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Belle-Amie ☽☾ Aliénor

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Anonymous
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Mer 18 Nov - 12:15 (#)


Belle-Amie



Février 2019, North.

L’heure des morts sonne. De sous l’ombre qui couve les feuillages entourant la bicoque vieillotte abritant une âme tourmentée, Kaleb Haziz hésite. Des mois sont passés depuis qu’il a récupéré une Dillon éprouvée, silencieuse, le regard pétri d’une noirceur mélancolique qu’il ne lui avait encore jamais vu. Il n’a pas osé demander quoi que ce soit, Dillon semblait être revenue avec les boulets de sa défaite, prise au piège d’une ataraxie profonde qu’il n’aurait pas voulu déranger sous peine de se voir meurtri bien davantage que d’habitude. La harpie mord et griffe lorsqu’elle le veut, ses coups de folie et colère plus nombreux depuis qu’ils sont revenus sur les terres suintantes de Shreveport, Louisiane ravagée par la misère, l’humidité pesante, les ravages des eaux étant passés par là des années auparavant. Il y a des prénoms à ne pas dire, des sujets à ne plus aborder et il s’est contenté, pendant de longs mois, à ne rien dire à celle à qui, en silence, il a prêté allégeance. Si l’Essaim le retrouve, nul doute qu’il se verra sévèrement châtié, mourant pour avoir suivi la trace d’une aliénée que la mort semble habiller jusqu’au timbre et dont le passé, parfois, se dissémine dans des confidences oubliées. Elle est vénéneuse, fleur aux épines acérées sur lesquelles il s’écorche si souvent les doigts, son calme de fer, son humanité exécrée par la vielle âme qui l’observe sans cesse avec ce mépris cachant peut-être une envie d’en retrouver l’essence. Dillon ne sait plus depuis longtemps ce qu’est d’être humaine, amnésique de ce qu’elle fut et peut-être vaut-il mieux qu’elle ne sache jamais rien de ce qui arriva quand son cœur chantait encore. La mine sombre, il se cache parmi la mousse, la terre fraîche, les insectes volants qu’il chasse parfois d’une main nonchalante. Il hait la nature et son bayou et pourtant c’est ici qu’une fille du béton a décidé de s’exiler, comme une prolongation d’une punition l’ayant vu privée d’amitiés, d’alliances. Autour de ce spectre, il n’y a que l’absence, la perdition, la solitude, l’infâme solitude. Ce qui lui reste d’émotion manque de le faire sombrer dans cette fange mélancolique où il supplie sa sœur de lui revenir. La damnée n’a plus donné signe de vie depuis presque cent ans. Cent ans, long et si court à la fois, des années qu’il a vu passer mais n’ont pas su emporter loin de lui cette impression d’appartenir, rien qu’encore un peu, au monde des vivants. Sa sœur aurait crachée son mépris sur l’irlandaise au teint glacé, méprisant la blancheur de sa peau, sa laideur que, lui, ne découvre que lorsqu’elle se perd dans la folie. Sa Sire n’avait rien de commun avec cette femme-enfant à l’esprit tourmenté mais elle n’était pas moins aliénée. Alors il ne peut que s’accrocher, chiot sans mère tentant de voir en Dillon Ó Shaugnessy un bout d’espoir dans sa morne existence de mort qui marche. Il cille et finit par se détourner pour s’évader de la verdure qui le fait pester en silence, mâchoires serrées, les boucles de ses cheveux d’un noir profond entourant un visage bien rude. Il aimerait se perdre dans autre chose qu’une énième mission de messager, déguerpir bien loin de ce qui devient un fardeau, erré dans les bars pour sourire à quelques filles qui penseraient qu’il est aussi imbibé de vie qu’elle, à d’autres qu’il sentirait ouverte, fascinée par le morbide, à la morsure. Il n’a jamais cédé, pourtant, à la passion du sang, jamais fait de quiconque une âme dépendante de lui. Car il sait bien ce que la dépendance fait aux gens.

Détruit. Brûle. Pourrie.

Ses chaussures de ville s’expose à la boue et il retient une grimace de dégoût, refusant de se sentir submerger par la terreur que lui inspire tout simplement ce bayou qui n’a rien d’innocent. Tout est un danger potentiel. Les lianes des arbres pleurant des cordes parfaites pour s’y étrangler, leurs racines ne demandant qu’à faire trébucher pour briser un os, le bon, pour qu’il ne reste qu’une dépouille qui nourrira le sol, l’eau vaseuse qui grouille d’animaux aux yeux mornes, attendant leurs proies. Il hait l’endroit et le sillonne d’un regard alerte, habillé comme un homme d’affaire qui s’est perdu dans une jungle dangereuse. Il cille, Dillon lui semblant plus nerveuse depuis la rencontre avec cette Aliénor dont il n’a entendu que de vagues rumeurs et il n’en aime aucune. Cette immortelle lui parait plus dangereuse qu’une véritable bouée de sauvetage, sa première rencontre le lui ayant largement confirmée. Il n’a rejoint la rébellion que par tendresse envers une femme qu’il ne le considère que comme un clébard à qui on ne donnerait pas un os. Il se fiche de la vendetta, se fiche des batailles que se mènent les morts entre eux. Il voudrait, un temps, que la paix soit présente. Il a connu la guerre et n’en a jamais vu du bon en ressortir. Ça ne laisse que des cadavres, que des corps agonisants, que des êtres vivants qui ne respirent que la hantise et dont la psyché n’a jamais quitté les champs de bataille. Il a tenu des armes entre ses mains de sale gosse qui rêvait d’autre chose, a combattu pour sa terre mais pour peu de choses finalement. Il n’a gagné qu’une vie d’orphelin, que des morts qui ne l’entendent plus, que des prières qui sonnent creux quand l’aube vient et qu’il faut bien sombrer. Il n’a plus d’amis à qui se lier et n’ose encore tout à fait se fondre dans la masse informe d’un Shreveport qui déborde, espérant l’amitié de certains, tendant ses mains d’homme trop vaillant. Irina lui reprochait cette gentillesse, ce cœur trop gros pour l’humanité entière, cette envie puante de sauver le monde entier, d’essorer les larmes de tout le chagrin qui sillonne le monde et surtout les villes où ils s’arrêtaient. Il n’y peut rien. Il ne troquera pas son humanité contre une indifférence qui n’est pas toujours de mise sous le simple prétexte d’avoir été transformé, lui, qui ne le souhaitait pas. Mourir lui allait. Mourir en héros ou naturellement, il ne craignait pas ce vide qui vient lorsque l’on finit par s’éteindre. Et le voilà, depuis 92 ans, foulant le monde sans pouvoir jamais trouver de point d’ancrage réel jusqu’à la Révélation mais il n’ose se dévoiler qu’à de rares personnes, se délivrer d’un poids à ceux qui pourront, peut-être, comprendre que sa race ne représente pas qu’une simple menace.

Paradoxe digne de tous les humains, il a pourtant poursuivi la trace d’une femme qui veut voir l’Essaim imploser, récupérer une femme qui semble ne pas avoir cillé lorsqu’elle l’a trahie, une femme qui n’a jamais répondu à aucune de ces lettres qu’il la voit parfois rédiger d’une main tremblante. Il n’y a d’ailleurs que dans ces instants que Dillon tremble. Elle ne montre rien sauf lorsqu’il s’agit d’Elle. L’intrigue se traîne derrière une possessivité amère qu’il n’aime pas ressentir. lui, depuis tout ce temps, n’est jamais parvenu à la faire sincèrement trembler d’une quelconque manière. Au fond, il sait bien qu’il ne pourra faire d’elle ce qu’il veut, qu’il cherche au mauvais endroit, aussi sûrement qu’un curieux s’aventurerait à fouiller une cave abandonnée pour y trouver le bonheur. Il n’y a rien chez Dillon qu’il pourra réellement avoir mais il s’obstine. Il s’obstine car alors … que sera-t-il s’il l’abandonne ? Sera-t-il encore digne d’être cet humain qu’il aime qu’on voit en lui ? Tant de questions se posent dans sa tête déjà noyée par les souvenirs impérissables, où tout reste et flotte, tandis qu'il se laisse tomber dans sa vieille bagnole à la carrosserie fraîchement rénovée, d’un noir parfait et brillant, filant vers l’endroit où il sait qu’il doit, malheureusement, se rendre. Il craint, plus que tout, ce motel dont l’irlandaise lui a parlé, profitant de disséminer quelques crachats sur ce Yago Mustafaï dont il a vu l’ombre quelques fois. Un être bien étrange au mysticisme qui pourrait l’intriguer mais qui lui donne simplement l’envie de s’en tenir loin. Si la trogne de cette Longue-Vie est agréable pour ses yeux, il ne se voit pas s’en rapprocher. Jamais. Et la guerre qui lie Dillon à cette apparition d’Orient ne lui donne pas l’envie de le frôler davantage. Il restera en-dehors de ça. Il ne sera qu’un pigeon déposant un feuillet au pied de la reine d’une rare beauté et s’en ira sans demander son reste.

Lorsqu’il laisse enfin le moteur de sa bagnole se rendormir, il laisse échapper un soupir lié à un pur réflexe, la façade de ce motel ne lui donnant que l’envie de faire marche arrière, hurler à Dillon de se résigner à être seule et ne pas chercher plus loin. Ses mains d’ancien guerrier, peu féminines et aux ongles bien courts, froissent son front, s’étire dans la masse de ses cheveux qu’il rattache d’un chignon brouillon avant de se faire violence et d’ouvrir la portière. Ombre dans le sillage des lampadaires aux lumières parfois faiblardes, prêtes à mourir, il fait presque tache dans le décor. S’avançant dans les couloirs menant vers les chambres, il ne croise pas âme qui vive avant de voir filer une nuée noirâtre de filles peu vêtues. Il ne s’offusque pas des seins qui s’exposent, des ventres flirtant avec l’aine qui lie les hanches pleines ou creuses de certaines, la peau tannée des filles orientales. Il cille, sans bien comprendre ce que peuvent faire des filles de petites vertus dans un motel, suivant leurs rires, leurs silhouettes et leurs démarches de fées excitées jusqu’à ce qu’elles se laissent happer par un couloir. Il grimace, perdu, s’appuyant contre le comptoir de ce qu’il croit être l’accueil. Il ignore dans quelle chambre se trouve la harpie, appréhendant une rencontre qui ne pourra bien se passer que selon le bon vouloir de la femme à laquelle il fera face. Il a connu la folie, l’agonie de l’immortalité rendant fou certains enfants de Caïn mais se verra-t-il épargné par celle-ci ? Dillon n’en est ressortie que plus étrange, deux mois étant passés depuis la rencontre et rien qui ne puisse la faire sortir de cette obsession. « Il faut que je la revois. » a-t-elle confié un soir, sans peu de transition. Habitué à ses sautes d’humeurs, ses mots sortis du néant en plein milieu du silence ou d’une conversation sans lien aucun avec les palabres qui viennent, il n’a fait que demander « Qui ? » Et le nom qui est sorti ne lui a rien fait pressentir de bon. L’endroit empeste quelque chose de terriblement abandonné mais vibre pourtant d’une vie qui n’a rien d’humaine. S’habituant au silence, il s’adosse au comptoir, la nonchalance personnifiée alors qu’il ne fait que méditer ce qu’il pourra dire à Aliénor Bellovaque, s’il mourra ici pour l’affront de se présenter, à nouveau, face à cette femme qui dès les premiers regards, ne lui a pas inspiré plus de confiance que ça.

La Gorgonne est égoïste, aliénée mais le cache derrière une prestance sibylline et une beauté venimeuse qui rendrait n’importe quel humain idiot et oublieux de ce qu’elle est réellement. Il a connu des femmes comme elle, Irina lui ressemblant sous bien des points, plus capricieuse peut-être, plus enfantine et plus sujette à l’envie de vivre dans le désordre le plus total que de vivre réellement, ce qui finit, certainement, par la tuer. Perdant patience, il finit par remonter les escaliers, humant l’air qui peut parfois laisser s’exposer un stupre évident, les odeurs des morts qui pullulent derrière les portes closes. Tel un chasseur courant dans les longs couloirs effrayants d’un endroit abandonné, il cherche l'inatteignable, se trouvant bien idiot d’avoir fait confiance à Dillon et son « Tu la trouveras ou elle te trouvera avant toi ... » qui ne veut plus rien dire à cet instant. 


(c) corvidae
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ADMIN ۰ Dalida - Elle devra choisir entre son amour et sa mort.
Aliénor Bellovaque
Aliénor Bellovaque
ADMIN ۰ Dalida - Elle devra choisir entre son amour et sa mort.
♚ TAKE AWAY THE COLOUR ♚

Belle-Amie ☽☾ Aliénor OGUkIML Belle-Amie ☽☾ Aliénor 4q8vfGT Belle-Amie ☽☾ Aliénor RORgjLL

"Eh bien ; la guerre."

En un mot : La Vipère sous la rose.
Qui es-tu ? :
"Don't die with a clean sword."

♚ Caïnite âgée de trois siècles ; Accomplie du bel âge à portée d'ongles carmins.
♚ L'Ambition la ronge, mais laquelle ? ; le vide de nuits interminables la détruit plus sûrement que n'importe quelle balle en argent. L'Ennui pour seul véritable danger.
♚ Gorgone gauloise, sa réputation parle pour elle, surnommée Mère sanglante ou Reine rouge. Nombre d'enfants sont tombés sous ses crocs.
♚ Fille de corsaire, héritière de ses lettres de Marque ; navigua au service de Louis XV dans les eaux des Caraïbes à la tête de l'Espérance, frégate à l'équipage composé de deux centaines d'hommes.
♚ Trahie par un Britannique ; capturée et ramenée de force sur l'île de Mona, torturée , abusée, échappée - mourante (malaria). Transformée par un autre, à l'aube de sa trentaine.
♚ Éprise de coups d'État et féroce opposante à l'Essaim. Antique imperméable à l'ordre. Partisane du clan du Chaos. Danseuse sur le fil acéré de leur rigueur.
♚ Maudite ; aucun enfant n'a pu sortir de son ventre. Aucun Infant n'a pu résister à son vice, transmis tel un fléau. Sire matricide par deux fois. Échec toujours en gestation.
♚ Sang turc dans les veines, manie les us et coutumes perses. Son réseau d'Orient et d'Occident est dessiné comme une arachnide file sa soie.
♚ Incapable d'aimer son époque ; craintive pour l'avenir, répudiant son passé.
♚ Se joue d'une beauté en laquelle seuls les autres croient. Compagne de Serguey Diatlov, mère de substitution de Yago Mustafaï, protectrice de Mei Long.
♚ Pie voleuse, elle a dérobé le Clan du Chaos aux mains trop glissantes de Salâh ad-Dîn Amjad, qu'elle compte bien refonder en un ordre sérieux pour s'opposer à la Mascarade ainsi qu'au dictat de l'Essaim en place.

♚ SLAVE TO DEATH ♚

Belle-Amie ☽☾ Aliénor FASlTSW Belle-Amie ☽☾ Aliénor UByGHjO Belle-Amie ☽☾ Aliénor W6JtYIp

"I know where you sleep."

Facultés : ♚ Vicissitude (niveau III)
♚ Mains de la destruction (niveau I)
♚ Chimérie (niveau I)
♚ Stratège. Rapide. Teigneuse.
Thème : Sleep Alone ♚ Bat for Lashes
Belle-Amie ☽☾ Aliénor X13YkvN
♚ CANNIBAL ♚

Belle-Amie ☽☾ Aliénor 9KgtXIf Belle-Amie ☽☾ Aliénor 7iJSCrv Belle-Amie ☽☾ Aliénor 6gla5CK

"Mind if I cut in?"

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Pseudo : Nero.
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Crédits : Lune Noire (ava') ; Amiante (signa')
Lun 30 Nov - 17:38 (#)

♛ Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins.
Être soi-même l'artisan de son malheur ; se déchirer le coeur de ses propres mains ; et tandis qu'on souffre ces douleurs insupportables, sentir à chaque instant qu'on peut les faire cesser d'un mot et que ce mot soit un crime ! ah ! mon amie !...

▼▲▼

Momie à la peau lisse.
Ancêtre juvénile.
Grand-mère d’un monde trop vieux.

Vision effrayante de la créature recroquevillée sur elle-même. La chambre est vide, hormis sa propre présence, coquille creuse ne renfermant rien d’autre que des lambeaux de graines infertiles. Sous les draps qui couvrent son corps nu, ses cheveux seuls s’évadent réellement, comme autant de serpentins vivants, langues brunes léchant le coton blanc. La faute à l’hiver ? Les couloirs ne bruissent pas. Seule, elle est seule. Venue chercher la chaleur des vivants, de cette magie qu’elle abhorre, de ces rebelles de carton, leurs rires, leur musique atroce et leurs fêtes scandaleuses ne résonnent point, en cette nuit morne. Déjà des heures, lui semble-t-il, que la nuit est tombée. Et cependant, elle ne bouge pas. Elle est parée de cette cape d’étrangeté qui la désigne comme immortelle, et tous ses rires forcés, singeant si bien ceux des humains qu’elle fréquente, ne pourraient guère l’habiller d’illusion, cette fois-ci. Les yeux grands ouverts, elle fixe cette fenêtre dont les rideaux ne laissent guère percer la lumière des candélabres, provenant du parking extérieur. Celui qui n’est pas protégé par les alcôves. Recluse. Telle un macchabée dont on aurait oublié de refermer les paupières sur le lait vitreux et figé. Dans un caveau moins glauque que ceux de ses prédécesseurs. Elle pense. Elle pense aux horreurs vécues, côtoyées. Elle songe. Elle se voit perdue par l’absence de son amant, de son Infant (il ne l’est pas), de sa protégée endormie, de celui qu’elle convoitait, mais qui aujourd’hui, lui tourne le dos avec acharnement. Si elle le pouvait, elle ferait de cette nuit un battement de paupières, pour s’offrir à l’abandon d’un coma mortifère, pour ne penser à rien d’autre qu’à se noyer dans ce Néant salvateur, depuis lequel elle n’aurait jamais voulu être tirée. Vivante non désirée, Caïnite repoussée, elle vit l’un de ces épisodes atroces, contre lesquels aucun de ses « proches » ne peuvent rien. Elle ne cligne presque pas des prunelles, mouvement réflexe qui, en cet instant, ne parvient pas, lui non plus, à la rendre plus charnelle. Elle n’est qu’un morceau de viande froide dans un lit à la tiédeur évaporée. Même le tissu qui la couvre ne parvient pas à lui donner la sensation d’exister pour de bon. Perdue. Perdue, la bouche entrouverte, comme à l’agonie, se laissant aspirer par le tourbillon de souvenirs confus, brouillons, blessants.

L’Océan à perte de vue.
Les bancs de sable blanc, ou au jaune pâle et chaud.
La coque du navire, l’odeur de son bois.
Les voiles de la frégate.
Les cordes au chanvre déchirant les paumes imprudentes.
Sa cabine, intime, riche et étroite, aux coffres débordant d’armes et d’étoffes.
Le visage de son père, le visage de Charles, le visage de Thomas.
Les côtes normandes et ses falaises, écharpées, mordues par les flots.
L’écume du côté de la poupe, et les marsouins guidant la proue.
Les cris des mouettes et des goélands.

Et puis.

Le claquement du drapeau (noir).
La sonnette de l’alarme (le regard de Charles).
Les lames qui s’entrechoquent.
Le mousquet crachant les balles.
La défaite.
La terreur.
La mer, rougie.
La gueule des poissons aux dents énormes.
Ses cris, vagissements, supplications.
Les gorges ouvertes.
Les orbes en larmes.
Son rire.

Le feu de L’Espérance.
Les liens mordant sa peau.
La cellule aux barreaux sombres.
La paille. La crasse. La vermine.
Leurs sexes, allant et venant.

« Un… deux… trois… »

Quatre.
Cinq.
Six.

Une nuit, jusqu’à dix hommes sont venus.
Elle avait remarqué que lorsque le calme était enfin retombé, son ventre saignait, comme souvent alors.
Elle n’avait pas les moyens de se donner la mort, à l’époque. De toute façon, elle n’en aurait jamais eu le courage.

Et puis.

La révolte.
Le garde clément.
La fugitive, tombant en ruines.
La malaria.
Tremblante au milieu des flots.
Fièvre, frissons, froid, fatigue, faim.
Soif. Terriblement soif.

Oh, comme elle voudrait pouvoir arracher ses souvenirs de sa mémoire. Elle les extirperait bien, viendrait les chercher de ses ongles effilés, les sortant par les oreilles, froissant ses tympans au passage, les dégageant de ses narines à en broyer le cartilage, les vomissant jusqu’à ce que ses organes s’en décrochent, dégueulant la bile qui ne pourrait plus la blesser, de toute façon. Les détails primordiaux lui échappent, mais ces émanations-là refusent de la quitter, hantent ses moments de conscience avec une acuité dérangeante. Elle geint, pleure et souffre, griffant le matelas sous elle. Plus de deux siècles se sont écoulés, et la voilà réduite à se lamenter comme une maudite, incapable de mettre à distance, certaines nuits, ses cauchemars personnifiés. La dépouille de Charles Pollard la hante plus que toutes les autres. Elle reverra pour toujours, éternellement, cette barbe épaisse, ces yeux grisâtres, ces pommettes épaisses, ce nez fier. Sa posture droite, n’ayant jamais failli, d’un Bellovaque à l’autre. Charles. Son obsession, sa fascination teintée d’un désir malsain qu’il avait repoussé, lui aussi. Lui, Jenaro, tous les autres… Mauvaise. Ils l’avaient devinée mauvaise. Et ils avaient eu raison. Il lui manque. Charles lui manque. Charles et ses ordres bienveillants, et sa sévérité de coutume. Charles qui l’avait élevé bien plus que Guillaume ne l’avait jamais fait. Il lui manque. Il est mort par sa faute. Parce qu’elle n’avait pas su se détourner de son orgueil. Parce qu’elle n’avait pas su s’agenouiller, plier, négocier. S’il y avait eu une chance à cultiver pour épargner sa vie, alors elle l’aurait saisie. Elle aurait bien vécu de nouveau mille fois tous ses tourments, si cela avait pu lui donner une chance, une occasion seulement, de retrouver Charles Pollard et de le revoir sourire. Pour un bon mot, pour son adresse lorsqu’elle grimpait aux mâts, lorsqu’elle apprenait à faire ses nœuds, lorsqu’elle prenait la bonne décision. Ses compliments, rares mais spontanés, étaient des soleils qu’elle s’empressait d’enfermer dans les geôles de ses pensées gardées secrètes, verrouillées à double-tour, boules de chaleur capables de rayonner pendant des jours et des jours en elle, moteur et vent dans les voiles de ses espoirs enfantins. Charles Pollard, marin aguerri, commandant respecté, bras droit fidèle et loyal. Il était mort comme les autres, les yeux grands ouverts (comme elle ce soir), balancé dans la flotte mouvementée, entre deux fonds de vaisseaux, là où les ailerons pullulaient, où les corps lisses et gluants se collaient les uns aux autres, s’entrechoquant en permanence. Il avait fini dans le ventre de ces monstres qui alimentent toujours ses angoisses viscérales, et elle ignore si ce sont des larmes écarlates qui coulent du coin de ses muqueuses, ou si la puissance psychologique de ses tourments l’incite à croire qu’elle se laisse aller à pleurer sa peine. Illusion.

Rouge, rouge comme cette reine sans couronne.
Rouge, rouge comme l’Atlantique déchaîné.
Rouge, rouge comme son ventre fouillé, fouaillé, violé.
Rouge, rouge comme les enfants saignés.
Comme les serments bafoués.
Comme les catacombes souillées.

Rouge.
Rouge.
Rouge.

Comment « vivre », après cela ? Comment surmonter, jour après jour, le poids des nécessités ? Se lever. Se nourrir. Faire comme si. Défier les potentiels ennemis (ou les véritables), intriguer sans cesse, pour trouver une raison. Un moyen. Un besoin. Quelquefois, elle croit qu’elle n’y parviendra pas. Quelquefois, elle s’imagine clouée là, se laissant dépérir, insensible à la faim qui la taraude. Quelquefois, elle voudrait qu’on l’endorme elle aussi, qu’on plante le pieu pour de bon pour la réduire au silence.

Quelquefois.

Des coups discrets résonnent à la porte. Elle ne répond pas. Cela ne décourage pas l’interlocuteur qui, doucement, pousse la poignée et ouvre le battant. Orhan, l’un de ses congénères turcs, la contemple, dos à lui. Il fixe cette boule de détresse immortelle de ses iris pâles. Il n’y a pas besoin de parler. Aliénor et lui se connaissent depuis plus d’un siècle. Il sait ce qui la ronge, ce qui ne fait que repousser le sursis guettant l’Accomplie.

« Parle… » Lasse. Lourde. Timbre éteint. Lui murmure : « Il y a un homme, dans les couloirs. Le même que celui qui t’avait visité, ici, il y a quelques semaines. Je trouve étrange qu’il revienne, et je crois qu’il te cherche. »

Il suffit d’un rien. Secouée. Quelques sèmes suffisent pour l’aider à reprendre pied dans ce monde-ci. Elle réfléchit. Quelques semaines. Un homme. Une ombre se profile, l’aiguillant sur l’identité du curieux visiteur. Il y a tant de passage, ici.

« Va le chercher. Dis-lui de venir. Dis-lui d’entrer. »

Orhan s’incline, alors même qu’il ne doit allégeance à personne d’autre qu’à lui-même. Il sort, referme avec déférence la porte, mais elle ne permet pas au silence de l’engloutir de plus belle. La mutine se redresse, au prix d’un effort manifeste. Vide, comme une humaine l’aurait été, après plusieurs heures d’une crise de larmes désespérée. Son corps nu s’ébranle, titube, dénué de sa grâce habituelle. Elle cueille sur un fauteuil une descente de lit faite de soie au noir satiné. Ses doigts rigides nouent péniblement les liens de sa ceinture, et c’est au creux du même fauteuil qu’elle se laisse tomber, croisant ses jambes nues, jusqu’à ses orteils aux ongles peints de rouge. Un élan de coquetterie datant de moins d’une semaine, et déjà elle se demande comment elle a bien pu réussir à mobiliser l’énergie nécessaire pour accomplir un acte aussi dérisoire, superflu, superficiel, ridicule. Souveraine patientant celui venu demander audience, elle se fiche bien que l’homme puisse pénétrer dans sa bulle d’intimité. Le lit défait, le bureau encombré, ses vêtements envahissent la pièce ; paravents et sièges divers, et quelques meubles trahissent la poussière ayant installé ses quartiers temporaires. Elle n’y parvient pas. Toute force la quitte, et elle sait que rien ne peut l’aider, autre que le Temps, à remonter la pente de sa fougue surprenante, pour une Longue-Vie.

Elle attend.
Elle se fond, calfeutre ses reins contre le faux-cuir matelassé, posture confortable mais ô combien révélatrice de sa fatigue, de son abattement.

Elle attend.
Et le Rouge danse encore derrière son front éprouvé.

CODAGE PAR AMATIS


Before I'm dead

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Anonymous
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Mar 1 Déc - 13:26 (#)


Belle-Amie


Il s’égare. Il s’égare aussi souvent qu’il a pu le faire dans les longues routes de son Alger chérie, trainant sa carcasse aux boyaux immobiles pour retrouver l’âme sœur, la vraie, jumelle admirée et qu’il n’a su protéger. Sauf qu’il sait. Il est bien lucide, l’homme d’une Algérie française, que désormais il ne guette pas un doux visage au rire d’enfant juvénile, à la légèreté qui pourrait en charmer plus d’un, son visage au nez retroussé, lutin aux doigts souvent salies de terre, crottés par la ramasse du blé qui oscillait devant leur bien modeste bâtisse. Il guette un monstre. Il guette l’ignoble femme qu’il a déjà rencontré et qui a failli le persuader de dissuader Dillon de rencontrer l’Aînée dont l’aura l’a étranglée. Aliénor Bellovaque n’est pas, malgré sa taille menue et ses formes de sirène, une proie, une victime, une faiblarde. Elle est restée figée dans le corps d’une femme ayant vécu bien plus qu’elle ne pourrait lui en dire car il n’est personne. Pigeon envoyé par une fausse colombe, le Motel lui semble devenu un labyrinthe bien agaçant où les détours lui font serrer les dents. Il perçoit ce silence, troublant, pour un motel qui devrait bien être secoué par les vibrations des cœurs chantant, des murmures que son oreille sensible peut percevoir au travers des murs peut-être épais. Les boucles oscillantes sur un visage où les traces d’une sagesse que l’on pense inébranlable se dessine dans l’obscurité précaire, se détournant, se figeant, comme par crainte (ou impression) d’être poursuivi. Dillon avait-elle raison ? Aliénor le trouvera-t-elle bien avant lui ? L’irlandaise malgré sa folie douce et parfois sanglante, malgré ses palabres douceâtres qui ne veulent parfois pas dire grand chose, n’a pas toujours tort. Comme une Alzheimer se verrait frapper par des moments de lucidités, elle lui parait parfois presque trop consciente de ce qui l’entoure, de ce qu’il est, de ce que sont les Autres, de ce qu’elle est avant tout et ce qu’elle a un jour vécue. Elle n’en raconte que peu, oublie qu’elle lui en a confié des morceaux, qu’il sait le prénom qu’elle porta un jour et qu’elle se refuse à entendre, qu’il perçoit son obsession pour l’occulte sans en comprendre l’origine. Il ne pourrait rien oublier même s’il le souhaitait. Il se rappelle de tout, il se rappelle de la guerre, il se rappelle de la chair morcelée, il se rappelle de l’odeur du sang, de la crasse, de l’épuisement même, des déjections des hommes qui ne pouvaient plus se contrôler tant la peur, la haine et l’affliction se mêlaient à leurs corps qui n’étaient pas forcément fait pour combattre. Il se souvient des visages où la terreur s’y est inscrite en rides qui ne se sont jamais effacées. Stigmates éternels.

Il cille, il cille pour tenter de chasser ce qui lui-même le hante terriblement. Il veut chasser la vision du corps flétrit de brûlure de sa mère et de son père, mangés par le feu, de sa précieuse jumelle, suffoquant sous la douleur de sa chair mordue par les flammes infernales, d’Irina, souriante, timbrée comme elle l’a toujours été, attendant les remerciement qui n’auraient su venir pour avoir offert l’immortalité à sa sœur. Lui, qui ne voulait pas de l’éternité, elle qui ne souhaitait que vivre comme toutes les filles de son jeune âge, se marier, fonder une famille, lui qui espérait pouvoir rentrer au bercail, se remettre de ce qu’il avait vu et fait. Il n’en a jamais été ainsi. Il s’est retrouvé comme ici et maintenant, pris au piège d’un long tunnel noir où l’espoir s’est fait peu à peu sourd à ses suppliques. Irina l’a quitté, sa sœur s’en est allée il ne sait où, certainement morte et affamée lui avait dit sa Sire, car sans elle, une jeune infante, elle n’était rien. Elle n’a pas cherché à la retrouver, elle n’a pas cherché alors qu’elle la sentait. Elle n’a pas voulu d’elle. Les poings se resserrent tandis qu’il se sent étrangement happé par des souvenirs terribles qu’il fuit le plus souvent pour ne pas sombrer dans la même folie que tou ses congénères, rester proche de l’humain, le plus longtemps possible, ne pas se départir de cette part de lui qui s’accroche à l’humanité. En réalité, n’est-il pas seulement un vieillard coincé dans le corps d’un jeune homme ? Le nez busqué, les sourcils froissés de contrariété, il finit par se détourner aussi rapidement que son âme vampirique le lui permet tombant sur le visage du messager déjà croisé la première fois. Il reste interdit face au visage n’affichant qu’une expression placide. L’homme est vieux, l’homme a bien plus que son âge de vieillard, l’homme devrait être poussière depuis longtemps, il peut le sentir et le voir dans ce regard croisé qui ne le met pas à l’aise. « Elle vous attend. » Il n’ordonne pas de le suivre mais il se détourne, ne laissant aucunement le choix que de poursuivre les traces de ses pas, tel un condamné mené à la pendaison. Allah seul sait ce que pourrait lui faire cette femme si elle le contrariait. Frissons. Stupeur. Il ne peut le nommer. Elle a fait revenir Dillon plus changée. Plus sage et plus apathique à la fois, nerveuse comme il ne l’a jamais vu, lui dévoilant son corps de jeune adolescente et femme sans même le percevoir. Il revoit la peau nacrée, il revoit les os saillant sous la soie, il revoit l’aube d’un sein au mamelon rosé et à la pointe dressée alors qu’il sait que l’immortelle ne ressent rien. L’a-t-il un jour désiré ? Il ne saurait le dire et ne veut pas s’y attarder car cela prouverait peut-être qu’il est définitivement perdu. Non. Il voit en elle sa Sire disparue, il voit en elle ce qu’il n’a pu avoir, il a pitié de ce fantôme que tous abandonnent. Il ne pourrait oser tendre la main vers Dillon sans en ressentir une vive douleur, tant par l’attaque qu’elle lui offrirait en prime que par la culpabilité qui le mordrait alors. La solitude lui pèse peut-être plus qu’il ne le pensait. Un jour, il lui faudra bien trouver une compagne, quelqu’un à qui il pourrait se confier, une poitrine contre laquelle s’étendre pour pleurer sans que l’iode ne vienne noyer ses joues, se sentir aimer, un peu, car tous, morts ou vivants, ont besoin de cela. De cette chaleur, de ce sentiment intense d’appartenir et de détenir quelqu’un. D’aimer sans concession. Depuis combien de temps n’a-t-il pas tenu un corps entre ses doigts qui ont tant fait saigner ? Longtemps, trop longtemps.

Il observe la silhouette de son guide mais se fait muet, sage, ne voulant faire aucune vague jusqu’à atteindre la porte qu’il avait ratée. Il pouvait bien chercher longtemps, il n’était même pas au bon étage. L’homme mort frappe quelques coups discrets, respectueux et Kaleb s’attend à entendre la voix de la femme aux traits digne de princesses oubliées, à la puissance exemplaire mais rien et la porte s’ouvre malgré tout. Si son cœur pouvait encore battre, il le sentirait certainement crachoter des battements effrénés, refusant de voir la mort en face, refusant de se tendre lui-même un piège. Il hait soudainement Dillon pour le mener à ça, à Elle, à cette femme qui n’en est plus vraiment une, qui révélerait son véritable visage s’il venait à la tuer. Une momie à la peau flétrie, un cadavre ambulant, rien de plus. Lorsqu’il franchit lui-même le pas de la porte menant au nid intime, il éteint ses pensées, ses yeux noirs sondant la chambre bordélique mais tombant bien rapidement sur la Reine noire et pourpre qui s’est abandonnée dans son trône de fortune. Elle dévoile ses pieds, ses mollets, ses cuisses pleines et il préfère revenir à son visage, respectueux des femmes, respectueux de ce qui n’est pas à lui. Il n’admirera toujours que les formes de celle qu’il fera sienne. Pas d’une autre, jamais d’une autre. Elle lui semble affaiblie, presque plus blême que la dernière fois qu’ils se sont croisés, frêle silhouette perdue dans sa toge noire épousant un corps à la peau que le soleil a un jour pu tannée rien qu’un peu, les yeux bleus et perçant qu’il attrape des siens et tandis que l’autre se retire, il abaisse humblement la tête en un salut qu’il veut respectueux de ce qu’elle est.

Aînée.
Combien de siècles a-t-elle traversé ?
Combien de choses aurait-elle à conter ?


Tout autour il n’y a que l’impression que le temps s’est arrêté, qu’elle vit dans un monde où les flots de poussières voleraient au travers d’une lueur, voletant sans les faire éternuer car depuis longtemps leurs poitrines s’est cristallisée pour ne plus se mouvoir. Un silence étrange dure, il reste toujours aussi impressionné par la grâce et le tragique de cette femme, par ce qu’elle pourrait bien lui faire. Il ne sera pas aussi idiot et insolent que celle qui demeure prisonnière de sa cabane en attendant ses nouvelles et lorsque sa nuque s’arque pour le voir se redresser sans pour autant la dominer de sa haute stature habillée d’un costard faisant presque tache dans ce décor bouleversé et encombré, il entrouvre enfin les lèvres « Bonsoir Mme Bellovaque. » Il ignore s’il se doit de l’appeler par son prénom, n’oserait pas, ils ne se connaissent pas, ne se sont que croisés. Si la nervosité l’habite, il préfère tout de même se tenir droit, digne et le visage bien moins crispé qu’il ne l’était dans le couloir. Tout deux savent pourquoi il est ici. Elle soupçonne au moins, il s’en doute. « Veuillez m'excuser de vous déranger mais je n'ai pas su comment vous prévenir et … » Il s’interrompt, détournant un instant la tête, juste un peu, les pieds ancrés au sol, à bonne distance de la madone avant d’avouer de sa voix profonde et posée « Dillon aimerait vous revoir. Je crois que votre rencontre l’a fait réfléchir. » Il soupire alors même qu’aucun souffle ne pourrait pénétrer ses poumons figés, un tic agitant ses lèvres, ses prunelles d’obsidiennes s’étendant sur la moquette avant de revenir vers Elle « Pour être honnête, je pense que vous avez piqué quelque chose en elle qui l’a convaincue de ne plus jouer cavalier seul. Elle demande une audience, si vous l’acceptez. » Il se tient raide, la jaugeant toujours, admirant le visage qui pourtant pourrait bien être trouvé laid par les hommes de son pays, trop blanche, trop rebelle aussi. On les veut soumises de là où il vient, qu’elles se taisent, s’engrossent et les aiment, rien de plus. Un battement de paupières le voit ajouter « J’ignore ce que vous vous êtes dit la dernière fois et ça ne me regarde pas, seulement … Dillon est une solitaire ayant tout perdue et ne faisant confiance à personne. Même pas à moi. » Il esquisse un sourire amer, lui qui a tout quitté pour la suivre, son clan à sa ville. « Elle ne vous le dira peut-être jamais mais … vous êtes bien la première qui avait su la rendre plus lucide que jamais sur ce qu’elle ne voyait pas depuis des années. »

Dillon est seule.
Dillon demeurera seule même en rejoignant le flanc de cette femme.
Dillon cherche une absolution qui ne viendra jamais, il le croit du moins.


Mais il se gardera bien de le confier, attendant simplement la sentence, le silence, peut-être même la mort.


(c) corvidae
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ADMIN ۰ Dalida - Elle devra choisir entre son amour et sa mort.
Aliénor Bellovaque
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"Eh bien ; la guerre."

En un mot : La Vipère sous la rose.
Qui es-tu ? :
"Don't die with a clean sword."

♚ Caïnite âgée de trois siècles ; Accomplie du bel âge à portée d'ongles carmins.
♚ L'Ambition la ronge, mais laquelle ? ; le vide de nuits interminables la détruit plus sûrement que n'importe quelle balle en argent. L'Ennui pour seul véritable danger.
♚ Gorgone gauloise, sa réputation parle pour elle, surnommée Mère sanglante ou Reine rouge. Nombre d'enfants sont tombés sous ses crocs.
♚ Fille de corsaire, héritière de ses lettres de Marque ; navigua au service de Louis XV dans les eaux des Caraïbes à la tête de l'Espérance, frégate à l'équipage composé de deux centaines d'hommes.
♚ Trahie par un Britannique ; capturée et ramenée de force sur l'île de Mona, torturée , abusée, échappée - mourante (malaria). Transformée par un autre, à l'aube de sa trentaine.
♚ Éprise de coups d'État et féroce opposante à l'Essaim. Antique imperméable à l'ordre. Partisane du clan du Chaos. Danseuse sur le fil acéré de leur rigueur.
♚ Maudite ; aucun enfant n'a pu sortir de son ventre. Aucun Infant n'a pu résister à son vice, transmis tel un fléau. Sire matricide par deux fois. Échec toujours en gestation.
♚ Sang turc dans les veines, manie les us et coutumes perses. Son réseau d'Orient et d'Occident est dessiné comme une arachnide file sa soie.
♚ Incapable d'aimer son époque ; craintive pour l'avenir, répudiant son passé.
♚ Se joue d'une beauté en laquelle seuls les autres croient. Compagne de Serguey Diatlov, mère de substitution de Yago Mustafaï, protectrice de Mei Long.
♚ Pie voleuse, elle a dérobé le Clan du Chaos aux mains trop glissantes de Salâh ad-Dîn Amjad, qu'elle compte bien refonder en un ordre sérieux pour s'opposer à la Mascarade ainsi qu'au dictat de l'Essaim en place.

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"I know where you sleep."

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♚ Stratège. Rapide. Teigneuse.
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Ven 18 Déc - 4:44 (#)

♛ Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins.
Être soi-même l'artisan de son malheur ; se déchirer le coeur de ses propres mains ; et tandis qu'on souffre ces douleurs insupportables, sentir à chaque instant qu'on peut les faire cesser d'un mot et que ce mot soit un crime ! ah ! mon amie !...

▼▲▼

Le voilà.
Et elle, créature paraissant venir des tréfonds des âges, le regarde.
Ses bras reposent toujours sur ses accoudoirs. Ses jambes sont toujours croisées.
Posture royale, lasse et altière à la fois. Elle aurait feint un soupir précieux, si elle était restée humaine.
Au lieu de cela, la statue d’albâtre qu’elle semble être devenue ne bouge pas. Elle ressemble à l’un de ces serpents demeurés sauvages, que rien ne pourra jamais mater ni apprivoiser, tapis dans l’ombre en attendant leur heure. Elle ressemble à l’une de ces mygales hantant toujours les territoires amazoniens, aux mœurs si terribles qu’elle rêve parfois de les voir appliquées dans le monde des hommes. Elle tisse ses toiles démesurées, recouvre le sol de soie blanchie se confondant avec la poussière et les feuilles mortes tapissant sols et forêt. Qu’une bestiole s’avise de frôler le moindre filin d’un gris perlé, et elle bondira. Elle propulsera sa masse hideuse, velue, pour refermer ses pattes immondes sur la proie désignée, l’attirant dans son antre. Elle tuera le mâle venu tenter sa chance aux abords de sa tanière, et ne lui permettra pas de l’endormir aussi facilement qu’il l’escompte. Et même si elle cède, même si elle tombe entre ses bras faussement conquérants, le destin demeure immuable. Elle le dévorera après qu’il ait empli son ventre, usera de sa force et de sa taille décuplée (douce ironie que beaucoup sous-estiment, chez elle), et tuera l’intrus, l’impudent, l’impertinent.
Elle ne vaut pas mieux que ces figures faites pour survivre, machines à tuer planquées dans une végétation aussi hostile que superbe. Elle ne demande pas. Elle ordonne, fait ployer, casse, tue, broie. Au fond de son regard que le vide semble parfois habiter, autant de créatures ainsi vicieuses dansent, qu’elle incarne tour à tour, au gré des pulsions qui remuent ce corps mort et, cette nuit, fatigué. Même des litres de sang jeune, pur, frais, ne sauraient la revigorer. La moindre gorgée la rendrait malade. Elle pourrait presque retrouver la sensation d’un ventre ou estomac gonflé, la voyant se tordre sur sa couche en espérant plonger dans un nouvel épisode de latence, de sommeil, de torpeur. Elle n’a jamais oublié la douleur des mortels. Elle n’a jamais oublié ce qu’il en était des souffrances d’une femme de son siècle. Et ses plaintes auraient laissé les hommes coi, stupides, plantés là, inquiets. Ils ne pouvaient rien faire. Ils ne savaient pas. Quant à l’île de Mona, les lieux s’étaient chargés d’implanter dans son crâne le souvenir éternel de ces déchirements intestinaux, de ses entrailles laissées pour morte, sanguinolentes, proie de toutes les infections possibles, porte ouverte à la malaria qu’elle n’avait, bien entendu, pas eu d’autre choix que d’en contracter les miasmes. Elle est restée si douloureusement humaine. En dépit de ses trois siècles de parfaite adaptation, certaines choses sont restées là, ancrées, et elle n’a jamais pu opérer de coupe nette et franche : l’amputation demeure imparfaite, suintante et obsédante par-dessus tout le reste. Une psyché éclatée couplée à une silhouette figée pour l’éternité n’est pas faite pour lui plaire, pas faite pour demeurer neutre de conséquences. Elle balance dans un équilibre instable, et demeure là, boule de ressentiment, de pensées cruelles, amorphes ou hautaines.

Elle observe l’homme qui, comme elle, a embrassé la Mort en un sens bien particulier. Elle se rappelle de lui. Vaguement, mais elle se rappelle. Les visages lui sont bien plus familiers que les noms. Les noms volent, se transforment, se détruisent ou disparaissent au fil des époques, des clans qui naissent puis se voient réduits à une lignée décatie. Les visages ne changent guère, eux. Sauf lorsqu’elle en décide autrement. Le bout de ses doigts s’agite à peine : unique mouvement capable de prouver qu’elle n’est sous l’emprise d’aucun maléfice l’ayant changée en pierre. Elle le regarde, et un sourire mauvais apparaît, fugitif, lorsqu’il s’incline. Quelle déférence. Elle n’en a jamais tant exigé, cependant. Elle était bien plus sensible aux marques de loyauté réelles qu’aux danses de cour, dans les catacombes. Le face à face qui s’annonce la réjouit pour une chose : pas de vague (pour une fois), pas de confrontation houleuse. Elle n’aurait pas été en état. Elle aurait mordu sans attendre de savoir de quoi il retourne. Déjà, il lui est acquis. Le respect qu’elle distingue, cependant, lui échappe quant à son origine. Car pourquoi ? Pourquoi l’homme à la peau plus sombre que la sienne se voit-il si déférent, si prudent devant celle qui, de toute évidence, ne sied plus que sur un trône de chiffon ? Elle fait aussitôt le lien avec Dillon. Avec Petite fille. Petite fille qui envoie son éternel messager, guère ravi de se trouver dans ce motel de modeste catégorie (mais quel motel ne l’est pas, de toute évidence ?). La première leçon n’a-t-elle donc pas suffi ? Elle conçoit un peu d’amusement et un peu d’agacement tout à la fois : peut-être aurait-elle préféré que Petite fille se déplace d’elle-même, sur ses maigre guiboles, jusqu’à cette piaule dont elle se désintéresse, cette nuit. Mais le hasard fait bien les choses. Que penserait Petite fille d’un tel spectacle ? Le messager, lui, est d’une élégance qu’elle salue. Ils contrastent si fort, tous les deux. Elle aime sa mise. Elle a toujours aimé le respect qu’accordent les hommes à leur apparence, qu’ils soient immortels ou pas. Elle décortique alors avec une discrétion mesurée la ligne des épaules engoncées, du buste plus ou moins dessiné, souligné ou tamisé par le tissu de qualité. La distinction. Une valeur de plus, que le temps écorche sans cesse davantage.

Elle demeure assise. Ses jambes demeurent croisées.

« Madame Bellovaque… » Elle souffle, amusée. « Quel respect du protocole… Je suis impressionnée. C’est qu’on me donne rarement du madame, le sais-tu ? » Même de son vivant. Surtout de son vivant. Elle penche la tête sur le côté, l’enlace d’un coup d’œil un peu plus tendre que les précédents. Mais comment s’y fier ? « Tu ne te trouves pas sur mon territoire. Pourquoi de telles précautions ? » Ne me dis pas que tu as peur. Elle a toujours aimé jouer avec les nerfs de ses comparses mâles. Car elle n’a jamais couru après les éloges, après la reconnaissance d’un statut qu’elle a dû conquérir à la sueur de son front, à la solitude de ses choix. Ainsi, elle se voit régulièrement surprise lorsque, sans avoir à remuer le petit doigt, l’on s’agenouille, l’on salue du chef, l’on emploie un vocabulaire qu’elle n’emploierait pas si elle devait s’adresser à elle-même. « Notre rencontre l’a faite réfléchir ? » Cette fois, c’est l’ironie qui perce, qui se fraie un chemin par-delà le calme qu’elle maintient, l’absence d’hystérie lui étant nécessaire, ce soir. « Dieu merci. Si notre rencontre ne l’avait pas faite réfléchir, comme vous dites, j’aurais commencé à me poser de sérieuses questions sur son cas. » Dillon. Une créature influençable, qu’elle sentait faible, fébrile, prête à tout pour se lancer dans une vendetta singeant une quête de sens en se raccrochant au premier pilier solide à portée. Que fallait-il manquer de clairvoyance et d’instinct de survie pour ne pas deviner que la fréquenter elle la mènerait probablement à sa perte. Cependant, elle ne peut se mentir en son for intérieur : l’idée de revoir Petite fille n’est pas une mauvaise nouvelle en soi. Petite fille ferait l’objet d’un défouloir parfait. Petite fille, souffre-douleur idéal car incapable de se défendre, et dont les vaines tentatives de révolte se verraient saluées d’un courroux lui faisant définitivement passer l’envie d’une quelconque contestation. Dillon. Un animal aux allures de dame de compagnie, de femme à tout faire, de confidente n’appelant pas réellement à une réponse. Son égo est flatté. Elle retient un sourire trahissant ses pensées.

« Je la plains. »

Enfin, la reine rouge se soulève, se déploie dans un modeste bruissement de tissu. Ses pieds nus foulent sans un bruit la moquette sur laquelle elle sinue, s’approchant des lourds rideaux occultant toute lumière. D’un geste sec, ses paumes crochètent les pans qu’elles repoussent dans un bruit de métal, anneaux cliquetant sur les tringles lisses. Bruit familier. Répété si souvent. Le paysage nocturne se révèle enfin à elle, et c’est avec une curiosité tempérée qu’elle contemple un moment le ballet qui va et vient, plutôt humble, des quelques silhouettes quittant les parages ou, au contraire, se ramenant sous le giron du motel. « Comme elle doit être seule ou mal entourée, pour n’avoir pas su évoluer depuis, quoi ? Combien d’années ? » Elle la devine jeune. Une pousse ayant fleuri au dix-neuvième siècle peut-être, mais pas davantage. Elle se retourne, pour mieux se reculer et s’asseoir sur le rebord offert par la fenêtre, repliant les jambes pour mieux s’agenouiller, posture de succube aux omoplates ne frôlant qu’à peine la vitre tiède. « Et toi ? Qui es-tu, toi ? Son sbire ? Son Infant ? Tu me sembles bien plus prudent et conscient du monde qui t’entoure. Pourquoi ne t’écoute-t-elle pas, toi ? À moins que tu ne joues sur les apparences, et que tu sois un piètre conseiller. » Comme ils se sont répandus partout sur la terre, les faux-amis, les langues de vipères, les prétendus courtisans habiles et avides de politique internationale et vampirique. Comme cette ère est propice aux escrocs. En est-il un ? Il semble débonnaire. Elle le voit, à ses traits bruts : son nez par-dessus tout, authentique et puissant, parle plus que tout autre détail marquant ce visage étranger. Arabe ou Perse, peu importe : le caractère est là, mais la force tranquille aussi.

« Nous sommes nombreux à marcher dans le noir. Mais j’ai rarement vu une créature aussi impatiente à l'idée de se jeter dans le vide sans précaution. Ce n’est plus de l’inconscience, à ce stade. Ni même de la folie. » Elle évacue le mot d’un geste de la main hautain : le terme, trop galvaudé, l’agace de plus en plus. « Je me suis même demandée si elle n’était pas carrément stupide, pour être honnête. Et je ne comprends pas comment elle a pu en arriver là. » Les interrogations restent donc intactes : que fait un homme comme lui, au chevet d’une gamine comme elle ? « Dillon n’a pas tout perdu. Tu en es la preuve vivante. » Oh, comme elle pourrait écorcher de ses griffes de harpie le visage doux et lunaire de cette enfant ignare. Tout perdu ? À l’orée de sa vie d’immortelle, la Bellovaque aurait tué pour disposer d’un compagnon aussi serein. Elle ne le connaît pas, cependant. Il pourrait être risible, pesant, un fardeau plus qu’un allié. C’est son instinct qui parle. Le même instinct qui l’a poussé à désigner tel homme plutôt qu’un autre, au moment d’embarquer et de fouler le pont de la frégate de son père. Rarement trahie car rarement surprise, aimant lire et deviner ce qui se trame dans le cœur des mâles, masochiste convaincue et se jetant toujours dans les bras de ceux qui ne la voulaient pas, elle a toujours aimé capter les ondes les auréolant, eux. Se voulant amie, compagne, seconde ou guide et maître de leurs désirs, de leurs passions, de leurs éclats. « Elle ressemble à une enfant qui se cogne aux barreaux d’une cage en carton. Pas besoin d’ennemi, avec un tel tempérament. » La voilà qui ricane en sourdine, se voulant protégée dans sa cage à elle, dorée. Au-dessus. Elle le pointe de son index presque agressif, accusateur : « Pourquoi t’envoie-t-elle ? » Elle répète encore : « Qui es-tu donc pour la suivre dans ses délires ? Qui est-elle pour mériter d’avoir un messager ? » La moue qui s’affiche et déforme un instant ses traits, elle la lui offre sans réserve. « De nos jours, les rois et les reines pullulent. Les aspirations ne sont pas très modestes. Pour qui se prend-elle ? J’ai déjà répondu à l’un de ses appels. La moindre des choses aurait été qu’elle fasse un pas plus convaincant. » Ce n’est pas grave. Elle le paiera plus tard, lui fera comprendre son erreur – une de plus. « Pourquoi acceptes-tu ce rôle de clébard ? Hum ? Quelle appétence réveille-t-elle en toi pour te faire rester dans son giron ? Que t’a-t-elle promis ? Et que me promet-elle, à moi ? » Ce faisant, sa paume est venue appuyer sa poitrine toujours tenue par la soie d’ébène. « Que veut-elle ? Trouver une mère de substitution ? Pourquoi me déplacerais-je à son chevet, encore ? »

CODAGE PAR AMATIS


Before I'm dead

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Anonymous
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Mer 30 Juin - 3:39 (#)


Belle-Amie


A la lueur de cette lampe qui tamise si bien la pièce, il brûle de sa curiosité héritée de ses parents, des défunts qui ne vivent plus qu’au travers de ses souvenirs, enfant orphelin à l’âge figé sur les traits moins badins qu’ils étaient jusqu’alors. Auprès de Dillon peut-être trouve-t-il un peu de morosité, un moyen d’entretenir la souillure du vieil homme qui hante son corps de jeune garçon, les traits grossiers et nerveux malgré la mort qui hante le derme froid. Il lorgne la déesse déposée sur son trône sans bien savoir ce qu’il doit penser d’elle, lorgnant le visage dans un silence de plomb, ne sachant si elle se joue de lui ou non. Est-ce un test ? Va-t-il échouer ? Face à une Aînée, il ne s’est que rarement retrouvé et le voilà coincé dans la chambre de celle-ci, dans l’intimité la plus profonde, voyant le corps qui se dévoile mais ne lui inspire qu’une envie de reculer. Ce n’est pas le genre de femme qu’il penserait à toucher, pas même le genre de femme dont il ferait l’erreur de tomber en émoi, jamais. Aliénor Bellovaque semble être un poison sculpté dans la porcelaine un peu jaunie d’un corps féminin, toisant le monde avec les siècles qui s’imposent dans ses prunelles. Il ne peut soupeser le regard bien longtemps, oscille de la soie au sol, au décor, aux lèvres qui se meuvent et qui semble le moquer. Le sérieux n’est pas réellement quelque chose qui peut se fissurer chez lui, pas alors que sa vie pourrait être prise en un instant. « Vous savez bien, je pense, pourquoi je vous donne du vous. Il est évident que vous n’êtes pas… ordinaire, que vous soyez celle qui règne ici-bas ou non. » Il n’a pas la fierté mal placée, il ose dire ce qui traverse sincèrement sa caboche comme un vent de pensées qu’il soupèse avant de les laisser siffler hors de son poitrail immobile. Les mains croisées derrière son dos il finit par les délasser pour que la paume embrasse son poignet devant les yeux de celle qu’il ignore encore être une ennemie ou une alliée potentielle. Dillon n’a pas été la plus bavarde, il l’a simplement vu plus retournée qu’avant, plus encline à la réflexion, oubliant, quelques instants, les papelards toujours adressé à la même personne, sa sempiternelle lubie. Lubie bien idiote qu’il se garde de commenter pour ne pas s’attirer le courroux de la madone famélique.

« Elle… » Il se voit interrompu par ce « Je la plains. » qui poignarde son cœur mort, se figeant dans une posture étrange, sans savoir quoi répondre tout d’abord. Il pourrait sourire, tristement, de cette remarque à laquelle il se permet d’acquiescer, si loin du regard furibond de celle à qui il a dédié les dernières années de son existence « Moi aussi. Moi aussi… » Il abaisse un instant la tête, ne pouvant dissimuler toute sa peine, revoyant cette femme-enfant vêtue de sa solitude dans un coin de sa cabane humide, sa première rencontre avec elle, un regard croisé qui n’aurait jamais dû s’éterniser et elle l’a détourné, l’oubliant aussitôt quand lui fut marqué au fer rouge par ces orbes étranges. Serrant les dents, il s’abîme dans le silence, se disloque dans les immondes soliloques de ses pensées qui se répercutent en lui comme des réverbérations de mots qui finissent par n’avoir plus aucun sens. « Elle n’a plus de Sire, Madame. Et pour l’avoir connu… » Un tic qui pourrait ressembler à un sourire étire la commissure gauche de ses lèvres, laissant entrevoir l’ivoire de ses dents alors que de dos, la créature nocturne ne peut rien percevoir de cette expression purement cynique. « Il n’avait rien d’un Sire exemplaire. Il était égoïste et obstiné par l’ambition mais idiot, pour rester poli. » Sa contrariété se sent dans sa posture soudainement tendue alors qu’il semble être un soldat abaissant la tête vers le sol, errant entre ici et le passé. « Depuis, elle n’a été entourée que par… moi. Elle est âgée de 162 ans, elle les a célébrés le mois dernier, bien qu’elle n’ait rien voulu souffler. » Il pourrait se laisser aller à sourire à nouveau mais se voit vite rattraper par sa lucidité. « Oui, il faut l’avouer, Dillon est encore dotée du mental d’une jeune vampire quelques fois et… je ne suis pas qualifié pour la tenir. Je suis jeune et j’ai encore beaucoup à apprendre. » Il tait que sa Sire elle-même s’est laissée emporter par sa folie, le laissant aux abois, abandonné au clan Lanuit sans autre échappatoire que de vivre ici, sans pouvoir songer bouger ailleurs, se faisant le plus discret possible. Ses yeux noirs rejoignent franchement le visage de l’Aînée sans prendre le risque de se laisser tomber dans la spirale bleutée où règne quelque chose qui le dépasse largement. « J’ai été chargé de la surveiller lorsque nous faisions encore partie du clan Lanuit. Et il se trouve que… » La gêne le voit osciller sur ses pieds, humidifiant sa lèvre inférieur d’un coup de langue nerveux, se repassant le long film d’une série d‘évènements l’ayant mené jusqu’ici, à nouveau. « … Je me suis pris d’affection pour elle. J’ai eu l’envie de l’aider à échapper aux griffes de l’Essaim que je n’ai jamais… réellement compris. Je suis un homme qui ne sait pas où doit se trouver sa place. » Il cille, en s’entendant parler de lui encore comme un homme mais l’envie de se reprendre n’y est pas. Il se refuse de se déclarer bête humaine. Et il lui faut quelques graines de courage pour reprendre contact avec la femme qui n’en demeure une que d’apparence face à lui, semblant être une succube ressortie des abysses de l’Enfer pour tenter les Hommes et les abuser de son charisme, sa puissance écrasante bien qu’il ne soit pas dupe. Aliénor semble plus diminuée que la dernière fois, la soie noire ne camouflant pas tout à fait complètement la lassitude de sa carcasse désuète, ses mots lascifs et incisifs laissant deviner qu’elle n’est pas à l’apogée de sa puissance ce soir. Et s’il était le profiteur qu’elle semble vouloir voir en lui, il pourrait en profiter, en effet, pour se détourner de Dillon et largement s'agenouiller aux pieds d'une femme qui semble habituée à marcher sur le monde, à le diriger, à naviguer dans ses eaux noires. Un navire de chair fier et bâti pour les cataclysmes qu'engrangent les fausses facéties politiques vampiriques.

Dillon n’a pas tout perdu.

Il sourcille, se redressant de toute sa longueur sans savoir comment prendre ce qu’il lui dit, penchant à peine la tête pour guetter s’il y a la moindre plaisanterie dans ses mots, ignorant ceux qui veulent croire stupide la Dillon qu’il connait. Elle n’a rien de stupide. Perdue, oui. Puérile, oui. Capricieuse et instable, oh, il ne pourrait le nier mais stupide ? Il préfère laisser croire à cette croyance bien facile. L’irlandaise saura peut-être lui prouver d’elle-même qu’elle n’est pas la jeune enfant totalement aliénée qu’elle veut laisser voir au reste du monde. La ville qui s’agite à peine derrière la silhouette dont la soie noire se confond avec le velours du dehors l’intrigue un instant, son ouïe aiguisée percevant la valse des va-et-vient autour du motel auréolé du Chaos. « Si vous le dites… » Il ne peut que répondre ça. Il n’ose croire qu’il est une chance pour elle, autre qu’un bouclier contre lequel les coups du sort ricochent et il le fera jusqu’à ne plus en pouvoir, n’osant s’avouer qu’en ses traits il y a ceux d’une mère-Sire qu’il n’a plus vu depuis si longtemps. Qu’il y a en lui une passion étrange pour cette fille de la lune dont le soleil pourrait lui brûler la peau même si elle était encore humaine. Sa langue glisse contre les incisives à la dernière pique, s’approchant lentement, très lentement, d’elle, le visage faussement fermé car elle pourrait foncer sur lui, le déchiqueter pour son simple plaisir et baigner dans la marée de son sang, aux organes pourrissants pendant de la geôle de son ventre ouvert, elle pourrait se sentir indigner mais il avance jusqu’à se trouver à une limite frôlée. Ainsi, elle pourra voir en lui toute la sincérité humaine, bêtement humaine dirait l’absente, qui l’habite encore. « Dillon n’est pas que ce que vous croyez voir. Laissez moi au moins vous assurer ça. Elle est… » Douce hésitation. Mutique pour une poignée de secondes. « Elle pourrait vous être plus utile que vous ne le croyez. Et elle a besoin de vous, d’une personne exactement comme vous. »

Parles-tu pour elle ou pour toi ?

« Elle n’a jamais voulu vous offenser en m’envoyant. Elle pense… » Sourire réprimé alors qu’il hoche la tête, comme une mise au clair intérieur avant de reprendre « Non. Elle sait qu’elle n’est pas dotée de l’art de la négociation ou de la persuasion, elle sait quelle puissance vous détenez en vous et je crois que vous l’effrayez autant que vous la fascinez, si je puis me permettre d’être définitivement honnête avec vous. » Il cille, la fixant au risque de déclencher un orage terrible. Pour Elle. « J’ignore quelles ont été vos échanges la première fois mais je doute que vous ayez été tendre avec elle. Je doute que vous ayez usé d’une manière douce pour la raisonner mais c’est pourtant ce que vous avez fait. Vous avez appuyé sur le bon bouton. Ce foutu bouton que je n’ai jamais trouvé en tant d’années passées auprès d’elle. » Et son sourire n’a plus rien d’une lueur de tendresse ou de bonheur, juste l’esquisse de sa propre déception, d’une pointe d’envie déplacée. « Elle vous a écouté et elle aimerait vous rencontrer, là où vous le voudrez, comme le vous voudrez. Son absence et ma présence sont surtout le signe de son respect pour vous, je suis un chien de garde, si vous souhaitez tant poser des mots sur tout ça, bien que je ne me sois jamais posé la question et elle est celle que j'ai choisi de garder, comme je le peux, mais je suis prêt, comme elle, à vous offrir mon allégeance. » Il abaisse les yeux, encore, il abaisse l’échine davantage avant que ne coule l’idée de la soumission d’un soldat abandonnant tous ses dons aux pieds d’un roi ou d'une reine, se sentant s’effondrer avec délicatesse sur le sol, un genou sombrant d’abord, ses bras humblement croisés sur sa cuisse relevée, ses yeux perdus sur l’ivoire des jambes dévoilées sans pourtant les désirer, les contemplant comme l’on observe une œuvre qu’on ne pourra jamais oser toucher et sans le désirer d’ailleurs. Il suffit de regarder et d’apprécier sans envies charnelles. « S’il vous faut ma soumission, à moi, d’abord alors prenez-la. Prenez ce que vous voudrez, Aliénor Bellovaque. » Il relève alors la tête pour la contempler en contrebas, de sa place de chien « Prenez de nous ce que vous souhaitez, vous savez que vous le pouvez. Et Dillon comme moi sommes prêts à vous donner ce que vous souhaitez. Comme elle, je n’ai plus ni Sire ni abri et l’errance finira par me tuer définitivement. Je suis lasse, à mon tour, d’errer. » Ce hochement de tête qui revient, presque sec mais affirmant la véracité de ses paroles, prêt à s’armer d’une plume pour signer au bas d’un parchemin jauni à l’encre de son sang pour jurer sa fidélité à une femme qu’il sait être capable de bien des choses, de renverser le monde si elle le voulait, de mener Dillon à ce qu’elle souhaite.

Et alors, que choisirez-vous ?
Me tuer ? M’abattre pour peindre vos murs du sang d’un immortel faiblard ?
De ce sang algérien, de ce corps qui n’a jamais demandé à se durcir d’éternité ?
Je cherche une sœur en vain, je cherche une mère là où il n’y en aura plus une
Et une amante là où je ne saurais jamais en avoir une car les hommes sont pour elle la lie de toutes les races confondues.
Alors, prenez.
Prenez tout.




(c) corvidae
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ADMIN ۰ Dalida - Elle devra choisir entre son amour et sa mort.
Aliénor Bellovaque
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♚ TAKE AWAY THE COLOUR ♚

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"Eh bien ; la guerre."

En un mot : La Vipère sous la rose.
Qui es-tu ? :
"Don't die with a clean sword."

♚ Caïnite âgée de trois siècles ; Accomplie du bel âge à portée d'ongles carmins.
♚ L'Ambition la ronge, mais laquelle ? ; le vide de nuits interminables la détruit plus sûrement que n'importe quelle balle en argent. L'Ennui pour seul véritable danger.
♚ Gorgone gauloise, sa réputation parle pour elle, surnommée Mère sanglante ou Reine rouge. Nombre d'enfants sont tombés sous ses crocs.
♚ Fille de corsaire, héritière de ses lettres de Marque ; navigua au service de Louis XV dans les eaux des Caraïbes à la tête de l'Espérance, frégate à l'équipage composé de deux centaines d'hommes.
♚ Trahie par un Britannique ; capturée et ramenée de force sur l'île de Mona, torturée , abusée, échappée - mourante (malaria). Transformée par un autre, à l'aube de sa trentaine.
♚ Éprise de coups d'État et féroce opposante à l'Essaim. Antique imperméable à l'ordre. Partisane du clan du Chaos. Danseuse sur le fil acéré de leur rigueur.
♚ Maudite ; aucun enfant n'a pu sortir de son ventre. Aucun Infant n'a pu résister à son vice, transmis tel un fléau. Sire matricide par deux fois. Échec toujours en gestation.
♚ Sang turc dans les veines, manie les us et coutumes perses. Son réseau d'Orient et d'Occident est dessiné comme une arachnide file sa soie.
♚ Incapable d'aimer son époque ; craintive pour l'avenir, répudiant son passé.
♚ Se joue d'une beauté en laquelle seuls les autres croient. Compagne de Serguey Diatlov, mère de substitution de Yago Mustafaï, protectrice de Mei Long.
♚ Pie voleuse, elle a dérobé le Clan du Chaos aux mains trop glissantes de Salâh ad-Dîn Amjad, qu'elle compte bien refonder en un ordre sérieux pour s'opposer à la Mascarade ainsi qu'au dictat de l'Essaim en place.

♚ SLAVE TO DEATH ♚

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"I know where you sleep."

Facultés : ♚ Vicissitude (niveau III)
♚ Mains de la destruction (niveau I)
♚ Chimérie (niveau I)
♚ Stratège. Rapide. Teigneuse.
Thème : Sleep Alone ♚ Bat for Lashes
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"Mind if I cut in?"

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Pseudo : Nero.
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Lun 19 Juil - 6:40 (#)

♛ Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins.
Être soi-même l'artisan de son malheur ; se déchirer le coeur de ses propres mains ; et tandis qu'on souffre ces douleurs insupportables, sentir à chaque instant qu'on peut les faire cesser d'un mot et que ce mot soit un crime ! ah ! mon amie !...

▼▲▼

La nuit est avec elle.
De son côté.

Ce calme apparent dans un endroit d’ordinaire ravagé par le stupre et tous les excès accompagnent de façon saisissante son humeur trouble, troublante, cette posture de chat méfiant, attentif, circonspect. Elle n’omet rien. Elle le fixe, ne détourne jamais vraiment son attention de l’homme venu réclamer sa présence auprès de l’Ingrate.

La nuit est avec elle.
Pensive.

Déjà, elle complote en secret, écrit sur des pages invisibles des lignes obscures, noircit son cahier rempli de cette petite comptabilité sordide. Elle a toujours agi ainsi. Elle s’est toujours demandé quel vampire mourrait avant elle, après elle, en même temps qu’elle. Elle s’est toujours demandé qui parviendrait à déjouer les pièges tendus par les péchés nombreux et avides de leur éternité. Lui ? Lui mourra jeune. Avant elle. Il mourra, par sa propre faute. À force d’avoir marché sur cette voie entêtée. À force d’avoir suivi la mauvaise ombre. Dillon ne pourra pas lui sauver la mise. Elle n’est déjà pas capable de se sauver d’elle-même. Il mourra, et alors elle n’aura plus que ses deux yeux pour pleurer. Pour se souvenir de ce qu’elle possédait, trésor perdu, solitude bien réelle cette fois, acquise et encaissée. Une leçon qui pourrait l’aguerrir, ou non. Pour le peu qu’elle a remarqué de sa cadette, celle-ci serait aussi bien capable de la surprendre agréablement en retombant sur ses pieds et en faisant montre d’une évolution surprenante, qu’en se roulant en position fœtus, geignant jusqu’à ce qu’un chasseur bourré de mansuétude ne la délivre de son calvaire. Oui. Kaleb mourra sûrement. Ici-même, aux États-Unis. Elle ne croit pas être la responsable, directe ou indirecte, de cette future perte. En revanche, elle ne serait pas étonnée d’en être le témoin distancié. Elle paraît lire la condamnation sur son front resté lisse. Au-dessus de lui plane le décompte fatal qui ponctue le reste-à-vivre des prochains damnés. Elle le sent fébrile. Elle aime l’idée que ce ne soit pas uniquement en raison de son soi-disant statut, de ce qu’elle incarne dans l’esprit de Dillon. Elle aime l’idée qu’il ait conscience de sa fragilité, de la volatilité des places de ce monde. Les joueurs bougent vite, se voient rapidement sacrifiés au profit de pièces plus importantes, sur le grand échiquier de la vie.
Mieux vaut être reine que pion. Et ce, quel que soit le poids de la couronne à porter.

Le « pion », lui, est pour l’heure prudent, elle ne peut lui enlever cela. Lui aussi observe. Il la décortique, et pas seulement elle. Toute la chambre est passée au crible. Il manque de discrétion, mais elle préfère cela à un bavard distrait au discours mécanique. Cependant, quelques fausses notes l’agacent. La partition aurait pu être correcte, mais très rapidement un nombre grandissant de fausses notes se faufilent et ruinent la composition de l’ensemble. Le pianiste est bon, mais sa nervosité prend le dessus sur la maîtrise de son art. Et cela ne lui convient guère. Elle serre les dents, note les informations qu’il lui glisse – elle avait raison, concernant l’âge de l’Ange blond. Elle cerne mal le lien qui unit ces deux êtres en apparence si différents. Lui paraît vouloir apprendre pour de bon, évoluer, respecter un code de conduite qui ne tient pas qu’à l’hypocrisie protocolaire. Il semble authentique. Ce qui, pour leur caste, n’est pas forcément une qualité. Leur nature forcément vicieuse handicape ceux qui, par miracle, ont conservé un regard un peu plus sain sur la politique. Elle ajoute encore quelques billes dans le réceptacle faisant pencher la balance du côté de son pressentiment. Oui. Il mourra jeune. Cela ne l’attriste guère, trop habituée à compter les morts ; aucune attache ne la relie à lui. Pourtant, une part d’elle déplore ce gâchis évident. Les pires survivent toujours. Les pires comme elle. Trop souvent, ses choix controversés ont joué en sa faveur, mais n’ont fait que prouver à ses détracteurs au mieux sa dangerosité, au pire la quantité non-négligeable de venin qu’elle était capable de cracher, jusqu’à l’horreur totale. Elle imagine mal Kaleb se livrer à des frénésies au moins égales aux siennes. Kaleb n’aurait jamais massacré comme elle a pu le faire, profitant en toute impunité de ces zones de non-droit appropriées si facilement par des Antiques comme elle. Ce laxisme dans la gestion des territoires avait permis à des créatures telles que Salâh ad-Dîn Amjad de contrôler une large portion de continent, avec les effets dévastateurs qu’elle était en mesure de constater aujourd’hui.

Au fur et à mesure qu’il s’explique, elle en revient à l’instant présent, croyant déceler des indices plus intéressants qu’elle ne s’y attendait. Devant elle, y aurait-il donc un parjure ? Un homme qui serait allé jusqu’à trahir, pour Dillon ? Si c’est le cas… alors elle comprend encore moins la position de l’immortel. Et, à la lecture de son langage corporel, elle se demande s’il a conscience de l’importance fondamentale de ce qu’il lui confie. Est-il trop prolixe ? Veut-il trop bien faire ? Ses sourcils se froncent, au fur et à mesure qu’elle sent que sa compréhension de l’interlocuteur lui échappe. Lui s’avance. Il fait preuve d’un courage certain. Peu, dans son entourage, osent transgresser une certaine limite lorsqu’elle n’a, de toute évidence, pas l’énergie de se faire agréable. Oh, le voilà donc. Il plaide. Il plaide en la faveur de celle qui n’a pas daigné se présenter d’elle-même. C’est une mauvaise idée. Pourtant, elle ne l’interrompt pas, ne déroge pas à sa posture presque lascive, quand pourtant rien ne trahit réellement une langueur quelconque. Elle est fatiguée. Tout simplement fatiguée. Jugeant avec une certaine hauteur des propos auxquels elle ne manquera pas de répondre, elle ne lâche un peu de lest qu’en l’apercevant s’agenouiller. Surprise, sa main se pose près d’elle, sur le rebord de cette fenêtre contre laquelle elle est postée. Sinon tendue vers l’avant, du moins soudain légèrement plus alerte. Elle doit bien avouer ne pas s’être attendue à un tel acte. Soudain, le visage d’Orhan lui apparaît brièvement. Nul doute qu’il aurait approuvé et apprécié ce spectacle.

Ses jambes se resserrent légèrement sous elle. Ses lèvres se pincent, tandis qu’elle réfléchit, les prunelles rivées sur son visage aux traits marqués. Elle écoute le silence entre eux deux, le fixe sans mot dire, comme pour tester sa volonté, pour envisager quel sera le mouvement, ou le geste d’après. Puis, elle abdique, et l’une de ses paumes vient se perdre contre sa nuque, qu’elle pourrait presque deviner endolorie. Elle plante ses ongles contre l’échine, sous sa crinière bouclée. Elle ferme les yeux puis murmure. « Ce n’est pas une excuse… » Ses paupières s’obstinent à préserver le noir, dont elle voudrait sortir sans en avoir la force. « Cette histoire de Sire. Ce n’est pas une excuse. » Il n’y en a aucune. Blâmer les créateurs seuls ne suffit pas à comprendre le problème d’un immortel défaillant. C’est ce que beaucoup de Longue-Vies ne peuvent comprendre. « Aucun Sire n’est exemplaire. Aucun Maître n’est irréprochable. Aucun Parent ne commet nulle faute. Ce ne sont que des boucs émissaires bien pratiques. Pendant ce temps-là, on n’est pas obligés de regarder ce qui nous rend, nous, coupables. » Le ton se veut ferme, sévère mais juste, et elle rouvre les yeux pour les plonger aussitôt dans les puits d’obsidienne. « Dillon n’a peut-être pas reçue une éducation digne de ce nom, mais elle est loin d’être la seule. En cent soixante-deux ans, elle aurait eu largement le temps d’apprendre, et de s’entourer de modèles plus… » Vertueux n’est pas le bon mot. Ce serait risible, au point qu’un bref sourire ne lui échappe. « … responsables. » Sa main retombe, et elle en examine les griffes, comme pour menacer le vernis de s’écailler trop rapidement. « Au moins, je comprends mieux de qui elle tient. Obstinée, ambitieuse, mais idiote. Pour rester polie. » Car le doute ne tient plus. Malgré elle, l’Irlandaise brosse elle-même un portrait peu flatteur dans l’esprit de la mutine. Idiote. Idiote utile. Idiote sacrifiable. Elle en viendra à regretter ce Sire défunt.

« Les Lanuit vous ont donc laissés filer sans rien dire ? Je suis étonnée. » Des noms passent. Fugaces. Des histoires dont elle a eu vent, bien sûr, en se penchant sur la conjoncture actuelle comme passée. Les Lanuit. Des noms qui ne lui inspirent qu’une certaine méfiance, mais définitivement pas les pires empêcheurs de tourner en rond. Du moins, pour le moment. « Je comprends mieux pourquoi tu restes avec elle. Vous vous ressemblez, tous les deux. Toi aussi, tu es perdu. » Sacrifié, déjà. Pour la première fois, une certaine commisération à son endroit s’installe sur ses traits. « Tu es un traître. Tu as désobéi. Tu as permis à une membre du clan de prendre la fuite, et tu leur as toi-même tourné le dos. D’où vient cette affection ? Es-tu épris d’elle ? Ce serait bien l’unique motif décent qui me viendrait à l’esprit. Et encore. »

Et encore. A-t-elle jamais véritablement aimé ? Parfois, elle s’interroge. On lui a déjà confié que l’Amour, le vrai, ne peut exister que si la réciprocité s’installe avec cet autre convoité. Elle dont elle a cru les passions si puissantes, ne se serait-elle donc que leurrée ? Car comment expliquer, chaque fois, la dureté et la cruauté de certaines de ses décisions, remportant toujours la mainmise sur le reste ? Abandon, trahison, exécutions. Des ordres lancés haut et clair, des volte-face irrémédiables, et des choix effectués la mort dans l’âme, mais sans que rien ni personne ne puisse la détourner de son but. Aurait-elle vraiment persisté, signé, si elle avait aimé les êtres qui en ont été les victimes ? La question est loin d’être anodine. Soigneusement, elle éjecte Serguey de cette réflexion, préférant se concentrer sur ses conquêtes et désirs passés. Alors lui, Kaleb, a-t-il mis sa propre existence en danger pour Dillon ? A-t-il marché sur ses valeurs pour elle ? Peut-être que non. À lui aussi, la complexité de leur monde lui échappe. Pauvre hère. Voué à se laisser balloter par les vrais acteurs de la pièce macabre sans commencement ni fin. Les trois coups ont été frappés bien avant leur naissance, et le rideau ne tombera pour ainsi dire jamais. Tant que des humains marcheront sur cette terre, tant que les Étreintes propageront leur malédiction, alors le rideau restera accroché contre vents et marées.

« Je te plains, toi aussi. »

Pas de sarcasme. Juste la lucidité presque douloureuse de voir un homme marcher vers sa fin. Elle décide seulement maintenant de révéler le fond de sa pensée. « Elle mourra jeune. Mais toi plus jeune encore si tu ne parviens pas à t'ancrer aux enjeux qui règnent. » Quel beau couple ils forment, si tel est le cas. Duo isolé, coincé dans sa bulle d’absurde. C’est un miracle qu’ils aient persisté jusqu’à cette nuit. « Je vois bien comme tu souhaites lui sauver la mise, auprès de moi. Tu as tort. Elle s’est fourvoyée dès l’instant où elle a songé t’envoyer toi, en premier. Bien avant ce soir. Qu’elle n’ait pas pensé à ce que je ressentirais ne fait que me conforter dans mon opinion d’origine. Elle n’est pas digne d’avoir quelqu’un sous ses ordres pour effectuer la sale besogne ou s’agenouiller à sa place. »

Un sourire désormais plus mauvais retrousse la commissure de ses lèvres. Ses doigts caressent l’air avec grâce, annonçant un propos encore dormant : « Je suis sensible à ton offre. Un immortel à genoux, ce n’est pas rien. Mettre qui que ce soit à genoux, ce n’est pas rien. Même les humains me touchent, lorsqu’on les y contraint ou qu’ils s’y obligent d’eux-mêmes. J’espère qu’elle m'offrira la preuve de la même… bonne volonté, que toi. » La souveraine se penche, comme ces peintures aux naïades pas si naïves au-dessus de leur reflet, près d’un point d’eau, tableau antique. « Je veux qu’Elle s’agenouille devant moi. Tu pourras lui dire ça. Je la veux soumise. Je veux la voir accourir chaque fois que je la convoquerai. Je veux la voir obéissante, quel que soit l’ordre donné. Je la protégerai d’elle-même si elle n’en est pas capable, mais à ce prix seulement. Je ne me fais pas de souci pour toi. Tu m’as l’air un peu plus futé en matière de prudence. Mais elle… » Une main s’empare finalement du menton de son congénère. Sans hargne, sans férocité. Les lèvres pleines articulent, intraitables : « Je la veux à moi. Je veux qu’elle apprenne, comprenne, me serve et se fasse gentille, selon mes vœux. Qu’elle n’ose plus m’envoyer un messager, même aussi docile que toi, pour faire porter sa voix. » Elle le relâche, et un peu de la neige qui la recouvrait s’est mise à fondre. Un peu de la flamme qu’elle couve s’est ravivée, grâce à un souffle d’air plus incisif. Elle se réveille, un peu. Se redresse, rajuste sa mise vaguement.
« La petite orpheline cherche une mère de substitution ? Très bien. Je lui offre mes ailes. Mais qu’elle ne déroge pas à mes règles, sous peine de le regretter amèrement. » Elle se lève, bondit et le contourne, trottinant vers son paravent, dénouant finalement la ceinture de soie. Elle se dénude, sous ses yeux, sans se soucier d’être observée par un homme. Elle ne tente même pas de le séduire, appréciant peut-être uniquement de le choquer, qui sait. Avec ce mélange de naturel confondant et d’insolence programmée, elle fouille dans sa garde-robe, comme s’il s’agissait de la conversation la plus familière du monde. « Elle me sera utile. Je n’en doute pas. » Négligemment, quelques pans de tissu volent jusque sur le matelas, en prévision de la tenue de son choix. « Elle a raison d’être effrayée. » Elle ne sait simplement pas à quel point.

« Dans quelques nuits, tu repasseras ici. Pas besoin de monter dans ma chambre, tu n’auras qu’à demander au comptoir qu’on te remette une lettre à ton nom. Dans celle-ci, tu pourras trouver les conditions et le lieu de rendez-vous de ma prochaine entrevue avec celle que tu protèges. Qu’elle ne soit pas en retard, et qu’elle ne me fasse pas faux bond. » Le ton se veut léger, presque mondain, mais l’avertissement sous-jacent est parfaitement clair. Enfin, elle disparaît derrière un chemisier immaculé, une lingerie discrète et élégante, et un pantalon près du corps, tandis qu’elle tente de dompter le volume de sa tignasse pour apparaître plus présentable. Elle ne doit pas rester ici. S’il part et qu’elle reste seule, ses démons reviendront l’engloutir. Elle doit chercher la chaleur ailleurs. « Dillon ne comprendra rien, si je n’utilise pas la manière forte. Elle a besoin d’être éduquée. Je considère de toute manière que pour ce qui est de l’éducation des Infants comme des petits mortels, il y a une part élémentaire de dressage qui ne peut être écartée. Je connais les méthodes adéquates. Je ne doute pas qu’elle y sera sensible. » Elle incline son visage vers lui, faussement aimable. « Mais toi, tu n’en as pas besoin. Tu as peut-être du mal à saisir ta place dans tout cela, mais tu as au moins la décence de ne pas chercher à prétendre le contraire. C’est une qualité indéniable, qui peut jouer en ta faveur sur le long terme. Beaucoup des nôtres périssent à force de se croire plus puissants, plus intelligents que les autres. Trop peu réalisent qu’il faut savoir être dominé, pour inciter les autres, plus tard, à obéir. »

Un apprentissage long, et difficile. Elle ne l’avait conquis, pour sa part, qu’à force d’épreuves dont les plus pénibles lui restaient encore en travers de la gorge. Voire gravées dans sa propre chair. Dissimulant sa propre amertume par le sucre de sa voix, elle soupire faussement. « Va. Sois convaincant. Nous nous reverrons, cela va sans dire. »

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Mar 4 Jan - 13:47 (#)


Belle-Amie



Es-tu épris d’elle ?

La question l’a souvent traversé, ce serait mentir que de prétendre le contraire. Il aimerait nier d’un bloc, ne pas avoir l’air, soudainement, de méditer cette interrogation justifiée pour comprendre le dessein qui est le sien. La trahison se doit d’avoir une lourde raison pour être commise et l’accusé ne saurait dire ce qui l’a, un jour, poussé à tourner le dos à ceux devant qui il avait, autrefois, ployer l’échine là aussi. « Non. Non, je ne ressens rien de ces choses-là pour elle. C’est autre chose… » Il cille, descend son regard sur le vide qui le sauve d’une angoisse grandissante. « Elle me rappelle celle qui m’a créé. Celle qui, un jour, m’a laissé derrière sans se retourner. » Pathétique est son aveu qui s’extirpe bien malgré lui de sa gorge enrouée. Elle s’éraille comme usée par la lassitude qui entoure ce qui fut un lien si bref et lui-même si usant à entretenir. Elle était d’une lâcheté absurde, le délaissait pour le monde des éphémères et sûrement l’a-t-elle fait au bout du compte. Cela fait bien longtemps que ce qui l’unissait à sa Sire s’est étiolé pour devenir une bribe de tiraillement léger en son sein de marbre, témoignant encore de la vie qui semble errer çà et là sans que jamais il ne puisse percevoir où elle se trouve. Et peut-être que le temps a emporté avec lui l’envie de la retrouver. Il médite ce qu’il vient de confier à celle qui pourrait bien décider de sa mise à mort, une nuit ou une autre, lassée par ces deux spectres volants qui n’ont nul nid où se poser. Il en conçoit une amertume certaine, son regard déviant çà et là sans savoir où se poser vraiment, troublé de revenir à ce qui n’est plus en quelques mots seulement. La brûlure semble encore être trop vive pour être touchée ainsi. La sentence tombant soudainement lui fait arquer l’échine pour percevoir l’antique déposée comme une naïade au bord de sa rivière, entourée de sa soie sombre déposée sur le soyeux d’une peau de givre qu’il ne se laisse pas aller à observer trop longtemps, la pudeur l’emportant sur sa curiosité. Un battement de cil signe son désarroi mais il ne trouve rien à lui répondre, sans réellement vouloir être de ceux qu’on plaint. Sa vie d’immortel, il tente de la mener aussi bien qu’il le peut. Bien, il n’en sait rien. Il la mène simplement en tentant de demeurer aussi stable que possible, sentant toujours si proche sa peau humaine lui coller au visage et à l’esprit comme un voile obstruant l’indifférence qu’emmène le temps semblant éternel dans son sillage.

Elle délie lentement la prémonition digne d’une pythie soupirant ses malédictions aux oreilles des mortels, le laissant figé à même le sol, l’écoutant lui conter un avenir bien morne et prêt à se voir avorter s’il s’entête à suivre le même chemin que celle dont il a choisi de prendre la main. A-t-il fait une erreur ? Il n’a jamais douté que prendre le large auprès de Dillon serait une quête bien rude, faite de trous qu’il faudrait éviter, de ronces qu’il ne faudrait pas frôler. Et Aliénor est l’une des plus grosses épines à laquelle Dillon n’aurait jamais dû se frotter, il le sait. Elle s’écorchera vive, retourner à l’état de poussière, étranglée par la main de cette femme ayant perdue un pan entier de son humanité depuis fort longtemps. Ses mots empestent de bon sens mais d’un certain mépris qu’il aimerait ne pas la voir assumer face à lui. Seulement, il fait parti de ceux qui savent se taire lorsqu’il le faut et le voilà qui demeure silencieux, un mutique face à son destin, l’acceptant sans ciller.

Il l’observe s’éloigner, se redressant lentement sans que rien ne craque ni ne bouge. Il est fait d’un marbre qui ne se lézarde qu’au soleil, que le temps ne peut atteindre en surface. C’est au fond, sous l’océan des apparences, que se pourrit quelque chose. Il craint si fortement de devenir comme Aliénor Bellovaque. Une entité céleste et mystique qui ne fait plus le lien entre le bon et le mal, qui délivre des paroles enrobées de glace sans ciller, annonçant la mort prochaine d’autrui sans qu’aucune émotion ne la poignarde. Ainsi, l’observant sans comprendre, il se voit comme mit face à ce qui semble l’attendre s’il parvient un jour à atteindre un siècle de plus. L’esprit, lui, se couvrira de moisissures, se verra ronger par la vermine, ses yeux se couvriront d’un voile maussade où n’errera plus qu’une folie vicieuse et doucereuse, de la soie cachant le squelette de ce qu’il fut un jour. Un humain à la peau froide. Il se sent tout à coup bien petit, si insignifiant face à la grandeur de la silhouette qui se dévoile alors sous ses yeux qui peuvent toujours se vanter de bien voir. Le corps se raidit alors qu’il détourne rapidement la tête, se refusant à observer l’Eve qui se déchausse de son costume de courtisane, la tête glisse jusqu’à se courber pour n’observer que le sol et ses fines rainures, s’imprégnant de chaque détail de la matière plutôt que de retenir ne serait-ce qu’un seul grain de beauté qui recouvre le diaphane d’un corps qu’il n’aurait jamais dû apercevoir. Nerveux, il reprend le fil du moment présent en suivant celui de ses paroles, tâchant de garder un masque impassible, se refusant à lui offrir la vision de l’effroi qui le traverse. Il lui semble que Dillon vient de vendre son âme d’antique à un démon se cachant sous les traits harmonieux d’une sirène faite pour enchantes les Hommes à la suivre jusque dans le plus noir des chaos. Lorsque la voilà plus couverte, il se risque à élever un peu la tête jusqu’à se déplier totalement, le corps raide. Face à ce déferlement de mots, il demeure coi, cherchant les bons mots sans parvenir à en trouver à la hauteur de ce qui semble se dérouler sous ses yeux et sans qu’il ne puisse plus rien y faire. Il a vendu Dillon à la reine d’un fief où tout finira brûler, où la cendre sera la seule pluie à couvrir les terres arides où Aliénor posera ses pieds. Son sourire est la pire des promesses.

Alors il se sent courbaturé lorsqu’il hoche simplement la tête « Le message sera passé. » Silence. Il ose la regarder bien en face, plantant ses iris dans les miroirs céruléens « Merci de m’avoir accordé ce… moment. » Il ignore pourquoi autant de sincérité s’échappe de ses lèvres mais il ne peut douter de la véracité de cet aveu qu’il lui fait, se sentant peut-être plus lourd de quelques vérités, d’un avenir où il semble bien peu certain qu’il vivra. Et serait-ce de sa main qu’il mourra alors ? Se refusant à tomber dans les limbes d’idées noires, il la salut une dernière fois avant de se détourner, le claquement discret de la porte sonnant comme le glas d’un destin scellé à la Mort elle-même.

***

Dans la pénombre s’élève le faciès pâle d’une poupée de cire. Le réverbère laisse tomber sa toge blanche sur les prunelles opales de l’antiquité humaine qui se sait nerveuse, elle qui n’en ressent que rarement le flot sous sa peau. Il est étrange de ressentir. Ce soir, elle s’est faite belle, comme lorsqu’il fallait rencontrer sa mère et déposer sa joue contre ses cuisses chaudes, l’entendre murmurer ses prières et prier elle-même qu’elle ne finisse pas par vriller, tirant ses cheveux, griffant sa nuque, giflant sa joue. Sans jamais qu’aucune raison valable ne lui soit donnée. Aliénor serait bien capable, à son tour, de la gifler. L’être famélique s’est vue recouvert d’une robe virginale, tissus vaporeux, jupon prêt à se déchirer sous la rage, il se froisse dans un point qui se referme lentement sur lui-même, comme une fleur se recroquevillant à l’approche d’un ennemi. Toisant le vide, elle arbore l’air impassible qui est si souvent le sien, l’esprit voguant ici et là, sans jamais savoir où s’arrêter. « Dillon. » Une voix perce le brouillard et elle élève son regard vers celui qui l’a conduit jusqu’ici. « Ne fais aucune erreur. Pas cette fois. Garde bien en tête ce que tu veux accomplir. Tu m’as compris ? » Elle cille, semblant l’observer soudainement comme une enfant le ferait. « Pourquoi sembles-tu si inquiet depuis quelques jours ? Il s’est passé quelque chose ? » Elle compte les secondes avant qu’il ne réponde. Vingt-trois. « Je te préviens seulement que tu ne t’adresses pas à n’importe quel vampire. Ne prends pas pour acquis l’entrevue qu’elle t’offre ce soir. Ne prends rien pour acquis. » D’un seul battement de cils, elle se pare du masque de l’insolence, élevant les yeux au ciel, prête à sortir « Je ne suis pas idiote. Garde tes conseils pour les cabots fous. Je ne mordrai pas la main qu’on me tend. » Et elle dépose une botte noire sur le sol avant de s’extirper de l’habitacle. La portière claque et dans le noir se dévoile le blême d’une cuisse trop fine, semblable à celle d’une enfant malingre. Quelques pas et la voilà entrée dans le monde onirique d’un théâtre où la plèbe côtoie la haute, où les rires se chamaillent contre les palabres mondaines. Des bribes de conversations surviennent par centaines jusqu’à elle, agressant ses sens et la faisant presque vaciller sur ses appuis. Les yeux vrillent un monde auquel elle n’appartient plus désormais. En a-t-elle déjà seulement fait partie ? De son vivant, elle n’était pas apte à danser dans l’océan du monde, trop faible pour réussir à côtoyer la norme sans faillir sous les tremblements d’angoisses, les dents qui grincent sous la colère inexplicable. La folie ronge depuis longtemps l’esprit de la sylphide qui glisse jusqu’à une pièce où les lumières tamisent un bar où se distille une musique qui lui passe à peine dessus. Le flair effleure les effluves des âmes qui l’entourent et accroche brutalement celle de la Mort elle-même. Froide et humide, âcre, calcaire. Comme de la rouille souillant un parfum de fleurs pourrissantes. Quelques pas et la voilà qui voit apparaître la reine mère. Si elle était encore humaine, certainement que son cœur sursauterait. Mais rien ne bouge. Tout est aussi calme qu’un bâtiment isolé et immobile, abandonné depuis longtemps par la vie. Il siffle à peine un vent qui insuffle sa mobilité à la carcasse pâle qui s’avance presque timidement, peu pressé d’avoir à converser, chercher ses mots et prononcer les bons.

« Bonsoir Aliénor. » Elle s’expose à la lueur d’un regard acéré, ne le soutenant que quelques secondes avant de se laisser tomber délicatement sur le siège qui fait face à celle qui l’a convié jusqu’ici. La nervosité habille les quelques gestes esquissés, d’une mèche remise derrière une oreille, à l’attention s’égarant sur les passants, les convives rieurs, les humais ignorants qu’en leur nid deux cafards se sont incrustés. La vermine est prête à ronger les chairs. Déposant son regard sur le visage d’Aliénor, elle tente de demeurer digne. « Merci. Merci d’avoir accepté de me revoir. » Abaissant les yeux sur le bois, elle erre d’un endroit à un autre mais l’iris revient toujours, indéniablement, retrouver les jumeaux qui la mirent. « J’ai appris que vous vous étiez sentie insultée que j’envoie Kaleb à ma place. L’erreur ne se reproduira pas. » Elle ne fait pas l’erreur de jurer, aucun serment ne sera prononcé ce soir. Cillant, elle peint son faciès d’une solennité rigide, comme une enfant s’apprêtant à dire quelque chose d’important pour elle à un aïeul admiré. «  Je veux vous rejoindre. Je le veux vraiment. Je ferai ce que vous me demanderez. » Se penchant rien qu’un peu, les cheveux, fil par fil, glissant d’une épaule à l’os insolent, elle murmure « Montrez moi le chemin, je vous en prie. » Un instant de silence, un regard perdu. « Je suis lasse de m’égarer. »




(c) corvidae
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ADMIN ۰ Dalida - Elle devra choisir entre son amour et sa mort.
Aliénor Bellovaque
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♚ TAKE AWAY THE COLOUR ♚

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"Eh bien ; la guerre."

En un mot : La Vipère sous la rose.
Qui es-tu ? :
"Don't die with a clean sword."

♚ Caïnite âgée de trois siècles ; Accomplie du bel âge à portée d'ongles carmins.
♚ L'Ambition la ronge, mais laquelle ? ; le vide de nuits interminables la détruit plus sûrement que n'importe quelle balle en argent. L'Ennui pour seul véritable danger.
♚ Gorgone gauloise, sa réputation parle pour elle, surnommée Mère sanglante ou Reine rouge. Nombre d'enfants sont tombés sous ses crocs.
♚ Fille de corsaire, héritière de ses lettres de Marque ; navigua au service de Louis XV dans les eaux des Caraïbes à la tête de l'Espérance, frégate à l'équipage composé de deux centaines d'hommes.
♚ Trahie par un Britannique ; capturée et ramenée de force sur l'île de Mona, torturée , abusée, échappée - mourante (malaria). Transformée par un autre, à l'aube de sa trentaine.
♚ Éprise de coups d'État et féroce opposante à l'Essaim. Antique imperméable à l'ordre. Partisane du clan du Chaos. Danseuse sur le fil acéré de leur rigueur.
♚ Maudite ; aucun enfant n'a pu sortir de son ventre. Aucun Infant n'a pu résister à son vice, transmis tel un fléau. Sire matricide par deux fois. Échec toujours en gestation.
♚ Sang turc dans les veines, manie les us et coutumes perses. Son réseau d'Orient et d'Occident est dessiné comme une arachnide file sa soie.
♚ Incapable d'aimer son époque ; craintive pour l'avenir, répudiant son passé.
♚ Se joue d'une beauté en laquelle seuls les autres croient. Compagne de Serguey Diatlov, mère de substitution de Yago Mustafaï, protectrice de Mei Long.
♚ Pie voleuse, elle a dérobé le Clan du Chaos aux mains trop glissantes de Salâh ad-Dîn Amjad, qu'elle compte bien refonder en un ordre sérieux pour s'opposer à la Mascarade ainsi qu'au dictat de l'Essaim en place.

♚ SLAVE TO DEATH ♚

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"I know where you sleep."

Facultés : ♚ Vicissitude (niveau III)
♚ Mains de la destruction (niveau I)
♚ Chimérie (niveau I)
♚ Stratège. Rapide. Teigneuse.
Thème : Sleep Alone ♚ Bat for Lashes
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♚ CANNIBAL ♚

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Pseudo : Nero.
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Sam 4 Juin - 17:42 (#)

♛ Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins.
Être soi-même l'artisan de son malheur ; se déchirer le coeur de ses propres mains ; et tandis qu'on souffre ces douleurs insupportables, sentir à chaque instant qu'on peut les faire cesser d'un mot et que ce mot soit un crime ! ah ! mon amie !...

▼▲▼

Elle n’a pas la moindre envie de se trouver là.
L’aigreur peinte sur son visage aurait de quoi décourager n’importe quel prétendant, de toute façon réservé à un scénario de son imaginaire. Personne ne se rend seul au théâtre, ou si peu. Ce soir, le spectacle prévu est d’une gamme légèrement supérieure à la norme de cette démocratisation apportée par l’ère moderne. Elle n’y assistera pas. Le spectacle, c’est dans le grand hall qu’il se trouve.

Grandie par des talons d’une dizaine de centimètres, elle a enfermé sa silhouette dans une robe de taffetas assortie, dont le verdâtre tissé de noir n’est pas sans rappeler la couleur des forêts de son pays natal, quand l’automne touche à sa fin. Juste avant que l’ocre, le vermeil ou l’or n’en parent les feuilles, ce vert morne semblable aux étangs oubliés, englobe ses seins lourds d’un bustier serré et luisant. Deux bandes sombres en soulignent les courbes, ainsi que celles de ses hanches, et ses épaules nues trahissent la fragilité de sa nuque. Rabattue sur l'une de ses clavicules, sa chevelure a été laissée lâche, bien que savamment enroulée en une parodie de tresse inexistante, courbe ondine faisant ressortir ses boucles dessinées. Une paire de boucles d’oreilles au diamant fin et discret pend à ses oreilles, et ses lèvres n’ont été colorées que d’une touche nacrée à la sobriété bienvenue. Afin de trancher avec la longueur toute relative du vêtement, s’arrêtant à mi-cuisses, elle a ganté ses mains d’opaque, elles aussi, jusqu’au coude.

Et soudain, Paris lui manque.  

Paris, et même la guerre. Paris, et ce danger lui paraissant si loin, elle qui ne redoutait ni les bombes, ni les chars, et encore moins les uniformes des Allemands foulant le pavé de la ville-lumière. Elle ne risquait rien, profitant du conflit pour mener à bien ses désirs d’ascension. De son succès, elle reste toujours grisée. Orhan était déjà là. Orhan, et Ysian, et Drustan. Elle égorgerait bien tous les humains qui vont et viennent autour d’elle, si son Infant pouvait lui apparaître, maintenant. Lorsqu’elle se concentre, lorsqu’elle ferme les yeux plus longuement que nécessaire, elle peut presque le voir apparaître. Elle le voit, vêtu à la dernière mode d’un costume impeccable, à la fois si classique et si élégant, si résolu à marcher dans ses pas, lui aussi. Elle reverrait son sourire insolent et doux à la fois, pourrait presque humer son parfum de nouveau, éclipsant tous les autres, réels. Il lui tendrait la main, et ses jambes aujourd’hui nues auraient disparu derrière le fourreau d’un tissu peut-être plus éclatant : écarlate, pour défier ceux dont le drapeau apportait systématiquement dans son sillage occupation, mort et menace. Ils auraient pu danser au bal de la Kommandantur, auraient pu rire des officiers qu’ils massacreraient un jour, si le caprice les en prenait. Rien n’aurait pu les trahir. Il l’aurait faite danser toute la nuit, jusqu’à ce que même la musique se soit tue, attirant les rires, mais surtout les sourires admiratifs et attendris de ce couple parfait, uni dans une malédiction qu’aucun, dans cette assemblée, n’aurait pu concevoir ou imaginer. On aurait loué leur allure, leur grâce, leur harmonie. On se serait étonné de les voir refuser champagne et grignotages – une aberration, en ces temps de rationnement. Ils auraient menti : « Nous avons déjà dîné », ou « Nous dînerons tard, chez nous. » On aurait regardé ces deux originaux avec un mélange d’étonnement et d’envie. Puis, une fois partis, visiblement épris l’un au bras de l’autre, ils auraient rejoint ces égouts sous la terre, auraient festoyé et rejoint les leurs. Une petite moisson effectuée, quelques gorges saignées, et le feu magnifique que les Longue-Vies redoutaient, craignaient autant qu’ils le vénéraient et le défiaient, alors. Ils auraient dansé leur sarabande, ri, la gueule encore ensanglantée, célébré leur mainmise sur cette cour toute acquise. Ils étaient les rois d’un Paris devenu glacé, et eux, Morts-Qui-Marchent, respiraient la vie bien plus que tous les humains au-dessus de leurs trognes ; traqués, terrorisés, condamnés, complices, meurtriers.

Cette nuit fabuleuse, elle l’a vécue.
Elle, comme toutes les autres.
Cette folie, cette beauté dans l’horreur, semblent définir parfaitement les contours de son existence. Un merveilleux fil rouge, un travail de fourmi.

Mais Drustan n’est pas là.
Seule.
Elle est seule, au milieu de ces gens qu’elle déteste, qu’elle ne connaît pas. Si elle n’était pas vampire, un froid terrible aurait souligné la peau exposée de ses cuisses comme de ses mollets. La plante de ses pieds souffrirait de la pliure qu’elle leur impose. Les larmes borderaient peut-être même ses muqueuses, en réponse au souvenir qu’elle entretient.

Aliénor s’estime heureuse. Rien de tout cela ne vient la frapper. Il n’y a que cet immobilisme parfait, cette attitude distinguée de statue en attente, une paume fermée sur la pochette contenant ses quelques effets. Son Infant lui manque, mais personne n’en saura rien. Personne ne pourra lire la morsure terrible qui la poinçonne au niveau du cœur, qui la pousse parfois à enfoncer ses griffes vernies d’onyx dans l’enveloppe synthétique. La solitude qui l’entoure, elle a eu la sensation de la connaître toute sa vie durant. Même entourée de deux cent hommes, elle restait seule. Seule femme. Seule fille. Seule maître à bord, après Dieu, quand Guillaume avait rendu l’âme. Et encore. Elle n’avait jamais voulu reconnaître ce pouvoir-là au souverain des cieux. Seule. Seule à souffrir, seule à maudire, de tourments qu’elle n’aurait pu ni su exprimer à personne d’autre.

Drustan ne viendra pas.
Finalement assise au comptoir du bar heureusement allégé de la plupart des spectateurs allant et venant dans l’édifice, elle pourrait bien rêver sans fin, bien qu'en vain : plus jamais ses traits séduisants ne lui apparaîtront.
Le visage qui émerge enfin parmi la masse n’est que celui d’une autre immortelle, dont la vue lui inspire aussitôt la même sévérité déjà arborée à l’égard de Kaleb. La Mère sanglante ne cille pas. Elle patiente, la laisse venir à elle. Ses jambes croisées, assise de profil sur le haut tabouret au dossier minimaliste. Son coude repose contre le zinc, et devant elle aucun verre ne laisse suinter une quelconque humidité à son pied. La Reine observe sa sujette prendre place à son tour, et déjà réciter le contenu d’une leçon visiblement bien retranscrite.

« Non, en effet. Je peux te garantir que l’erreur ne se reproduira pas. » Le sourire qui étire ses lèvres n’annonce rien de bon. Pourtant, elle ne s’abaisserait jamais à employer de nouveau la violence usitée lors de leur première rencontre. Pas ici. Ici, elle sera pire. Elle se penche, profitant à son tour de la distance réduite qui les sépare, et ses paumes enlacent les joues de l’Irlandaise. Les lèvres rosées articulent, impitoyable : « Tu m’envoies encore une seule fois un émissaire à ta place… Tu meurs. » Son sourire s’accentue. « Tu me désobéis une seule fois… Tu meurs. Tu envisages de me trahir ? Tu meurs. Tu oses me contredire, sur quoi que ce soit… hum… tout dépendra du sujet, je dirais. » Elle pourrait rire, mais se contient, tandis que sa bouche trouve le front de sa cadette, en un baiser gelé. « Tu feras tout ? Vraiment ? Il ne faut pas me dire ça à moi, tu sais… J’aime prendre les choses à la lettre… j’ai beaucoup de mal avec les gens qui parlent sans être sûrs de leur degré d’implication. Il est si facile, de nos jours, de multiplier les serments vides… » Elle la relâche sans lui accorder un regard de plus. Récupérant sa pochette, elle glisse, et ses talons rencontrent le carrelage de marbre noir strié d’un blanc pareils aux éclairs qui crépitent dans sa tête. « Suis-moi. »

Elle ne se retourne pas. Elle ne demande pas. Elle exige. Faisant fi des panneaux d’interdiction verrouillés, elle grimpe dans les étages, usant d’une discrétion de rigueur, hypnotisant un malheureux agent de maintenance les invitant à rejoindre les niveaux inférieurs. En quelques minutes, Aliénor a gagné le toit – promontoire éternel de ses doutes comme de ses humeurs vicieuses, terrain de chasse privilégié pour fondre sur les proies imprudentes, et indubitable belvédère leur livrant la vue sur les tours modestes plus ou moins proches. À peine la porte a-t-elle claqué dans leur dos, que la Longue-Vie se retourne. Son index, pointant le sol, juste devant elle.

« À genoux. Tout de suite. »

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Dim 12 Juin - 20:21 (#)


Belle-Amie



La beauté perfide d’Aliénor l’impressionne. Face à elle, elle se sent soudainement comme un insecte étudié par les yeux clairs de l’antique, prise au piège de son regard, de son allure de femme du monde, loin d’être simple courtisane ou favorite d’un roi, Aliénor Bellovaque semble faite pour régner sur le monde, sur les mortels comme sur ceux ayant embrassés la mort. La tyrannie qu’elle voit briller dans son regard pourrait la faire fuir, un murmure lui dictant de faire demi-tour, retournant dans le giron de Kaleb pour ne plus jamais en sortir. Si elle pouvait encore ressentir quoi que ce soit, certainement que le myocarde se chargerait de battements aliénés, que la sueur peindrait son front, que ses pupilles s’hérisseraient au point d’en gober tout le bleu sous la peur et l’angoisse qui seraient en train de la dévorer. Mais rien ne bouge. Depuis longtemps, Dillon n’est plus humaine et même alors qu’elle l’était, la peur n’était pas reine en elle, lui dictant les pires folies jusqu’à celle de se donner la mort. C’est ainsi qu’elle embrassa Callum pour la première fois, baiser froid et rigide d’un homme assailli par sa propre aliénation. Que penserait-il d’une femme comme Aliénor ? Lui aurait-il dicter d’aller vers elle ou de rester loin de cette femme à l’esprit putréfié de vices ? Elle l’ignore et Callum n’est plus là pour lui dicter quoi faire. Ainsi, elle demeure là, prenant son destin entre ses mains pour l’abandonner dans les paumes de celle s’avançant vers elle, se déposant sur le tabouret près devant elle, la corolle blanche de sa robe se plissant sous son séant.

Elle ne recule pas devant les mains qui s’avancent vers elle, ni sous le toucher glacé qui enrobe son visage, deux ombres créant une fresque attirant certains regards, croyant voir une mère auréoler les joues de sa tendre enfant. Asservie à ces mains venant profaner son derme, elle élève son regard vers elle, fleur se tournant vers la lueur lunaire et carnassière d’un astre aux murmures venimeux. Les menaces sont claires comme de l’eau de roche et elle ne parvient même plus à ciller, les iris allant et venant d’un œil à un autre sans plus savoir quoi lui dire. « Je suis désolée. » le soupirant dans un tremblement d’enfant qui craint d’avoir déçue au plus haut point sa mère de substitution, s’abandonnant à la reine mère de son corps jusqu’à son âme de morte-vivante. Elle pourrait lui dire tant d’autres choses mais rien ne lui vient et alors le baiser qui vient contre son front lui rappelle presque celui que lui offrait sa propre mère lorsqu’elle lui promettait de l’aimer jusqu’à ce que la mort ne les sépare et bien au-delà. Les larmes pourraient venir s’écouler en salves rosées sur ses joues mais là encore, rien ne frémit si ce n’est le corps qui s’élève à peine comme une soudaine inspiration venue du ventre, fermant un instant les yeux pour savourer ce baiser qui n’est qu’une autre menace sous forme d’attention, crevant les yeux des témoins osant déposer sur eux leurs mirettes curieuses. « Je… » Mais l’ordre qui suinte alors entre elles l’empêche de poursuivre, oubliant les mots qui allaient survenir. Docile canidé, elle s’élève, retombant sur le plat de ses bottes aux chaînes cliquetants, une cuisse pâle passant au travers de la fente de sa robe alors qu’elle se met à la suivre, poursuivant l’ombre brodée d’un vert automnal, observant le chaloupé des pas, écoutant le claquement des talons parmi toute la cohue des bavardages autour d’eux, des rires mondains, des conversations badines. Elle n’entend qu’Aliénor et ne voit qu’elle tandis qu’elles suivent un chemin interdit.

Passant près de l’homme à l’esprit hypnotisé, elle l’ignore, remontant les marches qui les mènent bientôt au toit pour se faire accueillir par la clameur d’un silence nocturne. La lune est presque pleine ce soir et elle en observe un instant l’œillet pâle avant que son regard ne revienne vers la caïnite, cillant à l’entente du tocsin de l’ordre qui tinte comme un couperet qu’on abattrait subitement entre leurs deux corps. Et tombe l’être d’un seul coup, s’avachissant sur ses genoux qui s’esquintent à peine sur le béton froid. Elle n’hésite même pas. Tombe. Tombe. Tombe et se retrouve à terre, la tête élevée vers elle, les cheveux clairs auréolant un visage de poupée cireuse, battant des paupières tandis qu’elle ose demander « Je ferai tout ce que vous me demanderez, je le redis. Je le promets. » Et la voilà qui s’attache à elle d’une façon malsaine, chienne errante n’ayant plus de maître à qui tendre sa patte et son museau. Alors elle attend, mourant sous l’attente de savoir ce qu’il en sera d’elle ce soir. Mourra-t-elle maintenant ? Après tout, à qui manquera-t-elle ? Kaleb ? Peut-être. Ava ? Non. Son amante a fait son choix il y a longtemps maintenant. Tout à coup, Dillon se résigne et elle ne peut que nouer son regard au sien, dans l’attente de la sentence qui viendra.




(c) corvidae
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ADMIN ۰ Dalida - Elle devra choisir entre son amour et sa mort.
Aliénor Bellovaque
Aliénor Bellovaque
ADMIN ۰ Dalida - Elle devra choisir entre son amour et sa mort.
♚ TAKE AWAY THE COLOUR ♚

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"Eh bien ; la guerre."

En un mot : La Vipère sous la rose.
Qui es-tu ? :
"Don't die with a clean sword."

♚ Caïnite âgée de trois siècles ; Accomplie du bel âge à portée d'ongles carmins.
♚ L'Ambition la ronge, mais laquelle ? ; le vide de nuits interminables la détruit plus sûrement que n'importe quelle balle en argent. L'Ennui pour seul véritable danger.
♚ Gorgone gauloise, sa réputation parle pour elle, surnommée Mère sanglante ou Reine rouge. Nombre d'enfants sont tombés sous ses crocs.
♚ Fille de corsaire, héritière de ses lettres de Marque ; navigua au service de Louis XV dans les eaux des Caraïbes à la tête de l'Espérance, frégate à l'équipage composé de deux centaines d'hommes.
♚ Trahie par un Britannique ; capturée et ramenée de force sur l'île de Mona, torturée , abusée, échappée - mourante (malaria). Transformée par un autre, à l'aube de sa trentaine.
♚ Éprise de coups d'État et féroce opposante à l'Essaim. Antique imperméable à l'ordre. Partisane du clan du Chaos. Danseuse sur le fil acéré de leur rigueur.
♚ Maudite ; aucun enfant n'a pu sortir de son ventre. Aucun Infant n'a pu résister à son vice, transmis tel un fléau. Sire matricide par deux fois. Échec toujours en gestation.
♚ Sang turc dans les veines, manie les us et coutumes perses. Son réseau d'Orient et d'Occident est dessiné comme une arachnide file sa soie.
♚ Incapable d'aimer son époque ; craintive pour l'avenir, répudiant son passé.
♚ Se joue d'une beauté en laquelle seuls les autres croient. Compagne de Serguey Diatlov, mère de substitution de Yago Mustafaï, protectrice de Mei Long.
♚ Pie voleuse, elle a dérobé le Clan du Chaos aux mains trop glissantes de Salâh ad-Dîn Amjad, qu'elle compte bien refonder en un ordre sérieux pour s'opposer à la Mascarade ainsi qu'au dictat de l'Essaim en place.

♚ SLAVE TO DEATH ♚

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"I know where you sleep."

Facultés : ♚ Vicissitude (niveau III)
♚ Mains de la destruction (niveau I)
♚ Chimérie (niveau I)
♚ Stratège. Rapide. Teigneuse.
Thème : Sleep Alone ♚ Bat for Lashes
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♚ CANNIBAL ♚

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"Mind if I cut in?"

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Pseudo : Nero.
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Lun 5 Déc - 5:05 (#)

♛ Pour vous autres hommes, les défaites ne sont que des succès de moins.
Être soi-même l'artisan de son malheur ; se déchirer le coeur de ses propres mains ; et tandis qu'on souffre ces douleurs insupportables, sentir à chaque instant qu'on peut les faire cesser d'un mot et que ce mot soit un crime ! ah ! mon amie !...

▼▲▼

La Reine rouge est plutôt confiante. La plus grosse partie du travail est déjà faite. Le soupir frêle et brisé de sa cadette se justifiera dans sa mémoire comme du plus clair des aveux. Il ne lui reste plus qu’à s’amuser un peu. De taquiner du bout des griffes les longes dont elle sent déjà la corde, dans le creux d’une poigne invisible. Dillon s’est passée d’elle-même la corde au cou. C’est un collier magnifique, rutilant, dont la Longue-Vie compte bien en faire quelque chose. Sa nouvelle sujette n’est rien d’autre qu’un champ de mines désolée. À elle de tout recréer, de replanter un nouveau jardin. Verdoyant en apparence, mais tout aussi stérile que le reste, pour qui aura l’œil clairvoyant. Elle effectue quelques pas en vraie louve, le son de ses talons résonnant clair dans la nuit dont l’écho se fait discret, très discret. Peu d’activité aux alentours. Les humains au cœur battant sont réfugiés à l’intérieur, dans les coursives du théâtre, bien installés dans leurs sièges écarlates, ou à l’abri des maisons et appartements à proximité. Pour autant, Aliénor ne détache pas son regard du visage blafard qui se tend dans sa direction. Elle est sensible à la beauté du tableau qui s’esquisse, capable d’y trouver une forme de grâce inédite. Dillon est belle. Fille de la lune, ses cheveux d’un blond si pâle sont un véritable appel aux caresses. Sa bouche enfantine adoucit des traits à l’air hagard. Une enfant, dans un corps d’ancêtre. Le contraste lui apparaît avec une cruauté frappante, qui pourrait presque la mettre mal à l’aise, si elle s’invitait à y réfléchir plus longuement.

« Je l’ai dit à celui qui te sert de messager. Je ne veux plus me contenter de serments, ni de belles promesses. Je veux du concret. Du réel. Tu t’es remise à moi. Pour le meilleur comme pour le pire, et je compte bien te mettre à disposition le plus efficacement possible. Beaucoup de travail nous attend. »

Elle s’empare du menton de l’Irlandaise, sèchement. Accrochant ses prunelles des siennes, son autorité ne s’exerce qu’au travers d’un ton ferme, d’une voix posée et calme, mais dont la vibration ne laisse planer aucun doute sur sa détermination : « Tout ce que je te demanderai, hein… ? Vraiment ? As-tu les tripes pour déclarer une telle chose ? Si je te demande de mettre à mort Kaleb dès demain, le ferais-tu ? Si j’exige que tu mettes fin à ta propre vie pour l’aboutissement d’un plan, en seras-tu capable ? Si je t’enferme ? Te réduis à rien, à ma chose, à mon seul bras supplémentaire en cas de besoin… as-tu réellement pensé, Dillon ? As-tu pensé aux conséquences de ce à quoi tu consens ? »

Elle n’a jamais cessé de sourire. Elle relâche son menton, uniquement pour le plaisir de frapper du revers de sa main la joue ronde, qu’on imaginerait facilement translucide. Le coup n’a rien à voir avec la gifle magistrale de leur première rencontre. Elle n’a rien de douloureux. Elle se contente de laisser derrière elle un goût d’humiliation en accord avec la position soumise de cette damnée volontaire. « Tu m’appartiens. Sais-tu ce que cela signifie ? Je n’en suis pas certaine. » Elle s’approche encore, réduisant la distance à peau de chagrin entre les deux femmes. Avec une lenteur calculée, la ligne déjà courte de sa robe se soulève de quelques centimètres, révélant une cuisse pleine sous le nez de la suppliciée. Une main vive accroche les longues mèches de sa victime, l’obligeant à s’avancer jusqu’à sentir le faciès de l’immortelle pressée contre la chair tendre de sa jambe. « M’appartenir signifie que tu te devras d’être à la hauteur… Fini les enfantillages. Tu vas devoir enfin te montrer digne de ce à quoi tu prétends vouloir accéder. Je ne te laisserai rien passer. Rien. » Elle ne ressent pas de désir charnel. Elle n’a pas encore bu, cette nuit. Pourtant, une autre forme de pulsion fomente en ses tripes, et même le passage de la mort sur elle n’a pas su la lui arracher. Le plaisir de la domination absolue, de l’écrasement de ses ennemis et sous-fifres, n’a jamais été aussi fort que depuis son Étreinte.

« Si je te veux dans mon lit, si je veux te voir trahir tes proches, si je t’envoie risquer ta peau… tu me diras oui. N’est-ce pas, Dillon ? Il n’y aura plus jamais de messager entre nous deux. Tu veilleras à t’en assurer. L’apprentissage commence, ma fille. Et tu as intérêt à avoir le dos solide. » D’un mouvement de bassin vicieux, elle perçoit le nez délicat effleurer le grain de sa lingerie fine. Le contact est aussi soudain qu’éphémère, et la voilà déjà qui se recule, la repoussant avec une brutalité guère nécessaire. Reprenant de la hauteur, la surface de sa peau n’est ébrouée que par l’opportunité d’asservir une âme de plus, cette fois sans la limite que lui impose l’affect pour d’autres. Yago, Orhan, Ysian, elle ne veut pas utiliser ceux-là. Elle ne les considérera jamais comme des esclaves : la gamine à genoux a déjà pris cette place, décidément toute taillée pour sa silhouette longiligne. Croisant les bras contre sa poitrine, elle continue d’évoluer, chaloupant sa démarche tout en reprenant un timbre moins languide, et plus cassant. « Maintenant, tu joues cartes sur table, et sans détours. Kaleb m’a dit que tu avais fui les Lanuit. Qu’est-ce qu’il s’est réellement passé ? À quel Essaim est-ce que vous apparteniez, tous les deux ? » Intransigeante, elle rajoute : « Je veux les noms de tous les Immortels gravitant en Louisiane que tu connais. Les noms, tes liens avec eux, quelles entreprises probablement absurdes tu as mené avant de t’associer à moi. Si tu as commis des actes stupides récemment, si tu t’es fait des ennemis, et si tu as menacé de briser les derniers piliers de notre chère Mascarade déjà corrompue. »  

CODAGE PAR AMATIS


Before I'm dead

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