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They conquered death to bring me victory • Sumire

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Fear is the mind killer
Ian C. Calloway
Ian C. Calloway
Fear is the mind killer
✞ PAINT IT BLACK ✞

They conquered death to bring me victory • Sumire Cel2Mn1 They conquered death to bring me victory • Sumire SxWuaE6 They conquered death to bring me victory • Sumire PCXwL9G

"Tomorrow is another day,
Today is another bomb."

En un mot : Chasseur et Fils d'Abraham. Foi, Ferveur, Fardeau.
Qui es-tu ? :
"You never thought we'd go to war,
after all the things we saw."

✞ Deuxième fils d'une fratrie de trois. Cadet d'une famille de chasseurs aux traditions transmises par les pères d'aussi loin que la mémoire puisse remonter, dans les forêts d'Europe de l'Est ; racines plantées aux environs de Prague.
✞ Il tue les monstres, et particulièrement les Longue-Vies, Grandes-Dents ou fils de Caïn, qu'importe le nom qu'on leur donne : ennemi des vampires comme des lycanthropes, lorsque son frère aîné requiert son aide.
✞ Naissance à Boston, la cité-bloc balayée par les vents de l'Atlantique. Ville délaissée pour la chaude et discrète Baltimore, dans le giron des brumes de Poe. Ville adoptée, chérie comme Washington D.C.
✞ Sportif de toujours, ancien étudiant modelé par les matchs, les courses et les sauts ; a décroché une bourse pour l'université et n'a jamais cessé de tailler ce corps solide et agile lorsqu'il le faut.
✞ Il a prêté serment : docteur vouant son existence au soin des hommes, des femmes, des vieillards et des enfants. Confident de tant d'inconnus qu'il en a parfois le tournis, rassure et prescrit, soutient infirmières et collègues. Mains assez robustes pour soutenir un grand gaillard mais assez tendres pour préserver un nouveau-né.
✞ Pilier des Calloway ; homme réputé pour sa dignité, sa réserve et ses colères froides. Gardien de tous les secrets, jusqu'au plus purulent. Cherche à préserver les fondations du clan par tous les moyens, malgré les humeurs des uns et des autres.
✞ Médecin de mort, employé pendant plus de dix ans au WFC, organisme financé par les bourses du PASUA pour expérimenter sur les hommes abandonnés par leur raison, comme sur quelques CESS (les limites de l'esprit et du corps). Vie de fuyard depuis l'effondrement du site et la mort de son collègue et ami, assassiné par leur Némésis.
✞ A recueilli sa nièce Nova Calloway, en conflit permanent avec un père vétéran du 11 septembre et une mère aux abonnés absents. L'a arraché aux gratte-ciel de New York pour Baltimore, et désormais Shreveport. Non-dits, et silences douteux.
✞ Espère trouver anonymat, soutien et protection à Shreveport, entouré d'anti-surnats, et passe sa vie à esquiver les conséquences d'une décennie de péchés, que son Dieu est pourtant censé tolérer. En attente du regroupement des Calloway en Louisiane.
✞ N'aime que la ville. Il hait le soleil et l'humidité permanente qui s'abattent sur tous les États du Sud, pour lesquels il ne voue absolument aucune affection. En recherche de repères, passant d'un quotidien presque insouciant à un bras de fer de tous les instants.
✞ Tempérance et liberté. Aime le genre humain, de ses défauts les plus anodins aux tordus dont il questionne les esprits (poursuivre l'œuvre commune le liant à Carl Weiss). Horrifié par le monde dans lequel il vit, sans se résoudre à lâcher prise sur les démons à combattre.

✞LAST MAN STANDING✞

They conquered death to bring me victory • Sumire EossTie They conquered death to bring me victory • Sumire ENSBj8G They conquered death to bring me victory • Sumire DQLsZnr

"Tomorrow never comes until it's too late."

Facultés : ✞ Formé au maniement des armes à feu en tout genre : armes de poing comme armes lourdes, si les circonstances l'exigent.
✞ Ne craint pas le corps-à-corps ni les combats à l'arme blanche, même s'ils ne suscitent aucune appétence en lui.
✞ Chasseur respectueux des traditions de son clan. Arme traditionnelle : arbalète aux carreaux d'argent. Terrain de prédilection via les chasses en hauteur et les pérégrinations casse-gueules sur les toits.
✞ Porteur d'une Foi qui guide son bras et protège sa chair vulnérable. Croyant tâchant de ne pas trébucher.
Thème : Unbreakable ✞ James Newton Howard.
They conquered death to bring me victory • Sumire S7T3m9m
✞ I AM A GOD ✞

They conquered death to bring me victory • Sumire 1VW7VKf They conquered death to bring me victory • Sumire EvbM8n1 They conquered death to bring me victory • Sumire Dz9ewPr

"That's our cosa nostra."

They conquered death to bring me victory • Sumire ZfltnPn
Pseudo : Nero
Célébrité : Thomas Kretschmann.
Double compte : Eoghan Underwood, Sanford R. De Castro, Aliénor Bellovaque & Gautièr Montignac.
Messages : 890
Date d'inscription : 09/06/2019
Crédits : LUNAR (ava) ; Amiante (signa)
Dim 11 Aoû 2019 - 16:06 (#)


He runs to the weary, the worn and the weak
« Tu es sûr ? »
« Certain. Je viens de t’envoyer toutes les infos par mail. »
« Qui est la source ? »
« Qu’est-ce que ça peut te foutre ? »
Il retient une réplique cinglante. Elle ne servirait de toute façon guère à le soulager de cette pression vicieuse qui s’est abattue sur le haut de son dos, le courbant légèrement contre le bar de la cuisine devant son ordinateur portable, lisant en diagonale les notes effectivement bien reçues. Nova est recluse dans sa chambre, comme souvent. Comme toujours. Ce qui devait s’apparenter à une journée dominicale et paisible se transforme lentement en fossé de toutes les angoisses, dont les monstres pervers creusent plus profondément la terre en une esquisse grotesque de tombeau. Lui, au bord de cette terre meuble, boueuse et glissante, tente de se fier à son équilibre – celui qui l’a si peu abandonné, avec chance – pour ne pas tomber et s’y enterrer définitivement. Il tangue, des averses de mauvaises nouvelles vrillant son crâne de menaces humides, prenant la forme de la voix impérieuse de son frère aîné. Il lève les yeux vers le plafond trop net ; ils sont les premiers à vivre sous son toit. « Qu’est-ce que tu vas faire ? »
« Je vais m’en occuper. »
« Tout seul ? Non. Tu m’attends. »
« J’ai passé l’âge de tes crises d’autoritarisme. Tu restes à New York, et tu me laisses m’occuper du reste. »
« Et tu vas faire comment ? Carl est mort. » Il entend que Sasha regrette cette phrase à peine est-elle prononcée. Il ne lui facilitera pas la tâche en lui répondant vertement : cela aurait le mérite de faire disparaître l’offense de leurs mémoires, ce qui est hors de question. Ce genre de piques, de remarques désobligeantes et de rappels douloureux, Sasha en est devenu le spécialiste, avec le temps. C’est exactement la raison pour laquelle son mariage avec Jana tient. Ils sont taillés dans le même bois, incapables de s’empoisonner au point de rendre le fiel mortel pour eux deux. Ils connaissent toutes les parades pour y survivre. Pas Nova. Nova a fui cet air toxique, empuanti par une absence cruelle d’empathie, par cette règle érigée en modèle de vertu : la réalité froide et crue d’abord. Le reste viendra plus tard. Longtemps, il a pensé correspondre parfaitement à cette éthique familiale promue par Sasha à défaut d’être instaurée par Tomas. Désormais, il n’est plus sûr de rien. Oui, Carl est mort. Carl est mort, et il ne s’est jamais senti aussi seul de sa vie. « Allô ? »
« Oui, oui, je suis là. »
« Alors ? Comment tu vas f… ? »
« Je me débrouillerai. Je chassais le vampire bien avant de le rencontrer. Et je n’ai certainement pas besoin de toi. Tu es trop faible, pour le moment. » Un partout, la balle au centre. Il n’en faut pas plus pour l’entendre s’énerver au bout du fil : « Tu comptes encore appliquer ta putain de méthode ? »
« Exactement. »
« Tu fais chier. »
« Et toi t’es le dernier des connards. La prochaine fois que tu évoques Carl je te fourre un carreau d’arbalète dans le cul, c’est clair ? »
Il raccroche. Il n’a pas besoin d’entendre un tombereau d’insultes et de jurons de la part de son frère pendant dix minutes. Au lieu de cela, il s’empare de l’ordinateur et le dépose sur la table basse du salon. Il s’affaire, et dans ses veines son sang paraît chauffer, plus fluide, transportant avec lui les premières graines d’adrénaline qui l’ont porté pendant ses chasses. Il déambule dans la pièce à vivre le temps de dénicher la carte la plus récente qu’il a pu dénicher de la ville de Shreveport. Quelques stylos et marqueurs, et le voilà déjà juché sur le canapé, lisant avec attention le contenu du mail. Ci-joint, quelques photos. Il pianote, les ouvre, et reconnaît aussitôt Wayne Stevens. Il comprend tout de suite l’objet de la nervosité de Sasha. Car si Wayne est encore « en vie », c’est parce que le premier des Fils d’Abraham n’a pas réussi à le mettre à mort avant que l’Infant à peine créé, affamé permanent, ne s’implique dans la vengeance de la mort de Mathias. Il sait pourtant que Mathias n’est pas son Créateur, mais ils font partie du même Nid, du même seau de pourriture au fond duquel grouillent tous les nuisibles, tous les rampants et toutes les bestioles répugnantes de ce monde. Une infamie qu’il sera heureux de réduire à Néant une bonne fois pour toutes. Sasha s’inquiète de le voir se battre seul ; c’est qu’il n’a toujours pas saisi que les jeunes proies sont ses favorites. Impulsives, maîtrisant même parfois mal leur nouvelle vélocité, peu habiles à manipuler les dons qui, une fois matures, deviennent les vrais ennemis des chasseurs malgré leur Foi, elles sont aisées à traquer, attirer, puis faire tomber. Le papier de la carte craque lorsqu’il en déploie les pans, mettant en relation les données communiquées par ceux de son clan et le refuge probable préféré par la créature. Il entoure, trace plusieurs croix, dessine le périmètre à marquer, à cerner, sur lequel le combat aura lieu. Une certaine euphorie l’habite, maintenant que la surprise est passée. S’il n’oublie pas que la sécurité de sa nièce prévaut par-dessus tout, il n’oubliera pas de venger à son tour. S’il avait pu, il aurait mis une éternité à tuer Mathias. Il l’aurait dépossédé de tout ce qui le faisait immortel. Il l’aurait brûlé, contaminé par l’argent ingéré, l’aurait massacré méthodiquement, pendant des nuits et des nuits, jusqu’à le briser tout à fait et assassiner ce qu’il serait alors resté de lui. Frénétique, ses prunelles vont et viennent, les pointes des stylos esquissent mille plans et mille manières de laisser sa colère glacée s’abattre sur le Longue-Vie imprudent. Il sait qu’il a tort de nier le caractère dangereux de cette attaque, tout en se rassurant sur un point fondamental : Wayne n’a sûrement aucune idée de la lucidité de celui qu’il s’ingénie à poursuivre sur un coup de tête. Il ne sait pas que la surprise sera du mauvais côté, pour lui. Il ne sait pas qu’il n’a plus peur de mourir. Il ne sait pas qu’il ne vit que par décence, que par respect pour ce Dieu protecteur, dont il sera le glaive, une fois de plus. Le vengeur de tous les Abel de l’humanité.



Il n’est pas à son aise dans Stoner Hill. S’il ne laisse rien paraître, il se sait trop étranger pour se plaire à feindre une appartenance au lieu malfamé. Il ne s’agit pas ici d’un coin attrape-touristes cherchant à recréer l’illusion du danger pour venir s'encanailler à peu de frais. Il devine, à travers les murs tagués, l’insalubrité de certains immeubles et les quelques bars devant lesquels il passe, qu’un bon nombre de natifs vivent ici, profitant du peu d’intérêt des empires immobiliers pour ce coin du centre. Le dernier oasis d’une misère qui n’a pas à se planquer, ici. L’accent de Louisiane résonne à chaque coin de rue, presque incompréhensible, lorsque poussé à son extrême. Habitué au Nord et à son atmosphère radicalement différente une fois la frontière avec Washington D.C. franchie, il a du mal à ne pas prendre son temps, à ne pas observer ces nuances d’us et coutumes qui, en un autre contexte, l’auraient fasciné. À la place, il se dirige d’un bon pas vers une adresse glissée par un local, lorsqu’il a demandé où il lui serait possible de trouver des filles. Des prostituées un tant soit peu présentables, propres, et capables de lui faire passer un bon moment. L’autre s’est empressé de lui murmurer un nom, un numéro, un carrefour, un parking. Il n’a pas besoin d’en être très proche pour apercevoir, au loin, les silhouettes fantomatiques et graciles de quelques putains, portant leur carcasse parfumée de façon surhumaine, via leurs talons trop hauts. Il ralentit l’allure puis s’arrête, observant de loin ces femmes condamnées à une longue errance nocturne, au gré des clients décidés à s’acheter quelques-unes de leurs faveurs. Il hésite, une dernière fois. Presqu’intimidé. Il n’a jamais pu se résoudre à payer pour le sexe. Ni auprès des prostituées tapinant grossièrement sur les trottoirs, ni par le biais d’agences hors de prix, et encore moins simplement en répondant à des annonces sur Internet. Il ressent une certaine pitié pour ceux qui ne trouvent pas d’autres alternatives dans le but d’obtenir un peu de chaleur humaine tarifée. Il méprise ceux qui viennent passer là leurs désirs de violence, préférant cogner une inconnue que leur épouse enceinte ou leurs gosses pleurnichards. Préférant s’adonner à autant de fantasmes qui, s’ils étaient simplement évoqués avec leur compagne, pourraient peut-être s’exercer librement, dans la chambre conjugale. Il peut déjà entendre la voix de Sasha le remballer sèchement : tout le monde ne peut pas se comporter comme un déviant dans sa propre piaule. Derrière l’humour, toujours un peu de cette vérité qui blesse, et dont le flic a le secret. En pensée, il s’excuse – il ne sait pas très bien envers qui – et reprend son avancée, pour atteindre les premières catins occupées pour certaines à discuter entre elles, quand d’autres vont et viennent lentement. D’autres lui adressent de légers signes de la main ; il repère une hispanique dont il préfère se détourner. Il ignore ce qu’il cherche. Il ne sait pas. Il se sent pris au piège dans une marée humaine, une vague de femmes et parmi lesquelles il ne peut choisir. Il ne peut pas faire ça. Il n’est pas tombé aussi bas, n’est-ce pas ? Et pourtant, si. Derrière sa veste aux pans fermés, il réfléchit, tente d’assembler les pièces du puzzle dont il dispose, pour ne pas se tromper. Il doit choisir la bonne. Pas le droit à l’erreur. Il n’y aura pas de seconde chance.  

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Last man standing

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Lun 12 Aoû 2019 - 17:31 (#)



They conquered death to bring me victory

Ian & Sumire

◊ ◊ ◊

Le soleil lèche les brins d'herbes d'une prairie où l'écho de rires d'enfants s'éparpillent, formant la plus douce des mélodies pour un Paradis terrestre. Sous ses doigts, elle sent la douceur du coton de la nappe qu'ils ont étalés à même le sol à l'ombre d'un arbre aux branches détendues grassement fleuris. Il y a l'odeur du poisson cru et du riz sucré, celle plus âcre d'un alcool qui passe d'une main à une autre dans une danse détendue. Il y a les cigales aux caquètement réguliers, la chaleur bienveillante d'un astre colorant le champ entier, l'or d'un rayon caressant la pointe de ses pieds qu'elle a délesté de ses sandales. Ses yeux ne quittent pas la silhouette de Kyouta sautillant dans les hautes herbes, tendant la main pour attraper elle ne sait quel insecte, écoutant d'une oreille la voix de son mari coulant dans une douceur qu'elle a toujours appréciée, un peu rauque sur les fins de phrases, déraillant parfois mais pas assez pour que ce soit désagréable.

Son cœur bat à un rythme régulier, un sourire flirtant avec la commissure de ses lèvres que Mashiro vient délicatement comblé d'un baiser dont l'empreinte persiste. Sumire détourne les yeux du spectacle des enfants vagabonds, hurlant au ciel, riant à la figure de l'autre, rencontrant la tendresse d'un regard qu'elle ne s'est jamais lassé de croiser, s'y lovant parfois dans un hasard amoureux. Ses lèvres s'entrouvrent sur des mots qui la font rire. Il y a cette impression fugace de plus l'avoir fait depuis des siècles, craquelant le masque froid qu'elle affiche sans cesse. Le rire s'achève, s'essouffle pour devenir un souvenir. Un silence s'installe. Mashiro ne sourit plus, les cheveux agacés par la caresse du vent sableux. Ses lèvres s'entrouvrent mais la pression meurtrière d'une main l'empêche brutalement de respirer ou de saisir quelques mots. Rien ne sort, laissant remonter la bile d'une panique fétide, sa main flirtant avec un cou qu'elle découvre pourtant nu de toute attaque. L'étau est intérieur et le cœur se remet à courir, partant en saccades de battements qui la rendent sourde à ce que lui hurle brutalement son mari, la secouant par les épaules, les yeux éclatés par une folie qu'elle ne lui a jamais connu. Le soleil l'aveugle, la brûle, alors qu'elle sent toujours l'étranglement augmenter. Sa queue de cheval fouette violemment sa nuque, l'odeur âcre d'une fumée venant, vipérine, jusqu'à eux. Il n'y a que l'horreur sur son visage lorsqu'elle se tourne vers le champ qui n'est plus qu'un brasier, l'herbe dévorée par des flammes immenses. Et là, parmi les langues flambantes, elle aperçoit son fils, piégé par l'incendie, dont les cris percent le brouillard de sa surdité. Maman ! Repoussant les mains qui l'étreignent, elle se relève brusquement, manquant de trébucher sur le sol qui se fait brûlant, avalant la marée noire qui slalome du sol jusqu'au ciel. KYOUTA ! Elle hurle mais elle ne sent pas ses lèvres bouger. Elle hurle encore à s'en décrocher la voix pénétrant les flammes sans en sentir le toucher hurlant.

Le corps tremblant, secoué par les spasmes d'une panique maladive, elle se détourne, voulant rappeler l'aide d'un époux qui n'est plus là. Le souffle se coupe sans prévention. L'arbre est dénudé de ses feuilles, noirci par une suie qui semble l'avoir revêtu jusqu'au bout de ses bras faméliques, un trou profond dont les bords semblent suinter d'un coulis rougeâtre, semblable au néant, planté dans son tronc, promettant mille cauchemars. Il n'y était pas avant. Elle se fige, le souffle court, n'entendant que le sifflement incessant qui cingle ses oreilles, remontant ses mains jusqu'à son visage découvrant ses paumes recouvertes d'une poussière noire. Elle se détourne à nouveau pour ne rien trouver de plus qu'un champ carbonisé, jonché par des corps minuscules dont la peau a été calcinée et juste là, elle aperçoit le tissus d'un t-shirt ayant résisté à l'incendie, les manches bleu reconnaissable entre toute. Il ne reste que ça et l'être agonisant qui le porte, son visage n'étant plus semblable à celui de son enfant laissant apparaître l'ossature de son crâne. Les larmes bordent ses paupières, les remplissent à ras bord sans que rien ne tombe. Elle chancelle, manque encore de rejoindre le sol quand résonne un Maman ! que la douleur distord en cri aiguë que l'atmosphère silencieuse fait résonner. Sumire sursaute, fouille la campagne qui n'est plus rien qu'un Enfer rougeoyant. Maman ! La tête se détourne, fouillant les lieux où pourtant rien n'est visible. MAMAN ! Elle hurle quand les mains d'un macchabée la surprenne soudainement, enserrant son cou entre ses mains à l'épiderme arrachée, brûlant sa propre peau. Salope. Salope. Salope.

Maman !


Sumire se relève dans un sursaut, une plainte coincée dans la gorge, ses cheveux rejoignant son visage pâle, quelques mèches repoussées par le souffle erratique sortant de ses lèvres entrouvertes. Ses prunelles fouillent la pièce d'un salon qu'elle connait bien à présent, redécouvrant le décor en tentant de s'accrocher à cette réalité. Toujours, l'écho du cri de Kyouta résonne à ses oreilles, chantant son horreur, sa douleur et ses pires accusations. C'est ta faute. Sanglant souvenir d'un cauchemar immonde attaché aux paupières, elle n'ose les refermer, repoussant les couvertures pour mieux se relever. Les pieds nus retrouvent le parquet alors qu'elle attrape l'obscurité à travers la lucarne, lorgnant les lucioles des fenêtres où la lumière perle des immeubles d'en face et de bien plus loin encore. Sumire qui bouillonne. Sumire qui frissonne et les bras qui entourent sa poitrine n’annihilent pas la maladie frileuse qui l'atteint. Elle gangrène tout, mordille le myocarde qui ne cesse jamais ses secousses. Il tremble autant qu'elle. Un soupir qui souligne la résignation et quelques pas qu'elle fait jusqu'à la cuisine, s'éloignant de la félicité crépusculaire. Des placards s'ouvrent, leurs étagères présentant la plus horrible des solutions. Dans l'automatisme, elle laisse un verre rejoindre le plan de travail, laissant l'ambre d'un alcool acheté au hasard s'y déverser. Le coulis cristallin arrive à peine à l'apaiser, laissant résonner la culpabilité de son acte. L'amertume rejoint rapidement ses lèvres, échauffant la langue, détendant, au fil des gorgées, les muscles crispés. Les yeux rougis ne lorgnent que le vide, abyssale, autant que l'esprit qui s'emplit de cauchemars qui n'ont jamais cessés. Ils viennent la hanter, démarrant dans une atmosphère magique qui finit, toujours, par se casser la gueule. La douceur du temps est déchiré par les doigts crochus de ses hantises. Et elle se demande toujours; A-t-il vraiment souffert ? A-t-il hurler à ce point sans que jamais elle ne l'entende ? L'immondice de cette seule pensée lui fait remplir un deuxième verre qu'elle mène à ses lèvres d'une main tremblante. La nuit promet une longueur éternelle qu'elle n'est pas certaine d'arriver à affronter.


La ruche bourdonne de ses abeilles habillées de soie, de cuir, de jean. Ruche de béton qu'elles remplissent de leurs gazouillements enjoués, çà et là se perdent quelques mots bien mordants, crachant sur des potins qui raniment la haine, qui font flamber les langues et les insultes de l'anglais à l'espagnol. Dans sa robe de soie noire aux arabesques mordorées, le visage dégagé de ses mèches d'encre, elle n'a l'air que d'une fille de passage, un fruit exotique posé là que les yeux des nymphes ignorent le plus souvent. Parfois, les prunelles se croisent, s'arrachent les tripes en silence. D'autres fois encore, elles se pigmentent d'une offrande d'amitié qu'elle refuse d'un sourire discret. Ce soir, encore plus que les autres, elle n'a envie que de perdition. Il est là, tout le bonheur de se perdre sur des corps boueux de souvenirs, de s'y noyer dans le glas d'une jouissance qu'elle fait perdurer du bout de ses doigts qui se font plumes. Cette nuit, je plongerais en vous plus violemment encore. Elle sent le besoin vivace de l'oubli. Le cancer d'une cigarette se glisse entre ses lèvres, les orbes encore hantées par un sommeil agité qu'elle a su dissimuler sous un maquillage léger. Le briquet est prêt à mordre la pointe, à l'allumer comme elles allument les hommes perdus. Perdu comme la silhouette qu'elle aperçoit déjà au loin. De son perchoir de béton, elle voit déjà la tension, l'hésitation. Vagabond novice ou de passage, elle l'ignore. La cancéreuse se rétracte lentement dans le paquet qu'elle jette de nouveau au fond de son sac à main. Elle observe le manège qu'elle connait par cœur, l'oscillation intérieur entre le bien et le mal, le désir d'amour et celui de ne pas tomber si bas. Sumire observe, se nourrit des traits qui s'approchent d'une démarche qu'elle sent puissante malgré les ambages qui ont l'air de le morceler en deux. Il passe de fille en fille sans jamais faire un choix, la ligne s'effilochant doucement jusqu'à elle qui, dans l'ombre, se façonne le plus beau des visages. L'oubli est tout proche, c'est promis. En quelques pas, elle lui barre le passage, sans forcer, sans dominer totalement. Il y a son sourire qui se fait malice et ses yeux pétillant d'une joie prometteuse. "Vous êtes perdu ?" Ils savent tous les deux que non, offrant là l'occasion d'une première détente. Délicate, la sorcière tisse sa toile dans laquelle elle l'enroulera pour le dévorer dans une sauvagerie indélébile. Pour une fois, elle ne fonce pas dans le tas, n'expose rien des prix qu'elle offre. Les billets viendront plus tard. D'abord, la confiance après les négociations. Elle sent sur eux les piqûres des regards, fielleux ou curieux. Elle s'en fiche, ne s'offrant qu'à lui et à son regard de chien errant. "Première fois, hein ? La première c'est toujours un peu complexe mais certains y prennent goût." D'un talon claquant le béton, elle s'avance encore un peu, l'étole de soie mariée à sa robe ne couvrant rien de l'échancrure soulignant l'erg de seins palots. "Vous pourriez passer une bonne soirée." Les mots sont choisis avec parcimonie, offrant la promesse d'une nuit d'exode luxuriante. Peu importe où et comment, elle se fera le plus beau des fantasmes.

(c) oxymort, bandit rouge

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Ian C. Calloway
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✞ Deuxième fils d'une fratrie de trois. Cadet d'une famille de chasseurs aux traditions transmises par les pères d'aussi loin que la mémoire puisse remonter, dans les forêts d'Europe de l'Est ; racines plantées aux environs de Prague.
✞ Il tue les monstres, et particulièrement les Longue-Vies, Grandes-Dents ou fils de Caïn, qu'importe le nom qu'on leur donne : ennemi des vampires comme des lycanthropes, lorsque son frère aîné requiert son aide.
✞ Naissance à Boston, la cité-bloc balayée par les vents de l'Atlantique. Ville délaissée pour la chaude et discrète Baltimore, dans le giron des brumes de Poe. Ville adoptée, chérie comme Washington D.C.
✞ Sportif de toujours, ancien étudiant modelé par les matchs, les courses et les sauts ; a décroché une bourse pour l'université et n'a jamais cessé de tailler ce corps solide et agile lorsqu'il le faut.
✞ Il a prêté serment : docteur vouant son existence au soin des hommes, des femmes, des vieillards et des enfants. Confident de tant d'inconnus qu'il en a parfois le tournis, rassure et prescrit, soutient infirmières et collègues. Mains assez robustes pour soutenir un grand gaillard mais assez tendres pour préserver un nouveau-né.
✞ Pilier des Calloway ; homme réputé pour sa dignité, sa réserve et ses colères froides. Gardien de tous les secrets, jusqu'au plus purulent. Cherche à préserver les fondations du clan par tous les moyens, malgré les humeurs des uns et des autres.
✞ Médecin de mort, employé pendant plus de dix ans au WFC, organisme financé par les bourses du PASUA pour expérimenter sur les hommes abandonnés par leur raison, comme sur quelques CESS (les limites de l'esprit et du corps). Vie de fuyard depuis l'effondrement du site et la mort de son collègue et ami, assassiné par leur Némésis.
✞ A recueilli sa nièce Nova Calloway, en conflit permanent avec un père vétéran du 11 septembre et une mère aux abonnés absents. L'a arraché aux gratte-ciel de New York pour Baltimore, et désormais Shreveport. Non-dits, et silences douteux.
✞ Espère trouver anonymat, soutien et protection à Shreveport, entouré d'anti-surnats, et passe sa vie à esquiver les conséquences d'une décennie de péchés, que son Dieu est pourtant censé tolérer. En attente du regroupement des Calloway en Louisiane.
✞ N'aime que la ville. Il hait le soleil et l'humidité permanente qui s'abattent sur tous les États du Sud, pour lesquels il ne voue absolument aucune affection. En recherche de repères, passant d'un quotidien presque insouciant à un bras de fer de tous les instants.
✞ Tempérance et liberté. Aime le genre humain, de ses défauts les plus anodins aux tordus dont il questionne les esprits (poursuivre l'œuvre commune le liant à Carl Weiss). Horrifié par le monde dans lequel il vit, sans se résoudre à lâcher prise sur les démons à combattre.

✞LAST MAN STANDING✞

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✞ Ne craint pas le corps-à-corps ni les combats à l'arme blanche, même s'ils ne suscitent aucune appétence en lui.
✞ Chasseur respectueux des traditions de son clan. Arme traditionnelle : arbalète aux carreaux d'argent. Terrain de prédilection via les chasses en hauteur et les pérégrinations casse-gueules sur les toits.
✞ Porteur d'une Foi qui guide son bras et protège sa chair vulnérable. Croyant tâchant de ne pas trébucher.
Thème : Unbreakable ✞ James Newton Howard.
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Sam 14 Sep 2019 - 3:55 (#)


He runs to the weary, the worn and the weak
Il jouera le jeu de tous les bourreaux qu’il conchie. Il s’apprête à sacrifier une part de plus de sa morale, déjà foulée aux pieds par les dollars faciles, les responsabilités familiales, et la conviction de bien faire. D’être utile. Tant de visages, derrière les barreaux. Il n’a jamais été du genre à se cacher derrière Dieu, en-dehors de son aide glorieuse pendant la Chasse. Il n’a jamais prié enfant pour se sauver d’une bêtise mineure. Il n’a jamais imploré la Vierge Marie, ni aucun saint d’aucune sorte pour s’attirer faveurs, chance et santé. Sa Foi, si étrange, est un apprentissage permanent, une sempiternelle mise à l’épreuve que rien, pas même le passage du temps, ne vient soulager. Une éternelle remise en question, une interrogation sans fin, sans fond. Les yeux levés, en direction des vitraux étincelant, et le gouffre noir intérieur, la peur du précipice jamais loin. Personne ne viendra l’en tirer, s’il y tombe seul. S’il se détourne du chemin doré. Pas même le Tout-Puissant. Déjà rongé par le remords, le voilà déjà en train de se protéger, improvisant de maigres défenses, se réclamant de tous ceux qui, avant lui, ont renoncé à bien pire qu’une fleur des pavés exposée à la nuit. Ceux qui avaient sacrifié leur fils pour le Divin, leur femme, leurs possessions matérielles, leur propre vie, pour l’Idéal. Il n’y a rien à regretter. Il doit le faire. Parce qu’il n’a pas le choix. Parce qu’il préfère elles plutôt qu’Elle. Parce qu’il ne pourra plus jamais se regarder dans une glace, s’il échoue. Il ne peut pas faire confiance à Sasha, et encore moins à Miles. Il est seul. Il le restera. Et malgré son envie de déguerpir sans demander son reste, ses prunelles s’accrochent à un mouvement fugace, quelque part sur sa droite. Une paire d’yeux bridés, deux billes de jais, dans lesquelles se reflète l’éclairage faiblard de la rue, qui le font s’arrêter net. Il est tout de suite marqué par la gracilité du corps maintes fois serré. Il pourrait la briser si facilement, lui-même. Même s’il envisage une force tenace, comprise dans ces bras minces et ces mollets fluets. Elle ne ressemble pas à June. Elle n’a pas le métissage de son ancienne fiancée. Et pourtant. Une cruelle similitude, venue d'il ne sait où, le touche et l’empêche de reprendre son chemin. Il la regarde. Probablement pas comme un client compare les « biens » à portée. Il n’aime pas son audace, même s’il la comprend. Il la plaint. Il la plaint et préfère ne pas imaginer tous les visages, les paluches et les langues qu’elle a dû toucher, subir, étreindre.

Combien ? Combien sont déjà passés entre ses cuisses ? Le médecin qu’il est a beau se tenir loin des clichés, de pareils quartiers laissent présager le pire, quant aux maux qui dorment, dans le ventre des putains. Il envisage de s’excuser, de lui tourner le dos. D’en trouver une autre. Pour preuve, il redresse la tête, croise le regard pénétrant de quelques rivales ou compagnes de rue, feignant de ne pas s’intéresser à la scène plus que cela. Il en discerne quelques-unes, sans ressentir l’envie de s’avancer vers elles à leur tour. La créature entreprenante qui lui fait face est peut-être déjà en train de creuser sa tombe, et il voudrait prendre sur lui la douleur qu’il lui infligera peut-être. « Je ne fréquente pas souvent le coin, c’est vrai. » Il parle comme le Doc qu’il ne cesse jamais vraiment d’être. Il ne réussit jamais totalement à tracer la frontière nette entre privée et professionnelle. Ou du moins, pas autant qu’il le souhaiterait, dans un monde idéal. Les longues heures passées à déborder de son emploi du temps habituel pour soigner un patient de plus, pour accorder quelques minutes supplémentaires et se montrer à l’écoute de qui le réclame, ont lentement réduit à l’état de poussière cette utopie qui veut qu’un soignant arrive à l’heure et ne s’attarde pas, le soir. Alors parfois, lorsqu’il se veut roide, c’est une ouate détestable qui orne sa voix, une armure destinée à protéger autrui de ses remarques vexantes, cinglantes, directes. Quelque part, il l’accepte volontiers. Il ne veut pas ressembler à son frère. Pas sur ça. « Première fois, oui… » Gêné, il passe d’un pied sur l’autre, pèse le pour et le contre, la scrute plus avant. Ses traits si fins. Sa peau d’une blancheur non pas maladive, mais porcelaine. Il semble difficile de pouvoir souiller un tel épiderme. Elle ne possède pas la vulgarité des filles qu’il a maintes fois vues posées sur leur bout de trottoir. Sa mise, ses vêtements plutôt simples et l’absence de clinquant, de détails sordides ou tape-à-l’œil, le confortent dans l’idée qu’elle le haïra très vite. Qu’elle ne mérite pas ce qu’il s’apprête à lui infliger. Il ne s’estime bon comédien qu’enveloppé dans sa blouse immaculée, dans un bureau impeccable, dans les étages d’un hôpital. Ici, sans atours, sans parures ni décor, ce n’est plus aussi simple. Son sourire est crispé, son attitude sur la réserve. « Vous devez savoir vous y prendre, je n’en doute pas. » Il a failli l’appeler mademoiselle. Aurait-ce été si ridicule ? Se serait-elle moquée ? L’aurait-elle cru cynique ? « J’ignore quels sont vos tarifs. Mais je peux vous proposer beaucoup… » Le monde ne marche qu’à ça. La promesse du fric, plus enivrant que n’importe quel alcool, aux effets plus fulgurants que la substance la plus puissante. « Pas ici. Vous pensez pouvoir marcher un petit peu ? » Il désigne les talons qui grandissent la sylphide. « J’ai un véhicule, si vous préférez. Enfin… J’ignore si vous avez besoin d’une garantie ou… d’une preuve que je ne vais pas vous kidnapper pour vous enfermer dans une chambre d’hôtel. » Il n’a pas élevé la voix. Il l’a simplement rendue plus légère. Ian Calloway est un enfoiré de première catégorie. Une sombre merde, pense-t-il, prêt à profiter de sa vulnérabilité élégante, qui semble n'avoir rien à faire auprès des bouges du coin. « Je ne connais pas les règles de votre monde, je le crains. Si vous vous sentez de m'instruire... »

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Last man standing

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Mer 25 Sep 2019 - 18:30 (#)



They conquered death to bring me victory

Ian & Sumire

◊ ◊ ◊

Ils sont nombreux à venir une fois, une unique soirée, la curiosité attisée par l'envie d'assouvir un fantasme qu'on n'ose avoué à l'être aimé ou plus vraiment désiré, pour ne pas être seul ce soir-là précisément, par quelque chose de plus primaire parfois. Ils viennent tous avec les boulets de leurs raisons dont elle ne veut rien savoir. S'ils parlent, elle écoute, s'ils parlent trop, elle sait faire semblant d'être toute attentive, presque hypnotisée par la flopée de paroles qui peuvent parfois sortir et a appris à les faire taire pour transformer les mots en supplications. Les lèvres se font offrandes d'alanguissements impures, de souffles harassés et bientôt, ils finissent par se taire. Oublieuse de ces nuits qui ne peuvent plus se compter, elle se perd dans la contemplation du nouvel égaré, se demandant ce qui lui, le rendrait muet. Sous le regard qu'elle lui offre elle se permet d'observer, l'attention silencieuse glissant sur le visage qu'elle devine porteur des passages du temps, l'esquisse du sourire nerveux, le regard qui dérive ailleurs que sur elle. Peut-être qu'elle ne lui plait pas et elle ne s'offense pas. Elle sait ne pas être le fantasme de tous les passants qui s'égarent. Les goûts, les saveurs, tout diverge même dans un monde où les épices mise aux enchères se font humaines, achetées pour quelques billets glissés entre les doigts salis.

"Je ne fréquente pas souvent le coin, c’est vrai." Le sourire est une offrande à continuer, quelques poussières d'une confiance qu'ils s'offrent mutuellement le temps d'un instant. Elle promet la douceur, penche rien qu'un peu la tête, réellement intriguée par ce qu'il amène dans un recoin où la misère grouille, à quelques pas on pourrait presque entendre les rires gras et les complaintes des ivrognes et junkies que le monde a décidé d'ignorer. Des reclus, des rebuts de la société et elles, damnées du béton, font partie du chaînon rouillé. "Première fois, oui…" Il transpire le malaise, de sa posture lancinante à ce regard fuyant et le monstre en elle se nourrit de cette impression grisante de puissance qu'elles ont sur l'autre, sur eux. Sans elles où iraient-ils se perdre ? Sûrement dans une beuverie excessive, peut-être ne diraient-ils rien, enfermant leur frustration quelque part, comme de la poussière qu'on pousse sous un tapis pour ne plus la voir en faisant fi de toute la douleur que ça apporte de l'ignorer. Fascinante, la force qu'a l'Homme à serrer les dents des années durant en ne disant rien de ses désirs, en les refrénant comme on ordonnerait à une bête d'oublier ses instincts primaires. Qu'elle se taise, qu'elle ne grogne plus, qu'elle s'endorme pour ne plus déranger la platitude d'une vie entrant dans la norme. "Vous devez savoir vous y prendre, je n’en doute pas." Il n'y a qu'un haussement de sourcil, resserrant l'étole sur sur ses bras en un geste discret, cillant à la vue d'une posture toujours moins détendue au fil des secondes. Un soupir qui sonne presque un rire lui échappe, décidée à ne pas lâcher le poisson qui s'est enfin approché "Ceux qui viennent me voir ne se plaignent pas en tout cas." L'échec ne sonne que rarement en elle quand vient la nuit. Ils repartent tous satisfaits, pour un temps, pour une nuit, pour une heure mais tout ce qui compte est qu'ils s'oublient à ses côtés. "J’ignore quels sont vos tarifs. Mais je peux vous proposer beaucoup…" Rien ne bouge en surface, l'eau reste lisse, le sourire ne flanche pas et les battements des paupières ne perdent pas leur rythme léger. Le cœur, peut-être, murmure sa curiosité dans sa cave de chair et d'os, réclamant son dû. Si elle danse chaque soir sur le béton, la cupidité l'y motive peut-être un peu aussi. Elle en a besoin pour le reste, pour tout ce qui viendra, pour espérer plus que la misère dans laquelle elle se baigne depuis des mois, des années même. Elles se sont écoulées si vite et si lentement à la fois, le Japon reste en elle comme un arbre dont le tronc n'est pas prêt de se déraciner mais elle se tend sous l'assaut de la peur d'oublier, de ne plus se souvenir de tout ce qu'elle a été là-bas. Non, en vérité, elle n'est plus grand chose depuis longtemps. Ici ou ailleurs, la rengaine est la même et sonne creux. "Le prix dépend surtout de ce que vous voulez de moi. Plus vous donnez et plus je serais généreuse." Ce n'est qu'un murmure qui achève la promesse mélodieuse, laisse fleurir l'imagination jamais vraiment endormie lorsqu'elle touche à la fusion des corps. La luxure est une muse inspirant tout le monde, en bien ou en mal.

"Pas ici. Vous pensez pouvoir marcher un petit peu ?" Enfin, elle entend presque les cloches de la victoire se mettre à tinter au loin sans trop s'emballer. Certains peuvent se rétracter à la dernière minute, se sentir si proche du but qu'ils se reculent précipitamment par crainte, par manque de confiance, parce que la réalité finit par les rattraper et que le rêve se transforme en cauchemar. "Je ne connais pas les règles de votre monde, je le crains. Si vous vous sentez de m'instruire..." C'est un peu étrange, l'envie qu'elle a d'en savoir plus, de le questionner sur ce qui l'amène jusqu'ici, jusqu'à ce royaume où il n'a pas l'air de vouloir baigner. Ses yeux ne bavent pas d'un désir irrépressible, il ne tremble pas d'impatience, ne respire pas plus fort que certains prêts à les dévorer contre un mur sans demander l'autorisation. Il est d'un calme fragile, sur le qui-vive, un peu timide. Et c'est ce dernier détail qui la fait sourire d'une façon presque plus sincère, cédant à la proposition. "Vous instruire, je ne sais pas si c'est mon rôle mais … je pourrais au moins vous détendre un peu. Alors va pour la voiture." D'un signe de tête elle l'invite à prendre le large, mordant le sol de ses aiguilles avant de reprendre "Et pas besoin de garantie. Je décide de faire confiance, le temps que ça durera. C'est surtout à vous d'honorer ce contrat silencieux." L'avertissement est lui aussi presque muet, imperceptible mais bien présent. Elle décide toujours d'ignorer l'alarme qui sonne en elle lorsqu'elle se retrouve seule avec celui qui partagera un morceau de sa nuit, faisant taire violemment les angoisses, l'effet fantôme de l'étranglement ne la quittant jamais vraiment, le mot "Salope" résonnant sans pourtant être prononcé. Il la hante et la rend plus douteuse qu'elle ne l'était avant. C'est la haine qui l'anime un instant, la forçant à détourner le regard, resserrant ses doigts sur son sac à main, cillant un instant en fixant le vide, forçant sa propre respiration à reprendre un rythme plus normal. Ce n'était rien, ce n'était qu'une erreur. C'était peut-être sa faute. Le silence qui s'installe au rythme des pas qui dévalent le trottoir l'indispose de plus en plus, la forçant à le briser. Les yeux observent celui qui n'aura peut-être pas de nom ce soir. "Tout va bien se passer. C'est comme toutes les première fois, vous appréhendez. Mais tout ira bien." Et elle a l'audace de poser sa main contre son bras, quelques secondes, dans une tentative d'apaisement, un premier contact empêchant pourtant ses doigts de violer les premières barrières sans qu'il n'en sache rien. La main s'égare et se retire enfin. "Vous avez une idée d'où vous voulez aller ?"

(c) oxymort, bandit rouge

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Fear is the mind killer
Ian C. Calloway
Ian C. Calloway
Fear is the mind killer
✞ PAINT IT BLACK ✞

They conquered death to bring me victory • Sumire Cel2Mn1 They conquered death to bring me victory • Sumire SxWuaE6 They conquered death to bring me victory • Sumire PCXwL9G

"Tomorrow is another day,
Today is another bomb."

En un mot : Chasseur et Fils d'Abraham. Foi, Ferveur, Fardeau.
Qui es-tu ? :
"You never thought we'd go to war,
after all the things we saw."

✞ Deuxième fils d'une fratrie de trois. Cadet d'une famille de chasseurs aux traditions transmises par les pères d'aussi loin que la mémoire puisse remonter, dans les forêts d'Europe de l'Est ; racines plantées aux environs de Prague.
✞ Il tue les monstres, et particulièrement les Longue-Vies, Grandes-Dents ou fils de Caïn, qu'importe le nom qu'on leur donne : ennemi des vampires comme des lycanthropes, lorsque son frère aîné requiert son aide.
✞ Naissance à Boston, la cité-bloc balayée par les vents de l'Atlantique. Ville délaissée pour la chaude et discrète Baltimore, dans le giron des brumes de Poe. Ville adoptée, chérie comme Washington D.C.
✞ Sportif de toujours, ancien étudiant modelé par les matchs, les courses et les sauts ; a décroché une bourse pour l'université et n'a jamais cessé de tailler ce corps solide et agile lorsqu'il le faut.
✞ Il a prêté serment : docteur vouant son existence au soin des hommes, des femmes, des vieillards et des enfants. Confident de tant d'inconnus qu'il en a parfois le tournis, rassure et prescrit, soutient infirmières et collègues. Mains assez robustes pour soutenir un grand gaillard mais assez tendres pour préserver un nouveau-né.
✞ Pilier des Calloway ; homme réputé pour sa dignité, sa réserve et ses colères froides. Gardien de tous les secrets, jusqu'au plus purulent. Cherche à préserver les fondations du clan par tous les moyens, malgré les humeurs des uns et des autres.
✞ Médecin de mort, employé pendant plus de dix ans au WFC, organisme financé par les bourses du PASUA pour expérimenter sur les hommes abandonnés par leur raison, comme sur quelques CESS (les limites de l'esprit et du corps). Vie de fuyard depuis l'effondrement du site et la mort de son collègue et ami, assassiné par leur Némésis.
✞ A recueilli sa nièce Nova Calloway, en conflit permanent avec un père vétéran du 11 septembre et une mère aux abonnés absents. L'a arraché aux gratte-ciel de New York pour Baltimore, et désormais Shreveport. Non-dits, et silences douteux.
✞ Espère trouver anonymat, soutien et protection à Shreveport, entouré d'anti-surnats, et passe sa vie à esquiver les conséquences d'une décennie de péchés, que son Dieu est pourtant censé tolérer. En attente du regroupement des Calloway en Louisiane.
✞ N'aime que la ville. Il hait le soleil et l'humidité permanente qui s'abattent sur tous les États du Sud, pour lesquels il ne voue absolument aucune affection. En recherche de repères, passant d'un quotidien presque insouciant à un bras de fer de tous les instants.
✞ Tempérance et liberté. Aime le genre humain, de ses défauts les plus anodins aux tordus dont il questionne les esprits (poursuivre l'œuvre commune le liant à Carl Weiss). Horrifié par le monde dans lequel il vit, sans se résoudre à lâcher prise sur les démons à combattre.

✞LAST MAN STANDING✞

They conquered death to bring me victory • Sumire EossTie They conquered death to bring me victory • Sumire ENSBj8G They conquered death to bring me victory • Sumire DQLsZnr

"Tomorrow never comes until it's too late."

Facultés : ✞ Formé au maniement des armes à feu en tout genre : armes de poing comme armes lourdes, si les circonstances l'exigent.
✞ Ne craint pas le corps-à-corps ni les combats à l'arme blanche, même s'ils ne suscitent aucune appétence en lui.
✞ Chasseur respectueux des traditions de son clan. Arme traditionnelle : arbalète aux carreaux d'argent. Terrain de prédilection via les chasses en hauteur et les pérégrinations casse-gueules sur les toits.
✞ Porteur d'une Foi qui guide son bras et protège sa chair vulnérable. Croyant tâchant de ne pas trébucher.
Thème : Unbreakable ✞ James Newton Howard.
They conquered death to bring me victory • Sumire S7T3m9m
✞ I AM A GOD ✞

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"That's our cosa nostra."

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Mar 10 Déc 2019 - 20:30 (#)


He runs to the weary, the worn and the weak
Bientôt, il ne pourra plus faire demi-tour. Bientôt, l’enfer va se déchaîner sur elle, et la putain n’en aura pas la moindre idée. Masquant tant bien que mal tout signe potentiel de nervosité, il se focalise sur les expressions réservées mais prometteuses arborées par l’inconnue. Sensible à cette délicatesse, à cette maîtrise qu’elle exhale, elle ne ressemble en rien à celles devant lesquelles il est passé tant de nuits. En rentrant du travail, ou bien en s’y rendant, traversant les quartiers de Baltimore réputés pour les déambulations des filles, ces va-et-vient éternels, tout en guettant le chaland, feignant cependant le désintérêt – rien de plus pathétique qu’une gagneuse accrochant désespérément les prunelles d’un homme pour l’attirer dans son giron. Il en avait discerné, des robes de cuir, des escarpins stupidement sophistiqués et terriblement hauts, des crinières peroxydées et des paupières noircies de fards et de crayons. Elle n’est pas ainsi. Elle se voue aux vents et au risque que court toute femme vendant sa peau dans des coins pareils. Elle n’est pas outrageusement maquillée, ni vulgairement vêtue, et la finesse de ses mouvements n’a rien à envier aux soi-disant femmes du beau monde. Et c’est elle qu’il s’apprête à sacrifier. Elle accepte, probablement poussée par le désir et le besoin de tout l’argent promis. Il donnera, oui. Beaucoup. L’argent planqué dans la boîte à gants, il n’a fixé aucune somme préétablie – car combien vaut une vie humaine que l’on vient de mettre en jeu ? La question est ignoble, et particulièrement pour un toubib comme lui.

Mais sa décision est prise. Il n’est plus temps de revenir en arrière. Au moment où leurs deux corps s’ébranlent, qu’il l’incite à faire demi-tour pour marcher jusqu’à la voiture, déjà, son esprit se projette vers le chemin tracé maintes et maintes fois, répété, préparé. Il n’a pas le droit à l’erreur. Si la fille l’écoute, si elle suit ses conseils et se tient à son plan dont elle ne connaît aucun des rouages, alors peut-être pourra-t-elle survivre. Il l’écoute d’une oreille distraite, acquiesçant pour ne pas l’inquiéter, autant que pour dissimuler le malaise qui grimpe, qui grimpe… Elle lui voue une confiance qu’il est en train de broyer entre des phalanges invisibles, déchirant en mille morceaux un contrat immatériel, immémorial, que tant d’hommes mettent à mal, abandonnant derrière eux les corps féminins marbrés de coups, étranglés, ou pire encore. Rien ne le sépare de ces types, à l’heure actuelle. Rien. Les talons qui claquent et les éloignent des compagnes de trottoir de la Japonaise ne l’apaisent pas davantage. Les autres se sont enfin détournées d’eux, résolues, prêtes à accoster le prochain client éventuel. Il n’y a plus qu’eux deux. Il lui indique un embranchement et hoche la tête, jouant la carte de l’assurance, cette force tranquille que certains lui ont toujours enviée. « Ma voiture n’est pas loin. » Pour preuve, il fouille dans la poche de sa veste et en extirpe les clefs. Il caresse de son pouce la structure métallique des TwinTowers ainsi que les ovales de verre portant les sigles des pompiers de New York City, ainsi que des services de police de la ville. Le plastique, poli par des centaines et des centaines de ce genre de contacts, proches du toc. « Les nuits doivent vous paraître bien longues, parfois. » Encore qu’elles ne connaissent pas ici les hivers rudes d’Amérique du Nord, le tapin quand le mercure passe sous la barre du 0. Bientôt, la berline leur apparaît, et il déverrouille le véhicule pour lui ouvrir la portière, côté passager. Puis il le contourne pour se glisser rapidement derrière le volant. L’habitacle sent bon le cuir et un parfum musqué, provenant des bouches de ventilation. Une fois isolés du monde extérieur, le parfum de la fille se joint à la myriade de senteurs, ce qui n’est pas désagréable. Il se penche, s’excusant dans un murmure et ouvre la fameuse boîte, en extirpant une enveloppe visiblement épaisse. Dans un claquement sec, il referme l’équipement et plonge le bout des doigts dans le carcan de papier. Il en sort une liasse de billets verts, son visage se tournant vers le sien. « Je n’ai pas été complètement honnête avec vous. Je ne serai pas votre client… Du moins… Ce n’est pas moi que vous devrez charmer, cette nuit. » Oh, son sourire. Il ne peut se contempler lui-même, y compris dans le reflet de la vitre derrière la jeune femme, et pour cela, il en remercie tous les saints. Il n’aurait pas supporté de se voir jouer cette comédie grotesque. « Sans offense, bien sûr. En réalité, il s’agit d’un cadeau. Pour un ami. Et, bien sûr, vous êtes le cadeau. » Le chasseur s’emploie rapidement à trier les billets, en tendant une partie à sa vis-à-vis. « Il y a cinq cent dollars, dans cette enveloppe. Voici les premiers deux-cent-cinquante. Vous aurez le reste à la fin de votre prestation, si vous êtes d’accord ? » Il espère ne pas se tromper. Encore que, lui filer le reste ne lui poserait pas plus de problème, comparativement au reste. « Il n’est pas difficile. Il s’agit d’une surprise. Nous sommes plusieurs à nous cotiser. » L’habileté du mensonge lui terrifie. Il s’inquiète de connaître trop bien la manière de glisser quelques gouttes de vrai dans ce magma de faux. « Nous avons… une sorte de scénario, pour qu’il ne se doute de rien. Je vais vous indiquer exactement quoi faire, et quoi dire. Et si tout se passe bien, vous aurez le reste. Deal ? » L’enveloppe contenant le reste de la somme disparaît dans la poche intérieur de sa veste. Avec un chuintement discret, la voiture s’ébranle. Il la conduit à l’échafaud, et cependant sa conduite n’en semble pas impactée le moins du monde. Un cynisme qui le dépasse. « J’espère que cela ne vous ennuie pas ? Je vous l’ai dit, j’ignore tout des conventions de votre milieu… » Ils n’auront pas à rouler bien longtemps. Il dépasse le quartier réputé rouge, pour s’aventurer dans des ruelles les plus pouilleuses de Dalzell Street. Comme un signe, un mauvais présage, un chat noir galope, loin devant eux. S’il ne croit pas à ces balivernes, il ne se sent pas plus rassuré, priant pour qu’elle joue le jeu jusqu’au bout. « C’est là… Je vais me garer derrière. » Se planquer, aurait été le mot juste. Stoppant la voiture, il l’incite à ne pas rejoindre la rue tout de suite. Il tend l’oreille. Le quartier est calme. À moitié dépeuplé dans ce coin-là, semble-t-il. Le coin idéal, quand on a besoin de discrétion. « Je vais vous expliquer ce que vous devrez faire. Nous allons sortir de la voiture, je vais vous accompagner jusqu’à l’immeuble où habite mon ami. Vous entrerez seule, puis vous devrez vous rendre au troisième étage. Prenez les escaliers, l’ascenseur n’est pas sûr. En sortant, vous prendrez à droite et vous frapperez à la première porte, appartement A166. Il sera probablement plus que surpris de vous voir. Dites que vous êtes un cadeau spécialement offert par Ava. Il vous fera entrer. Jouez votre plus beau numéro, je sais que vous en êtes capable. Charmez-le, faites tout ce que vous voulez, tant que vous finissez par le conduire sur le balcon qui donne sur la rue. Faites-le sortir sur ce balcon, prétextez vouloir prendre l’air avec lui, mais faites-le sortir. » … avant qu’il ne lui arrache la gorge ou ne la soumette aux jeux sadiques dont l’Immortel semble friand. Sa bouche devient désagréablement sèche. « Il s’appelle Wayne. Montrez-vous audacieuse, et vous lui plairez. » Il se tait enfin, et son regard tombe sur les cuisses si pâles et en partie dénudées, vers ses mollets assez forts pour la porter toute une nuit sur ses talons si fins. Un éclat de pitié terrible le submerge. « Je viendrai vous chercher. Quand tout sera terminé. Je vous le promets. » Ils doivent sortir. Ils doivent y aller maintenant.

Pour la dernière fois, il ancre ses orbes aux siennes, garantes d’un avertissement qu’elle ferait bien de ne pas prendre à la légère. « Ne lui montrez jamais que vous êtes surprise. Quoi qu’il arrive. Restez prudente, faites comme si vous le connaissiez depuis toujours. C’est très important. Ne lui montrez pas que vous êtes surprise. » S’il s’est trompé, s’il a choisi la mauvaise, alors tout ça n’aura servi à rien. Il descend de voiture, veillant à ce qu’elle le suive, posant son index contre ses lèvres, pour lui intimer le silence. Une fois face à l’immeuble, il désigne la fenêtre ouverte du troisième étage, sur ce balcon minuscule et pourtant capital. De la musique résonne, comme un morceau aux airs de Black Rebel Motorcycle Club. Il se recule dans l’ombre du porche, de l’autre côté de la rue. Désormais, c’est à elle de jouer.

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Sam 18 Avr 2020 - 21:48 (#)



They conquered death to bring me victory

Ian & Sumire

◊ ◊ ◊

Naïve, la fée se laisse attraper par le chasseur de papillons dont l’épuisette demeure invisible, fait de mots et de sourires gênés. Elle ne voit pas là le moindre piège tendu. Elle n’est pourtant pas ignorante des mains tendues où se dissimulent parfois la lame d’un poignard. Elle en a connu la douleur et ses cauchemars sont encore dessinés par les mêmes craintes nées de cette dernière incartade qu’elle n’oserait réellement nommer. Les cuisses ouvertes dans lesquelles il s’est glissé, cette emprise sur son cou, sur elle, pesant de tout son poids d’homme, l’imbibant de sa sueur et de son haleine alcoolisée. Oui, lui aussi lui a tendu la main, lui a sourit, s’est confié, a tant parlé qu’elle a un jour su tout un pan de la vie d’un simple client qu’elle haïssait en silence pour se vautrer dans la médiocrité de ses aînés. Il n’y pouvait rien, oui, il devait bien courber l’échine lui aussi, devant les rois d’un monde que l’on croit justes. Justice invisible, une vaste comédie dont elle a été témoin durant de trop longues années, s’usant à servir du saké, du thé ou du café à des porcs avides de pouvoirs, s’asseyant sur les drames qu’ils devaient défendre. Des assassins protégeant des assassins, riant des morts à leurs tables quand venait la nuit. Elle se souvient de leurs rires, de leurs rides affreuses, de leurs ventres dégueulasses, de leurs dents jaunies, de leurs baves dans son cou, de leurs mains baladeuses et moites, de leurs raideurs poignardant son ventre sans pitié.

Mais de cela, ce soir, elle ne s’en souvient pas. Trop endormie par la gentillesse qui semble rôdé dans les yeux clairs de l’homme aux côtés duquel elle marche, osant l’effleurer, le sentant nerveux, comme beaucoup d’autres. Il finira par se libérer, par l’apprécier, juste un peu, le temps de quelques soupirs. Ils osent, souvent, parce que c’est Elle, parce qu’ils pensent ne jamais la revoir alors c’est toujours plus facile d’aimer une femme, d’aimer un corps, sans limites, sans honte quand on sait qu’on aura plus à le recroiser. Il n’y a rien qui est mis en jeu. Ça n’empêche jamais leurs membres de trembler, leurs yeux de ne pas savoir où se poser, leurs mains de râper la peau, de balbutier des excuses pour les plus timides, pour les âmes les plus douces qu’elle effleure. Le néant de ses yeux détaille son profil. Du charme américain, blond, la peau parfois creusée par les affres du temps, l’ourlet des lèvres à peine tentateur et de toute manière, elle n’y touchera pas. Les baisers sont sacrés, il faut savoir les donner à la bonne personne. Et peut-être a-t-il déjà quelqu’un à qui en donner.

—  Les nuits doivent vous paraître bien longues, parfois.

Un sourire s’esquisse, sa main curieuse s’étant rétractée, curieuse, trop curieuse. Que cache-t-il ? Où trouvera-t-elle la première marque dans laquelle s’enfoncer ? Après tout, elle aussi leur fait l’amour, d’une autre façon, elle les pénètre, les assaille sans qu’ils ne voient rien. Promis, la petite mort sera douce et sans douleur. Elle sourit de ses mots, un peu apaisée par sa grande stature, presque effrayante pour les fées toutes frêles qui foulent le trottoir mais ce soir il semble qu’elle ne tremble pas de peur, pas alors que ses cauchemars sont plus effrayants que mille hommes immenses, tout de muscles et de forces, d’ardeur, de passion, de colère, de haine même parfois. Ses chimères nocturnes sont plus terribles que ça, plus meurtrières. Ce soir, elle ne craint rien, elle trouvera le repos et l’oubli là où elle l’a toujours trouvé. Maintenant que sa propre alliance n’est plus à son doigt, maintenant qu’il semble qu’elle ait piétiné une aube à peine arborescente d’un lien unique, elle ne peut que voguer de mains en mains, errer de souvenirs en souvenirs.

Oh, c’est comme pour tous les travails, vous savez. Certaines nuits sont plus agréables que d’autres et parfois, oui, c’est plus compliqué à endurer. Mais lorsqu’on a pas le choix, la longueur importe peu et je suis heureuse d’offrir un peu de chaleur à ceux qui en ont besoin.

Sa voix ne dérive pas d’une octave, un flot délicat, chantant les notes d’une langue nippone cassant parfois les r et les l mais rien de trop agaçant, elle l’espère. Elle l’observe toujours, son attention attirée par les clés qui cliquètent dans ses mains, elle remarque entre deux mouvements les symboles fondus dans le plastique, elle cille lorsqu’elle en reconnait les dessins, remontant ses prunelles drapées d’intrigues, soulevant ses paupières poudrées d’un fard léger, sur lui. Un américain amoureux des lois, de la justice peut-être ? Si une pointe de mépris pourrait poindre, elle la chasse. Elle ne sait rien de lui et elle abhorre les jugements hâtifs. Détournant sagement les yeux, elle se tait jusqu’à ce que la voiture soit atteinte, glissant sur le siège passager, remerciant son geste d’un léger hochement de la tête et d’un autre de ses sourires semblables à des esquisses, des mirages, qu’on pense parfois imaginer. L’odeur qui plane la rassure, étrangement. Tout semble d’une normalité qui apaise son cœur. Elle a connu des intérieurs plus pouilleux, dont les sols étaient maculées de miettes, de poussières, de sachets, de bien d’autres choses crasseuses, d’autres ne sentent simplement rien, d’autres sont encombrées à l’arrière. Un bref coup d’œil lui montre que ce n’est pas le cas ici. La voiture cahute à peine lorsqu’il la rejoint, le claquement sourd de la portière laissant planer un silence qu’elle entend souvent.

Ses lèvres s’entrouvrent alors qu’elle ne pense pas, trop idiote, à faire parvenir un message à Zach. Le silence ne tarde pas à se briser lorsqu’il se penche vers elle, non pas pour la toucher mais pour ouvrir la boîte à gant. Elle demeure impassible même si quelque chose lui murmure qu’un grain de poussière vient de se glisser dans un mécanisme pourtant connu par cœur. Le vert des billets ressortis attire tout de suite ses yeux, non pas par avidité mais par curiosité. Elle oscille entre lui et son visage, prête à dire qu’il n’est pas nécessaire de la payer tout de suite, pas tant qu’il n’a pas clairement dit ce qu’il veut d’elle. Elle est objet ce soir. De ses mains, de sa langue, de ses lèvres, de son souffle, elle s’offrira à lui. Elle pourra donner bien des choses. Mais la réalité s’ébranle soudain quand il parle enfin. Au fil de ses mots, elle se trouble, s’enfonce dans une étrange plénitude de calme qui n’annonce rien de bon. Figée, elle l’observe, le tissus du calme se déchirant peu à peu, comme on observerait une scène choquante au ralenti. L’apaisement s’étiole alors qu’elle entend tout le malaise qui imbibe ses mots, toute la nervosité qui suinte de ses mouvements. Machinalement, elle prend les billets tendus entre ses doigts qui ne tremblent même pas alors que le cœur se resserre sur lui-même, la gorge ratatinée sur elle-même. Déjà, la voiture vibre, le moteur ronronne et il prend le large loin de la rive d’un trottoir cabossé. Elle demeure muette, cillant pour marquer son trouble, la gorge sèche, là où le moindre de ses mots meurent. Oui, elle pourrait protester, jetant un coup d’œil au quartier qu’ils quittent, un monde où les roses épineuses naissent sans encombres, plantées sur le béton par des hommes à la main verte, entrant dans un autre où elle perçoit que la misère n’est pas loin, les habitations faisant pâle figure face à celles qu’elle a pu apercevoir dans le quartier de Pinecrest. Elle aussi le voit, ce chat noir fonçant sur le bitume. Elle aussi se souvient qu’on la méprisait, que ce même mot résonnait dans les couloirs du lycée. Un jour, elle aussi, on l’a appelé « Chat noir ». Elle le méritait peut-être pour tout le malheur qu’elle a amené ensuite avec elle.

Pardon Kyouta. Peut-être n’aurais-je pas dû me croire capable d’être mère.
Peut-être aurais-tu vécu davantage si ce n’était de mon ventre que tu étais sorti.


Ventre contre lequel elle pose un instant une main, un capharanaum étrange venant le secouer, laissant naître une nausée née de l’angoisse. Les billets dans une autre main, elle les observe tandis qu’elle l’écoute toujours. Où l’emmène-t-il ? Elle ne pense même pas à demander, trop soufflée par ce retournement de situation. Peut-être dit-il lé vérité ? Oui, pourquoi mentirait-il ? Peut-être est-elle réellement un cadeau qu’ils offrent, lui et ses amis, à un autre ami ? Mais elle en doute, se questionne sur la part de vrai qu’il y a dans ce doux mensonge qu’il lui dicte d’une voix qui ne tremble même pas. Oh oui, il avait l’air gentil, rassurant, elle aurait aimé ses bras autour d’elle mais lorsqu’ils s’arrêtent parmi les ruines d’un quartier qui semble ne jamais avoir connu le soleil, elle le darde d’un regard plus froid, le défiant presque de continuer à lui mentir. Et il le fait. Au fil de ses paroles, elle blêmit, cherchant dans quoi il veut réellement l’entraîner. Va-t-elle mourir ainsi ? Elle s’est laissée berner par ses yeux doux, par sa nervosité qu’elle pensait signe d’innocence.

Je viendrai vous chercher. Quand tout sera terminé. Je vous le promets.

Elle ne sait que dire, se crispe face à ces quelques derniers mots, ne contrôlant qu’à peine sa respiration soudainement hasardeuse, se fichant bien de ses promesses.

Ne lui montrez jamais que vous êtes surprise. Quoi qu’il arrive. Restez prudente, faites comme si vous le connaissiez depuis toujours. C’est très important. Ne lui montrez pas que vous êtes surprise.

Que …

Elle ne peut achever sa phrase, il sort déjà. Pleine de regrets, de rage et de remords, elle sort à son tour, observant la rue, ses escarpins et lui, enfin, calculant ses chances de pouvoir s’enfuir, de courir jusqu’à se tordre les chevilles, d’abandonner ici même l’argent qu’il vient de lui donner pour ne plus jamais avoir à le recroiser, lui et ses plans qui semblent mener droit vers la mort. Tout est plongé dans le silence, d’un calme qui n’a plus rien d’apaisant. Tanguant sur ses hautes échasses vernies de noir, elle sent la brise moite contre ses cuisses dévoilées, resserre le châle sur ses bras, reculant d’un pas lorsqu’il vient vers elle mais c’est pour mieux la dépasser, la forçant à le suivre alors même qu’elle ne le veut pas. Glissant un œil à son sac, elle aimerait en sortir l’arme qu’elle sait chargée, la pointer sur lui, courir, courir, courir aussi loin que possible. Il lui  semble que chacun de ses pas sera le dernier, la  menant à l’échafaud. C’est en bas d’un immeuble aux fenêtres pour la plupart fermées qu’ils s’arrêtent. Face à son ordre silencieux de garder le silence, elle se fait amère. Levant les yeux vers la fenêtre  désignée, elle sent sa gorge se resserrer davantage, s’étrangle sans rien dire pendant un temps. Elle n’a plus le choix,  il lui faut avancer. Comme pour signer là un contrat qu’elle a bien était obligé de signer, elle repli les billets et les glissent dans son sac avant de s’avancer d’un pas vers lui qui est prêt à s’habiller d’ombre, la voix sifflante dans un murmure.

Je me fiche de vos promesses. Selon ce qu’il se passera là-haut, je veux le double de la somme. Sinon je vous …

Elle s’interrompt d’elle-même, crevant d’envie de faire parler sa magie, rouge, aussi rouge que doit l’être son sang si elle en recueillait rien qu’un peu, de quoi le maudire pour un temps. Le dépassant sans plus de mots, elle découvre un hall délabré dans lequel on entre d’ailleurs facilement, le verrou de la porte d’en bas ayant été depuis longtemps défoncé. Ça empeste la mort, les coins de murs noirâtres décorés de billes rouges qu’elle reconnait comme de la mort au rat, l’un d’eux ayant visiblement succombé à l’une des baies, son cadavre dormant devant le perron d’un appartement. Les lèvres tremblent alors qu’elle se force à ne pas inspirer trop profondément les odeurs putrides qui planent, remontant les escaliers comme on le lui a indiqué et si elle parvient à garder son souffle, elle marque une pause lorsque ses talons atteignent le troisième étage. Tout tremble, sa vision se trouble, prête à sombrer, là, plutôt que d’avancer mais elle secoue à peine la tête, les mèches d’ombres de ses cheveux balayant sa nuque, ses lèvres peintes d’un rouge luxuriant jurant sur sa peau rendue presque verdâtre sous le halo des lumières au plafond, certaines ayant même rendues l’âme au bout du couloir. Tout est sordide, affreusement glauque, ne donnant aucunement l’envie de rester là une minute de plus. Elle avance d’un pas qui résonne étrangement, craignant d’attirer trop vite l’attention de sa proie. Non, ce n’est pas un ami qu’elle vient séduire, elle le sait. Qui est-ce alors ? Qui veut-il tromper à travers son corps ainsi offert ?

Arrivée face à la porte affichant un A166 en or rouillé, elle hésite. Ne peut-elle pas s’enfuir par une autre porte ? Mais il lui semble que tout est fermé et elle n’ose s’aventurer plus loin dans le couloir sombre. Son doigt enfonce finalement la sonnette et quelques secondes passent sans que rien ne bouge. Mais Wayne apparait finalement par l’interstice de la porte. Pâle, les joues presque creusées, le regard sombre et triste, ses cheveux sont la seule chose qui semble étrangement toujours aussi vivace. Là, face à son regard méfiant, qui la détaille pourtant de ses yeux qui bavent, elle esquisse un charmant sourire et se jette dans le rôle qu’on lui a attribué. Bien sûr, Wayne mord aussi vite qu’elle dans la chair du fruit défendu, les yeux soudainement brillants de convoitise lorsque le mot Ava résonne. Il a un rire qui l’écœure, entrouvre un peu plus la porte et il finit par la faire entrer. Lorsqu’elle passe près de lui, elle sent quelque chose mais rien qui ne parvienne à la faire réellement tiquer. Comme une vague douleur qu’on oublie vite, une pique trop discrète pour qu’on puisse réellement s’y attarder. L’appartement est baigné par la lumière d’un plafonnier dénué de lustre, tout n’est pas réellement insalubre mais ce n’est pas propre non plus. Elle marche sur un parquet où il manque parfois des planches et Wayne parle, demande et elle répond d’une voix de velours se tournant enfin vers lui une fois le salon atteint. Malgré la musique qui résonne, elle parvient à se faire entendre de lui. Elle ne lui demande pas de l’enlever, après tout, il est chez lui et le client est roi. Face à lui, elle se demande si elle devrait l’avertir de ce qui l’attend dehors, lui dire qu’elle est une pomme juteuse mais empoisonnée, qu’un homme dont elle ignore tout lui a demandé de venir jusqu’ici. Elle aimerait mais il ne la rassure pas davantage que l’homme qui patiente en bas. Il n’est pas laid mais son sourire et son rire lui font penser à ceux des hyènes, un rire de diable, de possédé. Il lèche sa lèvre en l’observant, lui demande son nom.

Sumire. Mais vous pouvez m’appeler comme bon vous semble. Ce soir, je suis à vous.

Sumire ? C'est joli.

Elle cède, sagement, à un plan auquel elle n’a jamais voulu participer. Elle ne compte pas mourir ce soir et lorsqu’elle redescendra, elle se vengera, elle le sait. Il ignore à quel point elle est faite de cet unique sentiment, un nectar de haine qui n’a jamais pu réellement s’expulser sur quiconque. Wayne sourit, expire un autre rire alors qu’il s’avance mais elle le devance, délaissant son châle sur le dos du canapé où traîne quelques bouquins aux coins élimés, la télé éteinte, pas de trace de verre, de bière ou de nourriture. Elle ne s’y attarde pas, dévoilant les dunes pâles et discrètes de ses seins encore cachés par sa robe moulant son corps, de noir et d’or, elle vient à sa rencontre, souriant toujours.

Ava m’a un peu parlé de vous. De toi ?

Il ne semble pas s’offusquer de cette familiarité, ses yeux loin d’être plongés dans les siens, sillonnant ses seins et son cou, ses bras,  tout sauf son visage. Et de nouveau cette langue rose qui sort pour embrasser sa lèvre.

Qu’aimes-tu ? Exige et je ferais. Peut-être aimerais-tu boire quelque chose avant ?

Mais Wayne la retient avant qu’elle ne puisse prendre le large, enserrant brutalement son bras. Elle manque de grimacer sous  la force qu’il y met, ses yeux s’écarquillant presque de surprise mais elle se rétracte, se souvenant des mots de l’inconnu, refusant de se mettre davantage en danger alors qu’elle se noie déjà dans une mer noire dont elle espère férocement ressortir indemne.

Reste là, j’ai tout ce qu’il me faut ici.

Il l’attire à elle et si elle expire brutalement, si son cœur chante sa panique, elle se détend, se force à se faire aussi douce que le miel entre ses doigts. Il inspire tout près de son cou,  sa langue râpeuse venant rencontrer sa peau fine. Elle manque de reculer, écœurée mais se rappelle qu’elle l’a fait plusieurs fois, que c’est un jeu d’enfant à présent. Un jeu où elle peut être la gagnante. Lorsqu’il se recule pour que leurs visages se retrouvent à quelques centimètres l’un de l’autre, elle écoute ses palabres sur Ava, elle écoute son ravissement à l’idée d’avoir eu un cadeau pareil, elle écoute même sa remarque sur les chinoises, il n’en a jamais baisé aucune en tant d’années. Elle se retient de le reprendre et oublie d’ailleurs lorsqu’elle voit la pointe d’incisives dépasser de sa lèvre supérieur. Là, elle se fige totalement, le palpitant foutant un coup de poing plus féroce que les autres contre sa poitrine. Elle écarquille les yeux en le fixant, oubliant un instant l’avertissement qui lui a été fait. Non … Parmi toutes les créatures que le monde cachait jusqu’ici, il fallait qu’elle tombe sur un homme que la vie a quittée depuis longtemps, sur un mort qui marche. Elle voit ses sourcils se froncer et elle se souvient. Ne pas lui montrer sa surprise. Oui, elle se souvient. L’horreur qui a manquée de tomber sur son visage se cache derrière un autre sourire alors que les pointes de ses doigts se tendent, incapable de cacher ses tremblements cette fois, malgré tous les efforts du monde. Elle ne peut pas lui cacher ça. Elle ne peut le laisser lui prendre une goutte de son sang, pas une, pas même approcher de nouveau son cou.

Tentant d’empêcher la panique d’affluer de toute part, elle s’attèle donc à le charmer comme elle l’aurait fait pour d’autres. Elle murmure, elle savoure, elle l’attire, le force à poser ses mains là où il le voudra bien, de son ventre à sa poitrine, à pincer la courbe d’une fesse, la tendresse d’une cuisse, à même glisser sa paume froide dans la vallée de ses cuisses. Il va où il veut et elle fait mine d’apprécier, reine dans les faux soupirs, les gémissements de nymphes qui claironnent comme des chansons excitantes. Combien de temps passent avant qu’elle n’arrive à se reculer, à lui proposer une cigarette. Elle tremble de peur à l’idée qu’il refuse, voyant dans le fond de ses prunelles l’éclat de l’envie, de l’impatience que l’immortalité amène avec elle. Des gosses pensant que tout leur est dû car ils sont immortels. Des gosses morts qu’elle méprise mais elle ne peut jamais réprimer cette pointe de fascination malsaine. L’idée de voir les morts marcher l’a toujours écœurée comme intriguée. Et Wayne, aussi mort soit-il, marche vers elle pour attraper la clope qu’elle lui tend, une cancéreuse qu’elle glisse elle-même entre ses lèvres de ses phalanges nerveuses, reine des putains avec son visage cerné de mèches noires, avec cette bretelle retombant mollement sur un bras, un pan de sa robe trop remonté. Wayne la suit jusqu’à ce balcon qui offre une vue sur la rue qu’elle a quittée. Faussement sereine, elle s’adosse à la rambarde, souriant à nouveau à son client attiré quand tout son corps vibre d’une envie pressante de vomir et de déguerpir. Le souffle court, elle peine par elle ne sait quel miracle à allumer du premier coup la cigarette prisonnière des lèvres du vampire. Pour elle, il faut deux cliquetis de plus, laissant échapper la brume évanescente dans un murmure complimentant la musique qui vient de changer, un vieil air de guitare couverte par une voix rocailleuse et Wayne y répond à peine, fixant toujours un point dans le vide.

Ça y est, ils sont dehors et elle ignore ce qu’il compte faire, si même elle n’est tombé dans un autre piège. Sont-ils complices ? L’idée qu’ils le soient l’effraient soudainement et ses yeux nerveux passent de lui à d’autres fenêtres où aucune lumière ne semble filtrer, son corps se décrochant de la rambarde dans un sursaut viscéral, l’envie pressante de fuir la faisant frissonner. Et elle  est prête à rentrer, abandonnant sa clope à peine entamée, trop apeurée pour poursuivre la comédie. Elle ne veut pas mourir, elle ne veut pas être mordue non plus.

La poigne de l’immortel la surprend à nouveau, plus cruelle cette fois, la paume et les larges phalanges se crispant dans sa chevelure noire. Cette fois, elle ne retient pas un cri soudain qui résonne étrangement dans la rue désertée tandis qu’elle manque de trébucher vers l’avant, sa cheville manquant de se tordre quand elle le percute. Plus grand, il lui fait arquer le cou, une ignoble odeur de nicotine et d’autre chose planant entre eux. Là, elle refuse de ne pas paniquer, cherchant à fuir et sa poigne se ressert laissant éclore une autre plainte offrant une vue magnifique sur son cou. Il entrouvre les lèvres, lâche un rire affreux.

Désolé mais l’temps c’est précieux, tu comprends ? Putain, j’ai rêvé d’faire ça toute ma vie. J’veux dire, baiser une pute et baiser une chinoise, ouais mais en boire le sang … Là tu m’offres un sacré cadeau. Il faudra que j’remercie Ava comme il se doit !

Elle se fiche de ses paroles, cherchant à reculer, poussant de ses mains un mur en marbre, sentant certaines de ses mèches céder à la racine sous la poigne qui tremble presque sous tant il y met de la force. La langue revient lécher son cou, laissant traîner un filet humide sur la peau sèche et elle serre les dents, cherchant une échappatoire, priant qu’il ne l’ait pas trompé davantage, qu’il vienne la chercher, comme il le lui a promis. Elle prie de voir une autre aube venir auprès de lui, elle prie de retrouve cet appartement qu’elle a maudit mais où son parfum continue de traîner, elle prie bien des choses encore alors que l’immortel semble fait résonner l’onde d’un ronronnement dégueulasse contre son pouls affolé, plongeant enfin ses poignards d’ivoires dans la gorge offerte, lassé d’attendre.  

(c) oxymort, bandit rouge

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Fear is the mind killer
Ian C. Calloway
Ian C. Calloway
Fear is the mind killer
✞ PAINT IT BLACK ✞

They conquered death to bring me victory • Sumire Cel2Mn1 They conquered death to bring me victory • Sumire SxWuaE6 They conquered death to bring me victory • Sumire PCXwL9G

"Tomorrow is another day,
Today is another bomb."

En un mot : Chasseur et Fils d'Abraham. Foi, Ferveur, Fardeau.
Qui es-tu ? :
"You never thought we'd go to war,
after all the things we saw."

✞ Deuxième fils d'une fratrie de trois. Cadet d'une famille de chasseurs aux traditions transmises par les pères d'aussi loin que la mémoire puisse remonter, dans les forêts d'Europe de l'Est ; racines plantées aux environs de Prague.
✞ Il tue les monstres, et particulièrement les Longue-Vies, Grandes-Dents ou fils de Caïn, qu'importe le nom qu'on leur donne : ennemi des vampires comme des lycanthropes, lorsque son frère aîné requiert son aide.
✞ Naissance à Boston, la cité-bloc balayée par les vents de l'Atlantique. Ville délaissée pour la chaude et discrète Baltimore, dans le giron des brumes de Poe. Ville adoptée, chérie comme Washington D.C.
✞ Sportif de toujours, ancien étudiant modelé par les matchs, les courses et les sauts ; a décroché une bourse pour l'université et n'a jamais cessé de tailler ce corps solide et agile lorsqu'il le faut.
✞ Il a prêté serment : docteur vouant son existence au soin des hommes, des femmes, des vieillards et des enfants. Confident de tant d'inconnus qu'il en a parfois le tournis, rassure et prescrit, soutient infirmières et collègues. Mains assez robustes pour soutenir un grand gaillard mais assez tendres pour préserver un nouveau-né.
✞ Pilier des Calloway ; homme réputé pour sa dignité, sa réserve et ses colères froides. Gardien de tous les secrets, jusqu'au plus purulent. Cherche à préserver les fondations du clan par tous les moyens, malgré les humeurs des uns et des autres.
✞ Médecin de mort, employé pendant plus de dix ans au WFC, organisme financé par les bourses du PASUA pour expérimenter sur les hommes abandonnés par leur raison, comme sur quelques CESS (les limites de l'esprit et du corps). Vie de fuyard depuis l'effondrement du site et la mort de son collègue et ami, assassiné par leur Némésis.
✞ A recueilli sa nièce Nova Calloway, en conflit permanent avec un père vétéran du 11 septembre et une mère aux abonnés absents. L'a arraché aux gratte-ciel de New York pour Baltimore, et désormais Shreveport. Non-dits, et silences douteux.
✞ Espère trouver anonymat, soutien et protection à Shreveport, entouré d'anti-surnats, et passe sa vie à esquiver les conséquences d'une décennie de péchés, que son Dieu est pourtant censé tolérer. En attente du regroupement des Calloway en Louisiane.
✞ N'aime que la ville. Il hait le soleil et l'humidité permanente qui s'abattent sur tous les États du Sud, pour lesquels il ne voue absolument aucune affection. En recherche de repères, passant d'un quotidien presque insouciant à un bras de fer de tous les instants.
✞ Tempérance et liberté. Aime le genre humain, de ses défauts les plus anodins aux tordus dont il questionne les esprits (poursuivre l'œuvre commune le liant à Carl Weiss). Horrifié par le monde dans lequel il vit, sans se résoudre à lâcher prise sur les démons à combattre.

✞LAST MAN STANDING✞

They conquered death to bring me victory • Sumire EossTie They conquered death to bring me victory • Sumire ENSBj8G They conquered death to bring me victory • Sumire DQLsZnr

"Tomorrow never comes until it's too late."

Facultés : ✞ Formé au maniement des armes à feu en tout genre : armes de poing comme armes lourdes, si les circonstances l'exigent.
✞ Ne craint pas le corps-à-corps ni les combats à l'arme blanche, même s'ils ne suscitent aucune appétence en lui.
✞ Chasseur respectueux des traditions de son clan. Arme traditionnelle : arbalète aux carreaux d'argent. Terrain de prédilection via les chasses en hauteur et les pérégrinations casse-gueules sur les toits.
✞ Porteur d'une Foi qui guide son bras et protège sa chair vulnérable. Croyant tâchant de ne pas trébucher.
Thème : Unbreakable ✞ James Newton Howard.
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✞ I AM A GOD ✞

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"That's our cosa nostra."

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Crédits : LUNAR (ava) ; Amiante (signa)
Mer 18 Nov 2020 - 22:33 (#)


He runs to the weary, the worn and the weak
La menace de la putain résonne et fait éclore un sourire étrange. Un sourire émanant d’une lucidité parfaite : il sait. Il sait qu’il lui fait un sale coup, mais sa détermination ne prend pas un pet. Elle montera. Dès lors qu’elle s’évade, s’échappe à son regard et pousse les portes insalubres, Ian Calloway se détourne. Calme, sans précipitation ni nervosité, il soupire et accorde un dernier regard à l’appartement dont émane toujours la musique. Il n’est pas étonné d’en voir les fenêtres ouvertes. Dans ce coin de Louisiane où la plupart des battants restent soigneusement fermés pour préserver le travail de climatiseur plus ou moins efficaces, les ouvertures béantes surprennent, mais trouvent une explication parfaite pour lui, chasseur émérite : les vampires ne sont pas sensibles à l’humidité ambiante. Pour eux, qu’importe de préserver la fraîcheur d’un logement dans lequel ils évoluent en bons cadavres, insouciants des variations des fahrenheits. Il pivote donc, et pousse lui aussi d’autres portes, pénétrant dans un immeuble à peine moins lugubre que celui dans lequel la putain vient de s’engouffrer. Il grimpe aussitôt en passant lui aussi par les escaliers, écoutant les marches de bois grincer presque douloureusement sous ses semelles. Pour lui, ce sera le quatrième étage, et il ne prendra pas la peine de s’arrêter, une fois le dernier degré atteint. Il avance le long du couloir, plonge la main dans la poche de son jean et en dégage une clef, lui permettant d’accéder à un appartement propre, mais à l’aspect vieillot et peu engageant. Le propriétaire a lui-même paru surpris que quelqu’un accepte de louer son taudis pour quelques jours, mais n’a rien dit au moment de récupérer sa propre enveloppe de dollars. Personne n’aurait rien dit, ni posé de question, malgré l’apparence d’un homme qui n’était visiblement pas à plaindre ; un seul coup d’œil sur la montre à son poignet aurait pu finir de conforter les incertains. Les temps restent durs pour les autres, et la clientèle (touristes, etc.), se montre de plus en plus exigeante quant à la qualité des logements fournis, temporaires ou pas. Sans allumer la lumière des plafonniers, il attend quelques secondes que ses pupilles se formalisent à la pénombre, avant de s’approcher des vitres donnant sur la rue, et sur le bâtiment d’en face. Tout est prêt. Un trépied solide voit reposer un fusil d’assaut encore plus solide, dont le canon pointe le balcon désigné. Les rideaux tirés dissimulent aux éventuels voisins indiscrets tout l’attirail. Lui aussi a laissé sa fenêtre ouverte. Un peu. Juste un peu. De quoi éviter de payer les réparations et le vitrier à son bailleur. Tirant une cigarette de son paquet, il en consume l’extrémité et, doucement, se pose sur le tabouret disposé au-devant du trépied. Plus qu’à patienter. Derrière lui, le tic-tac d’une horloge détraquée plane, paisible. Il n’a pas besoin de se retourner pour savoir que le coin cuisine sordide, avec son évier en linox, sa vaisselle premier prix et sa table en plastique dégueulasse contemplent les derniers préparatifs du médecin. Il se penche, vérifie sa visée, corrige l’angle d’un demi-degré. Il tire sur l’embout, exhale une bouffée de fumée, laisse la cendre s’écraser au sol sans la moindre considération. Le parquet ne vaut pas mieux que celui de Wayne. Poussiéreux, rayé, abîmé et constellé de tâches douteuses, de rayures blanchâtres, un peu de poudre grise ne pourra pas lui faire plus de mal, de toute façon. Plus détendu qu’il ne le croyait, il adresse en silence un doigt d’honneur bien placé à l'intention de Sasha. Sasha, et sa manie de penser qu’il ne peut pas s’en sortir. Sasha, qui n’a jamais chassé seul un vampire de sa vie. Sasha, qui le prend pour un con car juste incapable de se détacher de l’opinion de Jana. Jana la pisse-froide, Jana qui connaît la vie mieux que quiconque, Jana la frigide. Il fait rouler sa nuque, ses épaules, se détend à sa manière puis, finalement, abandonne le mégot qui s’écrase à ses pieds. Il y a du mouvement, par-delà les murs. Il le sent. Le prédateur à l’affût se penche, et s’avance, faisant corps avec le manche de l’arme, dont il sent l’appui contre son thorax, pile entre ses pectoraux.

Ça y est.

Les deux protagonistes sortent. Ian Calloway sourit.  « C’est bien, ma fille… Maintenant attire-le un peu plus… par… là… » Contre sa mâchoire, le métal froid. Sous la pression de l’index, la gâchette prête à déverser sa charge de mort. La vraie. Celle dont celui qui se croit immortel est encore épargné. Plus pour longtemps. Il prend une dernière inspiration, destinée à vider son corps de la tension à son maximum. Un œil se ferme, l’autre se noyant dans les lignes verdâtres du viseur. La cible est là. Le flanc du vampire, exposé. Mais ce n’est pas assez. Un infime mouvement, et il pourrait le rater. Il ne peut pas se le permettre. Il n’aura qu’une seule chance. Une erreur, et tout sera à recommencer, voire pire. La putain sera exécutée, saignée à mort, et l’autre comprendra que la proie désignée a cherché à inverser les rôles, l’air de rien. De loin, il distingue l’appréhension de la fleur des pavés. Malgré son sourire professionnel, elle paraît prête à frémir en permanence, et sa façon de le bouffer du regard lui inspire surtout une peur palpable, dont il souhaite la libérer au plus tôt. Quelque chose ne va pas. Elle semble paniquer, et se décaler comme pour rentrer à l’intérieur. « Non, non, non, non, non, non, non, non, non… putain NON. » Il serre les dents, jure et crache comme un chat furieux, mais Wayne aussi, semble trouver quelque chose à redire à cette fuite imprévue. Elle crie. La situation va dégénérer. Il ne s’agit pas de savoir « si », mais « quand ». Il doit tirer. Il doit trouver cette ouverture, à une fraction de seconde près. Et s’il ne peut entendre le fiel s’écouler de la bouche du Caïnite, inutile d’être devin pour comprendre que l’issue s’annonce mauvaise. Le cou de la prostituée est découvert. Son souffle se fait contrarié, sifflant. Il ose à peine battre des paupières, et son front s’est piquetée de la sueur qui ne manque jamais de l’enrober, dans ce putain de pays.

La tête.
Le cœur.

« La cervelle, c’est nickel, les rotules c’est pas nul. »

Il sourit nerveusement. Ce n’est jamais le bon moment pour ce genre d’évocations promptes à lui tirer des fous rires capables de rendre dingue Sasha en pleine partie de chasse. Il se reprend, sans besoin de garde-fou, rapidement. Il réfléchit à toute vitesse, contraint par la pression, par ce foutu tic-tac qui ne le lâche pas, derrière lui. Le cœur est invisible de là où il se trouve. Il risque de la blesser, elle, à tout moment. Il n’y pense pas. Il se décide, crochète une dernière fois ses phalanges sur la mécanique fatale. Le canon vise la tempe, le cerveau.

Vise, avant qu’il ne vienne morde.

3…
2…

« Un. »

Il tire.


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Dim 8 Aoû 2021 - 1:57 (#)



They conquered death to bring me victory

Ian & Sumire

◊ ◊ ◊

Le rubis explose. Du plomb dans la cervelle qui repeint d’un seul coup l’air empoisonné à la misère. Et les morceaux d’un crâne explosé comme celui de la chair molle se dépose en parure sur la nymphe qui éclate en un cri qui s’étrangle quand elle manque de retomber dans le vide, se raccrochant vivement à la rambarde de ses phalanges qui blanchissent sous son poids qu’elle doit retenir. Sa mine blêmit alors qu’il lui semble que le temps se rigidifie en une cacophonie de bruits étouffés, un sifflement étrange hurlant à son oreille, sans percevoir que son visage est repeint du sang qui a suinté, œuvre du canon tenu par un peintre-chasseur en contre-bas dont elle ne perçoit même pas le visage. Ses jambes ne tiennent plus alors même qu’à côté, le cadavre est repartie dans les limbes étendues et noirâtres où les morts n’ont plus qu’à hurler pour se faire entendre, son genou s’écorchant sur l’épine de fer d’une arabesque du balcon qui la tient à peine, sombrant comme un corps en prison derrière la cage qui l’entoure sans oser hurler. Secouer de tremblements, elle s’entend brutalement mieux quand le sifflement s’éteint peu à peu, laissant venir en elle la terreur pure, détournant la tête dans un mouvement sporadique, découvrant le mort qui était prête à la dévorer, osant lever une main vers la poisseuse texture qui inonde le creux de son cou que personne n’a plus osé toucher depuis lors, sur les grumeaux du cervelet et la poudre d’os, refusant de comprendre ce qui trempe ses doigts, suffoquant sous la vue horrifique de la dépouille qui ne bouge plus, les jambes raides, le tronc échoué contre l'arête du chambranle. Depuis Kyouta, aucun cadavre aussi abîmé ne s’était plus invité sous sa vue et la voilà ivre d’un mauvais mélange de peur et d’euphorie qui pourrait la faire éclater d’un rire hystérique, comme pour relâcher toute l’angoisse que vient de mettre cet homme dans sa soirée où elle aurait peut-être préféré, pour la première fois, entrouvrir ses cuisses à un amant ennuyeux ou à un homme trop bavard. Baigner dans le stupre et non être tachée de la pourriture d’un mort. La chair froide s’étale sur un pan du chambranle ouvrant sur le salon où tourne toujours la même musique, comme pour se moquer de la détresse de l’ombre échouée sur la mer du sol poussiéreux, de ces quelques notes chantantes et joyeuses. La bile lui remonte du fond de son estomac trop vide mais elle se refuse à se laisser prendre par la stupidité d’une nausée qui ne ferait qu’empirer les choses.

Non, autrement que la peur, c’est une haine soudaine qui la possède toute entière. Cette rage qu’elle n’a jamais expulsé sur quiconque, autrement que dans l’immense frigidité qu’on lui reproche lorsqu'elle ne sait plus contrôler les émotions qui l'assaillent. Les lèvres tremblantes comme si elle était prête à éclater en millions de sanglots, elle porte son propre poids qui semble peser une tonne alors qu’elle se redresse sur un premier pied nu, un escarpin perdu et c’est sans se rendre compte qu’elle délaisse l’autre lorsqu'il faut retrouver l'équilibre, l’esprit lui dictant qu’il lui faudra peut-être courir, tous les sens en alerte. Elle titube, poupée ivre et sans fils pour la retenir, jusqu’à la porte fenêtre, enjambant le corps comme s’il n’existait plus, se fichant de qui il fut, humain et de qui il fut, immortel. Comme si une passe normale venait de s’achever, elle croise son reflet dans un miroir collé au mur esquissant la pâleur de ses traits où jure le rouge et rose de la mort en une affreuse comédie tragique, voyant sa trogne éclaboussée et c’est un rire jaune qui éclate face à son reflet. Elle qui pensait trouver en Shreveport un calme, un chemin compliqué seulement pour la quête de l’âme de son fils, pas pour le reste, jamais pour le reste. Idiote, crie-t-elle en silence de ses yeux sombres, du sang ayant échoué, comme un affront, au bord de ses lèvres et dans l’imbroglio de ses cheveux noyés par le sang elle ne comprend qu’à peine que son cou saigne à son tour, laissant filer quelques larmes purpurines le long de son décolleté. Dans un silence mortuaire, elle replace une mèche du côté où son visage reste intacte avant de se détourner, attrapant son sac pour s’avancer vers la porte qu’elle ouvre d’une main délicate, cillant lentement pour retrouver le couloir où elle s’était égarée, n’en reconnaissant rien et prenant le temps, de ses pieds nus ne faisant plus aucun bruit sur le sol crasseux, de marcher comme si tout allait bien. Car si elle fait mine que tout va bien alors tout ira bien.

Épuisée il lui semble, comme si la nuit était prête à s’achever, les muscles lourds et endormis, elle descend un escalier et puis un autre, dame vêtue de son noir de deuil, elle redescend, marche après marche, se rappelant de cette fois où il lui fut bien difficile de les monter peu après l’enterrement de Kyouta. Ce soir, seulement, elle ne pleure pas; Elle ne pleure personne, elle tient par le pouvoir de la hargne qui enfle sans qu’on ne le voit, maelström se formant doucement sous le calme d’une mer qu’on croit paisible. Le hall crasseux abîme la plante de ses pieds et si elle saigne encore du cou, si elle parait sortir des enfers alors qu’il ne s’est écoulé qu’une heure, peut-être, elle l’espère, elle demeure d’un calme absolu pour longer le trottoir. Il lui faut le trouver, mirant la voiture par laquelle elle est sortie au loin. Quelques minutes passent alors qu’elle demeure seule dans la rue gorgée de danger. Alors, du coin de l’œil seulement, elle peut percevoir un mouvement, détournant son profil immaculé vers la silhouette qui semble lui faire l’honneur de réapparaître. Le fixant de son regard qui n’appelle à aucun charme, ni aucune envie de luxure cette fois, elle le mire de loin, attend qu’il s’approche avant d’oser quitter son calme qui lui sert d’apparat, grand drap blanc couvrant la laideur de sa colère qui vient comme de la vermine s’élever en une claque qui surgit contre le visage de l’imposteur. La paume brûle de ce qu’elle lui inflige alors qu’elle se détourne totalement, le choc apparent dans ses yeux et le séisme qui grimpe dans sa famélique silhouette, son souffle soulevant les mèches noires qui, dans son mouvement sec, ont échouées sur son visage. « Qui êtes-vous ? » Secouant la tête, elle tente de dessécher sa gorge, peinant à trouver les bons mots dans une langue qui n’est pas la sienne. « Non… Qu’est-ce que vous êtes ? » C’est bien tous les mots qu’elle parvient à esquisser en retrouvant le même bleu qu’elle a croisé en début de soirée mais s’est effacé son sourire enjôleur et ses bonnes manières, retroussant d’ailleurs sa main qui a fait acte de violence contre elle-même, se mettant à fouiller son sac dans des mouvements frénétiques pour y trouver un mouchoir, sans rien arriver à attraper. « Je n’aurais jamais dû… Je n’aurais jamais dû vous suivre. » Est-ce à elle-même qu’elle parle ou à lui ? Elle l’ignore. Elle ignore beaucoup trop de choses pour une seule soirée qui ne fait que se nécroser dans la toge sombre qui les surplombe. « Qui était-ce ? Pourquoi vous l’avez tué ? Pourquoi avoir tiré alors qu’il était près de moi ? Pourquoi moi ?! » Elle cesse sa vaine recherche d'un seul coup et d'un seul cri qu'elle ne pensait jamais pousser pour redresser son visage qu’elle sait enlaidi par la crasse de la mort qu’il lui a fait éclater dessus, l’image morbide qu’elle laissera en lui la criblant d’une honte qui née de son orgueil de femme. « Vous êtes complètement fou. » crache-t-elle du bout de ses lèvres, sans bien savoir ce qui la tient encore debout. « Ai-je été choisie par hasard ou est-ce que vous me suiviez ? » Et si elle se sait salie par le sang d’un mort qui n’aurait jamais dû se mettre à marcher ni parler, elle demeure droite comme un i, soldat de plomb attendant les réponses à les questions qui criblent son esprit.  

(c) oxymort, bandit rouge

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Fear is the mind killer
Ian C. Calloway
Ian C. Calloway
Fear is the mind killer
✞ PAINT IT BLACK ✞

They conquered death to bring me victory • Sumire Cel2Mn1 They conquered death to bring me victory • Sumire SxWuaE6 They conquered death to bring me victory • Sumire PCXwL9G

"Tomorrow is another day,
Today is another bomb."

En un mot : Chasseur et Fils d'Abraham. Foi, Ferveur, Fardeau.
Qui es-tu ? :
"You never thought we'd go to war,
after all the things we saw."

✞ Deuxième fils d'une fratrie de trois. Cadet d'une famille de chasseurs aux traditions transmises par les pères d'aussi loin que la mémoire puisse remonter, dans les forêts d'Europe de l'Est ; racines plantées aux environs de Prague.
✞ Il tue les monstres, et particulièrement les Longue-Vies, Grandes-Dents ou fils de Caïn, qu'importe le nom qu'on leur donne : ennemi des vampires comme des lycanthropes, lorsque son frère aîné requiert son aide.
✞ Naissance à Boston, la cité-bloc balayée par les vents de l'Atlantique. Ville délaissée pour la chaude et discrète Baltimore, dans le giron des brumes de Poe. Ville adoptée, chérie comme Washington D.C.
✞ Sportif de toujours, ancien étudiant modelé par les matchs, les courses et les sauts ; a décroché une bourse pour l'université et n'a jamais cessé de tailler ce corps solide et agile lorsqu'il le faut.
✞ Il a prêté serment : docteur vouant son existence au soin des hommes, des femmes, des vieillards et des enfants. Confident de tant d'inconnus qu'il en a parfois le tournis, rassure et prescrit, soutient infirmières et collègues. Mains assez robustes pour soutenir un grand gaillard mais assez tendres pour préserver un nouveau-né.
✞ Pilier des Calloway ; homme réputé pour sa dignité, sa réserve et ses colères froides. Gardien de tous les secrets, jusqu'au plus purulent. Cherche à préserver les fondations du clan par tous les moyens, malgré les humeurs des uns et des autres.
✞ Médecin de mort, employé pendant plus de dix ans au WFC, organisme financé par les bourses du PASUA pour expérimenter sur les hommes abandonnés par leur raison, comme sur quelques CESS (les limites de l'esprit et du corps). Vie de fuyard depuis l'effondrement du site et la mort de son collègue et ami, assassiné par leur Némésis.
✞ A recueilli sa nièce Nova Calloway, en conflit permanent avec un père vétéran du 11 septembre et une mère aux abonnés absents. L'a arraché aux gratte-ciel de New York pour Baltimore, et désormais Shreveport. Non-dits, et silences douteux.
✞ Espère trouver anonymat, soutien et protection à Shreveport, entouré d'anti-surnats, et passe sa vie à esquiver les conséquences d'une décennie de péchés, que son Dieu est pourtant censé tolérer. En attente du regroupement des Calloway en Louisiane.
✞ N'aime que la ville. Il hait le soleil et l'humidité permanente qui s'abattent sur tous les États du Sud, pour lesquels il ne voue absolument aucune affection. En recherche de repères, passant d'un quotidien presque insouciant à un bras de fer de tous les instants.
✞ Tempérance et liberté. Aime le genre humain, de ses défauts les plus anodins aux tordus dont il questionne les esprits (poursuivre l'œuvre commune le liant à Carl Weiss). Horrifié par le monde dans lequel il vit, sans se résoudre à lâcher prise sur les démons à combattre.

✞LAST MAN STANDING✞

They conquered death to bring me victory • Sumire EossTie They conquered death to bring me victory • Sumire ENSBj8G They conquered death to bring me victory • Sumire DQLsZnr

"Tomorrow never comes until it's too late."

Facultés : ✞ Formé au maniement des armes à feu en tout genre : armes de poing comme armes lourdes, si les circonstances l'exigent.
✞ Ne craint pas le corps-à-corps ni les combats à l'arme blanche, même s'ils ne suscitent aucune appétence en lui.
✞ Chasseur respectueux des traditions de son clan. Arme traditionnelle : arbalète aux carreaux d'argent. Terrain de prédilection via les chasses en hauteur et les pérégrinations casse-gueules sur les toits.
✞ Porteur d'une Foi qui guide son bras et protège sa chair vulnérable. Croyant tâchant de ne pas trébucher.
Thème : Unbreakable ✞ James Newton Howard.
They conquered death to bring me victory • Sumire S7T3m9m
✞ I AM A GOD ✞

They conquered death to bring me victory • Sumire 1VW7VKf They conquered death to bring me victory • Sumire EvbM8n1 They conquered death to bring me victory • Sumire Dz9ewPr

"That's our cosa nostra."

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Date d'inscription : 09/06/2019
Crédits : LUNAR (ava) ; Amiante (signa)
Jeu 9 Déc 2021 - 6:00 (#)


He runs to the weary, the worn and the weak
Ian Calloway redresse la tête.

Il l’a eu.
Il a vu la sale trogne de son ennemi exploser.
Il a même vu la gerbe de sang arroser copieusement cette nouvelle scène de crime, de même que la putain à proximité immédiate. Elle bouge encore. Il ne l’a pas touchée. Elle ne paraît pas blessée non plus, hormis les traces de morsure infligées par Wayne.

La mission est un succès.

Il ne prend pas le temps de célébrer sa victoire. Déjà, l’homme se lève, et le ballet habituel, mécanique parfaitement huilée, s’enclenche dans les secondes suivant la détonation. Désarmer l'aigle de métal à la bouche encore fumante. Démonter le trépied. Ranger méthodiquement le tout dans un sac ayant fait ses preuves, habitué à transporter sous des airs de sportswear l’armada des frères tueurs de CESS. Le zip de la fermeture, délicieux, évocateur de l’accomplissement. On rentre à la maison, les gars. Il ferme la fenêtre d’un coup sec, tire les rideaux complètement. D’un coup de pied, le tabouret retrouve sa place sous la table en plastique dégueulasse. Un chiffon passé sur les poignées, sur le moindre meuble touché, jusqu’à la porte dont il laisse le battant claquer derrière lui, remontant le couloir de l’immeuble pour la dernière fois, il l’espère. L’opération n’a pas pris plus de quelques minutes.

Il s’accorde uniquement le temps, au bout du corridor, d’échanger quelques messages avec Sasha, toujours debout. Forcément. Il n’en veut pas à son frère aîné de se montrer inutilement méfiant ou précautionneux avec son cadet. Il sait qu’il joue son rôle. De plus, les victoires ont toujours eu le mérite d’apaiser les tensions entre les deux frères. Leur dispute est déjà oubliée. La Bête est morte.

Il n’y a rien à dire.

Il dégringole les escaliers d’une démarche leste, rapide, avalant les degrés en une célérité surprenante, pour un homme de son âge comme de sa carrure, penseraient certains. Il débouche dans la rue sans un regard pour le troisième étage voisin. Personne n’a bougé. L’heure tardive, l’habitude d’entendre gueuler et vociférer, la relative discrétion du tir… La chance est avec eux. Aucun flic dans les parages, bien sûr. Ce n’est pas dans le coin que l’on trouve le plus souvent les bagnoles des adjoints du shérif en patrouille. D’un bon pas, il se dirige vers la voiture qu’ils ont laissée derrière eux, priant pour qu’elle s’y trouve déjà. En quelques enjambées rapides, il distingue en effet rapidement la silhouette de la putain, qui a perdu quelques centimètres. Ses pieds sont nus, et s’il comprend qu’elle n’ait pas voulu s’embarrasser de ses talons aiguilles, il la trouve courageuse d’oser fouler ainsi un sol aussi ingrat, dangereux, souvent constellé de myriades pailletées ; éclats de verre provenant des bouteilles de bière explosées pour un oui ou pour un non. Elle est en colère. Il ne lui en veut pas pour ça. Il n’altère pas sa démarche, la raideur de son bras soupesant le matériel qu’il trimballe. Pas le temps d’ouvrir la bouche non plus.

La frappe est sonore, précise, étonnamment puissante pour une femme de son gabarit.
Aussitôt, sa joue cuit de la chaleur symptomatique d’un coup bien placé.
C’est bien la surprise qui permet à sa nuque de ne pas résister à l’élan. Il n’a d’ailleurs pas immédiatement le réflexe de reposer les yeux sur elle. Il laisse passer plusieurs secondes. Toujours sans un mot.
La gifle qu’il reçoit, il la mérite au centuple.
Pas nécessaire, mais naturelle.

Les questions pleuvent.
La hargne, aussi.
Lui se contente de laisser battre ses paupières, l’écoutant sans même savoir par quel bout commencer.
Il s’aperçoit de son soulagement, qu’elle ne peut sans doute ni comprendre et encore moins percevoir. Elle est en vie. Il a réussi à épargner une vie humaine, tout en en préservant des centaines, peut-être des milliers d’autres. C’est ce qu’il doit tâcher de lui faire comprendre. Il n’aime pas rester ainsi, exposé, mais l’inviter à entrer dans la voiture pour plus de confidentialité, maintenant, sans lui donner quelques embryons de réponses, reviendrait à jeter une barrique entière d’huile sur un brasier déjà bien entamé.

« Vous n’auriez pas dû, en effet. » Il redresse doucement son visage vers elle. Ses phalanges sont serrées sur les lanières du sac. Pas au point d’en faire blanchir ses jointures, mais pourvues d’une détermination, d’une conviction sans faille. Ce sont ces émotions-là qui transparaissent sur ses traits rigides, dépourvus d’une expressivité dont il n’est pas familier. Un soupir. « Mais vous l’avez fait. » Un sourire attristé. « Je ne vous ai jamais suivi. Je ne vous ai pas menti sur un point : je ne suis jamais allé dans aucun quartier rouge avant ce soir. Je n’ai jamais souscrit aux services de vos consoeurs. Je ne les juge pas, mais je n’en ai jamais ressenti le besoin, j’imagine. » Il parle, chuchote presque pour ne pas laisser l’écho de sa voix rebondir contre les façades des immeubles, même dans une rue adjacente à celle qu’ils ont quittée, mortifère. Toutefois, il ne cesse jamais de surveiller, se tenant à l’affût, tendant l’oreille en modulant le son provoqué par ses mots. « Je vous ai choisi parce que vous me sembliez calme. Solide. Capable d’accomplir une tâche que peu de gens auraient eu le courage d’effectuer. » Il insiste, son regard se durcissant, gagnant en intensité. « Vous avez à peine crié. C’est une bonne chose. Je ne me suis pas trompé. » Elle avait été digne. Elle avait obéi. Elle avait dépassé de loin toutes ses espérances.

« Il s’agissait d’un vampire particulièrement dangereux. Un monstre qu’il fallait éliminer, tôt ou tard. Le plus tôt étant le mieux. C’est chose faite. » Une pause. Une tension révélant le frisson qui le parcourt, tandis que son timbre s’adoucit de nouveau. « Il n’avait aucune pitié. C’était un prédateur. Un tueur psychopathe. Il aurait été difficile de l’abattre en terrain découvert. Je suis désolé, de ce que je vous ai fait subir, mais si c’était à refaire, je recommencerais cent fois. »  Admiration. Gratitude. « Des gens vont vivre, grâce à votre sacrifice. Et je vous remercie, pour ça. » Son sourire revient. Plus profond. Plus résigné. Toi aussi, tu survivras. Tu en as vu de plus dures, j’en suis certain. « Je ne vous ai choisi qu’en écoutant mon instinct. J’étais sûr que vous réussiriez. Enfin… Presque sûr », consent-il à relativiser dans un bref haussement de sourcils. « Je conçois que vous soyez furieuse, mais pour notre sécurité, mieux vaudrait ne pas s’attarder ici. » Il pointe de sa main libre sa plaie sanguinolente. « Et je vais aussi vous soigner cette plaie. » Puis, sans envisager un instant qu’elle désobéisse ou s’oppose à sa décision, le coffre s’ouvre, et le sac disparaît. Il contourne le véhicule pour se glisser côté conducteur.

« Montez dans la voiture. »

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