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Nos deux coeurs sous la terre • Mei

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ADMIN ۰ Mignon comme Tchoupi, aussi vnr que Moundir : le Loup d'la Vieille (la chair vivante, c'est gourmang-croquang)
Gautièr Montignac
Gautièr Montignac
ADMIN ۰ Mignon comme Tchoupi, aussi vnr que Moundir : le Loup d'la Vieille (la chair vivante, c'est gourmang-croquang)
◖ INACHEVÉ ◗

Nos deux coeurs sous la terre • Mei WjqXz0V Nos deux coeurs sous la terre • Mei 7dbuIBt Nos deux coeurs sous la terre • Mei A4xF6gr

"C'est une histoire de dingue.
Une histoire bête à pleurer."

En un mot : Meursault d'Occident. Sorel d'Amérique.
Qui es-tu ? :
"J'irais bien voir la mer.
Écouter les gens se taire."

◖◗ Homme du pays occitan, dans le Sud de la France. Né au cœur des Pyrénées aux sommets blanchis, entre le soleil et la rocaille du mois de juillet 1898.
◖◗ Loup-garou Bêta condamné à fuir famille et village, jeté sur les voies forestières d'un exil, des frontières d'Espagne aux vallées de Lozère. Voyageur infatigable, jusqu'au Nord de la France et la côte est américaine.
◖◗ Relation d'amour et de haine pour cette France ingrate. Son sang a coulé pour des généraux dont le pied n'a jamais foulé le no man's land de la Grande Guerre. Membre d'un réseau clandestin dans les années 40.
◖◗ Rêveur misanthrope à la philosophie d'un autre temps. Passe sans mal de l'empathie au jugement, de la tolérance au dégoût. Aide lorsqu'il le peut. Tue quand il le doit. Bestiole dans le crâne qui commandite d'étranges désirs.
◖◗ Homme à tout faire : capable de nettoyer les chiottes, de garder un musée, de balayer la rue ou de tenir une caisse. Prédilection pour les postes de serveur, aidé par ses hanches étroites et ses bras solides. Poste d'observation privilégié pour tous les comportements humains et non-humains.
◖◗ Rebut. Incapable de s'adapter pleinement à une meute. Chaque tentative se solde par un échec plus ou moins pénible. Solitaire, se protège derrière la barrière de mensonges qui résistent encore aux outrages du temps. Prétend n'être rien d'autre que la Bête du Gévaudan. S'en convainc parfois, ou bien d'être un descendant.
◖◗ A subi les affres du sang et de la rumeur capable de frapper tous les bourgs et hameaux des campagnes profondes. Accusé de crimes qu'il n'a pas commis. N'a jamais eu l'occasion de racheter son honneur parmi les siens.
◖◗ Ancien amant de Mei Long, poupée chinoise de sang royal. La rencontre entre deux écorchés de la vie, entre deux psychés abîmées, vouées à toutes les folies et aux errances mortifères dans les bois du Maryland.
◖◗ Poursuivi par des flics qui n'ont pas pour habitude de lâcher prise. Connu des autorités américaines depuis les années 70. En cavale permanente. Passé maître dans l'art des identités plastiques, artificielles. Espère trouver à Shreveport l'abri de la dernière chance, en incorporant les rangs de la meute. Tueur de flics et de femmes.
◖◗ Mélancolique. Dans ses bons jours, capable de déceler la beauté dissimulée derrière tous les aspects de l'existence. Amoureux d'Histoire et de littérature, lecteur infatigable de Camus et de Céline.
◖◗ Dérangeant. Par ses regards perçants, par ses paroles sans filtre, par ses rires grinçants : inadapté, mais sympathique, si son interlocuteur s'y prête.

◖BÊTE DU GÉVAUDAN◗

Nos deux coeurs sous la terre • Mei S6v5sWR Nos deux coeurs sous la terre • Mei N1Hqv8C Nos deux coeurs sous la terre • Mei TlIINL9

"L'a pas tellement changé la France.
Passent les jours et les semaines,
Y'a qu'le décor qui évolue.
La mentalité est la même.
Tous des tocards, tous des faux culs."

Facultés : ◖◗ Faiseur d'histoires. Capable d'inventer mythes et récits sans effort. Charmant ou effrayant tour à tour. Se réinvente sans cesse, personnage protéiforme.
◖◗ Passé maître dans l'art de dissimuler un corps et d'en ôter la vie. Tous les moyens sont bons.
◖◗ Sait comment survivre face au froid, à la pluie, à la grisaille et à la brume, aux mers, aux monts et aux coups bas. Aux morsures, aux traîtrises, aux caresses, aux promesses.
Thème : Le Fleuve ◖◗ Noir Désir
Nos deux coeurs sous la terre • Mei L4AOxKs
◖MINDHUNTER◗

Nos deux coeurs sous la terre • Mei M70Ex1d Nos deux coeurs sous la terre • Mei IfwWWwA Nos deux coeurs sous la terre • Mei QeVIwzX

"Je vais les rues je vais les lieux où on ne m'attend pas. Ceux que je croise au fond des yeux, non, ne me voient pas. Je parle à des gens comme moi qui n'ont l'air de rien. Des esclaves en muselière qui n'en pensent pas moins."

Nos deux coeurs sous la terre • Mei WdHxnMJ
Pseudo : Nero
Célébrité : Harry Lloyd.
Double compte : Eoghan Underwood, Sanford R. De Castro, Aliénor Bellovaque & Ian C. Calloway
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Lun 8 Aoû - 2:38 (#)


Au milieu des failles et des ressacs
Novembre 2020.

« M’sieur, vous êtes arrivé. Ce fut un plaisir. »

Le Loup redresse le museau, sortant de son cercueil de rêverie comme un vampire se rend de nouveau à la nuit. Le moteur du taxi ronronne doucement, tandis que le compteur du chauffeur a établi sous ses yeux un prix presque raisonnable. Il s’en sortira pour une trentaine de dollars. Repoussant les mèches brunes et lisses qui menacent comme souvent de lui tomber devant les yeux, il fouille dans la poche d’une veste de cuir qu’il ne sort que rarement du placard. Elle aurait pu lui coûter une petite fortune, s’il n’avait pas eu l’intelligence de fureter dans la boutique de fripes installée près de son domicile, peu de temps après sa dernière évasion. Une pièce unique, arrivée le matin même, et probablement dans des circonstances peu reluisantes. La tenancière du commerce, une pure Latina, n’avait paru que trop heureuse de la lui céder à un tarif ridiculement bas. Entre deux jurons et prières marmonnées à voix basse pour conjurer il ne savait trop quel sort, il s’était amusé à en déduire que ce fameux cuir avait dû appartenir à un trafiquant local, reposant désormais entre six planches. Gautièr Montignac n’étant ni superstitieux ni détenteur d’un compte en banque bien rempli, il avait compris que cette opportunité ne se représenterait pas avant un bon moment. En outre, il n’avait jamais eu à regretter son achat. Malgré son affection pour les mises impeccables coïncidant avec un vocabulaire soutenu, il ne lui déplaisait pas toujours de se mêler à la foule plus subtilement, plus aisément. Il savait comment moins attirer les regards sur sa personne, en dépit de ce que pouvait redouter Kaidan. Ce soir en est l’exemple le plus parfait. Depuis sa poche, il extirpe une poignée de dollars qu’il tend à la main quémandeuse, sans se soucier de la monnaie rendue. Il n’en récupérera pas. Le pourboire est depuis longtemps devenu une habitude, dans ce pays.

« Si vous avez b’soin que j’vienne vous chercher, j’vous laisse mon numéro… Pis on sait jamais, vous pourriez avoir b’soin d’moi un de ces quatre. » Le chauffeur de taxi est typé. Un métisse, à n’en pas douter, peut-être lointain descendant de l’histoire tragique de cette région. Il est aussi sympathique. Discret, bien que n’ayant pas pu résister visiblement à l’envie de faire un brin de causette à son passager, au moins sur le début du trajet. Les réponses de plus en plus monosyllabiques de ce dernier ont été suffisamment éloquentes pour l’inciter à une retenue pour laquelle le garou lui est étrangement reconnaissant. Tandis qu’il récupère la carte professionnelle de son guide, il songe avec sincérité qu’il ferait volontiers appel à ses services une prochaine fois. « Merci. Je n’y manquerai pas. » Il quitte l’habitacle en souplesse, un sourire absent aux lèvres, en attrapant à la volée : « Passez une bonne soirée et une bonne nuit, m’sieur, et faites bien attention à vous. » Debout à la lisière du parking, il regarde le taxi et les loupiotes rougeoyantes des phares arrière s’éloigner dans la nuit. Au fur et à mesure que la mécanique se fait oublier, un silence lourd retombe aux abords du Lucky Star Motel. Il n’a pas besoin de vérifier l’adresse que lui a laissé Mei. Il sait qu’il se trouve au bon endroit. Curieux emplacement, d’ailleurs, pour installer un motel. Il prend le temps d’en examiner la devanture. Une petite dizaine de véhicules sont garés là. D’autres semblent installés sur le parking à l’arrière du bâtiment. Une ancienne cahute de surveillance est visiblement abandonnée. En revanche, l’établissement tout entier semble éclairé et bien vivant, comprenant de nombreuses chambres, en ce début de soirée. On n’entend rien à des miles à la ronde. Il n’y a rien, dans le North. Rien que le rappel de l’isolement de ce coin de Louisiane, et du contraste saisissant entre ses étendues champêtres et la ville de Shreveport qui ne cesse de croître en hauteur comme en superficie. Il se demande si de simples humains logent là. Et, si oui, s'ils se sentent en sécurité. Rien n’est moins sûr, d’autant que le motel grouille de vampires.

Et lui, dans ce cas ? Pourquoi se tient-il là ?
Pensif, il sait qu’il n’est déjà plus question de faire demi-tour. Le taxi est loin, et il ne compte pas souiller ses Richelieu noires bien cirées en marchant au bord du chemin, soulevant poussières et herbes folles.
Cela fait des mois qu’elle n’est pas venue. Des mois depuis qu’elle l’a pris par surprise, créatrice d’une traque sur plusieurs semaines, dans le cadre malodorant d’une ruelle on ne peut plus banale. Si ce n’était elle. Sentir son odeur de nouveau l’a troublé. Il a longtemps essayé de s’accrocher à ce parfum retrouvé. Il a tenté de s’en concocter une image, afin de l’aider à garder le souvenir intact plus durablement dans son crâne perforé. En vain. Au fur et à mesure, la trace olfactive s’est dissoute. La cruelle a tenu sa parole : pour le punir de ses caprices insatisfaits, elle n’est plus jamais revenue quêter sa présence. Il est resté seul, seul avec ce bout d’aventurine se balançant comme un pendule, retenu par sa corde à la poignée de la porte. Une corde qu’elle avait portée durant des lustres à son cou. Une corde qui avait accompagné son Grand Sommeil comme le terrible réveil, deux décennies plus tard. Et elle la lui avait rendue. Le symbole, d’une lourdeur terrible, l’égratigne chaque fois qu’il y songe. La pierre est là, bien enfoncée dans la poche de son jean. Il espère pouvoir lui rendre le présent offert un demi-siècle plus tôt.

Il est venu chercher le goût doux-amer de ses retrouvailles. Par amour, par désir, par pur besoin de retrouver l’une de ceux qui marche depuis trop longtemps sur cette terre avec lui. Fatigué de se sentir seul, incompris, isolé parmi cette masse de mortels qui gravitent autour de lui. Ce soir, il aurait aimé retourner dans les forêts du Maine avec elle. Ce soir, le seul chant des feuilles mortes, de la brise, des insectes et de la faune lui aurait suffi, s’il avait pu se fondre dans les bras de Mei Long, en attendant que la pluie vienne.

Il s’attend bien sûr à la rebuffade. À la violence, peut-être. Il ne s’attardera pas, si elle ne le souhaite pas. Il se laisse uniquement porter par son instinct, par plusieurs mois d’une nouvelle absence qu’il ne digère pas comme il l'a fait de la première. Leur conversation inachevée lui semble infecte, avec le recul. Ils se sont tout dit et rien dit à la fois. Elle était ardente, et si glaciale en même temps. Il soupire. Ce ne sera pas facile. Rien ne l’a jamais été, avec elle. Rien ne l’a jamais été, avec les femmes de son existence. Fatigué de rester là planté comme un piquet, l’homme plus si jeune s’avance enfin, et en quelques pas déterminés, s’approche du battant de l’entrée. Ce n’est qu’à quelques centimètres, au moment où ses phalanges manquent d’effleurer la poignée de la porte, que l’avertissement retentit.

“Ne rentre pas. Je saurai que tu es là.

Il s’interrompt, alors, en proie au doute. L’ordre est-il toujours valable ? Que craint-il à pénétrer à l’intérieur ? Il pourrait s’en affranchir, mais il décide d’attendre un peu. De ne pas risquer de provoquer une catastrophe inutile. Il se recule, et ses yeux se lèvent vers les étages, comme pour espérer y apercevoir le visage de son ancienne amante.

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Le Temps qui reste

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Princesse Kumquat, le Glaçon Impérial.
Mei Long
Mei Long
Princesse Kumquat, le Glaçon Impérial.
ASHES YOU WERE

En un mot : Derrière elle, les traumatismes de l'Orient. Devant, ce spectaculaire et dangereux Occident. Entre les deux, cette douce torpeur, bourreau et gardienne de sa déraisonnable folie. De sa folle déraison.
Facultés : Tes capacités, tes dons.
Thème : Secret Garden - Adagio
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ASHES YOU WILL BE

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Mar 23 Aoû - 12:48 (#)


Chuter ou se noyer


Absente ton absence, j’ai des yeux pour pleurer quelle que soit la chambre.

Les bras légèrement tendus de chaque côté de son corps, elle maintient un parfait équilibre, le talon de ses bottines tintant sur le métal de la ligne de chemin de fer abandonnée. Aussi loin que son regard se porte dans cette nuit, elle a ce repère aux allures d’infini qui scintille selon l’humeur de la lune. L’odeur de métal rouillé et de caillasse la force à inspirer dans ce geste devenu si peu naturel avec le temps. Nul besoin de cet oxygène vitale pour se mouvoir, pour penser, ressentir, vivre, déambuler telle une vipère perdue dans les hautes herbes, attendant qu’on la traque, attendant de mordre. Elle n’est qu’un pantin se voulant funambule, patientant jusqu’à la chute. Tout de noir vêtue, les cheveux se balaçant dans son dos, l’Immortelle est invisible, fondue dans ses précieuses ténèbres, coule le long de cette ligne interminable, se demandant un instant où ses pas la conduiraient si elle se décidait à en suivre le tracé. Où ils la perdraient.
S’arrêtant brusquement, le menton relevé vers le ciel, la créature inspire de nouveau, gonfle à leur maximum ces poumons inertes et, serrant les poings, les ongles s’enfonçant dans la paume de ses mains jusqu’à sentir le sang perler, desserre les mâchoires crispées et… hurle.

Porté par une haine viscérale, par un désespoir abyssal et une frustration sadique, il ne reste guère de l’humaine qu’elle a un jour été dans ce hurlement. Il dure, résonne, fait se taire le champ des quelques criquets belliqueux ayant cru bon de défier le silence de la nuit, s’envoler dans une nuée invisible les étourneaux à la cime des arbres, au loin, accompagnés de quelques coassements mortuaires. Elle hurle, rage sournoise qui suppure et la corrompt de l’intérieur, jusqu’à ce que le souffle lui manque, que l’énergie l’abandonne. Son corps chute lourdement vers l’avant, les genoux percutent les tronçons de bois usés et envahis de vermines et seules ses mains la retiennent, se refermant sur les cailloux qu’elle agrippe férocement pour les balancer avec hargne aussi loin que sa colère peut les porter. Le jeu dure une fraction de seconde et une éternité jusqu’à ce qu’un sanglot la force à l’immobilité, là, ombre paumée parmi les ombres, à quatre pattes dans l’abandon le plus total, laissant une larme humidifier le sol chargé des volutes de poussière que le spectacle vient d’achever.

***

L’ombre se meut de nouveau, coupant à travers champs, automate fantomatique sans autre but que celui de survivre à cette nuit pour peut-être succomber à la prochaine. La vampire a préféré la solitude de la nuit à l’inconfort de l’habitacle du véhicule d’Eoghan, ne supportant plus les milles pensées transpirées, les mille idées échangées. L’échec devient plus incisif que l’argent sur la chair et la silhouette du motel qui se profile à l’horizon où elle retrouvera une chambre vide la contrit un peu plus.
La silhouette se précise et elle peut déjà sentir les embruns familiers aux origines diverses. La terre sous ses godasses cède au bitume une résonance nouvelle et à peine ses pas l’ont porté sur un mètre ou deux qu’ils stoppent toute avancée, la trahissant probablement.

Gautièr

Alors que ce dernier tourne son visage vers elle, l’Immortelle cligne à plusieurs reprises des paupières pour se rassurer sur l’absence d’un songe éveillé sadique et tortueux. Combien de temps depuis leur dernière rencontre? Elle en a perdu toute notion avec les derniers événements, n’en a jamais réellement eu une acuité tangible. Immobile, figée, l’asiatique se contente de le fixer, en attente d’un quelque chose qui ne vient pas. Tout est flou, confus, seules des bribes de conversation lui reviennent en mémoire pour la maintenir dans une réalité qui lui échappe pourtant. Les vêtements poussiéreux, le tissu du genou droit déchiré, les paumes ensanglantées de son propre sang et le bout de ses doigts de celui d’un autre, elle se refuse à penser à l’énième victime de sa folie. Pas ici. Pas maintenant. Et d’ailleurs, pourquoi maintenant?
Elle s’imagine courir vers lui et le frapper, encore et encore. Pour le temps qu’il lui a fallu. Pour son absence. Pour l’idée sinistre gravée dans sa psyché qu’il ne voulait finalement pas d’elle, qu’il ne voulait pas d’eux. Imaginer ses mains se refermer sur sa gorge pour y emprisonner le dernier souffle de vie n’est pas chose compliquée mais elle reste là, sans broncher. Au-delà de la colère, du ressentiment, de tous les sentiments qui l’assaillent et la meurtrissent, une vérité surpasse toutes les autres, la seule et unique à laquelle Mei a envie de se raccrocher cette nuit. La seule dont elle ait besoin. Il est là.

Mais la créature ne court pas. Quand son corps semble se remettre en action, ce sont des pas prudents qui la rapprochent de son ancien amant, baissant même la tête quand elle parvient à sa hauteur pour le contourner sans un mot, sans un regard. Ce n’est pas de l’indifférence, pas cette fois, pas plus que la véhémence d’une supériorité pleinement assumée en d’autres circonstances. Elle se refuse simplement à ce qu’il voit ce qu’elle est, présentement. Ouvrant la porte du motel à la volée, elle la retient du pied, s’assurant simplement que son loup la suit dans l’antre qu’est sa demeure. Le sentant derrière elle, cette dernière relâche le battant et retire d’un geste las ses bottines crottées, lançant un regard noir aux quelques curieux daignant leur accorder un semblant d’intérêt, les défiant silencieusement d’émettre le moindre commentaire, avant de grimper les marches menant à l’étage.

Le couloir longé, elle pousse la porte qui est sienne et le laisse pénétrer dans sa chambre, laissant ses chaussures à côté de la porte. Cette nuit, elle se moque bien que l’on sache qu’il était là. La porte refermée, la vampire se contente de l’halogène pour une clarté tamisée et jette un rapide coup d’oeil à ses mains tachées de sang avant retirer la boucle de ceinture qui maintient le pantalon noir, se contorsionnant quelques instants pour laisser finalement ce dernier choir le long de ses jambes. Dos tourné au loup, elle attrape le bas du haut poussiéreux qui recouvre son corps et le fait passer par-dessus sa tête. Durant quelques secondes, les balafres informes et grossières qui strient la peau de son dos apparaissent, rapidement cachées sous sa tignasse de jais qui retombe en même temps que le vêtement rencontre le sol.
Toujours sans un mot, c’est la salle d’eau qui est son prochain point de chute. Le robinet ouvert, le savon entre ses paumes, elle efface les dernières traces de sa victime et de son abandon au désespoir et se rafraîchit le visage, profitant de ces derniers instants de solitude pour expirer longuement dans le linge avec lequel elle s’essuie. Pas un seul regard au miroir et attrapant un t-shirt trop grand qui lui arrive à mi-cuisse et la plonge dans un modernisme qui lui sied guère, elle revient enfin dans la chambre, restant contre l’embrasure de la porte, le regard fixé sur lui.

Oui, le frapper serait aisé et elle est certaine d’y trouver ce réconfort qui lui manque tant. Mais pas autant que…

Avalant la distance qui les sépare, ses bras se referment sur sa taille et la harpie qu’elle est se fond contre son torse, la joue contre son cœur, le serrant plus qu’un simple mortel ne pourrait le supporter, fermant les yeux pour mieux inspirer son odeur.

… comme ça.

“Serre-moi”

Deux mots. Pas un de plus. Dans une supplique qui ne lui ressemble pas. Sans jeu, sans acidité, sans tentation.

Pendant presque deux-cents ans, Mei Long était restée debout. Même après la chute de sa dynastie, la trahison de Jian, les champs d’opium, les japonais, les frénésies, Jenaro, la torpeur, l’éveil….

Cette nuit, elle ne rêvait que de s’effondrer.


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Une histoire bête à pleurer."

En un mot : Meursault d'Occident. Sorel d'Amérique.
Qui es-tu ? :
"J'irais bien voir la mer.
Écouter les gens se taire."

◖◗ Homme du pays occitan, dans le Sud de la France. Né au cœur des Pyrénées aux sommets blanchis, entre le soleil et la rocaille du mois de juillet 1898.
◖◗ Loup-garou Bêta condamné à fuir famille et village, jeté sur les voies forestières d'un exil, des frontières d'Espagne aux vallées de Lozère. Voyageur infatigable, jusqu'au Nord de la France et la côte est américaine.
◖◗ Relation d'amour et de haine pour cette France ingrate. Son sang a coulé pour des généraux dont le pied n'a jamais foulé le no man's land de la Grande Guerre. Membre d'un réseau clandestin dans les années 40.
◖◗ Rêveur misanthrope à la philosophie d'un autre temps. Passe sans mal de l'empathie au jugement, de la tolérance au dégoût. Aide lorsqu'il le peut. Tue quand il le doit. Bestiole dans le crâne qui commandite d'étranges désirs.
◖◗ Homme à tout faire : capable de nettoyer les chiottes, de garder un musée, de balayer la rue ou de tenir une caisse. Prédilection pour les postes de serveur, aidé par ses hanches étroites et ses bras solides. Poste d'observation privilégié pour tous les comportements humains et non-humains.
◖◗ Rebut. Incapable de s'adapter pleinement à une meute. Chaque tentative se solde par un échec plus ou moins pénible. Solitaire, se protège derrière la barrière de mensonges qui résistent encore aux outrages du temps. Prétend n'être rien d'autre que la Bête du Gévaudan. S'en convainc parfois, ou bien d'être un descendant.
◖◗ A subi les affres du sang et de la rumeur capable de frapper tous les bourgs et hameaux des campagnes profondes. Accusé de crimes qu'il n'a pas commis. N'a jamais eu l'occasion de racheter son honneur parmi les siens.
◖◗ Ancien amant de Mei Long, poupée chinoise de sang royal. La rencontre entre deux écorchés de la vie, entre deux psychés abîmées, vouées à toutes les folies et aux errances mortifères dans les bois du Maryland.
◖◗ Poursuivi par des flics qui n'ont pas pour habitude de lâcher prise. Connu des autorités américaines depuis les années 70. En cavale permanente. Passé maître dans l'art des identités plastiques, artificielles. Espère trouver à Shreveport l'abri de la dernière chance, en incorporant les rangs de la meute. Tueur de flics et de femmes.
◖◗ Mélancolique. Dans ses bons jours, capable de déceler la beauté dissimulée derrière tous les aspects de l'existence. Amoureux d'Histoire et de littérature, lecteur infatigable de Camus et de Céline.
◖◗ Dérangeant. Par ses regards perçants, par ses paroles sans filtre, par ses rires grinçants : inadapté, mais sympathique, si son interlocuteur s'y prête.

◖BÊTE DU GÉVAUDAN◗

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"L'a pas tellement changé la France.
Passent les jours et les semaines,
Y'a qu'le décor qui évolue.
La mentalité est la même.
Tous des tocards, tous des faux culs."

Facultés : ◖◗ Faiseur d'histoires. Capable d'inventer mythes et récits sans effort. Charmant ou effrayant tour à tour. Se réinvente sans cesse, personnage protéiforme.
◖◗ Passé maître dans l'art de dissimuler un corps et d'en ôter la vie. Tous les moyens sont bons.
◖◗ Sait comment survivre face au froid, à la pluie, à la grisaille et à la brume, aux mers, aux monts et aux coups bas. Aux morsures, aux traîtrises, aux caresses, aux promesses.
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"Je vais les rues je vais les lieux où on ne m'attend pas. Ceux que je croise au fond des yeux, non, ne me voient pas. Je parle à des gens comme moi qui n'ont l'air de rien. Des esclaves en muselière qui n'en pensent pas moins."

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Mer 26 Oct - 3:00 (#)


Au milieu des failles et des ressacs
Le son des talons ne lui échappe pas.
Il se retourne, elle se trouve là.

Doucement, il pivote pour la regarder, et repère aussitôt une foule de détails symptomatiques de l’état déliquescent d’une immortelle désincarnée. Si ses cheveux sont presque impeccables, il repère les échasses comme les plateformes boueuses, hume d’ici le sang qui salit ses paumes, mais par-dessus tout, c’est bien l’odeur d’une tristesse incommensurable qu’il respire, au fur et à mesure que Mei s’approche. Il s’attend à tout, droit et raide, mais pas tendu ni sur ses gardes. Il se contentera de prendre ce qu’elle voudra bien lui donner. Plus préoccupé par l’état de son ancienne amante que par ce qu’il pourra lui arriver, il prend à peine le temps de cligner des yeux, l’observant le contourner tout en saisissant l’invitation muette. Il ne dit pas un mot. Il la suit. Il pénètre dans ce hall aux murs refaits à neuf mais qui n’ont pas réussi à se déparer de ce sentiment de vétusté agréable qu’il ne retrouve que dans les motels américains. Le hall n’est qu’un rectangle que la teinte des lustres comble d’une lueur jaunâtre, n’étant pas sans lui rappeler les lointains souvenirs de Paris, dans les années trente. Une télévision bourdonne, quelques sièges ont été installés pour l’accueil, et derrière le long comptoir de bois, personne ne se tient pour accueillir de potentiels visiteurs. L’endroit semble vivre et se gérer par lui-même, avec une harmonie étonnante. Mei perd quelques centimètres en ôtant ses chaussures. Là encore, il ne s’abaisse pas à l’interroger. Il la suit. C’est tout. Il monte dans les étages derrière elle, frissonne quant à l’apparition d’une autre porte ; la sienne, cette fois. Il ne s’agira pas d’une chambre impersonnelle dans laquelle elle l’abandonnera après s’être montrée cruelle. Ils pénètrent dans l’intimité, la vraie. Une intimité pleine d’un confort qui leur avait été refusé, et qu’ils avaient eux-mêmes repoussé pendant leurs interminables pérégrinations. Derrière lui, le battant se referme. Aucun mot n’a été prononcé, et il devine que l’immortelle ne compte pas se montrer plus prolixe, même à l’abri des regards. Il demeure tout près du seuil, sans oser s’avancer trop loin dans l’espace à la taille correcte qui lui a été attribué. Elle se déshabille, et il ne détourne pas le regard. Il observe tout. Ses jambes qu’elle a toujours eu belles, son dos scarifié dont il osait à peine toucher les stigmates, la chevelure de jais que même l’hémoglobine et la nature du North ne peuvent dépourvoir de leur parfum comme de leur satin. Elle va et vient, ne lui reparaît que vêtue d’un bout de tissu qui ne rend pas honneur à sa silhouette splendide. Lui n’a pas bougé.

Il ne bouge pas avant qu’elle ne s’approche pour mieux se fondre dans une étreinte qu’il ne lui refuse pas. Le cuir crisse doucement lorsqu’il referme à son tour ses bras sur elle. La force qu’il perçoit dans ceux de la Chinoise avive une chaleur familière. Il lui obéit, l’enlace sans savoir quelle peine lui mord le cœur ; et cela importe peu. Que sa douleur soit futile ou issue d’une brûlure des plus profondes, il ne l’en aimera pas moins, pas plus. C’est ainsi qu’ils auraient dû se retrouver. Ainsi, et pas autrement. Le nez fin et pointu du lycan retrouve les tiges raidies et délicieusement odorantes. Il y enfouit ses narines un moment, puis il n’y tient plus. Sans prendre le temps de se reculer pour se dévêtir en partie, il n’impulse qu’un élan infime pour la soulever de terre. Son amour terrible blottie contre son torse, il avance de quelques pas supplémentaires, la calfeutrant ainsi en lui murmurant quelques mots doux dans son français natal. Il la couvre de syllabes que ce pays a oublié malgré quelques racines latines, l’embaume de la même tendresse et affection dont il l’enveloppait si mal dans le Maryland. Encore trop jeune, encore inconscient de ce qui naissait entre eux dans ces abris de fortune. Gautièr Montignac a traversé de nouveaux enfers, depuis. Souvent, perpétuellement, l’ombre de la Longue-Vie est venue hanter ses nuits. Allongé auprès d’une autre femme, au fond d’une cage épié avec par des blouses blanches immondes, sous le pelage de cet Autre à qui il refuse de laisser la place pour le moment, Mei est toujours restée avec lui. Son empreinte est aussi palpable que les cicatrices qui courent entre les omoplates féminines, aussi réelle que les déchirures ayant lézardé la cuisse et le flanc de l’ancien Poilu.

Il s’assied sur le lit, rassemblant les cuisses de la créature d’un seul côté pour mieux la maintenir dans une posture qui lui permettra de s’abandonner autant qu’elle le voudra. Il n’est plus question d’orgueil, de distance ou de dignité. Même s’il doit payer plus tard les vexations par un nouvel acte d’indifférence, il se raccrochera à ce souvenir. À lui, qui murmure, presque chantonnant, la berçant d’un sourire qui ne s’efface plus de son visage aux traits presque lumineux. Qu’importe qui l’a blessée, qu’importe qui la menace ; il le tuera quand même. Sa joue, sa mâchoire, se heurtent gentiment à la pommette ronde de l’Asiatique, à la tempe fraîche contre laquelle il ne décèle aucun pouls. Avec une délicatesse issue d’un autre temps, la longue main du garou recueille le visage délicat de son impératrice déchue, l'incitant à relever ses yeux si noirs vers les siens. Son sourire s’affadit, mais demeure, comme promis. Il la contemple, ému par sa beauté, par la faille vertigineuse de cette âme tourmentée, à l’image de la sienne. Ils sont si seuls, tous les deux. Si marqués par une ère qui n’en finit pas de mourir.

Leur Guerre n’en finit pas de finir.

Elle n’aura pas à en réclamer davantage. D’un pouce précautionneux, il redessine le contour d’une lèvre inférieure au rose fané. Sa bouche s’empare de la sienne, conquérante sans se montrer trop autoritaire. Il l’embrasse avec la ferveur qu’il ne pouvait pas manifester avant cette nuit. Il l’embrasse pour lui dire qu’il l’aime, qu’il ne l’a jamais oublié, et qu’elle aurait dû remiser au fond d’un placard les hypothèses mauvaises qui l’ont conduite à divaguer, à ressasser le pire. Évidemment, qu’il l’aime. Car deux damnés comme eux ne pouvaient que se trouver, perdus dans la même nuit abjecte et renforcée par leurs propres cauchemars.

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Le Temps qui reste

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Princesse Kumquat, le Glaçon Impérial.
Mei Long
Mei Long
Princesse Kumquat, le Glaçon Impérial.
ASHES YOU WERE

En un mot : Derrière elle, les traumatismes de l'Orient. Devant, ce spectaculaire et dangereux Occident. Entre les deux, cette douce torpeur, bourreau et gardienne de sa déraisonnable folie. De sa folle déraison.
Facultés : Tes capacités, tes dons.
Thème : Secret Garden - Adagio
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ASHES YOU WILL BE

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Lun 31 Oct - 22:20 (#)


Chuter ou se noyer


Les lois de la pesanteur bafouées, elle se laisse diriger telle une poupée docile, moins ancrée dans cette réalité tortueuse et assassine, loin du firmament souhaité, dans un entre-deux qui l’anesthésie comme ces psychotiques sous traitement. La cervelle déconnectée, bercée sur un nuage cotonneux et brumeux que tous addicts côtoient et recherchent sans y trouver refuge, elle abandonne cette lutte éternelle. Que lui a apporté la retenue? Que lui a apporté la folie? Un boulevard de regrets, une avenue sanglante, un torrent de larmes, de cris intérieurs et une rivière de tristesse. Usée par des décennies de combat silencieux, traumatisée par les vices des autres donnés en pâture pour alimenter les siens, aveuglée par des photographies qu’elle n’a jamais souhaité garder en mémoire et par les stigmates qui ont fait la créature immonde qu’elle est aujourd’hui, elle n’aspire qu’au repos, même le plus éphémère.
Jamais l’Immortelle n’aurait pensé le trouver dans ces bras. Dans les siens. En tout cas en avait-elle abandonné l’idée et s’était résignée face à ce souvenir vaporeux aux allures parfois irréelles. Dans sa morale nauséabonde, elle avait fini par préférer l’idée qu’il n’avait jamais existé. Il est pourtant là. Sa chaleur irradie sa peau glacée, son odeur s’insinue par ses sens surdéveloppés, le grain de son épiderme sous la pulpe de ses doigts résonne d’un écho bien trop familier pour reconnaître qu’un demi-siècle les a séparés. Impossible de nier l’effet ressenti, ce que son loup ravive, attise, la renaissance de cendres jamais totalement consumées. Le vent a porté avec lui mille pages d’histoire, mais pas la leur. Ils sont un chapitre jamais clos, des lignes qu’eux seuls peuvent comprendre, dans cette langue qu’est la leur et que les autres n’ont jamais déchiffré, qu’ils ne déchiffreront jamais. Deux entités ignobles que rien ne prédestinait à réunir, à unir, ou que tout prédisposait à ne faire qu’une. Pourquoi lui? De tous les pauvres hères dont les pas ont foulé ce sol, pourquoi ce simple paysan d’une terre oubliée - au moins l’âme -  du Sud de la France a-t-il fracassé son monde telle une vague déferlante impossible à dompter, impossible à stopper. Qu’aurait pensé l’impératrice déchue d’un Gautièr encore préservé de la présence de la Bête, les mains calleuses du travail de la terre, l’odeur trop significative de la faune locale, encore empêtré des problèmes insignifiants du commun des mortels? Et lui, quel jugement aurait-il porté sur elle, dans ces champs d’opium, les mains poisseuses de sève, les doigts meurtris de milles coupures, le dos voûté mais fière d’être encore debout? Mais le destin avait choisi un autre temps pour les faire se rencontrer. Aux abois, au bord de ce précipice que trop peu connaissent, leurs âmes s’étaient trouvées. Loin des contes de fées désuets dépeignant des fantasmes trop féminins, aux antipodes de l’héroïsme et du romantisme que les grands poètes ont un jour soulignés, ils seront possiblement imités, jamais égalés. Leur histoire, qu’elle soit retranscrite d’encre ou de sang, ne donnera jamais la mesure et la puissance de ce lien hors du temps.

La tourmaline coule dans la clarté de son regard, les paupières manquent à maintes reprises de se clore sous la douceur de gestes calculés mais dont la résonance lui apparaît naturelle. Parfois, elle regrette de ne plus ressentir l’affolement de quelque battement de cœur, ne s’en émeut pourtant pas davantage. Le pouce contre sa lèvre, elle retient le réflexe animal qui l’habite une fraction de seconde, devinant des intentions que la succube ne cherche aucunement à freiner.

Si chaudes, si vivantes.
Ses propres lèvres s’animent au contact des siennes, entourant ses épaules de ses bras encore tremblants de sa nuit agitée. Dans un des désespoirs les plus horribles qu’elle ait eu à expérimenter, dans la solitude la plus ultime qu’elle ait eu à vivre, faille béante et faiblesse la plus sournoise, Mei Long n’a jamais été aussi vraie qu’à cet instant. Dans une pulsion de préservation, dans un mouvement de recul devenu réflexe, la paume de ses mains vient d’abattre contre le torse masculin et elle s’écarte. Sa vieille amie la peur remonte à la surface telle la lave d’un volcan depuis trop longtemps endormi. Ses yeux se ferment et les images l’assaillent. Sa jumelle menace de reprendre le dessus, alimentée par la dernière victime en date, griffe de ses ongles crochus l’intérieur de ses entrailles, hurle et gronde pour ne pas qu’elle emprunte ce sentier.

Pas cette fois. Pas ce soir. La Caïnite le sait, les dernières semaines d’errance et d’abandon ont été salutaires. Elle sait. Que le présent lui demande d’être plus forte qu’elle ne l’a jamais été par le passé. Qu’elle se doit de l’être. Qu’ils l’ont assez possédé. Qu’il est temps pour elle de reprendre pleinement le contrôle. Sa vie n’est qu’un cercle vicieux que la créature n’a que trop répété. Une autre boucle signifie replonger dans ses travers, dans ses démons, prendre le risque d’une mort qu’elle n’est pas prête à affronter. Pour Aliénor, pour elle-même, pour Gautièr. Apprendre pour avancer. Ne plus les trahir, ne plus se mentir. Ne plus prendre autrui pour prétexte, ne plus s’abandonner à la facilité.

Les yeux de nouveau dans les siens, dans une fragilité que le Français ne lui connaît pas, elle fait glisser ses mains entre le tissu doux de son haut et le cuir froid de sa veste et l’en déleste lentement. Se redressant, elle modifie légèrement sa position et fait passer l’une de ses cuisses de l’autre côté du bassin de son loup, lui faisant pleinement face dans des gestes malhabiles qui trahissent sa nervosité. D’ordinaire, c’est son Autre qui prend les devants, harpie sans morale à l’appétit insatiable. Passion dévorante et bestiale, prédatrice assumée, bête enragée et possessive. Si loin des habitudes trop solidement ancrées, loin des cicatrices qui les ont marqués. “Tu es revenu…” Un murmure alors qu’elle embrasse sa tempe, qu’elle décore son front de mille caresses de sa bouche. “Pardonne-moi.” Les lèvres contre son cuir chevelu, elle le force à relever son minois vers elle, le dominant de sa hauteur sans chercher, pour une fois, cette position. “Je t’ai haï si fort.” Mots mystérieux pour une image d’elle qui doit l’être tout autant. “Haï si fort pour ne pas posséder le pouvoir de les effacer de ma mémoire, ces souvenirs, ces visages, ces mains, ces odeurs d’homme.” Elle se refuse aujourd’hui, après sept décennies d’un combat intérieur sans fin, à les laisser gagner encore. À leur céder ce pouvoir plus longtemps. Son calvaire a assez perduré. Au moins celui-ci. “Je n’ai compris que trop tard que la seule qui t’empêchait de les repousser, c’était moi.”

Pour le perdre…
Pour qu’il l’abandonne.

Tous l’avaient laissé. Jian. Jenaro. Gautièr. Aliénor.

Le premier était mort de la main d’elle ne savait qui, ou peut-être le savait-elle trop bien. Le second avait failli au rôle qu’il s’était attribué. Aliénor lui avait été enlevée sans certitude de lui être rendue. Son loup, quant à lui, n’avait jamais été aidé. Par sa faute. Oh, nul doute qu’elle regretterait ses mots dans quelque temps. Ainsi était faite l’impératrice à l’orgueil exacerbé. Leur poids n’en restait pas moins impactant. “Je ne veux plus être elle avec toi. Je veux que tu les effaces, tous ceux qui m’ont marqué. Je ne veux plus être celle qui t’éloigne. J’ai besoin de toi Gautièr. Cette nuit. Dans cette vie maudite. Ton âme m’appartient et tu le sais. Tout comme la mienne, même s’il te faudra me le répéter au besoin.” Lui volant un baiser, oubliant ce qui n’est pas eux, elle se laisse convaincre par cette possibilité. Elle n’a que ça, présentement. Que ce faible espoir, que cette infime ouverture vers demain. Elle n’a que lui. “Dis-moi que tu resteras. Dis-moi que tu ne m’abandonneras pas. Dis-moi que tu tueras pour moi, n’importe qui. Dis-moi que tu mettras ce monde insensé à feu et à sang si je te le demandais. Dis-moi que tu me détesteras pour ça mais que tu le feras tout de même. Dis-moi que tu m’aimes.” Et avant qu’il ne puisse répondre quoi que ce soit, elle appose son index sur ses lèvres. “Non, ne le dis pas, montre moi”



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ADMIN ۰ Mignon comme Tchoupi, aussi vnr que Moundir : le Loup d'la Vieille (la chair vivante, c'est gourmang-croquang)
Gautièr Montignac
Gautièr Montignac
ADMIN ۰ Mignon comme Tchoupi, aussi vnr que Moundir : le Loup d'la Vieille (la chair vivante, c'est gourmang-croquang)
◖ INACHEVÉ ◗

Nos deux coeurs sous la terre • Mei WjqXz0V Nos deux coeurs sous la terre • Mei 7dbuIBt Nos deux coeurs sous la terre • Mei A4xF6gr

"C'est une histoire de dingue.
Une histoire bête à pleurer."

En un mot : Meursault d'Occident. Sorel d'Amérique.
Qui es-tu ? :
"J'irais bien voir la mer.
Écouter les gens se taire."

◖◗ Homme du pays occitan, dans le Sud de la France. Né au cœur des Pyrénées aux sommets blanchis, entre le soleil et la rocaille du mois de juillet 1898.
◖◗ Loup-garou Bêta condamné à fuir famille et village, jeté sur les voies forestières d'un exil, des frontières d'Espagne aux vallées de Lozère. Voyageur infatigable, jusqu'au Nord de la France et la côte est américaine.
◖◗ Relation d'amour et de haine pour cette France ingrate. Son sang a coulé pour des généraux dont le pied n'a jamais foulé le no man's land de la Grande Guerre. Membre d'un réseau clandestin dans les années 40.
◖◗ Rêveur misanthrope à la philosophie d'un autre temps. Passe sans mal de l'empathie au jugement, de la tolérance au dégoût. Aide lorsqu'il le peut. Tue quand il le doit. Bestiole dans le crâne qui commandite d'étranges désirs.
◖◗ Homme à tout faire : capable de nettoyer les chiottes, de garder un musée, de balayer la rue ou de tenir une caisse. Prédilection pour les postes de serveur, aidé par ses hanches étroites et ses bras solides. Poste d'observation privilégié pour tous les comportements humains et non-humains.
◖◗ Rebut. Incapable de s'adapter pleinement à une meute. Chaque tentative se solde par un échec plus ou moins pénible. Solitaire, se protège derrière la barrière de mensonges qui résistent encore aux outrages du temps. Prétend n'être rien d'autre que la Bête du Gévaudan. S'en convainc parfois, ou bien d'être un descendant.
◖◗ A subi les affres du sang et de la rumeur capable de frapper tous les bourgs et hameaux des campagnes profondes. Accusé de crimes qu'il n'a pas commis. N'a jamais eu l'occasion de racheter son honneur parmi les siens.
◖◗ Ancien amant de Mei Long, poupée chinoise de sang royal. La rencontre entre deux écorchés de la vie, entre deux psychés abîmées, vouées à toutes les folies et aux errances mortifères dans les bois du Maryland.
◖◗ Poursuivi par des flics qui n'ont pas pour habitude de lâcher prise. Connu des autorités américaines depuis les années 70. En cavale permanente. Passé maître dans l'art des identités plastiques, artificielles. Espère trouver à Shreveport l'abri de la dernière chance, en incorporant les rangs de la meute. Tueur de flics et de femmes.
◖◗ Mélancolique. Dans ses bons jours, capable de déceler la beauté dissimulée derrière tous les aspects de l'existence. Amoureux d'Histoire et de littérature, lecteur infatigable de Camus et de Céline.
◖◗ Dérangeant. Par ses regards perçants, par ses paroles sans filtre, par ses rires grinçants : inadapté, mais sympathique, si son interlocuteur s'y prête.

◖BÊTE DU GÉVAUDAN◗

Nos deux coeurs sous la terre • Mei S6v5sWR Nos deux coeurs sous la terre • Mei N1Hqv8C Nos deux coeurs sous la terre • Mei TlIINL9

"L'a pas tellement changé la France.
Passent les jours et les semaines,
Y'a qu'le décor qui évolue.
La mentalité est la même.
Tous des tocards, tous des faux culs."

Facultés : ◖◗ Faiseur d'histoires. Capable d'inventer mythes et récits sans effort. Charmant ou effrayant tour à tour. Se réinvente sans cesse, personnage protéiforme.
◖◗ Passé maître dans l'art de dissimuler un corps et d'en ôter la vie. Tous les moyens sont bons.
◖◗ Sait comment survivre face au froid, à la pluie, à la grisaille et à la brume, aux mers, aux monts et aux coups bas. Aux morsures, aux traîtrises, aux caresses, aux promesses.
Thème : Le Fleuve ◖◗ Noir Désir
Nos deux coeurs sous la terre • Mei L4AOxKs
◖MINDHUNTER◗

Nos deux coeurs sous la terre • Mei M70Ex1d Nos deux coeurs sous la terre • Mei IfwWWwA Nos deux coeurs sous la terre • Mei QeVIwzX

"Je vais les rues je vais les lieux où on ne m'attend pas. Ceux que je croise au fond des yeux, non, ne me voient pas. Je parle à des gens comme moi qui n'ont l'air de rien. Des esclaves en muselière qui n'en pensent pas moins."

Nos deux coeurs sous la terre • Mei WdHxnMJ
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Ven 25 Nov - 23:43 (#)


Au milieu des failles et des ressacs
Ce n’est qu’une trêve. Rien de plus. Et pourtant. Une nuit vaudra bien des décennies de silence et de rancœur. Une seule nuit. Il respire contre sa bouche, se fichant comme d’une guigne de celui, de celle, de ce contre quoi elle est venue repaître sa faim. Sentirait-il encore le goût de rouille contre la langue qu’il invite de la sienne qu’il s’en délecterait avec le même plaisir mauvais qu’à l’époque. Il n’y a rien de trop vicieux, rien de trop monstrueux, pour eux deux. Sans limites et pourtant si sages, si réservés, en décalage avec ce monde trop bavard  et exubérant. Leur propre exubérance ne se délie que dans l’ombre, et leurs seuls témoins meurent, ou sont prêts à mourir, la plupart du temps de leur patte griffue, de leurs crocs hargneux. C’est ainsi qu’il l’aime. Elle est la seule femme de sa vie capable d’embrasser corps et âme ce qu’il est, ce qu’il fut. Même leur âge est quasi-similaire. Rien ne les sépare autrement que leur nature différente, et encore ; bercés tous les deux par ce monde surnaturel qu’ils ont embrassé par la force du destin. Et c’est bien dans l’amour comme dans la mort qu’il se sent à sa place, définitivement à sa place, entre les bras de l’immortelle, qui le repousse pourtant. Surpris, il sépare sa bouche de la sienne, l’interrogeant d’un œil curieux, mais sans révolte. Il attend. Il ne s’inquiète pas outre-mesure. Il a senti la passion qu’elle lui donne, éprouve avec force la manière dont elle se cramponne à lui. Ils ne réitéreront pas la même comédie que précédemment à Western Hill. Il ne la laissera pas faire. Il ne la laissera pas couper les ponts branlants et fragiles qui les maintiennent réunis dans cette chambre. Il contemple la beauté de ses paupières closes, de son visage tendu vers lui, et néanmoins réclamant une pause, un souffle qu’il lui accorde bien volontiers. Lui ne cesse pas de la calfeutrer au plus près, de la bercer lentement. Consacré à elle, absolument et sans réserve, se détachant de toute stimulation sensorielle autre que son corps sans pouls.

Lorsque les deux billes noires et brillantes reparaissent, il ne montre rien de l’affect qu’elles produisent sur lui. Mei est brisée. Elle est brisée comme il ne l’a en effet jamais vue avant cela. Il ne la relâche qu’à peine, le temps de répondre à sa demande muette. Le cuir s’évade de ses épaules, s’échoue derrière lui, sur le lit, tandis que sa reine d’Orient se juche sur ses cuisses en une posture beaucoup moins pudique. Là encore, il ne montre rien. Hormis, peut-être, l’ombre d’un sourire encore caché, qu’elle saura trouver si elle creuse suffisamment. Si elle érafle d’un ongle toujours cruel le vernis qui n’a jamais su tenir bien longtemps, en sa compagnie. Il voit en effet, comme elle fait attention. Elle n’a rien à voir avec la harpie qui le tordait selon ses désirs, qui faisait preuve d’une violence perpétuelle, pendant leurs moments d’une exaltation barbare et purement sexuelle. Il n’avait pas voix au chapitre alors, et ne souhaitait rien d’autre qu’être le piédestal de sa gloire, lorsque le stupre l’emportait loin de lui, de la forêt, de tout ce qui n’était pas cet état d’achèvement sanguinaire, venant clore le chapitre d’une chasse victorieuse. Ici, Mei fait attention. Elle n’en est que plus touchante, que plus surprenante. Lui, en revanche, n’aurait jamais profité de cette occasion pour souligner la différence avec la femme rencontrée auparavant. Sa main en profite pour caresser son dos couvert, ne songeant qu’aux cicatrices dont il n’a jamais connu l’origine, et qu’elle lui permettait à peine d’effleurer, lorsque sa peau était nue. À son tour, il ferme les yeux, se laissant cajoler par des baisers amplifiés par le crissement soyeux de la chevelure noire, du tissu moins doux, de la moindre vibration de l’air qu’elle provoque par ses gestes amoureux.

Le vert retrouve le sombre, lorsqu’il obéit à l’impulsion, relevant la tête dans sa direction.
Épris, autant que le loup ayant retrouvé sa plus vieille amie. Il la couvre de ce regard pur, dont seuls les canidés sont capables. Un regard d’une loyauté sans commencement ni fin. L’homme qui se soumet à la main impériale ne laisse planer aucun doute sur son inclinaison envers elle, et tout ce qu’elle représente. Elle n’avait rien à se faire pardonner. Pourtant, quelque part, il comprend que le baume de ces paroles rares trouve la plaie asséchée autrefois causée par elle. Elle promet, implore, ordonne, murmure. Elle lui demande un serment, qu’elle refuse finalement de le voir professer. Docile, il se penche alors, abandonne son visage dans sa gorge, et d’une langue avide, lape longuement le grain de peau cuivrée qui s’offre à lui. Ses soupirs se font d’abord lascifs, avant que son souffle ne paraisse gagner en puissance. Ses paumes se faufilent sous le tissu dissimulant ses courbes, jusqu’à s’emparer des seins cachés par la dentelle. Est-ce qu’il redoute un mauvais coup, de sa part ? Peut-être. Il connaît trop bien Mei pour ne pas s’attendre à une surprise de taille, à un changement d’avis, à un revers de la part de la furie. Sans même avoir à la déshabiller, il fait sauter les agrafes, et libère sa poitrine pour happer entre ses dents l’une des pointes affleurant sous la surface.

« Tu as assez bu… ? »

Il gagne en impatience, et tout le désir qu’il croyait atrophié, repoussé loin au fond de ses entrailles faute de chercher à s’unir avec une autre, paraît imploser entre ses reins, manquant de le faire gémir. Ses ongles à peine plus pointus qu’à l’ordinaire accrochent l’arrondi d’une fesse, la déparant à nouveau de cette lingerie dérangeante, tendant l’oreille en ignorant si la condition de la Longue-Vie lui permettra de l’aimer autant qu’elle le lui demande.

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