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Princesse Kumquat, le Glaçon Impérial.
Mei Long
Mei Long
Princesse Kumquat, le Glaçon Impérial.
ASHES YOU WERE

En un mot : Derrière elle, les traumatismes de l'Orient. Devant, ce spectaculaire et dangereux Occident. Entre les deux, cette douce torpeur, bourreau et gardienne de sa déraisonnable folie. De sa folle déraison.
Facultés : Tes capacités, tes dons.
Thème : Secret Garden - Adagio
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ASHES YOU WILL BE

Pseudo : Drustan
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Sam 4 Avr - 19:52 (#)


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D'un dernier geste précis elle termine de peindre ses lèvres, les pinçant brièvement alors qu'elle en étudie le reflet au travers du miroir de sa coiffeuse. La couleur est naturelle, loin des teintes criardes qu'elle exècre sur son teint oriental et la rabaisseraient à un rang que cette dernière méprise tout autant. Se redressant, elle ajuste la longue robe portefeuille d'un blanc immaculé qu'elle a choisie de porter ce soir. Loin de la mode colorée et bariolée que cette décennie apporte avec elle, il fait ressortir sa peau et surtout la longue chevelure de jais qui cascade jusqu'au creux de ses reins, en parfaite opposition aux coiffures stylisées des ces bourgeoises endimanchées dont elle devine la présence en bas par leurs rires forcés.
La fête a commencé depuis une bonne heure et demie maintenant mais l'étrangère n'a pas dénié les enrichir de sa présence pour le moment. Une trentaine d'invités déambulent présentement à l'étage inférieur et pourtant c'est vers la fenêtre de la chambre qu'elle se dirige, tirant le rideau pour contempler la ville sous ses pieds. Croissant de lune à peine visible, il lui faut se familiariser à nouveau avec cette agitation nocturne à laquelle Mei n'est plus habituée. Combien de temps loin de cette fourmilière humaine ? Des tentations ? Combien de temps emmurée dans cette cruelle autarcie ? Et puis il était parti. Parmi toutes ces fenêtres éclairées, elle le sent, le devine au plus profond de ses entrailles, errant lui aussi au milieu de ces pantins articulés. Quelque part, au centre de la violence et la corruption, des putes et des nègres, de l'héroïne qui court dans le dédale des rues et n'épargne personne, dans ce déclin économique et industriel qui souffle et fait se gonfler un taux de criminalité déjà record, il survit sans elle.
New York et les années soixante-dix.
Elle aime cette ville, ici, maintenant, derrière le rideau du rêve américain rongé par les mites et les protagonistes inspirant l'air pollué de la récession. Il est là, quelque part, mais elle ne prononcera pas son nom à l'intonation si française. Ne le cherchera pas. Parti, il était parti. Et comme seul témoin de sa présence dans sa vie, la pierre d'aventurine offerte quelques années plus tôt, sans valeur aucune mais que l'orientale porte montée en collier sans jamais la quitter. « Tu n'aurais pas dû me laisser tu sais. Je vais tous les tuer. » Murmure dans la nuit, confidence à un ancien amant qui ne peut pas l'entendre.
Se détachant de la fenêtre, elle enfile des talons de la même couleur que sa robe, et, prête à pénétrer la ruche et jouer les reines, elle quitte l'intimité de la chambre pour rejoindre la fête.

Sur le palier, mains sur la balustrade, l'Asiatique les étudie pendant de très longues minutes. Les robes sont effectivement criardes et de mauvais goût, laissant des jambes indécemment nues parfois couvertes par de hautes bottes. Terminé l'époque des costumes trois pièces, la flanelle a remplacé le smoking pour la bourgeoisie qui se veut plus décontractée, et les chemises dans des tons pastels retirent tout virilité au sexe fort. Tous si semblables sur cet échiquier humain. Tous si banals. Ennuyeux. Mortels. Et tous blancs.

Descendant lentement les marches l'immortelle sent les regards se poser plus ou moins discrètement sur sa personne mais c'est le menton haut qu'elle se déplace, prenant soin de ne pas les regardes dans les yeux sans pour autant les baisser. Ils ne méritent pas sa considération, ne sont que ses jouets du moment, pions soigneusement placés pour sa distraction et la satisfaction de penchants sadiques que cette Autre sait si bien lui souffler. Qu'ils le regardent, beauté de porcelaine au métissage exotique. Elle dénote, au milieu de tous ces pseudos américains encore européens quelques générations plus tôt. Étrangère dans leur cercle fermé, malaise sur une origine dont qu'ils ne parviennent pas exactement à placer. Fait elle partie de cette minuscule île qu'il leur a déclarée la guerre trente ans plus tôt et sur laquelle leur vengeance a été ''atomique'' par deux fois ? De cet immense pays dont ils ne connaissent des coutumes que des rumeurs ridicules ? Parle-t-elle au moins leur langue ?
Heureusement l'orientale connaît la plupart des visages présents ce soir. Quatre mois maintenant qu'elle a mis la main sur Peter, héritier d'une fortune industrielle, faux intellectuel qui amasse des objets venus des quatre coins du monde par simple lubie du moment et collectionne les femmes comme des trophées. Mais ça l'ennuie pas. Après ce soir il ne collectionnera plus rien et son coffre sera vidé. Quatre mois qu'elle supporte les plaisanteries, qu'elle complimente quand il le faut, sourit au besoin et tire les ficelles de ces petites marionnettes. Quatre mois qu'elle se retient pour s'assurer une porte de sortie confortable.

Mais la vampire n'en peut plus. C'est sur leur jugulaire que son regard s'attarde, sur les battements de leur cœur qui résonnent à ses oreilles, au-delà de la musique qui lui vrille des tympans sélectifs.

L'appartement est immense est c'est dans la troisième pièce qu'elle trouve son compagnon, entouré de ses amis les plus proches dans un salon privé, se vantant de ses dernières acquisitions récentes. Ce qu'ils pouvaient aimer l'exotisme même réduit à un simple objet futile....
Quand il capte son arrivée son sourire s'élargit alors qu'elle se rapproche « Mei ! Enfin... je crois qu'ils sont prêts pour une nouvelle expérience... » Et c'est avec retenue qu'elle s'immisce dans le cercle, acceptant le baiser sur la joue que Peter lui offre. « Ils sont toujours friands de nouvelles expériences, il n'y a que les riches qui ont le temps et les moyens de s'ennuyer dans cette ville. » Des rires viennent accueillir ses propos mais pas la trace d'un sourire sur ses lèvres. Après tout ce temps passé avec eux ils ne font plus assez attention à elle pour scruter la moindre de ses réactions. Son regard teinté de dégoût passe inaperçu alors que le propriétaire des lieux sort d'un étui une longue pipe à opium d'un ivoire blanc et brillant, cédant son verre de champagne à Mei. Pour donner le change elle fait mine de tremper ses lèvres dans le liquide pétillant, sans l'avaler. « C'est quoi ça, le calumet de la paix ? » De nouveaux rires et Mei sert des mâchoires pour ne pas l'égorger tout de suite devant tout ce beau monde. Ignare ! « C'est une pipe à opium, et un très beau modèle, probablement réservé à une certaine caste, elle est magnifique, où as-tu dégoté ça ? » Bon peut-être pas tous ignares. Peut-être épargnerait-elle celui-ci. Probablement pas. « Miss Liu Jie ? »

L'entente de ce nom d'emprunt la fait se rapprocher, prenant entre ses mains la pipe, préparée plus tôt. « Effectivement, celle-ci a appartenu à ce que l'on pourrait qualifier d'aristocratie chinoise. » Elle s'incline poliment devant l'ami de Peter qui a vu juste et qui lui renvoie le même salut. « Elle date de la dynastie Qing, dernière a avoir eu accès au pouvoir impérial. » Sa propre lignée. Son propre sang. Ils se moquent bien de l'histoire derrière l'objet, la simple évocation d'un pays lointain et d'un rituel de drogue qu'ils ne connaissent pas suffisent à émoustiller leur petite vie morne. « Ce n'est pas dangereux ? » « Pas sous cette forme. Autrefois, on consommait l'opium liquide » Et tendant la main en direction de Peter elle attend qu'il lui offre une allumette.  «Il se peut qu'il y ait eu quelques surdosages... » Les hommes rient, les femmes se crispent. « Jusqu'à ce que les indonésiens ne commencent à la mélanger au tabac. » Elle craque l'allumette. « La drogue agit plus vite par ce procédé et croyez-moi, vous voudrez vivre cette expérience. On dit que l'opium a des vertus aphrodisiaques... » Et alors que ces dames lancent des regards intéressés à leur compagnon, elle allume la pipe, inspirant une longue bouffée avant de recracher des volutes bleutées au-dessus de leur tête. « Je ne partagerai pas la vulgaire héroïne qui court dans les rues. » Une autre longue bouffée, pour inciter l'ego des hommes à se dire que si un petit gabarit comme elle tenait la distance, et qui plus est une femme, rien ne leur arriverait. « Les aristocrates françaises et italiennes se mettaient une goutte de belladone dans les yeux pour dilater leur pupille et ainsi se rendre plus désirables, l'aristocratie chinoise usait d'opium, la drogue a toujours accompagné une certaine classe de la population.... » Son propre discours la dégoûte. Plus vite le jeu se terminerait et plus vite elle pourrait goûter la drogue dans leur sang. Et retenant son impatience, Mei tend la pipe au premier opportun qui voudra s'y risquer.
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ADMIN ۰ Dalida - Elle devra choisir entre son amour et sa mort.
Aliénor Bellovaque
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♚ TAKE AWAY THE COLOUR ♚

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"Eh bien ; la guerre."

En un mot : La Vipère sous la rose.
Qui es-tu ? :
"Don't die with a clean sword."

♚ Caïnite âgée de trois siècles ; Accomplie du bel âge à portée d'ongles carmins.
♚ L'Ambition la ronge, mais laquelle ? ; le vide de nuits interminables la détruit plus sûrement que n'importe quelle balle en argent. L'Ennui pour seul véritable danger.
♚ Gorgone gauloise, sa réputation parle pour elle, surnommée Mère sanglante ou Reine rouge. Nombre d'enfants sont tombés sous ses crocs.
♚ Fille de corsaire, héritière de ses lettres de Marque ; navigua au service de Louis XV dans les eaux des Caraïbes à la tête de l'Espérance, frégate à l'équipage composé de deux centaines d'hommes.
♚ Trahie par un Britannique ; capturée et ramenée de force sur l'île de Mona, torturée , abusée, échappée - mourante (malaria). Transformée par un autre, à l'aube de sa trentaine.
♚ Éprise de coups d'État et féroce opposante à l'Essaim. Antique imperméable à l'ordre. Partisane du clan du Chaos. Danseuse sur le fil acéré de leur rigueur.
♚ Maudite ; aucun enfant n'a pu sortir de son ventre. Aucun Infant n'a pu résister à son vice, transmis tel un fléau. Sire matricide par deux fois. Échec toujours en gestation.
♚ Sang turc dans les veines, manie les us et coutumes perses. Son réseau d'Orient et d'Occident est dessiné comme une arachnide file sa soie.
♚ Incapable d'aimer son époque ; craintive pour l'avenir, répudiant son passé.
♚ Se joue d'une beauté en laquelle seuls les autres croient. Compagne de Serguey Diatlov, mère de substitution de Yago Mustafaï, protectrice de Mei Long.
♚ Pie voleuse, elle a dérobé le Clan du Chaos aux mains trop glissantes de Salâh ad-Dîn Amjad, qu'elle compte bien refonder en un ordre sérieux pour s'opposer à la Mascarade ainsi qu'au dictat de l'Essaim en place.

♚ SLAVE TO DEATH ♚

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"I know where you sleep."

Facultés : ♚ Vicissitude (niveau III)
♚ Mains de la destruction (niveau I)
♚ Chimérie (niveau I)
♚ Stratège. Rapide. Teigneuse.
Thème : Sleep Alone ♚ Bat for Lashes
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♚ CANNIBAL ♚

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"Mind if I cut in?"

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Pseudo : Nero.
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Sam 11 Avr - 2:01 (#)

♛ No one walks away from me

Never forget what you are, for surely the world will not. Make it your strength. Then it can never be your weakness. Armour yourself in it, and it will never be used to hurt you.

▼▲▼

New York, 1971.

Le son de ses bottes clinque et résonne, tout du long de ce couloir métallique. Interminable. Ils sont seuls. Seuls à suivre ce corridor à la lumière faiblarde et bleutée. On n’entend pas le souffle de celle qui a cessé de respirer depuis des lustres. En revanche, le sifflement ténu et fébrile du gamin qui la précède lui est largement perceptible. Elle y devine de l’appréhension, de l’admiration, du dégoût et du désir pour elle, ainsi qu'un besoin irrépressible de sentir ses canines s’enfoncer dans sa chair. Il fait partie des initiés, de ceux qui ont croisé les pas d’un Antique, malédiction ou don du ciel, cela reste encore à déterminer. Pâlot, la mine sérieuse et apeurée, il jette un bref regard derrière son épaule, comme pour vérifier qu’elle demeure bien sur ses talons. Elle ne lui sourit pas, bien que ses yeux fauves le détaillent avec son acuité habituelle. La Gorgone déchue se sent pétrie par un sentiment intolérable communément nommé : mélancolie. Le gosse lui rappelle celui qui, dans le temps, se hissait en haut de la misaine pour prévenir des terres à l’horizon, des drapeaux levés ou des tempêtes en approche. Coulé par le fond, lui aussi. Nourriture jetée aux poissons géants qui n’ont jamais cessé de hanter les mers. Ses fantômes ne cesseront pas de la hanter, et ce soir en particulier agit comme un vecteur de réminiscences que la mutine refuse. Elle se cabre, gronde, encore éprouvée par les récents événements, et la fuite de la capitale. Sa capitale. Elle ne réalise pas encore que son empire s’est effondré avant même d’avoir connu l’ombre d’une apogée. Même si elle donne le change. Même si elle demeurera celle qu’elle n’a jamais cessé de vouloir être, depuis l’époque qui l’a vue défier la Mort elle-même : impériale.
Ses ongles brillent d’un mauvais vernis pareil à celui dont elle enrobe les propos tenus aux idiots, aux ignares, aux inconscients. Mais le vernis s'écaille.
Ses cheveux sont lissés pour mieux se fondre dans cette époque étrange, aux dernières bribes d’un glamour sur le point de s’éteindre. Ils ne lui vont pas ainsi. Ne lui rendent pas honneur.
La robe rouge qui la cintre fait ressortir le dessin de ses épaules, s’échancre sur sa poitrine opulente en un décolleté osé, et la ceinture d’or qui enferme sa taille pourrait presque oppresser des poumons morts que rien n’agite. Elle ressemble exactement à ce qu'elle ne veut pas être.
Elle, régente d’un monde en train de mourir, marche sur ce sol poussiéreux comme une souveraine se dirige vers l’échafaud, sous l’œil d’un garçon à tout faire un peu curieux d’une telle rencontre. Si elle tirait sur un pan de veste, sans doute dévoilerait-elle une trace de morsure, les signes d’ébats un peu trop violents, et d’autres marques révélant sa nature de Mordu. Lorsqu’enfin il s’arrête, c’est pour dégainer un trousseau de clefs bruyamment, dont le tintement entre elles est décuplé par les rebonds du son tout autour d’eux. « C’est c’ui-là, m’dame. » Jimmy Bell n’ose dévisager la Dame. Il n’est qu’un p’tit gars du Queens, fils de docker irlandais. Il sait qu’il n’était pas censé fréquenter des gens « comme ça ». Que sa place d’homme de main ne tient que par un fil – ou du moins c’est ce que celle à qui il s’est liée lui fait croire. « Ils ont tout ramené. Tout est là. » La bonne clef tourne, lui se baisse, saisit la clenche et, d’un mouvement solide témoignant de sa force en dépit de sa taille plus petite que la moyenne des hommes, le rideau se lève. Un grincement sordide accompagne la ferraille qui cogne presque douloureusement au plafond. Digne, elle se fige, contemple avec effarement les quelques effets épargnés, sauvés dans sa fuite. Un ou deux meubles. Quelques souvenirs de Paris. Beaucoup d’habits. Effets personnels qui ne valent pas plus que ce que sa mémoire leur accorde. Un parfum. Son coffre bourré de correspondance. Un capharnaüm presque trop sage, presque trop vide. Elle s’avance avec une délicatesse qui ne lui est pas coutumière. Le bout de ses doigts nus effleure le bois et le tissu. L’odeur la dérange. Une odeur ancienne. Un parfum d’appartement défraîchi, exhumé et visité par quelque curieux ou précédant la destruction d’un immeuble désuet. Elle ne reconnaît pas ce qui est censé lui appartenir. Elle se perd, dans ces neuf mètres carrés qui lui sont réservés.

Déchue.

« C’est tout ? »

Jimmy sursaute, avant de se tordre les mains. Il ne s’attend pas à ce qu’elle pose des questions. Il n’est là que pour la guider. Pour lui montrer. Mais elle ne veut plus voir. Elle se détourne dans une volte-face au parfum fleuri (fanée), et remonte l’allée à une vitesse, sinon surnaturelle, du moins suffisamment rapide pour affoler l’éphémère. Elle entend le rideau qu’on rabat (rideau, spectateurs qui se lèvent et applaudissent ; quelle sortie !) les clefs qu’on triture, le cliquetis qui verrouille, puis les pas feutrés du gamin qui court pour la rattraper. « J’n’ai pas encore reçu les affaires de m’sieur McCoy, m’dame, mais elles devraient pas tarder, c’est sûr ! Son box s’ra près du vôtre et… »
« Je m’en moque. Arrange cela le plus rapidement possible, et remercie-la de ma part. »



Une heure plus tard, les portes s’ouvrent sur la réception où elle devra attendre de savoir où échouer. Le réseau a fonctionné, dernière toile de ses fidèles qui eux aussi ont fui le désordre de Paris. À peine a-t-elle franchi le seuil d’une demeure qu’elle ne connaît pas, où elle n’a aucunement l’envie de pénétrer, qu’une paire d’iris aux reflets verdâtres l’attrape pour ne plus jamais la lâcher. Lui aussi est grimé, comme elle ; sans doute ne se reconnaît-il pas dans cette tenue qui ne souligne pas comme il le faudrait sa silhouette féline, nerveuse et puissante. Il sourit pourtant, fait bonne figure, dévoilant des incisives déjà taillées en pointe au naturel ; la fée penchée sur son berceau devait avoir de l’humour. « Ali… » Elle ne peut lui rendre ce masque. Il sait. Leur accolade est aussi brève que curieusement froide. Immortels. Entre eux, le Perse chuchote, tandis qu’ils s’isolent rapidement des convives en longeant les murs. « Suis-je obligée de rester ? Ne pouvons-nous pas partir tout de suite ? »
« Pas encore. Tout va s’arranger, il faut juste que… qu’on trouve un terrain sûr. »
« Je ne veux pas rester à New-York. »
« Habitue-toi. Pour le moment, c’est encore là que nous passerons le mieux inaperçus. Cette ville est immense et chaotique. »
« Oui… Chaotique, c’est le mot. » Elle a décidé de haïr cette ville. Cet État. Ce pays. C’est la première fois qu’elle pose le pied aux États-Unis depuis que le XXe siècle s’est ouvert, elle qui leur a toujours préféré les confins de l’Europe ou les plaines orientales. « Nous ne sommes pas en mesure de réclamer davantage, je le crains. » Sa bouche orné d’un rouge aussi sanguin que celui de sa robe se tord en une moue boudeuse qui n’a rien d’enfantin, ni de plaisant, pour cette fois. Et lorsque les prunelles océanes tombent dans celles d’Ysian, ce dernier se pare d’une expression rassurante, sobre et symptomatique de son âge avancé, à peu près équivalent au sien. « Ne bouge pas. Je reviens te chercher dès que je suis sûr de l’endroit où… »
« Pourquoi n’est-il pas là ? »
Ses paupières battent ; faux réflexe de sa vie humaine qui lui donne envie de lui arracher les yeux. Ils n’en sont plus là, à feindre les émotions des mortels. Pas maintenant. Pas ici. « De qui est-ce que tu… ? »
« Tu sais très bien de qui je parle, je veux qu’il vienne. Maintenant. »
« Il est ton Infant, tu pourrais très bien… »
« Mais je ne devrais pas avoir à le faire. Je ne devrais pas. »
Un silence, troué par la musique et les rires, par les tintements des coupes remplies d’un alcool qu’elle ne boira jamais. La main du Turc se pose contre le bras nu de celle qu’il ne se targuerait jamais de nommer amie. « Attends-moi. »

Elle ne guette pas l’heure, ne cherche pas à décortiquer les aiguilles des horloges aux couleurs fantasques. Ses bottes blanches lui grimpent presque jusqu’aux genoux, laissant ses cuisses en partie révélées. Elle attire l’attention de certains hommes, mais ne se sent guère d’humeur à jouer les coquettes cette nuit. Amère, elle s’empare d’un verre de champagne pour se donner une contenance et s’occuper les mains, errant de coin en coin, inconnue totale, étrangère à l’anglais tâché de ces accents de France, que les Amerloques passent leur vie à trouver charmants. C’est en errant finalement aux abords d’une autre pièce qu’elle s’appose dans l’encadrement de la porte. Quelques-uns sont réunis là, et au milieu, comme une bague en or dénotant parmi cet amoncellement de pacotille, une femme d’une élégance rare, qui la séduit aussitôt. Pour une fois, elle oublie son exode forcé, l’Essaim qui menace, ses errances dangereuses et son rejeton absent. Une pipe à opium se voit exhibée, et c’est un nouveau coup de poignard qu’on enfonce cruellement entre ses côtes. Les souvenirs pullulent, la ramenant vers Jérusalem.

La sylphide aux traits d’Asie saisit l’objet avec une déférence qui la touche aussitôt. Elle a toujours été stupidement sensible aux humains respectant les objets du passé, au lieu de les laisser pourrir au fond d’un grenier ou d’une cave encrassée. Elle l’écoute, mais surtout laisse promener ses orbes sur ce cou de cygne, cette peau maquillée avec un soin tout particulier, sans ensevelir la beauté naturelle qui se dégage par tous ses pores. Juste de quoi la sublimer. La révéler. Une créature extatique, dont les proies doivent s’avérer nombreuses. Le timbre d’une voix posée mais chantante, tintinnabule jusqu’à ses tympans déjà conquis. Ses explications, d’une redoutable précision qu’elle ne mettrait guère en doute, l’apaisent davantage que toutes les précautions prises par ceux ayant escorté outre-Atlantique la Mère sanglante. Cependant, un brin de malice la pousse à attirer l’attention de cette beauté orientale, la seule figure se démarquant de cette triste assemblée de New-Yorkais qui ne lui inspirent rien. L’un des membres de son auditoire s’enhardit et se saisit de la pipe, se tournant déjà vers ses proches, créant un remous, un cercle d’agitation humaine qui la pousse à s’avancer, discrète mais retorse, irrémédiablement attirée par la personnalité la plus intéressante de cette nuit de calvaire. L’inconnue mise à l’écart par le plaisir de la découverte de son public, il n’est que plus aisé pour la Maudite de s’avancer avec naturel, et lorsqu’elle ne se tient plus qu’à quelques pas de la jeune femme tout de blanc vêtue, c’est pour mieux se pencher dans un murmure : « Vous avez soigneusement omis de mentionner les possibles nausées, à ce que je vois. Voire les vomissements et autres conséquences peu reluisantes. » Sans le savoir, elle imite à la perfection sa comparse, trempant les lèvres dans l’or liquide sans le boire, prolongeant l'illusion. « Une leçon d’érudition que j’apprécie, néanmoins. » Elle se recule d’un pas, agacée par les rires des mortels qu’un rien amuse. « Ou bien seriez-vous également apte à donner dans les séances de démonstration privées ? Opium, Histoire… leçons de beauté féminine d’autrefois. Je serais presque prête à payer, pour cela. Presque. Et je pourrais même vous instruire à mon tour, j'en suis sûre. » Quelques gouttes d’une provocation empoisonnée ; elle en refrène son rire, ne souhaite guère se montrer plus vulgaire qu’elle ne l'est déjà. Quêtant un divertissement dont les parures semblent être restées derrière elle.  


CODAGE PAR AMATIS



Before I'm dead

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Sam 11 Avr - 22:17 (#)


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L'objet lui échappe, de même qu'un peu de raison quand des lèvres impures s'imprègnent de ce rituel si cher à son cœur et vu comme une vulgaire nouveauté exotique pour eux. Insectes. Nuisibles rampants que la belle s'imagine écraser dédaigneusement du talon, pieds nus, se délectant de la chair encore tiède sur sa peau. Les rires ont remplacé les appréhensions et l'attention est davantage sur l'ivoire de la pipe que sur sa personne, comme prévu. Une toux, un commentaire sans intérêt et sous des volutes bleutées familières l'objet blanc tourne entre d'autres mains, toutes aussi impures. Elle les méprise, viscéralement. Et l'immortelle se sent vaciller intérieurement. Tapie dans l'ombre, juste sous la surface, elle peut sentir cette Autre gratter la fine pellicule de vernis et demander l'accès. Les images affluent devant ses yeux, se mêlant à la réalité. Des gorges ouvertes, des sourires figés, les pupilles encore dilatées par l'effet de l'opium dans des regards vides, morts. Pantins dociles baignant dans la mare de leur propre jus. Le Besoin. La Soif. Inextinguible. Celle de tous les excès. Certains nomment cela folie, et les sillons de sang laissés derrière elle leur donne probablement raison. Jian avait un autre nom pour ça, et ce maître absolu l'a toujours éduquée dans ce sens. Avoir la main mise sur Mei, qu'il s'agisse de son corps ou de son âme ne l'aura finalement pas sauvé de la vraie mort, la laissant  errer sur cette terre sans maîtrise sur ses instincts. Sans maîtrise sur le monstre qui l'habite, qui cohabite, et qui lui hurle silencieusement de s'effacer pour lui laisser le champ libre.
Ses yeux se ferment, le temps de renvoyer sa jumelle dans les ténèbres dans lesquelles elle évolue, posant la coupe de champagne intacte sur le premier meuble à sa portée.

Il lui faut quelques instants pour comprendre que la voix féminine qui pénètre ainsi son espace s'adresse à elle. Voix inconnue qui lui permet néanmoins de remettre pleinement pieds dans la réalité. Tournant son visage dans la direction de l'importune, ses deux iris sombres comme la nuit s'ancrent dans deux océans tout aussi inconnus. Et ce n'est pas tant les mots qui passent la barrière de son indifférence mais l'accent qu'ils portent. Français. Plongée dans ces deux opalines, sa main vient se porter inconsciemment à la pierre pendue à son cou tandis que, l'espace d'une seconde, un autre visage se fond sur celui de cette femme. Une seconde tout juste, avant que l'immortelle se reprenne « Les américains... ils aiment apprendre de façon brutale. » Elle lance un regard fugace vers ces marionnettes qui parlent pour elle. Ils ne sont que rires et plaisanteries douteuses, irrespectueux, ignares, intéressés et désintéressant. Se concentrant vers la nouvelle venue, l'orientale tente de trouver un sens aux mots de l'étrangère.
Sans un mot, ses yeux quittent les siens pour chuter vers le bas de son corps, sur cette paire de bottes blanches lui couvrant seulement les mollets, sur ses cuisses en partie offertes aux regards impudiques, qui, elle le devine, ont dû être nombreux avant le sien, sur cette robe d'un rouge criard – sa couleur, quel gâchis – et cette boucle dorée qui n'a de précieux que la teinte, moulant un corps d'une honteuse perfection. Le décolleté est tout aussi provoquant et elle remonte sur son visage. Paradoxe. L'Européenne est tout ce qu'elle exècre chez les femmes modernes. Les corps se découvrent et les esprits deviennent étriqués. Décadence accélérée d'une époque qui oublie tous les ans un peu plus ce qu'était autrefois la classe et l'élégance au profit d'un voyeurisme assumé. Pourtant, sous les couleurs criardes et les tissus sans noblesse, sous ce rouge à lèvres qu'elle juge indécent, il y a ce visage...
Beauté glaciale comme on en voit trop peu, elle semble appartenir à un autre temps, enrobée dans un décorum vestimentaire qui ne lui sied guère. Elle est belle. Très belle, et cette femme le sait.

Tue la. Tue les.
Elle refrène les besoins de sa comparse, tentant de ne pas montrer trop clairement toute l'antipathie que cette femme lui inspire. Que toutes les femmes lui inspirent. Plus misogyne que les plus dévoués phallocrates, elle s'est toujours refusée à nouer un quelconque lien avec ses « égales ». Une aversion qui a pris sa source à l'époque de sa vie commune avec Jian et de toutes ces créatures grotesques obtenant ses attentions et ses faveurs.
L'immortelle est tentée de faire comme d'ordinaire, tourner les talons sans un mot. Mais son compagnon ne lui pardonnerait pas un tel manque de respect envers ses invités et il lui faut encore le supporter quelques heures, malheureusement. Se rapprochant donc de beauté qui s'assume, elle détaille encore un instant les traits de son visage, sans pudeur, ce qui ne semble pas la perturber outre mesure soit dit en passant. Tous sont si facilement déstabilisés par ce genre de comportement, par ce silence persistant. Mal à l'aise, nerveux, ils s'agitent, comblent les blancs, se sentent obligés de se rendre intelligents ou drôles. Mais la demoiselle ne flanche pas, semble presque...amusée ?

« Française.... »
C'est le premier mot qu'elle daigne lui adresser autrement que par politesse et bienséance, et elle lui offre dans la langue de Molière, se forçant au mieux pour taire son accent, car si Mei le comprend plutôt bien, le parler est une autre affaire. Quelques facilités de par la vitesse avec laquelle l'anglais avait été maîtrisé, pourtant si différent par les consonances de sa langue maternelle. « Êtes-vous certaine de savoir ce que vous demandez ? Parce que je ne suis pas certaine d'être intéressée par ce que vous pourriez avoir à proposer. » Un nouveau coup d'oeil à sa tenue et à son allure générale, le tout saupoudrée d'un petit sourire un brin moqueur et très nettement empli de jugements. « Qu'est-ce que vous pourriez avoir à m'apprendre que je ne sais déjà ? » L'estime est haute, comme toujours, exacerbée par des mois au milieu d'un cercle limité. C'est en général le moment qu'elle choisit pour laisser ceux qui l'ennuient en plan, mais elle reste, attirée par quelque chose qu'elle ne comprend pas.
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Aliénor Bellovaque
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♚ Caïnite âgée de trois siècles ; Accomplie du bel âge à portée d'ongles carmins.
♚ L'Ambition la ronge, mais laquelle ? ; le vide de nuits interminables la détruit plus sûrement que n'importe quelle balle en argent. L'Ennui pour seul véritable danger.
♚ Gorgone gauloise, sa réputation parle pour elle, surnommée Mère sanglante ou Reine rouge. Nombre d'enfants sont tombés sous ses crocs.
♚ Fille de corsaire, héritière de ses lettres de Marque ; navigua au service de Louis XV dans les eaux des Caraïbes à la tête de l'Espérance, frégate à l'équipage composé de deux centaines d'hommes.
♚ Trahie par un Britannique ; capturée et ramenée de force sur l'île de Mona, torturée , abusée, échappée - mourante (malaria). Transformée par un autre, à l'aube de sa trentaine.
♚ Éprise de coups d'État et féroce opposante à l'Essaim. Antique imperméable à l'ordre. Partisane du clan du Chaos. Danseuse sur le fil acéré de leur rigueur.
♚ Maudite ; aucun enfant n'a pu sortir de son ventre. Aucun Infant n'a pu résister à son vice, transmis tel un fléau. Sire matricide par deux fois. Échec toujours en gestation.
♚ Sang turc dans les veines, manie les us et coutumes perses. Son réseau d'Orient et d'Occident est dessiné comme une arachnide file sa soie.
♚ Incapable d'aimer son époque ; craintive pour l'avenir, répudiant son passé.
♚ Se joue d'une beauté en laquelle seuls les autres croient. Compagne de Serguey Diatlov, mère de substitution de Yago Mustafaï, protectrice de Mei Long.
♚ Pie voleuse, elle a dérobé le Clan du Chaos aux mains trop glissantes de Salâh ad-Dîn Amjad, qu'elle compte bien refonder en un ordre sérieux pour s'opposer à la Mascarade ainsi qu'au dictat de l'Essaim en place.

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▼▲▼

Deux puits sans fonds se posent sur elle, vortex prometteur de mondes inquiétants et fascinants à la fois. La mutine s’y perd sans crainte. Elle sait qu’elle retrouvera son chemin. Elle ne craint aucune femme plus qu’elle-même, se méfiant bien davantage des hommes prompts à la faire trébucher. Plus vulnérable qu’elle ne souhaite bien le reconnaître, dans leur ombre. Car ils sont plus nombreux qu’il n’y paraît, ceux qui ont entravé son chemin, au bras desquels elle pensait pouvoir se pavaner sans crainte, avant que ces colosses, ces fauves ou ces mortels en apparence inoffensifs, ne tentent de se retourner contre elle, n’utilisent ses propres armes sur celle qui les avait dégainées, voire ne la mettent à terre, réduisant son égo à peau de chagrin. Mais les femmes… Oui, les femmes suscitent bien d’autres sentiments en elle. Il y a cet éternel sentiment de rivalité ; elle qui a grandi entourée de ses compagnons et pères de substitution, frères de voyage, seule fille d’Eve offerte à des regards qui, au fil du temps, ont cessé de se montrer concupiscents, leur désir émoussé. Elle n’était pas si différente d’eux, alors. Le cuir parfois tanné par l’astre cuisant, la même faim au creux du ventre et les gencives douloureuses du manque de fruits, du manque de frais ; les cheveux sales, emmêlés par les embruns salés, abîmés et tressés pour éviter les accidents. L’odeur de vêtements portés trop souvent, pas assez lavés, les creux des mains abîmés par les cordes. La crasse qui s’accumule dans les plis de la nuque, du cou, de l’aine, née de la sueur et de l’hygiène réduite au plus strict minimum. Les matelots de son père s’abandonnaient dans les bras des prostituées des ports. Pas dans les siens. Elle ne cherchait alors aucunement à se voir séduite ni reconnue pour une féminité de toute manière enfermée dans le costume androgyne taillé spécialement pour elle. Sans modèle pour lui inculquer comment parler, comment marcher, comment se comporter parmi ces hommes obéissants mais parfois hargneux, elle était déjà reine, dans cet empire de musc, fait de privations, d’attente et de superstitions nées de l’immensité bleue. Puis, tout s’était compliqué. Elle était devenue immortelle, elle avait été éduquée et formée, pliée pour se faire à ce changement de « vie » ; l’humaine en elle n’avait jamais compris où résidait le pouvoir d’un charme qu’elle ne maniait qu’avec une maladresse évidente : Jenaro en avait fait les frais.

Française.

Le mot sonne curieusement. Elle y entend du respect, mais également autre chose. Elle ne parvient pas à mettre le doigt sur ce « sentiment », s’il devait y en avoir un. Son sourire s’accroît simplement de la voir articuler dans sa langue natale, et sa nuque s’incline avec une déférence mutine et affichée, une fausse admiration qui comporte peut-être, tout au fond, une pointe de vrai. Sa prudence, sa méfiance, son mépris, elle n’en a cure, les esquive et les écarte du bout des doigts en un geste mondain, trahissant les manières apprises pour dialoguer avec ceux de l’Essaim. « Vous avez l’oreille pour les accents. » Une flatterie facile, mais créant un pont de plus entre cette charmante créature et la succube qu’elle demeurera toujours. « Allons. Donnez-moi une chance. Entre métèques, si nous ne nous unissons pas contre cette masse grouillante d’Amerloques, alors nous sommes fichues. » Chuchotement sur un ton de confidence, et elle se rapproche encore, tissant une fausse complicité. Déjà, ses prunelles filent du côté d’un cou de cygne, contre lequel elle ne repère pas d'artère battante. Elle s’en étonne peu ; les veines de certains mortels sont parfois profondément enfouies sous leur peau, et la musique et les brouhahas trop forts pour qu’elle puisse remarquer l’absence de battement de cœur. « Ne me sous-estimez pas. Ma mémoire contient plus d’histoires à moi toute seule que ce que tous les quidams et les hôtes présents dans cet appartement pourraient évoquer. Je me rappelle facilement des dates, des visages… Des nuits et des nuits que je pourrais emplir d’anecdotes à raconter… » Elle ment, bien sûr. Si son cerveau malade renferme en effet quantité de mythes, de récits et de contes sordides, drôles ou touchants, si le sublime touche régulièrement au grotesque et lui permettrait de se transformer en une Shéhérazade immortelle, certains traits se sont brouillés depuis longtemps. Les noms et les voix ont été les premiers à disparaître du circuit de ses neurones fatigués par le temps qui passe. Elle confond de temps à autre certains protagonistes, mais le socle de ses mésaventures n’est jamais un artifice. Bien trop fière de ses exploits, la langue trop bien pendue pour les humains auxquels elle finit toujours par faire oublier ces épisodes voués à disparaître, aspirés comme l’eau par un siphon. « Vous n’imaginez pas comme je peux être distrayante, vraiment. » Une main aux doigts vernis s’élève, et du bout de l’auriculaire, écarte un brin de poussière sombre, venant abîmer l’épaule au tissu immaculé. « Dites-moi ce qui vous intéresse, ce que vous souhaiteriez entendre. Je peux vous parler d’écume ou de sable. De Paris comme d’Istanbul. Des officiers britanniques qui fumaient l’opium à Jérusalem pour oublier leurs blessures de guerre. Des voyages sans retour, et des escales sans lendemain. » Oh, oui. Une nuit de plus, à s’écouter parler, à écouter tout court, à mêler les réflexions d’une pensée humaine à celle, hideuse, de la Morte-qui-marche. Plonger dans les méandres dissimulés par cette chevelure noire comme les ailes d’un corbeau, qu’elle imagine huilée avec soin, dénuée de tout nœuds. En savourer la soie entre ses phalanges. L’honorer, à sa manière, apprécier le contraste entre le rouge et l’éclat lunaire d’une peau fardée avec un soin tout particulier. Elle, vulgaire, contrastant toujours plus avec cette beauté intouchable, qu’elle ne peut imaginer souillée par le sexe d’un homme.

« M’accorderez-vous cet interlude ? Me sauverez-vous de l’ennui ? » De la faim. Ses dents, qu’elle déteste pour leur irrégularité, pour l’écart qui seille les plus visibles, elle les dévoile en un sourire presque inquiétant, quoique bref. « Vous ne le regretterez pas. »



CODAGE PAR AMATIS



Before I'm dead

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Princesse Kumquat, le Glaçon Impérial.
Mei Long
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En un mot : Derrière elle, les traumatismes de l'Orient. Devant, ce spectaculaire et dangereux Occident. Entre les deux, cette douce torpeur, bourreau et gardienne de sa déraisonnable folie. De sa folle déraison.
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Lun 24 Aoû - 12:52 (#)


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Métèque.
Le mot résonne dans les limbes putrides de son esprit brisé. Combien ont osé la réduire à cette insulte dégradante ? Combien encore là pour se rappeler ? L'étrangère a beau s'inclure dans le cercle des immigrés non désirés, l'attaque n'en reste pas moins acide pour l'orientale qui serre les mâchoires pour conserver ce calme d'apparat qui lui va si bien. La riche Histoire que porte les ascendants de la femme n'étant aucunement reflétée par la vision présente qu'elle lui offre, le lien que cette dernière lui vend ne trouve aucun écho chez l'immortelle. Il lui a été si facile, par le passé, de cracher sur sa famille, sur ses compatriotes, sur un pays qu'elle ne reconnaît plus que la chose ne lui demande que peu d'efforts. Elle n'a rien en commun avec cette créature offerte. Rien. Alors quand l'importune envahit un peu plus son espace vital elle se tend imperceptiblement, retenant un pas en arrière. Confortée par l'idée qu'elle ne partage pas le même air que ce cloporte impudique, non vital pour elle, l'asiatique reste de marbre, comme une poupée posée là, d'apparence docile et malléable. Et c'est bien l'image qui la sauve depuis de nombreux mois maintenant. Trophée exotique au bras d'un riche homme d'affaires, exposé aux yeux malsains et curieux, à l'envie et aux murmures qu'ils pensent discrets. Tant de questions chuchotées dérobées à leur bouche, toutes plus futiles et stupides les unes que les autres. Tant d'inexactitudes sur ses origines. Nombrilistes. Ces amerloques qui ne connaissent de l'Histoire du monde que la version qu'on leur a appris, que l'empreinte laissée par les bottes des soldats, que la vision étriquée de sauveur du monde, ou de l'Europe, qui ne retiennent du Japon que leur attaque en mille-neuf-cent-quarante-et-un et des deux bombes qui ont suivi quelques années plus tard, sans s'imprégner de l'horreur que son peuple a vécu en Mandchourie. Pourquoi s'intéresser aux atrocités commises en Chine quand on a été l'un des acteurs majeurs de la chute d'un dictateur ? Les Amerloques la répugnent. Les Chinois tout autant. Quant aux français...
Qu'Il reste dans le cimetière de ses souvenirs.

Le discours l'Européenne la perd néanmoins quelque peu. Une incohérence entre les mots délivrés et sa jeunesse apparente, ce qu'elle juge être une trop haute estime de son potentiel déclamé pourtant avec une déconcertante assurance. Que peut-elle bien avoir à raconter, si ce n'est les caresses crasseuses à l'arrière d'une voiture, la moiteur des corps et des gémissements ? Que peut-elle bien avoir à partager qui ne la répugne pas déjà par la pensée ? « Vous n’imaginez pas comme je peux être distrayante, vraiment. » Un rire discret passe sa gorge alors qu'elle la détaille une nouvelle fois, emplie de jugements. « Vous laissez malheureusement peu de place à l'imagination. » Et dans le venin acide qui coule de ses lèvres, ça n'a rien d'un compliment. Son sourire perd cependant bien vite de sa superbe quand ses doigts se rapprochent dangereusement de son épaule, heureusement couverte. Un instant, Mei s'imagine lui attraper les phalanges et les tordre d'un coup sec jusqu'au craquement, s'enivrer de sa douleur et du choc qu'un tel geste pourrait avoir. Mais ce n'est qu'une vision, comme tant d'autres. Il n'y a que son corps pour se tendre un peu plus et son regard déjà sombre qui lui renvoie sa désapprobation muette. Vermine. Cafard.
Sa seule consolation est la certitude de la mort prochaine de cette dévergondée d'une rare familiarité.

Et toujours cette incohérence qui continue de susciter l'intérêt de l'immortelle derrière les murs épais du mépris et de haine. Ce quelque chose sur lequel elle ne parvient pas à mettre le doigt. Cette étincelle qu'elle perçoit dans ses prunelles azures quand elle daigne y plonger plus de quelques secondes. Cette petite voix dans sa tête qui lui susurre désagréablement de céder à la requête plutôt que jouer d'une indifférence coutumière. De briser ce schéma établi, le temps d'une nuit. Sa dernière, sans aucun doute. Comme la dernière requête d'un condamné, ou l'absolution d'un mourant. D'être, le temps d'une partie d'un nouveau jeu sordide, magnanime. « Je le regrette déjà... » Et si elle tourne effectivement les talons pour présenter son dos à sa comparse d'un soir, ses pas s'arrêtent rapidement, tournant le visage dans sa direction pour mieux la jauger par dessus son épaule. « Vous ne pensez quand même pas que je vais vous supplier ? » Elle reprend sa marche, sans s'assurer que la Française la suit. Elle le sait.
Fendant lentement la foule agglutinée dans le hall au pied du grand escalier, l'orientale s'assure qu'aucun contact physique ne viendra mettre à mal sa retenue, qui lui demande une lutte intérieure de tous les instants. La musique y est plus forte et agresse ses tympans trop sensibles mais elle se concentre sur son objectif du soir, reléguant ce genre d'aléas dans un coin sombre de son inconscient. Atteignant enfin un couloir moins bondé, elle s'arrête devant une porte double qui donne sur une pièce interdite aux autres invités. L'ouvrant, Mei laisse l'européenne pénétrer les lieux, refermant derrière elles.

Silencieuse, l'asiatique laisse son invitée s'imprégner de l'immense bibliothèque où les rangées de livres anciens remplacent les murs de lambris. Parfois, entre deux hauts rayons, une vitrine derrière laquelle se cache certains trésors du monde. C'est la pièce préférée de Mei, en dehors de son espace personnel. « Le père de Peter a amassé tous ces trésors lors de ses voyages. À une époque où s'intéresser à une civilisation ou une culture sous entendait plus de respect qu'une simple exhibition de produits exotiques devant ses riches amis. » Elle fait quelques pas, laissant la pulpe de ses doigts caresser la tranche des livres intimement, passant devant une vitrine d'antiquités grecques. « Peter se contente de les afficher comme un vulgaire cabinet des curiosités pour des yeux stériles. Je trouve ça affligeant. » Continuant son exploration, la vampire stoppe ses pas devant la vitrine qu'elle convoitait depuis le début. « Vous avez cité Istanbul, peut-être les vôtres sauront apprécier ceux-ci à leur juste valeur.... » Probablement pas. Au centre, une parfaite représentation à échelle réduite de la basilique Sainte-Sophie. Autour d'elle, une multitude d'objets rappelant l'histoire Ottomane au cours des siècles. Se décalant sur le côté, elle laisse l'humaine se rapprocher, laissant le silence s'installer tout en lui jetant quelques regards en coin de temps à autres. Quelque chose dans son discours, plus tôt, qui ne veut quitter ses pensées et la titille d'une désagréable façon. « Vous ne pouvez avoir vu ou connu les Britanniques fumer l'opium à Jérusalem pendant la guerre. » Personne ne peut tromper ainsi son âge sur une cinquantaine d'années. Personne. « Vous attribuez les récits d'autres ne vous rendra pas davantage intéressante vous savez. Seulement plus habile dans l'art de tromper. » Volontairement, elle fait vibrer certaines cordes pour tenter de percevoir ce quelque chose qui l'intrigue depuis le début. N'importe quoi. Tout. Plus que cette beauté glacée d'un autre temps gâchée sous cette couche de maquillage et ses vêtements criards.
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▼▲▼

Oh, le rire de la succube qui éclate n’est jamais bon signe. Bon nombre d’imprudents s’y sont laissés prendre. Bon nombre de victimes auraient hurlé à celle, toute proche, de se méfier des épines de cette rose au rouge trop flamboyant. Ce rire, c’est la promesse d’une fin pas si rapide, d’une agonie comme en ont vécu de trop nombreux cadavres exsangues entre ses griffes. Ce rire, un millier d’amants déjà ont pu l’entendre tandis qu’elle les enserrait entre ses cuisses souveraines, les réduisant aux objets de son plaisir égoïste, égocentrique, puissant et viscéral. Ce rire, chant de mort maquillé en notes trop douces pour être vraies. Une sublime parade, un mimétisme des émotions humaines comme l’on imite le cri d’une proie que le fusil est prêt à abattre. Ce rire ; sa seule défense contre l’humiliation, la calomnie, la prétention et l’indignation. Sa plus belle arme. L’Autre n’est que dégoût, envers elle. La mutine le sait, le sent, et le masque à toute épreuve apposée par l’Asiatique ne la détrompe guère. Ces jeux dignes des cours, vampiriques comme humaines, elle les connaît par cœur. Elle ne s’en offense plus. Elle savourera plus tard. Une fois la belle oie blanche en position de faiblesse, prête à supplier, gémir ou s’offrir pour voir sa vie épargnée. Elle sait comment briser les orgueils les plus durs. Elle en a fait son cheval de bataille privé, personnel, secret et odieux. La pousse-au-crime par excellence, celle qui dansait avec ses sujets autour des feux dans les catacombes, se livrant à leurs propres Sabbats immondes, qui n’avaient rien à envier aux sorcières de ses songes. Ses robes aux prix désuets ou exorbitants réduits en lambeaux à force de s’imbiber de sable, de sang, de stupre. Elle en a vu tomber, des princes et des impératrices, leurs reins creusés, leurs croupes rejetées, leurs nuques arquées et leurs bouches entrouvertes. Comme si elle, humiliée par-delà tout ce qu’une femme de son vivant aurait pu endurer, ne rêvait plus alors que de s’entourer d’autres suppliciés. Elle les invite dans son monde, les baigne et les enduit de ses eaux baptismales, et chacun, chacune enlève une couche de culpabilité, de douleur et de rage, dans le « cœur » de l’Immortelle.
L’inconnue ploie déjà. Elle se détourne, feint une supériorité déjà foulée au pied, dans la caboche déformée d’Aliénor Bellovaque. Relevant de la banshee bien plus que de la nymphe, elle se fait suave et discrète, bien plus fine et nuancée que ce que sa mise et son bagou ne laissent présager. Avec un plaisir manifeste, elle s’écarte du groupe d’humains braillards et déjà ivres pour certains, emboîtant le pas à la sylphide venue d’Extrême-Orient, un sourire insupportable niché au coin de ses lèvres. Ensemble, elles obligent la foule à s’écarter. Pas un coude, pas une hanche n’osent les frôler, ni l’une ni l’autre. Parfois, elle rit encore, en pensée cette fois. En dépit de leurs sens réduits au strict minimum et à leurs instincts la plupart du temps étouffés, elle se surprend toujours à remarquer comme la plupart des mortels sent le parfum de surnaturel qui se dégage des Antiques comme elle. Plus les siècles passent et plus elle voit le poids des regards – effarés, admiratifs, craintifs ou séduits – couler de ses épaules, suinter jusqu’au bas de sa chute de reins. Elle se baigne dans ces mares d’attention voyant son ego réjoui et cajolé. Apparaître au-devant d’une rangée de matelots et de soldats, parmi une assemblée de vampires loyaux et obéissants ou face à un corral d’humains à ranger du côté du bétail : du pareil au même. Un plaisir indicible, un délice que de délier ses membres, ses jambes parfois galbées, sa chevelure aujourd’hui matée, pour offrir à ces paires d’yeux curieux quelque chose à regarder. Quelque chose de tangible. Quelque chose qui ne soit pas voué à l’éphémère. Un pan d’Histoire se promenant pour diffuser sur son passage un parfum de mystère. Vrai, riche et voluptueux, bien moins fade que les eaux de toilette bon marché, les parfums payés à prix d’or pour finir vaporisés sur les peaux ridées, vieillies, de matrones hantées par le Temps qui passe. De leur part, les œillades sont rarement bienveillantes. Mauvaises, jalouses, tandis qu’elle se rit de leur trépas à venir, des poches sombres sous leurs yeux, des tâches salissant le dos de leurs mains, des veines bleutées disgracieuse, sous la peau translucide, fine et abîmée, sans compter les clavicules saillantes, creusées, les rides profondes écaillant leurs commissures, rendant flasques les bajoues, les filets d’argents ternes remplaçant les racines noires, blondes, rousses. Voir et être vue. Il en était déjà ainsi, du temps des Merteuil, des Cléopâtre. Il en sera toujours ainsi. Et elles, créatures infernales, continueraient éternellement de narguer les vivants.

Bientôt, le brouhaha s’estompe, les silhouettes se font moins nombreuses, et c’est seule à seule qu’elles se retrouvent. Enfin. Déjà, la mutine s’éloigne, se déplaçant presque sur la pointe de ses bottes contre le sol doux , comme pour se faire la plus petite et inoffensive possible. Quelques gouttes de grâce subsistent,  dans cette chorégraphie improvisée. Éternelle ballerine, dansant autrefois en haut des cordages de son défunt bâtiment. Très vite, son regard s’attarde sur les livres qu’elle observe sans ébahissement exagéré. Sans aller jusqu’à renier le pouvoir des ouvrages et des connaissances qu’ils renferment, elle n’a jamais été une femme de lettres. N’apprenant à lire qu’à force d’acharnement de la part d’un Guillaume Bellovaque peu patient, c’est la douceur et la persévérance de Charles Pollard qui ont réussi à ne pas la dégoûter totalement d’un passe-temps, fort heureusement aujourd’hui, moins chronophage que du temps de sa vie de mortelle. Cependant, elle éprouve toujours un pincement affectueux à l’égard des propriétaires et amoureux de ces montagnes de papier. Elle voit en eux comme les descendants des scribes, archivistes en leurs cœurs, gardiens de citadelles de savoirs bien souvent moquées voire ignorées des humains d’Occident. Les artefacts, eux, l’intéressent bien davantage, et c’est avec lenteur qu’elle s’approche d’une vitrine ou deux, cherchant à percer leurs secrets par-delà les cages de verre. L’invitation de son hôtesse la rapproche d’une autre, et c’est avec une émotion qu’elle contient qu’elle reconnaît aussitôt Sainte-Sophie. Elle doit retenir ses doigts de venir se poser sur ce qui les sépare, tandis qu’elle se penche, scrutant de sa vue d’aigle les détails cachés de la bâtisse, comme pour chercher à y reconnaître certaines aspérités. Plus d’une nuit l’ont vu s’extasier sur les bâtiments de sa ville de naissance comme d’adoption. Il n’y a plus d’amusement, plus de provocation d’aucune sorte lorsqu’elle reprend, d’une voix sourde, presque morne :

« Il n’y a pas d’époque. »  Elle n’y tient plus, tend la main, et la pointe de son ongle verni de rouge caresse à distance un pilier finement taillé, sans laisser la moindre empreinte sur la paroi lisse. « Chaque siècle, chaque époque a vu le respect des cultures s’opposer à l’exhibition. Aux expositions. C’est ainsi. » Elle se redresse après s’être abaissée quelques instants, toisant avec regret une dernière fois les objets évocateurs de sa Turquie natale. La malice faisant luire ses prunelles a disparu, remplacée par un éclat de sérieux presque étonnant. « Savez-vous qu’en 1931, la ville de Vincennes a accueilli une exposition coloniale de toute beauté ? Je passerai sur le traitement quelque peu biaisé réservé à ces territoires possédés, mais tout de même… j’ai beau mépriser la plèbe aussi sûrement que vous, ma douce, certains passants y voyaient du respect, autant qu’une occasion de faire étalage des richesses de la France. Il y a toujours eu des hommes cherchant à défendre ces indigènes, à préserver leur dignité. Tout comme il y a toujours eu des tueurs d’Africains, des esclavagistes de bas étage, et des hommes de spectacle cherchant à exploiter un filon agréable. » Elle abandonne la contemplation de ce visage parfait pour lever les yeux vers les rayons, les étalages sans fin. Son nez se fronce un peu, et elle chuchote d’un air de connivence : « Cependant, je suis d’accord avec vous. C’est assez affligeant. » Doucement, les mains d’Aliénor se nouent derrière elle, et la voilà qui tourne le dos à la Dame vêtue de nacre, les talons de ses bottes elles aussi immaculées résonnant à peine, afin de poursuivre la découverte de cette pièce aux allures de mausolée. Un nouveau rire froisse ses épaules légèrement vers l’avant, et c’est dans une pirouette faisant voleter la masse lissée de sa crinière, presque jumelle du jais de la nippone, qu’elle se retourne, gloussant : « Moi ? M’attribuer le récit des autres ? Allons. Qui vous dit que j’affabule ? Je ne m’attribue rien d’autre que mes propres souvenirs, ma chère. Croyez-moi. Les miens me suffisent amplement. » Elle lève une main, et son index vient tapoter sa tempe, révélant dans un murmure faussement précieux : « Je crains fort que la place, ici, ne soit pas extensible indéfiniment. C’est là tout mon malheur. » Elle désigne la maquette, d’un air désinvolte : « Oh, et merci pour cette délicate attention. Je dois reconnaître qu’il s’agit d’une création tout à fait remarquable. Elle me rappelle des moments très agréables. » Une nouvelle pirouette, enfant s’amusant d’un rien, virevoltant un peu plus à l’écart des murs, jouant du pan de sa robe, des mèches fouettant jusqu’au bas de son dos. « J’y suis née, vous savez ? Bien qu’à mon époque, on l’appelait encore Constantinople. »

La rumeur des conversations lointaines, les véhicules roulant au-dehors, le parfum de l’humaine non loin et se savoir isolée ici, avec elle, lui procurent une sensation étrange. Point de déjà vu, mais un flash gravé dans sa mémoire défaillante : elle se souviendrait longtemps de cette scène, et s'amuse à feindre folie et délire, provocation envers les siens, envers l'Essaim, envers tous ceux responsables de cette cavale indigne. « Je sens bien que vous me sous-estimez. Vous vous trompez sur un point. Hormis une clairvoyance à toute épreuve, votre imagination aurait beaucoup à apprendre de moi. Vous devriez vous prêter au jeu. À l’exercice. » Elle cesse ces mouvements de danse lascive et classique à la fois, pour stopper, la pointe d’une botte mordant la courbe de son pied, avant de la désigner d’une main retournée, paume vers le ciel. « Vous, par exemple. Je vous imagine parfaitement supplier. Derrière vos airs nobles, votre mise impeccable et votre façon de cracher sur le monde simplement en le regardant. » Nouveau rire. « Et je trouve cette idée délicieuse, et d’autant plus plausible. Car je suis douée, vous savez. L’un de mes rares défauts, c’est de ne pas pouvoir lire dans les pensées. Et donc de ne pas connaître votre nom. » Son visage s’incline, et la soie de sa chevelure vient dissimuler la rondeur d’une joue, quand ses prunelles se font presque carnassières, enrobant d’une attention gourmande sa vis-à-vis agacée. « J’ai connu quelques soldats, dans le temps. Ils fréquentaient les bordels de Jérusalem aussi sûrement que je vous vois. Des anciens de 14-18, notamment. Britanniques, donc dépêchés en terre sainte dans les années 20 pour sécuriser le pays. Le dessin des nouvelles frontières faisait déjà du grabuge. Deux d’entre eux fumaient régulièrement l’opium. Ensemble, ou non. Ils s’étaient mêlés à certains individus de la communauté juive, et se servaient notamment d’eux comme agents de terrain, de renseignement. Les locaux se méfiaient des garnisons anglaises. Je me souviens d’un colonel britannique et d’un capitaine russe, ayant fui l’arrivée des Soviétiques. C’étaient des hommes bien. » Un ultime sourire. Charmant. Bien trop charmant. Pour mieux répéter avec une certaine tendresse : « Aussi sûrement que je vous vois. »

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Before I'm dead

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Princesse Kumquat, le Glaçon Impérial.
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En un mot : Derrière elle, les traumatismes de l'Orient. Devant, ce spectaculaire et dangereux Occident. Entre les deux, cette douce torpeur, bourreau et gardienne de sa déraisonnable folie. De sa folle déraison.
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Sam 27 Fév - 16:12 (#)


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C’est avec une froideur extrême que ses iris détaillent ce qu’elle juge être la vulgarité incarnée. L’importune semblant accaparée par la vision miniaturisée de Saint-Sophie, ses yeux coulent sur ce corps impudique qui laisse trop peu place à l’imagination, faisant croître un peu plus le mépris que l’asiatique ne prend même pas la peine de déguiser. La classe d’antan s’en est allée au profit d’une pseudo ouverture d’esprit et d’un féminisme grandissant et si Mei défend ardemment l’indépendance de la femme, c’est surtout la sienne qui lui importe, peu engagée dans cette cause qu’elle juge creuse. Ses yeux glissent, de ces jambes qui ne semblent pas à finir et à ces hanches prononcées, de cette taille fine aux courbes plus généreuses de sa poitrine, sans honte, sans pudeur. La Française possède tous les atouts féminins, à n’en pas douter, il serait hypocrite de prétendre le contraire. Un corps fait pour qu’on le regarde et cette catin au vocabulaire étudié en joue avec excès. Toute cette peau mise à nue qui ne demande que caresses et attentions… Combien s’y sont attardées au fil des années? Combien l’ont grossièrement possédée? Probablement trop, certaine que si elle s’en donne la peine, si elle se concentre suffisamment, elle pourra sentir l’effluve de son dernier amant. La pensée la dégoûte autant qu’elle suscite son intérêt. L’esprit de l’immortelle est une boîte de Pandore qu’il ne vaut mieux pas ouvrir, mais la logique n’apparaît que trop rarement dans ces limbes sanguinolentes.

Muette, docile observatrice prisonnière d’un stoïcisme imposé, elle écoute, enregistre, analyse le flot trop important de mots qui s’échappent de ces lèvres pleines. Ses méninges s’agitent à nouveau, percutés par les incohérences qui se font plus nombreuses au fil du récit. Les dates, l’âge apparent de la femme, ses prétendus souvenirs qu’elle ne devrait pas posséder. La profondeur de certains mots ne l’émeut guère, pas plus que ce que d’autres jugent aujourd’hui comme les heures sombres de l’histoire. De ces bateaux négriers débarqués sur les côtes européennes et américaines après des semaines sur un océan déchaîné, elle n’en a cure. La soumission des nègres et leur inclination presque masochiste à plier l’échine n’est qu’un revers justement mérité pour Mei. Ce n’est de toute façon pas ce que la vampire retient, trop tiraillée par les mensonges qui se succèdent mais dont la précision la fait douter. Indécision qui ne fait que croître quand sa vis-à-vis lui fait de nouveau face. Cette dernière ne peut s’empêcher de bouger. Quand ce ne sont pas ses mains qui conduisent son discours, c’est sa croupe toute entière qui se meut.
Et si le mépris reste, puissant, venimeux, un tout autre sentiment vient gratter insidieusement la surface. La curiosité. Toujours sans un mot, l’Orientale part à la conquête d’une autre logique, celle dont les mortels n’ont pas l’accès, bifurque en direction de cette infime possibilité qui titille ses sens, de ce Monde dont Jian l’a privée depuis qu’il l’a fait sienne. Leur Monde. De ces créatures qui foulent cette Terre et se coulent dans les ombres mouvantes, comme elle, invisibles, meurtriers, fantômes voguant entre les âmes errantes de cette fourmilière humaine et décadente.  

Vient le mot de trop, l’attaque qui fait mouche et l’immortelle serre les mâchoires pour accuser le coup, en vain. “Je. Ne. Supplie. Pas.” Le silence dans lequel elle s’est terrée depuis de longues minutes est haché par ces quatre mots, savamment découpés pour les faire résonner entre elles. “Jamais.” Vulgaire catin! Elle en retient pourtant l’acidité qu’ils recèlent, les  exposant comme une information qui n’offre pas la place au doute plutôt qu’une attaque qui lui offrirait satisfaction. Et la satisfaire ne devait pas être chose compliquée…
Piquée au vif, vexée de s’être laissée toucher si facilement, son esprit se scinde en deux comme il sait si bien le faire. Dans les abîmes, sa jumelle s’éveille, désireuse d’écorcher, de mordre, assoiffée de sang, de tripes, de cadavres. A la surface, celle qui parvient à garder un minimum le contrôle par la nécessité et le besoin d’obtenir des réponses, de faire taire ces doutes grandissants. Dans un effort qui lui coûte, l’asiatique cède du terrain et d’un simple mot fait éclater la première barrière entre elles. “Mei” Une seule et unique syllabe et, suivant le mouvement de ses cheveux qui cascadent sur sa joue et son épaule, elle ne lui renvoie pas la politesse, plantant à nouveau ses yeux dans les siens. Elle ne doute pas que la femme s’enorgueillira elle-même de se présenter si l’envie s’en fait sentir. Après tout, celle-ci semble un peu trop apprécier le son de sa propre voix.

Poussée par une volonté dont l’origine lui reste inconnue, mue par un besoin avide de certitudes la concernant, par une curiosité qui la ronge et la peur de la déception, l’immortelle défait les racines qui la rendent immobiles depuis trop longtemps et se remet en mouvement, dans une lenteur presque enfantine. La pièce disparaît peu à peu de son champ de vision au profit de l’image d’un couloir sombre comme ceux qui hantent les rêves des esprits les plus jeunes. Au bout, la Française et toutes les questions qu’elle a fait naître chez Mei. Chaque pas qui les rapproche l’excite autant qu’il la répugne mais elle continue, lentement, se laissant prendre dans la toile de cette voluptueuse prédatrice. Suis-moi je fuis….
Arrivée à sa hauteur, elle se détourne, s’échappe, ne la confronte pas tout de suite, frôle son épaule de la sienne pour mieux se retrouver derrière sa comparse, se forçant à inspirer pour s’enivrer de l’odeur de sa peau, de sa nuque. Mais comment savoir quand elle n’avait connu que Jian? Comment percevoir sous les effluves florales de son parfum si l’arachnide est plus que ce qu’elle semble être? La vampire n’est même pas certaine de connaître, après son éducation bâclée, toutes les créatures peuplant leur monde. De nouveau face à elle, l’une de ses mains se redresse, vise l’épaule et si ses doigts s’agitent, en demande, envieux de toucher, de contact, son haptophobie la retient à quelques centimètres à peine de ce grain parfait. Repliant ses doigts contre la paume de sa main, elle se déteste mais remonte ses prunelles dans les siennes, soudain inquisitrice. “Qu’êtes vous?” Pas Qui.

Une question bien plus porteuse qu’elle n’y paraît et possiblement à double tranchant pour ce qu’elle révèle également sur elle. Pour cette espérance muette qu’elle craint de voir tuée dans l'œuf. De ce discours insensé qui a suscité son intérêt mais qui n’est sans doute rempli que de vide. Pour cette normalité dans laquelle elle va probablement retomber et que la belle exècre pourtant de plus en plus. Mais il faut savoir, être sûre. Qu’elle n’est pas la seule.

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ADMIN ۰ Dalida - Elle devra choisir entre son amour et sa mort.
Aliénor Bellovaque
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"Eh bien ; la guerre."

En un mot : La Vipère sous la rose.
Qui es-tu ? :
"Don't die with a clean sword."

♚ Caïnite âgée de trois siècles ; Accomplie du bel âge à portée d'ongles carmins.
♚ L'Ambition la ronge, mais laquelle ? ; le vide de nuits interminables la détruit plus sûrement que n'importe quelle balle en argent. L'Ennui pour seul véritable danger.
♚ Gorgone gauloise, sa réputation parle pour elle, surnommée Mère sanglante ou Reine rouge. Nombre d'enfants sont tombés sous ses crocs.
♚ Fille de corsaire, héritière de ses lettres de Marque ; navigua au service de Louis XV dans les eaux des Caraïbes à la tête de l'Espérance, frégate à l'équipage composé de deux centaines d'hommes.
♚ Trahie par un Britannique ; capturée et ramenée de force sur l'île de Mona, torturée , abusée, échappée - mourante (malaria). Transformée par un autre, à l'aube de sa trentaine.
♚ Éprise de coups d'État et féroce opposante à l'Essaim. Antique imperméable à l'ordre. Partisane du clan du Chaos. Danseuse sur le fil acéré de leur rigueur.
♚ Maudite ; aucun enfant n'a pu sortir de son ventre. Aucun Infant n'a pu résister à son vice, transmis tel un fléau. Sire matricide par deux fois. Échec toujours en gestation.
♚ Sang turc dans les veines, manie les us et coutumes perses. Son réseau d'Orient et d'Occident est dessiné comme une arachnide file sa soie.
♚ Incapable d'aimer son époque ; craintive pour l'avenir, répudiant son passé.
♚ Se joue d'une beauté en laquelle seuls les autres croient. Compagne de Serguey Diatlov, mère de substitution de Yago Mustafaï, protectrice de Mei Long.
♚ Pie voleuse, elle a dérobé le Clan du Chaos aux mains trop glissantes de Salâh ad-Dîn Amjad, qu'elle compte bien refonder en un ordre sérieux pour s'opposer à la Mascarade ainsi qu'au dictat de l'Essaim en place.

♚ SLAVE TO DEATH ♚

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"I know where you sleep."

Facultés : ♚ Vicissitude (niveau III)
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Thème : Sleep Alone ♚ Bat for Lashes
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♚ CANNIBAL ♚

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"Mind if I cut in?"

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Mar 9 Mar - 6:56 (#)

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Never forget what you are, for surely the world will not. Make it your strength. Then it can never be your weakness. Armour yourself in it, and it will never be used to hurt you.

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Ah. Ça y est. La rose a tremblé.
Ses pétales superbes ont cessé de se croire prémunis de toute impureté. Dans cette corolle de blancheur, dans cette figure de perfection, parée de cette chevelure de jais que rien ne semble jamais déranger, la tige a frémi. Ravie d’avoir enfin su réveiller une réaction vive, contestataire, elle ne se fait que plus insupportable, vogue de pensée en ricanes qu’elle tait et cadenasse ; ses éclats d’hilarité sont toujours contrôlés. Sa faim, sa frustration, son dépit et sa tristesse la rendent mauvaise, la rendent bavarde : en sont témoins ces confessions qu’il lui plaît de susurrer à une humaine qui ne s’en rappellera jamais. Les mortels sont de parfaits réceptacles. Ils écoutent, fascinés, intrigués, et leurs obligations les détacheront bien vite de ces narrations incroyables, là où les dates, les faits, les visages s’emmêlent, se broient les uns les autres. Parfois, parler ainsi lui plaît, car comment partager ses souvenirs et son passé, lorsqu’on marche seule sur une voie pavée d’éternité ? Elle s’imagine alors conter à ceux qui comprendront, ou du moins feront tout comme. Elle s’imagine se délester, distribuer un peu d’Histoire à ces brefs contemporains qu’elle laissera de côté. Elle a l’impression de partager son fardeau avec quelqu’un, qu’on ne l’oubliera guère, et que jusque sur leur lit de mort, ces hommes et ces femmes garderont un bout d’elle, ressurgissant dans leur pensée pendant le gasp, lorsque le cerveau convulse, s’étonne, tressaille puis s’éteint. Elle est l’étincelle qui traverse le grand brasier de leur vie, une étincelle d’une couleur différente, plus brûlante, plus piquante, dessinant un cheminement autre que ses semblables pourtant tout aussi crépitantes. Les anecdotes et les exploits, les succès éclatants ou les défaites les plus terribles sont le sel de la terre, de cette humanité en perte de repère, sans cesse. Autrefois alors, elle aimait écouter ceux de Charles Pollard, de Thomas Jolivet. Elle les aurait écoutés cent fois lui parler de l’avant, des intrépides baleiniers, des routes vers les Indes, des naufrages dramatiques, des découvertes sublimes. Elle les écoutait, ces hommes qu’elle vénérait, tant pour son plaisir personnel que pour le leur : celui de transmettre à leur tour, et de par leurs secrets continuer de tisser la grande broderie céleste, composée des souvenirs de tous les humains, et dont une partie infime fut figée par les livres.

Qui l’écoutera, elle ? Maintenant que son propre Infant la délaisse, que son territoire lui a été arraché et que les élites la surveillent, la voilà rejetée dans l’ombre. Déchue, laissée dans une solitude qu’elle ne peut trouver qu’innommable. Elle n’avouera jamais quel réconfort la succube puise chez ces Ephémères dont elle savoure la présence. Elle s’en entoure pour oublier la sienne. Trop pesante. Trop branlante. Celle-ci pourrait faire l’affaire. Ou bien peut-être que non. Elle l’aurait probablement choisie un brin moins méfiante. Un peu plus naïve. Un peu plus tendre, encore que sur ce point, rien ne sert de juger trop vite. L’auditoire est là, et elle s’en contentera, la laissera lui tourner autour, l’éprouver, s’y attacher l’espace de quelques heures. Dis-moi quelles histoires souhaites-tu entendre petite fille, je te régalerai de fables dont tu n’aurais jamais osé rêver. Puis, elle s’en ira. Sa mélancolie se dilue dans les plaisanteries de mauvais goût, les piques assassines ou bienveillantes. Cette nuit s’avère bien particulière. Et tandis que la femme s’approche, voilà qu’elle regagne une stature nécessaire. Entre quelques tintements de verre diffus, quelques vagues notes de jazz, l’immortelle désigne d’un mouvement du menton presque agressif celle qu’elle ignore encore être sa semblable.

Seule la question bouleverse l’équilibre. Elle note bien sûr l’emploi du mot, primordial. Que. Qu’est-elle ? À cette question, elle pourrait se répandre, en écrire une thèse. Elle la lui épargnera. Plusieurs saillies lui grignotent la langue, mais aucune ne correspondrait suffisamment à son goût. Aucune ne serait assez caustique, assez impertinente, assez plaisante. Elle rechigne néanmoins à demeurer sérieuse plus longtemps. Trop de tristesse plane déjà dans sa caboche à la couronne dérobée. Plutôt que de répondre, alors, elle se répète en boucle le prénom d’une sobriété toute poétique. Mei. Elle lui rappelle la simplicité des haïkus de sa connaissance, mais elle se garderait bien de poser le doigt sur un point bien délicat : n’importe quel Éternel un tant soit peu éveillé saurait à quel point Chine et Japon se sont déclarés une guerre qui n’en finira pas.

« Mei… »

Oui. Elle aime ce prénom, qui déclenche le désir. Introduction au besoin de se nourrir. Et dans une inclinaison plus animale qu’humaine, la voilà qui pivote, et ses paumes deviennent vivantes. Vivaces. Plantes grimpantes, parasites lestes et latents, une main s’accroche à une hanche quand l’autre saisit le cou de cygne. Elle agit sans violence, mais son autorité ne cède devant rien ; et surtout aucune crainte. Le rituel est posé. Si souvent, elle a dansé accrochée ainsi aux veines des calices, mais quelque chose cloche, et cette fois pour de bon. Car sous sa paume glaciale, le derme n’est pas chaud. Aucune veine ne bat, là où la carotide aurait dû s’affoler. Le doute la saisit, et comme si elle s’était brûlée, la voilà qui repousse celle qui consacre une déception à la hauteur de son inattention. Ses doigts s’agitent, antennes nerveuses se débarrassant de la sensation de froid à laquelle elle ne s’attendait pas.

Je ne supplie pas.

Nul battement de cœur.
Culture de l’opium habilement camouflée.
Impériale – comme rarement – pour une femme dont le temps lui est compté.

Son nez se plisse, se fronce : la féline rechigne. La voilà démasquée, démasquant à son tour, et la situation prend un tournant dont elle ignore encore s’il s’avérera payant. Comme souvent lorsqu’on la contrarie, elle cabotine et ses palabres se délient, se trompent, s’égarent ; enfant insouciante ne s’inquiétant plus de la cohérence d’un discours désolé.

Qu’êtes-vous ?

« Je suis Reine d’Aquitaine, et fille de tribu celte. Je suis la porte de l’Orient, frontière de l’Occident. » La voilà qui se change en sphinx. Elle dissimule la vérité sous une énigme à peine esquissée ; rien de trop compliqué. Il n’y a plus rien à expliquer, sa nature s’est éventée. C’en est bien ennuyeux, et déjà elle songe à prendre congé, à retrouver ses rares alliés pour rejoindre la cachette qui lui a été promise. « Mais voilà que je n’ai plus rien à t’apprendre tout d’un coup. N’est-ce pas ? » Le mépris est venu se joindre à l’agacement. Elle déplore toujours de ne pas reconnaître les siens : tâche impossible par ailleurs, mais cela n’enlève rien à ses regrets certains. Elle aurait pu frémir d’un dégoût trop humain en s’imaginant planter les crocs dans le tabou incarné. Boire le sang d’une autre est un crime pour beaucoup. Et elle doit bien reconnaître elle-même ne jamais leur céder trop facilement son cou. La crainte de confronter une Aînée est largement dissimulée par une courbette irrévérencieuse, dédaigneuse et gâchée par ce dernier salut : « Vous voilà libre, Mei. Je repars en quête, et vous souhaite bien du plaisir. Peut-être aurez-vous donc d’autres choses à montrer à vos nombreux invités. »  

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Brûlure acide qui lui fait serrer les mâchoires sous la prise.
Elle en déteste chaque aspect. Les doigts qui se referment sur sa gorge sont comme une centaine d’aiguilles venant se planter dans la peau délicate de son cou et lui infligent une torture mentale bien pire que certains sévices subis. Haptophobie à son paroxysme, l’invasion de son espace vital est une supplique qu’elle ne peut guère cacher, elle qui jusqu’ici n’a été que statue de marbre. Ce n’est que l’absence de nécessité d’air qui l’empêche de ne pas suffoquer et pourtant l’impression de manquer d’oxygène est réelle. Mauvais tour d’un esprit torturé qui ne parvient pas à s’échapper de ses traumatismes, de toutes ces mains qui l’ont souillée, marquée, et plus encore.
Tellement centrée sur cette piqûre venimeuse, l’Immortelle ne remarque même pas la froideur égale de cette main sur sa peau. Elle lui apparaît brûlante, invasive, sale, mortelle. Seul le peu de raison qui l’habite encore lui souffle de ne pas répliquer, de ne pas tenter de se défaire de cette attaque, de conserver ce silence, qui, bien plus souvent qu’on ne le croit, est d’or.

Les doigts se relâchent, la main s’écarte et pourtant chaque centimètre carré de peau de l’étrangère brûle encore son épiderme. Ce n’est pas réel, Mei le sait, mais elle ressent tout de même le besoin urgent de refermer sa propre main, enfer glacé, autour de sa gorge, comme pour atténuer ces sensations persistantes.

Encore dans le moment, il lui faut se concentrer sur les mots qui franchissent la barrière des lèvres de sa vis-à-vis, tentant vainement de les assimiler. Elle reste de toute façon bloquée au seul mot qui trouve un écho familier en elle, résidu d’une ancienne vie de soie et d’or dont elle regrette encore la fin. Reine. Elle n’en a pourtant pas l’allure, ainsi vêtue. Cependant, le mépris se mue lentement en une curiosité dévorante et une certaine… fascination? La vampire devrait se sentir souillée par son toucher, blessée par l’attaque, par le ton employé, par cette attitude qu’elle lui offre à présent. Harpie qui s’assume, elle pourrait mordre, là, maintenant. Mais alors elle ne saurait pas. Et elle en a besoin, plus que jamais. Après ce soir, l’asiatique sera de nouveau seule. Encore. Toujours. Perdue au milieu de cette masse humaine qu’elle méprise et exècre. Alors quand son invitée fait mine de renoncer, quand elle lui offre une liberté dont elle ne veut plus et amorce une retraite non désirée, sa pudeur et son self control s’envolent et ses doigts se referment sur le poignet de la Française.

“Attends!” La prise est éphémère et ses doigts se retirent plus vite encore qu’ils ont saisi, se frottant la pulpe comme pour éliminer la sensation de brûlure. Pourtant, ses sourcils se froncent alors que ses yeux coulent à l’endroit où leur peau est, pour la deuxième fois ce soir, entrée en contact. Là où le pouls est censé battre, là où le derme est si fin que l’on peut presque sentir la vibration du sang qui coule dans les veines. Rien. Le néant. “Tu ne peux pas partir.” Si le ton ressemble à une supplique soufflée du bout des lèvres, il n’en est rien. C’est un banal constat, mais l’Européenne n’a pas toutes les cartes en main. Lentement, précautionneusement, Mei se rapproche, tend avec crainte ses doigts en direction du poignet fraîchement libéré. Curieuse, cette dernière se fait violence pour anticiper cette sensation désagréable qu’un contact non désiré fait naître invariablement. Après une charge électrique qu’elle encaisse, il n’y a que le froid. Comme la mort. Alors la certitude remplace l’hypothèse et doucement, retirant sa main pour la coller à sa poitrine, elle relève ses prunelles dans les siennes. Se redressant et reprenant une posture qui lui sied davantage, elle laisse passer un ange avant de reprendre la parole. “Tu ne peux plus partir.”

Quelques secondes suffisent à donner sens à ses propos. Bien qu’éloignées de la foule, leur sens n’ont aucun mal à percevoir l’absence soudaine de musique alors que la pendule indique minuit. Si ses ordres ont été respectés, les portes viennent de se boucler et toute sortie de l’appartement est impossible. Le temps que Mei se fasse la réflexion et les premiers cris se font entendre, douce mélodie à ses oreilles. Les paupières closes, l’Immortelle se laisse bercer par le sentiment de panique qui doit gagner peu à peu les convives de cette soirée. La déception n’a même pas sa place présentement, n’ayant aucun mal à visualiser la scène qui doit se jouer de l’autre côté de la demeure. Pantins de chair désarticulés, si fragiles…
Des pas précipités, des supplications, des gémissements de douleurs, des coups contre les portes nourris par ce vain espoir de survie, les cris désespérés, les corps qui chutent un à un au sol…. un sourire se dessine sur les lèvres de l’Asiatique qui ne dit mot, bercée par ce chaos qu’elle aime tant.

Elle attend, jusqu’à ce que le calme revienne et rouvre lentement les yeux, les fixant sur sa comparse immortelle. Est-elle une aînée? Lui est-elle inférieure? Autrement que par son allure. C’est sans un mot que la vampire passe devant cette dernière, se dirigeant lentement vers ce qu’il reste du spectacle. Si quelques corps jonchent le couloir, c’est bien le hall qui lui réserve la plus belle vision. Inspirant profondément l’odeur âcre de l’hémoglobine, des dizaines de cadavres recouvrent le sol dans une mare de sang qui ne cesse de croître à mesure que le précieux nectar de vie quitte leur réceptacle. Certains tentent encore de chercher l’air et s’étouffent, les plaies béantes à leur gorge leur étant fatales. Debout à chaque sortie, les serveurs, couteaux à la main, le regard vide mais tous posés sur elle, attendent l’ordre ultime. “Il est temps.” Se contente de murmurer la Longue Vie alors que ces derniers apposent la lame sur leur gorge et se donnent volontairement - ou presque - la mort.

Se remettant en mouvement, Mei enjambe les corps et le tissu blanc immaculé de son kimono se teinte peu à peu d’un rouge flamboyant alors qu’il traîne entre les morts. Une main agrippe sa cheville dans un dernier sursaut et elle l’évince avec dédain mais rage, poursuivant son chemin jusqu’au salon qu’elle a quitté plus tôt en compagnie de la Française.
Les clés tournées, la double porte poussée, la même odeur de fer, le même spectacle à échelle réduite. L’odeur du sang se mêle à celle de l’opium et la Belle sent ses envies macabres prendre le pas sur sa réserve légendaire.

Recroquevillé dans un coin, seul son amant est encore vivant, petit chiot docile qui relève des yeux emplis de terreur et d’incompréhension vers elle, l’innocence incarnée. Il n’a pas le temps de l’interroger qu'elle fond déjà sur lui, lui intimant le silence d’un coup bien senti dans la mâchoire. Le traînant par le col de sa chemise, elle le jette sur le canapé, attrapant un verre qui traîne par là avant d’écorcher une veine à son poignet et de forcer le sang à couler dans le récipient, se plaçant à califourchon sur l’homme. Il tente de protester mais l’Immortelle plante ses yeux dans les siens et lui ordonne le silence de façon à ce qu’il ne prononce plus le moindre mot. “Je t’ai assez écouté durant ces longs mois amour.” Minaude la Chinoise d’un ton doucereux mais feint.

Ne supportant pas de se nourrir dans un peau à peau détestable, au moins quand elle est dans son état normal, elle porte finalement le verre à ses lèvres et se laisse enivrer par ce nectar aux arômes d’opium. Elle a été sage trop longtemps et il ne faut que peu de temps pour que le précieux ne lui fasse tourner les sens. Un soupir extatique franchit ses lèvres alors qu’elle bascule la tête en arrière, repérant son invitée du coin de l'œil.
Se redressant mais toujours sur son amant, elle repose un regard bien différent sur sa comparse, source de toutes ses interrogations et seul témoin de cette débâcle. Des yeux carnassiers glissent sur son corps si peu vêtu jusqu'aux bottes interminables autrefois blanches elles aussi. “Désolée pour tes chaussures…” ironise-t-elle sans en penser le moindre mot. Se détachant de l’homme qui lance des appels visuels de détresse à la Française puisque dans l’incapacité d’émettre le moindre son, elle prend place à ses côtés, à genoux sur le canapé pour le dominer de sa hauteur. “Tu peux partir maintenant…” Elle passe une main dans la chevelure de l’homme, l’infantilisant par ce simple geste et rouvre de façon plus béante sa blessure au poignet pour remplir à nouveau son verre. “Je crois néanmoins qu’il serait impoli de ne pas partager….”

Ne pars pas. Pas après tout ça. Pas alors que mille questions me taraudent l’esprit. Ne me laisse pas seule parmi la fange humaine. Reste. Bois. Apprends-moi. Instruis-moi. Sur nous. Sur notre monde. Offre-moi tout ce que Jian m’a refusé. Je t’en supplie.



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Aliénor Bellovaque
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"Eh bien ; la guerre."

En un mot : La Vipère sous la rose.
Qui es-tu ? :
"Don't die with a clean sword."

♚ Caïnite âgée de trois siècles ; Accomplie du bel âge à portée d'ongles carmins.
♚ L'Ambition la ronge, mais laquelle ? ; le vide de nuits interminables la détruit plus sûrement que n'importe quelle balle en argent. L'Ennui pour seul véritable danger.
♚ Gorgone gauloise, sa réputation parle pour elle, surnommée Mère sanglante ou Reine rouge. Nombre d'enfants sont tombés sous ses crocs.
♚ Fille de corsaire, héritière de ses lettres de Marque ; navigua au service de Louis XV dans les eaux des Caraïbes à la tête de l'Espérance, frégate à l'équipage composé de deux centaines d'hommes.
♚ Trahie par un Britannique ; capturée et ramenée de force sur l'île de Mona, torturée , abusée, échappée - mourante (malaria). Transformée par un autre, à l'aube de sa trentaine.
♚ Éprise de coups d'État et féroce opposante à l'Essaim. Antique imperméable à l'ordre. Partisane du clan du Chaos. Danseuse sur le fil acéré de leur rigueur.
♚ Maudite ; aucun enfant n'a pu sortir de son ventre. Aucun Infant n'a pu résister à son vice, transmis tel un fléau. Sire matricide par deux fois. Échec toujours en gestation.
♚ Sang turc dans les veines, manie les us et coutumes perses. Son réseau d'Orient et d'Occident est dessiné comme une arachnide file sa soie.
♚ Incapable d'aimer son époque ; craintive pour l'avenir, répudiant son passé.
♚ Se joue d'une beauté en laquelle seuls les autres croient. Compagne de Serguey Diatlov, mère de substitution de Yago Mustafaï, protectrice de Mei Long.
♚ Pie voleuse, elle a dérobé le Clan du Chaos aux mains trop glissantes de Salâh ad-Dîn Amjad, qu'elle compte bien refonder en un ordre sérieux pour s'opposer à la Mascarade ainsi qu'au dictat de l'Essaim en place.

♚ SLAVE TO DEATH ♚

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"I know where you sleep."

Facultés : ♚ Vicissitude (niveau III)
♚ Mains de la destruction (niveau I)
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♚ Stratège. Rapide. Teigneuse.
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Pseudo : Nero.
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Ven 9 Juil - 20:19 (#)

♛ No one walks away from me

Never forget what you are, for surely the world will not. Make it your strength. Then it can never be your weakness. Armour yourself in it, and it will never be used to hurt you.

▼▲▼

Déjà, elle se détourne. Cette nuit ne promettra donc rien que déceptions, déconvenues et fuites répétées ? Elle doit redescendre. Retrouver Ysian, mettre un terme à cet exode en suspens pour, enfin, poser ses valises dans une cachette en laquelle elle se sentira enfin à l’abri. Le monde lui semble bien grand, bien menaçant, subitement. Et, plus que tout, elle ne supporte pas que son instinct comme son intelligence la trahissent. Elle s’agace de ne pas être gratifiée de ce troisième œil, ce don de double-vue dont nombre d’arcanistes, eux, en possèdent la maîtrise. Jalouse, vexée, elle ne s’attend pas à la prise de son poignet qui la stoppe dans son élan. Aussitôt, les prunelles remontent du bras jusqu’au visage de l’Asiatique, surprise par cette initiative, par ce contact physique spontané. Elle qui, il y avait encore quelques secondes, s’était visiblement sentie envahie – à juste titre – dans son espace vital par l’impertinence de l’Antique. Néanmoins, la voilà relâchée aussi vite qu’on l’a arrêtée. Intriguée, elle pivote pour lui faire face de plus belle, daignant lui accorder sa pleine attention. Il n’y a plus ni moquerie ni sarcasme : son visage s’est fait mature, puisque la voilà prête à tout, légèrement méfiante.

Rapprochement.

Aliénor Bellovaque manque à son tour de reculer, mais s’efforce de demeurer immobile tandis que la beauté d’Orient transgresse ses propres principes. Elle frémit un peu, réflexe antédiluvien, lorsque le bout des doigts la touche de nouveau. Le constat semble aussi bouleversant pour l’autre femme que pour elle. Peut-être se sent-elle un peu rassurée, un peu réconfortée. Je ne suis pas la seule idiote, dans cette pièce.

“Tu ne peux plus partir.”

D’abord goguenarde, la bouche déjà ouverte pour lui garantir que rien ni personne ne l’empêcherait de quitter cet endroit, c’est juste à temps qu’elle réalise, elle aussi, toute la portée du silence qui leur parvient. Les bruits symptomatiques de la réception ne résonnent plus. Puis, les hurlements. Pendant un moment, elle s’affole. Elle se demande si tout cela n’était qu’un guet-apens. Si ses ennemis l’ont poursuivie jusqu’à New York, prévoyant tout des étapes la voyant fuir, préméditant une attaque là où elle ne la suspecterait jamais. Elle questionne en silence l’inconnue, dont les paupières se sont closes. Rien ne lui plaît. Tout l’inquiète. Tant que rien ne fait d’elle une cible évidente, la Mutine ne bouge pas. Seules ses cuisses restent pleinement mobilisées, s’attendant à tout instant à parer une botte vicieuse. La scène se fige, en une attente insupportable qui l’incite à compter les secondes, ce afin de ne pas égarer sa concentration. À la moindre relâche de sa part, le pire peut survenir. Elle fixe le visage charismatique de sa comparse, jusqu’à ce que les deux billes noires lui apparaissent de nouveau. Pas un mot. Uniquement un déplacement silencieux, la voyant se déporter vers le couloir. Aliénor la suit, bien qu’à distance. L’odeur du sang est si forte qu’elle pourrait en éprouver un vertige douloureux. L’appel de la Soif se fait plus intense mais elle se contrôle, tandis que sous ses yeux les cadavres jonchent le sol autrefois impeccable. Elle ne cache pas son effarement. Avec précautions, mais sans manières, elle foule le parterre devenu glissant, écarlate. Peu à peu, le plastique blanc se colore, se salit. D’abord les semelles, puis les flancs, les pointes, le haut des talons. Elle évite les mourants autant que possible, et bientôt sa vision confond les traits des uns et des autres, les carcasses comme les éléments propres à l’architecture, les couverts, les vêtements. Tout n’est devenu qu’une toile, une superbe toile cramoisie, brouillonne, « peinte » par un artiste fou, possédé, dément.

Au milieu de tout cela, Mei se distingue par son élégance, son aura impériale. Elle la voit, repousser avec mépris cette main suppliante. Ce mouvement du pied, cette impatience sans pitié, la subjuguent et augmentent un peu plus de son intérêt envers elle. Ainsi, elle marche presque dans ses pas, tremblant presque, tant l’hémoglobine répandue appuie là où sa faim lui fait déjà mal. Elles débouchent dans une pièce où réside l’homme aperçu un peu plus tôt, auprès de la Longue-Vie. Demeurant d’abord sur le seuil, frappée par les senteurs d’opium se conjuguant délicieusement avec le sang du blessé, elle reste hypnotisée par l’attaque vicieuse de la créature, manquant de grimacer sous l’impact du coup reçu par le mortel. Quelque chose monte en elle. Lentement. Dans son dos, silencieusement, elle referme le battant pour les isoler. Trio étrange, surplombé par les deux fauves.

Invitation.

« Je vois que je tombe en plein… désaccord conjugal. »

Elle n’accorde qu’indifférence et cruauté à l’homme probablement en train de vivre sa dernière nuit. Elle avance, obsédée par le liquide carmin s’écoulant dans le récipient. Une sophistication qui ne l’étonne pas réellement. Visiblement, la Caïnite semble apprécier l’élégance, sous toutes ses formes. Elle se rapproche du « couple », une tension particulière habitant ses hanches, et c’est du bout des doigts qu’elle récupère la coupe qu’on lui tend. Lorsqu’elle y plonge ses lèvres, un soupir lui échappe, et le nectar réveille son corps plus fort qu’à l’ordinaire. La faute aux événements. Tant de péripéties en si peu de jours. Tant de surprises, de déconvenues et de revers à encaisser. « C’est exactement ce dont j’avais besoin… Merci. »

Elle ne lui dira pas qu’elle rêve de s’abreuver à même la gorge de leur proie. Bien élevée, malgré son tempérament de sauvage, elle n’a pas pour habitude de briser les règles de l’hospitalité et de la courtoisie. « Mes chaussures s’en remettront. Lui, par contre… » Elle désigne le faiblard d’un mouvement du menton. « Qu’est-ce qu’il t’a fait pour mériter un tel sort ? Lui et… tous ses convives, visiblement. » Elle songe à Ysian. Ysian connaissait des mortels parmi la foule. Elle craint sa réaction, mais en repousse l’idée pour l’heure. « Pourquoi ce massacre ? » Son visage s’incline, et un sourire presque sincère éclaire ses traits. « Et qu’est-ce que tu as prévu pour lui… ? Je sens que cette histoire pourrait me plaire et… singulièrement illuminer cette soirée. »

Alors, maintenant et seulement maintenant, et tandis que la féline s’installe à son tour sur le canapé, de l’autre côté de l’humain, elle se présente en bonne et due forme. Séduite. Honorée. « Je suis Aliénor. J’ai déjà beaucoup parlé, ce soir. C’est à ton tour, Mei. Raconte-moi. »  

CODAGE PAR AMATIS



Before I'm dead

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Princesse Kumquat, le Glaçon Impérial.
Mei Long
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En un mot : Derrière elle, les traumatismes de l'Orient. Devant, ce spectaculaire et dangereux Occident. Entre les deux, cette douce torpeur, bourreau et gardienne de sa déraisonnable folie. De sa folle déraison.
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Lun 22 Nov - 21:05 (#)


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Conjugal
Ce simple mot lui vaut un regard en coin fugace mais des plus désapprobateurs. La formulation verbale ainsi explicitée l’enchaîne trop intimement à cet homme vulgaire et d’une banalité sans nom. Bouche ouverte déversant un océan perpétuel d’inepties et de raccourcis futiles. Allure guindée pour dissimuler une méconnaissance latente de tout et surtout de rien. Un physique loin d’être ingrat mais dont l’absence de charisme n’est comblé que par la profusion de l’argent. Ce pantin de chair et d’os ne doit sa réussite qu’à l’héritage d’un nom et d’un patrimoine conséquent dont il n’a la mesure que par la suite de un et de zéro sur un compte. La rareté des pièces, l’histoire renfermée dans les œuvres ne soufflent qu’une indifférence pour seul écho. Il n’est rien, ni personne. Un mortel comme il en existe des milliers, sans caractère, sans saveur autre que celle que lui prête l’envie de ses congénères. Le respect qu’il gagne est faux, comme tout ce beau décorum dont la seule utilité est le paraître. Tour d’ivoire pour se protéger de la masse grouillante, des bas-fonds New Yorkais dont l’odeur rance renferme pourtant mille trésors inestimables en comparaison à ce faux-semblant de vie.

Et tandis que le pouls se fait fuyant, que le teint pâlit au gré des minutes qui s’égrènent, le regard que pose Mei sur ce dernier est d’une indifférence rarement égalée. Il n’a été qu’un pion, un moyen de parvenir à ses fins, ni plus, ni moins. De longs mois à le subir, à feindre l’attirance et la soumission, la souillure de son foutre aux creux de ses cuisses. La pensée seule se suffit à elle-même pour lui imposer une nausée passagère qu’elle balaie d’un clignement de paupières. Jamais plus il n’aurait plus de pouvoir sur sa personne, même la plus infime illusion.

Heureusement, sa comparse rompt le fil de ses idées noires par l’acceptation de la coupe. Les orbes d’obsidienne accrochent chaque geste et le temps se ralentit tandis que les lèvres le goûtent. Spectacle ô combien fascinant pour la créature qui n’a connu que l’infamie de la violence et de la bestialité de Jian. Lui si prompt au maintien, à la posture d’élégance, se révélait le pire animal sauvage dès qu’il était question de sang. Ainsi son apprentissage s’est fait, ainsi il est resté. Partager cet humain, de cette façon, comme un verre dans la haute société, parmi l’odeur ferrique de l’hémoglobine et les derniers volutes bleutés de l’opium, mélangeant le souvenir de l’Orient dans ces teintes occidentales, dans cette ville d’acier aux mille promesses…. Ça n’a pas de prix et son aînée ne pourrait la contenter davantage. Alors quand cette dernière la remercie, elle sent quelque chose de nouveau fourmiller au creux de ses entrailles. Une pointe d’excitation? L’ego enorgueilli? Un début de contentement? Sans doute un peu de chaque chose mais l’immortelle n’a cure de s’interroger sur les raisons. Ne compte que la surprise qu’apporte avec elle cette soirée et cette rencontre inattendue et surtout inespérée. Jian l’a si bien protégée de leurs semblables, préférant la garder sous sa coupe et son emprise telle une poupée de collection que l’on ne partage pas qu’elle se sent tout aussi perdue qu’à sa place. Étrange paradoxe dans lequel la belle se complait avec la plus entière volonté.

La voix la sort de ses songes et son regard remonte sur la Française, ne la quittant plus des yeux. Quand son regard ne coule pas sur ses mains et chacun de ses gestes, c’est vers son visage et ses traits si parfaits qu’elle se noie volontiers. Pourquoi les yeux clairs la fascinent-ils autant? Un corps Renaissance figé dans la modernité d’un monde qui taille dans les chairs et prône une maigreur dignes des paysannes affamées que la créature a si longtemps méprisées. “Il vit. Il parle. Il respire. Ce sont trois raisons suffisantes non?” Pure rhétorique. L’avis n’est pas réellement sollicité, Mei s’est fait le sien et il est difficile - voire impossible - de l’en faire changer. Enfant capricieuse et têtue à qui rien ne résiste. “Quant aux convives…” A-t-elle une raison précise qui se détache du lot autre que son envie de tuer? De son besoin de sang? Elle hausse une épaule dans un désintérêt flagrant. “Ils ont profité un temps du trophée que je représentais. La petite chinoise et son exotisme amusant. Je les ai supporté trahir mes racines et réinventer l’histoire, donner dans le cliché sordide avec cette science infuse qu’ils aiment tant distiller. Plaisanter sur ma culture sans hésiter à s’en approprier certains aspects en bons colons qu’ils sont. Oui, je les ai supporté dire et faire. Jusqu’à ce que je ne puisse plus. Tu veux des raisons plus profondes?” Elle se redresse, tourne un instant sur elle-même dans un rire presque enfantin, porté par le sang dont elle s’est privée trop longtemps. “Je n’en ai pas. Je n’en ai jamais eu besoin. Ni ce soir, ni avant” concède-t-elle en s’arrêtant face à sa semblable, la dominant de sa hauteur sans, pour une fois, un quelconque sentiment de supériorité. Pire, Mei se sent enfant, face à cet océan qui la fixe. Cette dernière y lit mille et une choses mais rien qui ne lui apporte la moindre réponse.

Du coin de l'œil, la furie jauge de l’état de son amant, levant les yeux au ciel. “Lui? Quelle importance? Je n’avais rien prévu autre que sa mort certaine. Je préfère l’impulsion du moment et l’improvisation.” Et c’est aux côtés de la Vampire que l’orientale reprend place sans plus être séparée par ce vulgaire déchet humain. “Te raconter? Me raconter?” Et par où commencer? Quels secrets trahir aussi ouvertement, lesquels préserver par pudeur, par honte, par complaisance au mystère? Pourquoi briser l’aura, lever le voile, quand l’interrogation est le gage le plus parfait à l’attrait qu’elle peut susciter. Mais Aliénor n’est pas de ces imbéciles que l’asiatique côtoie. Aliénor appartient à l’extraordinaire. Aliénor… “Et que veux-tu savoir? Ne dis pas tout, ce serait mentir. Personne ne peut porter un intérêt si grand à autrui, même pas à moi.” Soudain joueuse, le ton change, les traits se détendent et le masque se fissure. Ses doigts glissent contre les siens pour récupérer la coupe et elle la relève jusqu’à ses lèvres, les yeux dans les siens. Ils ne se ferment que lorsque le Graal lui lèche la bouche et coule dans sa gorge, qu’un soupir rauque lui échappe. “Tu veux entendre que je viens d’un monde où le mot dynastie fait encore écho? Que ma lignée est aussi noble et pure que le plus vieil Empire de Chine? Que le trône me tendait les bras avant que la révolution ne s’engage?” Oui, elle avait été tout ça, un monde si loin de celui dans lequel elles pataugent aujourd’hui, où la démocratie a soufflé le sublime et l’impérieux au profit d’avis basiques et vaniteux. Président? Et de quoi? D’un pays si neuf qu’il n’a aucun recul sur ses propres idéaux. “Tu veux savoir que j’ai été le Calice qu’un immortel comme on en fait plus? Que j’ai fui pour lui en voyant la chute de mon Empire tant promis se profiler à l’horizon? Qu’il m’a abandonnée comme un vulgaire animal dont on se lasse?” Une gorgée supplémentaire et elle tend le breuvage à sa complice du soir. Du pied, elle repousse l’homme qui chute mollement à l’autre bout du canapé sans même lui accorder le moindre regard.

Là, excitée, impatiente, portée par les effets nocifs que le sang humain peut avoir sur sa personne, elle se redresse à genoux comme une enfant qui se plaît à narrer sa journée à n’importe quel adulte lui prêtant un tant soit peu d’attention.

“Tu veux entendre le récit de ma déchéance la plus abjecte? La menace des japonais…” Ses mâchoires se crispent à l’extrême à cette simple évocation et son regard se remplit de cette folie jamais loin, toujours tapie sous la surface et prête à bondir tel un lion affamé mis en cage et qui attend le moment propice pour attaquer. “Non, tu ne veux pas entendre ça…” Tranche-t-elle sans même laisser le temps à la curiosité de sa vis-à-vis de faire son œuvre. “Peut-être quand mon Sire m’a retrouvée et fait don de l’immortalité, comment il a bâclé mon éducation et m’a gardé égoïstement pour lui en me protégeant de mes congénères, des Autres, de tous les autres…” Le regard s’échappe, se voile, avant de revenir se poser sur l’Européenne. “De la traînée sanglante laissée dans mon sillage le long de la côte Est?”

La tête penchée sur le côté, Mei détaille et ses dents viennent meurtrir un instant sa lèvre inférieure. Pour la première fois, ses doigts la démangent par désir de contact, d’un besoin avide de toucher, de s’ancrer au réel, au présent, à cet instant, à elle. “Tu es la première que je rencontre tu sais, Aliénor.” Et dans son ton transparaît toute la magie de l’instant. Et dans ses yeux tout le respect qui en découle. “La première…” répète-t-elle dans un souffle presque timide tandis que le bout de ses doigts s’agitent, quémandent, s’approchent pour mieux reculer à quelques centimètres à peine de cet épiderme qui ne laisse échapper aucune chaleur. “Tu en connais beaucoup? De nos semblables. En existe-t-il beaucoup? Et où?” Les questions fusent avant que le temps ne trompe, ne rattrape, ne tue cette découverte dans l’oeuf et ne la ramène à une solitude qui exalte tous les jours un peu plus cette folie dévastatrice.





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"Mind if I cut in?"

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Pseudo : Nero.
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Lun 17 Jan - 2:58 (#)

♛ No one walks away from me

Never forget what you are, for surely the world will not. Make it your strength. Then it can never be your weakness. Armour yourself in it, and it will never be used to hurt you.

▼▲▼

Elle aime sa façon de s’exprimer.

Maintenant que la vérité s’est révélée sur leurs natures respectives, elle distingue le changement de ton, l’estime nouvelle que lui consacre son interlocutrice. Ce n’est pas désagréable. Jouer aux ingénues que l’on méprise ne la divertit qu’un temps. En outre, le contexte lui est suffisamment cruel pour qu’elle apprécie de retrouver ce respect dont on l’avait si souvent enrobée pendant des années, à Paris. Elle sait qu’elle aura du mal à se détacher pleinement des honneurs dus à son rang déchu. Ce soir, il s’agit probablement des dernières gouttes de pouvoir dont elle pourra se repaître et qui n’émaneront pas de ses plus fidèles sbires.
Bientôt cependant, des réflexions plus sérieuses naissent dans son esprit, au fur et à mesure qu’elle se repaît des confidences, du spectacle et de l’attitude de la créature libérée qui s’épanouit devant elle. Difficile de ne pas reconnaître dans son insolence les mêmes graines semées sous ses propres semelles il y a des siècles de cela. Ces similitudes n’éveillent en elle aucun dépit, bien au contraire. Elle sourit presque d’entendre une voix jumelle de la sienne. Il lui est arrivé de tenir des propos si semblables à ceux de Mei, par le passé. Un passé pas si lointain. Lorsque rien ou presque n’avait d’importance. Lorsqu’elle se croyait protégée des règles de la Mascarade, intouchable. Ce constat la peine et la touche tout à la fois. Il lui donne envie de s’attarder. De l’écouter encore. D’en savoir davantage sur cette sylphide d’Orient si heureuse de son petit – voire grand – effet. Elle ne se sent pas rebutée d’avoir à lever les yeux vers cette haute silhouette restée debout. Au contraire. Elle aime l’admirer sous cet angle de vue inédit. Le sang qui coule dans ses veines ne fait que la conforter dans un élan prompt à une contemplation saphique encore sage. Pourtant, ses yeux ne tromperaient personne, et encore moins la gourmandise qui y pétille, tandis que le bas de son visage disparaît le temps d’une autre gorgée d’hémoglobine.

Elle ne bouge qu’à peine, tourne la tête de son côté lorsque Mei prend place à proximité, se détournant également du sort de l’humain prêt à agoniser pour les heures qui viennent. Elle laisse la coupe s’échapper entre les doigts de l’étrangère, sans lui opposer de résistance. Elle s’alanguit alors de profil, une cuisse légèrement remontée, dans une posture décadente de patricienne romaine. Déterminée à savourer. Bientôt, toutes les deux se voient nimbées du même nuage vicieux. Le sang passe d’une main à l’autre, et voir ce visage si parfait s’animer, pareil à ceux des plus grandes étoiles montantes de ce pays, la comble d’une joie réelle qui échappe à toute contamination perfide. Il n’y a pas de rivalité possible, en cet instant. Juste une profonde affection, un soulagement auquel elle ne s’attendait pas. Elle doit contenir un geste tendre, s’empêcher de distiller une caresse éphémère sur cette joue lisse, dépourvue de la moindre imperfection. Elle devine toute la frustration dangereuse qui habite cette Caïnite visiblement délaissée par un Sire incompétent. Nul doute : elle vient de tomber sur une poupée fracassée. Une de plus. Elle-même vaut à peine mieux, bien que sa longévité lui permette d’éviter de glisser dans les pièges les plus évidents, les plus grossiers. Pourrait-elle aider cette presque nouvelle-née sur cette voie-là ? Aussitôt, la réponse lui apparaît : non. Le souvenir d’Ophélia est encore trop récent. Quant à celui qui la prive de son soutien au moment où elle en aurait le plus besoin…

Une ombre passe sur son visage. Peindre le sien dans sa mémoire pourrait faire vaciller ce moment, ce qu’elle ne souhaite pas. Le destin de cette nuit la frappe durement. Les conditions rigides de leur fuite comme cette rencontre improbable se nouent en un seul et même cordage auquel elle se raccroche pour ne pas se laisser emporter par la tempête. Une peine immémoriale se joint à la danse de ses émotions parfaitement contenues par son masque d’éternelle. « Oui, Mei. J’en connais beaucoup. Beaucoup trop. » Elle feint l’un de ses soupirs trop humains pour être crédibles. « Je ne saurais quantifier le nombre exact de vampires sur le globe, mais… dans certaines zones du monde, ils se regroupent en des communautés plutôt conséquentes. À l’inverse, comme tu as pu le constater malheureusement, il est parfois difficile de se reconnaître entre nous, et donc d'autant plus banal que de passer à côté des nôtres… nous en sommes un parfait exemple. » Elle n’y tient plus et, du bout des ongles, ne peut s’empêcher de frôler le genou de sa congénère. « C’est la rançon de la gloire… Le jeu de la Mascarade nous protège des humains mais nous empêche par d’autres aspects de rentrer en contact. » Sa voix se fait moins douce, plus préoccupée : « Tu as eu beaucoup de chances de survivre jusqu’ici sans mentor digne de ce nom. Quand as-tu subi l’Étreinte ? » Certains indices pourraient la mettre sur la voie, mais elle préfère se fier au discours de la principale intéressée. Dans le dos de celle-ci, elle entend l’humain geindre, à peine. Elle n’y prête aucune attention. Il doit mourir. Et elle ne fera rien pour empêcher cette fin programmée.  

« Tu en as gros sur le cœur. » Ce n’est pas une question. « Tu n’es pas la seule à avoir pâti de l’égoïsme d’un Sire trop hâtif. Personne ne pourra jamais vraiment remplacer son enseignement ni le lien qui s’est créé entre vous deux, mais il n’est jamais trop tard pour apprendre. Enfin… la plupart du temps. » Elle cherche, presque malgré elle, des signes, traces et indices d’un possible basculement dans un état de frénésie inquiétant, déjà synonyme du précipice duquel elle ne pourrait jamais la tirer. Pour l’heure, tout semble presque calme. Elle ne pourrait la blâmer de cette surexcitation transmise par la boisson écarlate dont elles ont vidé la coupe. « Je suis… flattée, d’être la première. Mei. » Ce n’est pas un mensonge. Son sourire, trop lourd, chargé des retournements de situation de cette nuit étrange, en témoigne largement. « Je ne te jugerai pas quant à ce massacre. En revanche, tu ne pourras t’adonner trop souvent à ce genre de plaisirs. Les Autorités ne te le pardonneraient pas. Une jeune vampire, sans Sire pour la mater et prompte à saigner des humains de cette façon… il n’en faudra pas davantage pour obtenir un aller simple vers une condamnation à mort. Et je parle de la vraie mort, pas besoin de te faire un dessin. Tu vas devoir couvrir tes traces, pour cette nuit. Et limiter ces caprices, si tu veux survivre. » Elle songe à cette traînée sanglante le long de la Côte Est. Ses sourcils se froncent à peine, pourvue d’un intérêt réel pour ces pérégrinations dont elle aimerait connaître le détail. « Tu es fascinante. Et quoi que tu puisses songer, je serais prête à t’écouter parler des heures de ce parcours si particulier. Je voudrais en apprendre les pires moments comme les plus grandes gloires. Serais-tu prête à m’en faire la faveur ? » Elle se penche dans sa direction, vénéneuse. « Je veux tout entendre. Tout savoir. »

Elle n’en aura pas le temps, toutefois. Elle se lève, s’approche du mortel mal en point. « Tu vas devoir l’achever. Il ne semble pas décidé à rendre l’âme maintenant. Il faut partir, ne pas s’attarder ici plus que nécessaire. Nettoyer ce qui peut l’être… » Elle se retourne vers elle, un sourire mutin aux lèvres. « … je ne parle pas du sang, bien sûr. Mais de tout ce qui pourrait constituer une preuve contre toi. Puis s’en aller. As-tu un pied à terre en ville que cet homme ne connaissait pas ? » Elle hésite, puis consent à lâcher. « Moi aussi, j’ai besoin d’un refuge. Je te le rendrai au centuple, si tu m’aides. »

CODAGE PAR AMATIS



Before I'm dead

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Princesse Kumquat, le Glaçon Impérial.
Mei Long
Mei Long
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En un mot : Derrière elle, les traumatismes de l'Orient. Devant, ce spectaculaire et dangereux Occident. Entre les deux, cette douce torpeur, bourreau et gardienne de sa déraisonnable folie. De sa folle déraison.
Facultés : Tes capacités, tes dons.
Thème : Secret Garden - Adagio
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ASHES YOU WILL BE

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Lun 18 Avr - 17:55 (#)


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La pellicule de vernis craquelle au son des mots soufflés par sa comparse. Face à cette dernière, elle se sent infiniment reculée dans un monde à part, dans une bulle qu’elle n’a pas choisie, dans un univers façonné par un autre, marionnettiste hors-pair qui a su tirer les ficelles de sa conscience, modeler son caractère, guider ses pas et sa déraison, alimenter sa folie dont Jian a toujours vu les prémisses. Il n’a eu qu’à allumer la mèche pour assister à la plus grandiose des explosions. Un feu Grégeois impossible à éteindre, détruisant tout sur son passage. Un maître absolu, dictateur de ses droits, instructeur, geôlier, bourreau, pointant du doigt le chemin déjà tracé pour elle en prenant soin de ne pas la laisser s’égarer là où il ne voulait pas que ses pas dérivent. Particulièrement vers qui il ne voulait pas la voir dériver. Possessif, jaloux, s’octroyant le droit des faveurs de quelque pucelle impudique en lui interdisant la couche d’un autre. Il n’y avait toujours eu qu’eux dans cet interlude intemporel. Elle et lui.
Envieuse, Mei l’est. De toutes les connaissances de l’Immortelle installée à ses côtés. De toutes les rencontres, de toutes les découvertes. Elle se sent presque insignifiante, idiote. Elle ne connaît rien, des races, de la splendeur de la sienne, de l’animosité de certaines, de la magie des autres. Mille questions lui brûlent les lèvres, mille meurent avant d’en franchir la barrière. Pas maintenant. Le temps est précieux tout comme la patience d’autrui et elle se refuse à tarir celle de cette beauté d’un autre temps et de précipiter la fin de l’échange. Pourtant, l’Antique s’attarde, ne semble pas pressée de l’abandonner à cette scène sanglante et morbide. Cette nuit est une parenthèse enchanteresse. Demain n’existe pas encore. Hier n’est déjà plus. Ne reste qu’elles, dans l’odeur ferrique des lieux, dans l’intimité macabre de ce salon, dans les relents d’opium.

Absorbée par chaque syllabe prononcée par Aliénor, elle en oublie toute réticence au toucher quand, de ses ongles parfaitement soignés, elle frôle son genou. Pas de frissons, pas de geste réflexe appelant au recul et à la préservation. Elle est gourmande de savoir et de découverte, quémande une attention dont la dépendance n’est plus à prouver, se noie dans le flot de ces mots qui lui ont cruellement manqué, meurt de ne pouvoir ouvrir davantage la brèche qui s’est immiscée entre ses hautes murailles.

Mais les mots écorchent autant qu’ils l’hypnotisent. Le sujet de son étreinte lui fait détourner le regard. Non pas pour la transition catastrophique qu’elle a dû supporter, pour les longues années d’acceptation qu'il lui a fallu, mais pour la raison associée à la Morsure. Derrière ses paupières closes se cachent une multitude d’images que l’éternelle préférerait oublier. Tant de sévices, de souillures, d’abus en tout genre. Salie. Molestée, les chairs incisées. Rien ne lui a été épargné. Absolument rien. “1944” souffle-t-elle du bout des lèvres, apparaissant presque comme fragile à cet instant. Une fraction de seconde, c’est le temps accordé à cette faiblesse, avant que la froideur de ses deux billes noires ne lui fassent redresser le menton dans cet air altier et insolent qui lui va si bien. La belle s’abstient volontairement de tout commentaire sur la Mascarade, peut-être parce que les règles ne lui semblent pas s’appliquer pour sa personne, au-dessus du lot, au-dessus de tout, peut-être parce qu’elle a une conscience accrue des risques mais que l’absence de maîtrise ne lui permet pas, de toute façon, de vivre autrement.

La mention de son Sire lui fait une nouvelle fois détourner le regard, cette fois-ci de manière plus sombre, plus volontaire. Comment conjuguer une haine aussi viscérale à une dépendance si absolue? Un Yin et yang parfait dont la fin précipitée l’a plongé dans de dangereuses abysses. L’écho similaire de leur histoire ne tombe néanmoins pas dans l’oreille d’une sourde et du coin de l'œil, elle dérobe une attention nouvelle, se mordant l’intérieur de la joue pour retenir d’autres interrogations. Dans un miroir imaginaire, à tort ou à raison, elle se dit que si le sujet est délicat pour elle, il l'est forcément pour sa vis-à-vis et il serait, une nouvelle fois, regrettable d’accélérer la fin de cette rencontre.
Le sang humain qui réchauffe présentement ses veines n’est pas sans changer son humeur. C’est sa faiblesse la plus sournoise, la plus ultime. Un accès direct au second palier de sa personnalité, plus délurée, plus avide de caresses et d’abandon.

Un sourire tout aussi fugace que discret étire ses lèvres et elle incline légèrement son visage vers le bas dans une révérence. Oui, Aliénor est sa première et probablement la dernière avant un temps qui lui semble maintenant trop. Le discours qui suit devrait la rendre revêche, elle, la piètre élève qui se joue du règlement. Mais Mei prend ce qu’elle veut, entend ce qui lui sied, change les mots pour qu’ils fassent écho à ses envies. Alors penchant la tête sur le côté, ses yeux se peignent de quelques étincelles tandis que son air devient plus mutin. “Pas trop souvent ne veut pas dire jamais” glisse-t-elle dans une réclamation presque muette. Elle veut y lire une promesse, trouver une faille dans cette interdiction soufflée à demi-mots, qu’il s’agisse d’un conseil avisé ou d’une menace sous-jacente.

Fascinante? Oui, elle l’était. En prouve ses prochains mots. “Je sais” minaude cette dernière dans une petite mimique insolente. La panthère se rapproche mais elle ne bouge pas, immobile, dans l’attente de la prochaine sentence, du venin qui se distille à ses oreilles et plus loin encore. Elle a vu ses regards et si elle a choisi d’en ignorer le sens, l’asiatique se dit qu’ils sont une balance dans laquelle elle pourrait y gagner quelque merveille. Les yeux dans les siens, elle ne cille pas, refuse de plier sous le poids de cette invitation, forçant même une inspiration pour se gorger de l’instant. “Attention à ce que tu souhaites Aliénor. Tout ceci sonne un peu trop comme… absolu.” Tout savoir d’elle, du plus haut sommet jamais atteint à la déchéance la plus noire. “Et je suis une accro, une affamée. Si je veux tout moi aussi, sauras-tu me l’offrir?” Dans un geste parfaitement calculé, vipère qu’elle est, ses yeux glissent un instant sur ses lèvres pleines dans un appel muet, dans une promesse de plus qu’elle sait ne pouvoir offrir maintenant. Elle se redresse à son tour, rompt encore un peu plus la distance qui les sépare. “Une faveur en appelle une autre.” À genoux sur le divan, elle la surplombe sans volonté de supériorité. Elle ne l’est pas. Pour la première fois de sa vie, elle voit en sa comparse une égale et peut-être plus. “Si je t’ouvre cette porte, si je te fais une place dans ces abysses, il te faudra m’apprendre tout ce que je veux savoir. Absolument tout.” Ses yeux jouent encore, vont et viennent entre ses orbes clairs et cette bouche peinte, ce petit sourire en coin ne la quittant pas. Pas encore complètement remplacée par cette jumelle maléfique qui ne la quitte jamais mais dans une balance fragile entre les deux.

Son aînée lui échappe pourtant et la réalité, brutale, la ramène trois pas en arrière, jetant un regard dédaigneux à son ancien amant qui n’a même pas la décence de mourir silencieusement. Soupirant avec cet air de petite peste si coutumier, elle se redresse à son tour, le tournant sur le dos du pied. “Toutes les personnes m’ayant vu en sa compagnie, ne serait-ce qu’une fois, sont morts ce soir, je m’en suis assurée. Pas de photographie, pas d’objet personnel du passé qui n’ait pas déjà quitté les lieux, pas de témoin, rien.” Consent la cadette à répondre avant de relever les yeux sur la Française tandis que le plat de son pied vient s’apposer sur la trachée de l’importun. “Il ne connaissait rien de moi, mais j’ai un point de chute, puisque telle est ta question.” Les yeux dans les siens, la plante de son pied s’enfonce dans la gorge, le geste seulement interrompu par quelques borborygmes sinistres. Perdant patience, elle force jusqu’à sentir les articulation céder et dans un bruit de craquement sinistre, il n’est plus. Levant les yeux au ciel pour le temps perdu à cette mort définitive, elle se rapproche de la jeune femme jusqu’à être à sa hauteur. “Au centuple” susurre cette dernière en la dépassant et, au pas de la porte, lève un index qu’elle replie à plusieurs reprises dans une invitation.

Dans la seule poche que comporte sa tenue, une clé, et grimpant les escaliers menant au premier étage, prend la direction du bureau de son amant. Derrière un tableau à la valeur inestimable mais aux allures de croûte, un coffre. Plaçant la clé dans la serrure, elle tourne le cadran, plusieurs mois ayant été nécessaires pour en connaître la combinaison sans éveiller les soupçons, trop paranoïaque pour user de ses dons. À l’intérieur, des liasses de billets à foison qu’elle place dans une pochette, et se tournant vers son aînée, jette un coup d’oeil sur ses vêtements souillés. “Juste le temps de me changer, le reste est prêt.” Et la contournant une nouvelle fois, l’immortelle longe le couloir pour pénétrer sa chambre, laissant volontairement la porte entrouverte.

C’est un jeu dangereux, Mei en a conscience, mais nécessaire. Rien ne dicte davantage les actions que l’envie. Celle de posséder ce qui nous est interdit, celle de briser les règles les plus strictes, les barrières les plus solides. Devant la psychée, elle fait coulisser la fermeture éclair de sa robe et la laisse choir sur le sol. Ses longs cheveux de jais cachent les immondes cicatrices qui saccagent l’épiderme de son dos et attrapant des vêtements plus passe-partout accrochés à portée de mains, elle ne tarde pas à retrouver les prunelles azurées, là, dans le reflet de ce même miroir qui révèle presque entièrement sa nudité. Presque. Pendant de longues secondes, elle reste ainsi, sans chercher à se couvrir, sondant ces prunelles aux mille promesses. De longues secondes, avant de revêtir une autre robe, moins guindée, dans un noir d’une sage sobriété. Se tournant, elle affronte cette fois-ci la jeune femme sans filtre entre elles. “Nous pouvons y aller” conclut celle-ci en attrapant un simple sac dans lequel elle glisse la pochette remplie de billets.

Et parce que le sang court dans ses veines, elle tend même une main en direction d’Aliénor, son haptophobie pansée encore pendant quelques instants.



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