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Here we are... again - Nicola

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Fear is the mind killer
Ethan Roman
Ethan Roman
Fear is the mind killer
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Mer 23 Mar - 19:11 (#)

Vautré dans mon canapé, je savoure ce début de soirée bien mérité. La manette de jeu collée entre mes pognes, une canette de bière sur la table à portée de main, accompagnée de chips, cacahuètes et autres biscuits apéritifs, je sens que ce week-end va être juste parfait. En plus, ils ont annoncé une météo exécrable pour cette fin de semaine, ce qui ajoute un petit plus savoureux à rester cloitré chez soi.

Les sons de la rue remontent jusqu’à mon deuxième étage me faisant lever les yeux au ciel. Un rappeur en herbe, c’est certainement installé sous mes fenêtres et donne un concert privé pour ses potes tandis, qu’un peu plus loin, une secte quelconque, munie d’un mégaphone loue les vertus de son église. Vient s’ajouter à cela le clebs qui aboie à tout va, les klaxons, le type du troisième qui se prend pour le roi du bricolage et le mioche du premier qui fait ses dents et chiale toutes les larmes de son corps. Je soupire et me promets de chercher un nouvel appart’ dans un quartier moins bruyant avec des voisins, moins curieux et intrusifs. Et s’il pouvait être proche du garage, ça serait un sacré plus. Pour palier à toute cette nuisance, je me coiffe d’un casque audio, monte le son et pars à l’assaut de Midgard pour rechercher une clef spéciale, le tout sans me perdre dans les limbes d’Yggdrasil. Les coudes sur les genoux, je guide mon personnage avec adresse tout en réfléchissant intensément à la résolution de l’énigme lorsque mon portable s’illumine, me happant hors de mon monde virtuel. Grognant légèrement, je jette un coup d’œil à l’écran et sursaute à la lecture de la notification.

MERDE !!!!

C’est ce soir que j’ai promis à Nico d’aller à son Club pour y passer une soirée avec lui. Heureusement que je me suis mis une alarme… Je n’ai plus une seconde à perdre surtout que je dois passer chez Sergio qui a promis de me mettre une bouteille de premier choix de côté. Avec précaution, je sauvegarde, range les accessoires de la Playstation et éteins le téléviseur pour ne pas être distrait et retenu par un quelconque fait divers.

Je fonce à la douche, qui se trouve sur le palier, croisant les doigts qu’elle soit libre et passe sous le jet tiède. La serviette autour de la taille, je retrouve mes pénates et opte pour un pantalon noir, des rangers imitation Dr. Martens et un pull à capuche blanc. Mes cheveux sont rassemblés sur l’arrière de mon crâne pour former une queue de cheval, puis monté en chignon. Le reflet renvoyé par le vieux miroir, quelque peu déformant, me convient parfaitement. J’attrape ma vieille veste en cuir sombre et jette sur mon épaule mon sac à dos. Faudrait un jour que je révise un peu mon look. Passé la trentaine et je ressemble toujours à ce jeune adulte de 18 ans qui a quitté sa Roumanie natale.

Sur le palier, je salue la porte de Jacqueline qui épie toutes les allées et venues et dévale l’escalier. Au bas de l’immeuble, je croise mon rappeur, affalé contre le mur et profondément enlisé dans des brumes de cannabis. Au moins, mes voisins ont gagné un peu de répit. Un taxi est hélé depuis le trottoir, il hésite, s’arrête et me le fais chiper par une grosse nana qui en plus me fait un doigt d’honneur en montant dans l’habitacle. Dubitatif et résigné, je hausse les épaules et attends une autre voiture qui ne tarde pas à arriver. Cette fois-ci, je suis prêt et grimpe sur la banquette arrière en montrant une adresse griffonnée sur un morceau de papier.

La circulation est dense, comme toujours les vendredis soir. Je sors mon téléphone et entame une partie de Soda Crush, gagnant un niveau lorsque la voiture s’arrête.

- Vous pouvez attendre, s’il vous plaît ? J’ai une commande à récupérer et après on va au Mad Dog.

Le chauffeur me fait signe que c’est d’accord et s’installe un peu plus confortablement sur son siège, abandonnant sa vigilance sur le trafic. La boutique de Sergio est fermée mais le bonhomme est derrière son comptoir, s’affairant à préparer de la marchandise pour le lendemain. Lorsqu’il me voit, il n’hésite pas à ouvrir et m’invite à le suivre.

- Tiens, voilà. Je l’ai emballée dans du papier transparent et j’ai mis du bolduc sur le goulot. J’espère que ça plaira à ton ami. En tout cas, je n’ai pas eu de réclamation d’autres clients, tous ont été ravis. Pour dire, ils reviennent régulièrement même.
- Je te fais confiance, Sergio. Merci beaucoup !

Le travail du commerçant est admiré avant de déposer avec délicatesse, le paquet dans mon sac à dos. Je règle le montant dû et retourne au taxi qui m’emmène rapidement à destination. J’attends que la voiture soit avalée par la circulation pour contourner le club, tombe sur une ruelle sombre et avise une petite porte à l’arrière du bâtiment. Trois coups rapides sont donnés contre le battant qui résonne dans l’espace réduit. Un homme, à la peau aussi foncée que la nuit, ouvre l’huis et me jette un regard dédaigneur. C’est sûr qu’à côté de lui, je fais pas vraiment le poids, j’ai l’impression d’être une crevette maigrichonne qui va se jeter dans l’immensité de l’océan.

- Heu salut… Monsieur Alighieri m’a invité. Je…
- Il est pas dispo.
- Ah bon ? Pourtant, il m’a envoyé un message.

Je plonge ma main dans ma poche afin de sortir mon téléphone quand le gorille en faction dégaine un révolver et le secoue sous mon nez. Je suspends immédiatement ma recherche et lève les mains, sentant mon rythme cardiaque s’accélérer drastiquement.

- Fais pas le con ! T’as aucune chance.
- Appelez Anas ! Il vous confirmera ma venue.

C’est fou comme une arme à feu force tout de suite le respect.

- C’est quoi ton nom ?
- Roman, Ethan… dites lui que le roumain est là.

Maintenant sa visée sur ma poitrine, il appuie sur son oreillette et répète mon nom. Visiblement, il parle à la bonne personne, vu que son arme s’abaisse et retrouve le holster sous son aisselle, libérant aussi ma respiration qui s’est partiellement arrêtée. Moins de trois minutes plus tard, je vois apparaître la tête de Anas dans le minuscule couloir qui mène dans les bas-fonds du club. Cette espèce de grande gigue touche presque le plafond. Tout en longueur, fin comme un fil de fer, son sourire m’accueille avec bonne humeur. Le vigile se déplace en me toisant d’un œil noir. S’il éternue soudainement, je sais que je vais sursauter malgré la présence de l’oriental.

- Sois, le bienvenu, Ethan Roman le Roumain. Je suis content que tu aies pu te libérer, Nicola va être heureux de te voir. Je crois qu’il a prévu un truc pour toi.
- Salut Anas…, juste Ethan, ça suffira hein.

J’hésite devant le couloir. Les murs sont si étroits et le plafond me semble terriblement bas. Je sais qu’il ne s’agit que de quelques minutes mais c’est difficile pour moi de traverser cet endroit exigu. La porte se referme, nous sommes dans le noir total. J’inspire profondément et avance en fermant les yeux, ce qui ne sert à rien et qui est profondément débile, mais ça m’aide. Les odeurs affluent bien avant le brouhaha, transpiration, sang, bière et autres effluves que je sais attribuer, un joyeux mélange pour un endroit terrible. La porte s’ouvre et soudain, mon espace devient assourdissant. On ne me remarque plus comme la première fois, je suis juste un humain, suivant la grande perche de Anas qui me mène jusqu’au coin VIP, réservé à Nicola.

Un sourire sincère illumine mes traits à la vue du vampire. J’oublie sa nature, c’est juste un ami, mon Meilleur Ami. Je me fous des convenances ou des us et coutumes qui l’entourent. J’efface la distance qui nous sépare et lui offre une accolade franche et virile, comme on le ferait chez moi.

- Salut mon « vieux » ! J’suis ravi d’être là ! Je recule d’un pas et fais pivoter mon sac sur ma poitrine. Tiens, je t’ai apporté un petit quelque chose. Je sors une bouteille, format vin rouge, et la tend au Caïnite. Il paraît que c’est un grand cru… prélevé sur ce qui se fait de mieux. J’espère que cela te conviendra. Je n'ai pas goûté... tu comprends pourquoi, hein.

Imitant Anas, je m’assieds dans le canapé moelleux, offrant une vue imprenable sur l’arène.

- Alors ? Comment tu vas ? Ca roule les affaires ? Pourquoi tu m’as fait venir ici ?
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« “Le regole sono per i bambini. Questa è la guerra, e in guerra l’unico crimine è quello di perdere.” Joe Abercrombie »

- « Juste une fois, est-ce que c’est possible de me trouver quelqu’un à la hauteur ? - demande Nicola après avoir poussé un soupir à fendre l’âme. Il retire lentement les bandages qui protègent ses jointures, qui ne sont pas tâchés de son sang.
- « Sérieusement ? Nicola, tu as huit-cents ans d’entraînement derrière toi ! - lui répond vertement Anas, manifestement à bout avec ce vieux vampire qui se la joue chaque fois que c’est son tour de se donner en spectacle. - Où veux-tu qu’on trouve quelqu’un qui aille ? Et t’imagines l’annonce ? On a déjà de la chance d'avoir des gens qui reviennent !
- « Merde, c’est du corps à corps, ça devrait être trouvable un vampire capable de se battre au corps-à-corps, je ne demande pas grand-chose ! »

Son entourage proche baisse la tête de concert, dans un ensemble déconcertant. Les quatre hommes et la femme qui le composent sont habitués au caractère soupe-au-lait de l’Italien. Lorsqu’il prend ce ton, mieux vaut filer doux. Ne surtout pas attirer l’attention sur soi. Personne ne veut devenir un exutoire. Côtoyer cet homme est une sorte d’exercice pour équilibriste : il s’agit d’être capable de lire dans les intonations et les micro-expressions de l’antiquité pour anticiper les colères. Si on y arrive, Nicola est facile à lire. Si on n’est pas un minimum empathique… Les déferlantes entraînent et détruisent tout sur leur passage.

Et ce soir, Nicola est particulièrement sur les nerfs. Quelque chose semble le tracasser, mais personne n’a encore su deviner quoi exactement. Il ne veut pas en parler. Ce n’est probablement pas quelque chose qui concerne de simples humains comme eux, dans ce cas, et ils ne veulent pas savoir ce qui peut tracasser un vampire de huit siècles avec un passé de mercenaire. C’est prudent de leur part.

Torse nu, simplement vêtu d’un short de boxeur, cette antiquité vivante se laisse tomber sans façon sur la banquette du sofa bleu nuit. Tom lui tend une bouteille Thermos, dont l’intérieur n’est pas visible. C’est pour préserver leur sensibilité d’humain, Nicola leur a-t-il dit. Ils savent tous très bien ce qu’il y a dans cette bouteille, mais pas l’origine. Et finalement, là encore, a quoi leur servirait de savoir ? Il y a des vérités dont ils peuvent se passer.

- « C’est diablement ennuyant… Cette ville est pourtant bourrée de vampires… Et pas un ne veut m’affronter en combat à la loyale ? Comme c’est ennuyant…
- « Tout le monde a peur que tu changes d’avis en cours de route. - répond alors honnêtement Janet, culturiste depuis dix ans, sans lever la tête de son téléphone portable. Nicola fronce les sourcils et se redresse sur un coude. Anas profite d’une sonnerie pour s’excuser et quitter la pièce.
- « Comment ça, que je change d’avis ? Tu me trouves inconstant ?
- « Eh bien… Ce n’est pas le mot que j’aurais choisi. Imprévisible plutôt ?
- « Je ne les réduis pas en pièces, Janet.
- « Le dernier a failli perdre un œil suite à ton acharnement. »

Maintenant, Nicola est assis, ses coudes sur ses genoux, son regard bleu focalisé sur Janet, qui finit par timidement relever le sien.

Elle aurait du fermer sa gueule. Et elle sent que les trois autres hommes sont entièrement d’accord avec cette constatation, sans même qu’ils aient à parler. Heureusement, elle a des couilles, elle. Alors maintenant qu’elle a lancé la bombe, autant assumer.

- « Tu as démis les bras de l’avant-dernier. Celle d’avant, tu lui as cassé les deux jambes. Au bout d’un moment, faut pas t’étonner que personne ne souhaite plus relever le défi : personne ne s’engage dans quelque chose en se sachant déjà perdant. C’est comme jouer au loto.
- « Y’a plein de gens qui jouent au loto. Et 100 % des gagnants ont joué.
- « Tu m’as comprise. Et y’a carrément plus de chance de gagner au loto que de gagner contre toi.
- « Tu ne veux pas essayer ?
- « Ahaha, et puis quoi encore ?! - s’exclame-t-elle en riant, incrédule face à sa proposition. - Je suis un garou, j’ai un très bon instinct de survie. Je refuse catégoriquement de me retrouver en face de toi dans la cage. »

L’honnêteté brute de la culturiste fait pencher l’humeur de Nicola du bon côté.L’atmosphère s’allège immédiatement, au grand soulagement de toutes les autres personnes dans la pièce. Il se rallonge en riant, après avoir pris une gorgée de sa bouteille.

Et Anas revient, flanqué d’un nouveau venu. Un barbu, aux yeux très bleus lui aussi, qui ne paye pas de mine à première vue. Les humains l’observent avec méfiance alors que Janet tente de replacer son visage. Celui-ci à l’air d’être familier avec Nicola. Il s’est levé pour l’accueillir d’ailleurs, ce qui détend immédiatement le public restreint.

Nicola rend l’accolade virile avec une certaine douceur, conscient qu’il pourrait broyer la cage thoracique de son ami aisément. Ethan a bonne mine. C’est agréable de le voir serein et détendu. Et il a eu le bon goût de venir avec un cadeau ! Le vieux saisit la bouteille avec grâce, lit l’étiquette et hoche la tête de manière appréciative. Un bon cru, effectivement. Il aurait aimé le partager, mais son entourage y serait peu sensible.

Anas reprend sa place près de Janet, et il est rapidement imité par le nouveau venu. Tim l’observe encore avec curiosité, alors que les deux autres hommes échangent des messes-basses. Ça ne gêne pas le Roumain, qui enchaîne avec son enthousiasme caractéristique.

- « Les affaires vont bien, merci Ethan. Laisse-moi te faire les présentations avant de t’informer : Anas, que tu connais déjà, et à qui tu dois une bière. Janet, fleur parmi les hommes. Tim, ancien boxeur, Aaron, son ex-entraîneur et Dylan, chargé de cargaisons… Spéciales. »

Chacun salue Ethan avec plus ou moins de chaleur. Le plus vieux, Aaron, reprend aussitôt ses messes-basses en échangeant rapidement avec Dylan. Tim choisit de se lever et d’appuyer son épaule contre un mur. Et finalement, il reconnaît Ethan.

- « Oh ! T’es le mec qui a détruit le favori du patron l’autre fois ! La vache, je ne t’aurais pas reconnu, t’avais la gueule détruite la dernière fois. Heureux de voir que t’as bien été réparé.
- « Le patron a eu du nez. - s’amuse Janet en donnant un coup de coude joueur au barbu nouveau venu.

Nicola lui lance un clin d’œil.

- « Et ce soir, je te propose cette fois-ci d’être parmi les spectateurs. J’ai un match qui m’attend. Une revanche. Ça devrait être intéressant, et qui sait, peut-être que cette fois-ci, tu voudras tenterle Hasard contre moi ?
- « Le fait pas. - lui souffle immédiatement la femme à l’oreille, pas très discrètement. - L’est pas de meilleure humeur ce soir. »
- « Oh Janet… Je sais me tenir. »

Tout le monde dans la pièce pense immédiatement les mêmes mots.

C’est faux.


Codée par Eli-Ls

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Ethan Roman
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Dim 17 Avr - 20:25 (#)

A l’instar de ma première visite, où je me demandais carrément ce que je foutais dans cette bauge, je me sens totalement à ma place. Certes, je ne connais pas encore toute la smala de Nicola mais après une bonne soirée passée en leur compagnie, je ne doute pas que cela sera chose faite. Anas est un chic type au final, j’ai pas l’impression qu’il se prenne la tête. Il vit dans le sillage du vampire, sans que je sache véritablement ce qu’il y fait. Les autres non plus d’ailleurs. Je me doute bien qu’ils œuvrent la journée, gérant les affaires de mon ami. Ca me fait penser, qu’il faut absolument que j’aborde le sujet du garage même si je sais pas très bien comment amener la discussion sur ce terrain. La perspective que Nico devienne le propriétaire du Silver Tools et par extension mon patron, me fait marrer intérieurement. Mais j’avoue que ça serait quand même sacrément sympa de coopérer avec lui. La notoriété de l’établissement est bonne, en plus avec les échos que Dana a laissé sur le net, le chiffre d’affaires commence à grossir et la clientèle est de plus en plus nombreuse. Y’a même des jours où je suis obligé de refuser du monde. Je relègue ce point dans un coin de mon esprit et me concentre sur les différentes personnalités que l’Eternel me présente.

A l’évocation de la bière, je souris, abaisse la tête humblement, déposant ma main sur mon torse. Quelque part, si je n’avais pas percuté cette grande chose longiligne, jamais je n’aurais connu Nico. C’est bien plus qu’une pinte que je lui dois. Cette amitié, aussi étrange puisse-t-elle être, a été terriblement bénéfique pour moi.

- Prochaine tournée, c’est pour moi. Et pas que pour Anas, pour vous tous.

Peut-être que les deux gars du fond arrêteront du coup de blablater dans leur coin. Une impression étrange mais que trop bien connue m’inonde. Je suis l’intrus, une fois de plus, mais c’est devenu monnaie courante dans mon existence. Peu importe si ma présence les contrarie, je ne suis pas venu pour eux, ils devront faire avec.

Saluant tour à tour chaque protagoniste, je souris au dénommé Tim qui, sous une soudaine impulsion se souvient de mon passage.

- Oui enfin, c’était un coup de chance. Une occasion s’est présentée, je l’ai saisie.

Aucune fausse modestie ne se cache dans mes paroles, je suis plutôt mal à l’aise. J’ai échappé, je ne sais toujours pas comment, de me faire broyer par cet espèce de géant, armé de biscoteaux démesurés, grâce à un réflexe sortant de nulle part, le tout dans une semi-conscience. La petite Nénette joue des coudes, il se trame quelque chose. Je ne sais pas quoi, mais ils ont tous l’air d’être au courant d’un truc qui m’échappe. Nicola prend la parole, mettant un terme à mes spéculations internes. J’élève un sourcil ne comprenant pas très bien l’enjeux proposé par mon ami.

- Tu veux que je parie contre toi ? C’est ça ?

Une blondinette vêtue du strict minimum se pointe dans l’enclave du Seigneur des lieux, un plateau à la main, s’inquiétant des multiples verres vides séjournant sur la table basse. Levant la main, je lui fais signe de remettre la même chose à chacun ajoutant une pinte pour moi. A travers les hurlements d’encouragement, elle me tend un sourire en abaissant ses longs cils, me faisant comprendre qu’elle s’occupait de la commande. La serveuse tourne les talons, me laissant admirer en toute impunité, sa magnifique chute de rein. Quelque peu étourdis par cette vue purement provocatrice, je me tourne vers le vampire et secoue énergiquement la tête.

- T’es dingue ou quoi ? Je ne parierai pas un seul Leu sur ton adversaire. Tout le monde le sait ici. Tu es imbattable ! Mais par contre, je veux bien voir comment tu te bats.

Se penchant légèrement en avant, Janet pose une main délicate sur mon genou, réquisitionnant mon attention. Son index, solitaire, s’élève de son poing et s’agite de manière négative dans l’air. Son regard est chaud mais la malice pétille au fond de ses prunelles. Lentement, elle secoue la tête et m’attire vers elle afin de murmurer quelques paroles à l’oreille.

- Je ne suis pas certaine que tu aies compris l’enjeux, mon cher. Tu ne dois pas parier, mais combattre… contre lui.

Je me redresse rapidement, émets un gloussement, son qui pourrait vaguement s’apparenter à un dindon qui glougloute et les regarde les uns après les autres. Toute la troupe est suspendue à mes lèvres, attendant ma décision finale. Totalement déboussolé, je ne sais pas si je dois rire ou pleurer. Est-ce une plaisanterie ? Ai-je manqué la chute de la blague ?

- Heu…

Pour une fois, les mots me manquent ne comprenant pas pourquoi une telle proposition m’est faite. Les boissons sont déposées devant chaque convive, je ne remarque même plus les formes avantageuses de la miss, totalement absorbé par les mots qui tournent dans ma tête. Machinalement, je saisis ma choppe, la lève en direction de Anas et en prends une bonne lampée.

- Mais pourquoi tu veux que je me batte contre toi ? Nous savons tous les deux qu’une simple pichenette de ta part m’enverra valdinguer à l’autre bout de l’arène, si elle ne me tue pas avant… Tu sais, si tu veux te débarrasser de moi, y’a des moyens plus simples de le faire.

La main griffue ayant mis en pièce la marionnette lors d’une précédente sortie me revient en mémoire, me faisant frissonner. C’est idiot, totalement irréaliste. Finalement, je ris de bon cœur, secouant ma crinière.

- Vous me faites marchez, les gars. Vous avez presque réussi. Allez mon coco, ma main se pose sur l’épaule du caïnite dans un léger claquement. Va te faire plaisir en te roulant dans la sciure. Je bouge pas d'ici et je te mettrai une note, promis, je ne serai pas trop sévère.

Totalement détendu, je prends une bonne gorgée de bière et m’installe confortablement au fond du canapé, posant une cheville sur mon genou, sans me défaire de ma bonne humeur.

Il s’agissait bien d’une plaisanterie… n’est-ce pas ?
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La capacité d’adaptation du trentenaire est tout bonnement surprenante. Nicola l’observe plaisanter et s’installer parmi les membres de cette énième clique avec une désinvolture épatante, allant même jusqu’à commander une petite bière. Il n’a peur de rien, semble-t-il. Ou ne calcule tout simplement pas le danger.

Janet a la bonté de le corriger. On mettra sa méprise sur le compte de la tenue aguicheuse de la serveuse qui vient d’apporter les commandes du petit groupe. Dévoilez un peu de peau à des endroits stratégiques, et voilà que les clients vous mangent dans la main tout en remplissant le tiroir-caisse du bar. Astucieux. Une fois que la lumière s’est faite dans le crâne du Roumain, voilà qu’il écarte cette opportunité d’un revers de main, comme si on lui demandait s’il voulait des glaçons avec sa bière. Nicola se vexe.

- « Je te proposais de voir un de ms matchs avant que tu ne te retrouves devant moi sur le ring. Tu sais, pour avoir un avantage. Mais si tu as peur de te faire ridiculiser… - il hausse les épaules, faussement nonchalant. - De toute manière, je ne comptais pas te rendre tes coups. Tu serais réduit en morceaux en quelques secondes, et ça n’aurait rien de divertissant, ni pour l’assemblée, ni pour moi. »

Le vieux se fend d’un sourire hypocrite, que tout son entourage juge malsain. Mais il exerce une étrange fascination sur ceux qui le côtoient, qui sont donc prompts à outrepasser le malaise qu’il leur inspire dans l’espoir d’assister à des choses extraordinaires. C’est comme s’asseoir près d’un prédateur, seulement séparé d’une barrière de verre. Théoriquement, il ne devrait rien se passer. Pourtant, ce frisson de méfiance inquiète est là, à la base de la nuque, suscité par le cerveau reptilien qui se doit de garantir la survie d’un hôte, peu importe le score de son Q.I..

- « J’ai un adversaire plus ou moins volontaire avant toi ; elle a été transformée récemment, il faut l’aider à maîtriser sa Bête. Les humains ne craignent rien, je suis là. Et moi… Je suis un bon pédagogue. Il faut voir ça comme un rodéo.
- Un bon dresseur, tu veux dire… - grommela une voix masculine dans le fond de la salle, sans oser affronter directement le vampire.
- Tu ne me fais pas confiance ? - la question est sans détour, typique de Nicola. Aaron pousse un long soupir avant de se lever.
- Si, bien sûr…
- Mais ?
- Ok. Merde Nicola, j’ai les foies. J’ai pas envie d’être aux premières loges et de servir d’appât pour jeune vampire assoiffée. Et si la cage tient pas, hein ? Si elle te prend de court ? Nous, on ne sera pas assez rapide pour décamper fissa, et encore moins capable de riposter. Et toi, t’es pas ce qu’elle cherchera à grailler. »

Aaron reste debout, courageux jusqu’au bout. Nicola pince les lèvres et se frotte le menton. Il peut comprendre d’où vient cette angoisse. Elle est légitime.

- « Merci pour ton honnêteté. Quelque d’autre partage le même avis ? - trois mains se lèvent timidement : Tim, Anas et Janet. - Bien. Alors restez-là. Ethan, libre à toi de choisir ton point d’observation. »

Il ne se formalise pas de ce doute envers ses capacités. Au contraire : il juge cela plutôt intelligent. Pas étonnant que cela vienne de ces trois-là, leur prudence est louable. Effectivement, qui pourrait prédire les réactions d’un Nouveau-Né laissant carte blanche à sa Bête ?

Personne, pas même un vampire expérimenté. Est-ce que la foule sortira indemne de cette rencontre ? C’est un pari risqué. Juste le genre qu’il aime.

C’est un peu égoïste de sa part, puisque lui ne risque rien.

L’antiquité attrape ses bandages de boxe et commence à les nouer pensivement, exécutant les gestes avec facilité pour les avoir cent fois répétés. Cherche-t-il à avertir ainsi Ethan du fossé qui les sépare ? La rencontre malodorante de la goule ne lui est pas sortie de l’esprit : l’humain doit comprendre qu’en restant dans son entourage, il risque sa peau. Simplement parce que, éventuellement, lui aussi, malgré son contrôle sur sa Bête, il pourrait se jeter sur lui pour s’abreuver en ressentirait-il le besoin intense. Ethan a beau avoir perdu un membre de sa famille aux crocs d’un vampire, il continue à rechercher sa présence. A l’appeler « ami ».

Il doit ouvrir les yeux sur ce dont est capable Nicola.

Peu importe si cela le terrorise au point de ne plus jamais vouloir le revoir.

- « La bière est bonne ? » - demande-t-il d’un ton léger, terminant d’enrubanner sa main droite. La main « faible ». Les habitués ont-ils remarqué cette faiblesse ?


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Mer 15 Juin - 14:21 (#)

Détendu et heureux d’être du bon côté du publique, je sirote ma bière lorsque le visage de Nicola se chiffonne. Aurais-je heurté la bienveillance de l’Eternel ? Immédiatement mes muscles se contractent et j’abandonne la posture nonchalante en me redressant pour écouter attentivement sa réplique.

- Non attends !

Je secoue intensément la tête, hors de question de me fâcher avec lui. L’amitié que je lui porte est sincère et bien trop importante à mes yeux pour que je lui refuse quoi que ce soit. Les soirées passées en sa compagnie ont toujours été fantastiques, même si parfois un peu étrange. Je ne compte plus les heures de discussion qui se sont écoulées, celles où il me parlait de son passé, où il a appris le mien.

- Nicola, s’il te plaît, écoute-moi. Je n’ai pas compris ce que tu me proposais mais très bien, j’accepte, je relève ton défi.

Sous mon crâne s’impriment, quelques images, sorties d’une autre époque, j’imagine le caïnite vêtu d’une culotte enfoncée dans de grande botte en cuir, réhaussé d’une chemise à jabot et recouverte d’une longue veste en brocart, me giflant à l’aide d’une paire de gant en cuir fin. La bière perd soudainement de sa saveur, laissant un goût âcre planer sur ma langue. Je n’ai aucune envie d’affronter Nicola et encore moins de lever la main sur lui, surtout connaissant ses atouts. J’espère juste qu’il ne va pas prendre cette forme de lambic ou de je ne sais quoi quand il s’est faufilé dans le garage.

Il poursuit sa tirade, ce n’est donc plus une proposition, c’est un fait. Il a clairement décidé que nous nous retrouverions dans l’arène. Je soupire, profondément, élaborant vainement quelques esquives suivies d’une riposte minable. Jamais je ne parviendrai à le toucher, c’est une évidence, la partie est perdu d’avance. Pourtant la voix de Vasili résonne dans ma tête, suivie de celle de ma tendre Garance. « N’abandonne jamais et surtout pas avant d’avoir débuté le combat ». Ce ne sont peut-être pas les mots exacts qu’ils ont prononcés, mais ça résume bien leurs conseils.

Les craintes exprimées par Aaron viennent à peine effleurer les miennes. Les insinuations sont claires, limpides même. Sans compter que la clique de l’Eternel a de l’expérience et seront, en cas de problème, plus prompt au mouvement que moi qui, serait sans défense face à la menace. La cage n’a pas l’air bancale, loin de là, au vu de tout ce qui se passe dans l’arène. Mais j’ai surtout confiance en Nicola, c’est l’homme de toutes les situations, même si, pour le coup, de le retrouver dans la sciure, me fait froid dans le dos. Toutefois, les dires de l’humain font naître des questions. J’hésite une seconde puis me lance. Ne suis-je pas au meilleur endroit pour avoir des réponses ?

- Aaron, je me retourne sur mon assise, cherchant à capter son attention et celle des autres. Quel est le danger d’un jeune vampire ?

Mon regard clair passe d’une personne à l’autre, finissant par s’échouer dans celui, similaire au mien, de mon Ami. Je sais que ma demande peut paraître naïve, presque enfantine, mais je n’ai jamais pris la peine de me renseigner sur les capacités des êtres nocturnes, jeunes ou vieux. Déni ou refus inconscient, je ne saurai le dire et surtout je m’en fiche. J’apprends sur le tas et grâce à mon pote de huit cent ans, mes connaissances s’élargissent rapidement. Je m’en fiche de passer pour le crétin de service, ils vivent dans le sillage d’un gars né aux alentours du treizième siècle, donc, oui, ils doivent tout connaître sur les us et coutume des morts-vivants.

Haussant les épaules, j’essaye de trouver un « coin » plus sécure. Si une furie parvient à sortir de l’arène, je ne donne pas cher de qui que ce soit dans la salle. Autant rester le plus proche de celui qui est le plus à même de me protéger.

- Je vais me rapprocher, histoire de pouvoir bien observer tes feintes et attaques. A défaut de savoir me battre contre un vampire, je saurai à quoi je dois particulièrement faire attention. Bien que… vu la vitesse à laquelle vous vous déplacez… Je sens que ça va être compliqué.

Une peur sourde grandit dans mes entrailles, telle une anguille, louvoyant entre mes omoplates. J’ai pas envie de me retrouver au sein de toutes les attentions, de lever la main sur cette personne que j’apprécie véritablement. Refuser est un affront, accepter est contre nature. Et si je prenais simplement la fuite ? L’amitié perdurerait-elle ?

Je quitte mon assise avec le besoin de me dégourdir les jambes, la nécessité de faire quelque chose, ne pas rester statique. Chopine en main, je passe à côté du caïnite et souris à sa question. Dos tourné à sa cour, voilant ainsi et mon geste et mes paroles, je lève les yeux vers lui, une pointe de défi plantant dans ma voix et dans mes pupilles. Présentant mon poignet, je chuchote.

- Excellente ! Tu veux goûter ?
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Dim 21 Aoû - 20:43 (#)



Il piaccere è tutto mio, cara mia

« “Le regole sono per i bambini. Questa è la guerra, e in guerra l’unico crimine è quello di perdere.” Joe Abercrombie »

Nicola sourit, satisfait d’avoir triomphé des réticences de son ami humain.

Il termine de se protéger les mains. Le ruban rouge détonne terriblement sur la pâleur de sa peau. Sur ses bras nus, on voit clairement les chemins entrelacés des veines où circule un sang fait de plusieurs autres. Un sang qui n’est qu’une imitation de celui qui coulait autrefois dans ces mêmes veines, huit-cents ans plus tôt.

Ethan se rapproche de lui, bière à la main. Il l’observe avec flegme. Avec le temps, le goût de la bière est un vrai mystère pour lui. Et quand bien même il s’en souviendrait, il serait probablement différent de celui de cette bière du XXIe siècle. Un hochement de tête accueille le verdict d’Ethan et alors qu’il pense s’en tenir à là, le voici qui lui tend son poignet. Nicola a un rire bref.

- « Dis-moi, pour un gars qui m’assurait qu’il faudrait que je le tue pour goûter son sang, je te trouve de plus en plus à l’aise avec l’idée ! » - il saisit le poignet tendu et dégaine ses crocs. Lentement, il perce la peau fine, y fait perler le sang, jette un coup d’œil à l’humain. Nul doute qu’il jouait simplement avec le feu. Ethan a tendance à vouloir tester les limites, c’est amusant. Et qui est-il pour lui en imposer ?

Alors il goûte ce sang qu’il promettait ne jamais lui offrir. C’est déjà la deuxième fois.

Sous les yeux de la petite assistance, Nicola prend plusieurs gorgées. Pas trop, car il ne voudrait pas qu’Ethan tourne de l’œil. C’est un petit plus avant le combat qui l’attend, quelque chose pour le mettre en jambes, comme on dit. Puis il relâche le bras de son ami et se passe la langue sur les lèvres.

- « Excellent. Je ne te propose pas de goûter. »

L’effet est toujours immédiat, avec le sang. Il sent son cœur accélérer le rythme et une douce chaleur envahir son corps. Ses jointures semblent plus souples, ses muscles plus réactifs. C’est comme un shot d’adrénaline. Qu’est-ce que c’est bon !

- « Bon, puisqu’Aaron ne t’a pas répondu…
- « J’allais le faire.
- « Oh, loin de moi l’idée de te couper l’herbe sous le pied dans ce cas ! Vas-y.
- « Les jeunes vampires sont plus… agressifs que les vieux. Plus rapides aussi, on sent qu’ils en ont dans le moteur. Ils ne sont pas plus forts, et l’agilité varie en fonction des individus, mais ils sont vicieux. Et y’a toujours un moment où ils lâchent prise.
- « Ils libèrent la Bête. Oh, j’ai toujours détesté cette phrase, c’est vraiment cliché. - Nicola secoue la tête et commence à sautiller sur place. - Ils seront prêts à tout pour trouver du sang. D’où toutes ces protections autour de la cage, pour éviter des pertes parmi le public. »

Il dit ça d’un ton si léger, pensent tous les humains de la salle, avec un peu de rancune. C’est facile pour lui. Même s’il risque de sérieuses blessures en entrant dans cette cage. Apparemment, il aime bien aider les Nouveaux-Nés à dompter leur Bête… ça lui donne une belle occasion de se donner à la hauteur de ses capacités.

Le vieux vampire offre un sourire à l’assistance et une tape dans le dos au Roumain, puis pénètre dans la cage. Derrière lui, des mécanismes s’enclenchent pour garantir la sécurité totale du public en condamnant temporairement les accès au ring. Les grandes vitres sont renforcées. Il y a une zone de sas qui entoure le ring en lui-même.

Nicola attend, s’étirant avec nonchalance, adressant des saluts aux gens venus assister au combat. Finalement, au bout de deux minutes, apparaît une femme dans la trentaine, d’origine indienne. Elle porte des protections aux coudes et aux genoux, ainsi qu’au buste. Elle a l’air extrêmement mal à l’aise.

L’antiquité s’approche d’elle les bras écartés et l’accueille avec un sourire bienveillant. Le public ne peut pas entendre leur conversation, mais lorsqu’il retourne à sa place, la femme à l’air un peu plus sereine.

La cloche du début de combat retentit.

Nicola reste à sa place, les mains dans le dos, pendant que son adversaire semble en proie à une lutte intérieure. Lentement, elle se recroqueville sur elle-même, les mains sur la tête. L’Italien lève ostensiblement les yeux au ciel et lui lance ce qui doit être une provocation, puisqu’elle se redresse, les yeux luisant de colère, les crocs à découvert, et se jette sur lui.

C’est bestial et violent. La violence des coups fait trembler les vitres renforcées lorsqu’ils se projettent contre. Le choc des poings qui se rencontrent se répercutent autour d’eux dans un bruit sourd, qui fait grincer des dents le public. Personne ne voudrait être à leur place dans ce ring.

La Nouvelle-Née est rapide, bien plus mobile que Nicola, mais elle s’épuise inutilement, à jouer au chat et à la souris. Les coups de son adversaire font mouche régulièrement, et ils ont un effet dévastateur. Les protections des genoux ont tôt fait d’être arrachées, puisque inutiles : elles bloquent les mouvements plus qu’elles ne protègent.

Le but de Nicola est simple : l’empêcher de bouger suffisamment longtemps pour la mettre K.O..

Et il finit par y arriver. Il la saisit au vol par le cou et la plaque violemment contre le sol. Les vitres tremblent comme si un séisme avait eu lieu. Elle se débat avec férocité, griffant tout ce qu’elle peut, donnant des coups de pieds vicieux, mais rien n’y fait contre la poigne de l’antiquité.

Un coup de coude assomme la Nouvelle-Née proprement.

Et juste comme ça, Nicola se redresse, fait la moue en roulant son épaule droite, puis retourne vers ses humains.

Ses griffures se referment à vue d’œil.

Il est accueilli par un silence éloquent.

Sans un mot, puisque de toute manière le son est bloqué, il fait signe à Ethan de le rejoindre, tout sourire.

Personne n’a envie d’être à sa place.


Codée par Eli-Ls

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Fear is the mind killer
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Ven 9 Sep - 18:27 (#)

Plaisanteries et ambiance plus légères avant la mise à mort ? Je porte mon verre à mes lèvres, mon regard bleuté plongé dans celui de Nicola. Il n’a pas la moindre hésitation, aucun nuage ne traverse l’azure de ses pupilles. Déjà ses doigts se referment sur mon bras pour l’attirer vers ses lèvres. Avec fascination, je le regarde dévoiler ses crocs. Ma conscience hurle, se débats et jure mais je ne bouge pas. Je le regarde percer ma peau. Des gouttes carmine s’échappent, elles fuient mon cops que j’ai promis de protéger contre ses êtres non soumis au sablier du temps. Nos âmes se croisent, il sait que ce n’était qu’un jeu, je sais qu’il le ferait. Jusqu’où suis-je prêt à aller ?

Ancré dans mon poignet, j’inspire la bouche ouverte. L’euphorie vient troubler ma contrariété, une douce chaleur chasse la sueur froide. Aucune révolte ne bouscule ma conscience. J’apprécie, j’aime, je savoure l’ivresse qui m’envahit. Un hoquet silencieux s’échappe. Est-ce la surprise du geste qui n’a eu aucune hésitation ou le constat de la béatitude qui me submerge. Mais déjà il se retire, trop vite, trop court. Hébété par la bousculade des sentiments contradictoires, je reste immobile, figé par l’expérience bien trop plaisante. L’envie de recommencer est déjà là. Je hais cette tentation naissante.

La voix de Nicola me pousse hors de ma torpeur. Rageur, je ramène mon bras vers mon corps qui baigne encore dans un bien-être hors du commun. Sans même regarder la plaie, je fourre ma main dans ma poche, hausse les épaules et réponds avidement.

- Non, ca va aller ! Pas de commentaire ! On en reparlera… un jour… peut-être…

Il change de sujet, heureusement. Efface ce moment gênant, ce trou dans le temps, qui n’a pas existé et qui, pourtant, perdurera à tout jamais dans ma mémoire. Ça m’apprendra à vouloir jouer avec le feu. A présent, je sais. Je comprends. Et j’en veux encore.

Attentif à ses paroles, j’écoute, presque gêné d’entrer dans ce monde que je réfute à grands cris. Je hoche la tête, sans réellement savoir à quoi m’attendre. Comment peuvent-ils être encore plus rapides, mon œil d’humain lambda ne va même pas percevoir les mouvements. Sadiquement et pour ce qui s’est produit il y a quelques minutes, je souhaite intérieurement que Nicola se prenne une rouste. Idée tout de suite niée, je ne veux pas qu’il souffre, je veux qu’il en ressorte vainqueur. Je me déteste d’évoluer dans ce monde empli de contradictions. Mon attachement envers ce vieux vampire est réel, tout en exécrant sa nature d’immortel.

Qu’est-ce qu’une Bête ? Je ne suis pas à l’aise avec ce vocabulaire qui m’est étranger. J’aimerai avoir plus de temps pour comprendre, mais Nicola a déjà l’esprit tourné vers le combat. Je pourrais demander à Aaron ou aux autres, mais je souhaite assister ce quoi je dois m’attendre. Un long frisson parcourt mon échine. Et si le nouveau-né avait raison de l’Ancêtre ? Qu’il parvienne à sortir de la cage, le carnage serait immédiat. Que faire, rester près de l’arène ou au contraire trouver un endroit éventuellement salutaire ? Je veux voir. Je veux voir ce que mes yeux d’humains me permettent de voir.

Aucune animosité plane dans leur regard. Des paroles sont échangées, inaudibles pour le public. Mon Ami est serein, elle, nettement moins, même après les quelques phrases délivrées par l’Aîné. Cloche qui sonne le glas, observation et action. Les coups sont terribles, je recule lorsque les parois tremblent. Comment survivre à ça ? L’agilité de la femme est envieuse mais il est trop fort, trop aguerrit et surtout beaucoup plus expérimenté que la demoiselle. Les griffures suintent à peine que déjà les striures vives se referment. Le temps défile, trop vite, qu’elle est déjà à terre, assommée par un coup de coude d’une rare violence. Je bats des cils, imaginant mon crâne explosé comme une pastèque qu’on aurait lâchée du cinquième étage, s’il porte le même coup à ma propre tête.

L’adversaire inerte est évacuée rapidement sous un tonnerre d’applaudissements. Aucun membre de son clan, par contre, ne lève un petit doigt, blasés de voir le Maître triompher aussi facilement. Puis, son regard se tourne vers moi, comme ceux de la majorité des spectateurs.

Mon sang se glace dans mes veines, ma respiration se bloque et mon cœur commence à battre plus fort. Nerveusement, je passe une main dans mes cheveux puis vide ma chope d’un trait. De toute façon, ça ne changera rien à l’issue du combat. Les jambes en coton, je contourne le ring tout en m’occupant de rassembler ma tignasse en un chignon serré. Malgré l’apport récent en bière, j’ai la bouche sèche et je sens une sueur froide naître sur mon front. Dans quoi je me suis encore fourré ?

En pénétrant sur le ring, un cocktail d’odeurs m’empli les narines, me faisant plisser le nez. Je me débarrasse de mon blouson que j’abandonne près de la porte qui s’est refermée sur moi. Les acclamations sont étouffées, il n’y a plus que Nico et moi. Ses blessures sont effacées, avalées par son éternité, ce qui ne sera pas mon cas. Je me baisse, attrape une poignée de sciure et la frotte contre mes paumes moites. J’aurai dû passer aux toilettes avant. Si je me fais dessus, ça aurait pu être moins dramatique. Je déglutis, une fois de plus, ne trouvant toujours pas de salive à avaler. Une seule pichenette suffit à me mettre KO, j’en suis conscient.

Pourquoi veut-il se battre contre moi ? Cela n’a aucun sens. Je n’ai aucune chance.

- Nico, pourquoi ?

La morsure, douce et délicieuse, se rejoue dans mon esprit, accompagnée de cette énergie euphorisante qui m’a gagné. Elle court encore en moi, je crois que je peux la sentir, où n’est-ce que mon imagination ? Qu’importe. Ma tête s’abaisse légèrement et les bleus de nos iris s’affrontent. Je souris, pris soudainement d’une envie de rire. Nerveux et proche de l’aliénation. Mes paupières se ferment, rompant l’échange. J’inspire profondément, cherchant derrière mon rempart quelques images apaisantes. Rien ne vient hormis une frayeur grandissante. La terreur exsude de chaque pore que je possède.

Je m’avance vers mon adversaire d’une démarche qui se veut décontractée, alors que j’ai l’impression de me déplacer de manière saccadée comme un robot qui menace de tomber en panne. Je n’ai qu’une solution pour espérer avoir le dessus durant trois secondes, après quoi, il me mettra à terre en moins de temps qu’il faut pour le dire : la surprise.

La petite poignée de sciure dort toujours dans mon poing fermé. Mon cœur tape si fort que je crois l’entendre résonner. Mes joues se colorent, j’ai chaud, chaque membre tremble, je vais me faire laminer. A portée de jet, je lance la poussière de bois à la face du vampire. Je n’ai aucune idée si elle atteint son but, pas le temps de vérifier. Une feinte gauche – droite, je le contourne pour me retrouver derrière lui et passe mon bras droit par-dessus ses épaules, plaquant mon avant-bras contre sa gorge, mes mains se rejoignent, formant un poing, donnant plus de force à mon étreinte. Puis je recule, cherchant à le faire tomber en arrière. Ça, c’est la théorie, la pratique…

Est-ce vraiment une bonne idée que de vouloir étrangler un être qui n’a pas besoin d’air pour vivre ? Pas certain que ma conception d’un combat contre un Eternel soit vraiment la bonne… Il fallait bien tenter quelque chose. Toutefois, écraser sa pomme d’Adams ne doit pas être agréable.

- J’veux pas te faire de mal. Je ne suis pas un adversaire digne de toi. Désolé.
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