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Damned Souls ☽☾ Eoghan

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Anonymous
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Jeu 28 Oct - 19:21 (#)

damned souls
We danced in the snow
Of a crystal December
In the dying of our souls
Our bodies were the only answer

Mars 2020, Shreveport.

Paisible nuit. L’obscurité enrobe les alentours d’une rue habitée de silence. Les cyclopes de fer éclairent les lieux de leurs lueurs jaunâtres, ne vacillant qu’à peine sous les coups d’un vent se faisant parfois violent, persiflant comme un millier d’esprits dans les interstices de portes mal fermées et de fenêtres gondolées d’humidité. On entend les rires de quelques aventuriers nocturnes à quelques quartiers de là, festoyant dans un Vendredi soir affable pour la jeunesse s’extirpant enfin d’une longue semaine, pour les travailleurs ayant laissé tomber le bleu de travail pour revêtir leurs plus beaux atours. Flirt des regards et rires tonitruants fracassent quelque peu le calme comme au loin, d’un seul coup, des pas fébriles ricochent brutalement. Les bottes noires fracassent une flaque d’eau sur le sol de béton luisant encore de la pluie s’étant laissée mourir sur Shreveport quelques heures auparavant. L’atmosphère est humide, lourde et s’éloigne de la légèreté fraîche qui plane là où les insouciants parviennent encore à rire et à reprendre le cours d’une vie normale, tentant d’ignorer qu’à chaque seconde, le mal rôde.

Les yeux foudroient la rue d’un regard hanté de violence, l’angoisse teintant ses opales d’une couleur étrange. On pourrait presque y voir la Bête cracher son venin vert dans les minuscules traits noirs qui parsèment la prunelle de la maudite accourant pour fuir ce qui l’effraie. L’appartement lui semble encore loin, ses bras étreignant son propre corps, ses mains écrasées sous ses bras aux muscles tendus, vêtue de l’éternel même cuir usé qui grince à chaque pas. Le souffle est tremblant et on peut percevoir chez elle une peur qu’il est bien rare de lui voir apparaître quand elle explore le monde. Sous chaque battement de paupières se dessinent le drame qui vient de se dérouler. Elle dira qu’elle n’a pas eu le choix. Qu’il fallait bien se défendre. Et des idées de fuite piquent férocement son esprit au fil de son avancée, parfois cachée dans l’ombre puis réapparaissant comme un spectre sous la lueur d’un lampadaire encore tremblotant sous la houle du vent, filant sous les lucioles immobiles. La chevelure à l’ambre automnale semble fouetter ses joues rougies par le froid et la rage. L’émail grince, comme pour retenir la malédiction vipérine de venir plus encore la torturer. Sa tête s’agite d’un côté puis d’un autre comme par crainte d’être poursuivie, encore. Sa patronne - ou celle qui le fut - a hurlé comme une démente, plus encore que les autres jours. Putain. Saloperie. Pétasse. Et tant d’autres noms qui ne la font plus ciller. Il fallait bien que cela arrive. Il fallait bien que le baiser maudit de Favashi l’empoisonne davantage des années après. Shreveport devait être une terre d’asile. Pourtant, depuis lors, rien ne semble allait mieux. La voilà condamnée à courir, encore. A fuir, toujours. Comme s’il fallait à tout prix qu’elle ne s’enracine jamais et être de ces bannis qu’on chasse et conspue à tout va pour une raison ou une autre. Le venin de la haine de Favashi n’a pas qu’attaqué son corps et son âme devenus le fief d’une monstruosité. Il a aussi gangréné son existence entière, l’empêchant de même espérer une vie banale. Elle qui, jadis, rêvait d’épopées, de grandes aventures inoubliables, de liberté au travers des mers, des déserts et des montagnes sableuses n’aspirent désormais qu’à cette douce banalité, à l’anonymat, à l’oubli surtout. Une première larme tombe sur son front la faisant s’arrêter dans un souffle sec, comme surprise par le présent, arraché à ses noires pensées, son regard empli d’une émotion luisante, mirant le ciel sombre nimbé de nuages brumeux et grisâtres sous l’étreinte lunaire. Et peu à peu, sanglote la voûte céleste pour éroder la peau. Les yeux se referment doucement, soulignant son épuisement, un soupir de plus s’échappant de ses lèvres sèches où une saveur de rouille semble vouloir se diluer. Le coup de poing renvoyé en pleine mâchoire n’était rien face à ce qu’elle fit au coupable. Abaissant lentement la tête, les mèches tombant une à une en filaments abandonnant l’épaule pour cacher le visage affaibli, elle fait le choix de reprendre sa marche, de ne pas se cacher dans une alcôve. Elle veut seulement rentrer. Trouver la chaleur de ce qui n’a jamais été réellement chez elle. Comme si quelque chose bloquait. Comme si elle n’avait aucun droit de se sentir en sécurité là où elle élut domicile des années auparavant, suivie par ses deux compagnes de route, aussi fortes que fragilisées, comme des vases précieux dont il faut recoller les morceaux un à un. Sentir le parfum de Nejma, entendre les chansons murmurer par Nadja, observer la pluie de derrière sa fenêtre et ne plus bouger du cadre. Ignorer qu’alors ce soir son monde s’est vu bousculé par un énième cataclysme, pire que les trombes d’eaux finissant par lui tomber dessus.

C’est le visage trempé et le jean humide qu’elle débarque enfin dans son couloir. Le cliquetis de ses clés s’emmêlent aux bruits visqueux des semelles crasseuses sur le sol, image d’un pathétisme humain, la chevelure colle à ses joues, la moue involontairement boudeuse, le visage émacié de fatigue. La tête des mauvais jours, dira Nejma. Glissant la clé dans la serrure, elle entre enfin dans la chaleur qui s’écoule dans l’appartement partagé à trois. Elle ne s’annonce pas, craignant de devoir parler et de s’effondrer ou de ne pas trouver ses mots. Il n’y a que le bruit de la télévision, l’odeur d’un thé à la menthe et de l’encens puis ce parfum se rattachant toujours à un endroit connu qui planent. L’odeur familière de la sécurité. Bien que rien ne peut la convaincre de l’être pour ce soir. « Oh Astaad… Je savais que j’aurais dû te dire de prendre ton parapluie ce matin. » La voix de Nadja la pousse à se détourner pour tomber sur son visage amusé mais elle fait tout pour ne pas croiser son regard. Ses doigts repoussent les mèches humides sur son crâne alors qu’elle se déchausse « Ouais. C’est rien. » Sa voix semble être légèrement cassée, la gorge empli de trémolos. « Qu’est-ce qu’il se passe ? Mauvaise soirée ? » De dos, suspendant sa veste à l’un des porte-manteaux, elle hésite à se détourner. Mentir pour protéger. Mentir pour ne pas faire face à ce qui vient de se passer.

Un rire nerveux et peu convaincant lui échappe, comme si elle était prête à s'effondrer en larmes, alors qu’elle se décide à avouer : « J’ai été virée. » Nejma accourt brutalement, ses pieds frappant le sol dans un bruit sourd, apparaissant dans un large t-shirt à l’effigie d’un film qu’elle n’a sûrement jamais vu « Quoi ?! Attends, explique toi. Et viens te réchauffer. » « C’est r… » « Maintenant, Astaad. » L’ordre ne laisse aucune échappatoire et si elle ne craint pas sa sœur, elle refuse de créer une quelconque discorde inutile. Comme si l’ordre et les regards préoccupés l’enrobaient dans un cocon d’amour, elle délaisse le masque de piètre comédienne pour afficher une mine qui s’affaisse sous le poids du choc et de la tristesse. De la peur, par-dessus tout. La peur qui rôde et vient souffler sur l’été pour propager l’hiver dans son corps-mausolée. Piétinant les tapis de ses chaussettes humides, elle s’effondre sur le canapé dans un souffle de coussins écrasés sous son poids. Ramenant ses cheveux sur une épaule dont les pointes encore pleurantes se rebiffent sur son ventre, elle fixe l’écran de la télévision où des gens rient et semblent plus heureux que jamais sans qu’elle ne le remarque vraiment. « C’est l’patron. Le mari. Ça f’sait plusieurs semaines que le mec me collait au cul. Il essayait de rester le plus tard possible pour me parler de conneries sans importances. Il venait dans les chambres que je nettoyais pour m’aider, soi-disant. Il me tenait la jambe quand je devais partir du boulot, etc. » Un battement de cils et son attention se tourne vers ses deux sœurs, Nadja assise près d’elle et Nejma toujours debout, les bras fermement croisés, le visage fermé. « Et ? » « Et j’ai toujours su ce que c’était qu’un gros connard. Je l’ai déjà vu mater le cul de Sage un paquet de fois. Putain, elle pourrait être sa fille ! » La rage revient brutalement et fait s’agiter les deux spectatrices. Elles savent bien trop que celle qui demeure sous l'influence de la Lune est sujette aux colères foudroyantes. Mais pas ce soir, elle le promet d’un regard avant de poursuivre « Bref. Il est allé trop loin. Vraiment trop loin. J’ai même pas envie d’en parler mais… J’me suis défendue. J’vous jure que j’ai pas… J’voulais pas… » La culpabilité atrophie ses mots, la crainte d’être jugée et prise pour la coupable de cette sordide histoire qui n’aurait jamais dû exister. Peut-être aurait-elle dû faire autrement ? Peut-être aurait-elle pu faire autrement ? Le doute l’accable soudainement la laissant transie d’un froid qui s’immisce sous la peau, mordant les muscles et les os, filant dans le sang pour la faire trembler davantage. Une main se dépose alors sur les siennes, nouées, chaleur rassurante lui faisant relever la tête vers Nadja, un léger sourire aux lèvres « Tu n’as pas à te justifier, ma sœur. Nous te connaissons. Tu peux tout nous dire sans trembler, tu le sais. » « Nadja a raison. On sait qui tu es. Quoi que tu aies fait à ce monsieur, on t’en voudra pas. Tu te défendais. » Oscillant d’un visage à un autre, elle acquiesce, peu convaincu de ne pas être responsable de la douleur irradiant dans sa mâchoire et ses phalanges. « Ouais… Peut-être. » Nejma finit par s’approcher, entourant ses épaules raides d’un bras « Qu’est-ce qu’il t’a fait ? » « Rien de trop grave. Il a pas eu le temps… de faire grand chose. » Elle voit sa sœur hésiter à poser davantage de questions mais quelque chose l’en empêche, la poussant à poursuivre sur une autre voie « Tu retrouveras un autre travail. Tu t’es toujours débrouillée pour ça. Va prendre une bonne douche et… demain ça ira mieux. Je prierai pour toi. »

Il lui semble qu’aucune des deux ne parvient à comprendre l’ampleur des dégâts laissés derrière elle. Elle préfère taire le déroulement de la soirée, ce qu’il a voulu faire et ce qu’elle a lui fait payer de sa main en conséquence, hochant doucement la tête, forçant à peine un sourire à s’esquisser. Se relevant doucement, elle préfère les quitter d’un bonne nuit piteusement murmuré pour finir par se glisser sous une eau chaude et salvatrice, déliant les muscles raidis, s’écoulant comme un torrent sur les épaules épuisées, serpents sinueux filant sur la peau tannée, sur le dos tuméfié et le creux des reins douloureux. Le visage abaissé, elle fixe un point sans le voir, massant sa mâchoire endolorie mais cicatrisant déjà de la plaie ouverte dans sa bouche. Un détail anodin peut-être mais accablant pour elle. Elle craint qu’il ne faille à nouveau quitter la ville, qu’il faille partir au loin si ce fumier se décide à se venger. Anxieuse, elle préfère rejoindre son lit, s’effondrant sur l’oreiller, sa joue s’aplatissant sur le coton embaumé de son odeur, comme une enfant en plein chagrin, décidant de bouder le reste de la soirée en finissant dans le giron de Morphée, portant à l’horizon ses méfaits pour dessiner des rêves qui s’oublieront au réveil.

***


L’idée lui semble aussi idiote que pertinente. Voilà plusieurs mois qu’elle n’a plus croisé ce sorcier aux orbes menaçantes et à l’odeur antique. Leur dernière rencontre n’a fait que la convaincre qu’elle a eu tort de se confier ainsi, se reprochant d’avoir sonné à sa porte ce soir-là, pleine d’ivresse et de palabres fuyant hors de sa gorge bien trop facilement, d’envie de ne pas être seule dans sa détresse, de trouver refuge dans les mots rassurants d’un érudit en la matière. Quelle erreur. Bien sûr, elle n’oserait dire qu’elle s’en est voulu, quelques jours plus tard, d’avoir agi en audacieuse, de les avoir mis ainsi à découvert. Elle s’en est voulu plus encore de lui avoir avoué l’envier, lui et sa vie. Quelle chance alors de pouvoir se vanter d’avoir quelque chose à perdre en cette ville. Elle ne peut en dire autant sous tant de points. Recourbée au bord de son lit, voilà une semaine qu’elle n’a plus à se lever pour gagner son pain derrière le comptoir d’un motel croulant sous la misère humaine et la vermine. Une semaine qu’Eoghan Underwood est revenu toquer à la porte de son esprit, demeurant un mystère qu’il faudra retrouver pour le servir dans la paume d’Uther qui s’est bien empressé de lui demander des comptes la veille. « Ça avance doucement mais sûrement. » a-t-elle répondu, n'ayant rien de plus à lui donner. Son timbre froid et agacé a bien failli la mener à la folie de lui hurler dessus, démangée par l'envie de lui ordonner de l'oublier, elle et sa famille. Qu’il n’ose y toucher ou elle ne peut promettre de ne pas devenir une tempête de rage ne laissant que des trainées vermeilles derrière elle. Haine et angoisse valsent toujours sous sa poitrine, creusant sa mine en une expression amère et déterminée à en découdre. Elle évite ses sœurs autant que possible, refusant de croiser leurs regards plein d’espoir et d’entendre leurs mots rassurants. Elle n’est pas en état de les recevoir et de les apprécier. Fixant l’écran endormi de son portable, elle hésite encore, comme une amante hésitant à rappeler un partenaire nocturne, se sentant bien illégitime et toucher en plein orgueil à l’idée de le contacter. Prise dans le rideau mordoré d’un soleil levant passant au travers des rideaux à peine tirés, elle observe le beau jour qui éclot, sans parvenir à l’apprécier. Dans un soupir résigné, elle cède brusquement, se décidant à illuminer l’écran, tapant les numéros retrouvés sur internet :

send to : Eoghan at 09:32 am

Salut. C’est Astaad. J’ai trouvé ton numéro, j’espère que je me suis pas trompée.
J’sais que t’as sûrement aucune envie d’avoir de mes nouvelles mais tu dois bien te douter que je te contacte pas de gaité de cœur.
Je contacte pas le mec qui me déteste pour ce que je suis. Et j’veux même pas parler de tout ça.
Je contacte celui qui a les compétences pour m’aider… et qui m’a promis d’essayer.
Alors si t’es un mec qui tient ses promesses, retrouve moi au Copperhead Bar ou truc comme ça, dans l’sud.
Tu dois mieux connaître que moi.
Je t’y attendrai le temps qu’il faut.
J’te demande pas de me faire confiance…

Et une fois le message envoyé, les regrets ne tardèrent pas à anéantir sa matinée, la poussant à retomber dans le flot de ses draps dans un grognement de dépit.

***


La nervosité plane lorsqu’elle finit par s’arrêter sur le parking de ce bar routier. Les néons rouges et les lumières blafardes illuminent un visage qu’elle a illuminé d’artifices légers, à peine un peu de khôl autour de ses yeux et de quoi cacher les cernes qui se sont creusés pour lui donner l’allure d’un cadavre errant. Ses cheveux s’étale en corolles ondulant sur ses épaules couverte de son pull noir et de sa veste en jean puis sortant de l’habitacle de ferraille, elle expose le jean lassé comme un corset à ses hanches, provocation inconsciente dans un lieu pullulant de routards et de badauds ennuyés par leur longue nuit. Celle-ci ne fait que commencer et les clients sont encore rares dans le bar dans lequel elle pose un pied botté. Bien sûr, quelques regards se tournent un instant vers elle pour mieux se détourner, les conversations faisant légèrement se mouvoir le silence comme des battements de cœurs irréguliers. Le tintement des verres, les rires discrets et graves, enroués de tabac ou d’une vieille maladie mal soignée, quelques rares voix féminines, surtout celle de la serveuse qui slalome entre les tables, l’air fatigué, laisse découvrir un bar loin de l'effervescence de la ville. L’ambiance est propice aux discussions que personne n’a à entendre et parvient à la rassurer sur son choix du lieu de rencontre. Le soulagement ne la surprend pourtant pas alors qu’elle avance vers l’une des tables les plus reculées, collée à la vitre crasseuse où le nom du bar s’efface par endroit, l'usure du temps laissant toujours des traces. Glissant sur une banquette de cuir rouge, elle tourne d’emblée son regard vers l’extérieur, la jambe folle s’agitant sous la table. Il ne viendra pas, murmure une partie d’elle. Et l’autre la morigène, voulant garder l’espoir que même un sorcier comme lui ne l’abandonnerait pas sans être piqué par sa curiosité humaine, par son envie d’en savoir davantage sur le rat de laboratoire qu’elle peut représenter à ses yeux. Elle l’espère assez peu rancunier pour oser au moins se montrer, lui hurler dessus peut-être, ses cris résonnant toujours en elle comme un accablement profond, ne s’étant pas attendu à une telle rage, si semblable à la sienne. Elle manque de sursauter quand la serveuse vient prendre sa commande, se décidant sur une simple bière, pour finalement retourner à sa contemplation. A chaque phares apparaissant, elle sent son cœur sursauter, même les camions parviennent à la faire espérer et les minutes meurent et le temps se prélasse… Et toujours rien, les salves des secondes emportant avec elles le maigre espoir d’obtenir la miséricorde des dieux l’ayant un jour, peut-être, entendu à défaut de la sauver.

Extrait du journal d’Astaad Sayegh - Février 2020

Est-ce que je m’en sortirai ? Est-ce que je parviendrai à vaincre ce mal qui me détruit ?
J’ai la sensation de devenir folle. L’impression de, peu à peu, devenir l’ombre de ce que j’ai été.
Moins forte. Tellement facile à détruire. Ma mère serait si peu fière de moi. Et je ne le suis pas davantage.
[…]
J’ai peur. Je me fais peur. Elle me fait peur.
Je ne veux pas mourir. Je refuse de disparaître à cause de… ça.
Je crois que plus encore qu’avant, j’ai soif de vivre.
Mais je suis terrifiée d’avoir à continuer ainsi,
Sans rien qui ne m’assure de ne plus souffrir à ce point.

Je suis lasse de vivre dans la prison de la terreur de moi-même.
 


@Eoghan Underwood — @made by ice and fire. icons by VOCIVUS.
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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
Eoghan Underwood
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⛤ SMALLTOWN BOY ⛤

Damned Souls ☽☾ Eoghan 1E5CfUE Damned Souls ☽☾ Eoghan AoZyjkn Damned Souls ☽☾ Eoghan BvRyGpi

"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

Damned Souls ☽☾ Eoghan KOVXegv Damned Souls ☽☾ Eoghan WZKlL7H Damned Souls ☽☾ Eoghan J8B1rxa

"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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⛤ VENGEANCE ⛤

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"Before I die alone."

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Mer 15 Déc - 0:10 (#)


Ash Crow
Mars 2020.
Bâton-Rouge.


Grondement de moteur provenant de Wiltz Drive.
La conduite était souple, sans heurts.

Lake Moore manoeuvrait avec une précaution inutile, et même pas forcément destinée à améliorer le confort de ses passagers. Derrière son attitude nonchalante, ses longues mèches roses entremêlées à un mélange de châtain, de blond et de blanc plutôt criard, quelques menus détails venaient trahir ce qui n’était qu’une posture destinée à se rassurer elle-même. On pouvait la voir crisper ses phalanges contre le cuir sans crier gare, sa jambe gauche tressauter avec une certaine nervosité, et sa poitrine chercher de l’air à intervalles irréguliers, comme si elle se rappelait brutalement de la nécessité de respirer. Elle mâchait un chewing-gum en silence, mais le travail de ses mâchoires n’aurait pu échapper à aucun des trois autres hommes installés auprès d’elle. C’était à se demander comment elle aurait réagi, si un flic les avait arrêtés pour un banal contrôle d’identité. On l’imaginait parfaitement (et tragiquement) enchaîner les bourdes, les sourires forcés, les tics de langage, voire se perdre dans le sac à main plein à ras-bord, qu’elle avait calé à moitié sous son siège, en cherchant à dégainer ses papiers. Non, décidément… Ce n’était guère le choix le plus pertinent. Un adjoint un peu vieille école aurait même pu se demander pourquoi c’était elle qui était installée sur le siège conducteur, et non pas l’un des trois autres gaillards à portée.
À Bâton-Rouge, on n’aimait pas forcément ce qui sortait de l’ordinaire. On n’appréciait pas non plus le renfort du tourisme focalisé sur la partie nord-ouest du pays : une perte de profit d'une part, et le ramassis abject récolté de l’autre, depuis la catastrophe de novembre. Une augmentation sensible des faits divers, des promeneurs suspects et du sentiment d’insécurité avait rendu la police locale presque aussi nerveuse que leurs homologues de Shreveport. L’injustice était d’autant plus ressentie qu’une impression de déjà vu avait ébranlé l’esprit de toute la ville : on se croyait revenu du temps de Katrina, lorsqu’une vague de réfugiés du même acabit – le surnaturel en moins – était venue trouver refuge entre leurs murs, fuyant le sud-est, la côte dévastée, et leurs vies anéanties.
Sorcière surprenante bien qu’iconoclaste, même pour les siens, Lake était connue pour sa polyvalence remarquable, outre un don lui aussi tourné vers l’influence hormonale écarlate : habile tisseuse de sorts, douée de ses mains légèrement potelées pour concocter les remèdes les plus délicats, elle savait se montrer fière oratrice lorsqu’elle parvenait à mettre de côté une anxiété naturelle ahurissante, qu’elle déguisait habilement derrière son minois innocent. Un visage rond et bien en chair, une peau pâle et grumeleuse, des yeux clairs et noyés sous plusieurs couches de maquillage, une bouche discrète et bien dessinée ajouté à ses coiffures et aux couleurs extravagantes dont elle teintait ses mèches achevaient de la confondre dans le paysage des neo-adeptes de la sorcellerie populaire, telle que celle promulguée dans les médias cowans. Sa disponibilité pour l’Irae n’avait d’égale qu’un sens de l’organisation impressionnant, puisque cumulant un nombre d’activités en parfaite adéquation avec sa personnalité riche, curieuse de tout et papillonnante. Elle était fiancée à un régisseur de théâtre d’origine française lui aussi intégré à la communauté. Alors oui, mettre Lake Moore en pilote de cette opération n’était peut-être pas la décision la plus intelligente du quatuor puisque quitte ou double, mais si Roman s’y était résolu, aucune remise en cause manifeste ne servirait à quoi que ce soit.

Roman Gringer qui, pour sa part, était assis à sa droite, côté passager, habité d’une sempiternelle onde nerveuse, comme si la colère le bouffait chaque jour, chaque heure, chaque seconde de son existence. Ses joues et son menton étaient mangés par une épaisse barbe noire, assortie à une chevelure épaisse, presque bouclée, et trahissant de lointaines origines hispaniques, depuis longtemps confondues avec celles de ses ancêtres pionniers. Ses yeux de rapace ne cessaient de balayer les rues, la voie, justement en quête de potentiels gyrophares ou bagnoles de police capables de leur chercher des noises, cette nuit. Étonnamment bavard, sa voix grave tonnait dans l’habitacle à chaque nouvelle inflexion, rendant presque impossible toute intervention sans son aval. Les ordres et autres recommandations pleuvaient à l’encontre de la jeune femme. Que ce soit pour lui indiquer une direction à suivre (alors même qu’elle connaissait le chemin par coeur), pour l’alerter sur la vitesse à laquelle elle roulait ou pour aborder tout autre sujet directement relié à l’organisation interne de la secte du coin, il n’en finissait pas de l’ensevelir dès que l’occasion se présentait. Il pratiquait le noir. L’évidence même. Premier lieutenant de l’Irae à Bâton-Rouge, ses échanges avec Circé n’étaient pas difficiles, mais il n’était pas rare d’assister à des conversations où le ton montait à la moindre divergence d’opinion. Sa discipline le rendait cependant fiable, et son sérieux à vouloir encadrer les quelques recrues sur place était presque réconfortant, ce qui incitait à faire peser sur ses épaules, taillées pour le rôle, plusieurs responsabilités largement honorées en retour. Il peinait malgré tout à dissimuler son agacement, électrique. Plusieurs facteurs étaient responsables de sa mauvaise humeur, et il n’avait que peu de scrupules à en faire profiter ses compagnons. Ces derniers n’auraient jamais perdu leur temps à vouloir lui en tenir rigueur : ils savaient.
L’homme n’était pas d’ici. Il était né en plein cœur du Texas, et de meilleures opportunités professionnelles comme claniques l’avaient poussé à sortir de sa zone de confort pour rejoindre la capitale de la Louisiane, où il y avait trouvé une femme à son goût et s’y était marié. Installé confortablement en poste à l’université, il n’hésitait pas à vouloir recruter nombre de jeunes âmes facilement corruptibles, leur préférant l’opaque au rouge, et conservant dans son giron plusieurs apprentis afin de parachever leur apprentissage et de les préparer à l’intronisation. Ses méthodes étaient sans concession, brutales et réputées pour leur exigence. Néanmoins, son charisme et son aura naturelle de chef de meute lui assuraient une obéissance qu’aurait pu jalouser Morgan Leroy, s’il avait eu le temps de constater les progrès de Roman, sur place. Tous deux partageaient comme point commun une ambition démesurée, et la disparition du prédicateur paraissait avoir décuplé la hargne de Gringer, la bave aux lèvres, frustré de n’avoir pu contribuer autant qu’il l’aurait voulu au massacre d’Halloween. Il restait parfaitement insensible au nombre de victimes et de dommages collatéraux, et tout en déplorant les dérives constatées et le manque de contrôle suffisant sur les hantises lâchées, il ne tarissait pas d’éloges sur l’attaque déployée. Il regrettait de n’avoir pu y assister, et d’aucuns chuchotaient qu’il ne pardonnait pas à Circé d’avoir été maintenu éloigné.

« Tourne là. »

Lake obéit, sans perdre d’énergie à rétorquer qu’elle en avait déjà l’intention. Derrière elle, Clemens Bell, se faisant remarquer par sa discrétion, conservait son attention uniquement tournée vers le paysage nocturne, observant les multiples enseignes lumineuses – restaurants, commerces ouverts tardivement, etc. – qui pullulaient sur leur chemin. Ses mains jointes étaient moites à force de s’entrelacer sans cesse, et il ne cessait de remonter ses lunettes rondes glissant trop facilement jusqu’à la pointe de son nez. Il ne faisait pas si chaud, pourtant l’homme transpirait et tamponnait régulièrement son front et ses tempes avec un mouchoir fatigué. Il faisait partie de ceux qui redoutaient le plus l’influence de Roman. Fait pour obéir, pour s’exécuter, Clemens s’était également fait remarquer par une forme moins louable de discrétion : manquant plusieurs réunions successives, ne cessant de se défausser régulièrement et incapable d’obéir aux ordres comme d’assurer une activité et une efficacité suffisantes, il s’était attiré les foudres de son supérieur et, par extension, de Circé elle-même. Sa nervosité était plus aisément compréhensible, sous cet angle. Ses excuses, nombreuses et bancales, consistaient la plupart du temps en une technique bien rôdée, prétextant une surcharge de travail, puisque ce descendant de Danois occupait un poste de veilleur de nuit dans l’une des rares structures sociales accueillant les sans-dents, les damnés de la terre, toute la misère du monde. Il avait fait partie des premiers témoins de l’augmentation de la population et des déviances occasionnées. Les agressions étaient plus fréquentes, les décompensations, ahurissantes. Les bagarres éclataient avec plus d’intensité, et les blessures constatées étaient bien plus sérieuses. Avec une fréquentation renforcée, le personnel devait suivre vaille que vaille le rythme, et les heures supplémentaires s’étaient accumulées, sans jamais que le salaire ne suive. Clemens commençait pour sa part à accuser le coup, jusqu’à subir une véritable double peine, maîtrisant avec plus de difficulté une magie noire au potentiel éternellement moyen, et dont il craignait toujours qu’elle n’échappe à son contrôle. Une mauvaise passe, pour sûr. Célibataire endurci, il avait pendant plusieurs années fait preuve d’une loyauté à toute épreuve, pilier du clan capable de tisser un réseau souterrain de connaissances, de mettre en relation les uns avec les autres, et véritable encyclopédie humaine, tant sa mémoire ne lui faisait jamais défaut. Un atout précieux. Le genre de type dont on reconnaissait aisément la juste valeur.
Mais cela, c’était avant. Avant que tout ne se casse la figure. Avant qu’il ne vacille, que sa confiance et son enthousiasme envers l’Irae ne se fissurent à la suite du grand cauchemar à Shreveport. Il n’avait jamais osé s’ouvrir à personne de l’effroi qui l’avait habité, lorsqu’il avait pris connaissance du rapport des troupes sur place. Ce n’était pas censé aller aussi loin, avait-il songé. Ce qui n’était à l’origine qu’une vendetta méritée contre l’Église Wiccane s’était changée en une punition globalisée, un déferlement subi par tous : humains, innocents, touristes, pouvoirs publics, etc. Il n’avait pas eu le courage de se dresser pour exprimer publiquement son désaccord, le sujet était trop sensible. Et Roman aurait eu tôt fait de le corriger sur le champ. Alors il s’était tu, et ce doute prolongé n’avait cessé de le torturer depuis des mois. Rien à faire. Ça ne passait pas.
Il subissait cette culpabilité plus encore que son voisin, quelques centimètres à sa droite et assis derrière Roman.

Eoghan Underwood pour sa part, ressentait un certain plaisir à évoluer au cœur de Bâton-Rouge. Shreveport était sa ville d’adoption. Il y avait grandi, et sa famille avait intégré sans aucune difficulté toutes celles qui, fondatrices, avaient nourri le terreau de la ville. Il la connaissait par cœur, l’aimait comme on s’attache trop douloureusement au berceau/tombeau des racines, mais rien n’avait jamais pu éluder Bâton-Rouge. Il ne lui vouait pas le même amour qu’à New Orleans (aucune autre ville n'était à la hauteur), mais il ne pouvait jamais s’empêcher de ressentir une émotion forte, en se rappelant que Christopher Underwood lui-même, son père, avait fui son propre foyer et son épouse ingrate en revenant se réfugier là d’où ils n’auraient jamais dû partir. Il lui arrivait encore de se demander à quoi aurait ressemblé sa vie, s’il avait grandi ici. Il lui arrivait encore de le regretter. Il s’agissait d’une forme de sentimentalisme qui le contrariait lui-même, estimant stupide de vouer un tel attachement à l’endroit qui l’avait vu naître. C’était toutefois plus fort que lui. Il aimait chaque recoin de Bâton-Rouge. Qu’il s’agisse de la concentration du Downtown, mais également d’Highland Perkins où son père avait vécu plus au sud, de Scotlandville au nord, ou de Broadmoor Sherwood Forest plus quelconque, chaque maison, chaque bâtisse, chaque détail avivait un souvenir, un mot, un visage. Depuis que Circé l’avait nommé comme Second, il lui arrivait plus souvent de naviguer en Louisiane, et il ne rechignait donc jamais à rendre visite à la capitale, plus ou moins bercé d’une mélancolie ne parvenant jamais à tarir son plaisir. Peu coutumier du fait de se laisser transporter, il en avait profité pour écouter avec attention les récits de ses pairs sur l’ambiance désagréable qui empoisonnait le County. Il déplorait ce glissement sinueux qui venait en gâcher les frontières depuis l’intérieur, espérant que cette détérioration ne contaminerait pas New Orleans à son tour. Il n’avait que peu parlé depuis son arrivée quelques heures plus tôt. La nuit tombée et l’imminence de leur intrusion lui tirait des picotements d’excitation. Nulle peur. Depuis ses mésaventures avec la fille-crocodile dans le Bayou Carouge, il lui semblait qu’il ne pourrait plus ressentir avant longtemps une déconvenue aussi forte, comme si ses nerfs s’étaient renforcés. Il ne ressemblait en tout cas nullement à la forme humanoïde dégoulinante d’appréhension assise à sa gauche. La légère odeur de transpiration qu’exhalait Clemens, amplifiée par une surcharge pondérale importante, le rendait aussi blasé que la pipelette leur servant de chef d’antenne devant lui. Quelle glorieuse équipe, songea-t-il. Il était conscient d’exagérer. Ensemble, le groupe n’avait jamais manqué à ses obligations. Le dialogue constructif était toujours possible, et leur parfaite coordination l’avait toujours rendu plutôt admiratif. Leurs liens, presque familiaux, étaient bien plus resserrés que le groupe fondateur plus conséquent de Shreveport. Il s’agissait là d’une logique imparable, et pour autant le sorcier ne pouvait s’empêcher de vouloir chercher plus loin. De vouloir trouver quel échelon avait été raté. Quel chaînon manquait, de leur côté à eux. La réponse, il la connaissait déjà.

« Gare-toi là. »

Lake obéit pour la dernière fois, jusqu’à nouvel ordre.
Ils descendirent presque tous les quatre de concert, claquant les portières le moins bruyamment possible. Comme souvent dans le Downtown passé une certaine heure, et plus encore un dimanche, les lieux étaient quasiment déserts. Un vent ténu soufflait et balayait les mèches roses de la seule femme de l’expédition. Eoghan s’accorda quelques secondes pour contempler l’avenue menant au Capitol, depuis Spanish Town Road. Il regarda du côté du Capitol Park Museum, de la State Library of Louisiana, et des immeubles dont il n’avait de cesse de louer la beauté massive, presque semblable à l’architecture de la ville de Boston, où il n’avait jamais mis les pieds. Pas un chat. Pas un flic. Bâton-Rouge avait toujours ressemblé à une ville fantôme en son centre, une ville désertée de ses habitants. Parfois, on entendait ou on voyait de loin une voiture rouler. Mais tout paraissait irréel, comme si l’on ne pouvait jamais vraiment se convaincre que quelqu’un conduisait la dite voiture pour de bon.

« On y va. »

Il se détourna, emboîtant le pas à Roman, et les quatre arcanistes se dirigèrent rapidement vers la haute tour qui abritait le siège du gouverneur de Louisiane en plus de la chambre des représentants du Sénat. Ils traversèrent les jardins parfaitement entretenus, dépassèrent la statue du fondateur du monument, et grimpèrent les marches de pierre élégantes sur lesquelles étaient gravés les noms de chacun des États du pays. Les statues agrémentant les murs imposants les saluèrent de leur indifférence, et une fois le palier atteint, les hautes portes leur apparurent sans entraves. Verrouillées, bien sûr. Eoghan ne s’attendait pas à entrer dans l’édifice par ce biais, et Roman n’hésita pas un instant en longeant les parois de granit. Ils entrèrent par l’arrière, aidés par une carte de la sécurité fournis par l’un des leurs et qui, déjà du temps de Leroy, lui avait à la fois servi de messager, d’espion, d’homme à tout faire et de garde du corps. Il n’avait jamais trahi, et c’était lui qui était à la source de leur présence nocturne en ces lieux. Introduits par l’issue de secours, ils remontèrent les couloirs luxueux, tapissés de marbre noir et dont les coursives étaient agrémentées d’objet de renom, patrimoine chéri par les locaux, vestiges passés des civilisations indiennes avant leur anéantissement, et autres artefacts de valeur, statues d’hommes de renoms, ainsi que mobilier dont le prix aurait fait tourner la tête de nombre de concitoyens. Les portes de l’ascenseur, massives et taillées des visages d’illustres au nom pourtant inconnu des impudents, s’écartèrent pour leur livrer passage. Ils se faufilèrent dans la cabine impeccable, et c’est sans encombres qu’ils parvinrent jusqu’à l’étage des bureaux. Roman trouva sans mal celui de Leroy, en déverrouilla l’accès et fit signe à Eoghan d’entrer, poussant le battant d'un coup d'épaule.

« Vous deux, vous restez dehors. Au moindre problème, faites-nous signe. » Le Second de l’Irae eut la très pressante impression que les prunelles sombres de Roman vrillaient tout particulièrement Clemens, visiblement peu rassuré à l’idée de se trouver là, au beau milieu de la nuit. Il n’y eut bien sûr aucune contestation, et les deux sorciers se retrouvèrent seuls dans l’espace modeste mais tout de même superbe, qui avait autrefois constitué la salle de travail de Morgan Leroy. Eoghan vacilla. Deux ans. Cela faisait presque deux ans que son bourreau avait été porté disparu, et cette pièce désertée. Et pourtant il lui semblait que son odeur, couplée au parfum hors de prix que portait Morgan de jour comme de nuit, était encore bien présente. Elle habitait chaque recoin, chaque objet. La présence du disparu était encore largement perceptible ; tout y puait la magie noire. Le malaise dut se lire sur ses traits, et son comparse l’interrogea d’un froncement de sourcils intrigué. « Il y a un problème ? » Revenant sur terre, l’Éveillé secoua doucement la tête. « Non… Non, aucun. » Il s’avança, ses rangers parfaitement silencieuses en foulant la moquette fraîchement aspirée. Pour l’enquête, personne n’avait été censé toucher aux documents du politicien, hormis ce que les inspecteurs et détectives avaient emporté avec eux. « Où est-ce que Tom a dit qu’elle se trouvait ? La note. »

Roman pointa du doigt l’un des tableaux qui avaient toujours agrémenté le décorum. Le genre de détail qui se perdait parmi tout le reste. Quelque chose que n’avait pas apporté Morgan de lui-même. Il représentait la longue lignée de représentants qui, avant lui, avaient occupé les bureaux de ce corridor, les photos datées des défunts s’étalant avec une linéarité sans pareille. « Pourquoi est-ce qu’il l’a laissée là ? »
« Il n’a pas osé ramener des documents compromettants chez lui. Il a son code d’honneur à lui. Je n’suis pas sûr d’avoir tout compris à ce qui le liait à Leroy. On aurait dit une sorte de rapport de maître à domestique… Pas étonnant à c’qu’il n’ait pas souhaité prendre avec lui ce genre de… papier. »
« Il a appris son existence par hasard ? »
« Non, pas exactement. C’est une très vieille lettre adressée à Tom il y a cinq ou six ans de ça, qu’il a retrouvée dans sa paperasse personnelle. Apparemment, l’vieux était un peu nostalgique et a relu toute leur correspondance, qu’elle ait été épistolaire ou informatique. C’est une phrase qu’il n’avait jamais trop bien saisi qui l’a fait tiquer. Dans le doute, il nous a adressé un message comme dans l’temps. Circé a dû le recevoir en même temps que nous. Il n’a pas voulu la lire avant de savoir si le contenu était vraiment sensible. »

Un frisson désagréable. Eoghan se retourna vers Roman, hésitant, puis plongea la main dans sa poche, en tirant une paire de gants qu’il enfila rapidement. Peu désireux de laisser ses empreintes où que ce soit, il s’approcha du cadre et le souleva, le décrochant du clou où il était accroché. Il le déposa au sol, posant lui-même un genou à terre. « Je suppose qu’on peut vous faire confiance, par rapport à la sécurité et à notre intrusion ici. »
« Oui. Tout est arrangé. Tom est un gars bien. Il ne nous aurait jamais laissé pénétrer ici sans assurance digne de ce nom. » Underwood acquiesça, et entreprit avec le plus de délicatesse possible de comprendre comment désolidariser les deux parties du cadre sans trahir la manipulation. Roman approcha, s’agenouilla à son tour après avoir lui-même protégé ses larges paumes, et les deux hommes parvinrent au prix de quelques efforts, à faire céder le mécanisme. « Je ne comprends pas… Pourquoi Morgan n’a pas protégé ce truc ? » Un ricanement. « Oh, il l’a fait. » Une mine surprise en guise de réponse, en attente de précisions. « De c'que m'a dit Tom, Leroy protégeait très sérieusement ses effets personnels. J'ignore de quel type de sort il s'entourait pour sa vie de tous les jours, mais pour c'qui nous concerne, c'est clair et net : il faut être un intronisé de l’Irae pour pouvoir toucher ça sans s’trouver mal, d'après lui. J’parie qu’les experts qui sont v’nus ici ont même pas dû capter que le tableau était là. »

Bien planquées entre la photo des représentants et la rigidité de la planche, quelques feuilles à la finesse inquiétante et toutes noircies du début à la fin d’une écriture fine et serrée, se trouvaient là. Eoghan s’en empara, les roula avec précaution, écoutant le papier craquer, et glissa le rouleau dans la poche intérieure de son cuir, tandis que Roman s’employait à tout remettre en état.

« Allez. On décampe. »

Eoghan éprouva un soulagement terrible à quitter les lieux, tout en ressentant l’envie cuisante de fouiller, de retourner chaque centimètre de bureau. Pour y chercher quoi ? Y trouver quoi ? Lui-même l’ignorait. Gringer s’aperçut de son hésitation. « Eh bien ? » Le rappel à l’ordre sonna dans le vide. Un pressentiment puissant habitait le sorcier rouge. Comme si ici, entre ces murs, quelque chose de bien plus terrible que le Grand cauchemar s’était fomenté, réfléchi. Comme s’il craignait déjà l’interprétation des signes nébuleux qu’il leur faudrait traduire pour en découvrir le sens, cachés contre son torse. Le bout de ses doigts fourmillait d’une sensibilité désagréable, comme si des fourmis engourdissaient leur extrémité. Un vertige manqua de le faire trembler sur ses bases, et une nausée familière monta à ses lèvres. « Eoghan. » L’intéressé acquiesça. « Oui… Oui, je viens. » Ses prunelles céruléennes eurent du mal à se détacher de sa contemplation. Le bureau parfaitement propre et lustré, les quelques cadres exhibant Morgan en train de serrer les mains de Barack Obama lui-même ou officiant une cérémonie officielle parmi tant d’autres, le drapeau de Louisiane fiché à une autre paroi, les rares effets impersonnels… Les frissons redoublèrent.

Ils quittèrent la tour sans qu’il ne puisse revoir le sommet de celle-ci, comme la vue qu’elle offrait ; ni sur les jardins aux arabesques sublimes, ni sur les buildings du Downtown, et encore moins sur le bras majestueux du Mississippi, charriant cargos, containers, boue et cadavres.

•••

« Bonne route. J’espère que cela nous sera utile, à tous. »

Leurs traits étaient tirés. Le groupe avait rejoint le reste de l’antenne jusqu’à tard dans la nuit. On y avait délibéré, longuement, et Clemens avait été sommé par les autorités de la secte, représentées par Eoghan et Roman, de se reprendre et de prouver de nouveau son allégeance tant qu’il était encore temps, pour lui. À l’époque de Morgan Leroy, on se serait contenté de le jeter en pâture au sénateur, qui en aurait fait un exemple. Tous connaissaient sa cruauté, comme sa paranoïa patentée pour tout ce qui ressemblait de près ou de loin à l’ombre d’un traître. Le Second lui-même se questionnait au sujet de Clemens, mais il préférait encore se fier à la fidélité qu’il leur avait offerte sans faille jusqu’à présent. Lake se tenait près des deux hommes, souriante et ayant tenu à assister au départ. C’était elle qui l’avait accueilli, logé et nourri depuis la veille. « Nous n’avons pas eu beaucoup de temps. La prochaine fois, nous pourrons mieux discuter, je l’espère. Je tenterai de monter à Shreveport, dès que j’en aurai l’occasion. »

Ils se serrèrent la main.

« Tiens-nous au courant, si tu le peux. » Roman et Eoghan se toisèrent les yeux dans les yeux. Encore perturbé par leur effraction, ce dernier acquiesça sèchement, peu enclin à devoir rendre des comptes à quelqu’un d’autre qu’à sa seule supérieure. « Circé décidera. » Lake mira avec une intensité surprenante leur visiteur. Il n’y prêta pas plus attention que cela. Il avait hâte de rentrer, étonnamment. Quelque part dans sa poche, son téléphone vibra.

•••

Le pick-up taillait la nuit du South avec célérité.
L’air sombre de son conducteur ne l’avait quasiment pas quitté depuis le rapport transmis à Van derr Ven. Il lui avait remis les documents récupérés sur place, mais très vite, c’était à lui qu’elle les avait rendus. Un seul coup d’œil lui avait suffi pour reconnaître une écriture cryptée, totalement dénuée de sens pour qui n’avait pas été introduit aux mystères de leur leader disparu. Circé était surtout heureuse que cette paperasse, quelle qu’elle fut, soit retournée dans leur giron. Eoghan, pour sa part, y accordait une attention prépondérante, toujours habité par ce pressentiment dont il n’avait pas osé s’ouvrir à elle.

« Garde-le. Nous avons d’autres priorités pour le moment. »

Lesquelles ?, manqua-t-il de demander.
Le recrutement n’avait plus besoin de leur supervision : Sebastian s’en sortait comme un chef. Leur noyau s’était largement durci, et aucune insubordination n’avait été à relever. L’impact de leur attaque sur la ville s’était peu à peu atténué, ou du moins, personne ne se répandait sur ses états d’âme à ce propos. Circé avait sa propre vision de l’avenir, et il ne souhaitait pas insulter son intelligence. Il savait qu’elle continuait de son côté de nettoyer les parages de leurs traces, de les couvrir auprès de toute forme d’institution policière, et qu’elle poursuivait l’œuvre colossale consistant en la préservation de la paix sociale avec le Juggler’s Bazaar. Tout cela, sans compter les propres accusations de l’Église Wiccane dont elle se défaussait avec calme et élégance – rôles de nouveau inversés – , le soin qu’elle accordait à chaque membre de leur congrégation, l’éducation des quelques futurs apprentis à venir…

Le dernier et abscons testament de Leroy avait trouvé une place dans son laboratoire. Tiroir scellé, malgré toutes les précautions assurant une inviolabilité totale de son sanctuaire. Lui aussi commençait à devenir paranoïaque, se murmurait-il. Son bref séjour à Baton-Rouge l’avait apaisé d’un côté, tourmenté de l’autre. Quelque chose lui échappait. De plus, le voilà désormais avec pour mission celle de décoder une note écrite par la main de son pire ennemi, tâche à la fois ingrate et relevant d’une confiance absolue, qu’il se devait d’honorer.

Et pour couronner le tout, le sorcier avait un rancard, ce soir.
Un rancard dans un lieu ô combien inapproprié, et avec une fille elle aussi plutôt inappropriée, à bien y réfléchir.
Il n’avait pas revu Astaad depuis deux mois et demi. Pendant un bon moment après cette nuit désastreuse, il avait conçu une rancœur profonde, une fureur terrible. Leur séparation avait protégé la taïpan-garou du courroux irascible des enfants du Monde, même s’il s’était toujours targué, et ce également devant elle, de n’avoir jamais lancé de malédiction à qui que ce soit. Il se demandait ce qui l’avait décidé à s’élancer, en dépit de ce mauvais coup qu’elle lui avait joué, vers le Copperhead Road bar. Il s’était juré de tenir parole, de se montrer digne de ses serments, certes. À n’importe quel prix ? Elle avait potentiellement accroché une cible dans son dos, en agissant de la sorte. Depuis, rien ne s’était produit – ou du moins rien en rapport avec leur rencontre avec la Milice – , et pourtant l’arcaniste se montrait plus prudent qu’à l’ordinaire en ville, une fois le soleil couché. Halloween 2019 avait dépourvu la population d’une bonne partie de son insouciance, de son inconscience, et il ne l’avait jamais autant éprouvé que depuis sa propre mise en danger. C’était pire encore que dans les premiers temps du couvre-feu, de Shreveport bouclée quelle que soit la porte d’entrée ou de sortie.
Il donna un coup de volant pour parvenir au parking, troué d’ornières gigantesques laissées par les camions itinérants. Les roues du pick-up s’enfoncèrent largement dans l’une d’elles, faisant gicler l’eau sale en une gerbe assez haute pour en salir sa vitre. Il n’y prêta aucune attention, trop habitué à ce genre de désagrément, et gara le véhicule au côté des autres, non loin de l’établissement. Pas aussi bondé qu’il pouvait l’être, mais loin d’être vide. Le climat parfait, quand on voulait un peu de compagnie sans être trop emmerdé. Il éteignit le moteur, sans sortir tout de suite de l’habitacle. Il réfléchissait. La pleine lune n’aurait pas lieu avant le mois prochain, soit une petite quinzaine de jours. Le 8 avril, très précisément. Alors pourquoi maintenant ? S’était-il passé quelque chose en particulier ? Ou bien s’était-elle contentée de laisser passer l’orage pour lui demander de l’aide une fois de plus ? Il ne parvenait pas à se décider.  

Il sauta à terre, claqua la portière sans avoir cette fois à dissimuler sa présence, et enfonça les mains dans les poches de son cuir ouvert, gagnant la porte de la démarche légèrement chaloupée qui était la sienne, lorsque les soucis s’accumulaient dans son crâne. Il poussa la porte, et n’eut pas à chercher longtemps avant de repérer Astaad Sayegh. Il ne lui sourit pas. Il n’en eut même pas le temps. La serveuse l’accueillit d’un signe de la main ainsi que d’une exclamation signée de son nom, et quelques routiers habitués du coin le saluèrent à son tour. Il écopa de quelques rires gras, voire d’un sifflement lorsqu’ils comprirent qui il rejoignait dans le coin du diner.

« Ah ouais la vache ! Ça s’fait plaisir ! »
« Tu nous la présenteras ? »
« Mais quel veinard, putain. »

Un coup de carte en plastique sur la tête d’un des gueulards, provenant de la serveuse, mit fin à ce bordel de poulailler.

« V’s’avez pas b’tôt fini d’faire chier l’gosse et la p’tite par la même occasion ? On va encore passer pour des sauvages, bande de connos ! »

Sans leur en tenir rigueur, l’arcaniste profita de la diversion pour s’approcher de la maudite, les traits un peu plus détendus.

« Salut… Désolé, pour ça. C’est un peu la tradition dans l’coin. Faut dire qu't'as pas choisi l'endroit le plus huppé. »

Il se laissa tomber sur la banquette en face d’elle, déjà gêné d’avoir à soutenir son regard. Le sien s’évada un peu, se posant tour à tour sur la table entre eux deux, sa veste en jean qu’il trouvait à la fois seyante et ringarde, une mèche de cheveux bouclés, la vitre permettant d’apercevoir un bout du pick-up. « Bref. J’m’attendais pas à avoir de tes nouvelles. » Il ne savait même pas si c’était un reproche. Il ne savait rien. Agité, plaquant son dos au tissu molletonné, il renifla nerveusement, pianota du bout des ongles sur la surface luisante et presque propre, et tenta de calmer son humeur. Il se sentait fatigué. Terriblement fatigué. « Qu’est-ce que j’fous là, du coup ? » Un sourire maigre, adoubé d’un sourcil arqué. « Tu m’as d’mandé mon aide pour le même problème, je suppose. Mais y’a deux ou trois éléments qui ont changé, depuis. Et si j’dois risquer ma peau chaque fois qu’on se rencontre, clairement, j’marche pas. Tu piges ? » Il se fit dur avec elle, les mâchoires serrées. Cette fois, il ne décolla plus ses prunelles des siennes. « C’que t’as fait, la dernière fois… Plus jamais. Quand j’te dis de la boucler : tu la boucles. Quand j’te dis de te t’nir tranquille, tu l’fais. J’déconnais pas : t’es pas chez toi, ici. Tu connais pas la ville comme moi j’la connais. Les gens comme moi j’les connais. »

Il humecta sa lèvre inférieure de la pointe de sa langue. « J’te cache pas qu’ça m’a un peu refroidi. Mais j’suis v’nu parce que quelque chose me dit que tu m’aurais pas écrit si y’avait pas eu… j’sais pas, une urgence, ou quoi. Un truc qui t’fasse marcher sur ton ego, un peu. Parce que t’en as, et pas qu’un peu, c’est clair. » À son image. Il appuya sa joue contre son poing serré. « Maintenant, j’t’écoute. Y’a eu du nouveau, depuis ? T’es désespérée au point d’pas vouloir trouver d’autres sorciers en ville que moi ? »

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Louisiana Burning

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Mar 4 Jan - 0:17 (#)

damned souls
We danced in the snow
Of a crystal December
In the dying of our souls
Our bodies were the only answer

Le raffut qu’apporte avec lui la venue du sorcier arrive à la détourner de ses pensées noires, un flot fluide et visqueux de mauvais souvenirs, de ruminations remâchées tant de fois qu’elle lui semble alors n’être qu’un paysage flou lorsqu’elle s’y penche, une eau sans fond dans lequel il est dangereux de se plonger au risque de s’y perdre pour une éternité. Son corps s’est tendu à l’instant même où la silhouette du pick-up a atterri sur le parking derrière la vitre crasseuse où manque de s’effacer le nom du lieu peint en rouge et noir, le fantôme de quelques lettres s’esquissant là où les autocollants furent posés des années plus tôt. Elle a failli ne pas y croire en voyant Eoghan Underwood sortir de sa bagnole, conquérant les lieux comme s’il les connaissait déjà mais doit-elle seulement s’en étonner ? Un sourire a manqué d’effleurer ses lèvres pourtant trop rouillées pour esquisser autre chose qu’une moue sévère, trop fébrile, cette manière de fouler le monde comme un roi en son fief de boues et de béton lui rappelant celle qu’elle fut au Caire, troublant les rues de ses pas avec une certaine ardeur. Celle de connaître tous les recoins des alentours, celle de savoir où tourner, à qui elle pouvait sourire ou non, ce sentiment puissant d’appartenance à un lieu. Désormais arrachée à sa terre où ses racines s’étaient implantées, il lui semble errer dans un labyrinthe dont il lui faudra trouver la sortie plus vite que prévu à chaque jour passant. Un mouroir dans lequel elle est enfermée sans pouvoir réchapper au monstre venant chaque fois que la Lune veut que l’on se plie à ses caprices.

Une gorgée de bière vient dessécher une gorge nouée où l’aigreur manque de monter, peu à l’aise. Il lui en a fallu beaucoup pour parvenir à l’inviter ici. Si ça ne tenait qu’à elle, qu’à son simple besoin de ne pas retendre la main vers la bouche qui l’a si méchamment mordue, ils ne se seraient jamais recroisés. Ou peut-être aurait-elle donné pire qu’un simple coup de sac dans le dos du vaillant. Ses phalanges se seraient esquintées sur le visage d’une céleste beauté pour l’enlaidir rien qu’un peu, laissant le souvenir de son passage sur lui. L’heure n’est pourtant pas au combat et alors que les hommes beuglent, attirant certaines œillades sur le nouveau venu, elle sourcille, les sifflements chantés par les bouches rieuses la laissant dubitative. La jambe s’agite, nerveuse, sous la table alors qu’elle détourne les yeux vers la silhouette qui s’avance, élève vers lui un regard d’animal plein de doute. Mordre ou être mordue, la suspicion s’immisce entre eux comme elle le ferait entre deux animaux ne parlant pas le même langage, craignant l’attaque et l’odeur de la revanche viendra peut-être roder dans les interstices de leurs deux corps tendus lorsque les mots se délieront enfin. Elle piétine le sol d’une botte esquintée, se retient de ronger sa lèvre inférieur de l’ivoire de ses dents pour ne pas laisser apparaître la nervosité grandissante dans la carcasse maudite. Le corps s’étire à peine alors qu’elle laisse fondre son dos contre le cuir usé de la banquette, haussant une épaule sous le jean, le sourire non loin des lèvres mais elle n’ose l’esquisser davantage, les cris qu’il lui a jeté au visage résonnant encore en elle. « Hé… C’est rien. J’ai pas compris la moitié de ce qu’ils ont dit d’toute manière. » L’anglais écorché de l’accent local n’a jamais raisonné comme il le fallait à l’oreille de l’égyptienne qui tente encore de balbutier quelques mots plus complexes que les bases qu’elle a finit par absorber en posant le pied à Shreveport. La fanfare des mots plus loin s’apaise enfin quand le duo qu’ils créent cesse d’être le centre des conversations, les murmures reprennent, les conversations qu’il ne faudrait pas entendre aussi et l’atmosphère pleine d’effervescence se teinte d’un quelque chose de plus apaisée qui parvient à la rendre moins nerveuse et enfin, sa jambe cesse de bouger.

Ses yeux distinguent sur le visage la question qui ne tarde pas à se révéler sous la forme d’une affirmation, lui faisant à peine hausser un sourcil, abaissant un instant le regard car elle-même se demande ce qui a pu la pousser au désespoir de rompre le silence imposé entre eux depuis la nuit où les cris ont résonné. Jamais elle n’aurait voulu avoir à se montrer de nouveau face à lui si elle avait eu ne serait-ce qu’un peu le choix. Il semble que la vie ne cesse de la mener sur le chemin du sorcier et la mission dont on l’a malheureusement dotée n’aurait fait que la guider à nouveau vers lui. Cette condamnation, elle aimerait l’oublier, la faire devenir poussiéreuse pour qu’il n’en reste que de vagues résidus dans les mémoires, surtout celles d’Uther dont elle conspue sans cesse l’existence et dont les murmures à son oreille ne cessent de revenir, encore et encore, en une litanie écœurante qui pourrie ses nuits. A sa réflexion, elle préfère demeurer muette, le fixant sans mot dire mais en maudissant l’instant, se refusant à avouer, pour l’instant, qu’elle a sincèrement besoin d’un savoir-faire dont elle le sait doté.

Attentive, elle écoute chacun de ses mots pour n’en oublier aucun, préparant ses arguments s’il lui en faut pour contrer les siens, balancer en pleine gueule une remarque incisive, aiguisée sur le métal de sa rage et de son rejet pour ce qu’il représente. De ses mots recrachés pendant leur dispute, elle en garde chaque détail, se rappelant lui avoir avoué que si elle n’avait pas été embrassée par la malédiction, peut-être aurait-elle été de ceux qui le chasseraient désormais. Une exagération née de la haine sur le moment ou une vérité ? Elle l’ignore elle-même. Elle ne sait ce qu’elle serait devenue si elle avait eu le choix de sa destinée depuis le début. Son existence demeure l’allégorie d’une destinée d’esclave, passant de chaînes en chaînes, piétinant la Terre sans savoir où aller et sans savoir si un jour la liberté sera symbole de guérison pour elle. Sur le fil des palabres, elle manque de sombrer trop souvent dans l’aigreur, entrouvrant les lèvres pour l’arrêter avant d’abandonner lorsque le ton se hausse juste à peine pour faire comprendre qu’il ne vaudrait mieux pas qu’elle l’interrompe, retenant un rire sec et jaune. Secouant la tête, elle s’avance vers lui, croisant ses doigts entre eux, quelques mèches glissant sur la table comme des voiles trop fins, le regard éviscéré par une colère sombre. « Sauf que personne me dit de la boucler, Eoghan. Personne. Tu connais ces gens mais tu ne me connais pas et j’doute pas que t’as pas envie de davantage me connaître. Mais je n’accepterai plus jamais aucun ordre de la part de quiconque. Que ce soit un mec de ton patelin ou le président lui-même. Plus jamais. Et c'est pas une sorte de rébellion. C'est vital pour moi. » crache-t-elle entre ses dents serrées, son visage s’approchant des esquisses du sien, laissant planer un silence quelques poignées de seconde, abandonnant toute la place à l’atmosphère du bar qui se distille entre eux, rien qu’un instant, comme une pause étrange dans la tempête qui rôde. « Mais t’en fais pas, ça se reproduira pas. Je saurais au moins que faut me la boucler quand ces gens débarquent. Même si j’espère ne jamais avoir à les recroiser, que ce soit avec toi ou toute seule. » Le corps tendu vers le sien, elle détourne à peine la tête, laissant voguer son attention çà et là sans savoir où la poser mais ne perdant pas le fil de leur discussion, comme perdu dans les méandres de ses pensées. « J’ai jamais… voulu t’foutre dans la merde. J’pensais faire bien. J’pensais… » « V’prendrez quoi ? » La voix de la serveuse s’étant approchée sans qu’elle ne la voit venir l’interrompt brutalement et l’appel du ventre se fait plus forte que l’envie de discuter. « Un burger, viande saignante. Une frite. Et... un milkshake vanille. » Elle déblatère son menu sans émotion, l’ayant déjà médité depuis son arrivée avant de se tourner vers celui qu’elle a convié à poser ses miches jusqu’ici « Tu prendras un truc ? Parce que j’te laisserai pas piocher dans mes frites, désolée. » Elle esquisse un sourire plus franc, toujours plus apaisée lorsqu’elle sait que bientôt son ventre sera plein. Le stylo tapote le calepin alors que Jodie, d’après l’étiquette épinglée sur une poitrine généreuse, se détourne vers Eoghan.

Commande passée, Jodie s’éloigne et laisse de nouveau un silence fait de non-dits et de malaise s’installer. S’étendant de nouveau contre la banquette, elle laisse échapper « J’ai été virée. » dans un soupir bienheureux, ce même soupir nerveux qui a hanté sa gorge lorsqu’elle a dû l’avouer à ses sœurs. Le sourire se fissure et s’écorche, tombe comme des lambeaux de plâtre pour laisser à nue l’amertume. Sous les battements des cils se perd le souvenir de la soirée qui a signé une démission qui n’avait pas besoin d’être prononcée. Les mains déplacées, les mots murmurés de la voix pâteuse d’un patron aux envies grivoises. Une inspiration coupe court à ce qui manquerait de la faire imploser, déposant de nouveau ses yeux sur lui, le sérieux ayant repris sa juste place sur les traits orientaux « J’ai cassé le bras à mon ancien patron parce que cet enfoiré a tenté de m’embrasser de force. » Le timbre demeure froid, comme gèle l’écume lorsqu’elle atteint la berge d’un pays épousé par l’hiver, un sourire malveillant venant éveiller un visage où le regard ne perd rien de sa haine brûlante, planté comme deux poignards dans le céruléen. « J’suis sûre qu’il tentera plus jamais de toucher le cul de quiconque avant un moment. » Elle cille, révélant en un instant un désespoir accablant, abaissant lentement la tête, cachant son visage sous quelques mèches retombant comme quelques fils de soie. « J’ai hésité longtemps avant de te contacter. J’me disais bien que tu voudrais plus jamais revoir ma gueule et j’voulais pas revoir la tienne non plus mais… Ouais, j’suis… » La nuque se casse pour laisser filer le visage vers le plafond, soufflant un soupir tremblant « Putain j’en ai marre. J’en ai marre de vivre comme ça. J’en peux plus. » Et c’est une tristesse nue qu’elle manque de lui exposer, se reprenant de justesse, fermant les yeux pour chasser les ombres qui pourraient venir y danser. « Je veux juste… que tu m’aides à sortir cette merde de mon corps. J’veux que tu fasses tout ton possible et si pour ça, il faut que je paye d’une quelconque manière, j’le redis, j’le ferai. » Plus perdue que jamais, elle reprend sa place, glissant ses bras contre la surface usée de la table pour s’avancer vers lui, les menant dans l’alcôve où se murmure quelques secrets. « J’déteste dire ça mais t’es mon dernier espoir. J’connais que toi. Si j’avais un autre… mec de ta trempe à qui parler, je l’aurais fait. Mais c’est pas le cas. » Un rire lui échappe, sans joie, teinté de tout le chagrin qui pourrait s’expulser de sa poitrine. « J’sais que tu gagnes rien à m’aider mais si j’peux t’aider dans, j’sais pas, tes expériences avec le venin ou j’en sais rien, je le ferai. J’suis assez désespérée pour servir de putain de rat de laboratoire. » Elle laisse planer un silence, l’observant plus attentivement, glissant sur chaque détail d’un visage sculpté pour tenter les femmes. « T’as jamais connu ça ? Ce sentiment que t’es arrivé au bout du couloir,  que tu peux ni tourner à droite, ni tourner à gauche. Tu peux juste… mater le mur qui est face à toi et décider de le péter ou alors attendre comme un gros con que celui-ci se casse tout seul. Bah j’en suis là. J’suis au bout d’mon couloir, Eoghan et t’es le seul qui peut m’aider à péter ce mur. » Elle hait le désespoir qui découle de ses mots, de son corps tendu vers le sien, harassé de fatigue et d’envie de paix. Gênée, elle se recule lentement, grattant la pointe de son nez avant de se saisir de sa bière pour espérer apaiser une âme flétrie de lassitude, tremblant intérieurement qu’il puisse lui offrir un refus qui ne serait pourtant pas si étonnant. Après tout, Eoghan Underwood ne lui devra jamais rien d’autre que la malédiction de l’avoir un jour rencontré.  


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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
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"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

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"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
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Lun 2 Mai - 2:07 (#)


Ash Crow
« La vache. T’as l’air tellement… paumée. »

Lui-même ne l’avait interrompue que pour passer commande à son tour. Il prendrait la même chose qu’elle, la boisson en moins ; il demanda une bière, et ressentait déjà l’envie de boucler ce repas improbable d’une note de sucré bien acide. En attendant, l’acidité, c’était ce qui se répandait entre eux deux, sur cette table, comme si on venait d’y renverser une nappe de soda dont les bulles pétillaient dans l’air. Ce ne serait pas évident, entre elle et lui. Ce ne serait jamais évident, voulut-il bien penser. Elle ne se laissait pas faire, se débattait comme le serpent vicieux qu’elle demeurait. Quant à lui, il n’était bien évidemment pas question de la laisser prendre le dessus sur la conversation. Il l’épiait, l’observait sans relâche, notant les potentielles similitudes avec le reptile précédemment sauvé. Cette façon de se projeter vers l’avant, lorsqu’elle souhaitait manifestement le convaincre de se ranger du côté de ses propos, ne lui évoquait que trop bien la puissance des anneaux meurtriers. Il savait que la comparaison était facile. Il détestait tomber dans ce genre de travers. Pourtant, il lui était difficile d’en faire totalement abstraction. Astaad était la bête. Le sorcier força, déclenchant la lecture d’une aura qui, au fil des secondes, lui apparut de plus en plus clairement. Il ne fut pas étonné de discerner un mélange brunâtre tâché d’un jaune presque pâle. Il se demanda quelle était son aura, avant que la malédiction ne l’atteigne. Il se demanda de quelle manière elle avait été entachée. Comment une aura se modifiait pour de bon, à dire vrai. Autant de questions que de nombreux sorciers se seraient posé avant lui. Le seul détail capable de le dérober à sa lecture, fut un tiraillement né au bas de son omoplate gauche : une tension due à la fatigue autant qu’aux nombreuses heures de route effectuées encore récemment.
Le moment de faire le bilan de cette confession était venu. Eoghan n’était pas un très bon objecteur de conscience, de son propre point de vue, mais en dépit de la rancœur qu’il cultivait encore à l’égard de la fille-garou, il avait du mal à ne pas se sentir compatir, au moins un peu. Elle parvenait à déclencher ce sentiment plus facilement que d’autres, chez lui. Sa magie étant naturellement encline à se gorger des émotions d’autrui, il ne s’étonnait pas forcément de la sentir ronronner, chaque fois que l’Égyptienne se trouvait dans les parages. En revanche, il était le premier surpris à mettre de côté ses griefs. Parce qu’il pouvait comprendre. Parce que comme il le lui avait déjà révélé, les malédictions le terrifiaient peut-être par-dessus tout le reste. Il savait bien de quoi il parlait. Il en avait fabriqué une de ses propres mains. Certes pas seul, certes pas dirigée contre une personne en particulier, mais tout de même. On n’oubliait pas ce genre de choses. Il en resterait marqué pour toujours.

Conscient de la lourdeur ajoutée par les révélations féminines, il tenta une approche un peu plus douce, luttant contre lui-même pour ne pas répondre à la colère par la colère. On ne charmait pas les bêtes à écailles en les cinglant sans scrupules. Il fallait du doigté. De la patience. Une élégance presque semblable à leurs mouvements ondoyants.

« Bon… Si j’arrive pas à te libérer de tout ça… dis, tu vas pas me casser le bras, hein ? Ça m’ferait chier, quand même. » Il n’arrivait pas à déterminer s’il estimait la réaction de son interlocutrice légitime ou excessive. Probablement un peu des deux. Il y avait cependant d’autres manières de se dégager d’un lourdaud un peu insistant. Il avait déjà eu l’occasion de sentir la force physique qui émanait d’elle, et c’est pourquoi il décida de poser les deux pieds dans le plat, l’arcaniste dévoré par la curiosité en lui reprenant vite l’ascendant : « Du coup… Est-ce que… est-ce qu’en tant que garou, tu es plus puissante que lorsque tu étais humaine ? Genre… Est-ce que tu sais jusqu’où va ta force ? » Il y avait presque du respect, dans la voix d’Eoghan. Du respect, presque nuancé par une candeur enfantine, les billes bleutées guettant une réponse, son imagination convolant déjà vers d’autres étendues, bien au-delà du Copperhead Road Bar. « On pourra faire des tests, si tu veux. J’me demande quelles sont tes capacités, c’est dingue… » Il savait qu’il risquait fort, par ces mots, de lui donner l’impression de tomber bel et bien dans la case rat de laboratoire. Cependant, elle avait consenti. Elle devait s’attendre à ce genre de remarques, d’observations, d’expériences qu’il voudrait le moins douloureuses possibles.

« J’sais pas si j’suis ton dernier espoir, mais… ouais, il a failli s’envoler lui aussi. C’est clair qu’à la base, j’étais plus trop convaincu de la bonne idée du projet. Mais bon. C’est qu’tu t’accroches. » Il lui sourit, sincèrement, sans même s’en apercevoir. Il se rappelait d’elle, mal en point, récupérée dans un jardin grièvement blessée. Il n’avait pas été sûr, alors, du complet rétablissement de la créature. Pourtant, elle avait tenu bon. Elle semblait pourvue d’une volonté qu’il admirait. Il avait toujours admiré les survivants. « Sympa, la métaphore du couloir. Ça m’plaît le côté masse et démolir un truc bien solide. Ça va nous demander au moins autant d’énergie à chaque « séance », en tout cas. J’espère que t’es prête. Parce que même moi, en vrai, j’sais même pas si je le suis vraiment. J’crois qu’en fait je sais pas trop à quoi m’attendre en termes de réactions venant de ta part. Par contre, maintenant qu’on a rétabli le contact… j’suis désolé, mais j’insiste. » Il la regarda droit dans les yeux. « En vrai… ça m’est égal que personne te dise de la boucler. Y’a un moment où il va falloir que t’acceptes ce que je te dis. Les ordres que je te donne. Sur le plan de la magie tout du moins. J’ai besoin d’avoir confiance en toi, Astaad. Si la situation dégénère, je me mets déjà suffisamment en danger si tu perds le contrôle et qu’tu mords, mais si en plus t’es juste une bombe à retardement dans mes pattes, ni toi ni moi on va s’en sortir. Et c’est pas le projet, on est d’accord ? » Lui aussi avait fini par se pencher vers elle. De loin, ils donnaient probablement l’impression de comploter quelque chose, tant leur expression grave, bien que trouée de stigmates plus amènes, marquait la gravité du discours. « J’m’en fous d’imposer mon autorité sur toi, c’est pas ce qui m’intéresse. J’ai juste besoin de savoir que tu sauras ranger ton orgueil au moment où on n’en aura pas besoin. J’me doute que la dernière fois tu voulais pas foutre la merde, mais j’suis d’jà pas tranquille quand je sors le soir maintenant, alors dans mon laboratoire, c’est moi qui décide et ça aussi c’est vital pour moi. En-dehors, tu f’ras bien c’que tu voudras. »

Il venait à peine d’achever que Jodie revint, leurs victuailles chargées sur un plateau. La bonne odeur de viande et de fromage fondu réduisirent à néant toute graine d’agressivité en seulement quelques instants. Il administra un sourire bienveillant à la plus ancienne des serveuses du bouge, et ne tarda pas à entamer le repas, avalant quelques frites. « Bon… J’me rappelle que la dernière fois, tu avais accepté que j’assiste à l’une de tes pleines lunes. La prochaine est dans quinze jours. Tu te sens prête pour ça ? » Il quêta la plus infime de ses réactions, guettant la peur en elle. « J’dis ça parce qu’au moins maintenant, t’as plus de recul. Tu as eu le temps d’y réfléchir, je suppose. De mon côté, ça m’va. Et puis au moins… enfin, j’aimerais bien que ça puisse t’aider pour de vrai. Que ça serve pas juste à l’aspect voyeuriste de la chose. » Il s’expliqua, après s’être descendu une gorgée de bière. « Comme j’te disais, les garous c’est pas ma spécialité. Par contre, t’as pas l’air d’être si familière que ça avec le taïpan. Ce serait peut-être mieux pour toi, si tu arrivais à nouer des liens plus… apaisés ? Au moins, ça pourrait t’aider à renforcer ta maîtrise de la part animale. Rien que ça, ça pourrait te changer la vie. »

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Louisiana Burning

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Anonymous
Invité
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Jeu 12 Mai - 17:58 (#)

damned souls
We danced in the snow
Of a crystal December
In the dying of our souls
Our bodies were the only answer

Rire amer résonne soudainement dans le brouhaha ambiant tandis que sa voix tinte d’un rien de désespéré « Paumée ? Ouais, c’est un euphémisme. » Elle est bien plus que ça, hantée par la crasse d’un désespoir infâme, d’une envie de s’exploser le crâne contre le plâtre, de ne plus jamais s’éveiller si c’est pour que l’ignominie de la Bête la guette encore. Il y a les idées noires qui la frôlent, les envies monstrueuses qui s’imposent et elle trimballe dans son esprit les pensées ignobles d’une fin où la Bête prendrait enfin le dessus sur l’humaine, où elle ne serait alors plus rien qu’une entité chimérique dont le nom serait fatalement oublié. Le brouillard qui flétrit son esprit est tel que ses cauchemars en sont nimbés, que ses rêves en sont nécrosés par la terreur fébrile qui est la sienne de ne faire un jour plus qu’un avec le démon qui habite ses entrailles vernies de gangrène. Le mal finira par avoir raison d’elle, elle le sent et elle se demande un instant si la malédiction n’a pas pour fin celle qu’elle craint tant. Qu’est-ce que Favashi avait donc prévu pour elle ? Qu’est-ce qui cramait dans sa caboche harassée de folie lorsqu’elle fit prier la lame d’argent contre sa peau ? Elle l’ignore et quelque chose en elle se fane encore plus de frustration de ne pas comprendre ce qui a pu mener celle qu’elle prenait pour une amie à retourner ainsi son arme contre elle. La souffrance qu’a engendrée la trahison est toujours trop vivace et elle se force à ne plus y penser, se concentrant sur le visage qui lui fait face, sur celui qui ne se doute pas qu’elle n’est qu’un ver grouillant venu s’inséminer en lui pour le dévorer de l’intérieur. Sur ses lèvres parfois se plissent les quelques envies de confidence, le besoin d’être honnête qui se charge de peser contre sa bouche qui frémit mais ne dit jamais rien. Elle signerait sa mort alors. Sûrement finirait-elle elle aussi la gorge tranchée par l’athamé d’un sorcier capable du pire. Son regard s’égare sur lui, le devinant loin d’être idiot, loin des simples d’esprits qu’elle a pu rencontrer trop souvent dans sa vie qui commence à se faire longue et lourde. Un rire à peine soufflé lui échappe, élevant les yeux vers le plafond écaillé alors qu’elle secoue la tête « A moins qu’t’essaies toi aussi de me toucher le cul à répétition, non. Ton bras est safe. J’sais que tu feras ton possible, j’suis pas si méchante. » L’ombre d’un sourire se peint sur ses lèvres, amusement déguisé de vérité, alors que leurs regards se nouent, s’attachent pour ne plus se lâcher, chacun jouant un jeu franc même si elle n’est pas la plus blanche des colombes en cet instant, elle n’est pas venu jusqu’à lui ce soir pour jouer sur le plateau d’échec d’Uther mais pour elle-même seulement. Elle sait pourtant qu’elle devrait l’inviter à la tentation, guider chacune de ses mains à toucher un corps qui pourrait lui appartenir pour une nuit ou plus, se faire objet de désir entre ses doigts curieux et capables d’éveiller elle ne sait quoi en elle. Mais le dégoût prend le dessus, l’impression d’être une putain jetée dans la gueule d’un loup qui ne sait même pas qu’il est affamé l’étranglant salement.

Une épaule se hausse à sa question tandis qu’elle fixe la table et ses doigts tapotant la surface en un rythme nerveux « Ouais, j’suis plus forte qu’avant. J’ai pas des… comment vous dites ? Skills en combat. Et pourtant j’ai réussi à casser le bras de cet enfoiré. Et celui de mon ex aussi, sauf que là j’ai pas fait exprès. » La douleur revient possédée sa voix, la terreur qu’elle a pu voir dans les yeux de Valentin se répercutant en elle comme un écho méchant. Ses sourcils se froncent à peine aux mots qui suivent, le fixant un instant tandis qu’un rire tonitrue, jurant avec le sérieux de leur conversation et la candeur qu’elle entend dans sa voix, quelque chose de réellement curieux, loin d’être malsain, la laissant muette pendant quelques secondes et faisant finalement pencher la balance. « Okey. Même si j’sais pas comment tu veux tester ça mais… Okey, on fera ça. » Promesse scellée entre eux, une part d’elle ayant l’envie stupide de se rebeller, de haïr ses questions mais pour une fois, pour une fois seulement, elle se sent libre de parler de ce qui ne va pas chez elle, libre d’être qui elle est pour son plus grand malheur. Il lui semble qu’il ne la juge plus autant qu’au premier jour, qu’il ne la voit plus réellement comme une ignominie vivante à mépriser et le regard changeant qu’il dépose sur elle la perturbe davantage, la poussant à détourner un instant les yeux vers les tables au fond du bar. Ses prunelles reviennent pourtant vers lui, tombant sur un sourire plus franc qui la laisse surprise, finissant pourtant par lui répondre d’une esquisse presque enorgueillie, fière de ne rien lâcher lorsqu’il s’agit de sa propre survie et peut-être un peu fière de l’agacer par sa résistance. Le sourire pourtant s’estompe doucement laissant revenir un grand sérieux, l’inquiétude à l’idée que l’envie de l’aider soit désormais fragilisée par son acte du dernier soir. Elle s’est su idiote bien après, prenant du recul sur ce qui lui a semblé être l’action la plus idiote qu’elle ait pu entreprendre depuis que ses pieds se sont posés sur les terres profanées de Shreveport. « Je sais… » murmuré au travers de sa voix alors qu’il poursuit, son corps s’étirant loin de lui sans pour autant rompre le contact entre eux de ses yeux voyant vriller la curiosité de l’arcaniste qu’il est tout simplement. Son dos se dépose contre le dossier en cuir usé alors qu’elle tapote toujours la table d’un ongle à peine vernis de transparent, hochant doucement la tête face à la tâche qui les attend qui lui semble colossale.

Alors, elle cille fasse au ton changeant, face à ce qui lui semble alors crucial d’admettre ; il lui faudra apprendre à la fermer lorsqu’il le faudra. Une onde de respect qu’elle ignorait capable de naître pour un sorcier survient alors, l’envie de sourire face à cette hargne qui semble l’habiter, à ce cran qu’il affiche sans honte face à elle, il ne serait pas de ces hommes s’écrasant devant elle, ne serait pas de ceux qui courberait l’échine et ça, elle l’a bien compris dès le premier matin les ayant vu se rencontrer d’une façon bien trop brutale. La commissure de ses lèvres remontent alors pour esquisser un sourire sur une charnue pleine, acquiesçant au bout de quelques secondes « J’comprends. Moi aussi j’aimerais pas qu’on m’fasse chier dans mon propre labo. Alors j’comprends, je t’assure. J’ai juste… » Un battement de paupières vient signer son hésitation, sa tête s’agitant quand son regard vrille vers la vitre sale puis vers lui à nouveau, un rire nerveux lui échappant quand dans un geste né de l’habitude un doigt vient caresser la pointe de son nez. « J’ai du mal avec les ordres et c’est pas que toi. C’est moi. C’est juste moi. » Le regard se perd dans le vide, se souvenant bien trop des ordres qu’on relâchait sur elle au Caire, de ceux de sa mère, des mots hargneux de son père, des ordres doucereux de Youssef. Oui, l’autorité est synonyme d’un passé horrifique pour elle, de chaînes s’enroulant autour d’elle comme du lierre cinglerait le marbre d’une statue faite de chairs et d’os. Esclave insoumise, elle se refuse à suivre les ordres de quiconque mais pour le pacte tienne, elle sait qu’il lui faudra ranger nombre de ses règles sous un tapis bien épais pour que même la Bête ne soit pas tentée de le trahir. « On est d’accord. J’ai pas envie que ça dégénère mais sache que si elle tente de mordre, ce sera pas de mon fait. Elle est… hargneuse et en colère. Tellement en colère. » Ses yeux sondent les siens comme pour y déverser toutes les émotions qui la traversent en cet instant et qui se sentent lorsqu’Elle prend le dessus. L’arrivée de Jodie coupe court à l’échange de regard dans un brin de silence étrange alors qu’elle la remercie du bout des lèvres et d’un sourire qui ne tient pas. Prête à se jeter sur une frite ou deux, elle cesse son geste, la main surélevée redescendant lentement alors qu’elle déglutit, blêmit peut-être, son reflet dans la psyché de fortune de la vitre laissant apparaître le visage d’une femme éprise de terreur et de dégoût. Pour elle-même, surtout pour elle-même, par-dessus tout pour elle-même. « J’ai pas le choix de répondre que oui, j’suis prête. Il le faut. » Ce n’est qu’un murmure qu’elle espère qu’il entendra, buvant à son tour une gorgée de bière qui ne fit pas passer le nœud s’étant noué dans sa gorge. Un rire amer lui échappe alors « Me lier davantage à cette merde ? Tu serais capable de te lier davantage à l’ennemi, toi ? Ou même, imagine, à ma place, qu’est-ce que tu ferais ? » Et elle se rend compte que sa question n’est pas simplement réthorique, que peut-être, au fond, elle cherche en lui une réponse. Piochant dans la montagne de frites, elle en grignote quelques unes trempées de ketchup avant de reprendre « J’suis pas prête à signer un pacte de paix avec cette chose. J’ai trop peur de m’y habituer, d’abandonner alors l’idée que j’pourrais m’en sortir sans ça. » Elle s’agite alors de ses jambes sous la table, les croisant un instant, son pied, pointe d'une trop longue jambe, butant contre son genou, un « Pardon. » susurré alors qu’elle réfléchit à cette nuit à venir, se sent comme prisonnière d’une vie dont elle n’a jamais pu rêver. « Tu pourras vraiment rien faire si j’suis pas un peu plus apaisée, c’est ça ? Y’aurait trop de risques ? » Son regard effleure le sien avant qu’elle ne croque une autre frite et la saupoudre d’une gorgée amère, comme pour faire passer tout ce qui se noue en elle ; Terreur macabre, dégoût, angoisse, impatience, excitation. Kaléidoscope d’émotions côtoyant une âme qui ne demande qu’à enfin se libérer du carcan insalubre dans lequel on l’a enfermé et il demeure, en effet, l’unique espoir qu’elle ait pour le moment, se refusant à croire à la promesse d’un Uther de la libérer. Si même Eoghan se tord la tête pour la délivrer alors comment pourrait-elle croire qu’un homme comme Richardson puisse la libérer de quoi que ce soit ? Ainsi, elle se rend compte qu’on lui a sûrement bel et bien menti, simplement pour la guider sur le chemin de l’homme lui faisant face et qu’elle découvre à peine presque plus humain que ceux qui veulent le voir déchu.    


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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
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"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

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"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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Jeu 19 Mai - 5:34 (#)


Ash Crow
Il lui devenait difficile de ne pas percevoir le mal-être grandissant d’Astaad, en face de lui. Cette fois, elle n’avait plus le loisir de se cacher derrière l’excuse de l’alcool, souvent le coupable idéal à blâmer, pour des humeurs virevoltantes et aléatoires. Aujourd’hui, elle se tenait là, telle qu’elle était, sans fards ni rien d’autre que du gras, du sel et du sucre pour combler ses angoisses existentielles. Ce n’était déjà pas si mal, songea le sorcier en attrapant son hamburger, croquant dedans pour soulager la faim qui commençait à se faire sentir. Tout en mangeant, il se fit le témoin discret de ces nouvelles confidences, minimes, tombant en un compte-goutte régulier, et presque harmonieux. Peu à peu, ils finiraient bien par réussir à tisser un échange apaisé, tout compte fait ? Si leurs tempéraments volcaniques parvenaient à laisser la part belle à un peu plus de modération. Peut-être qu’il fallait justement de la bouffe sur une table, pour acheter la paix sociale. L’image lui plut, même s’il n’en montra rien. Par ailleurs, il commençait déjà à réfléchir à la suite. Impatient malgré lui, voilà que son esprit projetait l’image future de son laboratoire aménagé pour leur faciliter la tâche. Il savait qu’il se baserait en grande partie sur ce qu’elle lui en dirait. Il devrait avancer pas à pas, et surtout, ne pas la brutaliser plus que l’expérience à venir ne le serait d'elle-même : d’une violence qu’il pressentait inouïe. Et puis il restait cette inconnue, que l’Egyptienne elle-même soulignait avec une franchise dont il lui était reconnaissant. Si la Bête mordait… Il décida de rester rationnel, et de ne pas prêter le flanc à la peur sourde de se voir contaminé à son tour par le même mal étrange.

« Si tu n’es pas sûre de toi concernant la morsure, on tentera de tout faire pour calmer sa colère, alors. Je me protègerai comme je pourrai, et puis… ça se passera bien. » Le céruléen chercha le pers, comme pour tenter de lui communiquer sa volonté de demeurer rassurant. Ça ne servirait à rien de se montrer plus pessimiste que nécessaire. Ce serait en outre à lui de prendre en charge les aspects effrayants de l’examen. Il hésita, puis lui révéla directement le contenu de ses pensées : « Tu sais quoi ? T’auras rien d’autre à gérer que toi-même. Le reste, c’est à moi de m’en occuper. On communiquera autant que possible, toi et moi. On sera jamais coupés l’un de l’autre. Tant que tu seras capable de parler, tu pourras le faire, bien sûr. Me parler de ce que tu ressens… de comment tu vis chaque étape, si et seulement si tu en as envie ou que tu estimes ça nécessaire. Autrement… Même sous ta forme reptilienne, bah comme j’te l’ai dit… je rentrerai en contact avec toi. J’vais y arriver, t’inquiète pas. Tout ce que j’te demande, c’est de ne pas me fermer la porte trop violemment. Je vais avoir besoin que tu me fasses confiance. Ce sera pas facile, j’le sais. D’mon côté, t’auras qu’à me dire, avant… ce qui te mettra à l’aise, ou non. Tu peux même commencer à m’en parler maintenant, d’ailleurs. » Il lui sourit, cette fois. « Et puis au moins, la configuration des lieux, tu la connais, ça te sera familier. Déjà, dans mon labo, tu crains rien du tout. Ni de moi, ni de personne d’autre. On peut pas y rentrer, sans mon autorisation. Ce sera… ce sera aussi ton espace, aussi longtemps qu’il le faudra. » Une autre bouchée, prenant à peine le temps de savourer la cuisson parfaite de la viande avant de déglutir, emporté dans son élan. « Ensuite, ben… Si tu veux qu’on aménage la pièce pour que tu aies plus de place, plus de confort… ça peut se faire aussi. Alors sois pas timide avec ça. J’préfère que tu m’en parles avant. Comme ça, au moins, on pourra bien s’préparer. »

Il laissa passer un silence, le temps de méditer les paroles d’Astaad. Un point de détail précis le travaillait. Adoucissant encore un peu son timbre, il reprit : « Tu dis qu’elle est en colère. Est-ce que… Est-ce que tu sais pourquoi ? Est-ce que tu as déjà essayé d’écouter ce qu’elle avait à dire, tout au fond ? » Il progressait lui-même à l’instinct, dans sa réflexion. Il ne connaissait rien de ce qui agitait la caboche comme les émotions d’un garou, une fois réduit à sa forme animale. Cependant, l’échange le passionnait. Il se savait chanceux de pouvoir ainsi partager et discuter avec elle sur autant d’aspects intimes d’une métamorphose qu’il ne pouvait s’empêcher de trouver à la fois sublime et abominable. Prudemment, il serra les dents et tenta : « Peut-être que c’est parce que tu la détestes, qu’elle est en colère. Je te dis pas de te lier à elle comme si elle était ton amie, mais… quelque part, vous partagez le même corps. Vous êtes la même entité, jusqu’à ce que tu en sois libérée. J’peux pas dire comment j’me sentirais, à ta place. Déjà, j’aurais trop peur de l’impact que ça aurait sur mes dons… Puis j’pense que personne peut vraiment se mettre à ta place, de toute façon. Mais… » Il piocha quelques frites de nouveau, marchant sur des œufs. « Je sais c’que c’est que de devoir prêter le flanc à des gens qu’on déteste. Après tout, on l’fait tous. Moi, c’est toute ma vie. T’sais… quand même dans ta propre famille t’es obligé d’te battre en permanence entre ton envie d’couper les ponts pour toujours avec eux, mais qu’t’as quand même les liens du sang, puis l’devoir et les souvenirs… À la fin, pour pas péter un câble, t’es obligé de mettre de l’eau dans ton vin. Tu fais des compromis. Tu t’dis qu’il vaut mieux prendre sur toi que d’te faire mordre à répétition. Faut les caresser dans le sens du poil comme des écailles, les bestioles caractérielles… »

De son pouce, il se désigna lui-même, autorisant à son sourire de se faire plus mutin. Plus… lui-même. Lui-même en faisait bel et bien partie, de ces créatures sur lesquelles les gueulantes gratuites marchaient peu. Il fallait une bonne dose de manipulation, une connaissance pointue de ses habitudes, de ses faiblesses comme de ses appétits, pour arriver à lui faire courber l’échine. Il n’en était probablement pas autrement, pour ce qui était de l’esprit hantant Astaad. « J’essaierai de la rendre moins hargneuse, envers moi. Je sais pas encore comment. J’peux aussi m’aider d’une ambiance plus… propice à ça. Après tout, y’a des plantes qui calment. Qui aident à chasser la haine, au moins un peu. On verra bien. » C’était de la folie. Tout ça n’était rien d’autre qu’une entreprise dangereuse, et il ne serait pas bon de laisser en résulter un échec fort dommageable… pour eux deux. Il nota dans un coin de sa tête les mécanismes de protection qu’il mettrait en place, afin de s’épargner une morsure doublement mortelle, pour lui. Tout à ses spéculations, il ne prit qu’à peine garde au choc provoqué par la jeune femme, sous la table. « Bon. En tout cas, c’que j’voulais dire, c’est que… non, que tu sois en paix avec elle ou non, j’pense que j’aurai à peu près la même chance de t’aider, ou d’échouer. C’était juste un truc que j’disais pour toi, au quotidien. Ça doit être épuisant, à force, de te battre contre elle tous les jours. Toi, regarde… t’es pas toujours de bon poil. Elle, c’est pareil. Surtout si tu la laisses sortir qu’à la pleine lune. » Son poing fermé vint soutenir sa joue tandis qu’il la contemplait, méditatif. « Moi aussi j’serais en colère et hargneux, si j’étais enfermé dans un autre corps que le mien la plupart du temps. Il faut… Fin, moi j’serais toi, j’essaierais de penser comme elle. Tu pourras pas l’éviter, de toute façon. Alors apprivoise-la. »

Peut-être qu’il se trompait sur toute la ligne. Peut-être qu’il lui disait tout un tas de conneries, après tout. Il avait beau l’avoir déjà prévenue qu’il n’était pas un spécialiste en matière de garous, il craignait qu’elle ne prenne ses paroles comme argent comptant, et que sa déception n’en soit que plus grande. Ce fut pourquoi il modéra : « Ce sont que des hypothèses… mais c’est un regard neuf, sur ta situation. C’est toujours utile, même si je me plante, à la fin. Mais ça vaut le coup de tenter… non ? » Sirotant sa bière, il fit une pause dans cette énumération de théories fumeuses, et écouta les boules de billard claquer furieusement les unes contre les autres, lorsqu’un des joueurs au fond de la salle en cassa l’agencement parfait. Il manqua de se retenir au dernier moment, lorsqu’il laissa filer : « Ta créature… elle ressemble un peu à la magie que tout arcaniste se doit d’apprendre. Au début, elle peut nous apparaître comme étrangère. Trop éloignée de ce qu’on croit être. Mais si on la dompte… si on lui parle, qu’on essaie de comprendre son fonctionnement… alors, c’est à ce moment-là qu’on peut prendre le dessus sur elle, fusionner, et lui faire suivre le chemin que l’on désire. Et seulement celui-là. »

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Louisiana Burning

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Anonymous
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Dim 5 Juin - 15:39 (#)

damned souls
We danced in the snow
Of a crystal December
In the dying of our souls
Our bodies were the only answer

Les palabres se délassent au fil du temps, comme une grande bobines de pensées qui avaient besoin de se dérouler lentement, devant quelqu’un, devant lui peut-être. Elle n’avait plus autant parler de ce qui la hante depuis des mois, refusant d’infliger à ses deux amies la peine et la haine qui étaient désormais comme collées à son identité, à son âme. De ses lèvres s’extirpent des confidences ignobles qui cachent encore trop bien le cauchemar qu’est la transformation à laquelle il devra assister. Fait-elle seulement le bon choix ? Est-elle seulement prête à lui offrir un pan entier de ce qu’elle est depuis des années ? Chimère à deux têtes dont la Bête fait partie, gangrénant de vices ce qui l’était déjà, viciant l’eau d’un esprit, cramant la carne d’écailles lorsqu’il faut apparaître. Elle la hait. Elle la déteste plus qu’elle n’a jamais détesté quiconque ou peut-être au même titre qu’elle conspue et maudit Favashi de lui avoir fait subir pareil sort. Le corps sur la paillasse esquintée manque de s’avachir davantage sous le poids de ses mots qui ressortent comme des poèmes appris par cœur, répétés tant de fois en elle-même qu’il ne lui semble pas si dur à prononcer. Elle regrettera plus tard de les avoir fait résonner entre eux, peinant tellement à faire confiance, à se lier à quiconque, tant que le peu d’amis qu’elle a ne savent pas grand chose d’elle. Cette remarque interne manque de la faire sourire, tristesse glacée se disséminant dans le lit de ses veines d’être aussi incapable de s’allier à autrui, comme si cela faisait là aussi partie de la malédiction tragique qui l’embrasse. Condamnée à la pestilence solitaire, à n’être qu’une errante traversant le temps et voyant ses pairs, un à un, s’éteindre pour ne demeurer qu’un hère sans famille, sans liens, sans soutien. Seule, désespérément seule. Ses doigts attrapent vivement sa bière comme pour noyer la terreur de finir ainsi, quelques gorgées venant pétiller dans sa gorge serrée tandis que l’océan des yeux qui lui font face la happent brutalement. Un battement de paupières signe son trouble, se sentant brutalement entourée d’un cocon rassurant sans savoir si elle peut faire confiance à ses mots qui ne sont pour l’instant que ça, des mots, du sable piquant son esprit, comme une main se tendant et promettant que tout ira bien.

Lentement, son bras se dépose pour mieux faire tinter le verre, acquiesçant doucement à ses mots. « Okey… Je… J’pense qu’on aura besoin de place et que tu devras ranger pas mal de trucs qui peuvent se casser. J’sais jamais comment seront mes mouvements tellement la douleur est… immense. » Un instant, le regard se perd dans le vide, hantée par l’horreur des maux qui sont les siens quand Elle se décide à venir sous les baisers lunaires, ses hurlements revenant en écho funèbres dans sa caboche emplie de mort et de sang. Comme pour oublier, comme pour tout effacer de sa tête qui repasse en boucle un film horrifique aux scènes sanglantes, elle se penche enfin vers son hamburger dans lequel elle plante l’ivoire de ses dents, mangeant avec l’appétit d’une vorace, se retenant d’exprimer le plaisir de manger d’un gémissement pour mieux écouter les paroles qui continuent de s’échanger entre eux, se refusant à se laisser distraire par un bout de viande et du pain chaud. Alors, elle s’élève doucement, attentive plus que jamais à ses mots, voyant alors se tisser une histoire si semblable à la sienne, incapable de ne pas faire le lien avec les lignes de sa propre existence où se lisent le non-amour de la mère et du père, où l’on peut y voir la trahison, la disgrâce d’une enfance noyée sous la houle des émotions vivaces, prise das l’engrenage d’une secte qui ne demandait qu’à jeter des jeunes filles en pâtures pour en faire des gibiers bons à égorger sous la lune rouge. Elle cille, relâchant son hamburger pour mieux s’essuyer les doigts dans le blanc d’une serviette, tentant de garder la face devant ce qu’il lui expose d’un pan d’une vie dont elle ne savait évidemment rien. « Ouais, j’connais tout ça. » Un sourire plus sincère s’esquisse, esquinté par la misère de la mélancolie, par la résignation devant une vie passée qu’elle ne pourra changer. Son futur demeure entre ses mains et alors presque requinquer par cet élan de puissance qu’elle sent naître en son ventre et l’épicentre de sa poitrine, elle hausse une épaule « La chaman qui m’a jeté ce sort… Elle était en colère contre moi. Elle pensait que j’allais lui voler l’homme qu’elle aimait. Un homme qu’elle a quand même tué. » Les yeux s’évadent vers le vide avant de revenir jusqu’à lui, plongeant dans le céruléen pour ne plus jamais en sortir, se déshabillant de quelques secrets, au risque de le regretter amèrement. « C’était une amie. Du moins, j’le croyais jusqu’à ce soir où elle m’a maudit. » Un silence s’étire, un instant, un bref instant, son visage se transformant lentement pour exprimer toute sa crainte, se froissant presque tant elle semble terrifiée pendant quelques secondes. « Je sens sa haine, Eoghan. Je sens à quel point elle hait tout ce que je suis, tout ce que je représente, elle hait jusqu’à mon nom. Elle serait prête à me tuer parfois, je le sais. C’est la haine et la jalousie de cette chaman qu’elle représente. Et je dois vivre avec tous les jours, avec les échos de pensées fugaces qui m’insultent, qui ne sont pas de moi, j’en suis certaine. Oui, il y a des jours où j’me déteste mais de là à me dire "Je te tuerai", non. Je ne suis pas suicidaire et ne l’ait jamais été. Cette… chose, j’ai peur qu’elle ne s’apaise jamais. » Et elle en oublie le brouhaha ambiant, se sennt comme bercée par ses propres paroles avant de rompre le contact entre leurs yeux, déglutissant difficilement tant la sécheresse se fait rude dans sa gorge étranglée par la peur. Elle s’éclaircit la gorge, manquant de mener à nouveau sa bière à ses lèvres, quand son milkshake commence doucement à fondre, la chantilly le parsemant s’affaissant doucement, vestige du temps qui passe. « Mais ouais, j’connais bien ça avec ma propre famille. ‘Fin, pas comme si j’avais encore des contacts avec eux. » Un rire nerveux lui échappe, le noyant dans une gorgée de bière, refusant de lui offrir la vérité sur ce qui est advenu de ses parents, elle-même l’ignorant encore. Peut-être ont-ils finis dans le giron des flammes ? Ou ont-ils réussis à s’échapper, marchant dans les pas de Favashi, leur nouvelle reine ? Elle l’ignore et une part d’elle aimerait ne jamais savoir.


Un autre morceau de son met pris dans la bouche, elle manque de ne pas avaler avant de parler, s’excusant à demi-mots avant de reprendre « L’apprivoiser ? J’sais pas comment. Après tout, même moi j’suis une vraie chieuse et c’est déjà dur de m’apaiser alors elle ? » Elle en rit, préfère s’en amuser pendant quelques secondes tandis qu’ils échangent un regard, espérant pouvoir le remercier autrement, un jour ou l’autre, qu’en le trahissant comme elle le fait. Là encore la démange l’envie de tout lui dire, de tout vomir de ses confidences, d’Uther à l’Eglise Wiccane mais la voilà coincée dans l’engrenage d’un plan dont elle ne saurait se sortir sans y laisser sa propre dépouille. Sincèrement intéressée, elle se penche à peine vers lui, ses cheveux glissant en quelques salves de mèches sur une joue rebondie, ses yeux se faisant aussi brillants que ceux d’une enfant à qui l’on offre enfin l’opportunité d’apprendre encore et encore. « Ta magie… Tu l’as pas apprivoisé tout de suite alors ? Enfin, comment tu t’es senti face à elle ? » Un rire se souffle, un peu gêné alors qu’elle secoue rien qu’un peu la tête, piochant une frite dans le tas « J’veux dire, ça m’a toujours intriguée. Je sais pas comment on se sent d’avoir un don ou plusieurs, j’sais pas ? Comment on le vit ? Est-ce que vous êtes toujours en osmose avec votre magie ? » D’une main libre, elle repousse quelques fils châtains derrière une oreille sertie d'une boucle d’oreille d’or en forme de cercle dansant à chacun de ses mouvements, reprenant « J’veux dire, toi, tu as mis du temps à l’accepter ? A fusionner avec elle ? Ca doit pas être facile pour un gamin de sentir toute cette puissance en lui. Et en même temps, hyper grisant. » Son sourire se fait plus doux comme si c’était au gamin en lui qu’elle s’adressait, fascinée par ce qu’il est, elle-même incapable d’user d’un art comme le sien. « Quand j’étais petite, je rêvais d’être une sorcière au sens le plus propre du terme. Alors j’me suis mise à… sculpter des figurines en l’honneur de mes dieux, en pensant que ça pourrait m’aider à faire de la magie. » Un rire se moque d’elle-même, élevat les yeux au ciel avant de se saisir de son milkshake, le laissant glisser jusqu’à elle, goûtant une première gorgée de sucre. « Mais bien sûr ça a pas marché. C’qui m’a pas empêché de continuer à sculpter. J’adore ça. » Elle se tortille sur le cuir, se sentant soudainement idiote de lui avouer ça, secouant la tête, sourcillant « Désolée, j’sais pas pourquoi j’te raconte ça. »    


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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
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⛤ SMALLTOWN BOY ⛤

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"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

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"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
Thème : The Way ⛤ Zack Hemsey.
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Mar 7 Juin - 4:45 (#)


Ash Crow
Astaad n’était pas tirée d’affaire. La résistance qu’il sentait intacte entre la jeune femme et la créature qui l’habitait était largement palpable, ne serait-ce que dans sa façon de l’aborder, de mettre des mots sur ce qu’elle vivait réellement comme une ignominie, un parasite qui la rongeait de l’intérieur et qui, quelques rares fois, s’emparaient d’elle afin de saper jusqu’à la dernière bribe de contrôle sur elle-même. Là était la clef, peut-être. Si Astaad réussissait à calmer ses réticences et ainsi apaiser son rapport à ce qui était devenue une partie intégrante de son identité, alors un débouché heureux serait envisageable. En effet, le sorcier continuait d’étudier la situation qui lui était exposée. En parfait ignare des malédictions relatives aux garous, il ne se calfeutrait derrière aucun mur de préjugés, aucune certitude préétablie. Il entamait une observation basée sur un regard neuf, un esprit vierge, ouvrant la porte à la moindre théorie exploitable. Et, en l’occurrence, il avait décidé de prendre le problème à l’envers. Ce n’était pas en luttant comme une acharnée contre le taïpan qu’elle parviendrait à se défaire de lui. Il ne pouvait s’empêcher de faire le parallèle avec la propre murène qui le hantait en harmonie. L’expérience et le temps avaient livré un résultat sans équivoque : plus il avait tenté de se battre contre lui-même, plus il s’était empêtré dans un rapport malsain à son essence, et moins il était à son aise, logiquement, pour en combattre efficacement les dérives et autres déviances potentielles. Il lui plaisait de suivre une voie pré-pavée par sa nature d’arcaniste. Ses recherches, inédites et excitantes, ne se baseraient ainsi que sur un développement absolu et personnel, dont il avait déjà hâte de coucher sur une page de grimoire les premières réflexions. La nuit serait courte, pour lui. Tant pis. Cela lui importait peu. Malgré la fatigue, malgré les périodes d’épuisement qu’il traversait comme tout un chacun, il ne se sentait jamais aussi vivant ni aussi entier que lorsque corps et esprit s’alliaient, unis dans l’optique d’un seul élan : ce savoir, à la portée de tout le monde et cependant finalement réservé à de rares élus, tout à la fois. L’effort en vaudrait la peine. Même s’il échouait.
Il n’avait pas cessé de l’écouter, et s’autorisa un sourire lorsqu’elle évoqua ses désirs d’enfant, l’affinité qui la reliait aux sorciers. Il nota un premier paradoxe qu’il se promit de lui exposer rapidement, curieux à son tour.

Fort de ses convictions nouvelles, il asséna toutefois en premier : « J’pense que t’as pas le choix, de toute façon. Tu vas devoir essayer de l’apprivoiser. En même temps, ça ne pourra pas te faire de mal. En la découvrant elle, tu vas forcément en découvrir davantage sur toi. C’qui n’est pas inutile. Ça va sûrement être pénible – et je parle pas de la douleur physique en l’occurrence – mais t’as rien à perdre, au stade où tu en es. » Il prit quelques bouchées, reprenant son souffle en commentant d’une voix mêlant le sarcasme au mépris : « Fin ça change rien au fait qu’ta chaman, là, elle a l’air complètement pétée du casque, c’est chaud. Y’a rien qui va. » Il secoua la tête, piochant quelques frites. Une telle pratique de la magie le dépassait. Il n’était pas fier de constater l’existence de tels crimes, car il s’agissait bien d’un crime. Si Astaad ne lui avait pas menti, rien n’aurait pu justifier l’attribution d’un mauvais sort pareil. Il eut l’occasion de se demander brièvement si Favashi en avait été à son premier coup d’essai, ou pas.

« Et t’inquiète pas. Ça m’dérange pas qu’tu me parles de ta vie, tu sais. On discute. On est là pour ça, non ? C’est cool, que tu sculptes ! » Il releva des yeux encourageants vers elle, bien plus lumineux qu’à son arrivée. Il se rendait compte qu’en dépit du caractère grave de leur échange, manger avec une quasi-inconnue dans un endroit rassurant et oublier un peu ce qu’il en était de ses problèmes divers lui faisait du bien. Il était plus facile de se perdre dans les travers et tourments d’une autre, plutôt que de se focaliser sur ce qui, de toute façon, n’avancerait pas davantage d’ici au lendemain. « Sinon, en c’qui concerne la magie… Bah c’est impossible de la maîtriser tout de suite. D’abord, elle s’ancre en toi. Quand t’es gosse, elle se révèle, de manière plus ou moins… euh, discrète, j’dirais. » Une grimace évocatrice des premiers contacts, de la première erreur, du risque qu’il avait encouru à se faire suspecter de malveillance auprès d’une camarade d’école. « À partir du moment où la magie est là, à l’intérieur de toi, et que ton don inné s’entrevoit, c’est là qu’ton apprentissage débute. En général, c’est quelqu’un de ta famille qui devient ton mentor. Et là, tu bûches… Tu essaies de comprendre comment ton pouvoir fonctionne. Tu apprends l’histoire de la magie, ou du moins surtout celle qui est liée à ta famille. C’est tout un art, la transmission de la connaissance arcaniste. Y’a beaucoup de règles, beaucoup de choses à apprendre… Une partie théorique, une partie pratique. T’imagines pas. Y’a d’quoi s’arracher les cheveux, en plus en fonction de la sévérité de ton mentor c’est encore plus compliqué, parfois. Puis t’as quand même l’école à côté. L’après-midi, au lieu de glander après les cours, toi t’es là à apprendre par cœur le nom des plantes, leurs vertus, les poisons, le latin, les runes… ça n’en finit jamais, c’est dingue. Quand j’regarde en arrière, j’me demande comment j’ai pas fait pour péter un câble, j’te jure. »

Il planquait derrière la légèreté du ton tous les sévices donnés de la part de Sylia ou Julianna. Les moments de doute, l’opprobre, les commentaires désobligeants, les remarques blessantes, la concurrence permanente auprès de Shannon… Il y avait eu un paquet de mauvais souvenirs à digérer, à bien y penser. En revanche, il ne voulait pas s’en embarrasser. Sans que cela ne lui coûte le moindre effort, son cerveau avait déjà entrepris un tri sévère, et il savait d’instinct que bon nombre de réminiscences navrantes étaient déjà enfermées dans un coffre de sa mémoire, quelque part. Il n’avait pas l’intention d’en soulever le capot. « Au début, ça m’a fait un peu peur. C’était très impressionnant. Et puis, très vite, on comprend qu’on est habité par une force… incroyable. C’est un don. Nous avons été choisi par le Grand-Tout pour devenir l’un de ses artisans, et il s’agit d’un honneur… enfin, j’ai pas vraiment les mots pour parler de l’effet que ça me fait, encore aujourd’hui. Quand j’réalise ce qui sommeille à l’intérieur de moi, ce qui se réveille quand je le lui demande – ou pas, d’ailleurs… Très rapidement,  j’ai cherché à entrer en phase avec mon Essence. Il y a eu des ratés, des mauvais départs et des hoquets, mais… j’me plains pas, franchement. J’ai été guidé par deux sorcières d’exception. Elles m’ont aidé à devenir qui je suis aujourd’hui, et je ne pourrais pas mieux m’en sortir, je crois. » Il termina sa bière. « On parlait de croyances, l’autre fois. Ben tu vois, moi aussi j’avais des petites figurines sculptées. Je ne sais pas où ma mère se les était procurées, mais je les mettais sur ma table de chevet, dans ma chambre. C’est marrant que toi aussi ça t’ait parlé, ces trucs-là. »

Il n’osa pas franchir le pas en lui révélant quelles déités avaient toujours obtenu sa préférence. Une forme de pudeur le retenait encore, même s’il était conscient du ridicule de cette réserve : après tout, Astaad s’apprêtait à placer un pan de son avenir entre ses mains. Une telle confession, en retour, n’était pas si cher payé. Il resta sur ses positions en secret, néanmoins, pas totalement prêt à lui donner plus de billes sur la question. « C’qui est marrant aussi, par contre… Tu m’as tellement feulé dessus, le premier jour. T’avais l’air de haïr les sorciers. Puis même la dernière fois, t'as pas été très... fin, c'que t'as dit ça m'a marqué. Le fait que t'aurais pu faire partie des miliciens, si t'étais restée humaine. Alors j’me doute que c’qui t’est arrivé a pas dû peser en notre faveur, mais… si tu rêvais d’être une sorcière quand t’étais gosse, c’est qu’une part de toi devait bien savoir qu’on n’était pas juste un tas d’ordures qui aiment pourrir la vie des gens, hum ? » Il veilla à ne pas puiser lui-même dans la rancoeur. Au moins avait-il souligné le plus élégamment possible l'injure qu'elle lui avait faite, contrastant aujourd'hui avec l'entreprise mise en place pour lui venir en aide. Il comprenait que sa position, à l’époque, ait été particulièrement inconfortable pour la jeune femme mal en point. Cependant, il avait toujours conservé depuis le pressentiment qu’elle ne lui avait pas tout dit du pourquoi de cette blessure, notamment… Ce n’était pas le meilleur moment pour remettre sur la table ces soupçons. Il n’en oublierait rien. Un jour, peut-être, il tenterait à nouveau.

Fermant la parenthèse sur les détails plus personnels de leur conversation, il conclut résolument : « Écoute… Pars pas avec la certitude que le serpent te déteste. Tu… Tu ne l’as pas encore vraiment regardé droit dans les yeux, je crois. Il est temps. Et une fois que tu l’auras bien regardé, alors on commencera à élaborer des pistes pour savoir si ce qui vit en toi te veut vraiment du mal ou non. Ne surestime pas la puissance de Favashi. Même les plus grands sorciers commettent des erreurs. Même eux se laissent parfois dépasser par les enchantements qu’ils tissent. » Un sourire affadi par l’exemple étincelant de l’Irae, submergée par sa propre colère. « Le serpent a besoin de toi pour vivre. Il ne te tuera pas. Si tu meurs, il meurt également. Alors essaye de faire taire les voix. Ne te focalise plus sur ton ressentiment. On va essayer de comprendre cette bestiole tous les deux. J’vais lui parler, moi. Peut-être que ce sera toujours toi, dans sa peau. Peut-être qu’il n’y aura qu'elle. Ou peut-être que vous serez bel et bien deux. »

Le mouvement répétitif d’une boucle d’oreille pendante ne cessait d’accrocher son regard, et il s’amusa de la comparaison avec les oscillations hypnotiques dont certains charmeurs se servaient, à l’autre bout du monde, pour justement rendre plus dociles les écailleux aux collerettes cauchemardesques et enjôleuses. « Ça va aller, Astaad. On va gérer, d’accord ? Ça prendra du temps, mais on va gérer. On va galérer un peu au début, ce sera normal. Et puis au fur et à mesure qu’on pratique, on va piger des trucs. On va avancer. J’en suis sûr. »

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Louisiana Burning

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Jeu 9 Juin - 16:26 (#)

damned souls
We danced in the snow
Of a crystal December
In the dying of our souls
Our bodies were the only answer

Attentive à chacun de ses mots, elle s’imagine alors ne faire qu’un avec cette entité machiavélique qui la possède. Serait-elle plus à l’aise ? Cesserait-Elle alors de lui faire miroiter la mort et la destruction à chaque fois qu’Elle murmure à son oreille ? La crainte de devenir la Bête la cingle férocement, s’entêtant pour le moment à ne pas pouvoir dialoguer avec elle. Mais les mots d’Eoghan lui semblent plus justes que jamais, résonnant en elle comme un écho de vérité qu’elle n’avait jamais effleuré jusque là. Un rire manque de perler à l’orée de ses lèvres qui s’élèvent en un sourire étonnant de bonheur à ses mots « Ouais, pétée du casque, c’est le cas de le dire. » Elle préfère en rire pour le moment, se forgeant une carapace face à lui pour ne pas céder davantage à la crainte et la haine que lui inspirent la chaman. Elle ne pourrait lui raconter toute l’horreur d’une nuit, les souvenirs de cette lame ouvrant la chair d’un cou tendu, le corps sombrant sur le sol, le sang, l’odeur de chair brûlée, les hurlements, Youssef implosant de l’intérieur, ses propres pas dans le sable chaud tentant de retrouver Nejma, Nadja et Sadia dans la cohue des corps paniqués. Elle ne saurait lui décrire l’immonde spectacle qui s’offrit à elle ce soir-là. Mais peut-être ne serait-il qu’à peine choqué, lui qui a bien vécu la nuit cauchemardesque d’Halloween, principal acteur de cette boucherie où les corps sont tombés un à un, où il fut comme un chien errant cherchant les corps à décimer. Elle peine à l’imaginer meurtrier ainsi devant elle, souriant, mangeant comme un homme à l’appétit certain, souriant, riant à peine, détendu plus qu’il ne l’a jamais été avec elle. L’a-t-on trompée ? Elle aimerait lui demander, oser entrouvrir ses lèvres pour s’assurer qu’il est vraiment ce qu’on lui a dit de lui. Mais la force l’abandonne, préférant le laisser parler, délaissant de côté ses interrogations qui la laminent depuis des semaines.

Un souffle se perd à peine entre eux alors qu’elle acquiesce à ses mots, ses yeux la percutant tant ils semblent davantage illuminés d’une joie plus humaine, eux qui l’ont tant mirés avec gravité, froideur et colère pour leur dernière rencontre, à raison. « Ouais, on discute. J’aime bien. » avoue-t-elle sans emphase, préférant se montrer franche, découvrant que cette interlude entre eux l’apaise un peu, l’empêchant de se noyer dans ses pensées noires et la sortant de ce carcan de solitude dans lequel elle s’est malencontreusement enfermée au fil des années. Piochant dans quelques frites qu’elle trempe dans un nid de ketchup, elle en mâchonne les pointes tandis qu’il poursuit et au fil de ses mots, elle en oublie de déguster ses frites, se sentant comme happée par ce qu’il lui raconte, imaginant le gamin qu’il était découvrant l’étendue de ses pouvoirs, esquissant un sourire face à sa grimace sous-entendant que la discrétion n’était pas reine lorsqu’il découvrit ses dons. Elle se refuse à l’interrompre, se dessinant dans son esprit l’enfant qu’il fut et qui ne connut pas la même histoire que ses camarades, qui batailla pour se frayer un chemin dans une vie où les dieux lui avaient abandonnés le céleste de leurs pouvoirs sans le savoir qui allait avec. Un souffle lui échappe, d’admiration et de surprise, faisant enfin résonner sa voix « Tu m’étonnes. Ça devait être tellement prise de tête mais en même temps… tellement cool à apprendre. Tout ce que tu dois savoir, c’est dingue. » Elle laisse l’écho de son admiration ricocher entre eux, laissant une gorgée de bière désaltérer sa gorge tandis qu’elle poursuit « Ton mentor, c’était qui du coup ? J’imagine que tu dois avoir un lien spécial avec lui, non ? Même si c’est quelqu’un d’ta famille, ça doit être un lien unique. » Un lien qu’elle n’aurait jamais pu avoir avec quiconque, sa propre mère n’aurait été qu’un mentor sévère si elle était née dotée d’un quelconque don, son père aurait été effroyablement absent et le reste de sa famille n’était et ne restera que des visages inconnus.

Peu à peu, le corps se détend sous la houle des conversations, bercée par le brouhaha ambiant des rires, expectorations douteuses, des blagues graveleuses, des cris de la serveuse vilipendant certains clients. Elle se sent bien, plus qu’elle ne l’a jamais été ces derniers jours. Elle aurait adoré pouvoir oublier qu’alors ce qui l’a mené sur le chemin d’Eoghan Underwood n’est qu’une imposture, oublier qu’il est dupé par elle et qu’elle se sert de lui pour se sauver d’un destin funeste. Elle se hait soudainement d’être ce qu’elle est mais se laisse finalement emporter par les mots qui suivent, se perdant dans les couloirs de ses paroles, l’enviant soudainement d’être capable de telles choses, elle, qui a toujours rêvé d’être quelqu’un de plus… de moins… d’être quelqu’un tout simplement, dotée de quelques pouvoirs capables de la rendre plus solide face au monde. « Ça a l’air tellement cool. Je t’envie un peu. » murmuré avec une soudaine tristesse que son sourire estompe à peine, teinté d’une mélancolie qui semble aussi vieille qu’elle. Et le sourire vient à s’estomper lorsque le sujet change, se souvenant trop bien de ce qu’elle lui avait recraché en pleine figure, aussi haineuse que lui en ces instants. Rassemblant ses cheveux sur une épaule en vagues sombres et châtains dont les pointes se laissent couler sur la table, elle tente de choisir ses mots avec précaution « Ouais, c’était pas cool de te balancer ça dans la gueule. J’aurais dû la fermer. Mais c’est vrai, j’aurais pu faire partie des miliciens si j’avais pu chasser les gens comme la chaman qui m’a trahie. Mais ouais, une partie d’moi sait très bien que vous êtes pas tous des connards. » Un rire lui échappe, loin d’être empli de joie, se moquant d’elle-même. « Si j’dois être honnête j’suis juste une putain de jalouse qui n’a jamais été qu’une pauvre humaine sans dons. Et j’aurais aimé naître autrement parfois. » Une épaule se hausse, se rendant compte de l’intime de ce qu’elle lui avoue, de tout ce qu’il pourrait savoir d’elle désormais rien que dans tout ce qu’elle a osé lui confier dans cette simple conversation. « J’suis une pure connasse si tu l’savais pas déjà. » Et elle élève ses yeux vers lui, esquissant un sourire qui ne cherche pas à cacher la vérité, ni à la moquer, ni à rire avec lui, exposant simplement un fait auquel elle croit férocement. Elle n’a jamais été une fille bien et ne s’en vantera jamais, refusant de se croire mieux que quiconque malgré son orgueil bien enflé et sa fierté de femme se voulant libre. Elle est et restera une vipère, que la Bête soit là ou non.

Alors le sérieux revient, reprenant le chemin d’un sujet qui ne lui manquait pas mais qui sera bien celui qu’ils aborderont le plus les prochains jours. Elle se surprend à le mirer avec plus d’attention, surprise par toute la hargne qu’il met d’un seul coup dans ses palabres s’allongeant entre eux, cillant face à la force avec laquelle il tente de la rassurer. Jamais personne, sauf ses soeurs de coeur, n’avait voulu la rassurer, lui affirmant que tout irait bien. Une soudaine émotion la prend à la gorge, manquant de la faire s’effondrer, ses yeux piquant de larmes qui ne tomberont pas, le fixant sans pouvoir dire quoi que ce soit, ne sachant plus ce qu’il faut répondre ou non. Elle le fixe avec un effroi palpable, se sentant incapable de le trahir dès à présent, de se faire murène mordant la main qu’on lui tend avec tant de gentillesse, elle, qui se sentait si seule jusqu’ici, sans personne à qui confier ses maux. La gorge serrée, les gestes nerveux, elle tend une main jusqu’à sa bière sans la regarder, ses doigts butant contre le verre qui finit par se renverser vers lui. Le contenu s’écoule alors en rivière alors qu’elle se redresse vivement, un « Merde ! Putain… » s’exprimant fortement dans le dinner, attirant quelques regards sur elle. Ses traits se parent soudainement de honte alors qu’elle élève ses mains « Désolée ! » Chopant quelques serviettes elle vient jusqu’à lui, s’agenouillant pour tenter d’éponger le trop plein de bière s’étant étalé sur lui « J’suis désolée… » murmuré alors même qu’elle ne semble plus être là. Les souvenirs d’une scène similaire s’étalent sous ses yeux, son verre de vin ayant éclaboussé Youssef avec qui elle dînait, sa gifle la faisant presque sursauter alors qu’elle mire Eoghan, se reculant dans la crainte de le voir s’énerver, les yeux hantés par la peur. Elle susurre un « M’en veux pas. » qui ne s'entend qu'à peine, se reculant, manquant de trébucher alors qu’elle se relève, passant une main dans ses cheveux pour mieux balbutier « J’dois sortir. J’reviens. » Ses jambes flageolantes la mènent alors jusqu’à la sortie, traversant l’air encore frais d’un Shreveport froid et silencieux, quelques bagnoles passant sur la route tandis qu’elle peine à retrouver son souffle, la main contre sa poitrine, voulant hurler à Youssef et ses cris de sortir de sa tête, murmurant encore et encore « Arrête. Arrête. Arrête. » perdue dans un monde qui n’est plus celui du présent, ne voyant plus que les yeux fous d’un gourou prêt à tout pour la martyriser.   


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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
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"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

⛤ ENAE VOLARE MEZZO ⛤

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"I put a spell on you."

Facultés : ⛤ La Rougeoyante s'infiltre dans les corps et y bouleverse les hormones ; flèche apollonide : distille poison, fléau, mort, mais aussi fièvre rouge saphique. Chaos total.
⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
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Lun 13 Juin - 0:56 (#)


Ash Crow
Il ne pourrait pas faire mieux. Il savait qu’il n’était pas un être d’altruisme pur. Il lui plaisait uniquement de dispenser son empathie à qui le méritait, en fonction du moment, du lieu, de son humeur, de la situation. Astaad avait beau eu se comporter comme une peste, elle était parvenue à obtenir une compassion qu’il ne distribuait pas à quiconque le demandait. On ne pouvait pas douter de la sincérité du sorcier, sur ce point. Aussi roublard pouvait-il être parfois, il n’était pas capable de tricher sur ce genre de choses. Lui-même se surprenait parfois, se moquant presque de sa propre gentillesse. Pas ici. La fatigue accumulée des derniers jours, le recul qu’il s’efforçait de prendre davantage, le regard éploré de la jeune femme face à lui… Non. Il n’y avait rien de drôle, rien de quoi se moquer. Elle vivait un cauchemar. Peut-être qu’elle l’avait mérité, mais pour sa part, il n’était pas toujours si prompt à dispenser ce type de jugements à l’emporte-pièce. Leur conversation était presque… normale, s’il en omettait l’aspect surnaturel. Bien qu’après tout, ce même surnaturel faisait totalement partie de leur normalité à eux, n’est-ce pas ?
Il sourit face à son admiration, qu’il estimait ne pas mériter plus qu’un autre. Il haussa les épaules humblement : il ne faisait jamais le fier sur le compte de ses connaissances des arcanes. Sur la préparation de gumbo ? Absolument. Sur sa capacité à vendre à un client indécis ? Sans problème. Mais sur les arcanes ? Non. Il n’aurait pas pris ce risque.
Il ne répondit pas tout de suite à la question du mentor. Il se contenta de rebondir sur les propos immédiats qui suivirent, acquiesçant brièvement. Pour sûr qu’il en avait un lien spécial… Il s’en serait bien passé, mais elle n’aurait pas pu se douter de ce sur quoi elle venait de poser le doigt. Elle paraissait affectée, et s’il ne prit pas mal ses allégations relatives à l’envie ou la jalousie, il se demanda réellement ce qui pouvait la plonger dans un état de mélancolie à ce point. Il n’avait jamais vraiment discuté avec un cowan rêvant d’être né arcaniste. Il connaissait les rumeurs, les on-dit, l’attitude obsessionnelle des nouvelles sorcières de Tik Tok ou d’Instagram, mais ça… cela relevait de l’inédit. Lui ne parlait pas, ne l’interrompait pas. Le silence qui entrecoupait les confidences d’Astaad ne lui posait aucun problème. Il analysait tout en terminant son repas à son rythme, appuyant parfois sa pommette contre ses phalanges recourbées, entre deux mastications. Il ne la quittait pratiquement pas du regard. Dans ces moments-là, il était si tentant pour lui de replonger en elle, ne se contentant pas cette fois de taquiner ses hormones du sommeil, mais bien de se focaliser sur cette tête de mule, par-delà la tignasse brune séduisante qui la ceignait.
Concentré et songeur, lui aussi réalisa avec un temps de retard que la bière s’était renversé. Il se rejeta brusquement entre la banquette et la baie vitrée, ayant malheureusement eu le temps de sentir sa cuisse s’imbiber de bière tiède. Une exclamation gênée et amusée à la fois lui échappa, totalement ensevelie par les couinements de la jeune femme. Désarçonné par son attitude, il tenta de la rassurer.

« Hé… T’en fais pas, c’est que d’la bière et c’est qu’un jean, hein, y’a pas mort d’homme… » Rien n’y fit. Il s’interrompit aussitôt que leurs prunelles s’entrecroisèrent de nouveau. Il y lut un sentiment frôlant une terreur dont il ne connaissait pas les tenants et les aboutissants. Hallucinée. Elle n’avait rien à faire là, à genoux, paniquée pour un peu de liquide écoulé. Paralysé par la scène plus qu’étrange, il la regarda se redresser maladroitement et s’enfuir littéralement dehors. Il laissa passer une bonne dizaine de secondes, les yeux paumés sur les reliefs de leur repas, et sur la flaque ambrée qui pétillait sur la table entre leurs assiettes. Puis, il tourna la tête, et remarqua quelques visages encore tournés dans sa direction. Jodie, surtout, paraissait préoccupée et articula silencieusement s’il y avait un problème. Il lui fit signe que tout allait bien, et qu’il revenait vite, tout en se remettant debout pour prendre le même chemin que la maudite. Il la retrouva bel et bien à quelques pas de l’entrée. Elle parlait seule, ou bien à elle-même. Quelle que soit la réponse, ce n’était pas très bon signe.

« Est-ce que ça va… ? Astaad ? » Il chercha à la contourner pour ne pas lui imposer de contact physique, et se plaça devant elle, baissant légèrement la tête afin de trouver son regard. « Qu’est-ce qui vient de se passer ? Pourquoi est-ce que tu t’es mise dans un état pareil… ? » Il parlait à voix basse, soucieux de ne pas la perturber davantage. Il se fit la réflexion qu’elle semblait prisonnière d’un lunatisme pire que le sien. Capable de passer du rire à la colère, du calme à la tempête, de la raison au délire… Était-ce une conséquence du sort de Favashi, ou bien avait-elle toujours été ainsi ? Là encore, quelle que soit la réponse, il eut pitié d’elle. Il aurait pu chercher à l’apaiser par la magie, mais ç’aurait été franchir des limites interdites, et guère sensées de toute manière. Il la toisa encore un moment, avant de se décaler d’un pas ou deux. Il se laissa tomber sur le petit muret marquant la séparation entre le « parvis » du diner et le parking boueux. Résolument, il sortit son paquet de cigarettes ainsi qu’un zippo dont le tintement caractéristique lui fit du bien. Rassurant. Familier.

« C’est pas grave d’être née humaine, tu sais. Enfin, j’crois. Qu’est-ce que je peux en être sûr, après tout, tu m’diras. » L’embout d’une Pall Mall coincée entre ses lèvres, il laissa tomber le briquet au fond de sa poche, rabattit le cuir d’un geste sec, et commença à fumer, penché légèrement vers l’avant. Appuyé sur ses cuisses, il fixait la terre noire et humide, ainsi qu’une partie de la jambe de la garou près de lui. Il ne savait même pas si elle était capable d’entendre ce qu’il lui disait. Pourtant, il pressentit que le seul roulis de sa voix, qu’elle s’imbibe de ses paroles ou non, pourrait peut-être l’aider à revenir près de lui, ou à rester dans cette dimension. « Quand j’étais gosse, j’voulais pas être sorcier. J’y voyais que des inconvénients. Beaucoup de temps perdu et sacrifié. Beaucoup de… beaucoup de peur, aussi. » Il secoua la tête. « C’était pas cool, crois-moi. J’y mettais du cœur autant pour faire plaisir à ma mère que pour éviter de me prendre des coups, par elle, qui était mon mentor en effet, ou bien par ma grand-mère. C’était un peu le règne de la terreur à la maison, pour être honnête. C’était triste. Mon père s’est tiré quand j’étais tout môme – une façon élégante de dire qu’elle l’a mis à la porte – et par la suite, c’est devenu l’enfer, parfois. J’avais plus de pare-feu, tu comprends ? C’était lui, le garde-fou, pour nous trois. » Il projeta la cendre devant lui d’une pichenette. « J’pense qu’y a beaucoup de gens qui auraient voulu naître autrement. Mais on a pas l’choix. Faut faire avec c’qu’on a. S’en accommoder. Y’a un adage, une sorte de théorie d’l’évolution qu’j’avais entendu dans un docu une fois, qui dit que t’as qu’trois possibilités : s’adapter, changer ou disparaître. J’suis assez d’accord avec ça. »

« J’vais pas t’raconter ma vie. Mais j’peux te dire qu’y a rien à envier. On a tous… on a tous des billes, des cartes, utilise la foutue métaphore que tu préfères, mais y’a moyen d’en faire quelque chose, à terme, si on est assez fort pour ça. Et vu ton caractère de merde, à mon avis, t’es largement assez forte. Puis écoute… même si t’échoues, au moins, t’auras essayé. C’est déjà pas mal, non ? Y’en a qui l’font jamais. Ils s’réveillent à soixante piges et ils réalisent qu’ils se sont jamais battus pour rien, dans leur vie. Et ça… ouais, ça, c’est bien triste. »

Il se tut enfin, profitant du silence pour fumer tranquillement. Il entreprit de cultiver un moment de sérénité étrange, en décalage total avec le trouble d’Astaad, mais qui ne lui semblait pas si incohérent. Il aimait ces morceaux de vie. Ceux qui sortaient du lot. Ceux dont on se souvenait, plus tard. Ils rejoignaient le patrimoine qui continuerait de vieillir avec lui. Il se sentait bien, trahi par un sourire presque doux, à l’image du ton de sa voix : « J’suis pas un saint, si ça peut t’rassurer. Y’a beaucoup d’connards, dans c’monde. Mais même quand on est un connard ou une connasse, on peut pas faire que des trucs cons. D’temps en temps on est obligés de faire de bonnes actions, c’est purement statistique. Alors qu’est-ce qu’on s’en fout qu’tu sois une jalouse envieuse et connasse par-dessus le marché ? Tant qu’t’arrêtes de m’donner des coups de sac dans la tronche, moi ça m’gêne pas. »

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Louisiana Burning

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Anonymous
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Lun 13 Juin - 17:20 (#)

damned souls
We danced in the snow
Of a crystal December
In the dying of our souls
Our bodies were the only answer

L’ombre méphistophélique se dresse devant elle comme un roi des enfers. La table entre eux est comme un rempart au danger, sa carcasse se prélassant dans une chaise grinçant à chacun de ses mouvements. Les loupiottes autour d’eux ne sont que des lueurs désuètes pour éclairer leurs visages, les dessinant d’ombres machiavéliques et inquiétantes. Le goût de l’eau dans sa bouche lui semble infâme, laissant sur sa langue une arôme de fer et de sable. L’odeur de la transpiration de Youssef lui vient d’ici, odeur âcre et épaisse que son eau de Cologne ne pourrait dissimuler tant il empeste quelque chose de mauvais. Sa silhouette malingre semble être prête à se casser à chaque fois qu’il se meut sous ses yeux saccagés d’inquiétude, d’appréhension. Il sait. Il sait qu’elle est sortie hier et qu’il faut la laver de ses péchés désormais. Il se fait pourtant patient, bavardant de choses et d’autres avec elle, tissant le fil d’une conversation auquel elle n’a pas envie de participer, y répondant de ses mots monosyllabiques, du bout de ses lèvres sèches, tentant chaque fois d’abreuver sa gorge où un désert s’est installé, un étau l’étranglant plus que de raison. Les colères du chef de l’Ordre sont connues et elle en craint le courroux plus que tout. La veille, elle n’a voulu que sortir aux côtés de Nadja, prenant sa main pour la guider dans les ruelles, sur les marchés fleuris et remplis de fruits et légumes, piétinant la terre sableuse et sainte du Caire. Mais il fallait qu’elles se fassent accoster par quelques hommes affamés, n’ayant pas vu les gardes qui les suivaient au loin. Il fallait qu’ils tentent de discuter avec elle et donc aux yeux de Youssef, de les salir de leurs envies pécheresses. Aujourd’hui, elle n’a que dix-huit ans et pourtant déjà l’allure d’une femme à la poitrine généreuse, au corps finement sculpté de muscles et de chairs. Et les hommes du dehors ne sont pas les seuls à le voir. Youssef lui-même l’observe avec tant d’attention qu’elle se sent trembler. « Qu’est-ce que vous me voulez ? » L’insolence tinte soudainement son timbre alors qu’il se fige, le verre à quelques centimètres de ses lèvres fines. « Maître. » Elle cille, sourcille, ne comprenant pas ce qu’il essaie de lui dire. « Appelle moi Maître ou ne me parle pas, Astaad. » Le corps se redresse à peine sous le flot d’une inspiration pleine de dégoût, l’orgueil châtié par cette demande qui la répugne. Entrouvrant les lèvres, elle reprend « Qu’est-ce que vous me voulez… Maître ? » Le mot est recraché, persifflé comme dégoulinerait de la bile d’entre ses dents serrées et le chef en sourit, heureux de soumettre l’une des Élues les plus rebelles de son château de sable, écoutant chanter ce simple mot belliqueux à son oreille tendue. « Te voir, tout simplement. Et puis, tu comprendras que toi et Nadja n’auraient plus le droit de sortir avant un moment, n’est-ce pas ? » Voilà la sentence qu’elle attendait, s’avachissant presque sur elle-même tant la punition lui semble injuste. Ces sorties sont des bouffées d’air frais pour sa sœur de cœur, une ouverture sur le paradis du monde pour elle, sa seule porte de sortie dans une vie enfermée dans un huis clos sableux. Elle n’en peut plus d’être ici, d’errer d’un couloir à un autre, de croiser les gardes fous de ce grand Maître qui s’octroie le droit de les garder ici, endoctrinant ses parents dans ses délires. Elle n’en peut plus de l’odeur de sa transpiration, de l’odeur rance des lieux miséreux qui n’ont de doré que l’allure. Elle n’en peut plus de cette vie de prisonnière et pourrait le supplier soudainement de la laisser partir, de ne pas faire d’elle cet animal bon à jeter en pâture aux mains des dieux. « Nous n’avons rien fait. C’est eux qui… » « Je sais. Mais vous êtes trop tentantes pour le commun des mortels. Alors ma décision est prise, deux mois sans sortir, Astaad. Et pas de discussion. Tu n’oserais pas, n’est-ce pas ? » La tête s’agite sous les flots d’une rage ignoble, serrant les molaires à s’en faire mal tandis qu’elle tend une main vers son verre de vin auquel elle n’a pas touché depuis le début, voulant garder les idées claires. Mais à quoi bon à présent ? Le châtiment est tombé. Elle peut s’enivrer.

Les doigts butent alors contre le verre qui vacille et les flots pourpres descendent jusqu’aux cuisses du chef qui hurle soudainement « MERDE ! » un juron qu’elle n’a jamais entendu dans sa bouche tandis qu’elle se redresse, effrayée, les yeux écarquillés sont sur son méfait. « Je… Je suis désolée… » Elle en tremble soudainement, s’avançant sur ses jambes molles pour s’agenouiller près de lui et essuyer la tache qui s’agrandit comme du sang ayant séché depuis longtemps s’étalerait en corolle sur le vêtement coûteux. « Tu sais combien ça m’a coûté ?! Tu sais à quel point je tenais à ce vêtement ?! » Hurle-t-il et la colère lui semble démesurée, en paradoxe totale avec ce calme qu’il arborait quelques instants plus tôt. Élevant les yeux vers lui, elle ne s’attend pas à la main qui vient brutalement percuter sa joue, son visage se détournant vers la gauche sous l’impact violent. Un cri lui échappe alors qu’une frappe contre son front la fait vaciller sur ses appuis, tombant sèchement contre le sol, sa robe d’un beige triste suintant de ses tissus vaporeux autour de ses jambes. « Tu m’agaces tellement, Astaad. Tu es une putain d’empotée qui ne sait rien faire d’autre que m’emmerder. » Le fiel qui se dissout dans ces simples mots fait battre plus violemment son cœur alors qu’une main se tend vers elle, les phalanges s’emmêlant dans les mèches de ses cheveux châtains pour tirer, lui faisant arquer la nuque, son visage obligé d’être tourné vers lui qui s’abaisse lentement, les yeux fous, la bave presque aux lèvres. Son souffle est putride contre ses lèvres et elle sent son ventre se creuser de terreur à l’idée qu’il puisse l’embrasser, lui volant son premier baiser, lui volant toutes ses premières fois qu’elle n’a jamais vécu. Elle souffre de la poigne dans ses cheveux alors qu’il recrache encore son poison. « Tu nettoieras toi-même ta bêtise. Et tu viendras me la rendre dans ma chambre. Maintenant, dégage. » Sèchement, il la relâche, renvoyant sa tête vers l’arrière, ses mèches retombant mollement sur son visage effrayé tandis qu’elle se redresse, s’élevant pour mieux courir loin de lui, loin de sa dangerosité, loin de tout ce qu’il représente pour elle, sa déveine éternelle.


Et alors, elle entend soudainement la voix d’Eoghan, la sortant d’une transe immense dans laquelle elle s’était perdue, revivant le souvenir d’une soirée dont elle se souviendra à vie pour une raison qui lui échappe. Après tout, Youssef s’est montré violent plus d’une fois, ses crises de rages démesurées étant connues de tous dans l’Ordre et pourtant… Cette scène-là reste graver en elle comme on graverait la fresque de la violence dans le marbre de son esprit. Son attention se détourne alors vers Eoghan qu’elle voit perché sur un pan de béton, soufflant la fumée d’une clope qui pend à ses lèvres et parfois entre ses doigts. La vision de ce calme, l’écoutant plus attentivement dérouler le fil d’une enfance carminée de violences lui fait l’effet d’une caresse sur son esprit agité. Elle cille, enroulant ses bras autour d’elle, à peine mordue par le froid, sa grande veste en jean la laissant se noyer dans le vêtement, cachant à peine ses hanches ficelées par le jean enfilé qui dévoile la peau tendre, fixant ses yeux sur lui avant qu’elle n’ose s’avancer au fil de ses mots, déposant son flanc gauche contre le béton gris, le corps tout près de sa cuisse, sortant peu à peu du cauchemar dans lequel elle s’est perdue. Il arrive alors à lui extirper un sourire au souvenir de ce coup de sac planté dans son dos, le faisant trébucher. Un rire à peine soufflé par le nez lui échappe, abaissant rien qu’un peu la tête, presque timide soudainement, honteuse de lui avoir montré un pan d’elle aussi marqué par une vie pleine d’étrangetés. « J’suis désolée. Que t’aies vécu tout ça, avec ta mère et ta grand-mère, ça d’vait pas être facile pour un gamin qui demandait juste de l’amour et qui venait de perdre son seul repère. » Elle pense à son propre père qui, lui n’a jamais été rien qu’une ombre pour elle, une présence silencieuse et pleine de pudeur masculine. « T’as raison, y’a rien à envier aux gens. On a tous nos merdes à porter, des sacs remplis… de souvenirs, qu’ils soient bons ou mauvais, de nos soucis quotidiens, de nos espoirs et de nos envies. Finalement, que tu sois un sorcier ou pas, toi aussi t’as tes propres soucis. Et j’te d’mande pas de me les raconter mais j’me doute que ta vie doit pas être un long fleuve tranquille. » Élevant enfin la tête vers lui, un sourire aussi doux que le sien se dessine sur ses lèvres. « Mais t’as au moins le mérite de vouloir vivre une vie paisible. Et j’ai failli bouleverser tout ça l’autre soir alors j’suis désolée. J’aurais pas dû me montrer d’vant ces gens. » Elle s’excuse à nouveau, se rendant compte qu’Eoghan est une énigme bien plus complexe qu’elle ne se l’imaginait, souffrant à l’intérieur d’avoir à le trahir un jour ou l’autre, se demandant même un instant si les gens qu’il avait tué ne le méritaient peut-être pas. L’idée l’horrifie mais elle se le demande réellement, n’osant pourtant, à nouveau, mettre en mots toutes les pensées qui sont les siennes depuis des lustres.

Le corps s’agite, remonte alors la rive de pierre pour se déposer près de lui, leurs cuisses accolées l’une contre l’autre et si le contact a de quoi la perturber, elle n’en montre rien et ne fait rien pour se décaler, sortant elle-même de sa poche une cigarette qu’elle allume au bout de quelques tentatives, son zippo prêt à rendre l’âme. Soufflant une première nuée de fumée, elle laisse s’écouler un silence paisible avant qu’un « Merci. » ne résonne, détournant les yeux vers lui après avoir longuement fixé un point devant elle, quelques voitures filant sous leurs yeux aux phares allumés comme des yeux fluorescents. « Merci de vouloir m’aider et de me dire tout ça, c’est c’que j’voulais t’dire avant de… péter un câble. » La déglutition est difficile tandis qu’elle retourne à la contemplation de la nuit, soupirant brutalement d’aise. « Tu vois, j’aime bien cette ville finalement. Avant, j’pouvais pas me la blairer. C’était… trop dur. Trop dur de me dire que j’avais quitté mon pays pour un autre, moi qui m’voyait pas partir un jour. Mais j’ai pas eu le choix, pour plein de raisons. Surtout des raisons de vie ou de mort. Puis pour mes amies, c’était important. J’voulais leur offrir une vie plus cool que celles qu’on avait connu. » Le flot de ses mots se délient lentement alors qu’elle se surprend à vouloir parler encore, se confier un peu plus, s’agitant à peine sur son séant pour mieux se remettre sur le béton, la cendre tombant en poussière étoilée dans l’air après une pichenette contre le filtre. « Et puis j’ai construit ma vie ici. Comme si on m’offrait une seconde chance. J’ai voulu la saisir parce qu’un jour j’me suis dit que c’était tellement ingrat d’ma part de me plaindre d’être ici quand tant d’autres ont pas eu cette chance. » La tête se détourne à nouveau vers lui, alliant leurs regards dans la nuit calme. « Moi je l’avais. Et là, j’ai encore une seconde chance. La chance de peut-être me délivrer de tout ça. » Elle esquisse un sourire, osant à peine le tamponner de son épaule contre la sienne. « Tu crois au destin ? Moi, oui. Je crois que mes dieux ne me détestent pas totalement pour t’avoir mis sur mon chemin, Eoghan. Je crois que mes dieux me disent "Fonce. Vas-y. Vis et arrête d’te plaindre." Je crois que notre rencontre n’est pas le fruit du hasard. Je crois que même ce soir où on discute enfin normalement, ça devait se passer comme ça. C’est tout. » Ses épaules se haussent avant qu’un silence n’offre une pause à son discours. Un rire lui échappe, gênée soudainement. « Désolée. J’sais pas si ça fait sens tout c’que j’dis. J’ai ptêtre abusé de la bière. » Ses chevilles se nouent entre elles alors qu’elle poursuit. « Tu veux qu’on aille ailleurs ? Ou t’avais un truc de prévu après moi ? » Elle découvre qu’elle ne se force pas à rester en sa présence, que quelque chose se tisse dans les paroles, dans les mutismes, dans les regards. Que cette rencontre changera quelque chose en elle à jamais. Un soupir lui échappe avant qu’elle ne secoue la tête, se détournant, tirant sur le filtre avant de souffler « Oublie. J’vais pas t’retenir trop longtemps. On a du taff qui nous attends après tout. »  


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ADMIN ۰ Se faire péter la vitrine : bien plus qu'un métier, une passion. Featuring : Dramaking
Eoghan Underwood
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"This is not the right way."

En un mot : Sorcier venimeux ondulé de la toiture. Gosse du bayou.
Qui es-tu ? :
"Let it spread like a disease."

⛤ Maître des arcanes, sorcier à l'essence écarlate. 37 ans de vice (et râles) et de chair corrompue. Manipulateur d'hormones, télépathe patenté.
⛤ Second, bras droit de Circé van derr Ven dans la secte de l'Irae. S'y démarque pour sa loyauté ciselée par les griffes de Morgan Leroy (missing). Mais les failles perlent.
⛤ Incube de Louisiane ; fils de ces terres marécageuses, du bayou poisseux et des routes cahoteuses. Né à Bâton-Rouge, n'a connu que Shreveport et les frontières de son État.
⛤ Né seul homme dans la famille des sorcières irlandaises Mulligan. Privé de père (tué) par la harpie noire : élevé par Sylia Mulligan, descendant du Rouge de sa grand-mère Julianna.
⛤ Cauchemar des femmes ; nourrit sa magie (Rougeoyante) des hormones sexuelles de ses partenaires, ainsi que des émotions primaires.
⛤ Traître à ses passions, criminel et meurtrier de Johanna Andros (missing). Pourfendeur d'amitiés, éternel débiteur, clébard soumis à ses attaches.
⛤ Ne vit que pour les Mardi-Gras de New Orleans ; caresse le rêve de s'y installer un jour dans son propre "shotgun", malgré le fantôme de Katrina.
⛤ Mystique, déchiré entre deux hommes : partagé entre le sorcier et l'humain, entre la sagesse et une ire destructrice. Le latin s'efface sans mal sous l'accent du Sud, coriace sous sa langue.
⛤ Commerçant du Downtown (Crawling life), antre de ses serpents vénérés, lézards et autres reptiles, dont il cède les corps, les soins et les cages de verre.
⛤ Pratique à l'arrière de sa boutique, dans un laboratoire farouchement défendu et protégé par les runes. Recèle secrets et savoirs, expérimentations douteuses et dangereuses.
⛤ Mauvais mentor. L'une de ses apprenties en a subi les conséquences. Guide de Morgane Wuntherson, compagnon des crimes et des nuits de Yago Mustafaï. Meilleur ami indigne de Vinzent Henkermann et cousin de Shannon Mulligan.
⛤ Pacte tissé avec Scox : Prince démon s'étant dissimulé derrière les brumes de Baal. Immortalité odieusement acquise, âme vouée à obéir et marcher aux côtés des Antiques.
37 ans d'âge réel ; 36 ans d'apparence.

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⛤ Télépathe raisonnable : ne s'infiltre de préférence que dans les esprits des humains misérables. Capable de communiquer en pensée avec quiconque lui ouvre les grilles de son esprit. Savant fou ; tâche de connecter sa psyché aux êtres muets, cobras et crotales comme cobayes.
⛤ Herboriste né, sa maîtrise des potions n'a d'égale que celle de son mentor maternel. Capable d'élaborer des philtres complexes ; créateur infatigable de breuvages en tous genres.
⛤ La Rougeoyante se défend et protège son hôte plus férocement qu'elle n'attaque : limitée par la nécessité d'un contact physique. Sorcier doué au corps-à-corps, secondé par son aisance au maniement d'athamés et autres lames rituelles.
⛤ Chercheur d'artefacts, quémandé des Longue-Vies : détisseur de leurs malédictions et autres mauvais sorts.
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Ven 22 Juil - 6:13 (#)


Ash Crow
Il était heureux d’avoir réussi. Astaad semblait enfin plus calme. Il ne savait pas à quel point il était responsable de ce retour à l’apaisement, et cela ne l’intéressait pas, de toute façon. Il était soulagé. Soulagé, car il ne savait pas comment gérer les accès d’hystérie, les pertes de conscience, les dissociations comme celle qu’il avait cru reconnaître à l’instant. Elle avait disjoncté. Cela pouvait arriver à tout le monde. Lui-même l’avait déjà fait à maintes reprises, et l’excuse de ses transes arcanistes ne valait peut-être pas systématiquement, pour expliquer les moments de grâce comme de folie qui avaient parsemé son existence. Il ne s’offusqua pas de la voir se rapprocher, et encore moins de s’asseoir tout près de lui. Il était étonné sans l’être vraiment, curieux de la voir presque rechercher une forme de contact physique qui contrastait là encore avec leur première rencontre. Peut-être que sa sensibilité la rendait plus intolérante aux odeurs, aux divers touchers, avait-il songé… Il ne préconcevait de rien, et se contentait de glaner çà et là tous les indices capables de le renseigner sur la nature profonde de la jeune femme. Celle-ci se livra à son tour, ne récoltant rien d’autre que l’écoute attentive du sorcier, dans un premier temps. Détendu, l’estomac plein et la nicotine faisant son œuvre, il se laissait bercer par l’accent égyptien tintant à son oreille droite, comme de la symphonie des insectes profitant des vastes étendues désertées par la civilisation. Lorsqu’il sentit qu’elle le cherchait du regard, il tourna volontiers la tête dans sa direction, analysant paisiblement le reflet des orbes qui le fixaient, enfin débarrassés de la terreur qu’il y avait lu un peu plus tôt. Le contact amical et presque complice de son épaule contre la sienne lui tira un sourire léger. Trop léger. Il avait si peur de décevoir les espoirs de la garou. Il ne craignait rien pour sa personne à lui, mais il craignait bien trop l’impact du désespoir, chez cette fille qui semblait déjà déambuler au bord du gouffre. Il avait beau chercher à se convaincre qu’il n’était pas de sa responsabilité d’assumer les conséquences de l’échec, ce dernier lui resterait amèrement en travers de la gorge. Il en aurait été de même, s’il n’avait pas réussi à délivrer Jürgen de sa condition.

Sans que rien ne vienne briser la forme d’harmonie intérieure qu’il éprouvait toujours, Eoghan se sentait perturbé. Il mordilla sa lèvre inférieure, éteignit doucement son mégot contre le muret, sans s’en débarrasser dans la boue. Réflexe chevillé au corps. « J’espère que tu ne seras pas déçue. On fera tout c’qu’il faut pour, en tout cas. J’fais jamais rien à moitié, d’toute façon, alors… Tu peux être sûre que j’ferai le max… » Il aurait voulu se téléporter dans son laboratoire, maintenant. Non pas pour se débarrasser d’elle, mais bien pour commencer à plancher sur la littérature adéquate, se plongeant dans des recherches aussi bien nécessaires que facultatives pour déblayer le mystère qu’elle représentait. C’était vertigineux. Il ne saurait même pas par quel bout commencer, mais sa certitude n’en était pas moins pleine et entière. Ce défi était prenant. Il n’avait que peu à y gagner, hormis l’essence même d’une connaissance renforcée, mais cette soif permanente ne faisait que croître avec l’âge, lui apportant un peu plus de sérénité, à chaque fois. « J’ai plutôt tendance à croire au destin, oui. J’espère juste que tes dieux ne t’ont pas joué un mauvais tour, dans ce cas. » Il ignorait d’où provenait cet avertissement un peu étrange. Peut-être ressentait-il le besoin de tempérer l’enthousiasme d’Astaad, sans vouloir l’éteindre complètement, cependant. Son sourire se fit le plus convaincant possible. « Après, c’est clair que la soirée s’finira mieux qu’elle n’a commencé. » Elle avait même réussi à lui faire oublier ses tourments concernant l’Irae. Une parenthèse bienvenue, dont il n’avait pas hâte de refermer les courbes. « T’as pas bu tant qu’ça. Et un bon quart de bière est encore en train de tapisser la table, j’te ferais dire… Plus sérieusement, t’as pas b’soin d’te justifier sur ce que tu dis ou penses… J’te demande rien, moi. Et plus d’excuses, d’accord ? On oublie le dernier épisode, on continue et on repart à zéro… Ça sert à rien d’ressasser. »

Son attention restait vaguement fixée sur un bout de cuisse de la maudite. Il devait mobiliser un certain nombre d’efforts pour ne pas se laisser aller à poser d’autres questions trop indiscrètes. Ce n’était plus le moment. Et puis, ils auraient largement le temps d’exploiter les forces et les faiblesses liées à sa nature une autre fois. Trop insister ne l’aiderait pas à se sentir moins scrutée. Ils n’échapperaient pas au faisceau pareil à ceux qui auscultaient les rats de laboratoire, mais il ne souhaitait pas transformer ce constat en vérité systématique. « À part ça, on devrait payer et rentrer, oui. J’aimerais bien bouquiner un peu, chez moi. La prochaine pleine lune va venir vite. Et toi, ça t’fera pas de mal de te reposer, hum ? Puis j’t’avoue que j’suis pas super frais. J’ai un peu bougé, ces derniers temps. J’serai plus en forme, la prochaine fois, d’accord ? » Il se remit debout souplement, le mégot éteint cueilli du bout des doigts. Baissant la tête vers elle, il la considéra avec une certaine aménité. Il parut chercher ses mots pendant quelques secondes, avant de formuler posément :

« Tu sais… J’suis né, ici. J’me rends sans doute pas toujours compte de la chance que j’ai. Ou du moins… Parfois, j’l’oublie. J’suis pas forcément très doué pour les conseils bien-être, mais si tu veux mon avis… tu devrais profiter de ce pays. De tout ce que t’as à gagner, ici. On peut cracher sur les US tant qu’on veut… c’pays, il est magique. Beaucoup de sacrifices de tous les côtés, mais à la fin… ça vaut le coup, tu crois pas ? » Il lui sourit avec plus de force que précédemment. « Shreveport est une ville de merde. Y’a des endroits bien plus chouettes qu’ici, sur le continent. Mais… c’est pas si mal, après tout. Enfin, c’était pas si mal avant que la horde de touristes et de fouille-merdes débarquent… On y a gagné, on y a perdu. Mais toi… Ouais, tu devrais baisser un peu ta garde. Maintenant qu’t’es là, profite. La Louisiane elle est belle, quand on sait comment la prendre. Elle peut être dure, et elle a un sale caractère, comme toi, mais elle est aussi généreuse et réconfortante parfois. Comme c’pays tout entier. » D’un signe de tête, il l’invita à le rejoindre.

« Allez, viens… On va payer et rassurer Jodie à qui t’as foutu la trouille… Avec un peu de chance, elle va même t’filer le dessert gratis. » L’esquisse d’un clin d’œil, accordé à l’endroit d’Astaad Sayegh, ne l’empêcha pas de fixer dans son esprit le souvenir de ce visage aux joues rondes et à la bouche pleine. Jusqu’à ce que leurs chemins ne se séparent en prévision de ce prochain jour redouté comme tant attendu, il se questionna sur le déroulé des événements, les frissons continuant de pleuvoir en cascade depuis sa nuque.

Il avait hâte.
Hâte de croiser de nouveau le chemin du ruban d’écailles par lequel tout avait si mal commencé.

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