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Deep inside, where the demons hide - Alexandra & Anaïs

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Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
Anaïs Wilhm
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Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
A SONG OF BLOOD

En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
*Jeune fille de dix-huit ans attentionnée envers son grognon de père de substitution, Zach Solfarelli, qui essaie tant bien que mal de surveiller cet aimant à ennui qu'est sa protégée. Recueil de souvenirs de son père, rôle qu'elle remplit avec acharnement, voulant créer autant de souvenirs que possible pour le garder près d'elle à tout prix, terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée. Elle vit avec lui dans un appartement des Kingston building.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. Se donne beaucoup de mal pour contrôler ce don qu'elle se tarde de maîtriser sous les encouragements de l'Outre qui l'aide à se dépasser et à lui apprendre les rouages du monde surnaturel.
* Petite sœur de cœur de Lilas Hirsch, toujours au rendez-vous pour une soirée glace et série ou pour aller danser pour briser un quotidien parfois morne.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital. Pouvoir accepté par peu, rejeté par beaucoup, craint pour d'autres, convoité par ceux qui en voit les possibilités. Une faculté qu'elle entraîne et dont elle a pu, une fois, en effleurer le potentiel immense.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
*Cordon bleu en herbe
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Mar 23 Juin - 18:42 (#)

Deep inside, where the demons hide


Alexandra & Anaïs


Le président annonce que des mesure seront prises pour

La télévision se coupe et un long soupir m'échappe tandis que je me passe une main sur le visage, mes doigt pinçant l'arrête du nez, chassant vainement la migraine qui se met à poindre. On ne parle que de ça depuis des jours et des jours. Visiblement les médias et le gouvernement sont complètement perdus, incapables de trouver un responsable ni même une explication à ce qui s'est produit. Fuite de gaz d'ampleur, attaque bactériologique, terrorisme, les thèses vont bon train, mais l'idée même d'une attaque magique de grande envergure n'a, semble-t-il, même pas effleurer l'esprit de nos têtes pensantes. Contre toute attente, Il a tenu parole et le monde magique n'est pas la cible de représailles comme ça aurait pu être. Un certain soulagement dans toute cette horreur.

Un œil vite jeté à l'heure et je soupire à nouveau avant de me lever. Je me demande encore ce qui m'a pris d'accepter ce rendez-vous. Un appel sorti de nulle part, que je n'attendais plus depuis longtemps et voilà que, soudainement, je dois la rejoindre dans un café. Je me demande ce qu'elle me veut. Est-ce que les événements d'Halloween l'ont affecté, elle aussi ? Probablement, tout le monde a été touché, de près ou de loin, en ville. On ne parle que de ça. Mes parents ont failli revenir sur leur décision de me laisser vivre ici vu l'ampleur de la catastrophe et j'ai dû batailler pour qu'ils comprennent enfin que ma vie est ici. Parfois je me demande quand même pourquoi je me donne autant de mal vu le résultat...

Une petite caresse sur la tête de Tyché et une grattouille sous le menton de Rover et je quitte l'appartement resté trop souvent silencieux ces derniers temps. Zach, lui, ne reste que très peu, passant son temps à l’hôpital. J'ai beau comprendre et essayer de l'aider du mieux que je peux, son absence commence aussi à me peser. Une chose de plus dans la longue liste des angoisses qui semblent vouloir s'étirer un peu plus chaque jour. Un nouveau soupire lorsque je sors finalement dans la rue. Partout des visages graves, des têtes basses et des regards fuyants ou inquiets. C'est comme si toute vie avait déserté la ville depuis les événements d'Octobre. Rien d'étonnant, à vrai dire, je ne suis pas vraiment la mieux placée pour faire la remarque.

J'ai maigri et les cernes qui avaient fini par disparaître sont revenues, encore plus énormes qu'avant. Parfois je ressemblais à un mort-vivant avec mon teint pâles, mes yeux cernés et qui semblaient regarder dans le vide sans aucune émotion. Ça m'avait fait peur en me voyant dans le miroir, la dernière fois. Je sursaute lorsque mon téléphone se met soudainement à vibrer et ej décroche aussitôt en voyant le numéro. Heureusement qu'elle est là, je ne sais pas ce que je ferai sans elle, à présent. Elle a l'art de me redonner le sourire, et c'est honnêtement ce dont j'ai le plus besoin en ce moment. Le trajet file ainsi, avec sa voix berçant mon cœur, accompagnant mes pas avant que je ne me retrouve face à ma destination. Une promesse soufflée au bout du fil et j'entre, cherchant la figure pas si familière des yeux, sans la trouver. Je dois être un peu en avance.

Je m'installe à une table près de la vitre, pour être sûre qu'elle me voit lorsqu'elle arrive, avant de commander une boisson chaude et un gâteau, histoire d'occuper mes mains et les empêcher de trembler si mes pensées se mettent stupidement à dériver vers le mauvais sujet. Mais pour l'heure, c'est Alexandra vers laquelle elles se tournent. Je ne l'ai pas revu depuis cette fois où je l'avais rencontrée. Je me suis demandé un temps si elle avait fait bon usage des numéros que je lui avais donné, mais rien ne m'étant parvenu, j'en doute. Je me suis questionner un peu, me demandant ce qu'elle devenait, avant de devoir faire face à ma propre vie et la reléguer dans un coin de ma tête comme le souvenir d'une simple rencontre fortuite qui n'aurait pas dû arriver.

Autant dire que recevoir un coup de fil de sa part m'avait surpris, mais j'avais accepté de la voir sans vraiment réfléchir, ni poser de question sur ce qu'elle voulait. Peut-être ne voulait-elle rien, mais j'en doutais, la coïncidence était trop grande pour que ce ne soit pas lié à Halloween. J'espère juste qu'elle ne va pas me demander des informations que je serai bien incapable de lui donner sans perdre mon calme.

Je reçois à peine ma commande que je la vois entrer et se diriger vers moi. Mes souvenirs sont un peu flous, mais elle ne semble pas avoir beaucoup changer, du moins au premier coup d’œil. Je lui offre un salut de la main, un pauvre sourire bien vite effacé. Sourire est devenu difficile ces derniers temps, même avec toute la bonne volonté du monde. ma voix sonne morne à mes propres oreilles, ça en devient presque difficile de simplement m'entendre.

- Salut, ça faisait longtemps, comment vas-tu ?

J'attends qu'elle s'installe et commande quelque chose, touillant sans bruit, mécaniquement, le chocolat alors que cela n'a aucune autre utilité que d'occuper ma main, une fois de plus. La chaleur de la tasse entre mes mains m'offre un certain réconfort avant que je ne relève les yeux vers elle.

- J'ai été surprise de recevoir ton appel, pour être honnête. Je peux faire quelque chose pour toi ?

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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
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En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
You'll see him in your dreams
He'll appear out of nowhere but
He ain't what he seems
You'll see him in your head
On the TV screen
Hey buddy, I'm warning
You to turn it off
He's a ghost, he's a god
He's a man, he's a guru
You're one microscopic cog
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Ven 26 Juin - 15:26 (#)



Qu’est-ce que je pouvais bien foutre encore ici ? Plantée comme un légume devant le café, une clope éteinte coincée entre mes doigts, l’autre main dans une poche, la question méritait d’être posée. Fantôme parmi les rares passants de Mansfield, ceux-ci me dépassaient sans un regard, le nez penché vers le trottoir morne, et l’esprit volant vers leurs propres problèmes. Nombreux étaient ceux-ci dans l’ombre d’un Halloween démentiel, d’où naquit ces yeux fuyants, et ses démarches hagardes.
Je poussai un long soupir en me détournant momentanément des doubles portes métallisées, afin de propulser le mégot dans une poubelle d’une adroite pichenette. Toute cette journée n’était qu’une énième lubie. Celle-ci succédait à l’achat compulsif d’un téléphone neuf, puis à celui d’une moto d’occasion, laquelle termina d’achever mon compte en banque pour les années à venir. Fort heureusement pour ce dernier, un rendez-vous dans un café promettait d’être bien moins coûteux.
J’dérive comme un rouleau de papier dans la Red River. Et c’était peu dire. Entre ces achats compulsifs, l’appel de ma mère, celui pour Anaïs, et le besoin frénétique de coucher sur le papier un tas monstrueux d’idées tout aussi dérisoires, et noires les unes que les autres, je devais me rendre à l’évidence. Halloween m’avait flingué pour un bout de temps. Cela sans la moindre destination finale, ni la plus petite indication où mener ma minuscule barque qui prenait l’eau de jour en jour.

« ‘Fait chier. » Je m’avançai d’un pas trainant vers l’entrée du café, au moment où un touriste de passage me lançait un regard torve.

A chaque foulée succédait un regret. Celui d’une idiote grimée en bon contact d’une fille rencontrée une seule fois au cours d’une nuit, dont j’aurais d’ailleurs souhaité effacer le souvenir de ma mémoire. T’as commencé, fais un effort, merde. Je poussai alors sans grand enthousiasme les battants métalliques de l’entrée, pour immédiatement repérer la menue silhouette d’Anaïs blottie entre une banquette et une tasse de chocolat chaud.
Un masque de lassitude assombrissait ses traits, des cernes profondes enchâssées sous ses paupières lui donnaient un air désespéré que je ne reconnaissais guère. Les souvenirs de cette nuit revinrent me hanter. Le couteau dans le bide, ses paroles à la fois timides et paniquées, une foule de détails imprimées dans cette cervelle éponge qui est la mienne.

« Salut. » Je levai vaguement la main en tirant une chaise pour y prendre place. « Comme tout l’monde dans le coin j’dirais, avec l’impression d’avoir vécu une sale soirée et d’être pas encore bien dessoulée. »

J’ai réussi à gérer la tronche de déterrée par contre, aurai-je pu ajouter en prime. Je m’abstins en avisant ses traits tendus et creusés par la fatigue. L’humour était sans doute un peu prématurée. Exit le timide sourire d'Anaïs, place à une grimace poussive, épuisée et prête à craquer comme du beurre étiré sur une tartine trop longue. Je me tournai vers un serveur de passage pour demander une bière avant de revenir à la seconde interrogation.

« Non ? » Je haussai les épaules face à la déconcertante spontanéité de mon propre appel. « Ouais, j’sais que ça fait bizarre d’appeler comme ça pour la première fois depuis des mois. J’voulais juste prendre des nouvelles. »

Comme ça semble encore plus bête raconté ainsi. Je remuai nerveusement sur ma chaise, embarrassée, à la recherche d’une explication convaincante. Autant tabler sur la sincérité après tout, en espérant simplement être assez diplomate pour éviter le chocolat bouillant jeté en pleine figure.

« Disons que j’me suis levé le matin, et en repensant à tout le bordel arrivé dernièrement, j’me suis demandé comment tu t’en sortais. Mal vu ta tête, sans vouloir être méchante. ‘Fin j’me sens pas tellement mieux remarque. Mais voilà, avec l’ambiance qu’il y a, j’me demandais si t’avais besoin d’un truc ou quoi. »


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Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
*Jeune fille de dix-huit ans attentionnée envers son grognon de père de substitution, Zach Solfarelli, qui essaie tant bien que mal de surveiller cet aimant à ennui qu'est sa protégée. Recueil de souvenirs de son père, rôle qu'elle remplit avec acharnement, voulant créer autant de souvenirs que possible pour le garder près d'elle à tout prix, terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée. Elle vit avec lui dans un appartement des Kingston building.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. Se donne beaucoup de mal pour contrôler ce don qu'elle se tarde de maîtriser sous les encouragements de l'Outre qui l'aide à se dépasser et à lui apprendre les rouages du monde surnaturel.
* Petite sœur de cœur de Lilas Hirsch, toujours au rendez-vous pour une soirée glace et série ou pour aller danser pour briser un quotidien parfois morne.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital. Pouvoir accepté par peu, rejeté par beaucoup, craint pour d'autres, convoité par ceux qui en voit les possibilités. Une faculté qu'elle entraîne et dont elle a pu, une fois, en effleurer le potentiel immense.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
*Cordon bleu en herbe
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Mer 8 Juil - 18:11 (#)

Deep inside, where the demons hide


Alexandra & Anaïs


Une grimace et un soupir m'échappent lorsqu'elle s'assoit en comparant les derniers temps à une gueule de bois dont la ville essaie encore de se remettre. L'analogie est plutôt révélatrice, les effets similaire, de ce que j'en sais. Un air de lassitude mêlée à une fatigue qui orne les traits de beaucoup, quand ce n'est pas la peur ou la méfiance qui éclairent les pupilles de ceux qui n'ont d'autre choix que de vivre au lendemain de cette soirée. Le désastre d'Halloween est en passe de devenir un des événements les plus marquant du vingt-et-unième siècle dans notre pays, un peu comme un second onze septembre, mais en plus étrange, sans revendication d'aucune sorte.

Je la regarde, surprise, lorsqu'elle avoue n'avoir rien à demander. Un simple besoin de prendre des nouvelles. Après des mois de silence, je trouve ça étrange. Ce n'est pas comme si on était amies, ni même qu'on s'entendait bien. Je me rappelle encore lui avoir hurlé dessus lors de notre première et unique rencontre. Les mots ne me sont pas restés en mémoire, mais l'intention était là et je n'ai pas oublié tout ce que cette soirée avait eu d'étrange, d'angoissant et d'un peu réconfortant en se terminant globalement bien. Surtout compte tenu de son début...

- Un peu, oui... Mieux vaut tard que jamais, j'imagine...

Nouveau soupir, plus accentué celui-là. Que veut-elle que je lui dise exactement ? Que j'ai vécu un truc horrible, que j'ai tué quelqu'un et invoqué je ne sais trop quoi dans notre monde en cherchant à sauver des gens mais les condamnant finalement à la mort. Rien que d'y penser avec clarté me file une soudaine nausée et je repousse un peu trop brusquement ma tasse pour inspirer. Je n'ai pas besoin de subir une nouvelle crise de panique maintenant.

C'est curieux, cette façon qu'elle a de proposer son aide sans trop non plus s'épancher. A vrai dire je ne sais même pas ce qui m'aiderait. Oublier, sans doute. Dormir aussi, mais à moins qu'elle ne me force à avaler une boîte de calmant, je doute qu'elle puisse être d'un quelconque secours pour ça. Je me contente de calmer les battements frénétiques de mon cœur, laissant un silence s'étaler plus que de raison, cherchant mes mots dans un esprit qui ne se concentre que très mal sur ce qui se passe au moment présent. Toujours à vagabonder dans le passé ces derniers jours.

- T'es pas méchante, je ressemble à un zombie, je sais. J'ai trop de trucs en tête pour y faire véritablement attention. Et je ne pense pas que tu puisse m'aider, honnêtement. A part si tu sais comment remonter le temps ou m'ôter cette fichue nuit de la tête.

Je récupère ma tasse, avale une gorgée en fixant le visage d'Alexandra. Elle non plus n'a effectivement pas l'air d'aller très bien. Que ce soit sa posture légèrement crispée ou ses yeux  qui semblent montrer à quel point elle est perdue, il n'est pas difficile de le remarquer. Est-ce que j'ai vraiment besoin de m'inquiéter du malheur des autres alors que je n'arrive pas moi-même à surmonter ce qui m'arrive en ce moment ? Ma vie est déjà suffisamment compliquée sans que je ne m'intéresse à celle d'autrui, d'autant plus en ce moment, ou tout le monde a subi, d'une façon ou d'une autre, la furie de la nuit d'Halloween.

- Comment tu t'en sors depuis la dernière fois ? Tu as toujours ta vieille voiture ?

Mieux vaudrait éviter de parler de cette nuit d'octobre, non ? Qu'est-ce que ça nous apporterait ? Une angoisse de plus, de connaître une partie de ce que l'autre a vécu. Peut-être qu'elle espère en parler, ou que j'en parle, mais je n'en ai pas envie. Comment je pourrais ne serait-ce qu'évoquer tout ça ? Et entendre quelqu'un d'autre parler de ses problèmes ne va pas soudainement résoudre les miens, ça ne fera qu'ajouter d'autres couches d'angoisse sur celles existantes, je le sais déjà. Je me déteste parfois. Surtout en ce moment. J'ai l'impression d'être séparée de moi-même par moment, de voir le monde derrière une vitre sans être capable d’interagir avec. Je devrais essayer.

- Tu sais quoi ? Je te propose un truc. Zach... 'fin mon père, m'a déjà fait faire ça. Une question à la fois, comme ça on déballe un peu tous nos trucs et on voit ce que ça donne et si on peut s'entraider un peu. Je t'avoue ne pas être vraiment capable de parler de tout ça de but en blanc et j'aurai préféré ne pas le faire du tout, mais je sais reconnaître quand j'ai besoin d'aide et... peut-être que quelqu'un d'extérieur pourrait me filer un coup de pouce... Et pour toi aussi, si jamais.. 'Fin c'est pas obligé de toute façon...

Je ne sais même pas pourquoi ça m'est venu à l'esprit. C'est complètement stupide de faire ça ici, maintenant, avec elle. Et c'est bien pour ça que je devrais le faire.


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- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
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Jeu 9 Juil - 23:26 (#)



Mauvaise idée. Encore une fois. Une nouvelle perle à ajouter au chapelet d’impulsions stupides du post Octobre. Devant l’air circonspect d’Anaïs face à mon explication bancale, je me sentis soudainement idiote. Coupant court au malaise, un serveur émergea d’entre les tables, désertées pour la plupart en ce morne mois de Novembre, et déposa ma commande sans mot dire. Je contemplai alors les bulles remontant au travers du liquide jaunâtre avec un air abruti. De minute en minute, l’absurdité de ce rendez-vous m’apparaissait distinctement.
Jamais je n’avais possédé l’envie, ou même le talent pour compatir avec quelqu’un, encore moins pour le réconforter à cette période précise. Quand mes propres cauchemars d’Octobre hantaient encore mes nuits, je ne possédai alors que peu de foi en ma capacité à aider autrui. Inconsciemment, mes doigts crispés se mirent à heurter en cadence la surface du verre : un énième tic nerveux dont les dernières semaines d’anxiété et d’insomnies m’avaient gratifié.
J’ai l’air bien débile maintenant, songeai-je amèrement. La débauche d’argent en forme de caprice passait encore, mais la compassion spontanée envers Anaïs, cette sotte fuite vers l’illusion d’une empathie humaine, cela dépassait de loin mes habitudes. C’était non seulement bête, mais tout aussi injuste pour elle. Ni certaine de ma démarche, ni complètement indifférente, l’hésitation infectait mes pensées, persuadée qu’une part de moi-même demeurait incapable de la moindre sincérité. Au point d’en perdre le fil de la conversation durant quelques secondes.

« J’vais juste poser une condition. » Commençai-je, la bouche empâtée par un soupçon de dégoût envers moi. « Si à un moment, tu veux qu’on arrête d’en parler, que tu veux rentrer chez toi, dis-le carrément. J’suis pas venu pour te foutre des angoisses ou quoi, puis je me vexerai pas, je préfère ça que se regarder comme des hypocrites sans savoir quoi dire. »

Je tournai nerveusement le verre de bière sur lui-même. Cette irritabilité physique se diffusait dans mes nerfs, crispant mes articulations jusqu’à mes jambes qui se mirent d’elles-mêmes à tressauter. Quelque chose ne fonctionnait pas. Quelque chose s’était rompu en moi depuis le mois dernier. Je tâchai de calmer ces mouvements nerveux, et n’y parvins qu’à moitié.
J’arrive pas à mettre le doigt dessus. Comme une plaie effleurée du bout de l’index, cette chose m’échappait de jour en jour, un sentiment reptilien en mouvement qui se faufilait à chaque fois au-delà de l’emprise de ma logique. Aujourd’hui encore, je pouvais le ressentir : ces chuchotements aux oreilles de ma conscience me persuadant de l’hypocrisie de cette démarche. Ma langue parut s’assécher. Quand je repris la parole, mes mots semblèrent éteints, sans le moindre poids.

« Sinon pour te répondre, j’ai eu pas mal de tuiles depuis la dernière fois. J’ai dû retrouver de la clientèle après le déménagement, et avec cette… découverte, ça a été bien le bordel. J’ai contacté Lilas d’ailleurs, on doit se voir dans pas longtemps. Mara, j’arrive pas à l’avoir. J’aurais dû les contacter plus tôt, mais pas eu le temps, et le dernier merdier en date, ça n’a rien arrangé. »

Les mouvements nerveux de mes doigts avaient repris. Je bus une longue gorgée de bière pour mieux dissimuler mon trouble.

« L’épave je m’en suis débarrassée, ça devenait impossible. J’comptais me payer une moto au début de l’année prochaine, puis je l’ai fait semaine dernière. Un coup de tête, besoin d’extérioriser les angoisses sur quelque chose, tu vois le genre. »

Jamais encore le fil de ma vie ne m’avait paru si ténu. Comme si une toute autre personne avait dévidé ces paroles à ma place, je n’y retrouvai aucun réconfort, aucune chaleur. Un vide total. Une indifférence froide grandissait dans les tréfonds de mes pensées, bien au-delà de mon asociabilité, ou d’une simple maladresse pour la conversation. Le silence s’appesantit entre nous, alors que je me surpris à fixer la tasse entre les doigts d’Anaïs durant de trop longues secondes.

Je me frottai les paupières, et passai une main fébrile sur mon front. « Désolé, c’est la fatigue, j'ai du mal à être cohérente. Et toi sinon ? Tu bosses et tu habites toujours dans le coin d’ailleurs ? »

Octobre continuait à me hanter. Depuis cette terrible nuit cloitrée dans cette cabine exigue, depuis cette chute cauchemardesque, et cette expérience de morte imminente, je tâchai vainement de me rassurer. Je suis entière, et je n’ai pas pris de câble dans la figure au moins, me répétai-je alors. Un mensonge toutefois. Je n’étais pas indemne. Un pan entier de ma conscience s’effritait peu à peu, pour dévoiler quelque chose dont l’apparence me révulsait déjà. Et cette lente chute vers l'inconnu me terrifiait jour après jour.


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En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
*Jeune fille de dix-huit ans attentionnée envers son grognon de père de substitution, Zach Solfarelli, qui essaie tant bien que mal de surveiller cet aimant à ennui qu'est sa protégée. Recueil de souvenirs de son père, rôle qu'elle remplit avec acharnement, voulant créer autant de souvenirs que possible pour le garder près d'elle à tout prix, terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée. Elle vit avec lui dans un appartement des Kingston building.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. Se donne beaucoup de mal pour contrôler ce don qu'elle se tarde de maîtriser sous les encouragements de l'Outre qui l'aide à se dépasser et à lui apprendre les rouages du monde surnaturel.
* Petite sœur de cœur de Lilas Hirsch, toujours au rendez-vous pour une soirée glace et série ou pour aller danser pour briser un quotidien parfois morne.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital. Pouvoir accepté par peu, rejeté par beaucoup, craint pour d'autres, convoité par ceux qui en voit les possibilités. Une faculté qu'elle entraîne et dont elle a pu, une fois, en effleurer le potentiel immense.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
*Cordon bleu en herbe
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Ven 21 Aoû - 1:46 (#)

Deep inside, where the demons hide


Alexandra & Anaïs


J'arrive pas à comprendre comment j'ai pu changer à ce point en si peu de temps. J'arrive pas à savoir si c'est le fait de vieillir un peu, de voir des choses horribles, la combinaison des deux ou bien juste le cours normal des choses. Quand est-ce que j'ai arrêté d'être Anaïs pour devenir cette espèce de coquille bourrée d'angoisses avec un visage à faire pâlir un dépressif. Rien que d'y penser, ça me donne envie de rester à l maison, enfouie sous la couette sans jamais plus en sortir. Ce serait bien, de ne plus avoir à sortir, de juste rester au chaud et en sécurité, avec la musique pour compagne. J'aurais dû rester au lit ce matin. Au lieu de ça, me voilà à proposer un truc idiot à une personne que je connais à peine et dont je doute même de la capacité d'empathie.

Seule la tasse encore tiède dans mes mains me donne un semblant de réconfort à ce moment précis. Si je m'étais vue ainsi un mois plus tôt, je me serai donné une baffe pour me faire réagir. C'est tellement plus facile de se lamenter que de combattre, finalement. J'ai beau essayer, j'ai toujours l'impression que c'est inutile, voué à l'échec. Je sais que c'est faux, mais impossible de chasser cette idée de ma tête. La même phrase revient en boucle. A quoi bon ? Je suis simplement en colère contre moi-même, dégoûtée et déçue de ma propre personne. Je ne sais même pas comment faire face à ce genre de sentiment, pas alors que tout part en vrille autour, en plus de ça.

- D'accord. Pareil pour toi.

J'ai vraiment envie de me baffer, là, tout de suite. J'avais une voix qui frisait l'apathie, alors que c'était moi qui avait proposé ça ! J'inspire lentement, reprenant à zéro les exercice de Daphné, histoire d'essayer de m'aérer l'esprit, de chasser ses pensées nauséabondes. Cela fonctionne plutôt bien, généralement, je n'ai rien à y perdre, même si le bruit du café, la rumeur de la rue et la présence d'Alexandra face à moi ne vont vraiment pas m'aider dans le processus. Juste un soupçon fonctionne, juste assez pour que les flammes de l'intérêt se ravivent un peu alors que j'écoute Alexandra expliquer les changements qui ont eu lieu pour elle. Plus je l'écoute et plus je me rends compte que je ne sais rien d'elle, rien du tout. Sa clientèle ? Je ne sais même pas dans quoi elle travaille. L'évocation de Lilas me serre un peu la poitrine. Elle me manque, honnêtement.

- C'est bien que tu ais pris contact. Si quelqu'un peut t'aider, c'est elle.

J'aurai bien aimé le faire, mais j'en suis tout simplement incapable, encore plus que lors de notre rencontre.

- Je vois bien. Tu as bien fait, je ne comprends même pas comment elle roulait encore. T'es venue avec ta moto alors ?

Je devrais peut-être faire ça aussi. Extérioriser. Pas une moto, j'ai pas le permis et de toute façon je file bien assez de soucis à mon entourage sans en plus rajouter l'utilisation d'un deux roues sur la liste. Le bus, c'est bien, je vais m'en contenter, pour ce que je m'en sers... Mais extérioriser, ça pourrait aider.

- Moi ? Hmmm, non, plus maintenant. Je suis retournée au lycée donc j'ai arrêté de travailler pour me concentrer sur mes études. Médecine ça demande pas mal de travaille et comme je voudrais une bourse, c'est encore plus dur. J'habite toujours dans le quartier par contre. Vu nos finances, on risque pas de déménager de sitôt et Zach... a d'autres choses en tête en ce moment.

L'image de Sumire clouée dans son lit d’hôpital me serre la gorge et je dois faire un effort pour pas laisser les images m'envahir et perdre pied. C'est vraiment le dernier coup de poignard de cette situation, l'état de Sumire. Comme si on avait besoin de ça... On s'en serait peut-être déjà remis si elle avait été là avec nous, et pas reliée à tout un tas de machines en étant incapable de nous voir ou nous entendre. Zach ne serait pas comme ça... Focus ! Focus... Ce n'est pas le moment de faire une crise de larmes, vraiment pas.

- On fait aller, en somme. Tu parlais de clientèle... tu travailles dans quoi ? J'admets ce n'était pas vraiment ma préoccupation principale la dernière fois. T'as pu te renseigner à ce sujet d'ailleurs ? A l'époque j'avais expérimenter un peu par moi-même, histoire de comprendre ce qu'il se passait, tu as pu faire pareil peut-être ?

Son don est tellement particulier que je ne sais pas trop si elle a tenté. S'enfoncer des trucs dans la peau ça doit rebuter un peu après tout, surtout sans savoir ce que ça va donner. Je termine ma tasse et la fixe une seconde avant de lever les yeux vers la bière qu'Alexandra sirotait. Parfois je regrettais de suivre les règles... Je commande simplement une autre tasse. Je peux essayer de noyer mes pensées dans le chocolat, à défaut d'alcool.


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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
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Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

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You'll see him in your nightmares
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Mer 2 Sep - 13:54 (#)



La conversation produisait exactement l’inverse de l’effet escompté. Non seulement je n’y découvrais aucun soulagement, mais ces confidences mutuelles, entre deux étrangères qui plus est, m’entrainaient sur la pente opposée, comme un carré de béton au fond du fleuve. Je tapotai en rythme sur le bord du verre, en proie à un malaise croissant. Étouffant même.
Ce rendez-vous devient un putain de cirque. Je fis néanmoins un effort pour maintenir les apparences. « En moto, ouais. L’ivresse de la vitesse, dans ce genre là. » Répondis-je vaguement.

Je me laissai mollement tomber contre le dossier de la chaise. La voix d’Anaïs ne me parvenait que sporadiquement, asphyxiée comme au travers d’une épaisseur d’ouate. Mes pensées commencèrent à dériver involontairement. A la manière d’une longue file de dominos, mon attention était accaparée çà et là, par un quelconque détail insignifiant qui me renvoyait des heures voire des jours plus tôt. L’éclat d’un téléphone. Le bruit d’un verre qui tinte. Les couleurs dégradées des rideaux.
L’idiotie crasse de ce rendez-vous m’avait déjà sauté aux yeux. A présent, je réalisai combien ce chapelet de questions adressées à Anaïs sonnait entièrement creux et hypocrite. Les quelques lambeaux d’empathie dont je pouvais me prévaloir jadis, étaient morts à la fin du mois d’Octobre. Or, là se situait la cause de mon mal-être : je ne m’étais pas encore résignée à en faire le deuil.

La vérité crue m’apparaissait au fil de mots d’Anaïs. Je réalisai alors l’étendue du changement qui s’était opéré en moi ces dernières semaines, et la peur grandissante qui se mouvait au fond de mes tripes. Car, non seulement je me foutais totalement de ses problèmes, et ce sans parvenir à en ressentir la moindre culpabilité, mais une infime partie de mon âme semblait prête à éprouver du plaisir dans ce mépris. Tout cela était aussi injuste qu’involontaire.
Et ce lent éveil me terrifiait. Cette fraction de moi-même m’angoissait. Cette indifférence pour les autres qui ne cessait de croitre, et ces abysses dans ma conscience me poussant à cultiver ce dédain d’autrui, à en tirer un plaisir mauvais. Loin de moi l’idée d’avoir été un jour un modèle d’humanité, mais je craignais de glisser définitivement vers un voyage sans retour. Vers où exactement ? Je l’ignorai encore aujourd’hui. Et là était sans doute une bonne partie du problème.

Merde, j’ai rien écouté de ce qu’elle a dit. Une seconde tasse de chocolat avait rejoint la première aux côtés d’Anaïs, quelques tables supplémentaires étaient occupées, et je n’avais remarqué ni l’un, ni l’autre. Je me redressai sur ma chaise par réflexe. Combien de temps étais-je restée ainsi, les yeux dans le vague, le cerveau déconnecté de la réalité ? Des secondes, des minutes ?
Je me passai fébrilement une main sur le front. « Excuse-moi, ça marche pas. Je… Je n’arrive pas à suivre une putain de discussion. »

Grandiose. Après la descente en enfer à bord d’un monte-charge, me voilà en train d’atteindre l’apothéose en basculant carrément chez les dingues. Brusquement, l’envie d’envoyer valdinguer la table me prit à la gorge, d’enfoncer ces fichues tasses de chocolat chaud sur le crâne de quelqu’un.

« C’est pas contre toi, vraiment. » Je fixai mon verre de bière d’un air morne : un seau de pisse m’aurait fait le même effet. « J’ai l’impression d’avoir changé depuis le mois dernier, et pas en bien. J’ai l’impression de lutter contre moi-même, c’est difficile à décrire, bref…»

Comme un animal traqué, cerné par une horde de redneck furieux, je ressentis le besoin pressant de quitter les lieux à toute jambes. Je soufflai un bon coup. Je n’avais pas encore perdu totalement le contrôle sur moi-même. Mes doigts étaient agités de tremblements incontrôlés, au point que je m’empressai de les fourrer dans mes poches. A ce stade, passer pour une cinglée était inévitable.

« Donc tu disais… » Je me cramponnai au fond de mes poches en réfléchissant. « Tu bossais en médecine ? J’écris moi. ‘Fin pour résumer, je rédige pour le compte de quelques clients. Désolé, j’ai pas capté le reste de ce que tu disais. »

La poursuite de cette conversation avait-elle encore un sens désormais ? Je m’acharnai à conserver un comportement humain normal, social presque, alors qu’une fraction croissante de mon âme me hurlait de m’en débarrasser. Cette noirceur ne faisait que croitre jour à jour, me poussant à croire que cette nature inconnue dissimulait une surprise dont j’aurais préféré ignorer l’existence.


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Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
*Jeune fille de dix-huit ans attentionnée envers son grognon de père de substitution, Zach Solfarelli, qui essaie tant bien que mal de surveiller cet aimant à ennui qu'est sa protégée. Recueil de souvenirs de son père, rôle qu'elle remplit avec acharnement, voulant créer autant de souvenirs que possible pour le garder près d'elle à tout prix, terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée. Elle vit avec lui dans un appartement des Kingston building.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. Se donne beaucoup de mal pour contrôler ce don qu'elle se tarde de maîtriser sous les encouragements de l'Outre qui l'aide à se dépasser et à lui apprendre les rouages du monde surnaturel.
* Petite sœur de cœur de Lilas Hirsch, toujours au rendez-vous pour une soirée glace et série ou pour aller danser pour briser un quotidien parfois morne.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital. Pouvoir accepté par peu, rejeté par beaucoup, craint pour d'autres, convoité par ceux qui en voit les possibilités. Une faculté qu'elle entraîne et dont elle a pu, une fois, en effleurer le potentiel immense.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
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Lun 14 Sep - 21:43 (#)

Deep inside, where the demons hide


Alexandra & Anaïs


Je parlais visiblement dans le vide depuis un moment. C'est à peine si elle a fait une remarque après mon -je l'avoue bien volontiers- monologue ininterrompu de question sur elle et ce qu'il s'est passé depuis la dernière fois. Mais c'est elle qui a voulu ce rendez-vous à l'origine, non ? J'ai bien vu son regard se perdre dans son propre esprit et me contente au début de pincer les lèvres, un peu vexée d'être finalement ignorée par celle qui m'a invitée. Mais lorsqu'elle admet ne pas pouvoir suivre la conversation, c'est un soupir ennuyé qui s'échappe de mes lèvres. Quel intérêt de la lancer alors ? Je me frotter la nuque, lentement, histoire de me décrisper un minimum, sentant malgré moi une petite pointe d'exaspération grimper lentement. Pourtant elle retombe bien vite lorsqu'elle évoque le mois dernier, et c'est une certaine panique qui en prend la place.

- O... ouais... pas grave...

Tout revient à Halloween... J'en ai la jambe qui tremble violemment sous la table, me forçant à crisper mes doigt et à enfoncer mes ongles dans ma peau à travers le jean pour espérer calmer le tapotement frénétique qui a pris la place de notre conversation. Je ferme un instant les yeux, me pinçant l'arête du nez pour calmer la tension qui vient de crisper à nouveau mon corps qui se voulait détendu jusque là. Putain que je hais le cerveau humain parfois, à retenir les mauvaises choses avec une telle précision quand les bonnes passent si vite à la trappe, perdue dans les méandres de la mémoire comme une goutte au milieu d'un océan.

J'aurai finalement dû rester chez moi et refuser l'invitation, mais j'étais un peu contente de sortir hors du cadre habituel, de voir autre chose que l'école, les camarades peu compréhensifs, la mine mortifiée de Zach et les œillades inquiètes de Rica. Tout ça pour au final tenter désespérément de fuir une réalité bien trop lourde à supporter en ce moment. Est-ce que ça vaut vraiment le coup de lui redemander ? Est-ce que cette conversation a vraiment un sens ? J'avais lancé ça histoire d'avoir quelque chose à dire, mais visiblement ça ne sert à rien, autant arrêter... J'en ai marre, honnêtement, de garder ça pour moi, de tenter de paraître calme et toujours la même gentille Anaïs qu'avant alors que j'ai envie d'envoyer la moitié du monde paître pour ne pas comprendre à quel point mon esprit c'est le bordel et ma vie une de farce.

- Je bosse pas, j'étudie pour aller à l'université pour apprendre la médecine.

Malgré tout ce qui m'est arrivé, malgré tout ce qui s'est passé en ville, je n'ai jamais perdu cela de vue. C'est presque  mon unique but dans la vie, une des choses qui me permettent de tenir le navire à flot alors que les brèches laissent passer toujours plus d'eau... Voilà que je fais des métaphores nautiques, plus rien ne va...

- Honnêtement je t'en veux pas... 'Fin c'est pas agréable de parler dans le vide, mais j'ai fait pareil avec ma petite amie y'a pas longtemps, donc je vais pas te jeter la pierre.

Alors que ça me ferai sans douter du bien, de rejeter mes problèmes sur quelqu'un d'autre, même une personne complètement extérieure qui n'a rien demandé et n'est au courant de rien. C'est tellement pas moi de penser ainsi. Je m'énerve en ce moment, et je ne veux pas qu'Alexandra en fasse les frais. Que quiconque en fasse les frais, en fait. Tout ça c'est moi et mes problèmes, moi et mes états d'âme, moi et ma conscience complètement mise à mal.

- La vie pue la merde en ce moment. J'imagine que c'est à cause de Halloween pour toi aussi ? T'es pas obligée d'en parler, mais si t'as besoin... Après ce soir-là, je crois que je peux tout entendre...

J'ai vu tellement de choses improbables ce soir-là, fait tant de trucs impensables... Mes yeux se fixent sur ma tasse alors que les images me reviennent en tête. Le sang, la toile, l'aigle, Vinzent, le démon... Un frisson d'angoisse me remonte le long de l'échine et je tourne la tête, presque persuadée d'apercevoir son visage à travers la vitre, au milieu de la rue, venant réclamer son dû. Mais rien, heureusement.

-Alexandra...

Je pose mes yeux dans les siens cette fois. J'ai besoin de me changer les idées. Peut-être que j'abuse et qu'elle va m'envoyer paître, mais j'ai besoin de me vider l'esprit un peu.

- Tu serais d'accord pour un tour en moto? Où tu veux, je m'en fous, juste... je voudrais juste extérioriser un peu aussi, en ce moment...

Parce que je n'arrive pas à m'enlever la culpabilité qui me ronge. L'angoisse et tout le reste, j'y suis presque habituée, depuis le temps. Mais la culpabilité, ça, c'est plus vicieux et nouveau. J'ai tué quelqu'un, bordel...

- S'il te plaît...

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- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
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Mar 22 Sep - 18:10 (#)



Hurler m’aurait fait un bien fou. Lancer un authentique cri hystérique venu du fond des tripes pour vomir toute cette haine parasitant ma conscience depuis cette nuit maudite, mais dont rien ne justifiait l’existence. Oh bien sûr, ces moments avaient toujours existé auparavant. Ces soudains éclats de rage face à autrui, ces regards appuyés ou quelques torsions dans la voix déclenchant une mauvaise humeur noire, sans la moindre raison.
Or, tout cela avait pris une toute autre dimension désormais. Les nuances de couleurs, les détails que mon esprit épongeait frénétiquement, se transformaient alors en une gigantesque cacophonie insupportable. Comme des murmures dans le creux de ma cervelle, ils me susurraient tant d’amères pensées. Ils étaient une sérénade empoisonnée, sans voix ni notes, m’encourageant à garder les yeux grands ouverts quand j’aurais voulu être aveugle. Et la rage se condensait alors en une litanie intérieure.

Je ne veux plus entendre ces types ricaner à la table voisine. Je ne veux plus voir cette gourde agiter son sac de couleur merdique. Je ne veux plus entendre ce crissement de talons sur le sol. Je ne veux plus entendre ce bruit sourd d’avion qui passe. Je ne veux plus rien entendre du monde entier.

Je suis cinglée, me rassurai-je alors. Car, n’était-ce pas le plus réconfortant à ce stade de mon existence ? Cesser de réfléchir à ma nature profonde, laquelle ne recelait rien de bon d’ailleurs, de m’inquiéter sur l’avenir pour abandonner toute cette vie, et me laisser porter par cette simple pensée. J’étais mentalement dérangée, désespérée aussi, et rien au monde n’y changerait quoi que ce soit.

« Ah ouais, c’est vrai que t’as l’air d’être encore étudiante, j’deviens débile avec le temps. »

Puis, émergeant de nulle part, voilà qu’une nouvelle question intrusive se fait jour derrière mes paupières épuisées. Elle gesticulait dans mon crâne, bondissant et agitant ses petits bras merdiques : Quel âge a-t-elle au fait ? Demande-lui, demande-lui, demande-lui. Extérieurement, je soupirai de lassitude. De nouveau, me voilà prête à me lever de ma chaise, balancer ce restant de bière, et gueuler à quel point je n’en avais rien à carrer de son âge.

« Oh bah tu sais, être sur le point de crever ça ouvre de nouveaux horizons hein. » Lâchai-je avec tant d’acidité sur la langue, que j’eus l’impression d’avoir avalé un cocktail de javel.

Je récupérai d’un geste agacé ce verre d’alcool jaune pisse. Je le portai à mes lèvres sans en boire une goutte, puis le reposai sèchement, dépitée par ma propre humeur. Ce rendez-vous d’échange social était devenu un véritable fiasco. Désormais, seule l’envie de tout envoyer balader d’un grand coup de botte primait, pour aussitôt courir me bourrer la gueule dans le bouge le plus proche.
Mon prénom à voix haute m’arracha légèrement de cette transe. Quoi maintenant, ruminai-je. A la voir me fixer avec ces yeux larmoyants, et ces paupières gonflées de cocker zombie, je m’attendis à une déclaration des plus poignantes. J’eus soudainement envie de verser ma bière sur le crâne d’Anaïs, histoire qu’elle piqua enfin une bonne colère, et s’arracha à cette mollesse dépressive. Un geste non dépourvu d’ironie en vérité, quand je me trouvais être moi aussi une mollusque dépressive.

« Mouais ?... » Roulement de tambours. La tentation de comparer cet instant au suspens d’un sitcom m’effleura, avant de ravaler cette vanne blessante et gratuite de justesse.

« Ah. » Je restai ainsi un long moment, davantage surprise qu’indécise. « Pourquoi pas, ouais, ce sera toujours mieux que déprimer sur un coin de table ici. J’ai jamais emmené quelqu’un par contre, faudra pas trop gigoter de préférence. »

Je tendis une main vers mon reste d’alcool, avant de me raviser. Malgré ces jours de dépressions et de laisser-aller, je tenais encore assez à cette moto pour chercher à éviter l’accident, et conserver mon dernier réconfort dans cette vie merdique. Je fouillai l’intérieur d’une poche de mon jean, pour en extirper un billet froissé à la vague odeur de chips, et l’installait là en dessous du verre de bière presque vide, en guise de paiement.

« Barrons-nous alors, j’sais pas trop où mais bon. Et quitte à extérioriser, autant s’prendre de l’alcool en chemin. » Lâchai-je en m’arrachant de la chaise.

Je poussai le siège sous la table, replaçai mon vieux sac en bandoulière et le casque à la main, puis j’invitai Anaïs à me suivre hors de cette salle devenue prison. Une fois dehors, les bruits des clients redevinrent une rumeur, calmant pour quelques maigres instants mon propre caractère. Je désignai du pouce la Honda 350 garée dans l’ombre d’un arbre, puis tendis mon casque à Anaïs.

« Tiens, mets-le. J’devrais pas risquer grand-chose sans. » Je réfléchis brièvement en retirant l’antivol. Les minutes passant, il m’apparaissait de plus en plus évident combien cette idée d’escapade n’était pas mauvaise, voire même nécessaire dans mon état et le sien.
« On a qu’à descendre le long de la Red river, j’connais un magasin pour s’prendre de quoi picoler. » Je m’installai alors sur la selle, avant d’inviter Anaïs à y prendre place. « J’roulerai pas trop vite, mais accroche-toi bien à moi quand même. »


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Anaïs Wilhm
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En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
*Jeune fille de dix-huit ans attentionnée envers son grognon de père de substitution, Zach Solfarelli, qui essaie tant bien que mal de surveiller cet aimant à ennui qu'est sa protégée. Recueil de souvenirs de son père, rôle qu'elle remplit avec acharnement, voulant créer autant de souvenirs que possible pour le garder près d'elle à tout prix, terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée. Elle vit avec lui dans un appartement des Kingston building.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. Se donne beaucoup de mal pour contrôler ce don qu'elle se tarde de maîtriser sous les encouragements de l'Outre qui l'aide à se dépasser et à lui apprendre les rouages du monde surnaturel.
* Petite sœur de cœur de Lilas Hirsch, toujours au rendez-vous pour une soirée glace et série ou pour aller danser pour briser un quotidien parfois morne.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital. Pouvoir accepté par peu, rejeté par beaucoup, craint pour d'autres, convoité par ceux qui en voit les possibilités. Une faculté qu'elle entraîne et dont elle a pu, une fois, en effleurer le potentiel immense.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
*Cordon bleu en herbe
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Lun 1 Mar - 11:34 (#)

Deep inside, where the demons hide


Alexandra & Anaïs


Ce rendez-vous n'avait guère aidé à améliorer un présent déjà suffisamment grisâtre et j'ai un doute après lui avoir proposé de partir d'ici. Ça va servir à quoi, finalement ? Se perdre quelques heures en oubliant tout ce qu'il se passe pou ensuite se forcer à reprendre pied dans le réel et se rendre compte que la parenthèse n'était que ça, une parenthèse. Pourtant, lorsqu'elle semble y réfléchir, je veux qu'elle accepte, attendant en silence l'approbation de passer un temps indéfini à faire autre chose que broyer du noir chacune dans notre coin face à l'autre. Pas de plan précis, juste une envie soudaine et un besoin irrépressible. Le genre de chose que je ne suis pas vraiment capable de faire seule par moi-même. Est-ce que je cherche une excuse ? Probablement. Mais lorsqu'elle accepte et se lève, je la suis sans hésiter, laissant moi aussi un billet sur la table. Aucune de nous ne sait vraiment où aller, mais ce n'est pas plus mal. Je la suis à l'extérieur et fixe un instant le ciel gris,aussi morne que ces derniers jours avant de repérer la moto qu'elle a posée près d'un arbre non loin alors qu'elle me l'indique du pouce.

Je prend le casque qu'elle me tend, retenant de justesse une remarque sur le fait de conduire une moto sans en avoir un. C'est moi qui ait lancé l'idée, sur un coup de tête, évidemment qu'elle n'a qu'un casque ; Je me sens un peu idiote d'hésiter alors qu'elle détache l'antivol et semble plus que décidée à partir et se perdre elle aussi quelque part sans penser à rien d'autre, juste le temps d'une escapade.

- De l'alcool ? Tu sais que je suis mineure pas vrai ?

Je dis ça avec un sourire en enfonçant le casque sur ma tête avant d'en relever la visière. Ce n'est pas la perspective d'enfreindre la loi qui me dérange. J'aurai probablement un casier long comme le bras si ce que j'avais fait venait à se savoir. Non, ce qui me gène c'est de m'imaginer boire réellement au point de me mettre dans un état pas possible pour ensuite rentrer à l'appartement... Pas forcément une mauvaise idée donc, aussi je hausse finalement les épaules.

- J'ai rien dit, au point où j'en suis de toute façon ça ne pourra pas être pire. Je te laisserai faire l'achat par contre, je doute que ça passe avec moi.

Faut dire que j'ai pas l'âge et que ça se voit plutôt de manière évidente. Je m'installe derrière elle alors qu'elle démarre et me tiens à elle alors que la moto quitte le trottoir. Comme elle l'a dit, elle roule plutôt doucement et je n'ai pas à me cramponner et en profite plutôt pour apprécier la balade en elle-même. Le paysage de béton et de verre n'es guère enchanteur et ce n'est pas la vision de la rivière entourée de bâtiment qui rend la chose plus enjôleuse, mais j'ai pris goût à la moto la dernière fois que Hélix m'a emmené faire un tour. Je me vois mal en conduire une, mais j'apprécie d'autant plus de laisser quelqu'un s'occuper d'avoir les yeux sur la route pour profiter du trajet et de la sensation de liberté qui s'épanouit en chevauchant ce genre d'engin. Rien à voir avec une voiture. Plus dangereux pour certains, plus libre pour d'autres, moi compris. Je sors de ma réflexion lorsqu nous nous arrêtons devant une supérette et qu'Alexandra descend pour aller y faire ces fameux achats. J'hésite une seconde puis lui tend un peu d'argent.

- Euh.. moitié-moitié ? Je ne sais pas ce que tu veux prendre, mais mieux vaut que je te laisse faire. Je vais attendre avec la moto. Juste... pas de bière si possible, je déteste ça.

Je n'ai aucune idée de ce qu'elle compte prendre et me contente de l'attendre, appuyée contre la moto, le casque à la main. Ça doit faire un tableau quelque peu improbable vu de l'extérieur. Me manque plus que le blouson en cuir noir et les lunettes de soleil pour vraiment que plus rien n'aille du tout. Plus je patiente et plus je me demande si c'est une bonne idée, tout ça, d'aller je ne sais où boire je ne sais quoi avec Alexandra. Cette dernière coupe court à mon hésitation en revenant avec un sac que j'imagine plein de trucs qu'on me dirait d'éviter d'ordinaire. Peu importe à vrai dire, personne n'est là pour me dire quoi faire pour le moment, autant faire ce que je veux. Je récupère le sac qu'Alexandra ramène et entend des tintements alors que je m'installe à nouveau derrière elle. Pour poser la question fatidique.

- Alors, on va où ?

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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
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Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

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You'll see him in your nightmares
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He'll appear out of nowhere but
He ain't what he seems
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He's a man, he's a guru
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Ven 5 Mar - 22:10 (#)



L'ivresse sans l’alcool. L’état second sans hallucinations. Des successions de couleurs et de bruits insistants, celui du vent hurlant dans mes oreilles, la saveur salée des larmes coulant sur mes joues sous la morsure de la vitesse, et les vibrations de la moto entre mes jambes. La sensation diffuse d’une autre femme assise derrière moi, la nausée créant une amertume indéchiffrable contre mon palais, et ces néons du magasin au centre de ma vision, comme une aiguille enfoncée dans mes orbites vides. Rien d’autre, vraiment, une véritable anesthésie générale. Je n’étais pas certaine d’avoir conduit moi-même jusqu’au magasin. Je n’étais pas non plus certaine d’avoir effectué quelques courses sommaires. En somme, je n’étais même pas sûre d’être moi-même à ce moment-là.
Les secondes étaient devenues des minutes, et mes absences, des éternités ballotées entre deux vertiges, à la manière d’un bout de bois au milieu d’un torrent sans forme. Je me sentis déboussolée en sortant du bâtiment. Les bouteilles de whisky bon marché cliquetaient alors dans les sacs en plastique, comme les chaines d’un fantôme bidon de cinéma. Clic-clic, voilà la tarée au cerveau déphasé. Et une brise nauséabonde vint me frapper aussitôt, me propulsant dans la réalité à grand renfort d’odeurs de fritures, de gaz d’échappements et d’un soupçon de pisse. Mansfield, te voici, toi et tes rues misérables, tes tas d’ordures et tes bâtiments croulants parés à nous accueillir.
Mais quel soirée nous attendait. Le paysage morne avait défilé dans les mêmes tons fades que les rayonnages du supermarché, sans doute sublimé par ma propre déprime personnel. Ce tenace nuage noir qui ne cessait de me coller à la cervelle, et m’intimait, chaque soir, de me laisser crouler dans le divan défoncé de mon appartement miteux. Alors qu’est-ce que j’suis en train de foutre, pensais-je en revenant vers la moto et Anaïs. En voilà une bonne question, et non teintée d’ironie d’ailleurs.

« J’ai pris du whisky pas cher, ça a le même goût que la dépression. Et aussi un peu de bouffe, des chips et d’autres trucs avec un max de sucre pour compenser. »

Je lui tendis machinalement le sac de courses en reprenant place sur le siège de ma moto neuve, avant que l’inévitable question ne m’arrache un énorme soupir. Un désagréable goût de bile me remonta en travers de la gorge. Les soirées entre amies, les escapades nocturnes pour ricaner et se bourrer la tronche, ou bien simplement discuter de rien, tout cela m’était étranger d’ordinaire. Je me retrouvai ainsi démunie, coincée entre cette apathie déprimante, post Octobre, et ce besoin discordant d’avoir une présence quelconque pour m’aider à vider mes bouteilles d’alcool.

Je passai bêtement une main dans mes cheveux en désordre. « Franchement j’en sais rien. D’habitude moi j’suis la fille qui fume sa clope toute seule dehors, à qui personne n’parle, pas celle qui organise la fête. »

Mesdames et messieurs, voici venir le moment tant attendu, le duel entre l’ivresse confortable dans une solitude familière, bien au fond du trou comme on les aime. Et face à celle-ci, la nouveauté du jour, l’ivresse en compagnie d’une adolescente, que je connais à peine d’ailleurs, avec un soupçon de fibre sociale pour avoir la sensation d’être encore humaine. Fais ton choix, Alex, pauvre conne.

« On va pas s’pointer dans les bars ou les boites, autant éviter de terminer dans une cellule pour la nuit, » récitai-je d’une voix morne, comme pour réfléchir à haute voix.

Non mais vraiment, qu’est-ce que j’suis en train de foutre ? Question rhétorique, n’est-ce pas. Au fond de mon crâne, à l’intérieur de ce cerveau encore embrumé par le choc d’un Halloween démentiel, grandissait cet intolérable sentiment d’irréalité, de dériver vers un horizon terrifiant où un avenir inconnu m’attendait. Toutefois, la réponse à cela, ce que je foutais ce soir, se trouvait bien enfouie dans ma cervelle. Quelque part en moi subsistait un espoir. Minuscule être tremblant qui cherchait encore à respirer sous un amas de terreurs aux multiples visages, l’explication tendait ses mains rachitiques vers une bouée en forme d’humanité mourante, qu’elle croyait apercevoir.

« On pourrait aller trainer du côté de Western Hill. Arkansas street la nuit c’est pas mal, la musique ça nous changerait peut-être les idées. M’enfin si t’as autre chose en tête, dis-moi. »

Le trajet allait nous prendre encore un moment de toute manière, suffisamment pour réfléchir avec le vent dans les narines, à moins de slalomer entre les voitures. Déconseillé avec Anaïs à l’arrière. Dommage. La concentration de la conduite à toute vitesse m’anesthésiait en partie le cerveau, mais tout comme la vie sociale, elle n’était qu’une drogue parmi tant d’autres. Le salut n’était ni dans l’amitié avec Morgane, ni dans le rendez-vous avec Lilas, encore moins dans une soirée alcoolisée avec Anaïs. Non, en vérité, nul n’était en mesure de m’aider. Je mis aussitôt le contact. Mieux valait se précipiter vers la noyade avant que la réalité ne se décide à m’étrangler définitivement.

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Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
Anaïs Wilhm
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* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
*Jeune fille de dix-huit ans attentionnée envers son grognon de père de substitution, Zach Solfarelli, qui essaie tant bien que mal de surveiller cet aimant à ennui qu'est sa protégée. Recueil de souvenirs de son père, rôle qu'elle remplit avec acharnement, voulant créer autant de souvenirs que possible pour le garder près d'elle à tout prix, terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée. Elle vit avec lui dans un appartement des Kingston building.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. Se donne beaucoup de mal pour contrôler ce don qu'elle se tarde de maîtriser sous les encouragements de l'Outre qui l'aide à se dépasser et à lui apprendre les rouages du monde surnaturel.
* Petite sœur de cœur de Lilas Hirsch, toujours au rendez-vous pour une soirée glace et série ou pour aller danser pour briser un quotidien parfois morne.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital. Pouvoir accepté par peu, rejeté par beaucoup, craint pour d'autres, convoité par ceux qui en voit les possibilités. Une faculté qu'elle entraîne et dont elle a pu, une fois, en effleurer le potentiel immense.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
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Dim 14 Mar - 23:41 (#)

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Alexandra & Anaïs


Quand je pense à ce que je suis en train de faire, je me dis que beaucoup trop de choses ont changé. Le monde, la vision que j'en ai, tout semble différent. Ou bien est-ce moi qui ait changé, brutalement, sans le vouloir et sans vraiment le comprendre. Qui aurait pu imaginer ce qui est en train de se passer en ce moment ? Personne, et certainement pas moi alors que je jette un œil au contenu du sac après qu'Alexandra m'en ai fait l'inventaire. Qu'est-ce que je fais, exactement ? C'est comme si je choisissais volontairement de faire la chose la plus débile possible pour voir jusqu'où tout cela peut aller. Penser que ça peut aller trop loin ? Je n'arrive même pas à vraiment m'en soucier alors que le ciel prend des teintes de plus en plus sombres à mesure que l'heure avance. J'enfonce le casque sur ma tête alors qu'elle donne au hasard un endroit qui pourrait être agréable. Elle-même ne sait pas trop et je dois bien avouer que je ne vis pas ici depuis assez longtemps pour savoir où aller pour boire avec une presque inconnue... J'en rirais presque tant c'est ridicule.

- D'accord, ça ma paraît bien.

Une ambiance musicale ne pourra être qu'une bonne chose. Je suis prise d'un court instant de doute alors que le moteur démarre, mais il disparaît aussitôt que la moto avance pour quitter le parking et rejoindre la route. Je peux avoir besoin de ça. Besoin de sortir un peu de ma sordide zone d’apitoiement avec une action aussi stupide qu'invraisemblable. Personne d'autre ne doit savoir, c'est tout. Elle a raison, mieux vaut ne pas finir dans une cellule. Non pas que braver la loi me soit inconnu, j'en ai violé tellement par la force des choses, mais j'aimerais surtout que tout cela reste entre nous deux. Une soirée à s'oublier, à oublier le monde et ce fichu sentiment de culpabilité et d'angoisse qui ronge mon esprit dès qu'il n'est pas focalisé sur quelque chose avec toute la concentration dont je suis encore capable.

Les minutes passent alors que la route défile, que les immeubles vont et viennent, bloc de gris qui se succèdent alors que j'ai la tête rivée sur le côté de la route, observant des rues inconnues, des silhouettes que je ne croiserais jamais. Même avec la casque je peux sentir le vent malgré la conduite étonnamment prudente d'Alexandra. Je l'aurai pensé plus nerveuse sur la route, mais la connaissant bien peu, difficile de vraiment savoir si elle fait attention à cause de moi ou si elle conduit vraiment ainsi. Les quartiers s'enchaînent avant qu'elles ne ralentissent. Je ne connais rien du coin, mais je perçois déjà la vague rumeur d'une ambiance différente. Une fois le moteur éteint et le casque retiré, je tends ce dernier à Alexandra avec un sourire qui sort si facilement que c'en est presque déconcertant tant je me force ces derniers temps.

- C'était sympa comme balade. Maintenant faut se trouver un coin...

Il n'est pas difficile de suivre les mélodies qui sonnent comme un espoir d'échappatoire. Çà et là, d'autres ont visiblement la même idée que nous. Groupes se dirigeant d'un pas léger vers des bars accueillant déjà foule alors que la nuit n'est pas encore complètement tombée. Mieux vaut ne pas s'approcher de là, ce n'est pas vraiment ce à quoi Alexandra pensait et je doute de pouvoir rentrer de toute façon.

- La musique c'est un peu un exutoire pour moi. J'écoute, je danse, je chante, je compose parfois. Je pense qu'on pouvait pas trouver mieux comme endroit. Ça a quelque chose de rassurant de voir du monde dans une ambiance de ce genre, tu trouves pas ?

Pourtant on ne va pas s'y mêler. La foule de loin, cela me convient. C'est un banc aux allures d’œuvre abstraite bonne pour un musée d'art contemporain qui accueille mes fesses déjà malmenées par la sortie en moto. Celui qui a conçu ces horreurs n'a jamais posé autre chose que ses yeux sur une telle chose. Ça fera l'affaire, au moins il n'est pas trop visible par d'autres. Le sac est posé à côté sans que je n'ose l'ouvrir. L'air frais et la musique qui emplit l'atmosphère me rappellent d'autre lieux, d'autres moments où la musique avait eu cet effet salvateur. Ce concert avec Hélix, ce moment à chanter dans la voiture avec Lilas, la danse improvisée avec Zach. Autant de choses qui me semblent lointaines alors qu'elles datent de quelques mois à peine. Cela me fait presque mal de me dire que les choses sont bien différentes à présent. Pourtant je suis dehors à la tombée de la nuit, à profiter de la musique.

- Je n'arrives pas à imaginer ce que tu peux écouter comme musique, si tu en écoutes. Probablement que j'aurai dit une connerie si j'avais essayé à notre dernière rencontre.

Je soupire. Mieux vaut éviter de ressasser cette étrange soirée qui n'avait été bonne pour personne, sans pour autant être mauvaise. Je ne savais toujours pas vraiment pourquoi et comment ça nous avait conduit ici, ce soir, avec un sac rempli de bouteilles d'alcool et de malbouffe, à écouter la musique d'un lieu bondé. Je désigne le sac entrouvert que j'ai posé.

- À toi l'honneur ?

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- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

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Mar 16 Mar - 23:11 (#)



Voix trainante. Paupières lourdes. Godasses aussi. Mon estomac commença à vriller en entendant la clameur de la foule massée dans la rue toute proche, autour des bars bourrés à craquer de corps en mouvement, et des musiciens errants entre les terrasses bondées. Des flashs éclatèrent alors devant mes yeux, autant d’étincelles entre deux fils mal connectés, lesquels illuminèrent de lumières intermittentes des mauvais souvenirs remontant à la surface. Des hurlements. Une bousculade monstrueuse. Les heurts des coudes dans ma viande. Le bruit des gobelets écrasés par une foule en panique, et une texture molle, indéfinissable, sous mes semelles. Un sandwich écrasé ou bien une masse molle de chair piétinée. Difficile à dire dans l’affolement. Encore moins des mois après. Une boule d’acide remonta tout droit de mon ventre pour se coincer à l’entrée de mon palais, et je savourai soudainement la texture amère de la bile empoisonner ma langue.
Bon appétit, bien sûr. Les bouteilles d’alcools sont encore fermées, les chips au frais dans le sac, et j’ai déjà une furieuse envie de gerber. Yep, prometteur. D’un geste empressé, je saisis mon casque, que me tendait alors Anaïs, le coinçai autour de mon poignet, et poussai la moto sur le trottoir, contre un poteau de métal. Ni totalement hors de vue, ni vraiment au beau milieu du passage. J’y tenais à ma dernière possession terrestre, et quelque part, même davantage que ma santé mentale. Je glissai les clés dans ma poche de jean, le remontai légèrement, merci le régime dépression forcée, et emboitai le pas à Anaïs. L’ingénue écorchée vive, et la punk clichée à la dérive, leur sac de réconfort alcoolisé et gras à la main. Sacré tableau. On n’était pas encore bras dessus, bras dessous, mais le cœur y était.

« J’sais pas. J’suppose. Franchement j’ai jamais été fan de la foule, et sans vouloir entrer dans les pires détails, j’suis devenue carrément allergique depuis quelques semaines. »

La foule et les ascenseurs, exactement. Les tentacules aussi tant qu’à faire, mais le centre-ville de Shreveport devait être capable d’au moins m’épargner ce genre de rencontre. Tout en marchant vers ce qui ressemblait à un banc, et notre halo de quiétude manifestement, mon estomac recommença à faire des nœuds, comme ces ballons pour enfants que font couiner les clowns payés à cinq dollars de l’heure. De la salive m’humecta les lèvres. Je fis mine de scruter l’étendue rectiligne de la ruelle, ses touristes et ses locaux s’agitant en tout sens, formes indistinctes dans les lumières tamisées filtrant à travers les vitrines des bars, qui les décrivaient en contours dorés, parfois carmins ou bordeaux.
Cela ne ressemblait à rien pourtant. Des silhouettes en sablier, d’autres en V, comme des spaghettis mal cuites, des êtres informes et blanchâtres d’une autre nuit. Bizarrement, la nausée s’évanouit. Je me laissai retomber sur le banc biscornu avec un grognement d’inconfort, déposant mon casque avec précaution pour m’en servir comme accoudoir, en l’absence d’un vrai. J’aurais donc mal au cul en allant me coucher ce soir. Belle soirée en perspective. La musique lointaine dérivait alors lentement jusqu’à nous, sertie d’éclats de rire, d’invectives joyeuses, et au-delà, des cliquetis des couverts ou des verres de shot. Entre nous, le froissement du sac de courses m’extirpa momentanément de cette apathie familière, et je saisi le cylindre de chips bon marché pour en piocher une.

« De l’opéra, » lâchai-je avant de croquer dans la chips. « Non, en vrai, surtout du rock d’habitude, mais j’pioche un peu dans tout. Pourvu que ça m’inspire. »

L’arôme salée des chips, gras à l’excès, chassa momentanément l’acide dans ma bouche, mais sans éliminer la novocaïne circulant dans mes veines. Tant mieux. Tout ce début de soirée s’était déroulé sous cette anesthésie générale, et en fin de compte, je tenais à rester ainsi. La tête vide. L’estomac dans son coin. À ne rien penser ; surtout à ne rien penser.

Je fis basculer le sac ouvert vers Anaïs. « Vas-y, sers-toi. Que j’sois pas la seule à m’installer une couche de graisse. »

Rien ne valait la malbouffe du coin, et le whisky à quelques dollars, pour se sentir à l’aise, bien au fond du trou. Je gobai une autre chips. Loin au-delà de notre banc biscornu, de notre pique-nique spécial dépression, des êtres humains se trémoussaient, indistinct patchwork de nuances bigarrées, et totalement abstraites à travers mes yeux d’hallucinée. Entre deux bouchées de sel et d’additifs cancérigènes, un sentiment d’imposture revint furtivement m’étouffer.

« C’est tellement irréel d’être ici. J’veux dire, faire des trucs normaux. Bouffer sur un banc, écouter de la musique, ça m’parait tellement lointain, que ça semble un autre monde. »

Une autre chips. Un regard vers Anaïs. « J’sais que ça parait con mais… »

« D’un côté, j’trouve ça dingue de retourner à la vie d’avant. De l’autre, j’ai envie d’faire pareil, de m’assommer la tronche avec du son. Mais c’pas une envie très normale. J’crois que c’est juste histoire d’oublier le passé en faisant une connerie. »

Je haussai les épaules. Nous revoilà au point de départ de cette soirée, les confessions amères, et cette fois-ci, c’était à mon tour de remettre le couvert en ressassant les horreurs du mois dernier. Je secouai la tête en retombant contre le dossier du banc, un bras accoudé dessus et une jambe croisée pour essayer de trouver une position confortable. En vain. Les barres métalliques semblaient conçues pour s’insérer sournoisement entre les vertèbres, de manière à vous flanquer un mal de dos.

« Laisse tomber, m’écoute pas, on avait dit d’arrêter d’en parler. T’écoutes quoi plutôt ? Tu disais composer ? Donc tu joues des instruments ? Quel genre ? »

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Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
Anaïs Wilhm
Anaïs Wilhm
Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
A SONG OF BLOOD

En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
*Jeune fille de dix-huit ans attentionnée envers son grognon de père de substitution, Zach Solfarelli, qui essaie tant bien que mal de surveiller cet aimant à ennui qu'est sa protégée. Recueil de souvenirs de son père, rôle qu'elle remplit avec acharnement, voulant créer autant de souvenirs que possible pour le garder près d'elle à tout prix, terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée. Elle vit avec lui dans un appartement des Kingston building.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. Se donne beaucoup de mal pour contrôler ce don qu'elle se tarde de maîtriser sous les encouragements de l'Outre qui l'aide à se dépasser et à lui apprendre les rouages du monde surnaturel.
* Petite sœur de cœur de Lilas Hirsch, toujours au rendez-vous pour une soirée glace et série ou pour aller danser pour briser un quotidien parfois morne.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital. Pouvoir accepté par peu, rejeté par beaucoup, craint pour d'autres, convoité par ceux qui en voit les possibilités. Une faculté qu'elle entraîne et dont elle a pu, une fois, en effleurer le potentiel immense.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
*Cordon bleu en herbe
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Thème : "Your Name" by Chiai Fujikawa
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Dim 25 Avr - 14:56 (#)

Deep inside, where the demons hide


Alexandra & Anaïs


Je me demande à quoi ça ressemble cette scène.. Nous deux assises sur un banc mal pensé et qui nous fait plus mal au dos qu'autre chose. Paquet de chips ouvert et bouteille encore dissimulées par un sac posé entre nous. Ça ne doit ressembler à rien et les quelques passants ne font que nous jeter un étrange coup d’œil avant de continuer leur route. La musique qui vibre un peu plus loin parvient tout juste à résonner dans ma poitrine, mais la légère sensation suffit. Même une rumeur à peine perceptible suffira. Se focaliser est devenu difficile depuis Halloween et même la plus petite et faible mélodie suffit. Quelque chose à laquelle se raccrocher en toute circonstance, quitte à intérieurement répéter encore et encore les mêmes paroles privées de leur sens, vidées de leur message, ne devenant qu'un moyen de ne pas perdre le fil du monde et de me perdre loin, trop loin. Des pensées qui parfois me font oublier le temps et me rendent absente avant qu'un son ne viennent me perturber et faire à nouveau tourner la roue.

Assise là, je me rends compte que je suis à la traîne. Le monde avance, il tourne toujours malgré ce qu'il s'est passé. Et j'ai beau avancer aussi, je perds du terrain, je le vois partir devant, avancer plus vite, trop vite. J'ai peur qu'un jour je ne sois plus capable de le rattraper, de rester en arrière et d'être complètement incapable de ne serait-ce que de le suivre des yeux. Tourner la page, avancer. Avancer quoiqu'il en coûte et peu importe ce qui arrive. J'en suis incapable. Enfermée dans la passé, la culpabilité, le regret et toutes ces conneries qui me font me demander parfois si ça ne vaudrait pas mieux de ne rien ressentir. Juste le temps de se mettre à la page, de prendre sur soi et de se remettre à marcher plus vite.

Le bruit du craquement d'une chips me tire de mes pensées et je redresse la tête, me fustigeant. Focus Anaïs, focus. Je jette un œil torve au paquet de lamelles salées comme s'il était responsable de ma courte absence. Ça ne m'emballe guère, ces horreurs. Maman serait folle si elle me voyait là, à ne serait-ce qu'envisager de manger un de ces trucs, elle si désespérée de nous faire manger sainement au pays de la malbouffe et du gras en veux-tu en voilà plus. Une chips croquée et regret installé. C'est gras, c'est salé à l'extrême et ça donne soif comme si je venais de manger juste le sel, sans la pomme de terre. Enfin est-ce que ce truc peut être considéré comme de la patate de toute façon ? Je termine quand même la chips sans vraiment d'enthousiasme. Je n'allais quand même pas lui dire que l'idée d'un apéro chez moi quand Zach sortait une bière et des cacahuètes, pour moi, c'était jus de fruit et carottes crues, elle se payerait ma tête... « Je vais plus rentrer ans mes fringues si je mange trop de ces trucs. » Et probablement choper un cancer avec supplément cholestérol. Non merci. C'est bon les carottes quand même...

Sa réflexion, je la comprends. Tout ça n'a pas vraiment de sens. Les gens semblent si vite tourner la page alors que je reste coincée, c'en est frustrant. « Je pense que c'est parce que la normalité, c'est le seul moyen d'oublier. » Wahou, je m'étonnerais moi-même des fois, à sortir des trucs pas si con que ça de nulle part. « On essaie tous de vivre avec, chacun à sa façon. Moi je me brise les tympans sur de la musique et les neurones sur mes cours, avec une efficacité relative. Tu dois bien avoir ta manière à toi de faire de même. » Parce qu'essayer de ne pas y penser, me fait y penser davantage et cette spirale ne s'arrête jamais. Même perdue dans les cours les plus intéressants, je vrille parfois. Même en pleine détente avec celle que j'aime, les souvenirs ressurgissent et brise la quiétude la plus paisible qui soit. Je hausse finalement les épaules. « En parler ce n'est pas le plus dur, finalement, c'est de tout garder et de le ressasser. Enfin c'est plus facile à dire qu'à faire... » Si je pouvais en parler et me libérer de tout ça, je l'aurai fait autant de fois que possible. Si seulement j'avais pas mon cerveau...

« Oh euh... J’écoute un peu tout » Je grimace à cette réponse que je trouve exaspérante chez les autres, mais qui est sortie toute seule. « Enfin j'ai pas de style particulier. Je peux passer du rock au classique ou à la soul ou l'électro. J'ai un petit faible pour les vieilles chansons françaises ou les musiques de Queen. J'admets par contre que l'opéra ce n'est pas ma tasse de thé. » Je lui offre un rictus moqueur avant de me briser le dos en le posant contre le dossier du banc. Quelle idée j'ai eu de m'installer ici moi ? « De la guitare. Oui je sais, pas très original, mais comme je suis autodidacte et que je ne roule pas sur l'or, je n'allais pas acheter un piano ou une batterie. Mes voisins m'auraient tuée de toute façon. Surtout la vieille peau du premier. » Si on pouvait ajouter un exemple dans le dictionnaire, je l'aurai mise à côté de la définition de « chieuse » et « intolérante » cette vieille bique qui essaie de donner des coups de canne aux animaux.

Tout en parlant je saisi machinalement la bouteille, ayant vraiment besoin d'enlever le goût abject de cette chips qui me reste sur le bout de la langue. C'est comme si ma bouche entière était recouverte de gras. Immonde. « Enfin, c'est plus un passe-temps qu'autre chose, je ne suis pas vraiment une virtuose.» Un léger rire m’échappe, bien vite calmé par la rasade de la bouteille que j'ai ouverte. Quand je parle de regrets, ce n'est pas forcément uniquement les pires jours de ma vie. Ça concerne aussi le fait de boire au goulot d'une bouteille de whisky bon marché comme si c'était de l'eau et qui a tout le loisir de me brûler la gorge tout en déversant un goût aigre et franchement immonde dans ma bouche et ma gorge. Je garde le liquide entre mes joues, incapable de recracher le breuvage que je finis par avaler, dégoûtée. « Ah mais c'est dégueulasse ! » Je frissonne de dégoût pour finalement reposer la bouteille et adresser un regard à Alexandra. Je me sens stupide, soudainement. « Je euh.. désolée, j'ai pas vraiment l'habitude. ». Je tousse, essayant en vain de chasser la brûlure de l'alcool qui, sans être inconnue, est loin d'être familière, se résumant à deux gorgées en plus de seize ans. « Comment on en vient à apprécier ce genre de truc ? » Vraie question pour le coup, parce que je n'en ai pas la moindre idée.

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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
FULL DARK NO STARS
En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
You'll see him in your dreams
He'll appear out of nowhere but
He ain't what he seems
You'll see him in your head
On the TV screen
Hey buddy, I'm warning
You to turn it off
He's a ghost, he's a god
He's a man, he's a guru
You're one microscopic cog
In his catastrophic plan
Designed and directed by
His red right hand


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Mer 28 Avr - 23:52 (#)



Le monde s’était dilué dans un flou de mauvaise augure depuis le mois dernier, et l’alcool n’en était définitivement pas la cause. Les personnes sur ma route étaient devenues des silhouettes éphémères, une foule diffuse sans identité, et la ville de Shreveport, une colonie faite de guimauves sans aucune consistance. Les bruits des conversations étaient réduits à des chuintements incompréhensibles, le vacarme des voitures, de lointains crachotements, comme les pulsations souffreteuses d’un cœur malade. Et les saveurs, merde, des abominables textures asséchées, cireuses et écœurantes se diffusant sur mon palais, tout comme ses chips, qui dégageaient un parfum de graisse amère et collante. J’évoluais alors dans cet espace réduit qui séparait encore la réalité des vivants, et de moi-même, la créature à la nature toujours inconnue, tout au bord de la démence totale.
Je fixai avec lassitude le sommet de mes doigts, alors décorés d’une couche luisante de matière grasse, auquel la lumière des réverbères derrière nous, conférait un aspect encore plus répugnant. Une fois encore, j’éprouvai une soudaine envie de vomir. Que ce soit le dégoût manifeste envers la malbouffe à l’américaine, ou bien envers moi-même, et l’état délabré de ma conscience, le besoin de m’extirper de cette torpeur s’imposa brusquement. De hurler sur ce banc à la con, mais pire encore, d’exploser littéralement, en espérant envoyer chier cette réalité merdique, dont Octobre dernier m’avait gratifié. Au final, l’avait-il déclenché ou bien aggravé ce sentiment, en provoquant la rupture de quelque chose en moi ? Bonne question, et cette soirée ne risquait pas de m’apporter la réponse.
Et, bien au fond de cette mélasse qui me servait d’âme, cette humeur maussade se muait lentement en une fureur de détruire quelque chose de beau, de souiller une œuvre d’art ou de brûler du mobilier de luxe, comme pour déverser une couche de goudron sur ma propre vie. C’était là, un sentiment tout nouveau qui ne me plaisait pas beaucoup. Je fus néanmoins interrompue dans le fil de mes pensées par cette conversation laborieuse avec Anaïs, à laquelle j'avais bien du mal à consacrer une véritable attention.

« Ouais, parfois j’pars dans la cambrousse en moto. Le vent à fond dans la figure, se focaliser sur la conduite et l’silence relatif du casque, ça arrive de temps en temps à m’absorber assez. »

J’arborai certainement une moue guère convaincue. La conduite à tombeau ouvert avait le mérite d’anesthésier de temps à autre les pensées les plus noires, en injectant la peur de se vautrer, d’abimer une moto neuve, et accessoirement de me faire mal. Mais ça suffit jamais, non putain, jamais.

« J’comprends. » marmonnai-je avec un rictus résigné. « J’ai pas l’impression qu’en parler aidera pourtant. Encore moins permettre de redevenir normal, ou même juste remettre les pieds dans un ascenseur dans mon cas. »

Durant une horrible seconde mes mots me propulsèrent violemment dans cet espace exigu qui hantait encore régulièrement mes cauchemars, et un frisson d’appréhension dévala aussitôt mon échine. Je fixai derechef les lumières intermittentes des bars lointains, la clameur des conversations et les tintements étouffés des couverts, comme pour me raccrocher au temps présent, et non à ce passé encore récent. Cela ne dura qu’un instant. Puis mes angoisses me renvoyèrent à nouveau dans cet état de torpeur douloureuse, à peine écartée d’une souffrance intolérable par la voix d’Anaïs qui alimentait une discussion mort-née. Je levai une main fébrile vers le paquet de chips, mais l’illusion de l’appétit m’avait déserté, remplacée par ce besoin d’oublier, de fuir cette soirée et ma vie tout entière, comme un animal cherchant à se soustraire à un piège exigu.

« À vouloir être trop originale, on tombe dans la norme non ? Guitare c’est aussi bien que l’reste, tant que ça t’plait, fais c’que tu veux. »

Et maintenant je philosophe, de pire en pire, songeai-je en regardant Anaïs saisir la bouteille de tord-boyaux à pleines mains. Je levai machinalement ma main pour lui intimer de réduire le débit de son gosier, mais celle-ci semblait bien décidé à se rincer totalement, et à voir sa tronche, elle n’avait pas prévu le résultat. J’affichai un rictus délibérément moqueur face à sa réaction de dégoût.

« Bah ouais, c’est dégueulasse. Pardonnez-moi princesse, si mon whisky de prolo vous heurte les amygdales. »

Toutefois, et certainement pour la première fois depuis des mois voire des années, l’ébauche d’un sourire déforma quelques peu mes traits, habituellement minés par la déprime. Elle a peut-être raison, les trucs les plus normaux ou les plus cons, c’est le mieux. Je ricanai discrètement en saisissant à mon tour la bouteille de whisky de piètre qualité, en haussant les épaules à sa question.

« Bonne question. Sûrement parce que l’but c’est de t’assommer assez pour effacer temporairement toute la merde du monde. Le mauvais goût c’est pour mieux t’faire savoir que t’es au fond du trou. »

Une rasade d’alcool amer, et me voici à mon tour en train de toussoter, une main sur la bouche. Vrai qu’il est dégueu. Je me laissai alors couler au fond du banc, la bouteille appuyée contre le sac, tandis que la brûlure descendait lentement dans mes tripes, comme un lent serpent anesthésiant.

« C’est un peu l’mauvais coup du soir. Tu t’persuades que ça va t’faire du bien, sur le coup t’es trop abattu pour t’en rendre compte, et le lendemain au saut du lit, tu vas carrément le regretter. »

En estimant la bouteille à vue de nez, littéralement d’ailleurs d'après les senteurs acres émanant du goulot, ce whisky-là allait certainement nous apporter un sacré tas de regrets le lendemain matin. Je suivis des yeux la rue illuminée de lumières, dont la musique tambourinait avec un entrain assourdissant, comme si l’alcool avait déjà commencé son œuvre. Dans mon état d’hébètement permanent, la différence entre une crise d’angoisses et une bonne cuite était de toute manière assez mince. Dans les deux cas, seul un désagréable sentiment de n'être plus moi-même subsistait au lever du soleil, une fois la saveur de vomi extirpée de ma bouche.

« J’crois que j’arrive même plus à avoir de regrets comme une personne normale. Comme si tous mes verrous de sécurité avaient sauté, tu vois ? En fait, j’ai l’impression d’ressentir de moins en moins de trucs. »

Qu’allait-il rester de moi alors, une fois toute cette spirale de crasse, de questions, d’angoisses et de dangers allait enfin se désagréger pour laisser place à cette vérité qui persistait à me filer entre les doigts ? Je n’en avais pas la moindre idée. À présent, je n’étais même pas certaine d’avoir encore envie de connaitre l’être nauséabond qui sommeillait quelque part, dans les recoins sombres de mon âme.

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En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
*Jeune fille de dix-huit ans attentionnée envers son grognon de père de substitution, Zach Solfarelli, qui essaie tant bien que mal de surveiller cet aimant à ennui qu'est sa protégée. Recueil de souvenirs de son père, rôle qu'elle remplit avec acharnement, voulant créer autant de souvenirs que possible pour le garder près d'elle à tout prix, terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée. Elle vit avec lui dans un appartement des Kingston building.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. Se donne beaucoup de mal pour contrôler ce don qu'elle se tarde de maîtriser sous les encouragements de l'Outre qui l'aide à se dépasser et à lui apprendre les rouages du monde surnaturel.
* Petite sœur de cœur de Lilas Hirsch, toujours au rendez-vous pour une soirée glace et série ou pour aller danser pour briser un quotidien parfois morne.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital. Pouvoir accepté par peu, rejeté par beaucoup, craint pour d'autres, convoité par ceux qui en voit les possibilités. Une faculté qu'elle entraîne et dont elle a pu, une fois, en effleurer le potentiel immense.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
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Mar 4 Mai - 0:17 (#)

Deep inside, where the demons hide


Alexandra & Anaïs


Dans la légère obscurité du début de soirée, on entend surtout le bruit des voitures, celui qui gens qui chahutent non loin par-dessus le son quelque peu étouffé d’une musique dont je ne parviens pas à discerner les paroles. Y avait-il des paroles déjà ? Je n’en suis même pas sûre. À croire que cette unique gorgée d’alcool me fait déjà de l’effet à peine consommée. Additionnée à la graisse et au sel s’ajoute le goût amer d’un alcool que je m’évertuai à ne jamais approcher jusqu’alors. Un mélange désagréable sur la langue et une brûlure serpentant de ma gorge à mon ventre, pour que je sache bien où cet alcool est passé. La voici, la fille prodigue, cherchant si désespérément à se faire une place quelque part et à garder celle trouvée au hasard de rencontres plus ou moins fortuites. C’était ça, le résumé même de cette soirée. Une rencontre fortuite qui se transforme en autre chose. Quoi donc ? Aucune idée.

Un œil jeté à Alexandra, et la question devient presque plus bruyante que le son du klaxon d’une veille ford qui passe non loin. Où est ce que ça va nous mener, tout cela ? Dans une amitié basée sur des moments horribles qu’on essaie toutes deux d’oublier sans en parler à l’autre tout en voulant tout de même purger la chose ? Elle ne souhaite pas en parler et je n’ose pas le faire, donc ce n’est pas ça. Une simple camaraderie pour passer le temps, se vider la tête en faisant quelque chose de foncièrement stupide ? On approche déjà plus de la vérité. Partir avec elle était déjà idiot en soi, mais prendre de l’alcool avec elle… Au final je ne sais rien d’elle à part son prénom et un vague souvenir d’un boulot qui ne lui plaisait pas. Oh oui, elle est comme moi en quelque sorte. Pas humaine, paumée dans son esprit, cherchant un moyen d’éliminer des souvenirs avec tout ce qui peut lui tomber sous la main. L’alcool en l’occurrence. La seule chose que je n’ai pas encore essayé et que j’aurai probablement préféré ne jamais toucher, surtout pour ces raisons.

Je grimace sans parvenir à chasser cet infâme goût de ma bouche et jette un regard torve à ma voisine qui se moque de moi. Air moqueur qui disparaît au profit d’une grimace toute aussi dégoûté que la mienne, me tirant un sourire mutin et un regard entendu. « Et bah alors ? On ne supporte pas mieux l’alcool que la princesse, visiblement. » Et pendant un instant, nos sourires nous font oublier toute la merde du monde pour se focaliser sur l’instant présent. Ou du moins je le ressens comme ça alors qu’elle exprime à sa façon à quel point elle est perdue, elle aussi. On a l’air fines, toutes les deux, honnêtement. Quand suis-je devenue aussi déprimante, sérieusement ? Question stupide, la réponse étant évidente, mais ça n’en reste pas moins un douloureux constat. Je n’ai aucun contrôle sur rien dans ma vie, ou presque. Suis-je née sous la mauvaise étoile ou bien le destin a-t-il décidé que la petite rouquine que j’étais allait prendre cher du jour au lendemain, sans avoir rien demandé à personne. « Regretter… Pas vraiment, je sais déjà que c’est une sacrée idée de merde de boire, j’ai déjà suffisamment vue les effets sur les autres pour savoir à quel point c’est la pire chose à faire pour moi…  Le mauvais goût c’est plus pour assurer que je vais bien le sentir passer, si tu veux mon avis. »

Je hoche la tête en l’écoutant, reprenant la bouteille pour une rasade encore plus immonde que la première, mais sans l’impression d’avaler de l’acide cette fois. Ça n’en reste pas moins immonde au point de me faire tousser et grimacer à nouveau. Pourtant les paroles d’Alexandra résonnent à mes oreilles bien plus que l’alcool dans mon estomac et je lui jette un regard, partagée. D’un côté je pense la comprendre et de l’autre… « Je n’en sais rien… Pour moi j’ai l’impression que c’est l’inverse. Trop de regrets, je ressens trop de trucs à la fois sans parvenir à tout gérer et ça déborde pour donner… » Je me pointe du doigt de haut en bas « … ça. Tu verrais la moi d’avant et la moi actuelle côte à côte, tu comprendrais qu’un truc a cloché quelque part entre les deux. Genre, vraiment. » Je soupire et un hoquet me remonte dans la gorge. Je plaque une main devant ma bouche en urgence et lance une œillade d’excuse à Alexandra. « Désolé… première dose d’alcool de ce genre. »

Je me penche en arrière, inspirant un peu d’air frais alors que je sens mon corps lentement se mettre à chauffer de l’intérieur. La sensation n’est pas désagréable, mise à part le goût dans la bouche qui semble persister et le dossier du banc qui chercher visiblement à me briser la colonne. Dommage que je n’aie pas de chewing-gum avec moi… ou un coussin « T’as essayé de juste… lâcher prise ? » Je reviens sur ce qu’elle a dit juste avant. « Tu sais, ne plus en avoir rien à faire le temps d’une journée ou une soirée. » Un peu comme ce soir en fait, mais en mieux… ou pire, dépendant de comment tu te laisses aller. « Juste une fois, j’aimerais bien réussir à faire ça. Réussir à juste lâcher prise, oublier qui je suis pour un moment. Oublier que j’ai des principes et envoyer chier le monde autant qu’il m’en fout dans la gueule. » Je ris jaune alors même que ma phrase s’est échappée sans que je n’aie vraiment réfléchis à mes mots. Cessant de fixer le ciel, je laisse ma tête retomber vers le sol et la sens dodeliner sans que j’aie une quelconque forme de contrôle dessus, m’arrachant un souffle et un sourire. « Houla... La princesse propose à… euh…son chevalier de… euh… »  Wow, je sais vraiment plus ce que je raconte, ça devient quelque peu bizarre. « Je suis pas une princesse en plus. Plutôt la sorcière qu’on a prise pour la méchante… ouais. Et qui va s’en tirer… sans doute. » J’inspire, l’odeur de l’alcool encore dans ma main me remontant brusquement dans le nez, me donnant un haut-le-coeur. Je tends maladroitement la bouteille à Alexandra. « Chacune son tour »  J’ai l’impression que mes bras sont un mélange entre de la guimauve et un genre de béton. Super lourd, mais sans vraiment de consistance solide. Un peu comme le bras d’Harry Potter après un soin raté. L’image me fait sourire. J’ai probablement l’air débile, faut que j’arrête. « Au fait… pas un mot à qui que soit hein ? Ce qui se passe là reste… bah là. Deal ?»

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Qui es-tu ? :
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- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
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Mer 12 Mai - 22:59 (#)



Quand une vie devenait dénuée de sens, l’univers se résumait lentement à des éléments simplistes, à la manière de formules mathématiques. Chaque minute écoulée nous écorchait une nouvelle couche de sérénité, comme un vulgaire canif pelait un fruit malléable, nous laissant exsangue, impavide, et nous cherchions alors à calfater ces saignements par n’importe quel placebo à portée de main. On se les additionnait sur la peau avec frénésie, des distractions éphémères, des amis jetables, du plaisir acheté en catalogue, toute une myriade de joies à usage unique. Tout devenait une affaire de calcul.
L’oubli nécessaire devait être proportionnel à la terreur ressentie un mois d’Octobre. Soustraire un maximum de fric égal à la somme des drogues nécessaire à l’amnésie. Les litres d’alcool ingérés retiraient à mon mental, l’équivalent de leur masse en dépression suicidaire. Une Anaïs plus une Alexandra équivalait au temps total à éviter de vous ouvrir les veines, quand bien même le résultat de l’équation était un inconnu. Cela fonctionnait, un temps. Durant les soirées comme celle-ci, le dos compressé contre un banc inconfortable, je me changeai en un produit de consommation, non étiqueté, sous vide, et qui enfin, merci-mon-dieu-béni-soit-ce-pays, ne pensait plus à rien du tout.

Je tournai lentement la tête vers Anaïs, jetant un œil morne vers sa figure d’adolescente fatiguée, cet air de cocker abattu, et ses cernes sous les yeux.
« J’vois. C’est vrai que la princesse a l’air d’avoir pris cher. J’imagine qu’on s’est tous fait rouler dessus d’une manière ou d’une autre. Ça laisse des traces, quoi qu’on fasse. »

Je haussai les épaules. Putain c’est profond comme réflexion, songeai-je avec amertume. Une brise discrète s’éleva des ruelles adjacentes, nous apportant les senteurs de cuisine des restaurants sur l’avenue toute proche. L’odeur légèrement écœurante de la viande en train de cuire, des épices locales mijotant au milieu des légumes, le tout saupoudré d’un alcool bien meilleur que le nôtre. Un frisson désagréable dévala aussitôt mon échine. Comme si la proximité d’une vie normale électrisait mon inconscient, des saccades nerveuses se mirent à tirailler mes paumes, et je fixai mes doigts, l’air absente, en serrant avec force les plis de mon jean. Une nausée persistante s’empara de mon estomac, complètement étrangère à ce whisky couleur d’urine, que nous buvions, Anaïs et moi.

« Lâcher prise ? » répétai-je mollement, en avalant avec difficulté ma salive.

Lâcher prise, me répétai-je encore, à part moi. La notion m’arracha un nouveau frisson de mal-être. Je levai la tête vers le ciel étoilé, brouillé par les lueurs urbaines, comme pour mimer une intense réflexion philosophique. Rien n’était moins vrai. L’envie d’éclater d’un rire dément m’effleura, mais je me forçai aussitôt à chercher des mots bien vains, pour exprimer une sombre intuition, aux ailes parcheminées et noirâtres du cauchemar d’Octobre, qui affleurait à la lisière de ma conscience.

« J’ai essayé un temps. Ça n’a pas marché. J’ai trop peur de… » Je haussai encore les épaules. « J’ai peur de lâcher la barre, et de devenir une autre personne. »

Quelle excuse merdique. Quelle mensonge lamentable. Quelque part dans les tréfonds de mon âme, je pouvais quasiment l’entendre, cette voix minuscule, qui réclamait désormais de tous ses vœux, d’abandonner la lutte. Quel était vraiment ce combat ? Quel était vraiment cette voix, et cet avenir qu’elle me susurrait durant mes cauchemars ? Je n’avais aucune idée dans tous les cas. Cette menace anonyme affirmait sa présence chaque jour davantage, et avec elle, le spectre d’une abime inconnue dans laquelle je risquais de tomber, si mes mains lâchaient une barre qui n’existait pas vraiment.

À cet instant, les balbutiements alcoolisés d’Anaïs m’arrachèrent à ce marasme. Je relevai les yeux de mes mains tremblantes, pour la voir dodeliner de la tête, et déblatérer déjà des propos incohérents.
« De quoi ? Tu commençais juste à être marrante, tu vas pas gerber ou t’évanouir déjà. J’sais que t’as pas l’habitude, mais t’as à peine bu deux rasades. »

À voir son teint, à la manière dont elle oscillait imperceptiblement de droite à gauche, à vue de nez et d’après mon expérience personnelle, vaste d’ailleurs, excusez du peu, je ne lui donnerai pas plus de cinq minutes avant de tomber ivre morte. Je tendis le bras pour récupérer la bouteille de sésame liquide des mains flageolantes d’Anaïs, laquelle était en bonne voie pour devenir ma partenaire de beuverie à usage unique. J’étais d’ailleurs, bien décidée à la rejoindre dans le caniveau de la soif.

« ‘vec plaisir, milady. » déclamai-je en portant le goulot à mes lèvres.

Bénie soit cette supérette bon marché, celle-ci m’avait vendu l’une des plus merveilleuses offrandes à la dépression. Le whisky m’inonda les entrailles à la vitesse d’un ascenseur descendant un boyau, et sans câbles pour le retenir, merci-mon-dieu-béni-soit-ce-pays, avec cette brûlure si intense, qu’elle semblait en mesure de dissiper mes idées noires. Traduit dans des termes beaucoup plus adaptés à mon taux d’alcoolémie, qu’est-ce que ça dérouillait pour une saloperie qui avait un goût de pisse.

« Rester là, sur ce banc ? Y’a mes lombaires qui vont y rester, mais ça tombe bien, j’ai pas d’amis à qui l’raconter. » Je ricanai bêtement. « J’en fais le serment chevaleresque. »
Un soubresaut remonta dans les tréfonds de mon gosier et, en reposant la bouteille fautive entre nous, je lâchai un léger rot de bienséance, comme pour conclure l’affaire. « Amen »

Un subtil vertige commença alors à teinter ma vision de couleurs vives, et mes pensées les plus noires s’estompaient délicieusement dans les méandres de ce début d’ivresse. Je jetai un œil vers Anaïs qui avait l’air d’avoir elle aussi les premiers symptômes de la bonne humeur alcoolisée.

« J’te jure que j’ai pris ce truc au hasard, j’pensais pas qu’il tabassait autant. J’crois que j’ai pas été aussi rincée depuis la maternelle. »

Encore quelques rasades, et il serait sans doute envisageable d’espérer une amnésie complète avant le coma éthylique, voire peut-être même, parvenir à parler librement de mes pires tourments sans avoir envie de me jeter sous une voiture. Bon, c’est peut-être espérer beaucoup pour seulement treize dollars, pensai-je avec ironie. Je remuai mollement sur mon séant, comme pour chasser en vain ce mal de dos, et tâcher de conserver une stature à peu près digne avant la suite.

« La dernière fois que j’me suis torchée comme ça, c’était euh… La nuit d’après être sortie de l’hosto, après l’ascenseur. » Je reniflai machinalement comme pour affirmer la tonalité de ma voix. « Je t’ai dit que j’ai failli crever dans un ascenseur d’ailleurs ? »

Le souvenir m’arracha une grimace. Toutefois, mon taux d’alcoolémie croissant contribuait à jeter une plaisante épaisseur d’ouate sur mes pensées, transformant l’horreur en sentiment confus de mal-être, presque supportable. « Putain rien que d’y penser, ça me donne soif. »

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En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
*Jeune fille de dix-huit ans attentionnée envers son grognon de père de substitution, Zach Solfarelli, qui essaie tant bien que mal de surveiller cet aimant à ennui qu'est sa protégée. Recueil de souvenirs de son père, rôle qu'elle remplit avec acharnement, voulant créer autant de souvenirs que possible pour le garder près d'elle à tout prix, terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée. Elle vit avec lui dans un appartement des Kingston building.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. Se donne beaucoup de mal pour contrôler ce don qu'elle se tarde de maîtriser sous les encouragements de l'Outre qui l'aide à se dépasser et à lui apprendre les rouages du monde surnaturel.
* Petite sœur de cœur de Lilas Hirsch, toujours au rendez-vous pour une soirée glace et série ou pour aller danser pour briser un quotidien parfois morne.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital. Pouvoir accepté par peu, rejeté par beaucoup, craint pour d'autres, convoité par ceux qui en voit les possibilités. Une faculté qu'elle entraîne et dont elle a pu, une fois, en effleurer le potentiel immense.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
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Jeu 20 Mai - 21:30 (#)

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Alexandra & Anaïs


Le monde tourne. Les lumières des fenêtres, des phares des voitures ou des lampes à bas prix des bars alentours se brouillent peu à peu. Mes yeux clignent plus fortement, comme si les paupières étaient plus lourdes, moins décidées à se redresser qu’avant. C’est une première, encore une à Shreveport. Je n’arrive même pas à me demander comment j’en suis arrivée là, à me brûler la gorge et l’estomac sur un banc créé pour torturer le dos des gens, aux côtés de quelqu’un que je ne connais pas, au final. C’était quoi l’idée déjà ?  S’amuser… Oublier. Oublier un instant le monde et ses problèmes. Oublier un instant le passé et ses horreurs. Oublier un instant qui je suis pour ne plus avoir à penser aux responsabilités et à la culpabilité. Et ça marche, je crois.

Deux gorgées de cette horreur et me voilà à dodeliner de la tête, à sortir des absurdités incohérentes sans que mon regard ne parvienne à s’accrocher à quelque chose en particulier. « L’alcool est l’aspirine de l’âme ». Je crois que c’est ça le proverbe. Ou alors j’ai entendu ça une fois et ça me revient maintenant alors que j’ai encore le goût du whisky sur la langue et la gorge encore chaude de la descente de ce truc frelaté. Sans ce banc inconfortable je pourrais dire que la soirée se passe… bien ? La voix d’Alexandra à mes côtés est comme une sorte d’ancre qui m’évite de laisser mon esprit dériver trop loin. Mais ses paroles, elles, elles semblent plus être faites de coups de barres de fer entre les omoplates… Ah non, ça c’est ce fichu banc…

Je hausse les épaules face à l’évidence. Oui j’ai pris cher. On a toutes les deux pris cher j’ai l’impression, moi aussi. Sans avoir rien demandé à personne, juste souhaité vivre un peu normalement, le destin a décidé de nous cracher à la gueule un gros « Nope » accompagné d’un doigt fièrement dressé vers le ciel. Ça aurait pu être comique, mais ça me donne juste envie de m’énerver contre le monde entier. Et contre moi-même. Et à la place je suis là, à boire mes premières gorgées d’alcool avec quelqu’un qui m’a appelé pour une raison qui nous échappe à toutes les deux. La vie se fout vraiment de ma gueule en fait… C’en est presque risible, là aussi. Tout semble prompte à me faire rire en fait, maintenant. Rire jaune, mais rire quand même.

Je parviens à hausser un sourcil en suivant le cheminement de pensée d’Alexandra. Je ne dis rien, mais je la comprends. Je devrais lui dire, mais les mots ne franchissent jamais mes lèvres. J’ai eu peur, moi aussi, une fois, de devenir complètement quelqu’un d’autre. Il aurait fallu bien peu, au final. Juste la pression d’un peu de magie sur le cœur d’une personne haït au plus profond de mon être. Ça m’aurait sans doute soulagée, mais à quel prix ? Nul ne sait et nul ne saura jamais. Pour le meilleur je suppose.

- Nan t’as raison. Reste comme tu es. Moi je t’aime bien comme ça.

Et un vrai sourire parvient à sortir cette fois. Dans d’autres circonstances j’aurai été un peu embarrassée de sortir ça ainsi, de but en blanc, mais il faut croire que deux gorgées d’alcool suffisent à supprimer assez d’inhibition pour que je déblatère des trucs soit incompréhensibles, soit totalement vrai, mais que je ne dirai pas d’ordinaire. Même dans mes actions j’ai le sentiment que je me laisse complètement aller. Je hausse les yeux au ciel face aux propos un peu moqueurs de ma compagne de beuverie – on en est vraiment là ?- et la fixe avec une moue un peu vexée. Même si elle n’a peut-être pas tort, mais je ne me sens pas prête à me vider l’estomac du peu que j’ai mangé aujourd’hui.

- Mais non c’est bon. C’est pas parce que c’est ma première fois que je vais vomir partout en cinq minutes ! Parole d’Outre, je peux encore tenir !

Tenir ouais… faut voir combien de temps, parce qu’elle n’a pas tort en soi. Deux gorgées et j’ai l’impression de voir le monde au ralenti et j’ai la tête à la fois lourde et légère. Très étrange. Et à voir la tête d’Alexandra lorsqu’elle prend à son tour une gorgée, l’alcool qu’elle a pris doit être un genre d’acide qu’on utilise normalement pour enlever la crasse la plus tenace. Ça fait ton sur ton, en fait, c’est bien. Le rot qu’elle lâche me tire une grimace mi-amusée, mi-outrée et je lui donne un léger coup de poignet dans l’épaule en ricanant bêtement.

- Ah ! Et on s’moque de moi, hein ?  Au moins…tu l’as pas acheté pour rien.

La suite me fait tourner un peu trop vivement la tête vers elle et je ferme les yeux une seconde, un peu perturbée par le roulis du monde autour de moi. Je parviens quand même à saisir de quoi elle parle et j’ai une étrange sensation qui me tord l’estomac. Enfermée dans un ascenseur ? Pourquoi est-ce que j’ai la désagréable impression de savoir de quoi elle parle ? La vision du large dos de Zach, penché sur le corps inanimé de Sumire dans ce maudit hôpital parvient à faire remonter une bile acide dans la gorge et j’inspire un grand coup pour finalement reprendre une gorgée de cette saleté que je devais éviter. C’est immonde, ça brûle et c’est vraiment mauvais pour moi… mais c’est quand même bon d’avoir ce truc à disposition. Je lui tends la bouteille juste après, réussissant à garder un haut-le-cœur à peu près discret, contrairement à la grimace de dégoût face au goût du whisky.
-Nan, t’en as pas parlé, nan…

J’inspire, fixe à nouveau le ciel en appréciant la légère brise qui aurait dû me faire frissonner mais qui parvient à peine à calmer la chaleur qui m’est monté à la tête. J’ai du mal à articuler mes pensées en un tout cohérent. Dès que je pense à une chose, une autre s’ajouter, se mélange, change et ainsi de suite. J’ai l’impression de prendre une heure pour aligner trois pensées logiques et organisées.
- Un ascenseur… Je connais deux personnes qui ont vécu un truc similaire.

L’une est à l’hôpital, inanimée et blessée, l’autre est à son chevet, en train de culpabiliser et de sombrer peu à peu. Et moi je suis là… je fais quoi exactement ? Je fuis. Je fuis la réalité autant que possible, avec plus ou moins de succès selon les moments. Ça marchait bien jusque-là, ce soir. Et maintenant les images me reviennent en pleine figure.
- Moi on m’a tiré dessus. Un vrai flingue, tu vois ? ça m’a frôlé, j’ai cru j’allais mourir. Cinglée de Shepherd. C’était elle ou moi…

Et ça a été elle. Je revois encore son visage. Je ressens encore la violence du choc, le son du craquement, le sang qui s’étale sur le sol et les yeux sans vie qui me fixe somme s’ils m’accusaient. Un frisson me parcourt l’échine et je me lève soudainement, incapable de rester en place. Mauvaise idée. Mes jambes tremblent, j’ai la tête qui tourne et je tangue tellement que je manque de me retrouver sur les fesses à même le trottoir. Je parviens tout juste à me retenir au banc. Bizarrement, je ne me sens pas si mal. C’est même plutôt l’inverse. Un rire m’échappe. Authentique et sincère. Dans quel état suis-je ? C’en est beaucoup trop comique. Une étrange comédie tout ça.
- Moi aussi, ça me donne soif tiens…

C’est surtout pour occulter ce genre de pensées que je prends une nouvelle rasade. Etonnamment, je ne ressens plus vraiment l’acidité. Le goût est toujours infect, mais au moins ça ne m’arrache plus la gorge. Je dois avoir été un peu anesthésiée avec les deux premières rasades. Je ne pensais pas que ça faisait effet aussi vite, mais visiblement je suis bien partie.
- On oublie ça ce soir ? Je sais pas on peut… bouger déjà ? Je crois qu’il va me falloir plus que ça pour parler d’Halloween. Genre beaucoup, beaucoup plus… Et j’ai quand même envie de m’amuser. Ça fait longtemps.

Si longtemps…


codage par aqua



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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
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FULL DARK NO STARS
En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

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Sam 29 Mai - 22:52 (#)



L'Alexandra d’autrefois était morte. Devant moi, les lumières de l’avenue s’emmêlaient sous l’effet de l’alcool, à la manière de fumeroles évanescentes et multicolores, les couleurs devenaient floues, et les sons lointains, comme soudainement enveloppés d’une couche de coton. Les voix humaines enfiévrées bondissaient dans un chœur spiralé, qui envahissait peu à peu mes sens, et camouflaient la réalité sous un début d’euphorie hallucinée. Les contours des formes se firent à la fois flous, et de plus en plus précis, dessinant devant mes paupières entrouvertes, des éléments irréalistes, des créations fantaisistes d’un esprit aussi bien miné par la boisson, que par une lente déprime.
Je me vis marcher dans ces rues saturées des effluves humaines. Les contours d’une ancienne moi se dessinèrent dans les mouvements des clients d’un bar, et plus violemment, dans un flash de couleurs qui s’imprima dans ma rétine. Comme l’illusion persistait à s’ancrer à contrejour de mes perceptions, je me sentis dériver, au gré des nausées coulant dans mes entrailles, me recréant une nouvelle vie, la fausse Alexandra qui était morte avant d’avoir commencé à vivre. Je me vis déambuler avec plaisir sur le trottoir d’en face. Je me vis assise à une terrasse siroter un verre de bon whisky. Je me vis faire un effort pour écouter la conversation d’autrui. Je me vis profiter des plaisirs, et vieillir sans regrets.

Le fantôme d’Alexandra continua à errer au milieu des lumières d’une vie fantasmée. Elle se faufila dans les bars bondés, et chassa de son visage cet air renfrogné, pour partager un verre avec un ami qui aurait pu exister. Elle s’attabla devant une assiette, et dégusta avec plaisir, un plat enfin devenu abordable grâce à son nouveau job. Elle reparti sur une moto neuve, avec sur le siège arrière, quelqu’un pour lui tenir compagnie toute la nuit, vers un appartement en bien meilleur état. La vision s’estompa dans les méandres obscurs des allées, et une nouvelle amertume m’enserra brutalement la gorge, avec ces saveurs étouffantes et nauséabondes des rêves brisés.
Cette Alexandra là était morte, et tout l’alcool du monde ne la ramènerait jamais. C’était trop tard. Trop tard, trop tard. Les mots résonnèrent lugubrement dans mon esprit victime d’une absence momentanée, comme un vieux glas moqueur, une bonne blague cruelle, à l’image de ma vie toute entière depuis le mois d’Octobre. J’écoutai alors à moitié le compliment d’Anaïs. Moi aussi je m’aimais bien, avant, pensai-je, et une violente nausée me vrilla l’estomac, tandis que je retombai contre le banc, me déplaçant deux vertèbres dans le même mouvement. L’alcool aidant, l’envie de pleurer à chaudes larmes se fit plus forte, et je me hâtai de noyer ce soudain accès de tristesse par des hochements de tête, en me raccrochant fébrilement à la discussion de bistrot.

« Sérieux ? J’imagine, ouais. J’veux dire, quand j’ai pris le coup de couteau, tu sais, j’ai cru pareil. Bon, c’est pas la même chose qu’une balle évidemment, mais tu vois le principe. »

Le junkie de Mansfield m’apparut appartenir à un autre siècle. D’un temps lointain, où mes pensées m’appartenaient encore, au lieu d’être peu à peu remplacées par une mélasse noire, qui m’encrassait chaque jour un peu plus dans un siphon de mal-être. Brièvement, cette ancienne Alexandra revint effleurer ma vision, aussitôt balayée par une nouvelle bouffée de tristesse, de remords et de sanglots, qui fort heureusement pour ma dignité, ne franchirent pas mes lèvres. Je me contentai de fixer ce sol miteux de béton sale, des tremblements incontrôlés au bout de mes doigts, comme brièvement hébétée par l’alcool. Le vacillement d’Anaïs m’arracha alors à ma contemplation morose. Je tendis vivement mon bras vers elle pour la rattraper dans un réflexe qui me parut exemplaire, mais qui en réalité, contenait toute la vivacité d’un bulot en fin de carrière.

« Bah ouais, et l’hydratation c’est important, » lui confirmai-je platement, en lui tendant la bouteille de réconfort liquide.

L’écho de son rire m’arracha un sourire à mon tour. Nous étions enfin rendus là, à ce doux moment de basculement où les tourments des mois précédents s’estompaient sous un début d’ivresse, et devenaient des blessures lointaines, de moins en moins douloureuses. Je me transformai alors en une troisième Alexandra, une version alternative et éphémère née du whisky, à mi-chemin entre deux vies, l’une anéantie à jamais, et l’autre, une terrifiante inconnue. Les joies d’une vie mort-née me semblaient alors puériles, vidées de toute substance attrayante, et les remords, toutes ces petites créatures faites de regrets, cessaient de ronger mes pensées. Quant aux douleurs d’un nuit maudite, elles devenaient d’anciens mirages, des plaies ouvertes, mais dont la brûlure de la boisson permettait de désinfecter temporairement les bords. Le temps d’une nuit, au moins.

« Bah, tu veux aller où ? J’veux pas péter l’ambiance, mais j’suis pas assez défoncée pour dévaler les rues en riant comme des perdues. Puis, faudrait éviter de tomber sur des flics. »

Je récupérai d’un geste machinal le sac de provisions grasses, puis de l’autre main, la bouteille de désinfectant d’âme, dont je m’enfilai aussitôt une gorgée salvatrice. Je me levai alors en dodelinant de la tête, aspirant la brise chargée de fumets festifs, et tentait de stabiliser ma vision. Aussitôt, la nuit m’enveloppa dans une étreinte chaude, comme si l’air autour de nous s’était soudainement épaissi, et je me sentis doucement vaciller, tendrement bercée par une ivresse naissante.

« D’ailleurs avant que j’y pense plus, comment on va rentrer ? Parce que vu comme c’est parti, j’me vois pas conduire la moto, ou alors on va terminer dans l’fleuve. Et j’veux pas terminer dans le fleuve. L’est neuve ma moto. »

Ça y est, j’commence à plus y savoir causer, ruminai-je en repassant la bibine à Anaïs. C’était mieux comme ça de toute manière. Je n’avais jamais réussi à causer comme une personne bien éduquée.

« Faudrait peut-être trouver un endroit où crécher. » récitai-je en remontant mon jean avec une élégance à toute épreuve. « Faudra trouver une idée en marchant. Mais discret, hein. »

L’air remontant de l’avenue bondée de monde m’inonda de senteurs de cuisines cajuns, et sans doute était-ce dû à mon taux d’alcoolémie croissant, car une nausée et un goût de bile remonta le long de ma gosier. Je m’étirai maladroitement en entamant une marche aussi mal assurée, vers-dieu-sait-quelle-destination-pas-un-caniveau-j’espère, puis tendit mon bras vers Anaïs, qui avait déjà montré des difficultés à suivre une géométrie à base de ligne droite.

« La princesse a besoin d’mon bras ? Parce que la princesse a l’air d’avoir du mal à tenir debout. Tu sais ce qu’il nous faudrait, tiens ? Un énorme burger bien gras pour éponger une partie de l’alcool. Avec de la sauce qui dégouline et qui fait briller les doigts. Et des frites bien baveuses. »

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Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
*Jeune fille de dix-huit ans attentionnée envers son grognon de père de substitution, Zach Solfarelli, qui essaie tant bien que mal de surveiller cet aimant à ennui qu'est sa protégée. Recueil de souvenirs de son père, rôle qu'elle remplit avec acharnement, voulant créer autant de souvenirs que possible pour le garder près d'elle à tout prix, terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée. Elle vit avec lui dans un appartement des Kingston building.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. Se donne beaucoup de mal pour contrôler ce don qu'elle se tarde de maîtriser sous les encouragements de l'Outre qui l'aide à se dépasser et à lui apprendre les rouages du monde surnaturel.
* Petite sœur de cœur de Lilas Hirsch, toujours au rendez-vous pour une soirée glace et série ou pour aller danser pour briser un quotidien parfois morne.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital. Pouvoir accepté par peu, rejeté par beaucoup, craint pour d'autres, convoité par ceux qui en voit les possibilités. Une faculté qu'elle entraîne et dont elle a pu, une fois, en effleurer le potentiel immense.
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Mer 30 Juin - 16:18 (#)

Deep inside, where the demons hide


Alexandra & Anaïs


Je suis dans un sacré pétrin. Je ne sais pas trop ce qu’il m’a pris de demander à faire une virée, ce qu’il m’a pris d’accepter de prendre de l’alcool et de réellement en boire et de recommencer jusqu’à ce que je commence à même plus pouvoir tenir debout sans vaciller. Le monde avait tendance à ne pas tourner rond ces derniers temps, là il tangue. La rumeur musicale que les discussions et els bruits alentours masquaient me semble encore plus lointaines qu’avant. Je cligne des yeux en cherchant à me concentrer sur ce qu’il se passe réellement. Je ne me souviens même pas quand Alexandra m’a saisi le bras pour éviter que je ne me retrouve les fesses sur le trottoir. Et ce n’était même pas si grave. Je suis d’accord avec elle, l’hydratation c’est important. Ça brûle ma gorge à chaque gorgée et je me sens de plus en plus bizarre alors que le monde commence à devenir plus flou, mais ce n’est pas grave, parce que je ne ressens plus rien d’autre, comme si tout le reste était engourdi. Plus ce nœud dans le ventre, plus ces pensées sombres qui persistaient jusque-là. Juste des sensations parfois plus vagues que d’autres, un goût immonde dans la bouche et une folle envie de ricaner en voyant qu’Alexandra ne semble pas vraiment dans son état habituel non plus. Je la fixe un instant, croyant avoir mal vu, avant de sourire béatement.

- Je crois c’est la première fois que je te vois sourire. Tu devrais le faire plus souvent.

Je ne sais pas pourquoi ça me réchauffe aussitôt dans l’air frais de cette nuit qui est déjà en train d’apporter son lot de bizarreries. J’en ferai une petite gigue de la victoire si je n’avais pas peur de me casser la figure à peine un pas entamé. Je l’ai quand même entamé et aussitôt regretté en sentant mon corps protester et mon estomac me conseiller vivement de ne pas bouger trop vite. Message reçu, faut être prudente. Un mot qui aurait dû faire partie de mon vocabulaire bien avant et qui aurait dû m’éviter de finir là, à boire un whisky que j’étais certaine de ne jamais reboire un jour tant il est immonde. Sans trop savoir pourquoi, je n’imaginais pas ma première beuverie comme ça. Je l’imaginais à une fête, probablement à la faculté, avec tout plein de monde complètement défoncé, des tonnes d’alcool différent, de la musique à s’en faire un acouphène pour finir par peloter Rica dans un coin plus tranquille, pour son plus grand bonheur. Au lieu de quoi j’en était venue à boire pour essayer d’arrêter de déprimer avec une presque inconnue. Ça en disait long sur le bordel que ma vie est devenue malgré moi.

- Et bah bois plus ! Parce que j’ai pas envie de rester le cul sur un banc, et toi non plus ! Et raison de plus pour bouger, parce que les flics nous repèreraient direct.

Surtout avec ma tête de lycéenne désœuvrée et la sienne, plus proche d’une punk. On formait un duo bizarre et mieux valait ne pas rester trop longtemps là. J’avais déjà assez d’ennuis et finir au poste pour ébriété sur voie publique en étant mineure… je n’osais même pas imaginer le savon que j’allais prendre si quelqu’un de mon entourage entendait parler de ça.
Elle a cependant raison sur un point, on allait dormir où ? Je n’y avais pas pensé et il était trop tard pour rentrer. Je me voyais mal marcher jusqu’à chez moi, surtout sans connaître le chemin. Je n’étais pas suffisamment confiante en me capacités physiques pour me lancer au hasard dans les rues en étant à moitié saoule en plein milieu de la nuit. La police serait le moindre de mes soucis si je commençai à faire ce genre de choses. Moi qui avais toujours été une fille et une élève modèle, je me demandais vraiment ce qui avait mal tourné pour que j’en arrive là. Enfin je savais ce qui avait mal tourné, mais ça ne m’empêchait pas d’essayer de trouver une réponse logique au « pourquoi la vie ? »

- C’mort pour rentrer ce soir j’pense. Faut trouver un motel. Un truc pas trop crade. Princesse veut des draps propres.

Et aussi la certitude de pas tomber sur un cafard, j’ai horreur de ces trucs. Ils grouillent c’est immonde. Je préfère encore voir des serpents ou des araignées. Eux au moins ils sont pas trop chiants. Alexandra se met finalement debout, visiblement pas plus douée que moi en ce qui concerne l’idée de rester perpendiculaire à la ligne d’horizon. Je ne suis plus certaine que marcher soit une bonne idée. Vu notre état, si l’un de nous trébuche, l’autre va probablement aggraver la chose et on se retrouverait à deux les fesses sur le sol. Dans le meilleur des cas. Mais quand elle propose son bras, je ne pus m’empêcher de rire et d’enrouler le mien autour après une vague révérence. Vague parce que je titubai trop pour que ça ressemble à un truc solide et que sans elle je finissais le nez sur le bitume.

- Merci Ô chevalier serviable.

L’idée d’aller manger un morceau me tente. Sa description me donne par contre instantanément la nausée et je le fixe avec un regard que j’espère empli de reproches. Probablement qu’il est surtout un peu vitreux et pas vraiment concentré, mais vu que je mets déjà pas mal d’effort dans le fait de m’accrocher pas trop fort à elle, je ne peux pas espérer grand-chose.

- Si tu m’parles encore de trucs dégoulinants, je n’répond plus d’rien. Et j’crois avoir vu un Five Guys en amont d’la rue. Question burger ils ont ce qu’il faut.

Un pied devant l’autre était largement faisable pour le moment, surtout avec le contrepoids exercé par Alexandra. Je ne l’imaginais pas bien lourde, mais comme j’avais la masse corporelle d’une crevette en plein régime c’était bien suffisant pour m’éviter de flancher stupidement. Evidemment arriver jusqu’au fast-food était plus facile à dire qu’à faire, mais on est en bonne voie. Je parviens même à rester suffisamment droite pour ne pas sembler trop imbibée. J’espère. On devait ressembler à un espèce d’étrange couple. L’idée me sembla soudainement bizarre et je levai le nez vers Alex. Mon cerveau fonctionnait encore, à défaut des fonctions motrices les plus simples.

- Si on demande, je suis ta demi-sœur adorée et j’fais pas mon âge, okay ?

Rica serait probablement morte de rire en nous voyant comme ça, bras dessus, bras dessous, mais je n’étais pas sûre qu’Alexandra trouve l’idée incroyablement drôle. L’odeur de malbouffe attire mon regard ailleurs et je sens mon ventre gargouiller. Je n’ai rien mangé depuis le midi et si d’habitude je fuis les fast-food comme la peste, là j’en saliverai presque. Par chance le restaurant n’était pas assez bondé pour qu’on poireaute des années. Je réussi à commander sans me tromper et prend un bacon cheeseburger avec salade et tomate en plus. On peut mal manger et quand même vouloir un peu de crudités. L’odeur me donnait honnêtement faim que je sortis le burger presque aussitôt pour manger un morceau. Je grognai de satisfaction. C’était gras, mais c’était bon.

- J’aurai bien proposer d’aller en boîte, mais jamais je rentre, j’ai pas l’âge. On peut chercher un motel maintenant ? Et…

Je jette un œil à la bouteille pas encore vide.

- Finir ça pendant le trajet ? Je me demande vraiment ce que peux faire une Alexandra bourrée.

Je me tiens de nouveau à son bras et lui offre un sourire aussi large que possible. Etonnamment, quand j’ai rien d’autre en tête que le présent, je me sens bien. Autour de moi ça tourne, ça devient flou par moment, mais je me sens bien.


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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
FULL DARK NO STARS
En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

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You'll see him in your nightmares
You'll see him in your dreams
He'll appear out of nowhere but
He ain't what he seems
You'll see him in your head
On the TV screen
Hey buddy, I'm warning
You to turn it off
He's a ghost, he's a god
He's a man, he's a guru
You're one microscopic cog
In his catastrophic plan
Designed and directed by
His red right hand


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Dim 11 Juil - 0:10 (#)



La station verticale fonctionnait. La marche linéaire, beaucoup moins. La bouteille dans une main, le sac de vivres dans l’autre, le frêle esquif Alexaïs venait de larguer ses amarres depuis l’inconfortable banc portuaire, avec ses deux figures de proue aux teints livides, qui combattaient tant bien que mal la houle nauséeuse, et les vagues jaunâtres de la rivière whisky. Tel le fond sonore d’une épopée épique, les notes de jazz mélangées aux rires lointains nous emmenèrent dans notre démarche de guingois, vers une destination inconnue, mais probablement toute proche d’un caniveau. Une timide brise aux relents lourds de friture tendait les voiles de nos cheveux, quand nos bras accrochés l’un à l’autre tâchaient de maintenir un cap correct, en luttant contre un gouvernail laissé en roue libre.
Je m’interrogeai soudainement, entre deux hoquets, sur cet accès de lyrisme. Mon éditeur aurait-il apprécié, ce poème à l’ivresse ? Marchais-je dans les traces d’un Verlaine ou d’un Baudelaire ? Allais-je me lancer dans l’écriture des fleurs du vomi en rentrant chez moi ? Car nos deux silhouettes alors étroitement entrelacées, dessinaient bel et bien les vrilles des glycines enroulées l’une à l’autre, tandis que nous suivions la piste olfactive des burgers Five Guys. Au fil des méandres d’une route pourtant bien droite, nous croisions des inconnus, des touristes rieurs ou d’autres locaux blasés, dont les traits flous nous jetaient des œillades curieuses ou des regards franchement désapprobateurs.

Quand, au terme de nos pérégrinations, les halos des néons du Five Guys se dessinèrent au travers de notre vision altérée, celui-ci devint comme un ilot de calme, où nous allions pouvoir drainer le trop-plein d’alcool infiltré dans nos soutes. Je m’arrêtai brièvement sur le seuil d’où filtrait déjà les senteurs de cholestérol de la cuisine. Au terme d’un effort notable, je tâchai de refouler ce début d’euphorie alcoolisée, au même titre que les métaphores marines qui parcouraient mes pensées.

« Ok, message reçu, demi-sœur adorée. » chuchotai-je à Anaïs, en m’avançant vers le comptoir.

Dans un effort mutuel extraordinaire, du moins me semblait-il digne de félicitations sur le moment, nous commandâmes chacune un riche assortiment de substances caloriques, à base d’une bonne viande reconstituée à l’américaine, et de quelques légumes industriels sous cloche. Ô, miracle de ces additifs chimiques, et des excès de sucre, toutes ces odeurs de graisse parvinrent à me donner faim, lorsque le serveur me tendit nos plateaux, avec un regard appuyé vers Anaïs qui oscillait en silence.

« Elle n’a pas l’air en super forme, ta pote. » me dit-il en désignant l’adolescente imbibée, attachée à mon bras.

J’adressai un regard circonspect vers Anaïs à côté de moi, laquelle arborait un sourire de travers, avec des yeux pétillants et des joues rouges, qui lui donnaient l’air d’un Doge ayant découvert un nouveau jouet qui couine. Je haussai les épaules, en répondant au type d’un ton blasé.

« Ouais, mais non, c’est son état habituel. C’est ma d’mi-sœur, elle vient du Texas, ils sont toujours rouges là-bas. Et puis, y sont un peu particuliers. »
Le serveur ricana, et m’adressa un regard entendu. « Je vois ouais, j’ai un oncle de là-bas, cuit par le soleil aussi. Et bah en tout cas, bon appétit. »

« Merci » marmonnai-je, fière de mon stratagème inventif, tandis que nous emportions nos menus à une table à part, suffisamment éloignée du commun des mortels sobres.

Quelques minutes plus tard, avec une solide dose de malbouffe dans le ventre, et des centaines de grammes de graisse supplémentaire sur nos hanches, nous étions alors affalées sur nos banquettes, l’air repues, et un tantinet moins imbibées. Tout autour de nous, le fond musical discret du Five Guys diffusait un sentiment inhabituel de plénitude dans ma cervelle, comme si tous mes soucis s’étaient soudainement réduits à l’état de souvenirs inoffensifs. Les emmerdes d’une autre vie, que je pouvais, grâce à l’alcool, remettre à un autre jour le temps d’une nuit d’ivresse, pour ressentir un semblant de sérénité. Je ne me sentais pas réellement bien. J’avais simplement oublié de me sentir mal.

« Ouais, allez, pourquoi pas. T’façon, j’ai jamais été adepte des boites, et puis, tu passeras jamais les vigiles, tu tangues trop pour ça. »

Je me levai vaille que vaille, cachant l’essentiel de la bouteille de whisky dans notre sac à provisions, et proposai une nouvelle fois mon bras à Anaïs, tandis que nos pas hasardeux nous emmenaient vers la sortie du Five Guys. Ça semblait devenir une habitude. Notre équilibre précaire créait ce semblant d’intimité entre nous, une proximité auquel je n’étais pas habituée, et qui m’aurait sans doute mise mal à l’aise, sans l’aide providentiel du whisky. Nous sortîmes à l’air libre, encore saturé des senteurs de cuisine, la bouche agressée par les restes d’huile grasse de nos burgers, et nos estomacs alourdis par les pains industriel qui devaient lentement se gonfler de liquide alcoolisé là-dedans.

« J’saurais pas dire, d’habitude je m’imbibe toute seule. Ça fait triste dit comme ça, mais au moins j’ai personne pour me raconter mes exploits après coup. »

J'ai toujours été seule pour à peu près tout, songeai-je en faisant quelques pas sur le trottoir. Une nouvelle rasade d’alcool dans le gosier. Je tendis d’une main la bouteille à Anaïs, nous orientant totalement au hasard vers la droite, où la clameur festive se faisait moins dense, loin de la cohue et des musiques tonitruantes. Des groupes d’étudiants nous croisaient en sens inverse, dans des éclats de rires aussi débridés que leurs tenues vestimentaires. Je cherchai alors subitement un sens à toute cette soirée, à ce besoin soudain d’ivresse, et à ce rapprochement avec Anaïs. Je jetai un coup d’œil à cette dernière, sans parvenir à découvrir une raison valable sur son visage bêtement souriant, dont l’enthousiasme commençait doucement à me contaminer à mon tour.

« T’sais, j’voulais te dire merci d’être venue. On s’connait pas tant que ça, et on est là, à… marcher, quoi. J’veux dire, sans toi j’serai restée chez moi à déprimer, ou à boire toute seule, et ça fait un bail que j’me suis pas sentie aussi… pas trop merdique. »

La déclaration aurait pu être émouvante, si nos jambes n’avaient pas été constamment en train de louvoyer, et si ma voix n’avait pas eu ce subtil trémolo qui indiquait une ébriété entamée. Je haussai machinalement les épaules, dans une attitude qui se voulait détachée, et maitrisée, mais dont les intonations trahissaient une émotion difficilement contenue. La faute de l’alcool, bien entendu.

« Si jamais tu veux qu’on refasse ça un jour, tu m’sonnes… Bon, peut-être pas avec le whisky à chaque fois hein, mais une virée entre amies dans une boite ou… Oh putain, fais gaffe ! »

Au travers de ce début de coma, au sommet de l’avenue, le blanc et noir d’une carrosserie venait subitement de me sauter aux yeux. Dans un sursaut d’une élégance incontestable, et un élan maladroit, j’embarquai Anaïs dans une ruelle adjacente en voyant la voiture de police descendre la route dans notre direction, manquai de me casser la figure avec elle, et nous rattrapai de justesse à un mur, entre deux bennes à ordures. Le mouvement de panique créa des remous de mauvaise augure dans mon estomac, et durant un court instant, les graffitis peints sur la paroi d’en face dansèrent devant mes yeux, ébauchant des arabesques improbables dans l’obscurité crasseuse.

« Bouge pas, j’crois qu’ils venaient vers nous. » murmurai-je à ma comparse de beuverie.

Instinctivement, je retins mon souffle, en me collant aux briques sales du bâtiment, tandis qu’une matière spongieuse s’écrasait sous mes chaussures. Une forte odeur d’urine et d’eaux croupies imprégnait toute la venelle étroite, quand les ordures diverses, et les vieux cartons pourrissant dans les recoins n’arrangeaient rien au parfum imbibant les lieux. Mon estomac protesta en silence. Dans l’avenue toute proche, le bruit d’un moteur s’intensifia lentement, faisant monter ma tension, avant de nous dépasser d’une seule traite, nous abandonnant à l’obscurité putride de la ruelle.

« Ok, j’ai flippé un moment. » confiai-je à Anaïs en ricanant bêtement. « J’nous ai vu en cellule pour la nuit… Merde, ça va ? Scuse-moi, j’voulais pas t’pousser trop fort, cas de force majeure. »

Au moins, je l’ai pas envoyé dans la benne à ordures, songeai-je en étouffant une envie de rire. Le soudain accès d’adrénaline retomba, et avec lui, une hilarité de plus en plus difficile à retenir me força à mettre ma main devant ma bouche. Depuis combien d’années n’avais-je pas été ainsi ? À sourire, à rire, à lâcher la barre et être ronde comme une boule, pour rien ? Je chancelai contre le mur en étouffant tant bien que mal quelques hoquets de rires, tandis que mon ventre me collait des crampes, et qu’une saveur écœurante de malbouffe mélangée au whisky remontait de mes tripes.
Quel beau tableau. Deux filles dépressives et paumées, écroulées de rires ou de nausées au milieu d’une ruelle sordide, entre les emballages de vieux préservatifs, et les boites de colis Amazon. Sous le fou rire, un point de côté vint me cisailler le flanc, au milieu des hoquets et des rots à moitié refoulés, tandis que je tendais à nouveau mon bras vers Anaïs pour essayer de la récupérer.

« J’me moque pas d’toi hein, c’est l’alcool… J’ai paniqué, j’ai cru qu’on allait terminer le cul dans les poubelles, les jambes en l’air… Putain, bon, il nous faut un motel là, on est rincées, merde. » déclarai-je en me tenant le ventre et en prenant appui sur le mur pour me redresser.

Je récupérai la bouteille des mains d’Anaïs, de crainte qu’elle ne la laisse tomber, et m’offrit alors une nouvelle rasade de réconfort, parmi les dernières de la nuit. Notre carburant se réduisait désormais à quelques gorgées seulement, tandis que ma cervelle commençait à éprouver à son tour, des difficultés à me maintenir dans une posture verticale. J’aidai Anaïs à reprendre notre marche hasardeuse, bien qu’à présent, nous avions chacune besoin de l’autre pour parvenir à mettre un pied devant l’autre, pour ne pas culbuter sur le bitume dégoûtant.

Je levai une main tremblante vers la sortie opposée de la ruelle. « Hé, c’est pas un motel ça ? »

À l’orée de ce trou à rat, les coloris criards de néons éclairaient les flaques de liquide sale de nuances multicolores, et de lumières intermittentes. Je louvoyai avec une précision contestable entre les ilots d’ordures pour atteindre l’extrémité de la ruelle, laquelle débouchait dans une seconde avenue, beaucoup plus calme que la précédente. En face de nos yeux injectés d’alcool, un motel illuminait une bonne partie de l’espace, le parking et les carrosseries des voitures, avec ses lumières agressives, ses affiches clignotantes, et ses menus cerclés de diodes. L’enseigne affichait le nom du motel, qui apparaissait en énormes lettres roses et rouges sur son fronton, affublé d’une Ford Thunderbird dessinée en néons verts tout aussi subtils.

Le "Thelma et Louise Love Motel" s’offrait à nous, comme une énième vanne à cette sortie des plus stupide et débridée. Oh bordel, j’y crois pas, pensai-je en manquant d’éclater encore de rire. Je me tins à peu près droite en observant l’espace presque entièrement vide de visiteurs, les dizaines de chambres depuis lesquelles filtraient des lumières évanescentes derrière les rideaux bon marché.

« J’sais pas toi, mais moi j’suis un peu trop entamée pour chercher autre chose… Puis avec les flics dans l’coin. En temps normal, j’aurais pas choisi ça, enfin sauf pour y emmener ma voisine de palier, mais j’crois pas qu’on ait beaucoup le choix. »

Mon regard suivit le trottoir jouxtant le parking où sommeillait une poignée de pick-up délavés, sous des murs qui avaient été repeints à neuf, malgré quelques lumières mortes encore accrochées ci et là. Les éternels distributeurs de boissons s’alignaient sur le flanc de l’ensemble, et si l’endroit avait tout l’air d’un motel à bas prix, avec ses décorations automobiles d’un goût douteux accrochées aux portes de l’accueil, il semblait au moins être propre. J’interrogeai ma camarade du regard, avant de lentement réaliser la connerie qui venait de s’échapper d’entre mes lèvres.

« Lui répète pas ça hein, t’as rien entendu. » Je fouillais machinalement mes poches en observant le motel. « Princesse elle en pense quoi ? C’est plutôt euh… »

Un hoquet intermittent me traversa. Dans cette position immobile, nous commencions à osciller dangereusement fort, et les battants du motel semblaient désormais nous appeler, comme un havre prometteur pour cuver notre escapade nocturne. « C’est euh… Pas très prévu, et pas un château quoi, mais s’il y a des lits et des cuvettes propres, j’vote pour. »

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Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
Anaïs Wilhm
Anaïs Wilhm
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A SONG OF BLOOD

En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
*Jeune fille de dix-huit ans attentionnée envers son grognon de père de substitution, Zach Solfarelli, qui essaie tant bien que mal de surveiller cet aimant à ennui qu'est sa protégée. Recueil de souvenirs de son père, rôle qu'elle remplit avec acharnement, voulant créer autant de souvenirs que possible pour le garder près d'elle à tout prix, terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée. Elle vit avec lui dans un appartement des Kingston building.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. Se donne beaucoup de mal pour contrôler ce don qu'elle se tarde de maîtriser sous les encouragements de l'Outre qui l'aide à se dépasser et à lui apprendre les rouages du monde surnaturel.
* Petite sœur de cœur de Lilas Hirsch, toujours au rendez-vous pour une soirée glace et série ou pour aller danser pour briser un quotidien parfois morne.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital. Pouvoir accepté par peu, rejeté par beaucoup, craint pour d'autres, convoité par ceux qui en voit les possibilités. Une faculté qu'elle entraîne et dont elle a pu, une fois, en effleurer le potentiel immense.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
*Cordon bleu en herbe
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Sam 17 Juil - 13:22 (#)

Deep inside, where the demons hide


Alexandra & Anaïs


Le ventre lourd, mais l’esprit léger et embrumé par l’alcool, je m’accroche à Alexandra, renforçant cette étrange proximité qui semblait hors de propos avant que les effluves d’éthanol ne viennent nous embrouiller l’esprit. C’est presque un miracle que nous ayons réussi à commander quelque chose vu notre état et, étonnamment, personne n’a semblé se douter de quelque chose. Ou alors ils étaient trop polis pour dire quoi que ce soit. C’est probablement ça. L’employé m’a trouvé bizarre et je me suis fait catégorisée comme une texane un peu bizarre. Une chance que je ne revienne jamais ici, mais je n’ai pu m’empêcher de rire sous cape face à ce mensonge délivré d’une voix presque normale. Désormais demi-sœur adorée d’Alexandra, je me suis accrochée à son bras en repartant, me tenant à elle autant qu’elle se tient à moi, un peu comme quand on fait un château de carte pour que les deux cartes tiennent ensemble.
Je ne sais pas trop où on va, mais je me laisse guidée avec la brillante, l’excellentissime idée de filmer ce moment pour avoir une preuve que tout ça ne vient pas de mon esprit mais s’est vraiment passé. La caméra se promène, filme tantôt Alexandra, tantôt les immeubles alentour, tantôt les passant et les étudiants, l’objectifs s’attardant peut-être un peu trop une fois qu’ils nous ont dépassé. Rica pardonnera ce léger écart, elle commentera de toute façon. Une gorgée de plus pour continuer à alimenter la machine à connerie et ça repart. Je suis presque gênée quand Alexandra commence à raconter qu’elle boit seule d’habitude, comme si j’avais soudainement ouvert la porte de sa vie privée, mais la suite me tire un sourire ravi, probablement un peu bizarre parce que mon visage me renvoie des sensation étrange et un peu lointaine, maa doit être un sourire. Ou en tout cas s’en approcher, au moins un peu.

Alors que j’ouvre la bouche pour lui dire que le temps passé avec elle est génial et qu’on refait ça quand elle veut, elle me pousse dans une ruelle en criant sans que je comprenne bien pourquoi. Je glisse, dérape sur le sol humide et m’encastre presque dans la benne à ordure collé contre le mur près duquel on a échoué. Ma tête cogne légèrement dans un bruit de métal et je m’entends couiner, lus de surprise que de douleur, parce que je ne sens pas le choc. En fait je ne sens plus grand chose, un peu comme si j’étais un truc tout mou, flasque et qui encaissait tout super bien. A moitié écroulé par terre avec la tête contre la benne, je l’entends me dire de pas bouger, et j’ai envie de lui dire que de toute façon vu qu’elle essaie de m’assommer, je ne vais pas bouger plus que ça. Je ne suis même pas sûre d’être capable de me relever.
Mon estomac proteste, mon nez aussi, parce que ça schlingue encore plus que dans une décharge à ciel ouvert. Je réprime un haut le cœur et tente tant bien que mal de me redresser un peu, me tenant d’une main contre la benne, l’autre toujours fermement accroché à mon téléphone que j’ai superbement réussi à garder ans la main. Vive moi. Par contre j’ai lâché la bouteille, merde. Je la ramasse et tente de me relever en m’appuyant sur un coude avant d’entendre Alex s’excuser. Etant donné que j’ai les fesses plus hautes que la tête ça doit être super de s’adresser à moi là, tout de suite. Et la voilà qui se marre en plus. Et je ne peux pas m’empêcher e la rejoindre et m’esclaffer comme une idiote avec elle. Deux débiles imbibées à moitié écroulées de rire dans une ruelle puante, superbe tableau. Elle finit par me relever en s’excusant encore et je lâche un autre rire.

- C’pas grave, c’était sympa de discuter avec les ordures avec le cul en l’air, très classe. Digne d’une princesse !

Je retiens difficilement un haut-le-cœur et ferme les yeux une seconde. Tout va bien. Je m’étale presque en glissant sur un truc que je préfère ne pas identifier et me raccroche à nouveau à son bras avant qu’elle ne récupère la sainte bouteille.

- T’sais, pour c’que t’as dit avant de m’envoyer faire l’amour à un mur, moi aussi j’ai bien aimé être là et on peut refaire ça quand tu veux. Une virée entre amies ça m’irait bien.

Amies, qui l’aurait cru ? Pas nous quand on a commencé ce rendez-vous dans ce café à l’autre bout de la ville. Mais moi, là maintenant, je trouve ça cool et même si passer par la case ébriété n’était pas au programme, c’est probablement une des meilleurs soirées que j’ai passé depuis longtemps. Je suis son doigt lorsqu’elle pointe l’autre bout e la rue et je fixe un instant ce que j’ai devant les yeux sans vraiment parvenir à comprendre. Il y a tellement de néon que ça ressemble davantage à l’idée que je me fais d’une boite de nuit échangiste avec de vague relents de pornographie que d’un hôtel. Je me demande si elle a pas mal vu avant de lever la tête vers le nom. Je le fixe quelques seconde avant d’éclater de rire. Un love hôtel. Thelma et Louise, non mais pincez-moi ! C’est tout juste si je m’étale pas sur le sol pour taper du poing, j’en ai les larmes aux yeux. Alex a raison, vu notre état c’est toujours mieux que rien, mais j’aurai dû deviner que ça ne pouvait pas bien finir avec un endroit de ce genre, pourtant c’est même pas ça qui m’interpelle dans ce qu’elle dit. Mais alors pas du tout. Je la fixe avec un sourire et hausse les sourcils de la même façon que Rica fait quand elle me sort des sous-entendus gênants.

- Ta voisine hein ? Vous allez tout me raconter, mademoiselle Alexandra, sinon je ne promets rien ! Mais ouais, va pour ce truc, Princesse veut juste dormir dans des draps propres.

Nous entraînant l’un l’autre, nous entrons donc. Enfin… je manque de m’étaler à cause des marches et Alex a le bon réflexe de me retenir juste assez longtemps pour que je n’embrasse pas le sol. Je vais finir par croire que je suis aimanté vers le bas… je vois bien qu’Alex se retient méchamment de se foutre de moi, mais j’arrive même pas à lui en vouloir, parce que même moi je me trouve ridicule. Remballant fierté et amour propre, je me relève tant bien que mal et finis par entrer avec elle. Au moins l’intérieur est propre et éclairé. Le type au guichet nous regarde entrer et doit se retenir de faire une remarque. Il reste professionnel malgré notre évidente difficulté à aligner deux mots cohérents pour le commun des mortels sobres. Il me perd quand il commence à essayer de nous vendre des trucs.

- Nous avons la chambre rouge, très intime. Sinon la chambre mille et une nuit et disponible, ou encore la chambre des secrets…

Super, nous voilà dans Harry Potter version téléfilms érotique. J’ai même pas envie de demander si les baguettes sont au programme et à quoi elles peuvent bien servir… j’ai quand même ma petite idée. Leviosaaaaa. J’en viens à ricaner toute seule, fière de ma blague. Au final on demande juste la chambre la moins chère disponible et on partage tant bien que mal les frais. Je suis même pas sûre d’avoir de quoi prendre le bus demain pour rentrer. Mais bon la dépense vaut le coup quand je vois la tête de la chambre. Du rose, des rideaux et des froufrous partout. Même les murs, les tapis et les chiottes sont roses. Ça me donne instantanément la gerbe.

- Alex je.. merde.. je me sens mal…

Elle comprend très vite, étonnamment, et je me retrouve la tête au-dessus de la cuvette en moins de 10 secondes alors qu’elle me tient les cheveux pour éviter que j’en mette partout. Adieu mon burger à sept dollars.

- C’est… C’est bon ça va mieux… Merci.

Je me redresse tant bien que mal et finis par m’arroser un peu le visage avant de constater ma tête en me voyant dans le miroir. Rouge, très rouge et une espèce de petit sourire idiot plaqué sur les lèvres. Ça et les cheveux un peu en pagaille, mais encore présentables dans les circonstances actuelles. Par contre la tâche sur le haut, ça me fait aussitôt grimacer, mais tant pis. Je l’enlèverai juste pour dormir, ce sera plus simple.
On fit par s’installer sur le lit et, toujours curieuse, je finis par ouvrir les tiroirs de la table de chevet où j’ai posé mon téléphone. Je suis pas certaine d’avoir enlevé la vidéo, mais tant pis, parce que les trouvailles valent le coup de toute façon. Je les présente à Alex en riant.

- Des capotes, un œuf qui vibre, ça c’est marrant et euh… ça ressemble à une cravache mais avec des froufrous et ça c’est… du lubrifiant je crois, mais coloré. Il se passe de drôle de trucs ici. Je dois montrer ça à Rica.

Ce que je fais en filmant les trouvailles, à moitié morte de rire à côté d’Alexandra. Et puis je fixe son haut et le pointe du doigt, vaguement. Il y a une trace de couleur noirâtre sur le côté de son bras et je préfère ne pas savoir de quoi il s’agit.

- Il est dégueu ton haut, tu ferais mieux de l’enlever et le faire tremper. Je vais faire pareil.

Je n’y réfléchis pas vraiment à deux fois avant d’enlever le mien. Etrangement, je me sens déjà mieux rien qu’en ayant retiré mon haut. J’aperçois le dos d’Alexandra et m’approche pour observer le tatouage qu’elle porte sur une omoplate. Je suis les contours de tatouage avec mon doigt, intriguée. Je finis par comprendre qu’il s’agit d’un dragon. J’avais vu qu’elle avait des tatouages, mais pas celui-là.

- Il est vraiment chouette ton tatouage !

Je récupère la bouteille restée sagement posée près du lit. Il doit rester à peine trois gorgées, mais tant pis. C’est à peine si je sens le goût et la brûlure de l’alcool. Je ne sais même plus comment on en est arrivé à boire et à finir dans une chambre d’un love motel à moitié déshabillées. Je sens mes lèvres s’étirer en sourire tandis que je lui tends la teille et la pousse gentiment de l’épaule.

- Et donc… Ta voisine, hein ? Raconte !

Comme si j’allais lâcher l’affaire si facilement.

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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
Alexandra Zimmer
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NAPALM ROACH : j'adore l'odeur du non-respect au petit matin
FULL DARK NO STARS
En un mot : We're all mad here. I'm mad. You're mad.
Qui es-tu ? :
- Infréquentable et associable à l’esprit encombré de mots, de mauvaises humeurs, d'ironie cinglante et d'indifférence, cachant une âme noire et liée aux enfers.
- Allergique à l’autorité avec une langue trop bien pendue pour sa propre sécurité, elle cherche à fuir ce monde humain dans lequel elle se sent étrangère.
- Écrivaine autrefois invisible dont seul le site internet attestait de son existence, elle est l'auteur anonyme d'un livre étrange et dérangeant, dicté par son propre père.
- Américaine et pourtant guère attachée au moindre patriotisme, elle erra longtemps sans attaches ni allégeances, avant d'être l'alliée forcée du plus terrifiant des Princes.
- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
You'll see him in your dreams
He'll appear out of nowhere but
He ain't what he seems
You'll see him in your head
On the TV screen
Hey buddy, I'm warning
You to turn it off
He's a ghost, he's a god
He's a man, he's a guru
You're one microscopic cog
In his catastrophic plan
Designed and directed by
His red right hand


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Sam 31 Juil - 18:44 (#)



Trashy, résumait bien le "Thelma et Louise". Le motel se dressait au milieu de son quartier festif, comme un véritable sanctuaire de la débauche à deux dollars, un phare du mauvais goût parmi les cafés jazz et blues élégants. Au terme d’une volée de marches extrêmement périlleuses pour ma demi-sœur texane imbibée, nous franchîmes les doubles battants dorés du motel, décorés d’une multitude d’autocollants vantant les mérites des épices cajuns, du président Trump, et aussi de la contraception. Des associations osées. Si l’extérieur du bâtiment nous avait lancé violemment ses néons aux couleurs criardes dans la rétine, le hall d’accueil s’avéra abriter un recel de décorations douteuses. Quel que soit l’endroit où nos yeux injectés de sang s’attardaient, notre sens de l’esthétique se trouvait aussitôt brutalisé par des tons saturés de dorures, de roses, et de pourpres.
Oh putain, j’crois que j’vais vomir. Je maitrisai de justesse un haut-le-cœur. Accrochées aux murs de l’accueil, étonnamment propres, des appliques murales en forme de coquillages, dorés eux-aussi, éclairaient de leurs lumières rosâtre une ribambelle d’affiches de films, des nanards d’action et des romances à l’eau rose. Quelques présentoirs recelaient des marchandises douteuses et variées, des flacons en plastique contenant des parfums fluos, des prospectus pour des croisières en amoureux dans le bayou, ou encore des amulettes soi-disant magiques. Ces dernières clamaient leurs vertus en lettres roses et rouges, à côté d’un vaste éventail de fioles aux couleurs tout aussi sobres que le reste du motel, depuis les indéboulonnables philtres d’amour, jusqu’aux élixirs de fertilité, en passant par les concoctions contre les difficultés d’érections, et les lubrifiants chauffants.
Charmant, vraiment. J’en aurais presque oublié mon ébriété et ma révélation embarrassante de tout à l’heure. Nous avancions alors, bras dessus, bras dessous, oscillantes au gré de nos hoquets et des sursauts mi-émerveillés, mi-dégoûtés, vers le comptoir de l’accueil sur lequel quelqu’un avait cru bon d’accrocher des froufrous de plumes roses tout au long des rebords, et sur les côtés. Je masquai mal un nouvel accès d’hilarité en percevant les gloussements étouffés d’Anaïs à mes côtés, et tâchai de récupérer un minimum de mon vocabulaire, qui s’était effrité en même temps que notre dignité.

« On va prendre la… pièce moins bien. La chambre. Moins cher. La chambre. » balbutiai-je en me retenant de demander aussi un élixir d’amour.

Nous héritâmes de la chambre numéro 12. L’employé nous tendit la clé avec un air maussade, et je récupérai celle-ci en saisissant le pompon rose au bout d’un chainette, m’étonnant moi-même que le destin ne nous ait pas refilé la numéro 69. Au terme d’un couloir qui me parut interminable, mais dont les murs étroits avaient au moins le mérite de nous empêcher de nous vautrer, d’au moins cinq à six essais infructueux pour déverrouiller la porte de notre chambre, nous fîmes enfin notre entrée vacillante dans le saint des saint. Le sanctuaire du rose bonbon. La foutue alcôve du fabulous, des amateurs de Cadillac roses, des chihuahuas torturés dans des manteaux en latex, et de tout un tas de merdes imbuvables qui me donnaient aussitôt envie de tout cramer, plutôt que de baiser.

« Hé beh… Rien que ça, moi, ça m’coupe l’envie… » commençai-je avant d’être interrompue par les hoquets de mauvais augure de ma comparse.

Je n’eus alors guère le temps de m’appesantir sur l’enchainement de choix regrettables nous ayant conduites dans l’antre du trash. Le teint d’Anaïs vira brièvement au blanc livide, avec un soupçon de vert, au moment où je m’acharnai à ouvrir à la volée, au troisième essai, la lunette rose des WC. Avec une célérité et une adresse discutable, j’aidai en hâte ma compagne de beuverie à se positionner au-dessus de la cuvette, afin d’éjecter le résumé liquide de ces fameux choix regrettables qui avaient ainsi meublé notre soirée, en même temps que notre pauvre estomac.

« Décidément… » commentai-je en lui tenant les cheveux, tandis qu’elle était penchée en train de gerber. « J’aurais vu pas mal ton cul en l’air ce soir, mais pas dans les positions les plus sexy. »

L’humour mise de côté, entre la décoration saturée de rose et le vomi d’Anaïs, ce fut au tour de mon estomac d’émettre une protestation de mauvaise augure. Je tournai ostensiblement la tête vers la douche, aux carreaux roses eux-aussi, focalisant mon attention sur autre chose que les malodorantes senteurs de vomissures, tandis que la princesse de ma soirée terminait d’expédier les restes de son burger dans les égouts. Je la laissai se redresser en tirant vivement la chasse d’eau.

« Bah de rien, passe-toi de l’eau sur le visage, ça ira mieux. »

Fait amusant, notai-je alors, retenir les cheveux d’Anaïs c’est la chose la plus proche d’une véritable amitié que j’ai fait de toute ma vie. Déprimant aussi, dans un sens. Soudainement assaillie par une sensation de vertige, je chancelai lentement en direction du lit, aux draps tout aussi rose bonbon que le reste du décor, où l’on avait cousu sur le dessus un large cœur estampillé d’un Love You en lettres rouge vif. Je m’assis lourdement sur le rebord, et Anaïs m’imita. Les murs de la chambre, en rose bien entendu, affichaient çà et là des tableaux bon marché exultant des dictons rebattus et usés jusqu’à l’écœurement, tel des "carpe diem" et des "sky is the limit" aux côtés d’un grand poster du film de Thelma et Louise. Je sentis inconsciemment mon envie de vomir revenir au galop.

« Hein ? » Je me tournai maladroitement vers les découvertes d’Anaïs. « Eww… Qui utilise ces trucs dans un motel, c’est un coup à choper une saloperie. »

Contaminée à mon tour par les ricanements ivres d’Anaïs, mon attention se mit à errer dans la pièce, sur les rideaux roses à froufrous duveteux, et l’horrible lampe dorée trônant sur le meuble de chevet installé de mon côté. J’ouvrai moi aussi le tiroir de ce dernier. À l’intérieur reposait un assortiment multicolore de fioles, certaines vides, d’autres non, que j’extirpai une à une pour les examiner sous le halo de la lampe, avec une curiosité idiote, et déchiffrer patiemment les étiquettes pour Anaïs.

« Merde, regarde ça. Il y a des potions marquées fabrication de l’Eglise Wiccane. Voyons… Un élixir d’endurance pour des nuits folles élaboré avec des herbes du bayou, un autre pour faire du lait, j’sais pas à quoi il sert lui, et aussi tout un tas de poppers vides. J’préfère pas savoir ce qu’ils ont mis dans ces trucs. »

Je reposai alors prudemment chaque fiole dans le tiroir, une mouse nauséeuse en travers de mon visage, avant de suivre la direction du doigt d’Anaïs vers mon haut, où luisait une tâche de matière inconnue. Les odeurs de la ruelle sordide me revinrent aux narines, provoquant une nouvelle protestation silencieuse de mon estomac malmené. Je redressai une à une mes jambes pour remarquer d’autres zones grasses, répugnantes, et mes chaussures dont les semelles étaient aussi souillées d’une couche de merde, un mélange de boue malodorante et de morceaux de cartons.

« Ouais. Ouais… » approuvai-je machinalement en commençant à défaire mes chaussures. « Mais parlons pas de cette ruelle, j’ai l’estomac qui va vriller sinon. »

Dans d’autres circonstances, non alcoolisées donc, l’idée de me déshabiller et de dormir à moitié à poil aux côtés d’une amie, une toute nouvelle qui plus est, aurait écopé d’un franc refus de ma part. Pourtant, c’est avec une totale décontraction que je me débarrassai de mon débardeur, de mon jean noir, et de mes semelles qui vinrent tâcher le plancher de traces noirâtres. Je me redressai ainsi, en sous-vêtements et oscillante, pour déposer mes vêtements sales à tremper dans l’évier des toilettes, sans éprouver la moindre gêne grâce à un taux d’ébriété record.

« Hm, merci. » marmonnai-je en sentant le frôlement des doigts d’Anaïs contre mon dos m’arracher un frisson malgré moi.

Un accès de déprime me traversa, et durant un court instant, je fus tentée de lui répondre que tout comme ma vie, les dragons n’existaient que dans mon imagination et sur mon épaule. Je ravalai alors silencieusement l’idée, de toute manière bien trop enivrée pour demeurer mélancolique longtemps dans mon état, et me hissai sur le matelas dodu, à côté de ma princesse de la soirée, qui me tendait notre sésame liquide, désormais quasiment vide.

« Mais tu lâches jamais, merde, t’es un vrai démon quand t’es bourrée ! »

Une rasade de whisky plus tard, je fis mine de maugréer face à l’insistance d’Anaïs, en lui redonnant le fond d’alcool qui l’attendait au fond de la bouteille. Au-dessus de nous, le plafond blanc ondulait imperceptiblement, tandis qu’une sensation de chaleur confortable commençait à me bercer peu à peu. L’envie de vomir se stabilisa lentement, tout comme mes ricanements incontrôlés, et je fus alors capable d’en dire davantage sur cette révélation idiote à propos de ma voisine de palier.

« Tu t’fais un film, va. C’est juste que j’ai cette voisine, elle est pas mal, et j’sais pas pourquoi, elle me fixe bizarrement quand on s’croise. J’sais même pas son nom, en vrai. Mais bon. Si elle m’invitait un jour, j’dirais pas non. »

Pas comme si j’allais lui causer, t’façon, pensai-je en étouffant à demi un rot. Machinalement, je jetai un coup d’œil vers Anaïs, à moitié nue elle aussi, en train de s’imbiber des dernières gouttes de notre whisky. Elle aussi était plutôt mignonne, mais cependant, ses joues rouges, son petit sourire idiot me rappelèrent soudainement sa jeunesse, et à quel point notre virée alcoolisée avait été irresponsable. Au fil de notre déprime commune, je l’avais alors initié à mes réflexes maladifs, mes tendances alcooliques, et mes rares envies d’autodestruction. Une brève sensation de culpabilité m’envahit, en même temps qu’un accès de somnolence alourdi par l’excès de boisson forte.

J’étouffai un bâillement. « Et toi, princesse ? T’as une autre princesse qui s’appelle Rica ? J’espère qu’elle dira rien de s’être… vautrée avec ton chevalier servant dans cet antre de la sexualité trash… chevalier qu’est d’ailleurs, plutôt… euh rincée là. »

Un frisson remonta tout au long de mes jambes nues. Je me redressai au terme d’un effort malhabile pour saisir le bord des draps roses, et les remonter sur nos silhouettes dénudées, au rythme des hoquets de mon ventre trop rempli par le liquide. À cet instant, l’intimité de nos deux corps serrés l’un contre l’autre dans un lit commun, la chaleur de notre ébriété partagée et une absence de gêne débridée, tout cela aurait pu être embarrassant, si la boisson n’avait pas totalement supprimé mes derniers vestiges de pudeur. Je remontai alors les draps jusqu’aux épaules d’Anaïs, et laissai ma main là, affalée, et bien trop lourde pour être ramené contre moi, tandis que l’espace réduit entre nous formait comme une alcôve secrète dans laquelle ma comparse me décrivait sa propre princesse.

« Faudra m’la présenter un jour… tout bien, tout honneur… » chuchotai-je tout contre elle.

Mon dernier souvenir de cette soirée, furent les lèvres d’Anaïs toutes proches, murmurant des mots de plus en plus indistincts, de plus en plus cachotiers et affectueux, quand nos draps roses laissaient une chaleur croissante réchauffer tendrement nos silhouettes enlacées. Ensuite, ce fut le trou noir.

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Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
Anaïs Wilhm
Anaïs Wilhm
Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
A SONG OF BLOOD

En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
*Jeune fille de dix-huit ans attentionnée envers son grognon de père de substitution, Zach Solfarelli, qui essaie tant bien que mal de surveiller cet aimant à ennui qu'est sa protégée. Recueil de souvenirs de son père, rôle qu'elle remplit avec acharnement, voulant créer autant de souvenirs que possible pour le garder près d'elle à tout prix, terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée. Elle vit avec lui dans un appartement des Kingston building.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. Se donne beaucoup de mal pour contrôler ce don qu'elle se tarde de maîtriser sous les encouragements de l'Outre qui l'aide à se dépasser et à lui apprendre les rouages du monde surnaturel.
* Petite sœur de cœur de Lilas Hirsch, toujours au rendez-vous pour une soirée glace et série ou pour aller danser pour briser un quotidien parfois morne.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital. Pouvoir accepté par peu, rejeté par beaucoup, craint pour d'autres, convoité par ceux qui en voit les possibilités. Une faculté qu'elle entraîne et dont elle a pu, une fois, en effleurer le potentiel immense.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
*Cordon bleu en herbe
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Thème : "Your Name" by Chiai Fujikawa
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Sam 7 Aoû - 0:29 (#)

Deep inside, where the demons hide


Alexandra & Anaïs


Voir la vie en rose n’a jamais été aussi littéral avec ce décor qu’on croirait sorti d’une vieille blague. Le monde est flou, rose et dangereusement en train de tourner trop vite. Et pourtant, j’ai simplement le cœur à rire. De tout et de rien, même de choses qui auraient dû me gêner d’ordinaire. Ce n’est pas très clair dans mon esprit de pourquoi j’en suis arrivée là, dans ce temple du mauvais goût et de la débauche assumée, mais ça n’a plus vraiment la moindre importance, parce que j’ai aussi oublié tout le reste. Je me contente de rire face au regard outré et dégouté de ma comparse de soirée, face à ses propres trouvailles qui semblent encore être une blague et qu’elle repose sans même imaginer s’en servir. C’est une joyeuse ambiance de ricanements incontrôlables et de regards entendus quand je lui reparle de sa fameuse voisine, éclatant de rire face à sa réaction.

- C’est la première fois ! Je pouvais pas savoir, t’sais !

Personne pouvait le prévoir, vraiment personne, et pourtant me voilà à récupérer et finir la bouteille tandis que ma compagne de soirée me raconte ce qu’elle pense de sa jolie voisine. Je ne peux m’empêcher de sourire à nouveau. Tout un tas de conseils nuls que je n’appliquerais pas moi-même me viennent en tête et je passe un instant à chercher quoi dire, sans vraiment réussir à formuler quoi que ce soit de cohérent. C’est son bâillement qui me tire de mes pensées et mon sourire devient béat à sa question et je lui réponds tandis qu’elle nous couvre toute deux et que je me serre contre elle, frissonnant contre la chaleur de son corps.

- Rica ouais. Elle est super belle tu sais ? Je pense elle serait dans le même état que nous si elle était là. Elle va en rire tu vois ? Elle sera même déçue de pas être venue pour voir ça. Pour ça que j’ai filmé.

J’étouffe difficilement un bâillement à mon tour, contaminée par celui d’Alex et me blottis instinctivement contre elle, passant une jambe entre les siennes, hochant la tête à sa demande. J’avais envie de voir ce que cela pouvait donner, comme rencontre. Il suffirait d’éviter le rose à vomir d’un hôtel de ce genre et de réfléchir un peu plus à un point de chute. Ou même juste boire un truc autre que de l’alcool, pour pas devoir vomir ensuite, à pourrait être chouette. Comme un chocolat par exemple, ça aurait été plus intelligent que d’aller boire à s’en retourner le cerveau.

- Ce serait une chouette idée. Tu sais j’ai passé une soirée géniale Alex. On pourra refaire ça ? je ne sors pas beaucoup en ce moment, alors sortir avec une amie c’est chouette.

Je baille à nouveau et me cale en fermant les yeux, proposant je ne sais plus quelle sortie avec des mots de plus en plus distants. Même si j’ai l’impression que mon corps est une gelée un peu tiède contre laquelle je peux sentir la peau d’Alex être presque trop chaude, je me sens bien et finis par dériver quelque part. Loin. Très loin du motel et des draps roses qui nous recouvrent.

***

Je me sens cotonneuse et lourde au réveil. Je sens la chaleur et la lente respiration du corps contre lequel je suis blottie. J’ouvre un œil à demi avant de le refermer aussi sec en grognant face au mal de tête qui pointe aussitôt. Je me blottis davantage contre la chaleur étendue près de moi en essayant de me rappeler pourquoi je me sens aussi vaseuse au réveil. Ce n’est pas cette période du mois et en plus je ne me souviens pas d’avoir fait un truc particulier hier. J’ai revu Alex, puis on est sortie et… Il ne me reste que de vagues images floues d’un banc, d’une benne à ordure tandis que le mot Princesse tourne dans ma tête sans que j’arrive à me souvenir du pourquoi je pense à ça. Je sens alors que ça bouge à côté de moi et mes lèvres se déposent sur l’épaule nue par réflexe.

- ‘Lut Rica… je sui un peu dans le mal ce mat…

Sauf que c’est pas du tout Frederica à côté de moi. Quand j’ouvre les yeux, je fixe des prunelles qui ne lui appartiennent pas, pas plus que le corps presque nu contre lequel je suis blotti, une de mes jambes coincées entre les siennes et une main sur sa hanche. Je fixe les prunelles plus sombres d’Alexandra qui semble aussi abasourdie et paumée que moi, avant de brusquement reculer, glisser et me vautrer sur le sol en une galipette qui aurait déclenché pas mal de rire dans une vieille sitcom des années 2000.

- Aoutch, mais putain de merde… C’est quoi ce délire ? Alex ? Mais qu’est-ce que ?

Mais on est où ? Tout est rose et sacrément moche, en plus d’avoir de vagues relents de films érotiques avec les froufrous roses et les lampes dorées au design douteux. Qu’est-ce que je fous à moitié nue avec Alex à côté de moi dans un lit aussi rose que le reste de la pièce ? La seule réponse qui me vient ne me plaît pas, mais alors pas du tout et je commence à chercher une autre solution avant d’apercevoir mon jean au pied du lit, savamment jeté là. Ça ajouté à la migraine et la bouteille d’alcool vide pas loin de mon jean et je commence à paniquer. Bordel mais qu’est-ce qu’on a foutu ?

- A.. Alex… tu… on n’a.. ? tu te rappelles de ce qu’il s’est passé ? Oh ma tête…

Pourquoi j’ai l’impression qu’on me martèle le crâne ? Pourquoi j’ai la gorge sèche comme si j’avais passé une journée dans le désert ? Je suis quand même pas venue ici ivre mort avec Alex pour… Entre deux clignements, je fouille la pièce du regard, entraperçois quelques flacons sur une table de chevet. Un autre objet attire mon regard et je me sens pâlir encore plus, si c’était possible. Bordel et où sont mes fringues ? Je ne suis pas arrivée ici avec juste un jean et une culotte, merde ! j’ai l’air de quoi moi maintenant ? Je ne pourrais plus jamais regarder qui que ce soit en face si on a fait ce que je crains. Et en plus ils doivent s’inquiéter. Un bras en travers du torse, je fouille à la recherche de mon portable, le trouvant intact mais déchargé, évidemment. Poisse quand tu nous tiens…

Je finis enfin par trouver mon t-shirt, en train de joyeusement tremper dans le lavabo de la salle de bain en cherchant une prise pour recharger mon téléphone. Il y a aussi les fringues d’Alex qui y sont et plus le temps passe et moins tout cela a de sens.

- Alex, dis-moi que tu te souviens de comment on a atterri ici.

Et pitié dis-moi qu’on n’a pas couché ensemble en étant tellement bourré que je ne m’en souviens même pas…


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- Une antre modeste dans les Kingston Buildings masque ses noirceurs, ses poches trouées, ses écrits en vrac et une Honda 350 récemment achetée.

Facultés :
- Fille longtemps ignorante du Prince Hornet, l’ombre de celui-ci a influé sur sa vie, en étouffant une à une les dernières lueurs de son âme.
- Au gré des rencontres, des créatures de la nuit et du rêve d'une sorcière noire, ses perceptions se sont aiguisées et lui ont révélé bien des choses.
- Faculté répugnante, la forme du cafard l'habite depuis toujours, bientôt sublimée et portée à son paroxysme par l'influence d'Hornet.
- Remarquable plume, ses mots sonnent justes, acérés, et empreints d'une ombre beaucoup plus grande qu'elle-même.
- Une insupportable teigne dont les répliques teintées de fiel déclenchent vexations, colères et peines autour d'elle.

Thème : Nick Cave & The Bad Seeds : Red Right Hand
You'll see him in your nightmares
You'll see him in your dreams
He'll appear out of nowhere but
He ain't what he seems
You'll see him in your head
On the TV screen
Hey buddy, I'm warning
You to turn it off
He's a ghost, he's a god
He's a man, he's a guru
You're one microscopic cog
In his catastrophic plan
Designed and directed by
His red right hand


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Mar 17 Aoû - 23:15 (#)



Un sommeil sans rêves. D’un noir sans motifs d’insomnie. Le calme absolu d’une mer d’encre. Celle-ci absorbait les démons d’Halloween, eux et leurs cohortes de hurlements, leurs souvenirs, le fracas d’une balle, et de la cervelle fendue, tout comme ses couleurs sanguines, ou l’odeur immonde d’une cabine étroite. Tout cela disparaissait, et les millions d’autres vermines foisonnant dans mon crâne. Muettes. Voilà un sommeil, un vrai, enfin. L’alcool avait entièrement noyé dans ses vapeurs acides, toute cette vie tant haïe, m’abandonnant momentanément dans ce désert aride, fait de calme et de ténèbres bienvenus, comme un interrupteur basculant mon esprit dans un silence tant souhaité.
Seul subsistait alors, au réveil, un mince sentiment de désespoir. Comme des remords lancés les uns sur les autres, qui s’accumulaient à la manière d’une tombe commune, et réclamaient à force de cris silencieux, de lames enfoncées dans ma tête, davantage d’alcool. Toujours plus d’oubli. Toujours plus d’assommoir. Toujours plus, pour moins penser. Avec, au sommet de cette belle pile de merde, un sacré arrière-goût de vomi, un mal de crâne à vous démolir les os, et le tout en équilibre précaire, me permettant de trouver un certain réconfort dans cet état encore plus merdique que la veille.
Voilà, en un résumé succinct, le mal-être mordant qui m’attendait au réveil, à l’instant où je sentis la moiteur de lèvres molles toucher la peau nue de mon épaule. Trois secondes de confusion. Comme un amas de circuits imbibés, où s’animaient laborieusement des étincelles de lucidité, ma cervelle fit lentement le point, derrière mes paupières closes. Et avec elles, vinrent les éternelles questions existentielles. Qui suis-je ? Où vais-je ? Où suis-je ? Quelle heure est-il ? Qui me parle ? Merde, avec qui ai-je passé la nuit ? Ainsi, je battis mollement des paupières, la bouche soudée par une matière pâteuse, pour me retrouver nez à nez avec des yeux écarquillés, et des mèches brunes ébouriffées.

« A-… Anaïs ?! Oh putain… »

Un sursaut réflexe me traversa, en réponse au sien. Je me fracassai le crâne contre le montant du lit en me redressant trop vite, avec un bruit sonore de casserole, et portai aussitôt mes mains à mes tempes. À l’intérieur de ma tête, ma cervelle semblait rebondir contre ses parois crâniennes, à la manière d’une cloche flottante et carillonnante dans un bocal de liquide. Aussitôt, un râle caverneux, à mi-chemin entre la plainte lugubre d’une Banshee et les gémissements d’une ourse, s’échappa de ma bouche pâteuse. Je saisis immédiatement ma tête entre mes mains, comme une tentative vaine de stabiliser ma vision, de remettre le plafond en haut, et mes jambes vers le bas.

« J’sais pas, mais ne crie surtout pas… J’ai une horde de garous furieux dans l’crâne, et c’est la pleine lune par ici… » marmonnai-je en apercevant Anaïs en petite tenue au pied du lit.

Hello hangover, my old friend, m’entendis bêtement chantonner, comme une injure envers moi-même, que ma cervelle crut bon d’ajouter dans ce moment de détresse. Mes mains tâtonnèrent fébrilement autour de moi, à la recherche de mon environnement immédiat, qui s’avéra peuplé de tissus d’un rose atroce, de décorations douteuses et d’accessoires grivois. Les notes déformées de Sound of Silence m’accompagnèrent dans ce retour au monde des vivants, ces humains sobres qui n’avaient pas une horde phacochères piétinant joyeusement leurs neurones. Durant un court instant, ma vision devint brutalement floue, les senteurs synthétiques du motel me saisirent à la gorge, et un nœud se forma à la base de ma langue, aux saveurs acides, mais connues, de la nausée matinale.

« Au motel ? Euh… J’sais pas, attends… Laisse-moi trente secondes pour remettre mes tripes à la bonne place… »

Je rejetai d’un coup de pied maladroit les abominables couvertures roses, dont l’élan manqua de me flanquer par terre, et de me fracasser le tibia contre le meuble. Mes tempes se mirent à carillonner de plus belle, face à la lumière timide s’infiltrant de derrière les rideaux laids qui fermaient à moitié l’encadrement de la fenêtre. Les tableaux accrochés aux murs se mirent à danser une joyeux gigue. C’est en hasardant une jambe nue à l’extérieur du lit, que je me découvris en sous-vêtements, tandis que mon regard rencontrait le tas informe de mon jean abandonné au sol. Ok là, on a peut-être fait une connerie, m’avouai-je finalement, en me préparant à me redresser.

« J’me souviens qu’on s’était retrouvées dans un café, » commençai-je à énumérer, en assemblant les pièces de mes souvenirs comme un puzzle déchiré.

Je faufilai machinalement une main fébrile dans mes cheveux en bataille. Tant bien que mal, mes sens retrouvaient une certaine clarté, redonnant lentement vie à nos aventures nocturnes, sous la forme de souvenirs incohérents, à peine mieux que des images sorties de tout contexte.

« On a été s’asseoir sur l’plus inconfortable banc du monde. On s’est enfilé le pire whisky du monde aussi. Puis j’me souviens qu’on a été bouffer un truc. Des burgers, j’crois. J’me souviens aussi qu’on s’est payées une chambre à ce motel, mais après, j’ai un trou… »

Un résumé relativement sobre de cette situation, qui passait encore sous silence la question la plus désagréable de la matinée. Est-ce qu’on a couché ensemble ? J’ai foutrement aucune idée. J’étouffai un monstrueux bâillement, faute de trouver mieux à faire. D’une démarche chancelante, je poussai sur mes muscles endoloris pour renouer avec la position verticale, et fis quelques pas, hasardeux, dans ce décor si laid, dont la simple vision de plumes et de froufrous menaçait de me déclencher une nouvelle nausée. Chancelante, je fis le tour du lit, en me grattant machinalement le haut des cuisses, comme si quelques indices se trouvaient peut-être cachés dans l’ameublement du motel.

« Bon, écoute… Pas d’panique, il s’est peut-être rien passé, en vrai. Puis si on a vraiment baisé, c’est pas un drame. Personne saura, non ? »

Émettre des conseils rassurants de bon matin n’était clairement pas mon fort. Je balayai du regard les meubles épars peuplant la chambre, sans remarquer la moindre preuve témoignant de notre chasteté, mis à part le téléphone d’Anaïs. Je contournai mollement ma pote de beuverie qui tentait de découvrir une prise murale dans ce fatras rose bonbon, et trainai pathétiquement les pieds vers le lavabo, où mijotait encore dans l’eau nos vêtements de la veille.

« Fait chier, ça va mettre des heures à sécher ça. » Je levai un œil vers Anaïs qui tâchait de masquer sa poitrine dénudée. « Ton soutif est dans un coin ou t’en avais pas ? »

Une chose à la fois, pensai-je difficilement, en tâchant d’établir une liste des priorités. Je fouillai un à un les placards de la salle de bain, dont le carrelage rose éclatant déclenchait des éclairs de douleur dans ma rétine, et y découvris un sèche-cheveux, de la même couleur. Un signe de la providence. Un tantinet rassénérée par cette veine soudaine, j’entrepris de brancher l’appareil sur une prise murale, sortis nos hauts détrempés du lavabo, pour commencer le séchage à la main. Le miroir fendue de la pièce me renvoyait impitoyablement le teint livide d’une Alexandra-zombie, avec ses yeux pochés, sa coiffure en vrac, et sa bouche de travers, qui tâchait d’éviter mon regard.

« Hmm, ça m’revient, j’crois que t’avais ton portable à la main. T’as un truc dessus ? » l’interrogeai-je, tandis que le bruit du sèche-cheveux résonnait douloureusement dans mon crâne.

La combinaison de nausée, d’une migraine naissante, et d’un subtil tournis, me confortait dans cet état apathique, où mes pensées demeuraient suffisamment vaseuses pour m’empêcher de songer clairement à l’énorme idiotie que nous avions sans doute commise. Cependant, je n’éprouvai pas cette même panique saisissant chacun des gestes fiévreux d’Anaïs, la faute au chaos habituel qui avait toujours régi ma vie sentimentale. Au gré du vrombissement du sèche-cheveux, je cherchai en silence, un moyen de lui faire relativiser cette situation honteuse. En vain. Plusieurs vannes à base de mariage à Las Vegas, ou de contraceptions me vinrent à l’esprit, mais à cette heure-ci, avec mes neurones à l’état de compote, l’humour était sans doute un peu prématuré.

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Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
Anaïs Wilhm
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A SONG OF BLOOD

En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
*Jeune fille de dix-huit ans attentionnée envers son grognon de père de substitution, Zach Solfarelli, qui essaie tant bien que mal de surveiller cet aimant à ennui qu'est sa protégée. Recueil de souvenirs de son père, rôle qu'elle remplit avec acharnement, voulant créer autant de souvenirs que possible pour le garder près d'elle à tout prix, terrifiée à l'idée d'être à nouveau abandonnée. Elle vit avec lui dans un appartement des Kingston building.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. Se donne beaucoup de mal pour contrôler ce don qu'elle se tarde de maîtriser sous les encouragements de l'Outre qui l'aide à se dépasser et à lui apprendre les rouages du monde surnaturel.
* Petite sœur de cœur de Lilas Hirsch, toujours au rendez-vous pour une soirée glace et série ou pour aller danser pour briser un quotidien parfois morne.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital. Pouvoir accepté par peu, rejeté par beaucoup, craint pour d'autres, convoité par ceux qui en voit les possibilités. Une faculté qu'elle entraîne et dont elle a pu, une fois, en effleurer le potentiel immense.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
*Cordon bleu en herbe
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Mar 7 Sep - 1:34 (#)

Deep inside, where the demons hide


Alexandra & Anaïs


Un cauchemar, voilà ce que c’est. Je ne me souviens de rien. Je suis à moitié nue dans une chambre douteuse d’un motel douteux dans un quartier tout aussi douteux et tout ce dont je me souviens c’est un mal de dos à cause de barres métalliques et une balade en moto. Tout cela n’a aucune sens et le pire, c’est la réaction tout aussi surprise et perdue d’Alexandra quand elle se rend elle aussi compte de tout ce que le trou noir qui l’a visiblement frappé aussi peut signifier. Trop de choses, voilà ce que tout ça peut créer. Beaucoup trop de choses. Je ne veux même pas imaginer ce qui pourrait se passer si un seul mot sort d’ici. Je ne peux pas m’empêcher de paniquer et ma voix rendue aigüe par la panique attise un peu plus la douleur de mon crâne. Passer d’un état second dans un lit à un état de panique en se rendant compte de l’énormité qui s’est produite, ce n’est pas exactement facile à encaisser avec une migraine de tous les diables.

Ma compagne d’une nuit semble tout aussi perdue et atterrée que moi, même si j’ai le sentiment qu’elle gère tout cela bien mieux que moi. Peut-être qu’elle a l’habitude de ça. Des réveils dans des lieux incongru. Des migraines qui me donnent le sentiment de me faire plomber le crâne non-stop depuis que j’ai ouvert les yeux. De cette gueule de bois que j’aurai préféré ne jamais connaître alors que je me demande encore ce qui a bien pu me passer par la tête pour commencer à boire en premier lieu. Un haut-le-cœur me donne instantanément l’envie de vomir en imaginant ce que toute cette histoire va créer comme foutoir dans ma vie. Je fais un écart, une fois, juste parce que j’en peux plus et voilà le résultat. J’ose même pas imaginer si jamais cela devient fréquent… Non ! Non… Ce sera le seule et unique fois où ça dérapera à ce point. Pas question que je fasse n’importe quoi, n’importe où, avec n’importe qui… Je jette un œil perdu à Alex qui semble avoir le même problème de migraine que moi. Elle essaie de rassembler ses pensées tandis que je m’affole, fouiller pour retrouver mes fringues et mon téléphone qui, évidemment est déchargé. C’est tellement la panique à bord que voir Alexandra si calme me donne presque envie de lui hurler dessus.

Quand elle commence à lister les événements de la nuit précédente, je me fais un image mentale de tout ce qu’elle dit. Le café, je me souviens, ça c’est bon. Le banc… oui, ça me dit aussi quelque chose et ça doit expliquer pourquoi j’ai l’impression de m’être fait rouler dessus. Ou alors c’est le lit qui est vraiment affreux et payer pour cette connerie est une honte ! je ne me souviens absolument pas d’avoir mangé un quelconque burger en revanche, mais j’ai de toute façon trop envie de vomir pour essayer d me souvenir d’avoir mangé quoi que ce soit qui s’apparente à quelque chose de gras et frit. J’en reviens donc à nouveau à mon téléphone et fouille mes affaires pour géôter un chargeur en espérant qu’il ne soit pas abimé vu le bazar qu’est devenu mon sac. Je relève la tête trop vite, outrée, et ma tête me le fait salement ressentir, mais ce n’est pas le plus important. Comment ça c’est pas un drame ?

- Mais si c’est grave ! Je vais dire quoi à ma petite amie ? Que j’ai dormi dans un motel clairement fait pour autre chose que dormir et que j’ai peut-être « oups » couché avec elle ? En plus j’en ai aucun souvenir, c’est affreux ! Je devrais au moins m’en souvenir !

On fait tous des conneries, mais là j’ai crevé le plafond et je ne sais même pas comment l’annoncer à Rica ? j’inspire, essaie de calmer les battements de mon cœur, me répétant qu’il ne s’est rien passé, après tout j’ai encore ma culotte, alors c’est que rien ne s’est passé non ? Impossible convaincre alors que tout laisse présager le contraire et c’est impossible que je cache ça à Rica. Je me sentirai tellement coupable d’un truc pareil qu’elle finira par me faire cracher le morceau. Même en paniquant, je parviens quand même à trouver un chargeur et une prise à moitié dissimulée derrière la tête de lit. J’ai envie de donner un coup de pied à celui qui a fait la décoration hideuse d cette pièce, au moins je pourrai me focaliser sur autre chose que le rose, la migraine, l’envie de vomir et la perte de considération que j’ai pour moi-même.

- Désolée Alex, c’est pas contre toi, t’es… T’es super sympa, mais…

Mais merde je n’ai jamais voulu coucher avec elle, ça ne m’a jamais traversé l’esprit. D’accord elle est plutôt pas mal… même plus que ça… Je me prends mon visage entre mes mains. Si même sobre j’arrive à penser ça, je ne peux même pas oser imaginer ce que j’ai bien pu penser en ayant bu au point de faire un blackout. Je redresse la tête à sa question et secoue la tête.

- Non je, j’en portais pas… je crois.

Foutu hormones et foutu peau sensible ! Comme si je n’avais pas assez de problème, même mon corps me fait chier et en plus ça provoque ce genre de situation foireuse. C’est avec une impatience mêlée d’angoisse que je regarde mon téléphone lentement se charger. Il commence à dépérir si je l’allume maintenant il va juste s’éteindre à nouveau parce qu’il n’aura pas assez chargé, ne faisant que retarder l’inévitable. Encore que… j’ai aucune idée de si j’ai vraiment eu la bonne idée de le laisser allumé assez longtemps pour qu’il enregistre quoi que ce soit une fois el motel atteint. J’entends un sèche-cheveux et tourne la tête pour voir Alex s’occuper de sécher nos fringues. Elle gère tellement la situation mieux que moi su tous les aspects…

- C’est ce que je vais regarder oui. J’ai vaguement le souvenir d’avoir commencé à filmer. J’espère juste que je n’ai pas arrêté trop tôt.

Ou trop tard, parce que les sextapes c’est pas vraiment mon genre de truc… je ne sais même pas quelle heure il est. Zach doit être mort d’inquiétude et je sens q’il va salement me faire regretter mon travers… ou alors il va juste me dire qu’au moins je saurai à quoi m’en tenir… Moi qui le faisais chier avec ses bières, je ne vais jamais plus pouvoir dire quoi que ce soit sans qu’il me lance ça à la figure pour se justifier. Je soupire. Il faut aussi que je mette les choses au point avec Alexandra…

- Alex… quoiqu’il se soit passé cette nuit… On peut rester amies ? Je me souviens pas de tout, mais je sais qu’on s’est amusées, au moins un peu et je voudrais pas que… que ça crée un malaise, tu vois ? Je t’aime bien, vraiment, mais je suis pas… enfin j’ai déjà quelqu’un quoi et…

Oh je m’embrouille tellement que je ne sais même plus ce que j’essayais de dire en premier lieu. Je suis vraiment trop paniquée pour réfléchir correctement et la migraine n’arrange vraiment rien.

- On peut rester amies ?

En espérant qu’on n’ait pas déjà franchi le fameux cap qu’est la frontière entre friend et sexfriend. Parce que je ne suis pas sûre de pouvoir regarder une jour Rica en face après ça. Et quand mon téléphone daigne enfin s’allumer c’est autant le soulagement que l’angoisse qui commence à m’étreindre. L’heure de vérité…


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