle, vraiment, à la fausse impression de familiarité.

Peut-être était-elle dans sa classe, il y a vingt ans. Peut-être étaient-ils voisins. Peut-être l’a-t-il effectivement connue, Damian, peut-être que… Peine perdu, c’est sous son prénom d’emprunt qu’il se présente. Loin de poser les questions qu’il aimerait poser. « Alex. » Il hoche la tête, continue d’essuyer ses mains sur son bleu de travail, avant de sortir un style de ses poches et d’attraper sur le bureau de l’accueil un premier papier à faire remplir, histoire de récupérer les informations de base sur la bagnole, la propriétaire, tout ce reste qui ne l’intéresse absolument pas à l’instant présent. « J’veux juste vendre ce qu’il reste de ce truc pour m’en débarrasser. La désosser ou la larguer en un seul morceau, ce qui vous intéresse, m’en tape complètement. » Au moins la conversation revient-elle sur l’amas de métal qui a cahoté jusque-là. « T’en débarrasser, on peut faire » Le vouvoiement distant n’aura pas fait long feu. Le mécano fait le tour de la caisse, sans pouvoir empêcher son regard de glisser une fois, deux fois, trois fois, trop de fois vers Alex. Tout son être veut lui faire comprendre quelque chose. Tout son inconscient veut le mettre en garde, veut attirer son attention sur un point. Qu’il ne voit pas. Qu’il n’arrive pas à voir. « Si ça vous branche pas, tant pis, j’vais la trainer à la casse si elle pète pas en chemin. » Mouvement brusque, s’il lui jetait jusque-là des regards en coin, cette fois, il fait craquer ses cervicales pour planter ses yeux dans les siens. « Non, non, très bien. » Manquerait plus qu’il perde une cliente.

Et l’occasion de poser des questions. Sans compter qu’à l’idée de la laisser filer sans avoir de réponse, Damian a un claquement de langue agacé. « On va voir ce qu’on peut en tirer, vous avez tous les papiers du véhicule, les derniers contrôles techniques, la liste des différentes pièces, celles qui ont été changées le plus récemment ? Parce qu’à première vue, je peux vous proposer de vous payer un burger en échange, mais pas beaucoup plus. » Non, ce n’est pas réellement une invitation, pas dans l’esprit de Damian. Ou du moins, juste un peu, mais guère plus. Nouveau claquement de langue, il tend la main. « On va ouvrir le capot pour voir ce qu’elle a dans le ventre. » Désigne le papier qu’il a récupéré un peu plus tôt, le stylo qu’il a sorti : « Et va me falloir quelques infos en plus, du coup, je vous laisse remplir ça ? » Me donner votre nom complet, votre date de naissance, votre lieu de naissance si possible. Il hésite, détache son regard d’elle. S’appuie pour regarder le moteur sans le voir. « Vous êtes du coin ? » La question tombe comme un cheveu sur la soupe, il s’est connu plus stratège et plus fin, mais il n’aime pas rester dans le flou.

S’il s’écoutait, s’il s’écoutait vraiment, il se dirait qu’elle aurait pu s’appeler daphné que son impression aurait été la même. Et ça le dérange. Ça l’ennuie, comme idée. Clairement pas une connaissance de l’armée. Certainement pas Miami non plus. Peut-être Atlanta, mais il en doute vraiment. Reste ici. Ici. Mais Damian Calabrezzi est mort. Depuis longtemps.


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- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
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Mer 15 Juil - 23:03 (#)



Aux blagues mal placées succédèrent les regards appuyés, gênants. Je détournai les yeux de ce type aux traits à la fois étrangers et familiers, pour contempler la vieille Chevrolet, avachie dans l’allée inondée de soleil, avec ces arêtes disgracieuses qui semblaient fondre dans la chaleur de l’après-midi. Les phares cabossés lui donnaient alors un air déprimé, comme un morse échoué sur une plage, à l’agonie, sa queue en guise de pot d’échappement prête à retomber mollement sur le sol. Un spectacle qui était loin de m’émouvoir en finalité, quand celle-ci n’allait guère me manquer.
L’idée d’abandonner derechef l’épave revint me tenter. Exit les explications mécaniques, les formulaires, et les odeurs d’échappement, pour lui offrir un aller simple au compacteur. Je lorgnai alors sans entrain vers le formulaire d’identité. Pour la misère que j’vais en retirer de toute façon, considérai-je en évitant de croiser le regard du mécano, Isaiah. Toutefois, je demeurai là, dans la chaleur de Louisiane et les remous de ma cervelle, bouleversée par cet étrange sentiment d’intimité. Entre méfiance et curiosité, mon cœur demeurait indécis quant à la décision à prendre.

« Les derniers contrôles techniques, ah ouais… » Lâchai-je négligemment, en retenant un ricanement narquois. Je me rembrunis aussitôt face à l’air sérieux de l’homme. « Ah non c’était sérieux ? Eh bah… J’dois bien avoir les papiers achats, mais pour le reste faudra oublier, elle a pas été touchée depuis. »

Je haussai les épaules en guise de conclusion, et fis l’impasse sur le burger. En d’autres circonstances, j’aurais certainement interprété cette formule d’une toute autre manière, mais à cet instant, il m’était impossible de me départir de ces interrogations. Je l’ai jamais vu, non ? Non ? Qui est-il alors ? Et qu’est-ce qu’il est ? Ces dernières occultaient alors toute autre pensée rationnelle.

Je fis un geste vague de la main, accompagné d’un grognement. « Ouais, ouais. »

La mauvaise humeur précédente revint au galop. Comme une démangeaison entre les omoplates, insaisissable et tenace, aucune réponse ne m’apparut, me poussant inexorablement vers la seule solution viable pour résoudre ce mystère : une conversation délicate à aborder. Je posai en soupirant le formulaire sur la carrosserie brûlante du coffre. En survolant les lignes, mon esprit commença à jouer aux dominos malgré moi, en éliminant les possibilités réalistes une par une.
J’le connais pas, c’est sûr, me répétai-je. Dans la mesure où mes contacts sociaux se résumaient à une poignée de clients, et aucun ami depuis la scolarité, cette certitude était plus que solide. Je remplis sommairement le formulaire de contact : nom et prénom, puis numéro en téléphone, en omettant expressément tout le reste. Moins je dispersai mon identité, mieux je me portai. Une résolution d’autant plus vrai de nos jours, en particulier aujourd’hui, où j’étais certaine à plus de quatre vingt-dix pour cent d’être en présence d’un autre CESS.
L’idée creusa lentement son chemin, au milieu d’une foultitude d’autres questions, alors que je me contentai de répondre vaguement à celle du type, sortie de nulle part.

« Oui et non. J’me suis installée dans le coin que cette année. »

L’indiscrétion de celui-ci amena d’autres soupçons. Je m’appuyai contre la portière avant, les bras croisés avec le formulaire à peine rempli dans la main, et le stylo dans l’autre. L’homme mystère semblait quant à lui, perdu dans la contemplation du moteur, comme s’il détenait quelque trésor caché. Question soudaine, comportement bizarre, notai-je en tâchant de paraitre nonchalante.
Je ne cessai de m’interroger sur sa nature. Jamais ce genre de sensation ne m’avait effleuré auparavant, et cet Isaiah ne pouvait être un Outre, encore moins un vampire en pleine journée. Devais-je l’interpréter comme l’un de ces garous brutaux ? Mais dans ce cas, comment devais-je expliquer cette surprenante sensation de familiarité ? Quelque chose ne collait pas. Je fis tournoyer nerveusement le stylo entre mes doigts pour éplucher les possibilités.

« Dites, on s’est pas déjà croisé ? » Lui balançai-je soudainement. « J’ai l’impression d’vous avoir déjà vu, mais impossible de me rappeler où. »

La subtilité n’avait jamais compté parmi mes qualités de toute manière. Qui plus est, une toute autre idée quant à la nature de cet homme vint peu à peu germer dans mon esprit. J’adressai enfin un regard appuyé vers Isaiah, dont les traits étaient toujours emprunts de cette agaçante impression de déjà-vu. Partageait-il alors ce même sentiment vis-à-vis de moi ? La réponse était alors cruciale, quand cela pouvait impliquer un élément commun entre nous, voire une même nature. Mais au vu des derniers évènements en date, j’étais plus que méfiante vis-à-vis des surprises surnaturelles.

« J’ai rempli ça au fait. » Comme si ma question précédente n’avait que peu d’importance, je lui tendis aussitôt le formulaire.


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Ven 28 Aoû - 13:15 (#)

smoke and mirrors

alexandra & isaiah.
Comme un bouton de moustique. Il pourrait trouver plus flatteur, mais c’est la première comparaison qui lui vient à l’esprit quand Damian essaye de poser des mots sur ce qu’il ressent, sur cette intuition qui accapare toute son attention, qui lui hurle de se méfier, qui lui hurle qu’il y a quelque chose à percevoir. Ça ne l’a jamais pris à la gorge de cette manière. Pire qu’un bouton de moustique, à la démangeaison qui gagne en puissance à chaque fois qu’il y prête attention. Et il lui prête attention un peu trop à son goût. Autant à cette sensation qui l’emmerde qu’à la cliente devant lui, à la carcasse métallique qu’il ne troquerait pas contre autre chose qu’un kit-kat si c’était à lui de filer du fric pour cette chose. Il a les pensées ailleurs, c’est indéniable, le cerveau reptilien qui prend le relai, et encore, celui-là verrait au moins ce qui cloche. Juste la pratique, juste les réflexes, juste le blabla habituel alors qu’il évite dans un premier temps son regard, avant qu’il ne le repose bien malgré lui, aimant dans l’air autant que l’électricité. Des papiers à filer, des papiers à remplir, il parle pour occuper l’espace, pour éviter le silence, pour laisser le temps à sa réflexion de tourner. « Les derniers contrôles techniques, ah ouais… » Le ton lui fait hausser un sourcil, se tourner vers elle très légèrement. « Ah non c’était sérieux ? Eh bah… J’dois bien avoir les papiers achats, mais pour le reste faudra oublier, elle a pas été touchée depuis. » Et cette fois, c’est un haussement d’épaules qui s’agite, « C’est ce qu’on demande, donc ouais... » Et il est le premier au courant de l’ironie, quand il jette un nouveau regard sur la voiture. Sans en avoir quoique ce soit à foutre. Il hausse les épaules, désolé, c’est con mais c’est comme ça.

La caisse est bien la dernière de ses préoccupations à cet instant. Des informations en plus, c’est tout ce qui l’intéresse, parce que ni Damian, ni Isaiah ne supporte la frustration d’une énigme irrésolue, surtout lorsque ça quitte le rationnel pour tomber dans le purement intuitif. « Ouais, ouais. » Pas plus mal, elle récupère le formulaire, s’appuie sur le coffre pour la remplir, il a les mains crades qui s’essuient comme il peut sur son bleu de travail avant de les croiser, et les yeux qui profitent qu’elle ne le regarde pas pour le scruter. Familiarité à en crever, ici. Et aucune réponse satisfaisante parmi les possibles. Il la connait forcément de quelque part, ce n’est pas possible autrement. L’armée est exclue, trop récente pour ça. New York aussi. Miami, il en doute fortement. Atlanta, ses souvenirs sont plus flous mais il ne se souvient ni de l’avoir tabassée, ni de lui avoir fourni quoique ce soit – et il avait mémorisé les visages de ses clients, à l’époque, question de principe. Reste donc ici. « Oui et non. J’me suis installée dans le coin que cette année. » Cette année. « Ah. » Un peu de déception, naturellement, encore une ligne qui se raye, encore une option qui n’en est plus vraiment une. Claquement de langue, trahi par une grimace.

Damian étouffe un bâillement, pense in extremis à foutre sa main devant sa gueule histoire qu’elle n’ait pas une vue plongeante sur son œsophage, avise le formulaire qu’elle rature à peine. Secoue la tête, et fait plutôt bâiller de concert le capot. Plus simple d’en comprendre le fonctionnement et d’en aviser l’état, que d’analyser cette familiarité qui va bientôt le rendre violent. Damian ne gère que très mal la frustration, il ne le sait que trop bien, se méfie de lui-même autant que de cette démangeaison qui ne se calme pas, loin de là. Son mouvement attire son attention, il reste concentré sur le moteur, sans plus le regarder. Sa vision périphérique a pris le relais. « Dites, on s’est pas déjà croisé ? » Ses doigts se resserrent lentement sur le métal. Au moins, la sensation est partagée. « J’ai l’impression d’vous avoir déjà vu, mais impossible de me rappeler où. » Le temps de réfléchir, garde le silence. Juste l’envie de… « J’ai rempli ça au fait. » Il récupère le formulaire, partiellement remplis, n’en a absolument rien à faire. « Je me pose la même question depuis que t'as débarquée, en fait ». Rien ne sert de mentir, à ce niveau-là. Et ça ne sert à rien non plus de retenir cette familiarité intuitive qu'il peut avoir. Mieux vaut deux réflexions communes sur le sujet, plutôt que des déductions séparées. « Impression de déjà-vu, impression de te connaître. Impossible de te resituer. T’es même pas du coin, donc… Miami, Atlanta ? », non il sait pertinemment que non. « Italie, ou Moyen-Orient, peut-être ? » C’est qu’il creuse dans les plus impossibles des points de rencontre ; ceux qu’il a croisés là-bas sont pour la plupart morts.

Et si le rationnel est épuisé, reste l’irrationnel. « Je ne sais pas, il ne reste plus que âme sœur, en possibilité, je crois. » Il ne plaisante qu’à moitié, derrière son ricanement désabusé. Les sorciers sont-ils attirés les uns par les autres ? Quelque part, il apprécierait l’idée, Damian, s’il n’avait pas la sombre impression de perdre en libre-arbitre. Il désigne le formulaire. « Je ne vais pas pouvoir vous en proposer beaucoup, 100 ou 200 $ max, je dirais. »


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- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
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He'll appear out of nowhere but
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Mer 2 Sep - 14:36 (#)



Octobre et ses révélations m’étouffaient lentement comme une gangrène. Les rares vestiges de ma patience, tout comme le peu d’empathie en moi, se mourraient jour après jour. Je me vis tendre ce formulaire idiot à ce type, et en ressentir aussitôt un profond agacement. Des nerfs à fleur de peau ne justifiaient même pas cela. La tension qui m’habitait alors provenait d’ailleurs, d’une dimension bien plus profondément enfouie de mon psychisme, à laquelle je préférai ne pas songer.
J’supporte plus rien, et le pire… Le pire… Le pire de tout ceci était le plaisir ressenti. Cet abandon plaisant qui murmurait à mon oreille de laisser libre court à une fantaisie inconnue. D’envoyer chier ces personnes. De froisser ce formulaire, et de le fourrer dans le gosier de cet homme. D’expérimenter l’imprévisible pour mieux en observer les effets. Je détournai le regard plutôt que de fixer cet Isaiah, comme si ce dernier n’était autre qu’un miroir reflétant ma propre nature.
Néanmoins, le doute s’inscrivit de nouveau au centre de mes pensées à son propos, et ce malgré mes propres certitudes. Pouvait-il me mentir à cent pour cent ? Après la réflexion du sandwich, je pouvais me permettre de douter face à ces intentions. La réciprocité des intuitions n’était pas garantie après tout. Je ravalai mon aigreur en croisant les bras, appuyée contre la carrosserie chaude.

« Jamais foutu les pieds là-bas. J’viens de Baton Rouge, et à part Shreveport, j’ai pas eu l’occasion d’aller ailleurs, donc non. »

Ma voix se fit acide en dépit de mes efforts. Une jalousie étonnante surgit des tréfonds de ma mauvaise humeur, à l’idée que ce type ait pu visiter autant d’endroits, quand mes poches trouées me retenaient dans cette vieille Louisiane. Putain mais qu’est-ce qui m’arrive. A ce instant, j’eus envie de hurler ou de chialer spontanément, l’une ou l’autre solution me paraissant tout aussi acceptable.

« Mouais. » Je ricanai. « La réalité est plus crade que ça. Même le surnaturel, c’est purement une question de qui bute le mieux et qui va servir de bouffe. Les happy end n’ont jamais existé. »

Je me tournai vers le formulaire, puis vers l’épave de la Chevrolet terminant de cuire au soleil. A force de réflexions tortueuses et de malaises, j’en avais presque oublié la raison de cette visite. Or, contre toute attente, c’est la somme proposée qui me surprit plus que tout autre chose.

« Tant que ça ? Ça fait un sacré burger à ce prix. J’veux bien être raisonnable si… » Une idée idiote vint me traverser l’esprit. « Si tu veux bien que j’te pose une question bizarre. »

Qu’est-ce que je fous au juste ? Comme toutes mes inspirations spontanées, celle-ci avait toutes les chances d’être très mauvaise. Je marquai un temps de réflexion en examinant ce type une nouvelle fois. Le doute revint me chatouiller la nuque. Je ne pouvais pas éluder la possibilité que tout ceci soit un énorme quiproquo, que ce type cherchait à me brancher en jouant le jeu du on s’est déjà vu, non ? Comme pour confirmer ce soupçon, le voilà qui revint à la charge avec ces âmes sœurs.
Cependant, mes intuitions étaient indéniables. Une sorte d’aura familière flottait autour de ce physique bourru, pas désagréable d’ailleurs, que je ne pouvais définitivement pas ignorer. D’ailleurs, on a fait pire comme rencard. Je me décidai à cracher le morceau.

« Est-ce que t’as déjà remarqué un genre de… talent chez toi ? Pas le style commun, du genre réciter l’hymne en rotant, mais quelque chose de plus… J’sais pas, bizarre ? »

D’inhumain quoi. Je n’osai dire les mots crus. D’une, parce que le sujet du surnaturel demeurait extrêmement délicat de nos jours. De deux, parce qu’il m’était impossible de savoir la quantité d’informations dont disposait Isaiah. Et de trois, je n’avais aucune idée de la manière dont il réagirait. C’était un net risque à prendre dans le contexte actuel, mais de toute évidence, on n’abordait jamais facilement ce genre de sujet. Je fourrai mes mains dans les poches de mon jean, mal à l’aise.
J’vais quand même pas essayer de lui enfoncer un tournevis dans la viande pour voir s’il a le même talent stupide que moi. Mauvaise idée vu sa carrure en comparaison de la mienne. Les interrogations passant, l’affaire de la Chevrolet était entièrement sortie de mes pensées. Seule cette damnée familiarité me préoccupait. D’ailleurs, à la manière dont nous nous fixions, et le peu d’importance qu’il semblait lui aussi accorder à la mécanique, le sentiment devait être réciproque.

« T’es pas obligé d’répondre non plus. C’est juste que cette impression de déjà-vu me tape sur les nerfs. » Rajoutai-je rapidement.


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Sam 3 Oct - 14:26 (#)

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alexandra & isaiah.
Il égrène sans grande conviction, tous les endroits où il a pu poser son sac ces dernières années. Et tout en parlant, il continue de chercher, Damian, d’écouter son intuition à défaut de trouver de lien logique entre ce sentiment diffus et la raison. Il la connaît. Plus il y songe, plus il en est certain. Mais comment peut-il connaître quelqu’un qu’il n’a jamais rencontré auparavant ? Comment peut-il être à ce point certain qu’ils ont un passif commun sans arriver à remettre le doigt sur ce passif ? Et comment, au milieu de tout ça, peut-elle avoir le même problème de son côté ? Ca l’agace, ça l’énerve, cette impression de déjà-vu qui s’attarde, qu’ils partagent ; ce mur de dénégation auquel ils se heurtent. « Jamais foutu les pieds là-bas. J’viens de Bâton Rouge, et à part Shreveport, j’ai pas eu l’occasion d’aller ailleurs, donc non. » Il claque la langue, fait toujours un stylo entre ses doigts, tape sur la carrosserie de la voiture. Tout pour s’agacer davantage, même si ça n’apporte aucune solution, aucune réponse. Franchement, une fois le rationnel mis de côté par la force des choses, il est bien obligé de se rabattre sur autre chose. Sans y croire le moins du monde, parce que l’idée même d’âme sœur le fait ricaner, la fait ricaner en écho, « Mouais. » Mais au contraire de Damian, elle met le doigt sur ce qui plane. « La réalité est plus crade que ça. Même le surnaturel, c’est purement une question de qui bute le mieux et qui va servir de bouffe. Les happy end n’ont jamais existé. » Surnaturel. L’irrationnel qui répond au reste. Et ces happy end qui n’existent pas, n’ont jamais existé. Et la crasse du monde, une fois qu’on a gratté un peu sous la surface de l’innocence des enfants, une fois que la peinture arc en ciel et les poussières d’étoile se craquèlent et révèle les dessous des cartes. Ce n’était pas une partie de poker, la vie, ce n’est même pas un jeu des sept familles. C’est tiens le flingue ou creuse, c’est marche ou crève, c’est bouffer ou fais toi bouffer. Damian croise les bras sur sa poitrine, reporte son regard sur la caisse, sur la raison de la venue d’Alex, sur le formulaire qu’elle a rempli ; et un dernier coup d’œil en direction de l’épave. Au moins, ça, c’est facile à régler, il peut lui proposer une petite centaine de dollars, se fait généreux pour le coup, parce qu’il n’a pas forcément envie de la lui faire à l’envers, juste besoin d’avoir une réponse qu’elle n’a pas. « Tant que ça ? Ça fait un sacré burger à ce prix. J’veux bien être raisonnable si… » Arque un sourcil, la mine du stylo à un rien du formulaire qu’il s’apprêtait à achever, côté mécano, après un nouvel état des lieux de ce qu’elle a rempli. Il est supposé vérifier d’un peu plus prêt que l’intérieur de la carcasse peut être plus ou moins récupéré, mais bon, on ne va pas se mentir, Damian s’est déjà fait une idée rien qu’au bruit du moteur. Mais démantelée en pièces détachées, elle pourra se répartir dans plusieurs autres caisses, leur faire économiser des rachats s’ils peuvent recycler, sans compter que… « Si tu veux bien que j’te pose une question bizarre. » Haussement d’épaules.

T’es au courant qu’on n’est plus à ça près ? Question bizarrerie, ils sont en plein dedans avec leur déjà-vu qui reste en suspens, après tout. Des coups d’encre, coche une case, en coche une autre, ouvre le capot, jette un œil. Il ne va pas forcément rester inactif le temps qu’elle parle, lui fait malgré tout un signe de la main pour l’inviter à continuer, histoire qu’elle ne le pense pas ailleurs. Damian sait faire plusieurs choses à la fois. « Est-ce que t’as déjà remarqué un genre de… talent chez toi ? Pas le style commun, du genre réciter l’hymne en rotant, mais quelque chose de plus… J’sais pas, bizarre ? » Plusieurs choses à la fois, oui, mais… ses gestes ralentissent au fur et à mesure qu’elle détaille sa question. Est-ce qu’il sait fait quelque chose d’hors du commun. Inutile de chercher plus loin pour trouver la réponse, elle est inscrite dans ses tripes. S’inscrit même dans tout ce langage corporel qui le veut se montrer plongé dans une réflexion, mouvements englués dans la question. Il abandonne, le moteur. Il abandonne, le papier froissé, déjà tâché. Se redresse pour la fixer. « T’es pas obligé d’répondre non plus. C’est juste que cette impression de déjà-vu me tape sur les nerfs. » Mouvement de tête, mouvement de main, l’italien est un cliché à lui tout seul. Me tape sur les nerfs aussi. S’essuie les mains sur son froc, se gratte le nez. Ouais, un truc dans le genre. Tu parlais surnaturel, j’me pose des questions. Du genre décalage complet avec le péquenaud lambda. Probablement pas câblé pareil. Probablement parmi ce pourcentage de la population au QI hors norme, mais pas que. Pas de trouble du spectre autistique non plus, comme il a cru pendant un temps, qui aurait expliqué pourquoi il se sent à tel point à contre-temps des cons. Il y a autre chose. Et bizarre, ça décrit bien ça. Le genre de truc bizarre, t’sais, suffisamment à la limite du meh, c’est juste pas courant pour que ça passe dans l’ombre, mais clairement. Il plisse les yeux, ne veut pas trop en dire non plus ; ça l’empêche pas pour autant d’être cash de son côté. Pourquoi cette question ? Toi… t’es du genre… sorcière » Baisse d’un ton. Tous n’assument pas. En fait, depuis octobre, sans surprise, il a même l’impression qu’ils sont moins à assumer. « Je connais quelqu’un qui… en fait partie. Ma sœur. Plus clair et net que moi. » Et moins sombre, nettement moins sombre.


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En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
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Ven 9 Oct - 17:58 (#)



Ce jeu de dupe usait ma maigre patience. En pleine journée, à vingt-cinq degrés au soleil de Louisiane, sur un bitume en forme de plaque de cuisson, celle-ci fondait d’autant plus vite.  La forte odeur d’essence, les gaz d’échappement et la radio gueulant dans l’arrière-boutique ne faisaient qu’empirer mon état d’esprit. Je m’appuyai négligemment sur la portière défoncée de mon carrosse, les bras croisés et le front barré d’un pli agacé, en tâchant de comprendre les explications de ce frère sorti de nulle part, et qui au final, n’en était probablement pas un.
Décrire sa manière de s’exprimer aurait mérité une dissertation à part entière. Une métaphore gratta la porte de ma mauvaise humeur. Explication aussi claire que mon liquide de vidange, ruminai-je. Lui qui venait de ronchonner que nous n’étions plus à une confidence près, le voilà en train de baragouiner une description digne d’un plouc du Texas d’à peine treize ans. Mes lèvres se tordirent sans doute dans une grimace de mécontentement, alors que je tâchai d’en comprendre le sens.

« Pas câblé pareil, hein. » répétai-je dans ma barbe, comme si cela m’offrait une traduction.

Le langage moitié mâché, moitié truand, c’est censé lui donner un air genre ? m’interrogeai-je à nouveau, à ce train-là la Red River va passer dans ma culotte. Après le coup des burgers et des âmes sœurs, j’étais désormais partagée entre l’envie de succomber, et celle de mourir étouffée par ma propre ironie. J’adressai ainsi une prière silencieuse au vide, aux divinités qui se payaient ma tête depuis le début, souhaitant que tout ceci ne soit pas une autre tentative de drague.
Toutefois, le sens véritable de ces paroles avait au moins le mérite de soulever d’intéressantes interrogations. Le câblage différent, le décalage avec les gens lambda et les choses peu courantes, tout cela une fois traduit, révélait une vague similitude avec mes propres sentiments. Ces intuitions m’évoquant une marche à reculons de la société, de la pensée normale, et cette manière de pressentir des parts de secrets derrière ces visages humains. La possibilité que ce type puisse cacher une nature similaire à la mienne m’effleura à nouveau, avant qu’il ne brisa brusquement le charme.

« Sorcière… hein ? fis-je en ricanant de prime abord, avant d’afficher ma surprise. Ouais mais non, ça m’arrangerait que ça soit aussi simple, mais non. »

Il en sait peut-être encore moins que moi, songeai-je soudainement. L’idée ne manquait vraiment pas d’ironie. Je secouai négativement la tête, en essayant de retenir un rictus moqueur.

« Écoute, j’vais pas te mentir ou t’laisser imaginer des trucs pendant des heures. J’ai l’impression d’être avec un frangin, inconnu pourtant, et la seule explication que j’vois, c’est que t’es pareil que moi. Et si c’est l’cas, j’peux te garantir que t’es pas plus sorcier que moi. »

Je haussai les épaules en m’arrachant de la tôle chaude. La perspective de m’être encore accrochée à un faux d’espoir en quête d’informations neuves, commençait à me filer une migraine en béton. Je déambulai quelques instants dans l’allée, bien consciente du poids de mes paroles, qui pouvaient alors impliquer une pénible révélation pour lui. Oh bien entendu, ce n’était pas du tout l’empathie pour cet Isaiah qui m’étouffait soudainement. Je n’avais simplement aucune envie de me prendre une droite dans la figure en piétinant un sujet délicat.

« J’peux me tromper évidemment. Mais j’vois très bien ce que tu décris, cette impression d’être décalée, d’avoir ces intuitions sur des gens parfois. C’est mon quotidien. »

Je fouillai alors dans ma poche de jean pour en sortir un paquet de chewing-gum abimé, en récupérai un pour le mastiquer aussitôt. La lassitude m’envahit encore une fois. L’agacement habituel d’avoir de nouveau heurté un mur, en rencontrant une personne surnaturelle incapable de m’aider à comprendre le mystère de ma propre nature. Rien de neuf sous le soleil, seulement ma veine.

« Bref, j’vois que ça pour comprendre cette espèce de… familiarité. J’avais jamais eu ça. Et j’peux te dire que ces intuitions, elles se révèlent toujours fondées, malheureusement, repris-je d’un ton lasse. J’pense que ça va pas t’faire plaisir, mais j’en sais pas plus que toi sur ce que j’suis. »

Le cycle d’ironie éternelle rythmant ma naissance venait de me jouer une toute nouvelle blague en un semblable aussi paumé que moi. « Pas sorcier, en tout cas. Juste autre chose. »


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Mer 9 Déc - 0:05 (#)

smoke and mirrors

alexandra & isaiah.
Il est habitué à comprendre. A sentir. A percevoir les solutions et les possibilités. Il est habitué à avancer des pions sur un jeu d’échiquier, à maîtriser tous les paramètres des problèmes, à trouver des brèches dans lesquelles s’engouffrer. Il est habitué à détruire les murs à grand renfort de coups, mais en l’occurrence, ça n’est d’aucune utilité. Il se précipite dans un mur qui refuse de bouger, refuse de céder, refuse ne serait-ce que de se fissurer. Impossible de remettre un nom sur un visage, un contexte sur une sensation, un sens à tout ça ; la voiture n’a plus beaucoup d’intérêt aux yeux de Damian, il ne veut plus que comprendre. Peu importe que la carcasse parte pour 50, 100, $200, l’important c’est qu’elle crache le fin mot de l’histoire. Qu’elle donne une explication plausible à ce qui leur tape tous les deux sur les nerfs. Toute la patience dont Damian peut faire preuve au quotidien n’est que de la patience acquise par l’expérience, rien d’inné, que de la volonté tabassée sur l’enclume pour lui donner une forme biscornue, nouvelle, sans cohérence. Il veut être patient, sans l’être le moins du monde. Ça lui tape sur les nerfs ? Et bien ils sont deux. Il n’a que des suppositions, que des pistes, que des impressions, que du vide avec lequel il est supposé composé, l’italien. « Pas câblé pareil, hein. » et de toute évidence, ça ne prend pas. Ça ne convainc pas. Qu’est-ce qu’il peut lui dire ? J’ai constamment envie d’exploser des gueules et de casser des os, et j’en ai les capacités ? Il préfère de loin la formulation pour laquelle il a optée. Il n’est pas commun. Mais n’a rien de bien marqué à avancer, au contraire de sa sœur. Daphné, elle, est une sorcière, est un ange ou une nymphe, le choix des mots n’est qu’un détail, l’important c’est qu’aucun doute ne soit permis. Mais lui…

C’est peut-être ça qui le dérange le plus, au fond. Il se sait différent. Incapable de dire en quoi. Il préférerait avoir des capacités tangibles, comme celles qu’elle lui réclame. C’est sûrement ça qui le dérange le plus, Damian. Ça, et l’envie grandissante, devant l’attitude qui lui fait face, de la prendre à la gorge et de l’envoyer heurter le mur le plus proche, pour faire taire son ricanement, son regard moqueur. Il essuie ses mains sur son jean, pour les occuper et leur faire passer cette démangeaison. Regard en coin quand il baisse d’un ton. « Sorcière… hein ? Ouais mais non, ça m’arrangerait que ça soit aussi simple, mais non. » Et plisse les yeux. Ca l’arrangerait. Ils sont pareils. En décalage. « Comment ça ? » A la différence près qu’elle sait. Davantage que lui. Il pourrait, il n’en a aucun doute, en venir à bout, lui faire cracher ce qu’elle sait en même temps que ses dents. Il pourrait, préfère prendre le temps d’attendre, adossé au moteur. « Écoute, j’vais pas te mentir ou t’laisser imaginer des trucs pendant des heures. J’ai l’impression d’être avec un frangin, inconnu pourtant, et la seule explication que j’vois, c’est que t’es pareil que moi. Et si c’est l’cas, j’peux te garantir que t’es pas plus sorcier que moi. » Hoche la tête, frangin, le terme est bien trouvé. Elle n’a rien de Daphné, mais il s’en sentirait presque plus proche s’il n’avait pas peur de se perdre en suivant cette voie. Hoche la tête, s’immobilise. Pas plus sorcier que moi. « Et on serait quoi dans ce cas ? » qu’il grogne, plus pour lui-même que pour elle. « J’peux me tromper évidemment. Mais j’vois très bien ce que tu décris, cette impression d’être décalée, d’avoir ces intuitions sur des gens parfois. C’est mon quotidien. »

Il voit l’idée. Plus que son quotidien, c’est sa vie. Mais le mur s’épaissit. « Bref, j’vois que ça pour comprendre cette espèce de… familiarité. J’avais jamais eu ça. Et j’peux te dire que ces intuitions, elles se révèlent toujours fondées, malheureusement. J’pense que ça va pas t’faire plaisir, mais j’en sais pas plus que toi sur ce que j’suis. Pas sorcier, en tout cas. Juste autre chose. » Autre chose. Damian l’imite, sort de sa poche un paquet, mais n’en extirpe pas un chewing-gum, plutôt une clope, son briquet. On l’appelle, il agite la main, fais pas chier, je m’en occupe, je suis occupé, il règlera le bordel plus tard. Il a plus important à faire. « T’as raison. » qu’il soupire. « Ca ne me plait effectivement pas. » qu’il grogne, même, en tendant le paquet, si jamais elle en veut. « Comment tu peux en être aussi sûre ? » Qu’elle se serve ou ne se serve pas, il referme le paquet, l’enfonce dans sa poche en l’écrasant un peu plus avant d’activer le briquet, une fois, deux fois, claquement de langue, la clope finit par s’allumer. Il fixe l’autre. « Parce qu’on est lié à tout ce merdier, j’en suis certain. Trop familier avec… » Trop familier avec ce qui sort de l’ordinaire. Il a les reins calés contre la caisse, moteur béant, il tourne littéralement le dos à son boulot, avec autant de facilité qu’il tourne le dos à tout le reste pour suivre son intérêt. « ... le surnaturel. » Le terme peut sembler ridicule. Pas entre ses lèvres. Pas sous son regard. Pas dans ses tripes. « Tes parents, ils étaient normaux ? » Commencer par le plus logique. Intrusif mais logique. Puisque le mur ne cède pas sous les coups, il va tâcher d’en desceller les briques. « Commençons par la base. En venant ici, je t'avoue que je comptais trouver des sorciers, me renseigner. » Entre autre.


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En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
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Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
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Ven 11 Déc - 23:15 (#)



Je mâche donc je survis. Dans l’enfer de solitude amère suivant le cauchemar d’Octobre, cette maxime idiote et inventée sur l’instant revêtait alors tout son sens. Une errance entre mélancolie fataliste et quelques puérils tentatives de m’accrocher encore à une vie tangible. Celle-ci ressemblait ainsi à cette carcasse au bout du rouleau cuisant sous le soleil automnal. Je tâchai de me débarrasser de ces décombres malsaines en me raccrochant à des considérations matérielles, quelques chose de concret comme la moto neuve attendant de vider mon compte en banque.
Autre chose ouais, prends-toi ça dans la face à ton tour, songeai-je avec une satisfaction acide. Étrange réconfort que de déléguer un peu de ses tourments à un inconnu. Lui donner à mon tour une part de mes incertitudes, cette frayeur d’une ombre ignoble errante à la lisière du quotidien. Non évidemment, rien de tout cela n’était plaisant. Je refusai d’un revers de main le paquet de clope tendu. Une amertume triste m’enserra la gorge dans un étau de complaisance bizarre, d’avoir ainsi jeté en pâture cet homme aux mêmes interrogations qui me détruisaient peu à peu.

« Ça m’plait pas davantage. » lui répondis-je en soupirant longuement.

Quel doux euphémisme. Cette année maudite avait semblé prendre un malin plaisir à m’écarteler un peu plus chaque mois durant. Je me laissai retomber contre la carrosserie tiède de la vieille Chevrolet, les mains dans les poches et les pensées enfoncées dans une humeur noire.

« Parce que j’ai passé cette année à contacter des gens capables d’identifier les surnaturels. » Agacée, je haussai les épaules en fixant l’asphalte grisâtre. « Rien donné. »

Leurs têtes défilaient devant mes paupières fatiguées. Des rencontres hasardeuses ou non qui avaient tous eu pour point commun la même éternelle réponse, un couteau de plus remuant dans une plaie béante et ouverte à tous. Je levai les yeux vers le ciel revêtant ce gris déprimant, puis vers les larges chaussures du garagiste appuyé à côté de moi, en attente de réponses qui n’arriveraient jamais. À quoi bon éluder la révélation ? Au stade de la conversation, je n’avais plus aucune raison de lui cacher la réalité, et quelque part, ça m’était d’ailleurs parfaitement égal.

« Pas la peine de mentir, hein ? Ouais, on est liés à tout ça. On est pas humains. » lâchai-je sans la moindre délicatesse.

Je croisai les bras, en proie à mon cynisme habituel. La nervosité de l’armoire tout en muscles à mes côtés était palpable dans l’air, et pourtant une lassitude suffocante m’empêchait de prendre des gants quand bien même la prudence le recommanderait.

« J’ai rencontré une télépathe d’abord. Elle a été incapable de lire mes pensées : illisibles, trop différentes, comme si elle appartenait à quelque chose de… J’sais pas, pas humain quoi. »

Un énorme soupir s’ensuivit. Je déballai le reste de ma quête de vérité avec toute la mollesse d’une femme qui avait tout entendu, et qui n’attendait plus rien de la vie.

« Ensuite deux femmes capables de lire les auras. Même résultat évidemment. Une aura unique, du jamais vu, aucune correspondance à une sorcière ou une outre. Aucune réponse de ce côté. »

Je passai une main lascive dans mes cheveux en bataille. L’année précédente me semblait une suite d’échecs retentissants, malgré des rencontres parfois précieuses, parfois étonnantes. Je fronçai les sourcils en réfléchissant à l’éventualité de m’ouvrir davantage à cet Isaiah, d’évoquer notamment la question de mon pouvoir ou de mes parents. M’est égal de toute façon, conclus-je. Je pris une nouvelle inspiration lourde avant de me lancer dans une nouvelle tirade.

« Même nos capacités ne correspondent à rien. Si t’as un pouvoir comme moi, tu l’as peut-être pas encore découvert c’est tout. J’ai toujours eu ces mêmes intuitions, d’être en décalage comme tu dis, et de remarquer les gens différents. Mais seulement cette année j’ai découvert que ma peau était comme blindée aux coups, même des couteaux. »

Le souvenir de cette révélation m’arracha un frisson le long de l’échine. Je m’éclaircis la voix avant de continuer les confidences.

« Mais sinon ma mère est carrément normale, et mon père j’sais pas, je l’ai pas connu du tout. Et toi ? »

Une certaine fatigue commençait à enserrer mes tempes. Le début d’une migraine en béton pointait déjà le bout de son nez à l’évocation de ces éléments insupportables. Le rappel de cette interminable liste d’échecs me plongeait à nouveau dans les affres d’une souffrance psychologique. Pas encore, m’engueulai-je mentalement. Une douleur me satura le gosier. Je me forçai à ravaler cette amertume plutôt que de me morfondre bêtement comme lors du rendez-vous avec Lilas.

« Bonne chance pour trouver tes sorciers. Tout ce que j’ai trouvé c’est cette femme qui lit les auras et qui en connait un. D’après elle c’est quasiment impossible de leur faire cracher leurs secrets. »

Je fixai un instant mon interlocuteur. L’impatience se lisait dans la moindre de ses inspirations, et quelque part, j’étais moi-même étonnée de ne pas m’être prise un poing dans la figure.

« Mais elle m’a promis de faire des recherches avec lui. En ce moment elle est partie en vacances mais on est restées en contact. Si tu veux, j’te tiens au courant. T’as mon numéro de toute façon, ça t’fera l’occasion de m’payer ce burger. »

Si j’ai pas sauté par la fenêtre d’ici là, songeai-je avec ironie. Et pour cause, à la suite de cette année merdique avec son cortège de révélations et ce mal-être croissant, je n’avais guère l’espoir de retrouver une vie normale. Dans la mesure où un jour, celle-ci le fut vraiment. Dans les eaux troubles où je nageais ces temps-ci, l’achat d’une moto neuve ou un frère imaginaire n’allaient clairement pas suffire à me sauver de la noyade. Et qu’est-ce qui m’attendait sous la surface opaque d’ailleurs ? Je fixai sans un mot mes chaussures sales sur fond de bitume brillant, avec la certitude tenace que le pire était encore à venir.


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Dim 17 Jan - 14:02 (#)

smoke and mirrors

alexandra & isaiah.
Face à quelqu’un d’autre, Isaiah serait moins patient. Moins serein. Peut-être un peu plus agressif dans son attitude, peut-être un peu plus pressant dans son besoin de réponse. Peut-être un peu plus excessif dans sa déception, quand effectivement, il peut le confirmer, ça ne lui plaît pas ce qu’elle lui dit. Ou plutôt : ne lui dit pas. Ni vampire, ni animal, ni sorcier, et quoi donc ? Il aimerait avoir des réponses, Damian, mais il sait depuis longtemps qu’il y a une différence entre ce que l’on veut, et ce que l’on a. Et il sait aussi que c’est clairement jamais à son avantage non plus. Le contraire aurait été trop beau. « Ça m’plait pas davantage. » Il hausse les épaules, ils sont d’accord sur le sujet, c’est bien mignon, ça leur fait une belle jambe, mais ça ne les avance pas plus. Et comment elle peut être aussi sûre d’elle en affirmant ça ? Parce que s’ils ne sont rien de déclarés, alors que sont-ils et comment pourraient-ils en savoir plus ? Elle se laisse retomber, Isaiah lui aussi cherche un exutoire, n’en trouve pas d’autre que cette clope qu’il allume et avec laquelle il s’empoisonne les bronches. « Parce que j’ai passé cette année à contacter des gens capables d’identifier les surnaturels. Rien donné. » Nouveau grognement, dépité, compréhensif, nouveau claquement de langue, il voit bien ce qu’elle veut dire. Il a croisé des suceurs de sang, il a croisé des animaux, il s’est senti proche d’eux et suffisamment distant aussi. Ne manquait que les sorciers à sa collection mais faut croire qu’elle, elle a l’album complet des images panini et qu’elles sont toutes aussi frustrantes les unes que les autres. « C’te merde. » qu’il ronchonne, autant pour lui que pour elle. Ils sont liés à tout ça. C’est indéniable. Pas besoin de tortiller du cul, pas besoin de fermer les yeux, ils sont liés à tout ça, d’une manière ou d’une autre. « Pas la peine de mentir, hein ? Ouais, on est liés à tout ça. On est pas humains. » Pas humain. Le mot est dit. Non-dit. Posé. Sur ce qu’il sait depuis aussi loin qu’il s’en souvienne, Damian, trop longtemps en décalage avec le reste des autres gosses pour l’ignorer. Pas humains, non. Sur-humain dans ce cas ? L’ironie lui tire les lèvres sans vraiment trancher avec sa mine sombre. « J’ai rencontré une télépathe d’abord. Elle a été incapable de lire mes pensées : illisibles, trop différentes, comme si elle appartenait à quelque chose de… J’sais pas, pas humain quoi. » Il hoche la tête, ça fait écho, comme tout le reste. « ’Serait curieux de voir ce que ça donne sur moi » la curiosité est là, la méfiance aussi : ça lui déplairait qu’on lui fouille le crâne, ça le rassurerait de savoir qu’on ne peut pas. « Ensuite deux femmes capables de lire les auras. Même résultat évidemment. Une aura unique, du jamais vu, aucune correspondance à une sorcière ou une outre. Aucune réponse de ce côté. » Et encore, le même constat. Pas une sorcière, pas une outre – il ne connaissait pas cette race-là, Isaiah, mais de toute évidence ça ne sert à rien de creuser de ce côté – et pas le reste non plus. Aura unique. Il se redresse pourtant : la lecture d’aura l’intrigue, lui confirme qu’il a bien fait de venir dans le coin vu l’abondance de CESS qu’il semble y avoir, lui donne envie d’en savoir plus.

De comprendre davantage. De fermer les yeux pour faire des liens. La génétique n’est pas constante, mais présence, c’est le point de départ le plus simple. « Même nos capacités ne correspondent à rien. Si t’as un pouvoir comme moi, tu l’as peut-être pas encore découvert c’est tout. J’ai toujours eu ces mêmes intuitions, d’être en décalage comme tu dis, et de remarquer les gens différents. Mais seulement cette année j’ai découvert que ma peau était comme blindée aux coups, même des couteaux. » Il secoue la tête, « Non, je sais très bien ce que je suis. » Ce dont il est capable, surtout. Plus fort, plus rapide, plus tonique, plus intelligent, plus que la plupart des personnes. Ça ne se voit juste moins, mais le décalage est pourtant là, il n’a jamais réfléchi comme ses pairs, ne s’est jamais comporté pareil, a toujours été le meilleur, en tout, mais pas en humanité. Une peau blindée aux coups, en revanche… Il plisse les yeux. Laisse couler, le temps de réfléchir. « Mais sinon ma mère est carrément normale, et mon père j’sais pas, je l’ai pas connu du tout. Et toi ? » Isaiah fixe la fumée qu’il vient de souffler. « Une connasse et un enfoiré, mais normaux aux dernières nouvelles. Après, comme ils se sont barrés relativement vite de ma vie, donc je ne pourrais pas parier dessus. » Ses pensées filent, rebondissent sur sa réflexion déjà en cours, cherchent, des points communs, trouvent, des fausses pistes, attisent, sa curiosité, soulèvent, des tapis empoussiérés, révèlent, des cadavres relégués depuis longtemps au placard. Il ne fait pas qu’écouter, Isaiah, quand elle reprend, quand elle se moque à mi-voix de ses prétentions, quand il prend la mesure du retard dans ses recherches, le tout mis en comparaison avec ce qu’elle a pu trouver de son côté. Il réfléchit. « Bonne chance pour trouver tes sorciers. Tout ce que j’ai trouvé c’est cette femme qui lit les auras et qui en connait un. D’après elle c’est quasiment impossible de leur faire cracher leurs secrets. » Impossible de leur faire cracher leurs secrets. Quasi-impossible. Il n’a pas une peau impénétrable, il sait en revanche faire cracher des dents, relever des détails, les exploiter sans se soucier de ce qu’il restera de la personne en face ; quand il a un objectif, Isaiah a du mal à se soucier du reste. De ce qui se met au travers de son chemin. Il plisse les yeux, quand elle le fixe. Ne lui rend pas son regard. Continue de faire filer ses pensées, de tisser un compte-rendu, donc il ne devine qu’à moitié le motif mais dont il pressent déjà le résultat. « Mais elle m’a promis de faire des recherches avec lui. En ce moment elle est partie en vacances mais on est restées en contact. Si tu veux, j’te tiens au courant. T’as mon numéro de toute façon, ça t’fera l’occasion de m’payer ce burger. » La laisse parler. La laisser lui montrer les cartes qu’elle a en main, ce que lui peut en faire, ce qu’il peut chercher à en faire. Ils ne sont pas humains, la réponse à leur question ne viendra que de non-humains aussi. Ses doigts glissent et froissent le papier, il a son numéro, compte bien le garder. « Nous sommes une autre espère, pas recensée, qui veut rester dans l’ombre. » Il articule lentement.

Tente de se remémorer le visage de son père, se heurte au silence et à la souffrance passée depuis longtemps du gamin abandonné, et l’envie de violence contre l’escroc auquel il ressemble sûrement trop. « Je n’ai pas de capacité aussi clairement hors norme que la tienne. » Toujours cette élocution soignée, en contraste avec ses habituels grognements. Il prend le temps de construire sa pensée. « J’ai toujours été plus doué que les autres. Plus doué à l’école, plus doué en sport. Plus précis, plus incisif, plus intuitif. Un instant de survie poussé à l’extrême. Je passe pour un surdoué à ceux qui se contentent du superficiel, mais un surdoué n’est rien à côté parce qu’ils ne le sont jamais en tout » N’ont pas conscience de ce qui les entoure comme Damian peut en avoir conscience. N’ont jamais eu à quatre ans à comprendre, vraiment, la violence des coups et le besoin de survie, les engueulades des parents et l’urgence d’une fuite, la morsure de l’abandon et le mépris pour l’autre, la haine brûlante et franche et le besoin de pouvoir, de contrôle, de domination qui menace constamment Domino. Sa clope se consume, est presque achevée, il se demande s’il ne va pas enchaîner avec une deuxième. « M’est avis que nous sommes programmés pour la survie. Et le pouvoir. Et la discrétion. » Taillés pour la guerre, aussi. Insubmersibles, chacun à leur façon. « Pourquoi ? » Question rhétorique. Qui tourne en rond. Le mégot tombe, s’écrase, ignoré. « Ta sorcière, qui lit les auras, donne-moi son contact. » L’officier ordonne, tranquillement. « Qu’on sache si ton aura est aussi unique, ou si elle a une sœur. » Ils savent tous les deux qu’elle sera similaire. « Tu lui es tombée dessus par hasard ? Parce qu’avec tes rencontres, j’ai l’impression qu’à chaque coin de rue, on trébuche sur un sorcier. Tout ce que je veux, c’est consulter leurs bouquins. » Il continue de tisser, dans son esprit, d’entremêler. Son père. Sa sœur. Il doit les retrouver, ce n’est même pas une option. Pour sa mère, il n’a qu’un profond mépris. Pour son père, besoin de comprendre, sans affection aucune, de se mettre face à lui et d’au mieux, trouver des réponses, au pire, laisser un cadavre ; et Daphné : cette inconnue. « Ma sœur jumelle a un don en lien avec les plantes. Mais elle n’est pas comme nous. » Il confie le don de sa sœur, mais il confie aussi un nous révélateur. Deux dans cette merde, au moins, il n’est plus seul. Isaiah a besoin de son régiment, de son unité, d’un groupe à diriger. D’une violence à évacuer. « Elle crée, je détruis. » Elle est d’une force positive, lui n’a toujours été porté que sur le négatif, se nourrit de ça. « C’est une sorcière, elle me permettra d’approcher d’autres sorciers. » La reine qu’il avance, sur l’échiquier, pion à préserver mais à sacrifier aussi pour faire tomber le mat. « Je te tiendrai au courant. » Il tend la main. Sceller un deal. Passer un accord. Faisons comme ça, donnant donnant.


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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
Alexandra Zimmer
NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
FULL DARK NO STARS
En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
You'll see him in your dreams
He'll appear out of nowhere but
He ain't what he seems
You'll see him in your head
On the TV screen
Hey buddy, I'm warning
You to turn it off
He's a ghost, he's a god
He's a man, he's a guru
You're one microscopic cog
In his catastrophic plan
Designed and directed by
His red right hand


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Ven 22 Jan - 23:53 (#)



Ça fermentait inlassablement. Ça remuait de nouveau. Cette masse de noirceur d’une épaisseur écœurante, dont les miasmes évoluaient patiemment au fond de mon âme comme un cancer doué de conscience. Cette chose ne me quittait plus désormais. Ça demeurait solidement accroché à mes basques, dans l’ombre de mon existence, une révélation sans nom ni substance palpable. Un spectre d’Halloween aux babines pendantes, dictant ses maléfices avec un sourire pervers et baveux. De ses filaments noirâtres à la texture graisseuse exhalait une humeur toute aussi sombre, souillée de haine et de ressentiment, laquelle s’infiltrait impitoyablement dans chaque fibre de mon être.
Lutter n’avait alors aucun sens. Ça faisait désormais parti de moi désormais. Ça me contaminait à chaque instant. Ça avait réussi à tuer sans heurt ce restant de motivation en moi, cette fierté miséreuse encore intacte après les évènements d’Octobre. Je sentais cette volonté fuir par chaque extrémité de mon être, comme un ballon de baudruche percé. Et aujourd’hui, sous le regard inquisiteur d’Isaiah, une mauvaise humeur insatiable s’infiltrait dans le foyer de mes tripes. Cette acidité âcre emplissait lentement mon gosier, et ses remugles remontaient dans mon crâne, en une lente pulsation migraineuse et brûlante, un message martelé avec un fer rouge.

« Hm-hm, » marmonnai-je à l’intention d’Isaiah, prêtant à peine l’oreille à ses explications personnelles.

Soudainement, tout m'irrita : le bitume devenu flou sous la chaleur du soleil, et l’odeur de vieille huile qui s’échappait de la Chevrolet crevée. L’atmosphère épaisse de métal chauffé en provenance du garage, en même temps que l’agaçante musique commerciale qui dévidait ses accents synthétiques dans l’air. J’en vins à détester cet homme aussi. Ce reflet de moi-même qui me renvoyait en pleine face l’image de l’idiote que je fus, jadis bien décidée à arracher une réponse à cette angoisse ruinant sa vie, à cette masse immonde qui attendait son heure depuis le début.
J’suis passée par là aussi, songeai-je avec une violente amertume. Et ces murmures suffocants qui martelaient mes tempes créaient une colère sourde et complètement injustifiée envers Isaiah. Comme celui-ci déclamait ses aspirations grandiloquentes, de pouvoir, de survie, et dieu sait quoi d’autre, je ressentis alors le besoin de lui faire mal. De lui transmettre cette malédiction à son tour, et de lui pourrir la vie. De lui faire entendre les chuchotis que les ténèbres m’avaient confié dans l’obscurité d’une cabine d’ascenseur en panne, une nuit d’Halloween.
Je me redressai mollement pour entamer quelques pas hasardeux dans l’allée bitumeuse, saturée d’odeur de cambouis. Mes semelles mordaient les graviers avec une acuité rendue désagréable par cette migraine exacerbée qui me taraudait à présent. En même temps, dans mon dos résonnait la voix sonore du mécano, ce timbre grave où pointait encore les aspirations d’une vie meilleure, et l’espoir d’un pouvoir surhumain maitrisable. Lui n’a pas été pourri encore, me dis-je, encore indécise quant à l’étendu des atroces révélations à lui confier.

D’ailleurs, serait-il capable de saisir l’étendue de l’horreur, ou bien allait-il me prendre définitivement pour une cinglée ? Ce vécu n’était que ma perception personnelle d’une nuit maudite, et pourtant, face à cet être similaire, je ne pouvais écarter l’idée que lui aussi allait subir Ça dans quelque futur proche. Et malgré mon propre désespoir actuel, étais-je en droit de le maudire à son tour ? Je remuais cette dernière question dans les derniers refuges de ma conscience encore épargnée par l’amertume. Je n’y découvris toutefois aucune once de scrupules, aucune culpabilité à le faire souffrir.
Et lorsque l’ordre odieux claqua au milieu de la conversation, dans cet air saturé de chaleur et de métal, je n’entendis plus que les pulsations lancinantes dans mon crâne, lesquelles psalmodiaient cette litanie mauvaise. Je me retournai lentement en le laissant déblatérer sans un mot les paramètres de sa quête à lui, sa famille et sa sœur dont je n’avais en réalité rien à cirer. Je me sentis vidée. Non pas une lassitude familière face à l’insurmontable, mais une vacuité maléfique attendant de se repaître d’une débâcle à venir et de la souffrance d’autrui.

« Non, j’vais te donner que dalle. J’suis pas censée filer son identité à n’importe qui, et j’sais encore tenir parole malgré tout. »

Malgré tout, me répétais-je à moi-même. Malgré cette envie dévorante de se débarrasser des derniers liens me retenant encore à cette quête fantoche. Malgré ce gouffre vertigineux qui s’ouvrait à mes pieds, lesquels se rapprochaient chaque jour un peu plus du rebord.

« Toute cette merde nous dépasse. C’est pas un super-pouvoir qu’on peut maitriser, et c’est carrément pas une putain de bénédiction, » continuai-je d’un ton étrangement absent.

Un détachement malsain me saisit à cet instant. Comme une clairvoyance venue des profondeurs de mon âme, je pouvais presque effleurer cette vérité du doigt, ce même cœur boursouflé de ténèbres qui s’était en parti révéler à moi ce mois d’Octobre. Je voyais clair dans une obscurité où hélas, il n’y avait rien à regarder, seulement une réponse que nous connaissions chacun depuis le commencement.

« T’crois voir le pouvoir, mais t’as pas compris qu’on a déjà perdu d’puis le début. Y’a pas de lutte possible avec l’horreur en nous, t’es juste une victime tout comme moi, récitai-je en le fixant droit dans les yeux. J’suis pas en train de t’aider là, j’suis en train de te condamner davantage. Je t’envoie sur la voie que j’ai d’jà emprunté, et tout ça malgré moi, c’est une putain de fatalité. »

L’espace d’un battement de cils, le reflet dans la vitre sale de la Chevrolet me renvoya mon image, cette fille visiblement épuisée, dont une illusion lumineuse donnait à ses yeux un aspect uniformément noir. Complètement dénués de vie. Complètement vides comme tout moi à ce instant. Et cependant, je persistai à cracher cette fausse prophétie que l’inconnu immonde m’avait alors confié, comme un vomi malsain qui n’en finissait plus d’éructer.

« Parce que c’est en toi. Quand ça t’parlera, quand tu lèveras le regard juste à temps pour voir le coin du voile s’lever, tu pigeras ce que j’dis. L’obscurité totale. Le désespoir qui t’filera la certitude qu’un jour, on va sombrer dans la pire horreur et rien de ce qu’on y fera n’y changera quoi que ce soit. »

Je concluais sur une note acide, presque un sifflement. « Voilà pour mon expérience à la con. »

Ensuite, fébrilement, je passais une main hagarde dans mes cheveux en désordre, des tremblements remuant mes membres, comme après s’être débarrassée d’un fardeau. Cette fois-ci, l’évocation du traumatisme ne provoqua aucune crise de larmes, aucun détresse insurmontable, seulement une satisfaction malsaine sortie de nulle part. Je m’appuyai un instant sur le capot brûlant de la carcasse, en proie à quelques vertiges passagers, avant de reprendre d’une voix morne.

« J’suis tombée sur des gens par hasard, je t’ai dit qu’aucun n’était sorcier. J’sais pas où on peut en trouver, et d’ailleurs j’en ai franchement plus rien à carrer à ce stade. »

Fini les putains de quête identitaire. Qu’est-ce que cela aurait changé de toute évidence ? Et que pouvais-je encore faire à ce niveau ? Cavaler dans les rues à la recherche de sorciers ? Sa main tendue m’apparut seulement maintenant dans la clarté aveuglante de l’après-midi, mais la perspective d’un contact physique déclencha une onde de dégoût le long de mon échine. Je fourrai à nouveau mes mains dans mes poches, afin de masquer les spasmes qui les secouaient.

« T’auras qu’à m’rappeler dans une semaine, j’te dirais si mon contact m’a trouvé quelque chose. En attendant j’vais rentrer poser mon cul sur mon balcon, vider des bières, fumer paquet sur paquet et attendre que la fin du monde arrive sans rien foutre de plus. »

Fin de l’histoire. Fermons les guillemets, point final, et inutile d’aller à la ligne. Et allons-y, démerde-toi avec la bombe. L’endroit inondé de soleil et de senteurs métalliques me fit brusquement horreur. J’eus l’impression d’avoir un mal fou à respirer. Je jetai un regard circulaire autour de moi, encore sous le choc d’avoir à nouveau fouillé dans les souvenirs de cette nuit terrifiante, comme une alcoolique cherchant sa bouteille de tord-boyaux. À présent, pressée d’en terminer avec cette conversation troublante, je me hasardai dans l’allée de graviers, espérant silencieusement que ce type en ait terminé avec ces questions. Pressée de m’isoler. Pressée de m’enfuir. Pressée de sombrer dans mon appartement solitaire. Pressée de refermer cette porte au moins quelques instants. Et ce, quel que soit la chose m'attendant derrière le battant. Ça reviendrait tôt ou tard.


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Jeu 25 Mar - 20:59 (#)

smoke and mirrors

alexandra & isaiah.
Contrairement à ce que ses silences, ses interventions hachées et ses manières aussi brutes qu’agressives, Damian est loin d’être un idiot. Bien au contraire. Il fixe, chaque fois qu’il prend le temps d’y penser, le puzzle que depuis des années il essaye de compléter sans en posséder toutes les pièces ; et s’il commence à en comprendre les contours, s’il les a même posés avec certitudes quelques années plus tôt lorsque le surnaturel et l’immatériel sont devenus concrets, il ne peut qu’avoir une conscience aigüe de ses limites voire plus : de ce qui s’obstine à se tenir hors de sa portée. Il ne peut pas deviner l’indevinable. Il ne peut que poser des hypothèses, donner les coups qu’il faut dans les estomacs qu’il faut pour extorquer des réponses. Et continuer à se plier, bon gré mal gré, à la camisole des lois et aux cages de la légalité dans lesquels la société stupide s’obstine à l’enfermer. Derrière sa décontraction affectée, et le soin qu’il peut exceptionnel porter à son élocution alors qu’il remet sur la table une bonne partie du puzzle, il se demande malgré tout s’il ne ferait pas mieux de tout envoyer valser. Sait bien que c’est ce qu’il finira par faire, de toute manière ; au risque de compromettre définitivement son objectif en venant ici. Quoi qu’il puisse chercher, quoi qu’il puisse trouver, s’il peut tenir Daphné éloignée de tout ça le plus longtemps possible, ça ne serait pas un mal. « Hm-hm, » Damian hausse un sourcil, hausse les épaules, passe outre l’absence d’intérêt d’Alex pour ce qu’il raconte : lui, il remet en ordre ses pensées pour le moment. Essaye de faire concorder cette familiarité entre eux avec ce qu’il savait déjà, essaye de comprendre pourquoi il se senti si proche d’elle, alors qu’il s’est toujours senti autant en décalage avec sa sœur jumelle. Elle se redresse, Damian pince les lèvres en terminant la nouvelle composition, en contemplant la pile de pièces discordantes qui ne trouvent toujours pas leur place sur son esquisse.

Il a besoin de réponse. Et ses connaissances, à elle, peuvent lui en donner de toute évidence. L’ordre se découpe, clair et net, dans son monologue. L’officier s’extirpe du mécano, pour avancer ses pions sur l’échiquier et ses unités sur le terrain. Il ne se mettra pas en retrait, tout au contraire, . « Non, j’vais te donner que dalle. J’suis pas censée filer son identité à n’importe qui, et j’sais encore tenir parole malgré tout. » L’ordre, et en face, le chaos. L’insubordination. Le refus, le rejet, l’opposition, tout le corps de Damian se tend  comme un arc en réaction. Pardon ? Ses yeux s’obscurcissent davantage en réponse ; Damian est le premier à suivre presque plus souvent son instinct que des ordres, le premier aussi à ne pas tolérer ce genre de comportement chez ses hommes. « Toute cette merde nous dépasse. C’est pas un super-pouvoir qu’on peut maitriser, et c’est carrément pas une putain de bénédiction. T’crois voir le pouvoir, mais t’as pas compris qu’on a déjà perdu d’puis le début. Y’a pas de lutte possible avec l’horreur en nous, t’es juste une victime tout comme moi. J’suis pas en train de t’aider là, j’suis en train de te condamner davantage. Je t’envoie sur la voie que j’ai d’jà emprunté, et tout ça malgré moi, c’est une putain de fatalité. » L’horreur en nous. Tout le reste lui passe au-dessus. Tout le reste glisse sur lui sans l’impacter. Pas ces quelques mots. L’horreur en nous, la satisfaction malsaine qu’il peut avoir à frapper un homme au sang, à être en contrôle, en maîtrise, à dominer sans laisser à l’autre la moindre chance de riposte, cette fureur qui le pousse – comme maintenant – à faire payer en physique tous ceux qui osent se dresser devant lui ; comme elle le fait à cet instant.

L’horreur en eux. Dans les yeux noirs, entièrement noirs, d’Alex, au reflet violemment renvoyé sans déformation dans la vitre la plus proche ; que Damian fixe sans ciller. « Parce que c’est en toi. Quand ça t’parlera, quand tu lèveras le regard juste à temps pour voir le coin du voile s’lever, tu pigeras ce que j’dis. L’obscurité totale. Le désespoir qui t’filera la certitude qu’un jour, on va sombrer dans la pire horreur et rien de ce qu’on y fera n’y changera quoi que ce soit. Voilà pour mon expérience à la con. » L’horreur en eux, il connait, il la connait même très bien. « Je connais. », dans ses lèvres, un grommellement se perd. De toute manière, il n’est pas destiné à quelqu’un d’autre que lui. La lutte féroce, la violence qui l’appelle, à laquelle il résiste, parfois. « J’suis tombée sur des gens par hasard, je t’ai dit qu’aucun n’était sorcier. J’sais pas où on peut en trouver, et d’ailleurs j’en ai franchement plus rien à carrer à ce stade. » La dureté, toujours. L’horreur en nous, l’écho persiste, l’obnubile ; de la même manière qu’un élan le pousse vers elle, l’appel attire son attention, assourdit le reste. Le laisse silencieux, mais pas moins attentif pour autant. « T’auras qu’à m’rappeler dans une semaine, j’te dirais si mon contact m’a trouvé quelque chose. En attendant j’vais rentrer poser mon cul sur mon balcon, vider des bières, fumer paquet sur paquet et attendre que la fin du monde arrive sans rien foutre de plus. » Nouveau silence, quand elle se tait, quand elle s’écarte. Pas une sorcière, son contact ? Mais dans ce cas-là, comment est-ce qu’elle s’y connaît, en aura, comment elle s’y connaît, en surnaturel ? Trop de choses qu’il ignore, Damian mélange deux puzzles et ne commence que tout juste à le comprendre.

Laisse le silence s’étirer, encore, alors que sa main retombe et se ferme sur un poing hostile. « Okay. » Sa mâchoire finit par se décontracter, inévitablement. Il récupère le formulaire, hésite, il a tout pour la recontacter ici, oui. Hésite encore, avant d’en arracher un coin et d’y foutre les dix chiffres de son portable, plier le papier et le lui tendre. « Si jamais, mais je te contacterai. », il le pose sur la carrosserie avant de vérifier que les papiers sont bien remplis et de respirer. Hostile, c’est ce qu’elle est ; violent, c’est ce qu’il est. A s’écouter, il ne se contenterait pas de ce qu’elle lui dit, du non, du tu n’auras qu’à, du j’en ai rien à carrer, des propos qu’elle lui balance dans une négativité à laquelle Damian se sait imperméable. Il est déjà bien trop loin dans tout ça pour ne pas se sentir déjà malmené par l’ensemble. Imprégné, même, par la tempête. L’obscurité totale, il l’a vue, plus tôt deux fois qu’une, a cédé à son appel tout aussi souvent. Le désespoir, il ne l’a jamais ressenti en revanche, plus une résignation malsaine face à cette horreur, et cette ivresse qui le laisse haletant et satisfait quand il se contente de faire juste ce qu’il veut et arrête d’essayer de se plier au reste.

Damian s’écarte. Isaiah s’éloigne, les papiers qui s’agitent, « Je reviens, je te ramène ton fric » qu’il explique en rejoignant rapidement l’intérieur du garage, pour troquer la paperasse contre les dollars envisagés ; l’explication au patron ne prend pas plus d’une minute, il pointe du doigt la bagnole, argumente, hausse les épaules, Damian prend sur lui pour ne pas rester fixé sur Alex. Il revient avec la dizaine de billets, les tend. « J’ai négocié cent dix balles. », la paperasse suit, encore, la putain d’administration qui ne se lasse pas de s’immiscer un peu partout. « T’as juste à signer les deux papiers, un pour toi et un pour nous. » Et l’affaire sera réglée, bien plus simple que leur autre problème commun. « Si c’est pas des sorciers, c’est quoi ? »


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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
Alexandra Zimmer
NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
FULL DARK NO STARS
En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
You'll see him in your dreams
He'll appear out of nowhere but
He ain't what he seems
You'll see him in your head
On the TV screen
Hey buddy, I'm warning
You to turn it off
He's a ghost, he's a god
He's a man, he's a guru
You're one microscopic cog
In his catastrophic plan
Designed and directed by
His red right hand


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Dim 28 Mar - 18:49 (#)



L'instant terrible annonçant la nausée. Ces secondes de flottement entre deux états hallucinés, cette voie ouverte entre le réel et l’imaginaire, un terreau fertile où devraient naitre les manifestations illusoires de mon inconscient. Les contours de ma vision auraient dû révéler à ce moment-là, toute la symbolique dissimilée dans les creux du décor. Sous le bitume écrasé de soleil, les ombres des carcasses blêmissantes se seraient muées en myriades de visages scrutateurs, les vitres brisées des portières, en orbites vides et moqueuses, leurs voix s’élevant au gré du chœur strident de la radio mélangé aux gémissements métalliques en provenance du hangar. Les odeurs de rouille, d’huile et des mécaniques sales auraient pris l’atroce fumet du souffre, comme pour accompagner les lézardes à l’aspect de serres qui couraient entre les murs, et sur le sol craquelé par la chaleur du Sud.
Un tel tableau m’aurait rassuré, en vérité. Mais nous n’étions pas dans un livre. Je n’étais même pas une auteur chevronnée amatrice de ces envolées lyriques excessives, et des surabondances de descriptions métaphoriques. Je n’étais qu’une écrivaillon avec une sale envie de vomir.

« Okay, » marmonnai-je en hochant la tête, sonnée par cet éclat de colère. « Okay. »

Le dos voûté. Les mains enfoncées dans mes poches. L’estomac au bord des lèvres. Je relevai les yeux vers cet Isaiah sans le voir, vers cette vieille voiture et le bâtiment à deux pas, lesquels formaient une masse indistincte aux contours flous, comme un mirage à travers un désert caniculaire. Nulle face hilare dans les dessins des fenêtres, nulle terreur animale dans le creux des établis. Nulle figure de style pour alléger ma peine. Hélas, les détails autour de moi atteignaient une intensité nauséeuse, à la manière d’un flot de couleurs impitoyables, vaste marée odieuse et suffocante qui s’engouffrait avec force dans mes orbites douloureuses. Je n’y découvrais le réconfort d’aucune forme. Seulement les immondices de nuances inutiles, désagréablement réalistes et matérielles, qui me repoussaient dans un univers dépouillé de tout espoir, sans signification profonde, ni destination apaisante.
La froide réalité s’offrait à mes sens, sans filtre, sans poésie. Elle prenait l’aspect simpliste des choses humaines, les lettres criardes des enseignes, la texture délavée des carrosseries, la graisse de moteur qui teintait les mains de mon interlocuteur d’un noir triste. J’eus encore envie de dégueuler. L’énorme bouchon de mal-être au fond de mes tripes, ce mélange de ressentiment, de frustration et de haine, venait d’être jeté à la face d’Isaiah, laissant un vide où se précipitaient les restes d’une vie brisée, me laissant en proie aux vertiges, comme un navire encore balloté par une tempête éteinte. Des tremblements parcoururent mes membres, me faisant frissonner sous le soleil brûlant de Louisiane. Je fis alors un effort pour ravaler l’afflux de salive remontant de mon estomac.

Me voilà de retour au présent, messieurs, dames, au carnaval de la vie, avec son absolue vacuité de l’existence humaine, et sa désespérante absence de raison. Cela me rendait malade.

« Hm-hm, okay, ça marche. » marmonnai-je en fixant bêtement le bout de feuille abandonné sur le capot, tandis que le mécanicien vérifiait ses formulaires.

Toute cette lumière, merde, fait si mal aux yeux. Isaiah s’éloigna vers l’intérieur du garage, dans cette atmosphère encore surchauffée par le soleil, les moteurs, et les senteurs de cambouis, lesquelles conféraient à sa silhouette massive un aspect irréel. D’une main hésitante, je saisis le carré de papier tremblant sous une timide brise, et le fourrai dans ma poche, sans même en vérifier le contenu écrit à la hâte. Je n’éprouvai aucune conviction quant à son avenir. Je n’en éprouvai pas davantage pour le mien. Les mois à venir étaient nimbés de cette certitude floue, malsaine et rassurante à la fois, de n’avoir aucune consolation, aucune issue visible, seulement un marasme de plus en plus profond, noyé dans un appartement sordide. Ouais, mon futur était tel que je venais de le lui décrire.
Whisky et pizza. Cigarettes et alcools. Dépression et délabrement de soi. L’air commença à me manquer tout à coup. Je posai mes paumes à plat sur la carrosserie brûlante de la vieille Chevrolet, fixant le reflet de cette fille désabusée et épuisée, à la chevelure en désordre, presque maladive. Je relevai la tête en entendant les pas du mécanicien revenir vers moi, intimement persuadée qu’il m’avait déjà rangé dans la catégorie des tarés en devenir. Ce qui n’était qu’à moitié faux.

« Ça m’va. » Je saisis fébrilement les deux derniers papiers administratifs tendus, afin d’y coller ma signature nerveuse.

Encore une autre question. Une énième putain de question de merde. J’adressai un regard las vers ce frère inconnu. Sa carrure de lutteur. Ses épaisses paluches qui ne cessaient de tressailler à la moindre contrariété, preuve que le direct dans ma tronche n’était jamais loin. Je soupirai longuement.

« Tu lâches jamais, hein ? Même si tu m’colles ton poing dans la tronche, ça changera pas l’fait que j’suis pas tellement plus avancée que toi, mis à part quelques contacts qui m’ont appris que dalle. »

Je lui rendis en même temps ses formulaires signés. Les reflets du soleil sur les chromes délavés et le bitume asséché ne cessaient d’amplifier ma migraine, constamment présente. Je dépoussiérai mes maigres connaissances d’une voix trainante, les hanches contre la portière, et les yeux dans le vague.

« Des outres, c’est l’nom qu’ils s’donnent. J’saurais pas exactement t’expliquer les différences avec les sorciers, vu que j’en connais aucun. D’après ce qu’on m’a dit, les outres ont un talent précis, comme l’fait de voir les auras comme mon contact. Mais rien de plus. »

Un haussement d’épaules. Un nouveau soupir. Je dévidai lentement mes pensées, comme si l’accès de fureur et de terreur précédente n’était plus qu’un vague souvenir à l’intérieur de mon crâne vide.

« Tu vois les X-Mens ? Bah, c’est ça. J’suppose que les sorciers savent faire plus de choses, peut-être plus de connaissances, et ils ont leurs sectes là. Des outres en version améliorée, qui sait ? Peut-être qu’il faut être outre avant d’devenir sorcier, j’sais pas, ce sont que des hypothèses. »

Mes derniers mots moururent dans un murmure teinté d’amertume. Une absence de réponse à nouveau, un silence seulement hanté par les spectres des conjectures et d’éventualités, dont les incessantes litanies me laissaient de plus en plus indifférente chaque jour.

« Bon. Merci pour le fric en tout cas. J’dis pas que j’aurais de meilleures réponses à l’avenir, ce serait une première, mais si j’ai du nouveau, j’te ferai signe. »

J’serai sûrement à l’asile d’ici là, pensais-je. Au mieux. Je fourrai à nouveau les mains dans mes poches. Dans la vitre voilée d’une poussière ocre de mon ancienne voiture, je rencontrai les traits déformés de mon visage, aux couleurs livides d’une journée d’hiver, dont la bouche formait un cri silencieux, et les pupilles, des cercle de jais sans vie. Ouais, l’asile me semblait adéquat.

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