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Suspension Ft. Gautièr

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Fear is the mind killer
Ethan Roman
Ethan Roman
Fear is the mind killer
ASHES YOU WERESuspension Ft. Gautièr 17108d3795a212ee3f0bb504818a4fc5

En un mot : Humain
Facultés : Aspirateur à emmerdes
Thème : Ohne Dich / Rammstein
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Pseudo : Ethan Roman
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Ven 12 Fév - 1:22 (#)

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Mon calepin à dessin sur les genoux, je frotte quelques lignes du bout de mon index afin d’en adoucir les contours. Insatisfait du résultat, je repousse la feuille noircie et m’adosse à l’écorce rugueuse de l’arbre qui m’a silencieusement invité en fin d’après-midi.

Vasile m’a appelé tout à l’heure, me donnant quelques nouvelles de la famille. Mon père est parvenu à ses fins, servant de garde-manger à un quelconque vampire prétendant être un lointain cousin de cette stupide légende. Quant à ma sœur Ana, elle a embrassé une voie encore plus obscure, se prétendant sorcière de je ne sais quelle église. Mon frère me manque, terriblement. Nos rires, nos échanges silencieux assis sur la colline surplombant notre village et même nos engueulades, tout ça, c’est du passé. Je l’ai choisi, consciemment, le jour où j’ai claqué la porte de la maison qui m’a vu naître. Tout à l’heure, je lui ai proposé de venir me rejoindre, je l’ai entendu rire sans qu’il me donne de réponse ni même d’explication.

Une brise fraîche, légère comme une caresse féminine, ramène mollement une mèche sur mon visage. Un sourire lointain effleure mes lèvres. Que dirait Vasile s’il voyait ma tignasse et mon allure négligée ?

Un soupire, empli de fatigue filtre au travers de mes lèvres. Je ne vois même pas la beauté du paysage qui s’étend à mes pieds. Le lac Cypress Bayou Reservoir scintille sous le mince croissant de lune. La nuit est tombée sans même que je m’en aperçoive, la fraîcheur de ce mois de novembre n’étant pas parvenu à me déloger. La neige, le vent glacé et le froid mordant des hivers roumains font également partie de ce terrible manque. Ma terre natale m’appelle mais l’heure n’est pas encore venue aux retrouvailles.

Le doux clapotis de l’eau me sort de mes pensées, un peu trop mélancoliques à mon goût. Secouant la tête, je me maudis de me plaindre de la sorte. Ici, j’ai tout ce qu’il me faut. Un boulot déclaré, un salaire correct, un toit au-dessus de ma tête et je mange à ma faim, je paie même mes impôts. Que demander de plus ?

J’ai perdu la notion du temps, dessinant à la lueur de la lampe torche de mon téléphone. Griffonner sur du papier est tellement apaisant, surtout dans un tel cadre. Loin de la populace de ce trou miteux où je me suis établi. Certes je pourrai éventuellement envisager de déménager, trouver un quartier plus tranquille mais je me sens bien à Stoner Hill, perdu dans l’anonymat des laisser pour compte.

Mon ventre émet un gargouillement sonore, me rappelant à l’ordre. Sans me presser, je range avec délicatesse les feuilles noircies que je garderai ou non, selon mon humeur du moment. J’ai encore une bonne marche avant d’atteindre le parking où j’ai laissé ma Lady. A regret, je me lève, ramasse ma bouteille d’eau à moitié vide, prends une longue gorgée et ajuste ma veste. Un dernier coup d’œil est jeté, vérifiant de n’avoir rien oublié et j’emprunte la sente sinueuse en tournant le dos au lac.

Le vent s’est levé mais il ne fait pas froid pour une fin de novembre. Bientôt noël et une nouvelle année. Cette fois-ci, je ne resterai pas seul, je me le promets, quitte à squatter au comptoir du bar de Samuel en compagnie d’autres âmes esseulées. Perdu dans mes pensées, je ne suis pas attentif au chemin que je suis. Je zigzague entre les arbres, me baisse évitant une branche basse, m’arrête un instant profitant d’une vue panoramique sur le lac me délectant de ce que mon œil voit. Les feuilles crépitent sous la brise nocturne ne m’apportant aucune crainte. Qui viendrait se balader un samedi soir dans ce coin perdu ? Délaissant mon promontoire, je m’enfonce à nouveau dans la forêt mais stoppe mon avancée après dix bonnes minutes en regardant autour de moi. Il ne me semble pas être passé par ici en venant. Fronçant les sourcils, je passe ma main libre dans ma tignasse, cherchant quelques repères. Lors de ma venue, j’avais toujours le lac face à moi, au retour, il doit forcément être dans mon dos. Logique implacable.

Coupant à travers bois, je m’efforce de toujours avoir le point d’eau derrière moi. J’amorce une légère descente, faisant revenir la confiance. Ma moto est garée au pied d’une colline, je ne dois plus être bien loin maintenant. Je presse un peu le pas, la faim étant un bon stimulateur. J’enjambe une racine plus importante que les autres mais mon lacet décide de s’accrocher à une branche basse. Je m’étale de tout mon long, atterrissant lourdement dans les feuilles mortes qui amortissent merveilleusement bien ma chute. Pestant contre la fatalité, je me redresse en prenant appui sur mes mains lorsque un puissant claquement métallique retenti à seulement quelques centimètres de mes doigts. Le souffle un peu court sous l’effet de la surprise, j’examine l’objet qui a failli me coûter une main. Après avoir détaché mon lacet afin de reprendre ma liberté de mouvement, je découvre, avec horreur, un énorme piège. Ma chute a dû déstabiliser le mécanisme faisant refermer l’immense mâchoire, bordée de dents assassines.

Perturbé et choqué par ma découverte fortuite, je reste, le cul posé dans l’humus, n’osant plus trop me mouvoir. Je ne suis pas un fervent défendeur des CESS, bien au contraire, mais de là à poser ce genre de trappe, y’a des limites quand même. Sans compter les vrais animaux sauvages vivants dans les parages, une pattes dans un truc comme ça et la mort est assurée, le tout dans une lente et terrible agonie.

Il faut absolument que je retrouve un vrai chemin. M’armant d’un bâton tout tordu, je reprends ma route, tâtonnant précautionneusement chaque centimètre carré devant moi. A cette allure-là, j’y serai encore demain matin…
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Gautièr Montignac
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"C'est une histoire de dingue.
Une histoire bête à pleurer."

En un mot : Meursault d'Occident. Sorel d'Amérique.
Qui es-tu ? :
"J'irais bien voir la mer.
Écouter les gens se taire."

◖◗ Homme du pays occitan, dans le Sud de la France. Né au cœur des Pyrénées aux sommets blanchis, entre le soleil et la rocaille du mois de juillet 1898.
◖◗ Loup-garou Bêta condamné à fuir famille et village, jeté sur les voies forestières d'un exil, des frontières d'Espagne aux vallées de Lozère. Voyageur infatigable, jusqu'au Nord de la France et la côte est américaine.
◖◗ Relation d'amour et de haine pour cette France ingrate. Son sang a coulé pour des généraux dont le pied n'a jamais foulé le no man's land de la Grande Guerre. Membre d'un réseau clandestin dans les années 40.
◖◗ Rêveur misanthrope à la philosophie d'un autre temps. Passe sans mal de l'empathie au jugement, de la tolérance au dégoût. Aide lorsqu'il le peut. Tue quand il le doit. Bestiole dans le crâne qui commandite d'étranges désirs.
◖◗ Homme à tout faire : capable de nettoyer les chiottes, de garder un musée, de balayer la rue ou de tenir une caisse. Prédilection pour les postes de serveur, aidé par ses hanches étroites et ses bras solides. Poste d'observation privilégié pour tous les comportements humains et non-humains.
◖◗ Rebut. Incapable de s'adapter pleinement à une meute. Chaque tentative se solde par un échec plus ou moins pénible. Solitaire, se protège derrière la barrière de mensonges qui résistent encore aux outrages du temps. Prétend n'être rien d'autre que la Bête du Gévaudan. S'en convainc parfois, ou bien d'être un descendant.
◖◗ A subi les affres du sang et de la rumeur capable de frapper tous les bourgs et hameaux des campagnes profondes. Accusé de crimes qu'il n'a pas commis. N'a jamais eu l'occasion de racheter son honneur parmi les siens.
◖◗ Ancien amant de Mei Long, poupée chinoise de sang royal. La rencontre entre deux écorchés de la vie, entre deux psychés abîmées, vouées à toutes les folies et aux errances mortifères dans les bois du Maryland.
◖◗ Poursuivi par des flics qui n'ont pas pour habitude de lâcher prise. Connu des autorités américaines depuis les années 70. En cavale permanente. Passé maître dans l'art des identités plastiques, artificielles. Espère trouver à Shreveport l'abri de la dernière chance, en incorporant les rangs de la meute. Tueur de flics et de femmes.
◖◗ Mélancolique. Dans ses bons jours, capable de déceler la beauté dissimulée derrière tous les aspects de l'existence. Amoureux d'Histoire et de littérature, lecteur infatigable de Camus et de Céline.
◖◗ Dérangeant. Par ses regards perçants, par ses paroles sans filtre, par ses rires grinçants : inadapté, mais sympathique, si son interlocuteur s'y prête.

◖BÊTE DU GÉVAUDAN◗

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"L'a pas tellement changé la France.
Passent les jours et les semaines,
Y'a qu'le décor qui évolue.
La mentalité est la même.
Tous des tocards, tous des faux culs."

Facultés : ◖◗ Faiseur d'histoires. Capable d'inventer mythes et récits sans effort. Charmant ou effrayant tour à tour. Se réinvente sans cesse, personnage protéiforme.
◖◗ Passé maître dans l'art de dissimuler un corps et d'en ôter la vie. Tous les moyens sont bons.
◖◗ Sait comment survivre face au froid, à la pluie, à la grisaille et à la brume, aux mers, aux monts et aux coups bas. Aux morsures, aux traîtrises, aux caresses, aux promesses.
Thème : Le Fleuve ◖◗ Noir Désir
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◖MINDHUNTER◗

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"Je vais les rues je vais les lieux où on ne m'attend pas. Ceux que je croise au fond des yeux, non, ne me voient pas. Je parle à des gens comme moi qui n'ont l'air de rien. Des esclaves en muselière qui n'en pensent pas moins."

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Pseudo : Nero
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Sam 20 Mar - 0:23 (#)


Labyrinth
La forêt sombre.
Elle sombre dans l’ombre d’une nuit automnale ; l’hiver n’est pas loin. Même dans le Sud, même aussi loin des bois qu’il a toujours connu, la chaleur est trompeuse. La Louisiane d’ordinaire moite et lourde d’une chaleur pénible semble s’être effacée, se confond en pensée avec le Maryland, le Maine, la Virginie. Jusqu’aux Pyrénées aux températures cruelles, une fois la bise venue, la neige revenue, les hauts sommets blanchis. Le lac est tout proche (presque pareil à celui qui a bercé ses premiers pas). Ses eaux miroitent et distribuent jusqu’à loin entre les troncs, les racines et les branches, l’humidité ambiante qui n’a plus rien à voir avec celle des étés brûlants de la région. Lui aussi, à sa manière, laisse son influence se propager loin, bien loin depuis son épicentre, contaminant d'une aura différente ce coin de territoire américain perdu.  

Lui aussi s’est perdu, s’est offert à cette nature distanciée de la zone de chasse de la Meute. Lui aussi a souhaité contempler la lune descendante. Décroissante. Une infime partie demeure visible, plongeant fourrés et végétation dans une noirceur extatique. Comme lorsque l’alcool imbibe le corps et l’esprit, il y a quelque chose de terrible et d’enivrant, à pouvoir ainsi se vautrer dans ce monde au parfum d’humus, de charognes, de mousse et de feuilles mortes. Attiré comme un aimant, se revendiquant d'un univers auquel il appartient, attaché à ces parois au relief monochrome. Il avance, encore bipède. Mais le loup n’est pas loin. Il a marché longtemps pour en arriver là. Il s’est éloigné de la ville et de son tumulte, avide de retrouver les sensations d’autrefois. Mû par le besoin de se raccrocher à quelque chose. Quelque chose de tangible. Quelque chose qui ne s’enfuira pas comme sa lucidité, parfois. Il semble plus jeune qu’à l’ordinaire, la faute à sa mise. Dénué de tout costume, un jean des plus simples et une chemise opaque de facture modeste enrobent son enveloppe encore intacte.
Il marche, foule le sol tendre de ses chaussures de ville, tranchant avec le cadre, le décor. Il en frottera le cuir, plus tard. Il lui rendra sa perfection, son noir mat et scintillant.
En attendant, il avance. Il s’enfonce. Il communie avec la Mère nature, et lorsqu’il ferme les yeux, parfois, entre chaque pas, il se revoit autrefois sinuant entre les monts. Ce pays est trop plat, et la moindre colline est un rappel cruel de ce qu’il a laissé derrière lui. Peu à peu, il se laisse contaminer par les senteurs ne devant plus rien au chimique, à la populace. Sa solitude, à la fois crainte et désirée, agit comme un baume sur toutes ses appréhensions ses questionnements, ses peines. Ses perceptions changent, elles aussi. Il mue, passe d'un état philosophique culturel à une résignation naturelle. Il change, se remodèle, sans que rien ne permette de comprendre cette mutation lente, mais terrible. Il pense. Un jour, il se laissera mourir ainsi. En France ou ailleurs, mais au fond d’une tanière, à des milliers de kilomètres de tout îlot de civilisation. Parfois, ses paumes touchent les écorces, en ressentant avec une acuité décuplée la moindre forme des conques venant écorcher sans mal les lignes de ses mains. Il abandonne ses propres marques, témoins de son passage, ne redoutant plus de marquer des lieux guère revendiqués par d'autres lupins.

Il change.
Il cède la place.
Le loup pourrait se tenir sage, mais il ne souhaite pas lui imposer une laisse de plus, ce soir.
Fidèle à la Bête qu’il est devenu, le voilà qui erre, qui se laisse se perdre (jamais, il ne se perd jamais), qui se laisse gagner par l’environnement hostile à celui qui en viendrait à s’égarer. Il suffit d’un peu de désorientation. D’une succession de mauvaises directions. Et alors… Alors, le malheureux serait aussi vulnérable qu’abandonné dans les gigantesques territoires où les pinèdes règnent en maître. Il songe au Canada, à sa faune aussi extraordinaire que dangereuse. Il voudrait y être. Il voudrait s'y rendre. Il s’y croit, peut-être. Le vent souffle en direction de son visage glabre. Il ne sent pas l’odeur de l’humain en bien mauvaise posture. Ce n’est donc pas son odorat qui lui indique la présence d’un intrus à cette transe.

Pas si loin de lui, quelque chose a claqué. Dans le lointain, ou tout près. Lui s’est raidi. Comme un clébard aux aguets, une jambe presque en suspens ; c’est à peine si la pointe de son pied touche encore la terre noire. Il sent. Il écoute. Le frisson d’une découverte à venir. L’envie et le dégoût de partager cet endroit avec un autre, maintenant. Il en oublie de respirer, quelques instants. Il cherche à faire le tri entre les milliers de signes, d’indices, de sons et de crissements. Il pourrait en perdre la tête ; tel un squale rendu fou par l’odeur du sang. Il envisage la transformation. Puis y renonce. Pas tout de suite.

Il écoute.

Quelque chose se déplace. Quelque chose marche, comme lui. Lentement. Très lentement. Alerté par ces mouvements trahissant la maladresse de leur créateur, il se penche, s’accroche aux troncs pour stabiliser sa démarche. Rendu fou par l’odeur du sang. Curiosité exacerbée. Il s'interroge, se demande s’il doit persévérer à la rencontre de son propre élan méditatif, ou opter pour un changement de trajectoire. Bientôt, néanmoins, la tentation est trop forte. Vif et nerveux, il se détourne pour suivre son instinct. Il progresse rapidement dans la direction du bruit, et en particulier celui du claquement métallique, étonnant alors. Il n’est pas loin. Ils ne sont pas loin l’un de l’autre. Il ne lui faut pas longtemps pour repérer une trace olfactive. Bientôt, elles sont plusieurs à lui sauter aux "yeux". Un humain est passé là. Un humain s’est perdu là. Excité par l’éventualité d’un face à face tournant en sa faveur, il en vient à sentir l’afflux de salive, réflexe pavlovien le voyant baver d’une impatience tenace, d’une envie de dévorer un bout de hasard. Monstrueux sans égards pour une conscience aux abonnés absents, il se fait traqueur, misant sur son expérience, sa connaissance d’un milieu hostile à tout être plutôt fait pour les villes, pour les hautes tours bourrées de verre, d’acier et de plastique.

Lui est différent.
Mince et souple, il ressemble aux arbres qu’il caresse, qu’il salue et apprivoise, au fur et à mesure qu’il s’ingénie à observer les espèces autres que celles croisées par le passé. Il s’est changé en une créature parfaitement adaptée, déjà taillé, dès sa naissance, pour les plaines rares, les sommets dangereux, la neige, le froid, le cagnard, les eaux glacées, le venin, les piqûres. Il est né en une époque où les plus faibles s’en remettaient à Dieu, à la moindre protection à leur portée. Ses frères, faits du même bois. Chaque fois qu’il songe à eux, c’est la même hargne, la même colère, le même sentiment d’injustice qui le prend à la gorge et déploie ses fureurs meurtrières.

Il est le dernier fils. Le dernier.

Le métal est là.
Écoeurant (le métal a toujours senti fort, pour lui).
Piège dans lequel le bipède n’est pas tombé. Pas de sang. Sûrement une grosse frayeur, songe-t-il en observant, pensif, les mâchoires acérées du piège sensible, et déclenché.
Il sourit, imaginant sans mal l’effroi ressenti par l’importun. Il s’est souvent demandé si les hommes pouvaient véritablement mourir de peur. D’une frayeur si violente que leur cœur en cesserait de battre, pétrifié des suites d’un arrêt impossible à contrecarrer. Un jour, peut-être. Peut-être la Bête parviendrait-elle aux fins de cet insatiable et impudique intérêt. Il repart en chasse. L’homme est à portée. Quelques enjambées, tandis qu’il contourne le sentier. Volontairement, planqué dans l’obscurité, il provoque alors bruits inquiétants, branches que l’on casse. Il doit se retenir de pouffer. Voilà qu'il l’a repéré. La proie se déplace comme un aveugle, tâtonnant sans cesse de la pointe d’un bâton, sûrement terrifié à l’idée de marcher pour de bon dans un mécanisme qui le verra condamné à se faire amputer. Il l’observe. Il marche fort. Il n’y a plus rien de la discrétion qui a précédé. Hanté par la volonté du Loup, orbes prêts à briller de leurs reflets jaunâtres dans la pénombre, ses (babines) écumantes ne sont plus qu’à quelques mètres infimes, mais il résiste encore. Il ne se transformera pas. Il veut lui apparaître tel qu’il est, maintenant. Il attend donc, surveille les effets de l’appréhension produits par ses ruses et sa malveillance. Il souhaiterait si fort lire dans son crâne, en extirper les fantasmes les plus odieux. Se demande-t-il si la mort le guette, cette nuit ? Esquisse-t-il déjà la liste du bestiaire, de la faune pullulant potentiellement dans leur giron ?

Branches qui craquent.
Feuilles qui cèdent.

L'homme est suivi.
L'homme est marqué.
Prédaté.

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Le Temps qui reste

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Sam 27 Mar - 16:33 (#)

Suspension Ft. Gautièr Ym6f

Centimètres après centimètres, je grappille du terrain, aussi infime soit-il. Peu importe le temps que cela va me prendre, tant que je ne me fais pas découper en morceau, tout va bien. Ma vue s’est adaptée à la nuit, je parviens à distinguer les formes et les contours les plus marqués. C’est sûr, que je jalouse profondément les chats qui, eux, sont totalement nyctalopes, enfin, c’est ce qui se dit, je suis pas un félin, moi. Les branches au-dessus de ma tête sont irrégulières et laissent passer, en alternance, quelques rayons argentés. Je maudis l’astre nocturne, pour une fois que ça m’aurait franchement arrangé qu’il soit bien rond et lumineux. Là, il est timide, dévoilant qu’un fin croissant blanchâtre. De toute façon je ne peux rien y faire, va falloir faire avec.

Le vent joue avec mes nerfs, ébouriffant à intervalle irrégulier les feuilles presque mortes, les détachant avec nonchalance afin de les faire tourbillonner dans les airs, excitant ma vigilance. Je m’arrête et lève le nez, estimant la distance que j’ai parcourue. Elle est faible, très faible, à peine une dizaine de mètre. Va falloir quand même que je mette le turbo si je veux être sorti de cette foutue forêt avant le lever du soleil. Bien que… c’est peut-être ça la solution. M’installer, là où je suis, sans bouger et repartir dès les premiers rayons du soleil. Au moins, j’aurai une vision un peu plus globale de tout ce merdier.

Mes mains partent à l’assaut de mes reins et les massent, ce bâton est trop court, m’oblige à avancer pratiquement courbé en deux. Un craquement plus puissant que les autres stoppe tous mes mouvements et étirements. Mes doigts se crispent sur ma canne de fortune et je scrute les environs qui ne révèlent que leurs alternances d’ombre. Un oiseau nocturne vient ajouter son hululement à cette ambiance déjà plus que pesante.

- Ta gueule, toi ! Un murmure grossier filtre à l'encontre du volatile.

J’abandonne mon exploration visuelle de mon environnement et me concentre plutôt sur le parterre de feuilles mortes qui s’étale devant moi. Était-ce un piège unique ou y’en a-t-il d’autres ? Et pourquoi ont-ils été déposés ici et pas ailleurs. Je ne me trouve ni dans une clairière, ni dans les taillis, mais bien au beau milieu des bois au milieu de nulle part. Je secoue la tête, me fichant de moi-même intérieurement, un fin sourire animant mes lèvres. Dans un chuchotement rassurant, je m’encourage tout en laissant mes pensées exfiltrer ma conscience.

- Imbécile, t’es dans une forêt, y’a du vent, des feuilles mortes et tout ce qui va avec. Des bestioles vivent la nuit. C’est donc tout à fait normal que ça fasse du bruit. Allez, avance maintenant sinon, tu peux dire adieu au burger qui te fait tellement envie. Go Ethan, en avant ! Balaye bien devant toi, on s’en fout des côtés, tout ce qu’on veut, c’est avancer.

Grâce à ces pensées verbalisées, je retrouve mon courage et reprends mon tâtonnement avec un peu plus de vigueur. Vigueur que je suspends bien vite à l’entente d’un nouveau craquement, suivi d’un bruissement généreux, nettement plus proche, cette fois-ci. Mon cœur augmente sa cadence et mon regard se fait plus acéré même s’il ne distingue rien. Je sens ses battements taper contre ma cage thoracique, mes artères se gonflent permettant à mon flux sanguin de circuler plus rapidement. Ma respiration est profonde, mes narines dilatées cherchent un apport en oxygène.

Arrête Ethan, arrête de faire ta poule mouillée ! Tu as pratiquement grandi dans la forêt. Que crains-tu ? Il n’y a rien de dangereux ici. Souviens-toi, chez nous, nous avions des loups, des ours, des lynx et bien d’autres prédateurs qui ne vivent pas dans cette région. De plus, un animal seul n’attaque pas, tu le sais. Si tu lui fous la paix, il te laissera tranquille. En plus, généralement, les bestioles t’aiment bien. Alors prends tes corones sous le bras et go en avant. Y’a personne ici, sauf toi qui tremble plus fort que les feuilles !

Je tire un peu sur ma veste et réajuste ma besace, histoire de me donner un peu de contenance. Ma nuque me chatouille et mes poils s’hérissent, j’ai la nette sensation d’être observé. Je déteste ce pressentiment qui joue avec mes sens. Le zéphyr s’est adouci, calmant ses ardeurs et pourtant la flore poursuit son chant de brisure. Un caillou roule et dévale la pente avec peine, stoppé par l’humus. Il n’a pas été porté par le vent, c’est impossible. Je fais volte-face, tournicote sur moi-même en levant mon arme toute tordue et pourrie.

- Y’a quelqu’un ? Ma propre voix me surprend, me faisant presque sursauter, tant elle est forte. Je suis armé, montrez-vous et je ne vous ferai aucun mal.

Mes orbes bleutés tombent sur mon bout de bois qui fait peine à voir. Si je m’appuie dessus, je suis certain qu’il se briserait. Je suis incapable de localiser la source du bruit, la nature s’alliant à mon prédateur, secouant de plus belles les branchages. Et pour couronner le tout, un gros nuage vient masquer la seule source de lumière.

Acceptant la fatalité, j’inspire profondément, abaisse mon bâton et reprend ma lente avancée. Je n’ai pas effectué trois mètres qu’une nouvelle paire de mâchoire se referme sur l’extrémité de ma soi-disant arme, réduisant le bois en petits copeaux. Pétrifié, le souffle, tout d’abord inexistant, puis revenant par saccade, je m’accroche désespérément à ce qui reste de ma branche, la serrant contre moi. Une éternité s’écoule avant que je ne retrouve l’usage de mes muscles tétanisés. De longues inspirations – expirations sont nécessaires afin d’évacuer, un tant soit peu, l’adrénaline qui court dans mes veines. La lucidité revient accompagnée de la parole.

- Putain de merde ! Depuis quand les forêts sont-elles minées ?

Il hors de question que je fasse un pas de plus, sans voir quoi que ce soit et sans que je ne retrouve une nouvelle branche. Dépité, je m’assieds en tailleur là où je me trouve afin de retrouver mon sang-froid et de réfléchir à une solution. Le vent se lève, plus puissant, me donnant l’impression qu’il se fiche de moi. Crépitements et brassages de feuilles viennent percuter mon ouïe. La peur m’a quitté momentanément, je sais que la nature est joueuse et je croise les doigts pour que la pluie ne vienne pas se mêler à la fête.

Mon regard tombe sur le dôme que forme le métal, les dents acérées s’emboitant parfaitement les unes dans les autres et j’imagine, en grimaçant, ma cheville prisonnière du piège. Au moins, si je ne peux avancer, personne ne pourra venir jusqu’à moi, ce qui n’est pas si mal non plus. Mû par je ne sais quel élan, je place mes mains en porte-voix autour de ma bouche et m’écrie fortement.

- Et si y’a quelqu’un… faites gaffe, y’a plein de pièges à loup…

Si c’est un être humain, il sera au moins averti, qu’il me veuille du bien ou du mal.
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◖◗ Homme du pays occitan, dans le Sud de la France. Né au cœur des Pyrénées aux sommets blanchis, entre le soleil et la rocaille du mois de juillet 1898.
◖◗ Loup-garou Bêta condamné à fuir famille et village, jeté sur les voies forestières d'un exil, des frontières d'Espagne aux vallées de Lozère. Voyageur infatigable, jusqu'au Nord de la France et la côte est américaine.
◖◗ Relation d'amour et de haine pour cette France ingrate. Son sang a coulé pour des généraux dont le pied n'a jamais foulé le no man's land de la Grande Guerre. Membre d'un réseau clandestin dans les années 40.
◖◗ Rêveur misanthrope à la philosophie d'un autre temps. Passe sans mal de l'empathie au jugement, de la tolérance au dégoût. Aide lorsqu'il le peut. Tue quand il le doit. Bestiole dans le crâne qui commandite d'étranges désirs.
◖◗ Homme à tout faire : capable de nettoyer les chiottes, de garder un musée, de balayer la rue ou de tenir une caisse. Prédilection pour les postes de serveur, aidé par ses hanches étroites et ses bras solides. Poste d'observation privilégié pour tous les comportements humains et non-humains.
◖◗ Rebut. Incapable de s'adapter pleinement à une meute. Chaque tentative se solde par un échec plus ou moins pénible. Solitaire, se protège derrière la barrière de mensonges qui résistent encore aux outrages du temps. Prétend n'être rien d'autre que la Bête du Gévaudan. S'en convainc parfois, ou bien d'être un descendant.
◖◗ A subi les affres du sang et de la rumeur capable de frapper tous les bourgs et hameaux des campagnes profondes. Accusé de crimes qu'il n'a pas commis. N'a jamais eu l'occasion de racheter son honneur parmi les siens.
◖◗ Ancien amant de Mei Long, poupée chinoise de sang royal. La rencontre entre deux écorchés de la vie, entre deux psychés abîmées, vouées à toutes les folies et aux errances mortifères dans les bois du Maryland.
◖◗ Poursuivi par des flics qui n'ont pas pour habitude de lâcher prise. Connu des autorités américaines depuis les années 70. En cavale permanente. Passé maître dans l'art des identités plastiques, artificielles. Espère trouver à Shreveport l'abri de la dernière chance, en incorporant les rangs de la meute. Tueur de flics et de femmes.
◖◗ Mélancolique. Dans ses bons jours, capable de déceler la beauté dissimulée derrière tous les aspects de l'existence. Amoureux d'Histoire et de littérature, lecteur infatigable de Camus et de Céline.
◖◗ Dérangeant. Par ses regards perçants, par ses paroles sans filtre, par ses rires grinçants : inadapté, mais sympathique, si son interlocuteur s'y prête.

◖BÊTE DU GÉVAUDAN◗

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"L'a pas tellement changé la France.
Passent les jours et les semaines,
Y'a qu'le décor qui évolue.
La mentalité est la même.
Tous des tocards, tous des faux culs."

Facultés : ◖◗ Faiseur d'histoires. Capable d'inventer mythes et récits sans effort. Charmant ou effrayant tour à tour. Se réinvente sans cesse, personnage protéiforme.
◖◗ Passé maître dans l'art de dissimuler un corps et d'en ôter la vie. Tous les moyens sont bons.
◖◗ Sait comment survivre face au froid, à la pluie, à la grisaille et à la brume, aux mers, aux monts et aux coups bas. Aux morsures, aux traîtrises, aux caresses, aux promesses.
Thème : Le Fleuve ◖◗ Noir Désir
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◖MINDHUNTER◗

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"Je vais les rues je vais les lieux où on ne m'attend pas. Ceux que je croise au fond des yeux, non, ne me voient pas. Je parle à des gens comme moi qui n'ont l'air de rien. Des esclaves en muselière qui n'en pensent pas moins."

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Célébrité : Harry Lloyd.
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Sam 3 Juil - 7:12 (#)


Labyrinth
Relents de panique.

Il se délecte. Il replonge dans les vieux méandres. Il se noie dans la contemplation de la faiblesse, de la détresse. Elle le fascine au même titre que les brames d’agonie d’un cerf, que la vermine grouillant sur la chair révélée, qu’un humain perdu dans une forêt trop vaste. D’anciens souvenirs le submergent, ravagent ses connexions nerveuses, ses méninges au travail. Il confond un instant le passé et le présent, aspire une bouffée d’air dans lequel pullulent les particules végétales et terrestres dont il emplit ses poumons. L’homme a peur. L’homme n’est pas rassuré. L’homme se déplace comme un ancien au dos voûté, et chaque pas semble être le produit d’un exploit, d’une épreuve surmontée à force de suer sang et eau. Il trouve le spectacle d’une tristesse absolue, et pourtant il ne peut s’empêcher de rester là à le contempler. Obstinément. Glabro n’est pas loin. Il caresse une dernière fois l’idée de céder à la déformation de ses traits, même sans aller jusqu’au bout. Sa volonté demeure toutefois la plus puissante. Le vert ne jaunira pas. Les crocs demeureront sagement rentrés. Il attend. Depuis son corps de bipède, rien ne l’empêche de déguster, de savourer l’éventualité d’une rencontre dont le contenu, l’issue, la finalité, lui demeurent incertains. C’est dans ces moments-là qu’il se réjouit toujours. Peu importe les détectives, les experts, la récolte d’ADN nucléaire, mitochondrial, peu importe le prélèvement des empreintes ou de sang, les logiciels de plus en plus performants dans le but de traiter un millier d’informations, remplaçant les limites du cerveau humain. Peu importe, peu importe, peu importe. Il restera toujours suffisamment de coins sauvages, de zones désertiques, désolées, abandonnées par les mondes goudronnés. Il en restera toujours assez pour que les monstres comme lui puissent sévir encore, assouvissent leurs pulsions morbides, enterrent les corps sous une chape de terre dont ils ne sortiront jamais. Rien que dans son pays natal, combien de cadavres enfouis ? Combien de macchabées que les montagnes, les lacs, les fleuves, les côtes, les bois, n’ont jamais rendu ? Alors l’Amérique… L’Amérique demeure l’Eldorado suprême, continent maudit réveillant parmi les pires incarnations de démons bien mortels. Tueurs de flics, de prostituées, d’enfants, d’adolescents, violeurs, pointeurs, nécrophiles, nécrophages, obsédés, amateurs de toutes les paraphilies existantes trouveront toujours, en ces lieux, le moyen de conjurer leur mauvais sort, de percer le furoncle et d’en laisser jaillir le pus, les miasmes, le mal subi par l’autre. Puis, la plaie se refermera, un peu. Elle ne pulsera plus, jusqu’à ce que l’infection ne revienne, et qu’il ne faille purger de nouveau.

Là-bas, ça jure. Ça se plaint. Ça souffre. Lui continue de longer la ligne formée par les arbres ; ligne invisible pour celui qui peine à progresser rapidement. Le garou, pour sa part, a appris à distinguer l’infime sentier que remonte sa victime. Il sait repérer l’implantation des arbres, comprend le fonctionnement des « pistes », sait toujours trouver le nord, et dessine des cartographies précieuses de ses passages dans ses terrains de chasse de prédilection.
Là-bas, on commence à l’entendre pour de bon. Ça tournoie, ça balaie en vain la pénombre ambiante, ça cherche peut-être le reflet de deux billes brillant dans l’obscurité. Il s’arrête. Il laisse la parole au vent, blotti contre un tronc, faisant corps avec l’écorce sans se soucier des minuscules copeaux et poussières qui s’accrochent au tissu.
Là-bas, on repart. Il le suit. Pas longtemps. Le claquement des mâchoires de métal lui éclate aux oreilles, pour la deuxième fois, et cette fois bien plus proche.

Le sourire indolent du loup s’est évaporé.
Un piège peut passer pour une coïncidence. Pas un deuxième. Pas sur une si courte distance, l’un par rapport à l’autre. Soudain, il n’est plus si certain de se sentir à son aise. Il se demande combien de fois il a frôlé la catastrophe lui-même. Il se demande si le tranchant des lames est fait d’argent. Car si c’est bien le cas… À son tour, il frissonne, les oreilles invisibles dressées, en quête d’un autre indice corroborant ou annihilant ses soupçons. Le juron poussé l’agace, d’autant qu’il l’empêche d’écouter comme il le voudrait. Même si l’inconnu ne croit pas si bien dire, et qu’il partage en partie son effroi perceptible.

Il hésite.
Il n’avait pas prévu ce déroulement-là, pense-t-il en le regardant, stupidement assis par terre. Croit-il qu’il parviendra à se téléporter hors d’ici par la pensée ? Il faut continuer à avancer, toujours. Le mouvement, c’est la vie. Alors lui aussi bouge, tombe le masque. Le cuir de ses chaussures s’enfonce comme sur un matelas dans le tapis de feuilles et d’herbes ensevelies sous la couche de pourrissement programmé. D’une voix lasse, presque blasée, il souffle : « Ce n’est pas la peine de hurler. Je ne suis pas loin. Et je vous vois. » Ce n’est pas l’homme assis qu’il cherche à discerner, mais bien le piège qu’il vient de déclencher par mégarde. Chaque foulée est prudente, symptomatique d’une bête aux aguets. Il se dévoile, le visage neutre, le mirant enfin de près, de toute sa hauteur, avant de déporter son regard vers le mécanisme dangereux. « Vous devez être remarquablement confiant en vous-même pour vous aventurer dans une forêt comme celle-là sans lampe torche. Ni plan, de toute évidence. » Le sourire est mauvais, et à la fois loin de toute véritable mesquinerie. Chez lui, ce sentiment a fini par adhérer à sa peau comme la glaise lui collait du temps de son enrôlement dans l’armée. Il n’est plus aussi offensif qu’à une certaine époque. Ou du moins… pas tout le temps. « Ethan, c’est ça ? » Il ne croit pas qu’il s’agisse d’un sorcier, ou tout autre arcaniste du même genre. Ces derniers gardent toujours nichée dans leur signature olfactive des traces de cire, d’encre, de plantes et d’autres choses, qu’il a fini par leur associer. Ce n’est pas non plus un vampire. Aucun immortel ne s’attarderait là, et la nuit ne lui serait en aucun cas un obstacle. Il n'est qu'humain. Dramatiquement humain. Sans à-coups, l’ancien berger des Pyrénées se poste accroupi, contemplant le responsable de leur hésitation. Il renifle, doucement, hume en tâchant de faire le tri des senteurs qui lui parviennent. Guère satisfait, il se penche encore un peu, mais il sait que cette analyse ne vaut pas grand-chose. Certains pièges particulièrement élaborés dissimulent l’argent au premier abord. Ce n’est qu’une fois qu’ils mordent que l’empoisonnement survient. Contrarié par l’absence de preuve formelle et refusant encore de toucher l’objet pour en avoir le cœur net, il se contente de gronder : « Vous devriez éviter de mentir. Dire que vous êtes armé. » Il tourne la tête vers lui, le fixe de plus près. Son sourire torve lui revient enfin. Il est jeune. Vulnérable. Un oisillon tout juste tombé du nid, affrontant les dangers du vaste monde. « Surtout quand vous ne l’êtes pas. On ne sait jamais sur qui on peut tomber, la nuit, dans ce genre d’endroit. »

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Le Temps qui reste

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Fear is the mind killer
Ethan Roman
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En un mot : Humain
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Sam 21 Aoû - 18:14 (#)

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Le cul dans l’humus, une fougère géante à ma droite, une plante non identifiable pour le petit profane que je suis et le tronc en guise de support, voilà tout ce qui constitue mon environnement. L’écorce gratte mon dos, mais il me rassure, me donnant l’impression d’avoir un rempart contre ce qui pourrait se trouver dans cette forêt. Je suis venu ici à de nombreuses reprises, jamais elle ne m’a semblé hostile, bien au contraire, j’ai toujours aimé cette quiétude rafraîchissante qu’elle m’offrait. La solitude qu’elle m’offre fait office d’havre de paix après une semaine emplie de cambouis et de personnes hargneuses, déversant tout leur mécontentement sur ma petite personne lorsque leur véhicule refuse de les servir. J’ai passé de nombreuses heures, niché dans des recoins paisibles, où parfois j’avais de la chance de croiser un mammifère docile, où la brise se prenait pour ma compagne, chassant la moiteur collante de l’été. Les feuilles se sont noircies, recréant ce petit paradis que j’étais seul à voir.

Il est bien révolu ce temps où je me sentais en parfaite sécurité… Un sourire amer glisse durant une vague seconde sur mon visage à ce souvenir. J’ai l’air d’un idiot avec mes doigts accroché à ma branche, qui menace de s’effriter si je la sers trop fort, avec mon regard paniqué qui bondit d’ombre en ombre, sursautant au moindre chuchotement de la flore.

Une pensée insensée me traverse l’esprit : Et si je dormais là, mon sac en guise d’oreiller, demain, à l’aube, les choses auront pris un tout autre aspect, la noirceur de la nuit se sera étiolée et je rirai de ma mésaventure, me traitant de pleutre. Tout ça dans l’éventualité que je sois encore en vie quand le soleil poindra et vu ce qui m’entoure, c’est loin d’être une certitude. Pesant le pour et le contre de cette idée saugrenue, je lâche un grognement de peur lorsque une voix s’adresse à moi. Stoppant net ma délibération interne, je scrute l’épais rideau sombre jusqu’à percevoir une silhouette se détacher et se mouvoir dans ce brouillard de noirceur.

- Fais gaffe !

Instinctivement, je tends la main, comme si je pouvais arrêter son avancée à distance. Trop tard, le mec, sorti de nulle part, se trouve déjà à côté de moi, lorgnant attentivement les alentours. Et la seule chose qu’il trouve à me dire avant de me demander si tout allait bien, ce qui n’est pas franchement le cas, vu la situation peu reluisante dans laquelle je me trouve, est de me sermonner.

- Salut… Je me lève en m’appuyant contre le tronc, bien trop heureux de ne plus me sentir seul. Ben heu, disons qu’au départ, il faisait jour. Je me suis fait surprendre par la nuit et après ben voilà, j’ai dû louper le sentier et de fil en aiguille, j’ai atterri dans ce "champ de mines".

Je hausse les épaules, comme je le faisais devant mon père, lorsque nous étions surpris, Vasile et moi-même, après une bêtise en baissant honteusement le regard. Sauf que cette époque est révolue et, dans un sursaut de vanité, je redresse les épaules et réplique sans hausser la voix, craignant qu’il me délaisse.

- Ben toi non plus tu n’as pas de lampe. Pas sûr que mon couinement ait été perçu, en tout cas il ne relève pas pour l'instant et prononce mon prénom, me mettant une nouvelle claque mentale. Comment que tu connais mon nom ?

Mes yeux forment des billes, des points d’interrogations certainement imprimés au fond de mes prunelles.

- Et toi ? C’est quoi ton blaze ?

De nouvelles remontrances s’échouent auxquelles je réponds en hochant la tête.

- Ecoute, mec, je sais bien que c’était pas tout à fait la vérité, mais bon, t’as vu la merde dans laquelle je me trouvai ? Je serai ravi de faire plus amplement ta connaissance mais si on pouvait le faire autour d’une bonne bière et d’un repas chaud, ça sera parfait. Vu que t’as réussi à venir jusqu’ici, tu devrais pouvoir me sortir de ce guêpier, non ? Et pour la bouffe, c’est bibi qui régale… Allez en avant, moussaillon ! Je te suis !

Confiant, un sourire sincère plaqué sur mes lèvres, je pose ma main sur l’épaule du gaillard, l’encourageant à aller de l’avant. Nous n’avons pas fait deux pas qu’une rumeur étrange empli la clairière, stoppant net notre départ. Les murmures s’amplifient, se muant en grognements, comme si les paroles étaient avalées par des gorges trop remplies, les rendant totalement incompréhensibles. Bêtement et surtout instinctivement, je me rapproche de l’inconnu, un sentiment de panique commençant à croître dans ma poitrine. Enfonçant ma main dans ma poche, j’en ressors mon smartphone, enclenche la fonction lampe torche, m’aveugle momentanément au passage et tends l’appareil dans la direction des gargouillis.

Ce que je vois me glace de frayeur et me pétrifie. Je suis incapable de faire le moindre mouvement tant l’épouvante me terrifie. Des êtres humanoïdes, vêtus de haillons, se déplacent en claudiquant dans notre direction. Leur peau, pour ce qui en reste sur certains, est grise, craquelée, manquante parfois, permettant de voir les muscles en action ou même l’os s’agiter en fonction des mouvements. Ma bouche s’assèche et ma main libre vient épingler le coude de mon nouveau compagnon. Dans un murmure à peine audible, je pose la question qui me brûle les lèvres.

- C’est quoi ça ?

Mon esprit refuse ce que mes yeux voient, des images de ma série préférée défilent dans ma conscience qui n’accepte pas ce qui se trouve devant moi.

- On est tombé en plein tournage de The Walking Dead ou quoi ?


*******


Bien loin derrière le petit groupe de zombies, trois nécromants sont affairés à diriger leurs marionnettes. C’est la première fois qu’ils parviennent à les faire marcher en groupe sans qu’ils ne se dévorent entre eux, obligeant les sorciers à mettre fin à leur expérience. Ils ont travaillé dur pour parvenir à un tel résultat et sont fiers de leur exploit. Ils avancent prudemment, sachant que le risque est grand qu’un des « marcheur » ne se retourne contre eux mais ils maîtrisent. Ils ont choisi cette forêt où personne ne se promène de nuit, hormis éventuellement un vampire égaré qui, quoi qu’il en soit, saurait gérer ou serait suffisamment rapide pour fuir. Ce sont eux qui ont déployé les pièges à loup, afin de stopper les morts et surtout pour étudier leur comportement une fois les zombies captifs des dents d’acier.

Cela a demandé une logistique incroyable mais ils y sont parvenus, cela fait tellement de temps qu’ils travaillent sur ce projet qu’ils sont prêts à tout pour le mener à bien.

Prisonnier de leur concentration, ils n’ont pas vu le loup rôder, ils n’ont pris garde à l’humain égaré. Et maintenant que les morts sont réveillés, ils vont de l’avant, soumis à ce terrible besoin de connaître le pouvoir sur les cadavres. Chacun en a deux à contrôler, augmentant le challenge, sinon cela serait trop facile. Des gouttes de sueur perlent à leurs fronts, c’est qu’il s’agit d’un exercice difficile. La clairière est proche, bientôt ils pourront relâcher leur attention et se féliciter mutuellement de cette incroyable exploit qu’ils sont en train d’accomplir.
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ADMIN ۰ Mignon comme Tchoupi, aussi vnr que Moundir : le Loup d'la Vieille (la chair vivante, c'est gourmang-croquang)
Gautièr Montignac
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"C'est une histoire de dingue.
Une histoire bête à pleurer."

En un mot : Meursault d'Occident. Sorel d'Amérique.
Qui es-tu ? :
"J'irais bien voir la mer.
Écouter les gens se taire."

◖◗ Homme du pays occitan, dans le Sud de la France. Né au cœur des Pyrénées aux sommets blanchis, entre le soleil et la rocaille du mois de juillet 1898.
◖◗ Loup-garou Bêta condamné à fuir famille et village, jeté sur les voies forestières d'un exil, des frontières d'Espagne aux vallées de Lozère. Voyageur infatigable, jusqu'au Nord de la France et la côte est américaine.
◖◗ Relation d'amour et de haine pour cette France ingrate. Son sang a coulé pour des généraux dont le pied n'a jamais foulé le no man's land de la Grande Guerre. Membre d'un réseau clandestin dans les années 40.
◖◗ Rêveur misanthrope à la philosophie d'un autre temps. Passe sans mal de l'empathie au jugement, de la tolérance au dégoût. Aide lorsqu'il le peut. Tue quand il le doit. Bestiole dans le crâne qui commandite d'étranges désirs.
◖◗ Homme à tout faire : capable de nettoyer les chiottes, de garder un musée, de balayer la rue ou de tenir une caisse. Prédilection pour les postes de serveur, aidé par ses hanches étroites et ses bras solides. Poste d'observation privilégié pour tous les comportements humains et non-humains.
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◖◗ A subi les affres du sang et de la rumeur capable de frapper tous les bourgs et hameaux des campagnes profondes. Accusé de crimes qu'il n'a pas commis. N'a jamais eu l'occasion de racheter son honneur parmi les siens.
◖◗ Ancien amant de Mei Long, poupée chinoise de sang royal. La rencontre entre deux écorchés de la vie, entre deux psychés abîmées, vouées à toutes les folies et aux errances mortifères dans les bois du Maryland.
◖◗ Poursuivi par des flics qui n'ont pas pour habitude de lâcher prise. Connu des autorités américaines depuis les années 70. En cavale permanente. Passé maître dans l'art des identités plastiques, artificielles. Espère trouver à Shreveport l'abri de la dernière chance, en incorporant les rangs de la meute. Tueur de flics et de femmes.
◖◗ Mélancolique. Dans ses bons jours, capable de déceler la beauté dissimulée derrière tous les aspects de l'existence. Amoureux d'Histoire et de littérature, lecteur infatigable de Camus et de Céline.
◖◗ Dérangeant. Par ses regards perçants, par ses paroles sans filtre, par ses rires grinçants : inadapté, mais sympathique, si son interlocuteur s'y prête.

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"L'a pas tellement changé la France.
Passent les jours et les semaines,
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La mentalité est la même.
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Facultés : ◖◗ Faiseur d'histoires. Capable d'inventer mythes et récits sans effort. Charmant ou effrayant tour à tour. Se réinvente sans cesse, personnage protéiforme.
◖◗ Passé maître dans l'art de dissimuler un corps et d'en ôter la vie. Tous les moyens sont bons.
◖◗ Sait comment survivre face au froid, à la pluie, à la grisaille et à la brume, aux mers, aux monts et aux coups bas. Aux morsures, aux traîtrises, aux caresses, aux promesses.
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"Je vais les rues je vais les lieux où on ne m'attend pas. Ceux que je croise au fond des yeux, non, ne me voient pas. Je parle à des gens comme moi qui n'ont l'air de rien. Des esclaves en muselière qui n'en pensent pas moins."

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Mar 31 Aoû - 2:30 (#)


Labyrinth
Il le regarde se relever, d’en bas. Il n’en a pas totalement terminé avec l’analyse du piège. Il devra passer à l’épreuve du toucher, ne serait-ce que pour en éprouver l’aspect superficiel. Au moins, il sera fixé sur un détail parmi tous les autres, au résultat encore nébuleux. Il a entendu les protestations tirées de la vexation, de la part de l’humain. Il prend toujours le temps de répondre, lorsqu’il l’a décidé. L’important, c’était d’abord d’observer le mécanisme de plus près. L’état du bipède passera après. Il parle beaucoup, se précipite, pris sur le fait, dans cette solitude un peu honteuse, ce péril si proche, dont il le tire un peu malgré lui. Tout en l’écoutant pérorer, il ose, enfin, tendre le bout du doigt vers la surface grisâtre. Un effleurement qui ne devrait pas déclencher la fermeture des mâchoires sans vie. Il serre les dents, mesure l’approche de la dernière phalange, et rien ne lui semble suspect. À première vue, pas d’argent ici. Il se méfie encore, même si son instinct lui dicte de ne pas croire en un tour de passe-passe technologique destiné à buter du thérianthrope. Pour autant, lorsqu’il se redresse, c’est encore sans un mot, tout en tendant l’oreille vers le dénommé Ethan, et sa gouaille à la limite du supportable. Pour l’instant, son seul mérite reste de lui proposer le paiement d’un petit festin en guise de remerciement. Peut-être se laissera-t-il tenter ; l’appât du gain. Même si la main qui le touche le dégoûte et manque de le faire reculer brutalement pour y échapper. Il plaque un sourire factice sur ses lèvres, étudié. Il peut servir de guide, oui. Il l’a fait tant de fois, dans diverses circonstances. Celle-ci est novatrice. Nouveau cadre, nouvel homme, et probablement nouvelle issue, pour l’un comme pour l’autre. Il s’est à peine tourné, prêt à fournir enfin quelques réponses à son interlocuteur, lorsqu’effectivement un grondement d’abord lointain, puis plus perceptible, se distingue aux abords de la maigre clairière. Un parfum doucereux, désagréable à ses narines, se propage lentement parmi les senteurs de feuilles presque mortes et de terre humide. La mort est proche. Mais pas la mort qu’on redoute. Pas celle qui menace de frapper sans crier gare. Une vieille odeur de mort. Les loups comme lui la tolèrent à grand-peine, tant leurs sens les a nanti de cette sensibilité parfois handicapante. Ses yeux pers croient voir des silhouettes apparaître, se frayer maladroitement un chemin dans les bois. Tout à sa concentration, il sursaute presque lorsque le faisceau de lumière horriblement criard, blanc et reconnaissable en celui d’un smartphone, révèle enfin ce qui est à l’origine de l’avancée.

L’irritation en lui monte d’un cran, alimentée par son incompréhension, son manque de temps pour assimiler la scène et en deviner l'abominable genèse. Cette fois sans plus prendre de gants, le garou lui arrache son bras, et se tourne vers lui sans ménagement : « Tu es complètement stupide ma parole ? Tu progresses depuis je ne sais combien de temps à l’aveugle avec ton bâton en guise de canne alors que tu avais ton téléphone sur toi et cette fausse lampe de torche à portée de main ? » La froideur des mots n’a d’égale que le calme surprenant avec lequel il les prononce. Ils n’ont pas le temps de rester là, et c’est lui qui s’oblige à son tour à lui empoigner l’épaule pour l’inciter à marcher vers le Sud. « Allez. On s’en va. Et par pitié ne crie pas. Suis-moi et marche là où je marche. » Il le dépasse rapidement, gardant la tête baissée la plupart du temps afin de détecter d’éventuels nouveaux pièges. « Je connais ton nom parce que tu es assez étrange pour te parler à toi-même à voix haute. » Même lui ne fait pas ça. Même lui, dans ses pires moments de délire, a suffisamment de jugeote pour rester muet, ne pas importuner la forêt ou les montagnes avec ses marmonnements inquiétants. « Comment as-tu fait pour survivre depuis tout ce temps ? » La question est réelle, tandis que son buste pivote afin de le quérir de ses prunelles, juste pour l’apostropher. Comment pouvait-on se laisser surprendre par la nuit ? Tout l’annonçait. L’odeur de l’air changeait, la luminosité perdait drastiquement de son intensité, les bruits de la nature évoluaient, eux aussi. « Pour ta gouverne, je n’ai pas de lampe parce que je n’en ai pas besoin. L’habitude. » Il trouve d’autant plus comique de revêtir une tenue largement citadine. Ça l’amuse de laisser gamberger l’humain. Pour un peu, il trouverait presque amusant de se retourner de nouveau et de lui faire voir l’or qui brille, quand la jade s’évanouit. Mais c’est encore trop tôt. Ce serait lui donner les clefs de l’énigme un peu plus rapidement qu’il ne le voudrait. Le voir se tordre les méninges est beaucoup plus séduisant. En attendant, il faut comprendre de quoi il s’agit, plus loin. Il renifle, entre deux palabres, demeure aux aguets, et profite du silence entre chaque réplique pour essayer d’obtenir un renseignement supplémentaire. Peine perdue, pour le moment.

« J’ignore ce que sont ces créatures – et je ne connais pas The Walking… quoi ? J’ai bien une idée mais… Hum, je préfère ne pas m’avancer. On devrait réussir à les contourner, en tout cas. Si elles avaient voulu fondre sur nous, elles l’auraient déjà fait. » Il en oublie de lui révéler son nom. Ce n’est pas grave. Cela contribuera probablement au malaise de l’infortuné, et tant que ce dernier ne fait rien de stupide capable de mettre sa propre vie en danger, il s’en moque comme de sa première chemise. Il soupire, contrarié. Ce n’est pas cette nuit qu’il pourra lâcher les rênes de la bête. « Je n’ai jamais rien vu de tel… Mais nous ne sommes pas très loin de Shreveport, et vu ce qui y pullule… Fais attention. » Il stoppe, pointe du doigt un nouveau piège. Il remarque que rien n’est fait pour le dissimuler. Pas de mousse, de feuilles, de terre… Celui ou ceux qui les ont installé ne comptaient visiblement pas sur l’intelligence de ceux qui devaient s’y laisser prendre. Il retient une pensée méchante à l’égard de son protégé. Il le surveille, contourne l’installation et veille à ce que l’autre ne s’y prenne pas les pieds. Puis, il reprend sa progression, mesurée mais efficace, ainsi que la surveillance de toute source de danger potentiel. « Tu sais te battre ? On doit s’attendre à tout. » Est-ce que ton précieux téléphone fournit une matraque ou un flingue en 3D grâce à une application magique ? « Comment est-ce que tu es venu jusqu’ici ? As-tu les moyens de repartir en ville rapidement ? Tu viens bien de Shreveport ? »

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Le Temps qui reste

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Fear is the mind killer
Ethan Roman
Ethan Roman
Fear is the mind killer
ASHES YOU WERESuspension Ft. Gautièr 17108d3795a212ee3f0bb504818a4fc5

En un mot : Humain
Facultés : Aspirateur à emmerdes
Thème : Ohne Dich / Rammstein
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ASHES YOU WILL BE

Pseudo : Ethan Roman
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Double compte : Salâh Ad-Dîn Amjad // Blanche de Lantins
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Date d'inscription : 22/01/2021
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Sam 11 Déc - 20:10 (#)

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Absorbé par la vision cauchemardesque, et surtout invraisemblable, je n’entends pas la remontrance du gaillard. Le faisceau lumineux est braqué sur les choses qui avancent péniblement. Les créatures sont lentes et maladroites, trébuchant à de nombreuses reprises. Nous ont-elles vues ? Est-ce qu’elles peuvent voir ? J’ai pas l’impression mais j’ai pas du tout envie de vérifier cette hypothèse. En tout cas, dans ma série, si c’était le cas, les cadavres seraient irrémédiablement attirés vers nous, avec la seule volonté de nous bouffer.

Une main ferme s’abat sur mon épaule, me faisant sursauter. Je glapis, à défaut de hurler de terreur, et me retourne vers le bonhomme, heureux de trouver un visage qui ne soit pas rongé par la décrépitude cadavérique. Rapidement, j’éteins mon téléphone en grimaçant.

- Il me reste 2% de batterie, je les gardai pour les cas d’urgences et il me semble que là… c’en est un !

Des consignes sont énoncées. Pas besoin de répéter, je les suis à la lettre, sauf que j’ai pas envie de tourner le dos à ces monstruosités qui tentent de se frayer un passage dans cette flore austère. Et que se passerait-il si tout à coup y’en a un qui décide de cavaler en captant qu’on est de la bouffe ambulante ? Les râles semblent se rapprocher et ils ne viennent pas que de derrière nous. Je tourne la tête et aperçois deux silhouettes se diriger également vers nous. Le devers du terrain est plus important de ce côté-là, rendant la descente plus scabreuse. L’un des zombies dégringole et roule, j’ai presque envie de l’aider à se relever mais en entendant le grognement de la créature, je me ravise immédiatement. Suivant scrupuleusement les pas de mon guide, je reprends la parole, chuchotant à moitié.

- Mais regarde ! Ce sont des zombies, c’est exactement comme dans « Walking Dead » ! T’as jamais vu cette série ? T’as pas la télévision ? C’est LA série du moment ! Par contre, je ne savais pas que ça pouvait exister en vrai.

Un claquement métallique, sinistre, troue la nuit, stoppant net mon avancée. Un monstre est emprisonné, sans exprimer aucune douleur. Il essaye simplement de poursuivre son avancée, tirant sur le piège, en direction de sa proie. Ses yeux disparates fixent quelque chose que je ne peux voir et qu’au final, je m’en fiche totalement. La seule chose qui m’importe pour le moment, c’est de foutre le camp aussi vite que possible et oublier, si c’est dans le domaine du possible, ces machins qui n’auraient jamais dû quitter leurs tombes.

J’écoute les indications précieuses qu’il distille, me prévient d’un nouveau piège que je contourne largement, après avoir évité de justesse de le percuter et poursuit son avancée tout en me bombardant de questions.

- Heu… tu sais, je suis plutôt un pacifiste dans l’âme, moi. Et ça dépend de ce que tu entends par « te battre ». L’image du colosse de l’arène dans le club de Nicola refait surface et je grimace. Disons que je sais bien esquiver… Pas la peine d’entrer dans les détails.

L’orée de la clairière est atteinte, rendant le cheminement plus scabreux. Il fait nettement plus sombre, les rayons argentés de la lune ne se faufilant pas entre les branchages. Alors que je trébuche sur des racines, que je me prends les pieds dans la végétation dense, lui semble sacrément à l’aise.

- C’est quoi, l’habitude ? Tu crapahutes toutes les nuits dans les forêts ou quoi ? Sérieux, mec, j’aimerai être aussi à l’aise que toi ! Et oui, j’ai laissé ma moto sur un parking, au bas de la colline.

Par contre, hors de question que je le laisse filer sans le remercie comme il se doit. J’ai bien l’intention de l’inviter à partager ma table, à moins qu’il n’ait vraiment une raison valable pour refuser de m’accompagner. Une pensée débile me traverse la tête, me faisant frissonner. Si la fin du monde était amorcée ? Si les gens commençaient à se transformer en zombies ?

- Ouais, Shreveport, pour le moment. On verra combien de temps encore. Et toi ? Tu crèches où ?

Les grognements des monstres ne sont plus audibles, me faisant oublier toute prudence même si jamais je n’oublierai les horribles borborygmes. Du coup, je parle à voix haute et de manière bien plus légère, entamant la descente vers la route.

- Dis, tu vas pas me laisser comme une vieille chaussette sur le parking hein ? Ils pourraient venir et me bouffer tout cru. Qui nous dit qu’on est pas les seuls êtres encore vivants à la surface de la terre ? Non mais tu te rends compte si tout le monde s’est transformé ? J’voudrai pas passer pour un couard mais heu… On reste encore un peu ensemble, hein ? Je tiens absolument à te remercier pour ce que tu as fait, t’aurais pu m’abandonner à ces cadavres ambulants… Putain… j’arrive toujours pas à y croire ! T’es sûr que c’était vrai ce qu’on a vu ? Non parce que bon… Je veux dire que c’est juste pas possible quoi, physiquement. Y’a plus de sang qui circule, donc genre les muscles, ben ça peut pas fonctionner, enfin tu vois ce que je veux dire ?

L’odeur de la forêt se dissipe peu à peu, laissant place aux effluves de la civilisation, dite moderne.

- Ah ! Tiens, regarde ! La route ! T’as laissé où ta caisse ? Me dis pas que t’es venu à pieds jusqu’ici, juste pour te dégourdir les gambettes ! Bon, le parking… il est où ? Je crois que c’est de ce côté-ci ! Tu viens ?
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ADMIN ۰ Mignon comme Tchoupi, aussi vnr que Moundir : le Loup d'la Vieille (la chair vivante, c'est gourmang-croquang)
Gautièr Montignac
Gautièr Montignac
ADMIN ۰ Mignon comme Tchoupi, aussi vnr que Moundir : le Loup d'la Vieille (la chair vivante, c'est gourmang-croquang)
◖ INACHEVÉ ◗

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"C'est une histoire de dingue.
Une histoire bête à pleurer."

En un mot : Meursault d'Occident. Sorel d'Amérique.
Qui es-tu ? :
"J'irais bien voir la mer.
Écouter les gens se taire."

◖◗ Homme du pays occitan, dans le Sud de la France. Né au cœur des Pyrénées aux sommets blanchis, entre le soleil et la rocaille du mois de juillet 1898.
◖◗ Loup-garou Bêta condamné à fuir famille et village, jeté sur les voies forestières d'un exil, des frontières d'Espagne aux vallées de Lozère. Voyageur infatigable, jusqu'au Nord de la France et la côte est américaine.
◖◗ Relation d'amour et de haine pour cette France ingrate. Son sang a coulé pour des généraux dont le pied n'a jamais foulé le no man's land de la Grande Guerre. Membre d'un réseau clandestin dans les années 40.
◖◗ Rêveur misanthrope à la philosophie d'un autre temps. Passe sans mal de l'empathie au jugement, de la tolérance au dégoût. Aide lorsqu'il le peut. Tue quand il le doit. Bestiole dans le crâne qui commandite d'étranges désirs.
◖◗ Homme à tout faire : capable de nettoyer les chiottes, de garder un musée, de balayer la rue ou de tenir une caisse. Prédilection pour les postes de serveur, aidé par ses hanches étroites et ses bras solides. Poste d'observation privilégié pour tous les comportements humains et non-humains.
◖◗ Rebut. Incapable de s'adapter pleinement à une meute. Chaque tentative se solde par un échec plus ou moins pénible. Solitaire, se protège derrière la barrière de mensonges qui résistent encore aux outrages du temps. Prétend n'être rien d'autre que la Bête du Gévaudan. S'en convainc parfois, ou bien d'être un descendant.
◖◗ A subi les affres du sang et de la rumeur capable de frapper tous les bourgs et hameaux des campagnes profondes. Accusé de crimes qu'il n'a pas commis. N'a jamais eu l'occasion de racheter son honneur parmi les siens.
◖◗ Ancien amant de Mei Long, poupée chinoise de sang royal. La rencontre entre deux écorchés de la vie, entre deux psychés abîmées, vouées à toutes les folies et aux errances mortifères dans les bois du Maryland.
◖◗ Poursuivi par des flics qui n'ont pas pour habitude de lâcher prise. Connu des autorités américaines depuis les années 70. En cavale permanente. Passé maître dans l'art des identités plastiques, artificielles. Espère trouver à Shreveport l'abri de la dernière chance, en incorporant les rangs de la meute. Tueur de flics et de femmes.
◖◗ Mélancolique. Dans ses bons jours, capable de déceler la beauté dissimulée derrière tous les aspects de l'existence. Amoureux d'Histoire et de littérature, lecteur infatigable de Camus et de Céline.
◖◗ Dérangeant. Par ses regards perçants, par ses paroles sans filtre, par ses rires grinçants : inadapté, mais sympathique, si son interlocuteur s'y prête.

◖BÊTE DU GÉVAUDAN◗

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"L'a pas tellement changé la France.
Passent les jours et les semaines,
Y'a qu'le décor qui évolue.
La mentalité est la même.
Tous des tocards, tous des faux culs."

Facultés : ◖◗ Faiseur d'histoires. Capable d'inventer mythes et récits sans effort. Charmant ou effrayant tour à tour. Se réinvente sans cesse, personnage protéiforme.
◖◗ Passé maître dans l'art de dissimuler un corps et d'en ôter la vie. Tous les moyens sont bons.
◖◗ Sait comment survivre face au froid, à la pluie, à la grisaille et à la brume, aux mers, aux monts et aux coups bas. Aux morsures, aux traîtrises, aux caresses, aux promesses.
Thème : Le Fleuve ◖◗ Noir Désir
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◖MINDHUNTER◗

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"Je vais les rues je vais les lieux où on ne m'attend pas. Ceux que je croise au fond des yeux, non, ne me voient pas. Je parle à des gens comme moi qui n'ont l'air de rien. Des esclaves en muselière qui n'en pensent pas moins."

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Pseudo : Nero
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Lun 30 Mai - 4:29 (#)


Labyrinth
Et il parle, il parle, et il parle encore…
Il commence à regretter de lui avoir sauvé la mise. Il ne pensait pas que des humains pouvaient utiliser leur langue telle une mitraillette, déblatérant sans concessions leurs impudeurs, leurs terreurs, angoisses et étonnements à ce point. Un bavardage incessant qu’il reconnaît bien comme faisant partie de ce qu’il abhorre par-dessus tout, dans cette fantastique ère moderne. Il contient ses soupirs, pourtant. Lui, restera discret sur le fond de ses pensées. Il continue d’effleurer les écorces au gré de leur passage. Attendez-moi. Je n’en ai pas pour très longtemps… Malgré la frayeur temporaire provoquée par les pièges, il n’est pas prêt à renoncer totalement à l’escapade nocturne initialement planifiée. Il ressent toujours ce besoin de courir, de s’ébattre dans la nature rendue à son manteau le plus opaque. Il se contentera d’éviter la zone investie par les créatures titubantes. Encore un peu, et bientôt il trouvera ce qu’il est venu chercher, sans plus avoir à endurer les jacasseries du dénommé Ethan.

C’est bien le ruban de goudron qu’ils aperçoivent enfin. Il observe, prend le temps de se repérer, avant de reprendre une allure soutenue, pointant du doigt par la même occasion la direction du parking – la brise lui apporte quelques très légers remugles d’essence. Il peine toutefois à masquer sa lassitude, et lorsqu’il tourne la tête vers ce qu’il présume être un humain on ne peut plus lambda, c’est un visage plein de commisération qui s’affiche, sans faux-semblant. « Parce qu’en plus tu attendais de moi que je monte à l’arrière jusqu’à chez toi, et que je te borde bien au chaud dans ton lit ? » Un rictus sinistre. « Quand on n’est pas très courageux, on évite de s’aventurer là où les lumières ne brillent pas… » On ne joue pas au héros. On ne tente pas le diable. Le diable est partout. Il guette, n’attend que de vous voir tomber dans une petite cavité, vous tordre une cheville, vous laissant isolé en plein milieu des bois. Lui-même en a entendu, des cadavres en devenir, partis seuls pour une randonnée imprudente, s’apercevant trop tard de leur erreur. On ne revient pas en arrière, une fois au fond d’un fossé, la jambe cassée. Les films et autres émissions survivalistes ont beau se montrer optimistes, partager coups de main et astuces, il n’y a que peu de recours, quand on en est réduit à hurler en désespoir de cause, la faute à trop d’orgueil. Il lui est arrivé de se percher non loin, en hauteur ou à une distance réduite, pour regarder la nature faire son œuvre. Lentement, elle absorbe l’énergie vitale du pécheur, et les cris se transforment en plaintes, en geignements. Puis, en plus rien. Il ne reste alors qu’un cœur trop faible pour battre, et le macchabée retourne à la terre, nourrissant les millions de créatures qu’il était venu défier de son arrogance.

L’humain imagine-t-il vraiment ce à quoi il vient potentiellement d’échapper ? Le Loup ne le croit pas. « Tu dis beaucoup de sottises, en tout cas. C’est la peur qui te fait déblatérer sans arrêt ? Ou c’est une partie intégrante de ta personnalité ? » Il se fiche un peu de la réponse, mais il possède encore suffisamment d’attention pour se hasarder à poser la question. « Je ne compte pas rentrer tout de suite, pour ma part. Désolé. » Il ne l’est pas. « Quant à savoir si ce que nous avons vu est vrai… » Cette fois, le haussement de sourcil est ouvertement méprisant. « Tu vis à Shreveport, là où la Révélation a eu lieu en commençant par les vampires… et tu te demandes si l’existence des zombies est possible parce que leur corps est mort ? » Il secoue la tête. « Non seulement tu déblatères, mais tu manques de logique, garçon. » Il ne connaît pas The Walking Dead. Il ne regarde pas ce genre de choses à la télévision. Il se sent stupide, chaque fois qu’il s’installe devant un divertissement pareil. Surtout seul. Toujours seul. Avec qui partager ce genre de plaisirs oisifs ? La descente se poursuit. Il lève parfois le nez en direction des cieux noirs, comme la Bête l’aurait fait. On peut en apprendre beaucoup sur le climat d’une nuit, rien qu’en s’offrant à tous les stimulis qui pullulent, une fois éloignés du brouhaha urbain. « Je suis venu en taxi. Je rentrerai à Shreveport de la même manière, à l’aube. » Il se fait moins moqueur, précisant avec une pointe de délectation, à le laisser dans l’ignorance. « J’aime crapahuter jusqu’au matin, comme tu dis. Une fois que tu seras parti, je pourrai reprendre le cours de ma soirée. Et tout rentrera dans l’ordre. »

Il marque une pause.

« Tu as eu beaucoup de chance. Tu devrais te montrer plus prudent, à l’avenir. Le monde ne peut toujours se montrer clément avec les innocents comme les simples d’esprit. »

Tu as eu de la chance que je ne t’ai pas anéanti moi-même.
Que je n’aie pas moi aussi contribué au don fait à la terre.
Un crime parfait de plus.


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