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La fatalité en 49 nuances | Heidi & Elinor

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Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Elinor V. Lanuit
Elinor V. Lanuit
Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Let's spend an evil night together
En un mot : Don't be afraid ; It's only death. It's just as natural as your first breath.
Qui es-tu ? :
- Immortelle britannique du XIXème siècle, issue de la bourgeoise florissante du début de l’ère victorienne, l’élégance et le flegme de son époque affleurent encore dans ses manières.
- Femme fatale au charme venimeux, calculatrice sans scrupules, elle manipule les cœurs aussi bien que les lettres et les chiffres.
- Perfectionniste à l’extrême, séduite par le pouvoir et reine stratège, son plaisir de tout contrôler égale sa soif de connaissances en arts obscures.
- Vampire accomplie et fille des Lanuit, éternelle solitaire dont l’amour empoisonne les malheureux attirés par une élégance inaccessible aux simples mortels.
- Monstre évoluant dans l’anonymat des ombres, elle traverse les siècles sans fléchir ni se lasser, se proclamant véritable immortelle avide de vie et de savoir.

Facultés :
- Chacun de ses menus gestes contient une grâce et une sensualité étonnante, comme si son corps figé par les siècles ne connaissait aucune autre manière de se mouvoir.
- Un rare talent pour la stratégie économique dont son clan profite à souhait, elle détient une précieuse capacité à s’ancrer sans difficulté dans cette époque.
- Une Présence cultivée avec patience se lit dans son regard enjôleur, rendue redoutable par un siècle de manipulations opportunistes (niveau 2, palier 5).
- L’Occultation masque son être pour mieux agiter les fils de ses marionnettes, tandis que son esprit demeure son sanctuaire interdit, où elle ne tolère personne (niveau 2, palier 2).
- Un Animalisme incongru la colle, sans qu’elle ne daigne y accorder le moindre intérêt, quand ce talent bestial semble si éloigné de son tempérament et de ses valeurs (niveau 0, palier 0).

Thème : Jill Tracy : Evil Night Together
We'll drink a toast in the torture chamber
And you'll go down on a bed of nails
We'll rendevous in cold blood
I'll tie you up to the third rail
No need for cake or flowers
Let's spend an evil night together

Pseudo : Carm'
Célébrité : Janet Montgomery
Double compte : Alexandra Zimmer, Selma Weiss
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Crédits : The Great Malarkey, The Handsome Family, Fleetwood Mac, Taboo, Hell on Wheels, There will be blood, Fargo (inspiration).
Sam 5 Sep - 23:23 (#)




The Haven. Février 2020. 21h28.

« Les adhésions vont bon train, » constata l’immortelle, en feuilletant une épaisse liasse de documents administratifs.

L’adjoint au conseil d’administration d’EdenCare, Stu Landry, hocha mécaniquement la tête à cette affirmation. Malgré sa participation enthousiaste à une telle association ouvertement pro-CESS, l’homme n’était guère à l’aise en la présence de la vampire. Celle-ci remarqua sans peine les contractions nerveuses agitant ses avant-bras, l’odeur de sueur accrochée à son col de chemise et les tremblements de ses pupilles quand il avait répondu avec empressement à ses questions. Landry remua impatiemment sur son siège, puis tenta avec maladresse de faire bonne figure.

« Depuis les deux derniers mois, oui. On a un regain d’intérêt maintenant que l’affaire de la cagnotte est derrière nous. Vous voulez voir nos chiffres de ce mois ? »

« Non, répondit-t-elle sans lever les yeux du document. Je veux une copie numérique complète de vos comptes, les adhésions et les départs, les dépenses et les gains. »

L’homme marqua un temps d’arrêt, les lèvres entrouvertes. La musique d’ambiance résonnant dans son dos, le dernier hit commercial, accentuait davantage l’air ahuri peint sur son visage. Gardant le silence quelques secondes, il jeta un regard à la dérobée comme pour chercher du secours, de part et d’autre de l’alcôve isolée du reste de la salle par un épais rideau noir. Un bureau provisoire y avait été installé pour l’occasion, où un ordinateur ronronnait sous quelques spots blafards.

Face à ce silence gêné, l’immortelle daigna abandonner l’examen des documents. « Cela pose un problème ? » l’interrogea-t-elle, sans se départir de ce sourire froid qui dérangeait tant Stu.

Il se renfrogna en regardant l’écran de l’ordinateur portable face à lui. « Non, non, pas du tout. C’est simplement inhabituel. »

« Je souhaiterai éviter de me justifier par une conversation téléphonique, glissa la vampire en reprenant nonchalamment sa lecture, ce serait dommageable pour tous. »

Un frisson glacé dévala la nuque de Stu. L’attitude de cette femme avait l’art de le mettre systématiquement mal à l’aise. Les intonations de sa voix veloutée laissaient filtrer une politesse tranchante, enrobée de menaces cachées, comme si l’on promenait son pouce sur le tranchant d’une lame affutée. Quant à ses manières doucereuses, son apparence élégante, elles contenaient cette volupté, cette lascivité sensuelle propre aux mouvements d’un serpent venimeux. Et bien entendu, elle demeurait une de ces rares immortelles, une vampire.

« Non, bien sûr, je vais tout de suite vous obtenir tout ça. » Il fixa la vampire un instant, puis s’empressa de justifier son propos. « Le bureau m’avait prévenu de la visite d’une représentante de la fondation, mais ils n’ont pas précisé la personne. »

Elinor Lanuit replaça méticuleusement les feuilles dans le dossier. Elle les rangea ensuite dans l’attaché-case, sans répondre immédiatement à l’insignifiant membre d’EdenCare. Ce simple comptable était bien trop lent d’esprit à son goût, bien trop impressionnable et d'un commun déprimant.

« Eh bien, considérez-moi comme une adjointe du conseil, s’expliqua-t-elle comme l’on jette un reste d’os à un chien, je suis simplement chargée d’un rapport de routine. »

L’homme agita vivement la tête comme s’il avait tout saisi. L’immortelle lui adressa un grand sourire, malgré son profond déplaisir pour ces festivités populaires et cet entretien ennuyeux. Par conséquent, elle n’avait pas la moindre intention de s’attarder à ce diner, ni de répondre aux questions inutiles de Landry. Quant à celui-ci, il n’avait nul besoin de connaitre l’identité réelle de la vampire. D’apprendre qu’elle n’était autre que la grande dirigeante de la fondation, la maitresse d’œuvre de cette campagne ayant permis la médiatisation d’EdenCare.

Devant l’immobilisme béat de Landry, elle reprit la parole d’un ton sec, comme un ordre sans équivoque. « J’aimerai obtenir tout cela rapidement, si ça ne vous dérange pas. »

Comme piqué au vif, l’adjoint d’EdenCare se leva d’un bond, et se confondit en excuses pour finalement s’empresser de disparaitre derrière une porte accédant aux coulisses de la salle. Elinor se retrouva alors seule dans l’alcôve. Le lourd rideau qui séparait la pièce du reste de la salle, atténuait quelque peu la criarde musique populaire, mais l’effet était insignifiant pour les sens d’une vampire.
Lasse, elle se leva en vérifiant la bonne tenue de son ensemble assorti, veste et jupe de tailleur noires, et récupéra sa petite mallette. Des fils électriques couraient sur le sol ciré, que ses talons évitèrent sans peine en sortant de l’alcôve surélevée érigé en bureau administratif de fortune. Elinor Lanuit poussa la tenture, pour s’arrêter au sommet de l’escalier qui donnait sur la petite estrade dissimulée au regard. Le bourdonnement des festivités l’assourdit aussitôt.

La plèbe s’amuse bruyamment, songea-t-elle en balayant la grande salle du regard. De fait, le diner de bienfaisance était un succès. EdenCare avait loué une salle de belle dimension, grâce aux solides fonds procurés par la fondation de la vampire, et chacune des nombreuses tables étaient garnis de couverts. Un buffet gratuit pour les inscrits était disposé le long du mur opposé, tandis qu’un orchestre locale préparait sa prochaine performance sur la grande estrade surplombant une piste de danse.
L’odeur écœurante de la nourriture humaine satura son odorat. Elle plissa le nez par réflexe, puis contempla longuement l’assemblée d’humains discutant et s’interpellant, à la manière d’un pasteur jaugeant son bétail. Tout cela lui appartenait indirectement. L’opération de communication d’EdenCare avec l’hôpital de Shreveport avait été un succès à moindre frais. La vampire rejeta son opulente chevelure d’ébène derrière ses épaules, et s’enquit de l’heure sur l’écran de son smartphone.

Une vive impatience fit le siège de ses pensées. Que cet imbécile se dépêche avant que l’ivresse ne s’installe dans cette abîme de médiocrité. La cuisine au barbecue nocturne, l’alcool bon marché, et le jazz local se mariaient mal avec les habitudes huppées d’Elinor Lanuit. Elle s’appuya lascivement sur la rambarde de l’escalier, en partie plongée dans l’ombre d’un angle de mur, et se résigna à prendre son mal en patience.
La clameur des conversations envahissaient ses sens. Une chaleur poisseuse allait bientôt saturer l’air confiné de cette grande salle, et avec elle, l’odeur des corps humains échauffés par la proximité. La vampire perçut alors une étincelle prédatrice poindre dans un recoin de son être. Elle la repoussa pour l’instant. Une fois cette corvée accomplie, elle aura tout le loisir d’assouvir son appétit de manière autrement plus plaisante : la nuit était encore jeune.


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Propriété d'Eli-chan & Caprisun (enfin consommé) de Shreveport
Heidi Janowski
Heidi Janowski
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NE M'OUBLIE PAS

En un mot : TROUBLE
Qui es-tu ? : ­­La fatalité en 49 nuances | Heidi & Elinor WHGHcJS3_o
≡ Humaine ­­de 25 automnes, beaucoup moins dans sa tête
≡ (ex(ex))Trompettiste professionnelle autoproclamée
≡ Marquée de la Reine d'AA, miss Elinor Lanuit elle-même
≡ Cousine de la démoniaque experte en chantage, Anna "la s****e" Janowski
≡ Mordue au littéral comme au figuré

Facultés : ≡ Surnaturellement agaçante
≡ Maîtresse du sarcasme et de l'ironie
≡ Balbutiements du tout premier niveau de Présence vampirique tout fraichement héritée

Thème : 'Round Midnight - Miles Davis
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QUAND J'AURAI SOMBRÉ

Pseudo : Pourpre
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Dim 6 Sep - 16:55 (#)
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La fatalité en 49 nuances
The Haven
ft. Elinor V. Lanuit



Q
u’est-ce que tu fais là, déjà ? Ah, oui, évidemment. Tu es dans cette grande salle remplie d’individus aussi intéressants les uns que les autres – soulignez ici l’ironie – pour passer un agréable moment et faire des rencontres enrichissantes. C’est ça oui, et peut-être un peu aussi te rincer au mousseux bon marché pour te rappeler à quel point ta famille de faux bourgeois ne te manque pas. Tu n’as besoin ni d’eux, ni de personne pour survivre et tu mets encore aujourd’hui un point d’honneur à l’expliquer à qui veut bien l’entendre lors de tes longs monologues intérieurs qui n’ont pour unique objectif que de te faire sombrer d’avantage dans le déni.

Quoiqu’il en soit, tu as réussi à t’infiltrer sans trop de problèmes grâce à la présence d’un orchestre monté dans la précipitation ; tu aurais pu en faire partie mais d’une part, jouer un programme bateau pour amuser une foule qui a besoin de se faire autant mousser pour motiver leur seule bonne action de l’année te donne la nausée rien que d’y penser, et d’autre part le cachet que tu aurais touché en participant en tant que musicienne ce soir ne t’aurait pas permis de t’offrir plus que le buffet qui t’es gracieusement offert par une fondation quelconque. D’ailleurs, c’est une chose que tu n’as jamais réussi à comprendre, les collectes de fonds. Aussi peu logique et rationnel que soit ton esprit, tu n’as jamais pu te résoudre à comprendre qu’il faille dépenser de l’argent pour prendre celui des autres, mais l’heure n’est pas à la réflexion.

Le secret pour s’infiltrer à peu près partout c’est d’avoir confiance en soi, ou du moins d’en avoir l’air. Devant la porte principale une paire de vigiles vérifiant l’identité de chaque personne désireuse d’entrer ? Qu’à cela ne tienne, il suffisait de ne pas passer par cette porte là. La tête haute et les épaules rejetées en arrière, tu as suivi jusqu’à l’entrée des artistes un type que tu suspectais d’être saxophoniste à en juger par la forme de l’étui qu’il portait. Là-bas, beaucoup moins de sélection à l’entrée, simplement un gorille chargé de vérifier qu’aucun indésirable comme toi ne se croie assez malin pour penser pouvoir esquiver le contrôle de ses deux collègues. Tu t’apprêtais à passer la porte quand ce dernier t’a interpelée.

« - Eh, une minute, toi. Pourquoi t’as pas de boîte ? »

Il n’était peut-être pas aussi stupide que sas carrure ne cherchait à le compenser après tout. Tu t’es retournée vers lui, animée d’une assurance usurpée, et lui as rétorqué quelques mots d’un ton sec et hautain.

« - Je suis la pianiste, tu préférerais peut-être que j’amène mon propre instrument ? »

La confusion était lisible sur son visage, et malheureusement pour lui tous tes doutes sur ses facultés cognitives se sont envolés quand il s’est contenté de froncer les sourcils pour seule réaction à ta réponse. Tout naturellement, tu en as profité pour t’engouffrer dans le corridor parsemé de pièces exiguës aménagées en loges pour tes collègues musiciens, et tu étais à l’intérieur.

Tout en avançant jusqu’à ce que tu devines être la porte menant au cœur de l’animation, tu te remets en mémoire un peu du contexte de la soirée afin de ne pas être prise au dépourvu si quelqu’un s’entête à vouloir te tirer les vers du nez. De ce que tu sais et a pu lire ou entendre, c’est une fondation pro-CESS qui est à l’origine de cette collecte. Tant mieux, ça t’évitera de devoir jouer la comédie en prétendant être de l’autre bord. L’hypocrisie et l’indécence de ce qu’on peut aujourd’hui appeler la race humaine est à tes yeux un fléau bien plus virulent qu’une poignée de pseudo-monstres lâchés dans une société qui leur est encore plus hostile qu’à vous. Peut-être que tu te fais une fausse idée de comment fonctionnent les communautés surnaturelles depuis la Révélation, et peut-être que c’est pour cela que tu as tendance à t’identifier à eux malgré tous les signes que tu as reçu te prouvant que vous n’appartenez pas au même monde ; en tête de file, cette morsure qui hante encore à ce jour les aspects les plus vulnérables de ta personnalité.

Enfin, tu arrives devant la porte au bout du couloir. Pas de doute, tu ne t’es pas trompée de chemin. Tu entends, atténués par la fine cloison, les rires gras et faux ainsi que l’écho des platitudes mensongères que se racontent les invités tous issus de cette caste lâche et tartuffe. Vêtue d’une simple robe noire que tu revêtis habituellement lors de prestations importante et maquillée de manière à camoufler tes cernes et te fondre un peu plus dans la masse, tu prends une grande respiration en te pinçant l’arrête du nez et abaisse la poignée.

Tu plisses les yeux sous la lumière intense d’un projecteur qui submerges tes yeux si soudainement dès le seuil passé. Tu as l’impression que ton effraction vient d’être prise en flagrant délit, mais ça ne reste qu’une impression.. n’est-ce pas ? Tu clignes quelques fois pour permettre à tes pupilles de s’accoutumer à la luminosité ambiante et balaie la salle du regard. Tu es à côté de l’estrade où les pupitres de l’orchestre sont installés ; tu esquisses un rictus satisfait en voyant le piano qui les jouxte. En face de toi, la partie de la fête qui t’intéresse : le buffet. Sans grande surprise, il est assailli par d’autres invités et tu regrettes déjà le moment où il faudra te faufiler jusqu’aux tables. Enfin, tu repères les déclencheurs de l’alarme incendie pour le cas hypothétique et fort déplaisant où tu devrais t’en aller plus tôt que prévu.

Commence alors le ballet : tu t’aventures dans la salle d’un pas agile et te diriges droit vers le champ de tables de l’autre côté de la pièce en esquivant gracieusement tout être humain sur ton passage, adressant de temps en temps un sourire aussi mielleux que faux à ceux qui essaieraient de t’aborder. Il faut dire qu’une jeune femme de ton âge seule dans cet environnement risque dans le meilleur des cas de susciter une interrogation, et dans le pire d’attirer à toi des indésirables. Une fois à destination, tu repères une assiette abandonnée et encore pleine, un verre rempli et tout aussi seul que son homologue dont tu essuies rapidement le bord avec la serviette la plus proche et tu emportes le tout dans ton habile danse. Ta soif est étanchée rapidement lorsque tu descend sans difficulté le contenu de la coupe d’une traite et la repose sur une table un peu plus loin ; à l’arrivée, tu t’adosses contre un mur, l’assiette à la main et satisfaite de ta prestation.

Tu espères que personne ne viendra te déranger ni te demander de comptes ; il n’est pas dur de comprendre que cela ne se passera pas selon ta volonté.
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- Monstre évoluant dans l’anonymat des ombres, elle traverse les siècles sans fléchir ni se lasser, se proclamant véritable immortelle avide de vie et de savoir.

Facultés :
- Chacun de ses menus gestes contient une grâce et une sensualité étonnante, comme si son corps figé par les siècles ne connaissait aucune autre manière de se mouvoir.
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- Une Présence cultivée avec patience se lit dans son regard enjôleur, rendue redoutable par un siècle de manipulations opportunistes (niveau 2, palier 5).
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Sam 12 Sep - 14:58 (#)



Le ballet des mortels assoiffés de conversations fades, et de mets gras n’en finissait plus. Les éclats de rire, les tintements de la vaisselle et le mouvement des corps se combinaient en un tumulte nauséeux, incroyablement bruyant et détestable. Perchée dans l’ombre de l’escalier, l’immortelle camouflait son impatience derrière une immobilité sculpturale. De temps à autre, elle consultait furtivement l’heure sur son téléphone, tâchant de faire fi de cette engeance bruyante qui se pressait les uns contre les autres comme des porcelets en batterie.
Bien vite toutefois, l’esprit flexible de la vampire se ferma à l’instant présent. La polluante clameur de la cohue fut reléguée à l’arrière-plan de ses réflexions, lesquelles furent naturellement attirées par l’orchestre et ses pupitres, les instruments brillants qui patientaient sous les spots. Alors que la cavalcade fiévreuse des musiciens lui parvenait depuis les coulisses, une sourde envie la saisit.
Depuis combien de temps n’ai-je plus touché à un instrument, s’interrogea-t-elle. Les évènements d’Octobre l’avait laissé affairée chaque nuit, et d’autre part, quelque peu amère. Ces mois vides de distractions raffinées lui semblèrent soudain une éternité. Comme elle chassait cet ennui puéril de ses pensées, l’attention d’Elinor se trouva naturellement orientée vers l’estrade, où l’éclat lustré du piano sous les projecteurs fut momentanément brisé par une silhouette au pas rapide.

Au même instant, des pas précipités et un souffle laborieux se firent entendre à ses côtés. « Pardon pour le contretemps, s’expliqua Landry en tenant une clé USB dans ses doigts boudinés,  je n’avais pas prévu d’avoir autant de fichiers à récupérer. »

L’immortelle n’accorda aucune attention aux explications du cadre d’EdenCare. Du haut des marches, Elinor possédait une vue d’ensemble parfaite du festin en contrebas. Elle suivit du regard le cheminement curieux d’une jeune femme, laquelle venait d’émerger soudainement de la porte des coulisses pour se diriger aussitôt vers le buffet. Une pointe d’irritation la traversa. Elle ne fit que croitre quand le toussotement de Landry lui rappela désagréablement sa présence.

« Merci. » D’un geste agacé, Elinor récupéra la clé tendue. « J’ose espérer que vous avez engagé des artistes sérieux pour ce soir. La fondation tient à une image correcte, y compris pour la musique. »

« Oh, aucun problème. C’est un groupe local, ils ont donné beaucoup de représentations l’année dernière, ils ont une certaine renommée. »

Durant quelques instants, de trop longues secondes sans doute, la vampire examina avec application le visage de Landry pour y déceler le mensonge. Toutefois, elle n’y lut ni embarras ni la moindre tentative de tromperie, seulement un badinage simple, mêlé d’innocence bête. Elle glissa la clé dans une poche de sa veste, avant de reporter son regard vers la musicienne vagabonde.

« Alors, puis-je savoir pourquoi cette femme, la blonde qui vient d’émerger des coulisses, est en train de se goinfrer avant même que la représentation n’ait démarré ? trancha-t-elle, en désignant la coupable. Je n’apprécie guère les performances de musiciens ivres. »

Landry plissa le regard dans la direction indiquée. Naturellement, il lui était difficile de discerner la personne dont il était question, face à la grandeur de la salle et à la densité de la foule. L’agacement d’Elinor monta d’un cran. Elle patienta néanmoins, le temps que la vision médiocre de l’homme lui permette d’identifier avec certitude la coupable au milieu du troupeau.

« Je ne la connais pas, finit-il par dire au bout d’un long examen. Vous êtes certaine qu’elle vient des coulisses ? »

La vampire articula froidement chaque syllabe. « Vous insinuez que j’ai mal vu ? »

« Non, non, je-… » Landry se mit à balbutier. L’odeur de sueur se fit plus forte. « Je ne comprends pas, nous avons quelqu’un pour contrôler les entrées de chaque côté. »

Comme celui-ci tripotait d'une main fébrile sa calvitie naissante, poivre et sel, Elinor Lanuit passa en revue les diverses méthodes dont elle disposait pour licencier ce mollusque après cette soirée. Elle s’humecta longuement les lèvres avant de prendre la parole sur un ton doucereux, comme l’on s’adresse à un enfant, ou à un quelconque attardé mental.

« Monsieur Landry. » L’interpellé se tourna vers elle, soucieux. « Pour être tout à fait honnête entre nous, j’ai une grande faiblesse pour la musique. »

L’homme échappa un simple « oh » interrogatif. Elle lui offrit un sourire glacial en retour.

« Je refuse donc de subir une interprète alcoolisée, encore moins une parasite ici. Vous allez donc descendre ces marches dans les secondes qui suivent, vérifier son identité, et procéder à son expulsion le cas échéant. Suis-je suffisamment claire ? »

Elle fixa longuement Landry qui se décomposait à vue d’œil, et suait autant que faire se peut. Puis celui-ci hocha frénétiquement la tête, cramponna avec force tremblements la rambarde, et s’empressa de gagner la salle bondée. Elinor suivit du regard sa progression vers l’intruse. En son for intérieur, elle avait peine à croire d’être ainsi forcée de perdre son temps  avec une telle bagatelle. La nuit l’appelait loin de ce bouge humain, vers une obscurité d’autant plus libératrice, qu’un pressant désir de distraction saine avait à présent saisi sa personne.


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Dim 4 Oct - 17:06 (#)
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La fatalité en 49 nuances
The Haven
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A
peine deux minutes, c’est le temps qu’il aura fallu à ton répit pour prendre fin. Du coin de l’œil tu aperçois un homme se diriger dans ta direction. Ça pourrait être une coïncidence, mais le regard insistant qu’il te porte invalide clairement cette théorie. Tu essaies d’éviter son regard en sachant pertinemment que cela ne changera rien à la situation. Cependant, chaque coup d’œil furtif en sa direction le rapproche de plus en plus tandis que son regard à lui ne se décolle pas un instant de toi. Qu’est-ce qu’il a, à te fixer de cette manière ? Ce n’est pas comme si tu allais disparaître dès lors qu’il tournerait la tête ; tu n’es qu’une humaine, tu n’as pas ce pouvoir ; ni aucun autre d’ailleurs. Or, maintenant que cette réflexion atteint ton cerveau, tu te mets à espérer que l’homme qui se presse pour te rejoindre le soit aussi.

Pour autant, pour une raison que tu ignores, ton problème semble n’être que la moitié d’un. Tu n’es pas nécessairement très habile quand il s’agit de déchiffrer les autres mais au fur et à mesure que le trouble-fête se rapproche, tu devines son angoisse comme on voit le nez au milieu de la figure.Tu peux distinguer d’abord sa démarche anxieuse et ses épaules lutant avec acharnement pour ne pas s’affaisser ; lorsqu’il arrive à ta hauteur, sur son visage l’expression d’un enfant qui vient de se faire gronder manque de te faire esquisser un sourire aussi condescendant qu’incriminant. Toi en revanche tu n’as pas bougé, jugeant que fuir te rendrait plus suspecte qu’autre chose. Alors, vous vous faites face, lui debout tentant pitoyablement de se faire plus grand et courageux qu’il ne l’est et toi adossée nonchalamment contre le mur essayant piètrement de déduire s’il est là pour te mettre dehors sur le champ ou si tu as encore une marge de manœuvre.

Il se racle la gorge pendant que tu te demandes pourquoi il a l’air si anxieux de t’aborder et tu profites du court moment durant lequel il a tourné la tête pour regarder tu-ne-sais quoi dans un coin de la pièce pour lui subtiliser l’initiative de la parole.

« Vous avez l’air perdu, je peux vous aider ? »

Un jour tu te rendras compte que si tu adaptais ton attitude à ton environnement au lieu de toujours offrir au monde un concentré de sarcasme et de condescendance, la vie serait beaucoup moins dure. Malheureusement pour toi, ce jour est encore loin d’être venu et tu as le pressentiment que tu vas – encore – te retrouver dans une situation délicate. Enfin, tu obtiens une réponse après quelques bafouillis nerveux de la part du pantin.

« Eh bien.. hm.. à vrai dire.. oui, vous pouvez m’aider ! » dit-il avec un rictus trahissant sa fierté démesurée quant à sa répartie. « Je souhaiterais savoir qui vous êtes. Enfin, euh.. ce que vous faites ici en somme. Voilà, c’est ça. »

Bien, il ne sait pas qui tu es, ce qui veut dire qu’il ne sait pas encore que tu n’as rien à faire ici. A partir de cette situation, deux choix s’offrent à toi : crier au scandale pour te faire expulser en beauté ou enrober un mensonge d’assez de vraisemblance pour te permettre de gagner du temps. Bien sûr, tu aurais adoré te mettre en scène et te faire passer pour une de ces bourgeoises que tu détestes tant ; simuler l’outrage et taper du pied pour réclamer des excuses pour te moquer au nez et à la barbe de ce ramassis d’ordures. Pourtant, même toi sais parfaitement que cela n’a aucune chance de marcher, alors tu vas te rabattre sur le plan B. D’autant plus que tu as toujours faim.

« Ah, vous n’êtes pas au courant ? Je suis la remplaçante de la trompette 2, allez voir ça avec Gerry, c’est lui qui m’a demandé de le dépanner en urgence. »

Le bureaucrate bedonnant semble désarçonné face à tant de confiance et remet un certain moment à trouver exactement quoi répondre.

«  Et votre nom ? Je vais.. je vais aller vérifier tout ça avec le chef d’orchestre alors mais.. ne partez pas de là, hein ! »

Tu lui affiche un grand sourire en hochant la tête, non pas par politesse mais plutôt pour saluer son incompétence flagrante qui est aussi ton salut.

« Janowski, Heidi. Je ne bouge pas d’un pouce, passez lui le bonsoir de ma part ! »

Évidemment, tu vas bouger de bien plus qu’un pouce. Pas tout à fait sûr du sens de ta dernière phrase, et pas tout à fait sûr non plus de la véracité de tes propos, il tourne lentement les talons. Pour être sûre d’atteindre ton quota de condescendance, tu lui fais en petit signe de main quand il se retourne après quelques mètres pour s’assurer que tu tiens parole. Une fois cet énergumène en cravate disparu au milieu de la foule de ‘bienfaiteurs’, tu t’empresses de prendre ton assiette et de trouver un autre endroit où te cacher avant qu’il ne revienne avec la certitude que tu es une intruse et que tu t’es payé sa tête en prime. Après un nouveau ballet à travers la masse, tu rejoins le fond de la salle, près d’un escalier peu éclairé qui te semble parfait pour te cacher du reste du monde. Enfin, ça c’est ce que tu penses. Tu aurais peut-être dû prendre le temps de regarder dans la pénombre en haut du-dit escalier pour t’assurer de la non présence de CESS, comme un vampire par exemple.
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Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Elinor V. Lanuit
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Qui es-tu ? :
- Immortelle britannique du XIXème siècle, issue de la bourgeoise florissante du début de l’ère victorienne, l’élégance et le flegme de son époque affleurent encore dans ses manières.
- Femme fatale au charme venimeux, calculatrice sans scrupules, elle manipule les cœurs aussi bien que les lettres et les chiffres.
- Perfectionniste à l’extrême, séduite par le pouvoir et reine stratège, son plaisir de tout contrôler égale sa soif de connaissances en arts obscures.
- Vampire accomplie et fille des Lanuit, éternelle solitaire dont l’amour empoisonne les malheureux attirés par une élégance inaccessible aux simples mortels.
- Monstre évoluant dans l’anonymat des ombres, elle traverse les siècles sans fléchir ni se lasser, se proclamant véritable immortelle avide de vie et de savoir.

Facultés :
- Chacun de ses menus gestes contient une grâce et une sensualité étonnante, comme si son corps figé par les siècles ne connaissait aucune autre manière de se mouvoir.
- Un rare talent pour la stratégie économique dont son clan profite à souhait, elle détient une précieuse capacité à s’ancrer sans difficulté dans cette époque.
- Une Présence cultivée avec patience se lit dans son regard enjôleur, rendue redoutable par un siècle de manipulations opportunistes (niveau 2, palier 5).
- L’Occultation masque son être pour mieux agiter les fils de ses marionnettes, tandis que son esprit demeure son sanctuaire interdit, où elle ne tolère personne (niveau 2, palier 2).
- Un Animalisme incongru la colle, sans qu’elle ne daigne y accorder le moindre intérêt, quand ce talent bestial semble si éloigné de son tempérament et de ses valeurs (niveau 0, palier 0).

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We'll drink a toast in the torture chamber
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Ven 9 Oct - 18:19 (#)



Tout ce médiocre théâtre où évoluait ce cheptel d’humains suant et bâfrant, creusait son ennui de minutes en minutes. Dans l’ombre de l’escalier, la vampire observa avec lassitude la progression de ce benêt de Landry, qui naviguait dans cet océan de mortels tous plus banals les uns que les autres. Tous n’étaient que le produit d’une communication bien huilée, et ne représentaient alors, que de simples portefeuilles vivants, à défaut de poches de sang acceptables. Cette dernière option était de toute évidence proscrite, compte tenu de la quantité d’alcool à disposition dans cette soirée.
Elinor consulta rapidement le cadran de sa montre de luxe. Je lui donne deux minutes pour régler le problème, se jura-t-elle, pas une de plus. Ce soir tout particulièrement, quand la faim commençait à planter des aiguilles dans sa chair, elle n’avait aucune envie de consacrer davantage de temps à une banalité pareille, encore moins rééduquer ce mollusque. Elle suivit avec un soupçon d’agacement la progression hasardeuse de Landry, qui jetait parfois des regards furtifs vers la vampire.
Sans guère de surprise, l’homme semblait éprouver quelques difficultés à accomplir une tâche simple. En son for intérieur, Elinor s’étonna même qu’il soit capable de respirer tout seul. Le cadre d’EdenCare parvint finalement à atteindre la gamine, après moult virages et hésitations, et réussit magistralement à échouer dans son entreprise. Les lèvres pincées d’irritation , l’immortelle regarda l’ahuri repartir vers les coulisses, en laissant le champ libre à cette parasite.

J’aurais dû m’en douter, maugréa-t-elle. Nul doute que Landry avait avalé ces boniments sans l’ombre d’une hésitation, ou pire encore, s’était laissé charmer par cette intruse. Elinor nota mentalement de procéder au licenciement de ce dernier, ainsi que du vigile fautif en premier lieu, et de faire une vérification complète des performances des cadres d’EdenCare. Comme elle s’apprêtait à quitter son alcôve obscure pour régler définitivement le problème, la fautive battit en retraite dans sa direction, cramponnée à son assiette de nourriture comme si sa vie en dépendait.
La vampire suspendit son initiative. Elle resta ainsi immobile, examinant l’agneau s’avancer innocemment dans l’ombre, obnubilée par sa gamelle. Durant de longues secondes, son esprit analytique examina les différentes solutions au problème. Le regard de l’immortelle se fixa sur la nuque de la jeune femme, à peine dissimulée derrière des mèches blondes. L’envie soudaine de s’emparer d’elle de force, pour la vider de son sang dans les coulisses traversa ses pensées.
Mauvaise idée, se corrigea-t-elle aussitôt. De fait, cette victime transportait un plat arrosé de sauce, particulièrement dangereux pour sa veste de tailleur impeccable. La sauce aux canneberges, cela ne pardonnait pas. Elinor renonça pour l’instant à cette manœuvre bien trop risquée, et descendit sans bruit l’escalier, avec la ferme intention de trouver une utilité gastronomique à cette humaine-ci. Elle s’arrêta dans son dos, et s’autorisa un instant de réflexion silencieuse pour estimer l’état de santé de cette dernière, avant d’entamer la conversation sur un ton doucereux.

« Vous auriez dû choisir les plats d’écrevisses, déclara-t-elle de but en blanc. Ils ont été préparés par un traiteur qui se fournit en produit frais directement au Cross Lake. »

Les crustacés rendent l’hémoglobine plus fluide que la viande rouge, se retint-elle d’ajouter. Au lieu de cela, la vampire lui adressa un sourire poli, qui masquait une menace bien réelle.

« C’est d’autant plus appréciable quand la nourriture de qualité est gratuite, n’est-ce pas ? Cela dit, je ne suis pas la personne la plus appropriée pour débattre de gastronomie. »

Dans le vaste espace de la salle, la musique s’intensifia de même que les conversations débridées, tandis que les couples se formaient et que les invités se trémoussaient entre les tables. L’odeur lourde de sueur et de parfums bon marché mélangés empira. Le parfum âcre de la nourriture humaine saturait atrocement l’air, mettant la patience de la vampire pour cet endroit, à rude épreuve. Elle posa sur la jeune femme un regard calme, dénué d’empathie pour la discussion.

« J’ai cru comprendre quand vous vous adressiez à cet imbécile, que vous étiez musicienne. Dites-moi donc, l’êtes-vous vraiment, ou est-ce une excuse commode pour piller le buffet ? »

En vérité, Elinor n’était pas entièrement certaine d’avoir bien entendu cette affirmation, et elle l’enveloppa d’un sourire particulièrement enjôleur pour tâcher d’endormir sa méfiance.. L’entretien entre Landry et cette femme s’était déroulé bien trop loin pour en saisir la teneur, même pour l’acuité auditive d’une vampire. Quant à la pénombre l’enveloppant, elle masquait en grande partie son air bien trop pâle pour être naturel, à peine dissimulé par un maquillage demeuré très léger.
L’immortelle ne faisait pas grand cas des capacités de réflexion d’une simple mortelle. Elle n’avait alors aucune intention de s’attarder parmi les humains ce soir. Et de toute évidence, elle n’avait pas non plus l’intention de laisser filer un repas offert de manière aussi commode.


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Heidi Janowski
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Dim 11 Oct - 11:56 (#)
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La fatalité en 49 nuances
The Haven
ft. Elinor V. Lanuit



L
a vie d’artiste n’est pas une sinécure. Tu gagnes mal ta vie et ton travail consiste à te faire juger et comparer aux autres plus que dans n’importe quel autre discipline. En revanche, si devenir musicienne a provoqué chez toi un profond sentiment d’illégitimité, cela t’a aussi permis de développer un ouïe plus aiguisée que le commun des mortels. Alors non, tu n’es pas capable d’épier les conversations d’autrui à quelques dizaines de mètres de distance dans une salle infestée de bruits parasites, mais tu es tout de même capable de distinguer inconsciemment les bruits de pas légers qui se rapprochent puis s’arrête près de toi ; un frisson parcours ton dos pendant que tu sondes la salle devant toi avec amertume et détachement.

« Vous auriez dû choisir les plats d’écrevisses. Ils ont été préparés par un traiteur qui se fournit en produit frais directement au Cross Lake. »

Tu manques de sursauter en entendant cette voix venue de l’ombre et interrompant ta véhémente critique intérieure de la bourgeoisie de Shreveport. Une fois ta soudaine crispation dissipée, tu pivotes jusqu’à te retrouver face à la personne qui t’a interpelée. Tu fais maintenant face à une femme, plus âgée que toi et qui en à peine quelques secondes réussit à te mettre plus mal à l’aise que pléthore d’autres ayant tenté la même chose auparavant. Il faut quelques instants de plus à ton cœur pour reprendre un rythme décent face à ce sourire et ces manières qui, d’une façon que tu ne saurais expliquer, te dérangent. Presque heureusement pour toi, elle reprend la parole en t’épargnant une réponse approximative trahissant une perte de nonchalance encore inédite, d’autant que tu n’as jamais raffolé de fruits de mer.

« C’est d’autant plus appréciable quand la nourriture de qualité est gratuite, n’est-ce pas ? Cela dit, je ne suis pas la personne la plus appropriée pour débattre de gastronomie. »

Te voilà fixée : elle sait que tu ne devrais pas être là ; pourtant elle ne cherche pas à te faire rejoindre la sortie. Tu te contentes pour l’heure de hocher brièvement la tête pendant que tu essaies de ne pas laisser apparaître sur ton visage et dans tes yeux clairs la vague de doute en train de te submerger. Beaucoup de questions fleurissent dans ton esprit et à chacune d’elles tes doutes grandissent. Qui est cette femme ? Pourquoi ne veut-elle pas te mettre dehors ? Te connaît-elle ? Pourquoi sa bienveillance apparente te perturbe à ce point ? Toutes ces questions ont une seule et même réponse que tu refuses de conscientiser ; cela te ferait t’en poser beaucoup d’autres qui cette fois-ci te concernent et auxquelles tu veux éviter de répondre à tout prix.

« J’ai cru comprendre quand vous vous adressiez à cet imbécile, que vous étiez musicienne. Dites-moi donc, l’êtes-vous vraiment, ou est-ce une excuse commode pour piller le buffet ? »

Enfin une question qui n’est pas rhétorique et à laquelle tu peux répondre en étant toi-même. Tu ne soulignes même pas intérieurement le fait qu’elle ait entendu l’échange que tu as eu avec ‘‘l’imbécile’’ à l’autre bout de la salle. Plusieurs explications tout à fait rationnelles pourraient éclaircir cela mais il serait bien facile de laisser parler un syndrome de Scully qui ne te ressemble pas. A la place, tu te racles fièrement la gorge et enchaîne dans une tentative quasi désespérée de faire revenir ton attitude à la normale. La vérité, c’est que tu as tellement peur d’être déstabilisée plus longtemps par cette femme nimbée de mystère qu’à cet instant précis tu te fiches éperdument qu’elle puisse cacher une nature surnaturelle, tu veux simplement reprendre le contrôle de ton esprit et cela passe par faire ce que tu sais faire de mieux : étaler ta mauvaise foi.

« Tout d’abord, je tiens à dire que je n’ai pas touché au buffet. J’ai.. trouvé cette assiette posée seule sur une table sans surveillance et j’ai décidé d’en prendre la charge face à la négligence évidente de son ancien propriétaire. »

Assez fière de ta plaidoirie, tu te redresses sur tes talons et rejettes tes épaules en arrière pour te grandir un peu et surtout feindre, ne serait-ce que pour toi, une confiance à toute épreuve. Le plus drôle dans cette histoire, c’est que tu n’as pas encore touché à ce plat. De ta main libre tu réajustes ta robe noire enfilée pour l’occasion afin de ne pas trop te faire remarquer et termine ta réponse à sa question.

« Et, oui, tout à fait, je suis musicienne. Ma réputation en tant que telle n’a peut-être pour l’heure pas encore atteint vos oreilles mais c’est parce qu’elle est assez timide. Il se trouve que ce soir, l’orchestre n’a pas besoin de trompettiste supplémentaire mais si ça avait été le cas, je peux vous assurer que ma présence aurait été tout à fait appréciée. »

Le registre de langue que tu utilise n’est pas vraiment celui auquel tu es accoutumée, mais en ayant grandi dans un monde où donner l’illusion de la fortune était synonyme de réussite sociale, tu as passé de nombreuses heures devant ton miroir à grimacer et caricaturer ton entourage, si bien qu’aujourd’hui tu es ironiquement capable de l’imiter sans te forcer. A nouveau fière de ta répartie, tu hausses légèrement le menton, caches du mieux possible un sourire satisfait au coin de tes lèvres et profites d’avoir la parole pour à ton tour poser la seule question qui te taraude réellement à cet instant.

« Et vous, vous êtes ? »
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- Monstre évoluant dans l’anonymat des ombres, elle traverse les siècles sans fléchir ni se lasser, se proclamant véritable immortelle avide de vie et de savoir.

Facultés :
- Chacun de ses menus gestes contient une grâce et une sensualité étonnante, comme si son corps figé par les siècles ne connaissait aucune autre manière de se mouvoir.
- Un rare talent pour la stratégie économique dont son clan profite à souhait, elle détient une précieuse capacité à s’ancrer sans difficulté dans cette époque.
- Une Présence cultivée avec patience se lit dans son regard enjôleur, rendue redoutable par un siècle de manipulations opportunistes (niveau 2, palier 5).
- L’Occultation masque son être pour mieux agiter les fils de ses marionnettes, tandis que son esprit demeure son sanctuaire interdit, où elle ne tolère personne (niveau 2, palier 2).
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Mer 14 Oct - 14:42 (#)



Au-delà d’un siècle d’existence, les chasses nocturnes revêtaient invariablement un aspect monotone. L’on apparaissait sans bruit depuis les ombres, pour murmurer dans le creux d’une oreille chaude et pulsante de sang, de jolies paroles enrobées de miel, tout autant que de pieux mensonges. De sourires en compliments, de souffles courts en caresses sensuelles, ces soirées similaires se terminaient à chaque fois de la même manière, à quelques hurlements près. Or, mis à part une poignée de rares exceptions, les souvenirs de ces nuques se superposaient en une masse informe, sans ordre ni distinction, seulement des visages déformés par la douleur et les affres du temps.
De ces expériences ne subsistait guère plus qu’un vague goût de sang. Une routine dont Elinor tâchait toujours de briser la dangereuse monotonie par l’ajout de sang synthétique qui, hélas, n’était plus à l’ordre du jour désormais. Cependant, alors qu’à sa vue s’offrait ce corps jeune, énergique et peut-être même éméché, elle renoua avec cette pulsion prédatrice, quelque peu oubliée ces dernières dizaines d’années. Un sourire sincère se dessina sur ses lèvres soulignées de rouge, face à cet humour insolent décomplexé, et totalement sourd au moindre danger.
L’immortelle la laissa ainsi continuer ses justifications, affichant une expression d’intérêt bienveillant, quasiment sincère, et nota ainsi l’effort fourni pour enjoliver les apparences, autant dans les paroles que dans les manières. La légère irritation de cette intrusion déserta lentement ses pensées. Celle-ci n’était somme toute, qu’un désagrément bien secondaire, une considération presque humaine, qu’elle évacua de son esprit d’une pichenette mentale. Elle adressa machinalement un regard vers la scène illuminée, où l’orchestre commençait enfin à s’installer. Puis, son attention revint à cette jeune femme à la langue trop bien pendue pour son propre bien.

« Certes, je comprends. L’abandon d’assiette est un véritable fléau de nos jours, bien au-delà des chats et des chiens abandonnés sur le bord des routes. »

Dans l’obscurité, le malaise de l’impertinente lui apparaissait comme en plein jour. Des mouvements nerveux des épaules, ces regards à la dérobée et les muscles tremblants rythmaient la tirade de celle-ci sous l’œil fixe et scrutateur de la vampire. Une idée amusante traversa ses pensées. À la manière d’une enfant s’apprêtant à arracher les pattes d’un insecte une par une, elle vit avec intérêt cette gamine reconstruire son assurance, lui donnant aussitôt l’envie d’en tester les limites.

« Veuillez m’excuser, je ne me suis pas présentée, déclara-t-elle finalement. Elinor, enchantée. »

Comme une vive lubie pétrie de sadisme, Elinor Lanuit désirait aborder la chasse de ce soir sous un angle totalement atypique. Elle embrassa la vaste salle du regard, en laissant savamment quelques secondes s’écouler, avant d’ajouter sur le ton le plus naturel du monde.

« Quant à ma présence ici, elle est similaire à la vôtre. Je suis moi-même à la recherche d’un diner laissé sans surveillance, et dont je désire prendre la charge à l’abri des regards indiscrets. »

Et sans même trahir la moquerie par un quelconque rictus, la vampire s’appuya nonchalamment à la rambarde de l’escalier, abritant ses traits trop pâles dans l’ombre de ce dernier. Chacun de ses mouvements était imprégné d’une grâce hypnotique, comme si elle ne connaissait nul autre moyen de se mouvoir, même de manière anodine. Elle reprit aussitôt la parole sur un ton clairement narquois, avant que les doutes ne vinrent saturer l’esprit de son interlocutrice.

« Il se trouve que je suis venu contrôler cette soirée pour m’assurer que l’argent investi dans cette association était bien dépensé. » Elle désigna d’un geste fluide l’assiette demeurée intacte dans les mains de la jeune femme. « Il semblerait que ce soit le cas. Mais dégustez-donc votre plat, ne vous en privez pas pour moi. »

L’immortelle laissa un silence relatif s’installer entre elles, à peine brisé par la clameur des conversations, et le fond musical médiocre. Malgré un début laborieux, cette soirée s’améliorait de minute en minute, quand la perspective d’un repas croquant, et d’une distraction acceptable meublait l’aspect banal de ce diner de bienfaisance. Brièvement, ses pensées s’égarèrent vers la quête vaine de Landry, lequel devait certainement errer dans les coulisses comme une âme en peine.

« Laissez-moi vous faire une proposition. Si tant est que vous ayez emporté votre instrument, que diriez-vous d’une représentation privée ? Qu’elle soit plaisante, et je saurai passer l’éponge sur votre intrusion, voire même vous offrir un meilleur paiement qu’une assiette solitaire. »

Lui reste-t-il seulement des instincts de survie ? s’interrogea-t-elle avec espièglerie. La vampire vérifia par-dessus son épaule que la figure flasque de Landry ne fendait pas la foule. Que cet ahuri vint ruiner cet entretien était bien la dernière chose qu’elle désirait. Elle attendit patiemment les répliques de sa toute nouvelle poupée, non sans l’examiner de la tête aux pieds, de ce regard étrangement fixe resplendissant au milieu des ombres. Une lueur d’appétit vorace traversa ses pupilles obscures. Désormais, il n’était plus question de laisser échapper cette peste, qu’elle décida de fuir ou bien de marcher dans son piège. L’une ou l’autre convenait parfaitement à la vampire. L’unique différence résidait dans la quantité de hurlements qui allaient jaillir de ces lèvres délicates.


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Mer 14 Oct - 23:22 (#)
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« Certes, je comprends. L’abandon d’assiette est un véritable fléau de nos jours, bien au-delà des chats et des chiens abandonnés sur le bord des routes. »

Alors c’est donc ça, l’humour de bourgeois. Tu comprends bien qu’elle rebondit sur ton premier commentaire, mais étais-ce vraiment nécessaire ? Il est vrai qu’il n’y a pas de dialogue sans répartie, mais le dialogue en lui-même est-il nécessaire ? Tu as l’impression que le dialogue crée bien plus de conflits qu’il n’en règle ; la preuve : tu l’utilises bien souvent pour insulter tes congénères que pour les complimenter. Il se trouve que ce soir fait office d’exception pour confirmer cette règle, tes paroles sont soignées, voire courtoises, ce que ne te ressemble pas le moins du monde. Cette attitude a beau être en grande partie ironique, il reste pour autant une fraction de ton esprit qui te pousse à au moins feindre le respect pour la femme qui semble te surplomber du haut d’un piédestal invisible.

« Veuillez m’excuser, je ne me suis pas présentée. Elinor, enchantée. »

Tu doutes qu’elle soit réellement enchantée de te rencontrer. Personne ne l’est vraiment : tu mets un point d’honneur à ce que ce soit le cas. Son intonation dit qu’elle n’a pas fini de parler, mais pourtant elle laisse s’installer de longues secondes de silence. Tu t’es mise dos à la foule pour lui répondre, lui laissant tout le loisir de sonder tes arrières. Tu pourrais très bien te retourner pour regarder toi aussi ce qui se passe dans la salle mais tu n’arrives pas à détacher ton regard de l’enchantée Elinor. L’angoisse de détourner les yeux de sa stature était née sans même que tu t’en rende compte et sans que tu ne puisses fournir aucune explication à cela. Tu as l’impression que quelque chose va t’arriver si tu regardes ailleurs mais de la même manière, l’impression que quelque chose va t’arriver si tu persiste à garder tes yeux sur elle grandit à chaque seconde de silence qui s’écoule. Pourquoi est-ce que tu te sens autant perdre le contrôle ? Serait-ce parce que ton inconscient commence à crier trop fort pour continuer à ignorer que le calme dont elle fait preuve n’est pas humain ?

« Quant à ma présence ici, elle est similaire à la vôtre. Je suis moi-même à la recherche d’un dîner laissé sans surveillance, et dont je désire prendre la charge à l’abri des regards indiscrets. »

Elle parle de toi. Tu le sais, ça ne fait plus aucun doute. C’est toi le dîner sans surveillance, et c’est aussi toi qui t’es mise de ton plein gré à l’abri des regards indiscrets. Ton manque de clairvoyance et de discernement ne peuvent pas éclipser plus longtemps la nature de la créature qui te nargue maintenant que tu es totalement désarçonnée par son charme aussi magnétique qu’inexplicable. Elle n’a de cesse de semer des indices depuis le tout premier mot de vos échanges mais tu ne peux pas lutter contre la grâce de ses gestes qui te captivent et recouvrent tes pensées d’un linceul d’imprudence fatale. Ta faim n’est plus qu’un vague souvenir, et elle semble le savoir. Elle semble d’ailleurs tout savoir, ou plutôt tout lire en toi comme dans un album pour enfants. Dans sa voix, tu descelles la provocation que l’éclat ses yeux confirme. Son ton prédateur et pourtant si doux t’interdit de t’éloigner tout en te faisant prendre conscience que si tu restes, il deviendra impossible de te dérober à son étreinte.

C’est donc à ça que ressemble un vampire dans la vraie vie.

Beaucoup à la télévision et sur internet, beaucoup dans les livres et la fiction et encore plus dans tes fantasmes sur le monde cryptique dont ils se sont fait les émissaires, tu en as vu, mais jamais tu n’aurais pu imaginer une présence si singulière qu’elle tait toutes les autres dans la pièce comme si vous n’étiez plus que toutes les deux seules au monde.

Tu te sens en pleine dépossession de tes moyens, en perte dramatique de contrôle et par dessus tout figée dans l’espace et le temps. Qu’es-tu sensée faire dans ces moments là ? Personne ne t’a jamais enseigné comment agir en cas de rencontre avec un noctambule aussi impressionnant. Et surtout, que veux-tu qu’il se passe ? Tu ne peux empêcher ta mémoire de te renvoyer comme des images éthérées et instantanées les sensations qui t’ont longtemps hantée après t’être fait mordre il y a de longs mois de cela, tout comme tu ne peux empêcher un frisson glacé de parcourir ton échine. Tu n’as pas peur ; tu es fascinée et envieuse. Tu crois que si elle tente de te voler ton sang, tu ne feras rien pour l’en empêcher.

Sa dernière remarque te tire hors de ton introspection. Elinor te présente une offre qu’il semble inenvisageable de décliner, alors c’est ce que tu vas faire. Tu es encore incapable d’admettre que tu peux perdre le contrôle sur ton corps, c’est donc dans un élan d’orgueil désespéré que tu lui réponds pour rompre le silence assourdissant qui avait pris possession de l’espace.

« Non merci, un paiement de m’intéresse pas. Je refuse de souiller mon jeu avec des considérations pécuniaires. »

Tes yeux se sont plantés droit dans les siens pendant que tu parlais. Tu n’es pas sûre de toi et la crispation de ton menton et de tes épaules crient à qui sait observer la caducité de ta feinte, mais c’est la seule réponse que toi, Heidi Janowski, est capable de donner. Une autre aurait fait de toi une personne différente et par un raisonnement dont toi seule connais les biais retors, ton identité ne se monnaye pas. Tu t’accordes toi aussi quelques secondes de pause pour laisser à ton cerveau le temps de trouver une formulation convenable à l’idée que tu veux exprimer dans ton vertige.

« Je ne veux pas me vendre, je ne suis pas une artiste remplaçable que l’on jette après utilisation. Je veux être certaine que l’on savoure mes notes, je ne vous demanderai rien de plus. »

A ton tour de lancer des sous-entendus dans la conversation, sinon de grands appels à percer ton cou sur le champ. Toi-même n’es pas certaine de leur sens exact mais par chance, ce n’est pas à toi de les interpréter. Dans ta rhétorique, tu as même été jusqu’à omettre que la décision ne te revient pas et qu’elle serait capable de te faire danser la gigue si l’envie lui prenait à cet instant précis. A l’extrême opposé de tes valeurs habituelles, tu penses aussi être sincère à propos de ton désintéressement. Tout ce que tu désires, au final, c’est qu’un vampire te remarque comme tu n’as fait qu’en rêver depuis la Révélation.
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Elinor V. Lanuit
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Qui es-tu ? :
- Immortelle britannique du XIXème siècle, issue de la bourgeoise florissante du début de l’ère victorienne, l’élégance et le flegme de son époque affleurent encore dans ses manières.
- Femme fatale au charme venimeux, calculatrice sans scrupules, elle manipule les cœurs aussi bien que les lettres et les chiffres.
- Perfectionniste à l’extrême, séduite par le pouvoir et reine stratège, son plaisir de tout contrôler égale sa soif de connaissances en arts obscures.
- Vampire accomplie et fille des Lanuit, éternelle solitaire dont l’amour empoisonne les malheureux attirés par une élégance inaccessible aux simples mortels.
- Monstre évoluant dans l’anonymat des ombres, elle traverse les siècles sans fléchir ni se lasser, se proclamant véritable immortelle avide de vie et de savoir.

Facultés :
- Chacun de ses menus gestes contient une grâce et une sensualité étonnante, comme si son corps figé par les siècles ne connaissait aucune autre manière de se mouvoir.
- Un rare talent pour la stratégie économique dont son clan profite à souhait, elle détient une précieuse capacité à s’ancrer sans difficulté dans cette époque.
- Une Présence cultivée avec patience se lit dans son regard enjôleur, rendue redoutable par un siècle de manipulations opportunistes (niveau 2, palier 5).
- L’Occultation masque son être pour mieux agiter les fils de ses marionnettes, tandis que son esprit demeure son sanctuaire interdit, où elle ne tolère personne (niveau 2, palier 2).
- Un Animalisme incongru la colle, sans qu’elle ne daigne y accorder le moindre intérêt, quand ce talent bestial semble si éloigné de son tempérament et de ses valeurs (niveau 0, palier 0).

Thème : Jill Tracy : Evil Night Together
We'll drink a toast in the torture chamber
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Ven 16 Oct - 18:04 (#)



Assurément, l’immortelle éprouvait un réel plaisir à la conversation. Faisant fi du lourd silence qui s’échoua entre elles, Elinor observa avec intérêt les stigmates de peur et d’attirance mêlées se manifester sur les traits de son interlocutrice. Un spectacle toujours aussi flatteur, et ce malgré les années de victimes fascinées, subjuguées par un magnétisme inné comme des phalènes en quête de lumière. Que l’on puisse résister à son charme lui semblait improbable aujourd’hui. Or, avec ces boucles blondes en désordre, cette moue défiante masquant à peine les tremblements de son menton, cette mortelle la combattait en tâchant tant bien que mal de conserver son aplomb.
Elle en devient presque adorable, constata-t-elle. Elinor hésita cependant entre la pitié et l’admiration. La jeune femme se débattait avec ses propres nerfs, et brandissait valeureusement un refus surprenant comme semblant de combattivité. Contre toute attente, la vampire aimait la résistance qu’on lui opposait : ainsi, elle appréciait mieux ce plaisir pernicieux, celui de sentir l’adversaire plier lentement sous la pression. Elle haussa à peine un sourcil face à cette tirade, les doigts entrecroisés dans une posture sage qui ne trahissait rien du fourmillement de ses pensées.

« Je vois. » répondit-il pour tout commentaire face à ces sous-entendus.

De nouveau, une paix relative s’installa entre elles, au rythme des notes naissantes de l’orchestre qui débutait à peine sa performance. De nouveau, l’immortelle examina de la tête aux pieds cette jeune femme. Toutefois, le spectre de la méfiance dansa derrière ses prunelles fixes, peuplées d’ombres.

« Vous ne cessez de m’étonner à vrai dire. »

Aussi banal que cette phrase pouvait paraitre, chaque syllabe semblait contenir une menace invisible, comme si chaque lettre possédait le tranchant d’une lame. La vampire ne fit pourtant pas un geste. Elle demeura ainsi un long moment, appuyée contre la rampe de l’escalier plongé dans l’obscurité et ses propres réflexions. Et pour cause, si l’intrusion avait quitté ses préoccupations immédiates, ce désagrément somme toute secondaire, d’autres questions se posaient à présent.
Quelle est cette chose ? s’interrogea-t-elle. Car, si l’immortelle n’avait pourtant pas perdu de vue ce sang offert, elle ne pouvait ignorer le caractère incongrue de cette présence. Bien des éléments demeuraient suspects. L’intrusion d’une inconnue sans nom au cœur d’une association pro-CESS, ce ton étrangement poli que cette femme adoptait, cette absence de panique totale face à Elinor. Celle-ci ne pouvait se départir de l’idée fixe d’un secret dissimulé derrière cette assiette refroidissant.

« Résumons vos propos. Vous vous introduisez sans invitation dans cette soirée, sans donner votre identité et vous mentez délibérément quand on vous interroge. Vous adoptez un ton, certes très poli, mais suffisamment soutenu pour masquer votre nervosité. Vous avez deviné le sens caché de mes propos, et au lieu de vous enfuir, vous demeurez devant moi, en délaissant votre assiette volée, à me demander la faveur de… »

Un léger rire décora ses lèvres soulignées de rouge. « … de vous savourer. Voilà qui me laisse perplexe sur vos intentions. »

De multiples réponses traversèrent l’esprit d’Elinor. Une lointaine nuit à Shreveport lui revint en mémoire, où les paroles vertueuses d’une humaine pétrie de foi avaient tenté de lui nuire. Une menace puérile certes, mais dont le souvenir résonnait avec d’autant plus de force à présent. Le regard de la vampire n’avait cependant décelé aucun signe religieux sur cette mortelle-ci, mais un objet en argent, ou un spray était aisément dissimulable, et guère surprenant par ces temps-ci.
Or, l’immortelle était bien trop prudente pour se jeter sur cette gorge offerte sans prendre de précautions. L’espace d’un battement de cœur, un éclat prédateur brilla dans son regard. Elle avait anticipé cette possibilité. Elle se leva de son appui métallique, pour rejoindre d’une foulée trop rapide, inhumaine et presque fantomatique, l’objet de sa curiosité. Avant que celle-ci n’ait le temps de battre en retraite, la vampire planta son regard dans le sien, et reprit la parole, usant de sa Présence pour envelopper sa voix chaude et onctueuse d’une attirance irrésistible.

« Ne bougez pas. Ne dites rien. » lui ordonna-t-elle.

Aussitôt, Elinor lui prit l’assiette des mains. Cette première menace pour ses vêtements écartée, déposée sur une table adjacente, ses doigts glacés vinrent soulever délicatement le menton de la jeune femme. La lumière de la salle faisait ressortir la blancheur de sa gorge, et le frémissement des veines chaudes sous la peau fragile. Néanmoins, un autre constat intéressait la vampire. Pas de traces d'un collier religieux, mais pas de marques de crocs non plus, nota-t-elle. Sa curiosité satisfaite, elle relâcha ce joli visage, fixant à nouveau ses pupilles gorgées de pouvoir dans celles de sa victime.

« Maintenant, vous allez abandonner ce petit jeu, et être sincère à votre tour. Qui êtes-vous réellement ? Pourquoi êtes-vous ici ? Et qu’est-ce que vous attendez de moi exactement ? »

Dans ce Shreveport marqué par la tragédie d’Halloween, la méfiance et le danger pouvaient prendre des formes inattendues, aussi appétissante et séduisante que cette nuque pouvait être. Elinor était suffisamment intelligente pour le savoir.


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Heidi Janowski
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≡ Maîtresse du sarcasme et de l'ironie
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Sam 17 Oct - 1:14 (#)
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La fatalité en 49 nuances
The Haven
ft. Elinor V. Lanuit



P
endant quelques secondes, tu as sincèrement cru que les choses allaient se passer de façon simple. Tu comprends ce qu’elle veut te dire et elle comprends ce que tu essaies de lui faire passer, vous gravissez ces escaliers pour vous mettre à l’abri des regards et elle te mord, toi tu te laisses faire tant la sensation que cela te procure grise la moindre partie de ton corps. Vous vivrez ensuite heureuses et n’aurez aucun enfant. La réalité est tout autre ; le semblant de décontraction, ou du moins de quiétude relative, qui s’était immiscé dans votre conversation s’évapore à chaque mot de la vampire sans que tu puisses y associer une quelconque raison. Il te semblait pourtant que ton discours avait su faire peser la balance en faveur d’un destin plus désirable pour toi. De toute évidence, tu as eu tort ; ça n’est pas la première fois et certainement pas la dernière.

Il y a quelque chose dans la manière de parler d’Elinor que tu n’as jamais eu le loisir d’expérimenter chez quiconque. Au-delà de sa nature, sa maîtrise de sa propre voix est surnaturelle ; chaque mot, chaque syllabe, chaque son qui sort de sa bouche est comme un couteau lancé avec une habileté inouïe en plein centre d’une cible placardée minutieusement sur ta conscience déjà nébuleuse. Tu te forces à lutter contre l’influence de son discours mais tu commences à perdre pied devant l’envergure de sa superbe et la froideur de son magnétisme. Elle est sûrement bien plus vieille que toi, et il te fait grand peine d’admettre que tu n’es certainement pas la première à qui elle a dévoilé un discours aussi caustique.

Son résumé de la situation est clair et on ne peut plus précis. Tu n’aurais pas employé les mêmes termes que la noctambule si tu avais dû le faire toi-même, mais le dernier échantillon d’instinct de préservation qu’il te reste te défend formellement d’oser penser à la contredire. Elle doute de la raison de ta présence, chose que tu n’aurais jamais pu anticiper. La lueur au fond de ses yeux a changé, elle aussi. Tu ne distingues plus l’éclat amusé qui te faisait croire que tu avais une infime chance d’influer sur ton destin ; à la place, c’est un sombre reflet de méfiance qui semble habiter ses pupilles sombres, une vision qui te glace le sang, pour sûr. Vous n’êtes plus en train de vous exercer à un jeu retors dont tu essayais jusque là d’apprendre les règles. Le sérieux qui s’est érigé n’a plus rien à voir avec cela, et pas même la musique s’étant invitée en arrière plan ne pourrait t’aider à détourner tes pensées de la situation actuelle. Tu commences à craindre pour ta vie et tu ne pensais pas que cela te rendrait aussi.. conciliante.

Il aura suffi d’un battement de cils pour voir la vampire flotter jusque devant ton corps immobile et planter son regard ébène dans le tien comme si elle cherchait à sonder les profondeurs de ton âme. Tu en as des choses à cacher, des sentiments secrets que tu aimerais emporter dans la tombe, mais rien de tout cela ne constitue la moindre menace pour elle. Seulement pour toi et ton amour propre. Et puis, quand tu commences à penser qu’il n’est pas possible de perdre plus le contrôle, son ordre te frappe de plein fouet et résonne en toi comme une évidence.

«Ne bougez pas. Ne dites rien. »

Tu n’en as ni l’envie, ni le besoin. Alors qu’elle te dépossède du repas que tu n’avais plus du tout l’intention de prendre et glisse ses doigts gelés sur ta mâchoire, tu frissonnes. A ce stade, tu n’es plus qu’une poupée de chiffon pour la femme qui se dresse en hégémonie à à peine quelques centimètres de toi, mais dans ton vertige tu es comme nimbée d’un velours confortable et la peur qui avait émergé sur ton visage le quitte peu à peu, laissant galamment sa place à une expression plus complexe, mélange subtil de vulnérabilité, d’amertume et de la tristesse que son regard a provoqué en remuant les tréfonds de ton âme.

Tu devines qu’elle a trouvé ce qu’elle cherchait, ou non, puisqu’elle te lâche. Une nouvelle fois, ses yeux se fixent dans les tiens, et tu le lui rends, bien incapable de percer les ténèbres de ses iris. Elinor finit enfin par conclure son examen par quelques questions auxquelles tu vas douloureusement répondre sans détour, poussée par cet indescriptible attirance qu’elle exerce sur toi. Tu soupires et prends la parole, ton ton impertinent métamorphosé en quelque chose de bien plus sincère aux sonorités parfois enfantines accentuées par une discrète moue contrariée.

« Je m’appelle Heidi, mon nom de famille on s'en fou, et pour être tout à fait honnête, j’ai aucune foutue idée de qui vous êtes. »

Impossible de faire plus franc. Tu sens les mots glisser hors de ta bouche sans que tu ne puisses les modérer, un peu comme s’ils étaient enfin libres de ton emprise de déni.

« Je connais votre nom et je sais que vous êtes pas humaine, mais ça je le savais pas en entrant. Si je suis là, c’est juste pour tuer le temps et ne pas avoir à payer mon repas de ce soir. Alors il se trouve que j’ai fini ici, mais j’aurais pu être n’importe où ailleurs. »

Assez puérilement, tu hausses les épaules. Tu as l’air d’une gosse qui se fait disputer, sentiment qui résonne tout particulièrement en toi et qui n’est pas si éloigné de la vérité compte tenu de votre probable différence d’âge.

« Moi je vous veux rien à la base, je suis qu’une gamine en manque d’attention il paraît. Je me suis faite mordre, une fois, et.. merde, j’arrive pas à m’enlever cette sensation de la peau. Je sais pas non plus pourquoi mais j’ai toujours admiré les gens comme vous. Enfin, je sais pourquoi mais je l’assume pas. »

Un petit rire ironique t’échappe avant que tu n'achèves ton discours.

« En gros, j’ai pas de raison de pas me laisser mordre. Normalement je refuserais par pur esprit de contradiction mais là j’y arrive pas, alors allez y je m’en fou. »

Est-ce que ces mots reflètent ta pensée profonde ? Tu ne sais pas, mais tu sais qu’il révèlent au moins les moindres détails de ce qui te passe par la tête à cet instant précis. Le fait que tu ne te sens pas encore adulte, que tu ne te sens plus non plus enfant, que tu ne sais pas où te placer ni même de qui ou quoi avoir peur.. tout ce que cela résume, c’est que tu es une paumée. Après ton point final, tu détournes enfin les yeux pour saisir un peu le vague environnant et surtout te rattraper aux mélodies de l’orchestre qui joue toujours en fond. C’est un peu la seule chose qui te rassure après t’être livrée autant, ton doudou après la piqûre d’un vaccin. Tes mains cherchent des poches dans lesquelles se cacher sur ta robe mais n’en trouvent pas, alors tu croises les bras, les sourcils froncés après quelques instants de malaise.

Tu n’as plus peur, te délester d’autant de poids moral et de non-dits a suffi à soulager ton angoisse, et tu es persuadée que la créature te croira. Ainsi, attendant sa décision comme tu attendais les sanctions disciplinaires devant les bureaux de tes professeurs, tu appuies ton épaule contre le mur et sonde le sol à la recherche d’un peu de bien-être.
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- Monstre évoluant dans l’anonymat des ombres, elle traverse les siècles sans fléchir ni se lasser, se proclamant véritable immortelle avide de vie et de savoir.

Facultés :
- Chacun de ses menus gestes contient une grâce et une sensualité étonnante, comme si son corps figé par les siècles ne connaissait aucune autre manière de se mouvoir.
- Un rare talent pour la stratégie économique dont son clan profite à souhait, elle détient une précieuse capacité à s’ancrer sans difficulté dans cette époque.
- Une Présence cultivée avec patience se lit dans son regard enjôleur, rendue redoutable par un siècle de manipulations opportunistes (niveau 2, palier 5).
- L’Occultation masque son être pour mieux agiter les fils de ses marionnettes, tandis que son esprit demeure son sanctuaire interdit, où elle ne tolère personne (niveau 2, palier 2).
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Mar 20 Oct - 23:45 (#)



Quelque chose de mystique affleurait dans ses veines. Ce don obscur coulait sous sa peau glacée vers ses pupilles, saturant ses sens d’une douleur ténue, et provoquait chez la vampire, un frisson d’excitation. Comme une sensation grisante de pouvoir absolu. Durant ces précieuses secondes où cet art sombre opéra, le temps semblait retenir son souffle, la clameur de la foule et sa bruyante musique devint un vague murmure sans guère d’importance. Seul comptait alors le regard charmé de sa victime, et son souffle chaud tout proche qui exhalait des parfums douceâtres d’humanité.
Dès lors, l’immortelle perçut ce lien naissant. Un embryon d’intimité se formait invariablement quand elle exerçait cette suggestion, le temps d’une morsure, ou bien plus encore. Toutefois, rien dans son attitude ne trahissait ce plaisir éprouvé. La méfiance avait garni ses yeux noirs d’une acuité froide, étrangement fixe sous ses boucles sombres, donnant à ses traits un air vigilant de prédatrice. Comme les lèvres de la mortelle remuèrent finalement pour former une réponse, la vampire imaginait la pire hypothèse sur la présence de celle-ci, et déjà, envisageait une solution expéditive.
Rien ne se révéla conforme à ses soupçons. Voyez-vous ça, pensa-t-elle, non sans stupeur, quand la nouvellement dénommée Heidi commença à déclamer ses intentions. Au fil des mots pleins d’embarras déballés avec une ferveur toute rebelle, ce qui était prévu pour être de simples réponses à une poignée de questions, se transforma en un véritable épanchement psychologique. Elinor savoura brièvement sa propre surprise. Rares furent les occasions où un peu de suggestion avait déclenché une telle confession, un tel flot de mal-être jeté en pâture à ses pieds.
Quel âge peut-elle avoir ? s’interrogea-t-elle en observant les mimiques de son visage, et la fuite maladroite de ces mains dont la jeune femme ne savait manifestement que faire. Les siècles passant, la question de l’âge devenait toute relative pour elle. L’immortelle décida d’opter pour une vingtaine d’années d’errance sans but, à peine le germe d’une vie à ses yeux. L’éclat dangereux déserta son regard. Comme cette moue boudeuse lui parut fraiche, une véritable gemme inchangée à travers les époques, et qu’elle avait plaisir à retrouver parmi ces êtres sans attaches, ni rêves.

« Eh bien, Heidi, je vous présente mes excuses, finit-t-elle par avouer après quelques secondes de silence. J’ai sans doute trop extrapolé sur la raison de votre présence ici. »

La question du mensonge ne se posait même pas. L’assurance de son pouvoir donnait à ces aveux un cachet authentique incontestable, et même une facette touchante indéniable. La vampire recula de quelques pas, laissant à sa nouvelle curiosité suffisamment d’espace pour se sentir à l’aise.

« Quand bien même c’est presque vexant de s’entendre dire que vous vous en fichez, je ne peux décemment pas décliner une telle requête. »

Au diable les conversations. Au fil de cette danse, entre métaphores, refus et rapprochements, la soif de l’immortelle n’avait fait que croitre pour atteindre une intensité presque insoutenable. Comment aurait-elle pu refuser dans ces conditions ? Une vie jeune et vive pulsait sous cette gorge quasiment vierge de toute morsure : une véritable rareté pour une admiratrice des siens. Toute menace désormais écartée, l’occasion était décidément bien trop belle pour se priver d’un tel festin.
De cette démarche lascive, Elinor Lanuit s’approcha à pas lents de la jeune femme, pour venir chercher la main de cette dernière, cachée derrière ces bras boudeur. Elle glissa un murmure de cette voix ensorcelante dont elle avait le secret, en serrant cette main chaude dans ses doigts glacés.

« Mais pas ici. Venez. » Lui confia-t-elle en rivant son regard hypnotique au sien.

Aussitôt, l’immortelle se détourna pour l’entrainer dans l’escalier enténébré, qui disparaissait derrière un épais rideau masquant l’alcôve administrative. Dans l’étau ferme de ses doigts, elle sentit pulser le cœur d’Heidi, tandis que le parfum sucré de sa peau aiguisait sa soif. Camouflés par l’ourlet de ses lèvres écarlates, des crocs immaculés répondirent au repas à venir, tandis que l’immortelle repoussait le rideau camouflant les coulisses de la soirée.
À l’intérieur de cette pièce séparée du reste de la salle, trônait une table solitaire où dormait un ordinateur portable éteint. Les spots à la clarté criarde se ruaient sur le teint pâle de la vampire, donnant toute la mesure de sa nature surnaturelle lorsqu’elle se tourna vers sa victime. Elinor lâcha finalement la main de la jeune femme. Ses boucles noires virevoltèrent sur son visage de marbre, sculpté à la perfection, et elle ne chercha même pas à masquer la pointe de ses crocs en parlant.

« Aucun regret, j’espère. » dit-elle sur un ton délibérément taquin.

L’avertissement n’appelait guère de réponse. La vampire déambula sans se presser vers la mortelle, son ensemble de tailleur noir gratifiant sa silhouette diaphane d’un contraste d’autant plus saisissant. De nouveau lorsqu’elle fit face à Heidi, son index vint soulever délicatement son menton, en même temps que son regard se rivait vers cette artère affolée par l’attente. Elinor consulta du regard l’humaine une dernière fois, comme pour s’assurer qu’elle ne reculerait pas. Quand bien même, c’est trop tard pour la laisser filer, songea-t-elle alors que l’appel du sang se faisait beaucoup trop puissant, impossible à ignorer maintenant qu’on l’avait attisé.
La suite se déroula en une fraction de secondes. Les gestes étaient précis, mais non dénués d’une certaine tendresse apaisante, ensorcelante comme sa propriétaire. Les doigts de l’immortelle se glissèrent alors derrière la nuque cachée sous ce torrent de boucles blondes, de manière à pencher délicatement ce cou fragile sur le côté, et l’exposer à ses crocs. Elinor pressa contre elle ce corps bouillant d’une main ferme sur  la taille d’Heidi. Ses lèvres glacées se lovèrent contre la gorge de celle-ci, où des crocs immaculés s’y plantèrent sans bruit, y déclenchant le flot tant attendu.

Avec un siècle et demi de pratique, la vampire pouvait se féliciter d’une adresse exemplaire en la matière. Nulle goutte de sang ne coula le long des veines d’Heidi, lesquelles ressortaient vivement sous la pression de la morsure aspirant avec aisance le liquide. Elinor la tint fermement dans ses bras. Durant ce long moment, le corps de celle-ci se peignit de nouvelles couleurs chaudes, et d’une chaleur naissante, tandis qu’elle attirait contre elle cette humaine, comme le ferait une amante.
Lorsque l’immortelle relâcha finalement l’étau de ses crocs, son teint avait pris les nuances chaudes de l’humanité, comme ses joues où se dévoilaient des touches de rose tendre. Elle caressa du bout de ses doigts la peau frémissante de sa victime, et lécha les dernières gouttes de sang perlant de la minuscule plaie. Progressivement, Elinor relâcha son étreinte. Celle-lui s’était généreusement nourrie, si bien qu’elle préféra s’assurer que la jeune femme n’allait pas s’écrouler au sol.

« Je sais que vous vous en fichez, mais j’ai apprécié et je vous en remercie. » lui confia-t-elle en reculant de quelques pas.

La vampire passa lentement son index sur ses lèvres pour s’assurer qu’aucune goutte n’en trahissait la symétrie, désormais d’un rouge flamboyant, gorgées de la vie d’Heidi.


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Mer 21 Oct - 15:26 (#)
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Q
u’est-ce que tu viens d’entendre ? Tu es si peu familière avec ce terme que si elle ne l’avait pas prononcé à l’instant tu aurais sans doute mis quelques secondes avant de le retrouver : des excuses. Tu ne savais pas ce que tu attendais exactement mais dans un élan de cynisme à ton propre égard, tu t’étais au moins imaginé te faire rabrouer un minimum. Il serait euphémique de dire que tu es désarçonnée par la manière presque bienveillante qu’elle a eu de répondre ; d’ordinaire, tu te fais crier dessus, traiter de tous les noms et accuser de tous les maux telle un chat noir à l’époque des chasses aux sorcières. Se pourrait-il que de ta présence purement fortuite à cette soirée tu y trouves finalement le début de quelque chose ? D’un sentiment innommable et effrayant qu’est celui d’avoir trouvé sa place ?

Non, non, tu en es encore loin et tes pensées sont altérées par le fourmillement d’excitation qui ne veut pas quitter ton corps et qui te pousse à croire que pour une fois dans ta vie, tu as eu une bonne idée. Les quelques pas en arrière de la vampire te font relever les yeux du sol pour les déposer à nouveau sur ses traits fins et nimbés d’ombrages. Le temps semble figé autour de vous et seule la musique en fond te rappelle à ta mortalité comme une métaphore du temps qui défile. Sans ça, tu ne saurais pas si les moments qui séparent vos phrases durent des heures ou à peine quelques fractions de secondes.

Enfin, elle t’avoue à demi-mots la suite des évènements : fini de vous tourner autour dans un dérisoire jeu du chat et de la souris dont les rapports de force n’ont jamais été aussi flagrants. Tu ne souris pas quand tu la vois se rapprocher à nouveau de toi pour plonger encore son regard envoûtant droit dans le tiens et t’assassiner avec la douceur de ses mots, tu es bien trop captivée par son existence pour cela mais à l’instant précis où sa main si froide saisi la tienne, tu te sens spéciale. C’est quelque chose d’infiniment sérieux pour toi et pour rien au monde tu n’échangerais ta place lorsqu’elle t’attire dans l’ombre des escaliers. Tu n’as aucune raison de lui faire confiance tout comme tu n’avais aucune raison de te livrer autant il y a à peine quelques minutes, mais quelque chose chez elle qui tient sans nul doute de sa nature d’immortelle force chacun des verrous de ton intimité à s’ouvrir.

Tes lèvres sont scellées. Tu te laisses guider sagement en haut des marches dans une attitude qui ne te ressemble pas le moins du monde et tu le sais ; or tu n’arrives pas à demeurer autrement qu’interdite devant une situation aussi inédite. Tu vas te faire mordre de ton plein gré, toi qui t’étais jurée de ne plus jamais laisser une telle chose arriver, toi qui avait décidé de reprendre entre tes mains tremblantes ta vie et tes addictions toxiques mais tu te trouves profondément impuissante devant la silhouette d’Elinor se fondant presque dans les ténèbres ambiantes.

Vous finissez par arriver en haut et entrez dans une salle à l’abri des regards indiscrets. La lumière y est bien plus crue et le contraste te fait plisser les yeux jusqu’à ce qu’ils s’accoutument à cette nouvelle intensité. Quand ta vision te permet de distinguer autre chose que des tâches floues, tu vois enfin l’immortelle dans tout ce qu’elle a de plus tangible. Une peau de porcelaine dont la pâleur égale la pureté des neiges intemporelles. Par dessus flottent mystiquement des boucles ébènes dans lesquelles tu pourrais te perdre des heures durant. Il n’y a rien à y faire, tu es fascinée par celle qui se tient en face de toi et le moindre mouvement qu’elle entreprend, tu es pendue aux moindres mots qui sort de sa bouche car tu sais qu’ils te rapprochent encore un peu plus du moment fatidique.

Tu ne regrettes rien, mais la voir s’approcher de toi comme un diable vêtu de Prada te laisse suffisamment de temps pour te souvenir une ultime fois de ta première morsure. La surprise déchirant ton âme et les crocs de ton agresseur, ton cou, ces images apparaissent sous tes yeux et s’évanouissent instantanément en ne laissant qu’une sensation amère. Comme dans un éclair de lucidité, la panique s’impose et toute la candeur dont tu faisait preuve jusque là s’écrase dans un impact froid de réalisme, du moins jusqu’à ce que la vampire ne renoue le contact. Perdre délibérément le contrôle, c’est une première pour toi et un jour tu devras assumer le bien que cela te procure. Ta conscience se libère quand ses mains expertes manipulent ce corps qui est le tiens ; tu frémis quand ses doigts glacés attrapent délicatement ta nuque et lorsque sa main sur tes reins réduit à néant le peu d’espace qui vous séparait encore dans un geste théâtral et précis comme un pas de danse mille fois répété et exécuté à la perfection. Ton corps tout entier réclame pourtant encore plus, et elle ne tarde pas à te l’offrir.


Une douleur aiguë saisi ton cou et une vague de crispation aphrodisiaque se propage de tes épaules jusqu’à chaque extrémité de tes membres. Bien vite, la surprise laisse place à cette sensation indescriptible que tu redoutais tant et qui bientôt te rendra folle d’envie. Tu retiens ta respiration en laissant tes mains se contracter chaotiquement. Tu laisses échapper malgré toi un gémissement timide en sentant ton propre sang quitter ton corps. Le bout de tes doigts fourmille et tu te sens de plus en plus légère à mesure que ton anémie s’accentue. Plus ton teint pâlit, plus ton rythme cardiaque accélère en te forçant à reprendre ton souffle dans une syncope saccadée.


Après un moment à éprouver la dilatation extrême du temps, tu es à nouveau maîtresse de ton corps. Tu as gardé les yeux fermés pendant presque la totalité de l’acte, alors il te faut quelques secondes pour retrouver tes repères dans cette salle exiguë et surtout ton équilibre tant le vertige dont tu es prise est fulgurant. Cette fois était encore mieux que la première, et tu t’en veux pour avoir été aussi faible, mais une fois encore tu n’arrives pas à regretter tes actes. Habituée des paradoxes, celui-ci semble d’autant plus personnel : tu te sens entière alors qu’il te manque quelques mesures de précieux fluide écarlate.

Elle te remercie. Ça non plus, ça n’est pas quelque chose dont tu as l’habitude. Oh, ça t’es déjà arrivé une ou deux fois après une représentation, mais ça s’arrête là, rien de plus personnel. Ce soir, tu as l’impression d’avoir livré ton intimité sur un plateau ; tu n’arrives pas à savoir comment interpréter ces mots pourtant si simples. Je vous en remercie. Tu te pinces l’arête du nez en essayant d’abord de lutter contre l’afflux trop important de lumière pour tes yeux clairs avant de trouver quoi répondre.

« Et.. »

Assaillie de toute part par les signaux de détresse de ton anatomie fragilisée, tu préfères d’abord trouver la cloison la plus proche pour t’y adosser avant de continuer à parler. Après tout, ça fait de longues heures que tu n’as rien avalé d’autre qu’une coupe de champagne.

« Et maintenant ? Je sors toute seule par là où je suis entrée ? Je peux aussi crier au scandale  pendant qu’on me jette dehors, ça fait longtemps que je ne me suis pas donnée en spectacle. »

Sur ton visage, toujours cette moue caractéristique qui traduit tant de non-dits et d’émotions refoulées. Fuir reste toujours l’option la plus simple et celle qui te permet de te déconstruire le moins possible, ou du moins pas devant les autres. Tu pousses un discret soupir d’exaspération contre toi-même avant de te reprendre, un peu au hasard il est vrai.

« Enfin je veux dire, de rien. »

Tu détournes le regard, encore trop peu habituée aux formules de politesse quand elles sont sincères.

« Par rapport à tout à l’heure, j’ai pas mon instrument sur moi, mais si vous voulez que je joue un peu à l’occasion.. enfin, je peux, je pensais pas ce que je disais tout à l’heure. Enfin si, mais honnêtement je peux pas me permettre de refuser du travail. »

Heidi, pourquoi est-ce que tu t’obstines à vouloir parler pour ne rien dire ? Tu es mal à l’aise, c’est un fait et ça se voit, tu ne sais pas où te mettre, te ranger, mais tu n’as pas non plus envie de partir maintenant et mettre fin immédiatement à cette soirée sans être certaine que tu as encore merdé en aggravant tes problèmes d’addiction.
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Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Elinor V. Lanuit
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Let's spend an evil night together
En un mot : Don't be afraid ; It's only death. It's just as natural as your first breath.
Qui es-tu ? :
- Immortelle britannique du XIXème siècle, issue de la bourgeoise florissante du début de l’ère victorienne, l’élégance et le flegme de son époque affleurent encore dans ses manières.
- Femme fatale au charme venimeux, calculatrice sans scrupules, elle manipule les cœurs aussi bien que les lettres et les chiffres.
- Perfectionniste à l’extrême, séduite par le pouvoir et reine stratège, son plaisir de tout contrôler égale sa soif de connaissances en arts obscures.
- Vampire accomplie et fille des Lanuit, éternelle solitaire dont l’amour empoisonne les malheureux attirés par une élégance inaccessible aux simples mortels.
- Monstre évoluant dans l’anonymat des ombres, elle traverse les siècles sans fléchir ni se lasser, se proclamant véritable immortelle avide de vie et de savoir.

Facultés :
- Chacun de ses menus gestes contient une grâce et une sensualité étonnante, comme si son corps figé par les siècles ne connaissait aucune autre manière de se mouvoir.
- Un rare talent pour la stratégie économique dont son clan profite à souhait, elle détient une précieuse capacité à s’ancrer sans difficulté dans cette époque.
- Une Présence cultivée avec patience se lit dans son regard enjôleur, rendue redoutable par un siècle de manipulations opportunistes (niveau 2, palier 5).
- L’Occultation masque son être pour mieux agiter les fils de ses marionnettes, tandis que son esprit demeure son sanctuaire interdit, où elle ne tolère personne (niveau 2, palier 2).
- Un Animalisme incongru la colle, sans qu’elle ne daigne y accorder le moindre intérêt, quand ce talent bestial semble si éloigné de son tempérament et de ses valeurs (niveau 0, palier 0).

Thème : Jill Tracy : Evil Night Together
We'll drink a toast in the torture chamber
And you'll go down on a bed of nails
We'll rendevous in cold blood
I'll tie you up to the third rail
No need for cake or flowers
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Lun 26 Oct - 22:42 (#)



La Vitae ravivée distribuait sa chaleur onctueuse en ondes bienfaisantes dans la moindre de ses veines. Sa chair séculaire désormais parée des couleurs chaudes de la vie, l’immortelle prit un intense plaisir à se vautrer dans les vives sensations inondant ses sens. Chaque banalité prenait alors la forme d’une merveille à savourer. Les lumières criardes des néons révélaient de somptueuses nuances dans le tissu des rideaux, et le métal des accessoires, quand même les arabesques des chaises semblaient illustrer quelques codes artistiques. Les parfums nocturnes inondaient sa perception de trésors insoupçonnés, la saveur lourde des lèvres humaines, et celle âcre de la transpiration.
Comment était-elle parvenu ainsi à se passer de ces émotions ? À cet instant, portée par la volupté suivant le festin, la vampire n’avait aucune réponse à donner. Jamais je ne pourrais m’en lasser, se dit-elle, ensorcelée par ce miracle de la chair. La splendeur de la nuit la submergeait toute entière, la laissant pantelante, à la fois fébrile et emplie d’une terrible puissance. Comme elle éprouvait avec ravissement ce saisissant festival d’impressions, familier et pourtant unique, l’attention d’Elinor se trouva de nouveau attirée par la jeune femme à l’origine de ce don magnifique.

Le sens de ces paroles lui échappa de prime abord. L’immortelle demeura un long moment ainsi, figée dans la contemplation de cette bouche frémissante, de ce cou marqué par l’ombre de ses crocs, et de cette chevelure aux éclats dorés. Comme Heidi lui semblait belle alors, sublimée par la vigueur de son propre sang, et comme elle avait l’air délicate, véritable fruit interdit ô combien délectable. Le merveilleux liquide dansait encore dans ces artères palpitantes à fleur de peau, dans l’éclat pâle de ses yeux qui pourtant demeuraient animés par la vigueur d’une vie mortelle à peine ébauchée.
Que ce soit par l’abstinence de ces dernières années, où l’étincelle inexplicable d’une relation naissante, les souvenirs d’Elinor surgirent de son inconscient, la projetant un siècle en arrière. Loin dans les nuits londoniennes, dans le secret des hôtels baroques, elle revit la volupté de ces corps froids, vidés jusqu’à la moelle de leur précieuse vie. Voilà bien longtemps que la vampire n’avait pas agi ainsi. La vue de cette humaine créa l’ombre de cette envie dévorante, avant qu’elle ne se força à plus de retenue, en se rappelant le code de son clan, et combien sa soif était à présent apaisée.
À la place de cette pulsion prédatrice, un soupir simulé s’échappa d’entre ses lèvres, comme pour calmer l’ardeur réanimée d’une jeune vampire du dix-neuvième siècle. Elinor déambula quelques secondes autour de la table, domptant progressivement l’ivresse charnelle qui l’avait saisi, pour s’ancrer dans une discussion salvatrice. Elle récupéra une chaise pour s’y installer confortablement en croisant ses jambes élégantes, jaugeant Heidi d’un regard vaguement amusé.

« Et maintenant, quoi donc ? Vous êtes libre de vos décisions à ce que je sache. Je me vois mal vous faire expulser, et d’ailleurs vous devriez vous alimenter après cela. »

Une lueur espiègle traversa les pupilles sombres de l’immortelle. Elle caressa pensivement l’ourlet de ses lèvres désormais écarlates, en adoptant un ton taquin.

« Vous semblez déçue, comme si vous vous attendiez à davantage. Voudriez-vous un baiser d’adieu, une caresse amicale sur la tête, ou bien autre chose encore ? lança-t-elle avec une certaine nonchalance. Je n’ai rien contre m’attarder pour discuter avec vous toutefois. »

De nouveau, la nervosité de la jeune femme lui apparut avec une parfaite netteté. Nul n’aurait eu besoin de sens surnaturels pour s’en apercevoir. Depuis l’aspect fuyant de ce beau regard clair, jusqu’aux minuscules tremblements de ces phalanges, la vampire pouvait y déceler cette crainte, presque rituelle, de la victime ayant émergée de cet état second caractérisant la morsure. L’enchantement avait été brisé, et sa proie errait sans repères dans une douce léthargie qui ponctuait l'étreinte, ne sachant quelle attitude adopter envers sa tortionnaire.
Toutefois, Elinor soupçonna l’existence d’un autre indice. Celui d’un embarras encore profondément ancré dans cette psyché juvénile, de cette légère honte d’enfant ayant commis une bêtise. Elle lui sourit sans mot dire, et attrapa sa petite mallette laissée sur la table, pour l’ouvrir en un léger déclic. À l’intérieur de celle-ci, sa main parée d’un rose pâle récupéra deux cartes, l’une plastifiée, l’autre de papier figurant un nom et un numéro. La vampire les déposa chacune en évidence sur la table.

« J’aimerai vous donner ceci. N’imaginez pas cela comme un paiement ou un élan de pitié, mais plutôt comme une invitation à nous revoir, si vous en avez l’envie. C’est en tout cas mon souhait. »

D’un geste élégant, l’immortelle désigna les cartes l’une après l’autre. « Ceci est un numéro où me joindre à n’importe quelle heure de la nuit. Quant à l’autre, il s’agit d’une simple carte de restauration valable à la cafétéria de la EEA fondation à côté de l’université. Elle est à usage illimité pendant deux mois, cela vous évitera d’avoir à vous introduire clandestinement dans mes soirées. »

Un sourire sincère décora le visage d’Elinor. Bien entendu, nul n’aurait pu déterminer avec certitude le degré de vérité de sa demande, et pourtant elle appuyait chaque syllabe avec douceur, comme si elle s’adressait à une enfant farouche. C’est avec décontraction qu’elle croisa les bras, avant de reprendre le plus naturellement du monde la discussion.

« J’aimerai en effet vous entendre jouer, ce n’était pas une demande hypocrite. Je joue moi-même certains instruments en vérité. Bien entendu, si vous désirez recommencer ce généreux don à l’avenir, je serai très heureuse d’en bénéficier, et de vous offrir ce que vous voulez en échange. »

L’obscurité de ces prunelles détaillait avec un soin avide la silhouette chancelante de la jeune femme, tandis que le parfum de sa peau s’attardait encore sur sa bouche, d'où les crocs avaient désormais disparu. Celle-ci ne pouvait définitivement pas balayer l’opportunité d’un calice potentiel, en la personne de cette si jeune, et si appétissante créature. Quant à cette insolence juvénile, cela ne constituait en rien un obstacle pour elle, seulement quelques bravades amusantes. Elinor Lanuit ajouta enfin sur le ton de la confidence, de cette intonation suave adoptée auparavant, qui s’alliait si bien à ses lèvres de velours.

« Imaginez cela comme une proposition de travail très particulier, et pourquoi pas, une relation particulière à l’avenir. »


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Heidi Janowski
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NE M'OUBLIE PAS

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≡ Humaine ­­de 25 automnes, beaucoup moins dans sa tête
≡ (ex(ex))Trompettiste professionnelle autoproclamée
≡ Marquée de la Reine d'AA, miss Elinor Lanuit elle-même
≡ Cousine de la démoniaque experte en chantage, Anna "la s****e" Janowski
≡ Mordue au littéral comme au figuré

Facultés : ≡ Surnaturellement agaçante
≡ Maîtresse du sarcasme et de l'ironie
≡ Balbutiements du tout premier niveau de Présence vampirique tout fraichement héritée

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Mar 27 Oct - 15:00 (#)
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La fatalité en 49 nuances
The Haven
ft. Elinor V. Lanuit



P
lus les minutes défilent en la compagnie d’Elinor, plus tu prends conscience du gouffre vertigineux qui vous sépare. De visu, elle semble avoir l’âge de tes cousins les plus jeunes, des gens que tu portes en horreur dans ton cœur tant ils ont marqué ton enfance de leur insupportable supériorité en balafrant ton estime de complexes indélébiles. Dans les faits, tu ne saurais même pas lui donner d’âge ; son élégance et ses manières relèvent d’un absolu impeccable, d’un perfectionnement peut-être millénaire qui te paraît impossible à concevoir, toi qui n’a même pas encore atteint le quart de siècle et qui aspire à te poser en parfaite antagoniste d’un tel art de vivre. Absolument tout chez elle respire l’ordre, la rigueur et la discipline alors que tu n’es que chaos, rébellion et contradiction. Alors, comment se fait-il que cet espèce d’équilibre à l’apparence si précaire n’éclate pas dans une déflagration tragique de haines rivales ? Elle incarne jusque dans les moindres détails tout ce que tu méprises dans ce bas monde, et tu dois sans aucun doute lui renvoyer la même image, si ce n’est pire.

Toujours adossée à un mur, tu réquisitionnes les derniers fragments de volonté qu’il te reste pour rester debout malgré le vertige qui ne semble pas vouloir te quitter. Sans arriver à lever trop la tête, tu suis la vampire du regard lorsqu’elle contourne le bureau pour s’asseoir et ainsi te permettre de poser à nouveau les yeux sur son visage. C’est une toute autre personne que tes yeux te décrivent maintenant ; la teinte incarnadine sur ses joues et l’éclat discret d’un plaisir subtil dans les yeux suffisent à la rendre presque humaine, comme si elle ne t’avait jamais mordue et que l’être spectral qui se tenait devant toi il y a encore un moment n’était qu’une affabulation fantasmée de ton esprit nimbé de brume. A l’inverse, c’est toi qui affiche un teint de porcelaine dont les accents tiennent presque du bleu tant tes cernes ressortent sur ta peau d’une pâleur autrement immaculée si ce n’est pour les deux perforations délicates sur ta nuque. Elle a raison, tu devrais manger, ne serait-ce que pour ne pas t’évanouir et mettre fin à ce moment d’une singularité sans précédent dont tu ne saurais dire si tu l’apprécies ou non. A-t-elle encore raison quand elle te dit que tu attends quelque chose ? Probablement, mais toi-même tu ne sais pas quoi, là est tout le cœur du problème. A nouveau, tu t’étonnes de sa considération à ton égard ; pourquoi voudrait-elle discuter avec toi, vous ne semblez rien partager si ce n’est l’air de cette pièce, mais tu n’es même pas sûre qu’elle respire. Ta moue s’accentue alors que tu recouvre un semblant de stabilité et que tu entends Elinor presque se ficher de toi. Tu aimerais protester, mais réalistement, qu’est-ce que tu comptes faire ? Te décoller de se mur, lever la main en signe de mécontentement et t’effondrer avant d’avoir pu étaler la moindre once de mauvaise foi ?

Un sourire perturbant et quelques cliquetis métalliques plus tard, elle pose à ton attention une paire de cartes sur le plateau de la table vous séparant. Évidemment, tu te demandes pourquoi, et même si tu te doutes que l’une d’entre elles ressemble à une carte visite, l’autre reste un mystère qu’elle ne va pas tarder à lever. Sans grande surprise, il s’agit de ses coordonnées, mais la nature de l’autre carte te surprend bien plus. Il est difficile de ne pas avoir les pensées qu’elle anticipe, de voir cet échange comme plus que cela. Tu voudrais te forcer à penser que tu n’es pour elle qu’une source d’hémoglobine remplaçable pour ne pas fonder trop d’espoirs basés sur l’illusion de proximité que l’étreinte a réveillée en toi, mais tu es trop intriguée par l’intention qu’elle t’avoue pour y arriver.

Une invitation à vous revoir.. que tu le veuilles ou non, tu commences à te sentir spéciale et tu détestes ça. Toute ta vie tu t’es battue et te bats encore pour arrêter de courir vainement après le fantasme d’être un individu unique et sans pareil. Cette idée t’obnubile à chaque instant que tu passes seule et après tant d’années tu ne sais toujours pas si ton plus grand rêve est d’être comme tout le monde ou au contraire de ne pouvoir être comparée à personne tant tu serais singulière. A mesure qu’elle développe sa proposition, ton cœur se serre sans que tu n’arrives à savoir de quel côté il penche : est-ce par émotion d’être enfin particulière ou par frayeur de voir s’éloigner la vie rangée à laquelle tu aspires. Pour toi qui n’a jamais connu ni la chaleur d’une famille, ni la tendresse de l’amitié, ni le frisson de l’amour, te proposer si ouvertement une telle chose revient à bouleverser de fond en comble tes convictions.

Embarrassée par tes sentiments ambivalents, tu détournes à nouveau le regard. Tu as peur qu’elle remarque l’étincelle qui était en train d’y naître et de tout ce qu’elle pourrait en déduire. Tu croises les bras comme tu l’as fait plus tôt en bas des escaliers, un peu comme pour tenter de contenir en toi tous les sentiments contradictoires qu’elle t’inspire. Après quelques longues secondes de mutisme, tu relèves les yeux pour retrouver les siens, toujours aussi sombres et profonds.

« A quoi ça m’engagerait, de donner régulièrement ? Je me suis battue pour être indépendante et je suis fière de ce que j’ai, j’ai pas envie d’abandonner ma vie, c’est la seule que je connaisse. »

Tu essaies de lutter contre une adversité imaginaire avec des élans d’orgueil inutiles. Jamais elle ne t’a demandé de laisser tomber quoique ce soit et tu le sais, c’est pour cela que tu n’as pas assumé ta dernière phrase jusqu’au bout. Après tout, elle ne te connaît pas, elle ne sait rien de toi à part ce que tu lui as dit ; tes paroles doivent sonner comme des divagations folles et tu te flagelles mentalement pour ton manque de retenue. Tu te sens juste perdue et comme un animal acculé, tu te fais plus imposante que tu ne l’es en discutant d’un choix que tu as fait à l’instant même où il s’est proposé à toi. Il faut que tu changes de sujet, que tu te diriges vers un terrain que tu maîtrises plus ; il faut que tu regagnes en assurance pour qu’elle ne perde pas l’intérêt que tu suscites chez elle.

« De quoi est-ce que vous jouez ? Vous faites du jazz ? J’ai presque tout appris en écoutant Chet Baker, j’espère que vous aimez. Enfin, j’ai d’autres influences hein, mais il n’y a que lui qui arrive à me parler avec autant de justesse, alors je m’exprime comme lui. »

Le temps de quelques phrases, ton intonation change du tout au tout : de gamine boudeuse à adolescente à la passion débordante, il n’y a que ton asthénie anémique pour limiter ton enthousiasme. Tu te surprends un instant à imaginer les effets d’une morsure associés à quelques notes du seul et unique amour de ta vie et tu jubiles. Il n’y a qu’à travers des rythmes hypnotiques et des notes bleues et dissonantes que tu arrives à laisser sortir de ta tête et ton cœur toutes les pensées qui tournent en rond incessamment le reste du temps. Si elle est amatrice de musique, peut-être qu’un jour elle arrivera à saisir toutes les nuances étriquées de ta psyché, et peut-être même qu’elle saura y répondre. Tu places bien trop d’ambitions dans cet embryon de relation qui n’est même pas sûr de voir le jour, mais que faire d’autre sinon fuir ? Tu n’as pas encore ramassé les deux cartes, mais tu le feras en partant. En attendant, tu prends une grande inspiration pour te donner le courage de faire les deux pas qui te séparent de l’autre chaise en face du bureau et t’y asseoir, et peut-être même apprendre à connaître un peu plus ta future patronne très particulière.
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- Monstre évoluant dans l’anonymat des ombres, elle traverse les siècles sans fléchir ni se lasser, se proclamant véritable immortelle avide de vie et de savoir.

Facultés :
- Chacun de ses menus gestes contient une grâce et une sensualité étonnante, comme si son corps figé par les siècles ne connaissait aucune autre manière de se mouvoir.
- Un rare talent pour la stratégie économique dont son clan profite à souhait, elle détient une précieuse capacité à s’ancrer sans difficulté dans cette époque.
- Une Présence cultivée avec patience se lit dans son regard enjôleur, rendue redoutable par un siècle de manipulations opportunistes (niveau 2, palier 5).
- L’Occultation masque son être pour mieux agiter les fils de ses marionnettes, tandis que son esprit demeure son sanctuaire interdit, où elle ne tolère personne (niveau 2, palier 2).
- Un Animalisme incongru la colle, sans qu’elle ne daigne y accorder le moindre intérêt, quand ce talent bestial semble si éloigné de son tempérament et de ses valeurs (niveau 0, palier 0).

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Ven 30 Oct - 18:45 (#)



«Voyons, mademoiselle Heidi. »

Un rire discret trahit les impeccables manières de la vampire. Son doigt vernit de rouge pensivement installé sur son menton, l’immortelle marqua une pause, une expression railleuse au coin de ses lèvres. Même assise ainsi, dans cette vulgaire chaise de bureau métallique digne des cabinets comptables les plus médiocres, son maintient d’aristocrate tenait de la gravure de maitre. À la fois fascinante et dérangeante, Elinor Lanuit récrimina l’humaine par un regard condescendant.

« J’ai déjà remarqué que vous n’êtes pas une idiote, dit-elle d’un ton léger. Vous avez parfaitement saisi le sens de ma requête : elle est dépourvue d’obligations, et vous le savez. »

Machinalement, elle referma la mallette contenant ses documents importants, sans toutefois lâcher du regard cette humaine, dont la pâleur et la faiblesse s’accentuaient au fil des minutes. Le visage d’Heidi dépeignait un tableau des plus amusant. Par de subtiles touches verbales, l’immortelle lui instillait tantôt la crainte, tantôt la jubilation, et il lui prenait désormais l’envie d’en apprendre davantage sur cette femme. Elle a besoin d’attention, constata-t-elle mentalement, c’est évident.
Comme le silence revint s’appesantir entre elles, sans que Elinor ne daigna offrir une réponse autrement que par cet inquiétant sourire muet, celle-ci se leva spontanément sans mot dire. La lointaine mélancolie de l’orchestre perçait encore à travers l’épais rideau, au milieu des claquements de ses talons quand elle passa devant Heidi. En désignant brièvement une chaise libre d’un vague mouvement de ma main, elle glissa un murmure à l’attention de la jeune femme. « Un instant. »
C’est sans apporter la moindre explication, que la vampire écarta le rideau les séparant de la cohue humaine transpirante, et désormais rendue apathique par l’alcool, pour se faufiler dans la salle. En longeant l’ombre des murs à la manière d’un fantôme, elle récupéra l’assiette abandonnée intacte sur la table avant de retourner sur ses pas. De nouveau, elle repoussa le rideau, s’avança vers le bureau improvisé sur lequel elle déposa le plat collecté par Heidi quelques minutes auparavant.

« Mangez donc. Je ne voudrais pas vous voir tomber d’inanition en discutant de musique, ou en descendant les escaliers. »

En particulier avec une marque de crocs dans le cou, ça risquerait d’entrainer de pénibles questionnements, compléta-t-elle. Quiconque posséderait deux neurones de bon sens aurait constaté que la jeune femme n’était guère en pleine santé, avec son teint rendu cadavérique par la perte de sang. La lumière crue des néons donnait à sa peau autrefois fraiche, une fragilité de porcelaine, comme si l’apparence d’Elinor avait été mystérieusement transférée à sa pauvre victime.

« Vous avez un teint affreusement pâle. » lui confia-t-elle en se rasseyant gracieusement.

La vampire jeta un discret coup d’œil vers les deux cartes laissées sur la table. Puis, son attention revint vers les traits tirés de l’humaine, envers laquelle elle éprouvait une curiosité croissante. Les contraires l’avaient toujours attiré. Cela ne datait certes pas d’hier, quand même son propre Sire avait été un insupportable plaisantin, doublé d’un libertin volage qui l’avait pourtant fasciné au plus haut point. Ainsi durant sa longue vie, ses plus proches affections s’étaient chaque fois démarquées par un caractère divergeant de sa propre attitude sur bien des aspects.
Après tout, Elinor mettait un point d’honneur à ne jamais être prise au dépourvu. Chaque facette de la modernité devait être apprivoisée, aussi bien du point de vue technologique, tout autant que les visages de cette époque, et la quintessence des mentalités. Or, plus la vampire observait l’attitude d’Heidi, plus elle y découvrait ce caractère éphémère d’une jeunesse autodestructrice qui était apparue à bien des occasions au travers du siècle précédent. Et cependant, cette jeune femme constituait une nouveauté, avec son lot de contradictions et d’insolences distrayantes.
L’immortelle, conclut-elle, ne savait qu’en penser pour l’instant. Celle-ci se ménagea quelques instants de réflexion pour décider si oui ou non, elle devait entrouvrir la porte de sa vie personnelle. Lascivement assise dans cette maudite chaise inconfortable, elle tapota du bout de ses ongles les accoudoirs, en proie à une curiosité croissante qui repoussait sa réserve habituelle.

« J’ai quasiment tout appris au dix-neuvième siècle, ce qui devrait déjà vous donner une idée de mes influences, qui vous paraitront sûrement vieillottes. J’ai d’abord joué du clavecin, mon professeur en était un fervent adepte, puis j’ai eu tout le temps d’apprendre le piano, le violon et la harpe. Je sais également chanter correctement, bien que l’occasion se présente rarement. »

Et pour la première fois de leur entretien, Elinor s’autorisa un sourire dépourvu de la moindre intention masquée. Celle-ci se surprit même à éprouver un clair plaisir à discourir de ses propres talents musicaux, chose qu’il lui arrivait rarement par faute de temps et surtout d’auditoire.

« Pour être honnête, je ne me suis jamais essayée au jazz, et je joue peu ces dernières années. Mais bien entendu je connais Chet Baker, et je serai ravie de vous entendre interpréter ces créations. »

Le velouté de ses mots était comme une confirmation. Il n’était alors guère difficile d’imaginer la vampire derrière un piano, écoulant une chanson langoureuse au rythme de sa voix impeccablement maitrisée. Cela sonnait comme une évidence, un quasi cliché. Une femme aux allures de sculpture gothique appréciant des instruments anciens, le classique des compositeurs de légende, une image tout droit sortie d’une œuvre fantastique et romanesque. Toutefois, la vérité était toute autre.
Quand l’immortelle en question était Elinor Lanuit, rien n’était simple, et se fier aux apparences pouvait se révéler trompeur. Lorsqu’elle riva son regard aux gestes d’Heidi, la vampire était elle aussi saisie de cet appétit pour la conversation, mais aussi du défi. Celui-ci de se mettre elle-même à l’épreuve, de confronter son âge séculaire à la nouveauté bouillonnante de cette jeune femme.

« J’aime entendre des choses nouvelles, et les essayer tant que ce n’est pas saturé par l’électronique. Qu’est-ce que vous aimez d’autre que le jazz ? Vous composez vous-même ? Vous chantez ? Et à ce propos, est-ce que vous jouez toujours les remplaçantes clandestines, ou avez-vous un groupe pour vous accompagner ? »


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Heidi Janowski
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≡ Mordue au littéral comme au figuré

Facultés : ≡ Surnaturellement agaçante
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Sam 31 Oct - 15:50 (#)
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La fatalité en 49 nuances
The Haven
ft. Elinor V. Lanuit



P
as idiote.. tu aimerais la croire, mais pendant de longues années on n’a eu de cesse de te répéter inlassablement le contraire, et même avec un esprit de contradiction tel que le tiens, quand c’est ta propre famille qui est à l’origine de cet ostinato il n’y a rien d’autre que tu puisses faire si ce n’est intérioriser et complexer. Tu n’as jamais été spécialement intelligente et n’a jamais aspiré à l’être : pourquoi se donner autant de mal à satisfaire les désirs de tes parents quand ceux-ci n’en ont jamais eu que faire des tiens ? Ainsi, c’est avec amertume que tu reçois ces mots de la part de la vampire. Est-ce que c’est ton cerveau privé d’un oxygène précieux qui te pousse sur la voie du chagrin ou aurais-tu réagi de la même manière sans qu’elle t’ait étreinte ? Jamais tu ne le sauras, mais tu n’as pas le loisir de te poser plus longtemps la question. Rien ne se passe, mais pendant combien de temps ? Quelques secondes ? Quelques minutes ? Quelques heures même ? C’est comme si Elinor était capable d’un simple sourire de dilater le temps lui-même. Seules les nappes sonores te parvenant depuis l’estrade de l’orchestre te permettent de ne pas perdre pied en jalonnant ta perception ; tu reconnais même le morceau qu’ils sont en train d’interpréter. Première trompette sur Caravan, voilà qui sonne comme un rêve de jeune trompettiste. Le regard perdu entre le vide et l’expression indéchiffrable de ton interrogatrice, le bruit soudain de sa démarche lugubre te sort de l’espace onirique dans lequel tu sombrais en marquant une toute autre cadence que ta berceuse.

A cet instant, tu es fermement convaincue que tu ne t’habitueras jamais à cette manière de se mouvoir. Tu as l’impression qu’elle lévite au dessus du sol mais le claquement austère de ses talons te rappelle qu’elle marche étrangement sur le même plancher que toi. Tu ne te feras jamais non plus à ses murmures suaves qui provoquent des frissons incontrôlables le long de ta colonne vertébrale. Pendant encore un moment, elle te laisse littéralement seule avec tes pensées en émoi avant de revenir avec l’assiette que tu t’étais appropriée il y a maintenant de longues minutes. En la voyant déposer le plat sous tes yeux, tu t’apprêtes à rétorquer fièrement que tu n’as pas faim mais ton ventre te coiffe au poteau en émettant un gargouillement plaintif. La vampire fini d’enfoncer le clou avec une remarque à laquelle tu ne peux pas raisonnablement tomber en désaccord. Tu n’aimes pas manger devant quelqu’un d’autre mais une dernière réplique cinglante achève de te convaincre de ne pas faire ta tête de mule. Tu te doutes que tu as une mine à faire peur aux morts, mais tu ne peux t’empêcher de la décorer d’une moue fière emplie de déni. Tu finis par attaquer le plat pour laquelle tu as initialement décidé de t’introduire ici. Il est froid, mais quelque chose dans l’atmosphère te retient de porte à voix haute ta réflexion.

Enfin, elle te livre avec une concision admirable l’essence de son éducation musicale. Il faut être honnête, tu n’avais pas prévu qu’elle soit à ce point différente de la tienne. Tu as quelques vagues notions en musique classique, mais les quelques notes que tu connais sont teintées de mélancolie juvénile, comme énormément de souvenirs de ton enfance. Le peu de connaissances que tu as à ce sujet vient de la musique que passaient tes grands-parents lors des repas de famille hebdomadaires durant lesquels vous vous réunissiez pour chanter les louanges de tes cousins et te rabrouer encore plus pour oser avoir des aspirations différentes et personnelles. Tu es quand même ravie d’entendre qu’elle connaît ton idole, et encore plus qu’elle te propose de lui livrer ton interprétation de son œuvre, chose qui risque de t’obséder jusqu’à ce que tu le fasses. Par une sorte de mimétisme provocateur, mise assez à l’aise par les quelques sourires plus détendus d’Elinor et ses confessions musicales, tu prends toi aussi ton temps pour répondre. Bien que tu n’aies pas l’habitude de manger salement, tu te forces tout de même à faire le plus proprement possible ; tu n’as pas d’autre robe et tu ne voudrais pas la voir tachée par une sauce encore non identifiée.

« Vous l’aurez peut-être compris, je suis pas trop du genre à faire partie d’un groupe, je me contente d’aller là où il y a de la place pour moi. »

Ton repas te faisant déjà un bien fou au vu de l’état dans lequel tu te trouvais, tu te frotte l’arrière de la tête, presque gênée d’admettre la vérité. Cependant, tes yeux ont peut-être gagné une sorte d’éclat caractéristique des passionnés ; il est extrêmement rare de le voir apparaître chez toi mais la musique constitue tout  ce qui est arrivé de bien dans ta vie et il n’y a que pour cette raison que tu ne passes pas tes journées allongées sur ton lit à attendre que la Fortune ne t’emporte, alors envisager d’en parler à cœur ouvert te fait presque languir.

« Je ne suis pas une virtuose, je ne chante pas spécialement bien et je ne suis pas encore assez douée pour prétendre composer, mais je pense au moins pouvoir dire que je dédierai toute ma vie à le devenir. Je connais pas grand-chose d’autre que le jazz mais c’est.. »

Tu agites nerveusement tes mains, tes doigts décrivant de petits mouvements erratiques alors que tu cherches tes mots sans arriver à les trouver. Difficile de décrire une sensation telle que celle que tu ressens lorsque tu joues ou écoutes de la musique, et tu préfères ne rien dire plutôt que risquer de faire passer une idée erronée.

« Enfin, vous voyez quoi. C’est un peu une porte de sortie. Quand j’entends jouer Chet, ou même Tygran Hamasyan ou Avishai Cohen.. Chick Corea aussi, et puis GoGo Penguin.. enfin c’est comme si j’arrivais ailleurs, vous saisissez l’idée ? Ça vous fait peut-être ça aussi quand vous jouez ? Je dois avouer que la musique des années.. euh.. 1800, je ne connais pas vraiment. »

Il t’a fallu un petit moment pour convertir ‘XIXème siècle’ en années, mais tu essaies de montrer un semblant d’intérêt pour ce terrain commun que vous êtes en train d’explorer.

« Enfin, je me souviens de quelques compositeurs que j’aimais bien de l’époque où je vivais encore chez mes parents. Ramcha-quelque chose.. non, Rachmanov.. ? C’est assez lointain, et puis à l’époque je n’avais pas vraiment envie de les écouter. »

Tu cesses enfin de gigoter sur ta chaise, reprenant peu à peu ton calme en réalisant que tu t’es un peu laissée aller. Tu hausses le menton et croises les jambes comme une dame de manière presque caricaturale en jaugeant la fin de ton repas puis la réaction de la vampire. Etrange comme il est simple d’oublier l’espace de quelques instants qu’elle pourrait te tuer sans même que tu aies le temps de dire le moindre mot.
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Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Elinor V. Lanuit
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Let's spend an evil night together
En un mot : Don't be afraid ; It's only death. It's just as natural as your first breath.
Qui es-tu ? :
- Immortelle britannique du XIXème siècle, issue de la bourgeoise florissante du début de l’ère victorienne, l’élégance et le flegme de son époque affleurent encore dans ses manières.
- Femme fatale au charme venimeux, calculatrice sans scrupules, elle manipule les cœurs aussi bien que les lettres et les chiffres.
- Perfectionniste à l’extrême, séduite par le pouvoir et reine stratège, son plaisir de tout contrôler égale sa soif de connaissances en arts obscures.
- Vampire accomplie et fille des Lanuit, éternelle solitaire dont l’amour empoisonne les malheureux attirés par une élégance inaccessible aux simples mortels.
- Monstre évoluant dans l’anonymat des ombres, elle traverse les siècles sans fléchir ni se lasser, se proclamant véritable immortelle avide de vie et de savoir.

Facultés :
- Chacun de ses menus gestes contient une grâce et une sensualité étonnante, comme si son corps figé par les siècles ne connaissait aucune autre manière de se mouvoir.
- Un rare talent pour la stratégie économique dont son clan profite à souhait, elle détient une précieuse capacité à s’ancrer sans difficulté dans cette époque.
- Une Présence cultivée avec patience se lit dans son regard enjôleur, rendue redoutable par un siècle de manipulations opportunistes (niveau 2, palier 5).
- L’Occultation masque son être pour mieux agiter les fils de ses marionnettes, tandis que son esprit demeure son sanctuaire interdit, où elle ne tolère personne (niveau 2, palier 2).
- Un Animalisme incongru la colle, sans qu’elle ne daigne y accorder le moindre intérêt, quand ce talent bestial semble si éloigné de son tempérament et de ses valeurs (niveau 0, palier 0).

Thème : Jill Tracy : Evil Night Together
We'll drink a toast in the torture chamber
And you'll go down on a bed of nails
We'll rendevous in cold blood
I'll tie you up to the third rail
No need for cake or flowers
Let's spend an evil night together

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Lun 2 Nov - 23:22 (#)



Bien des adjectifs auraient pu qualifier les passions d’Elinor Lanuit, mais nul ne lui aurait imaginé l’âme d’une ornithologue. Cependant, celle-ci observait avec un net ravissement, l’humaine progresser timidement, par de subtils mouvements nerveux de volatile, vers la mangeoire disposée à son attention. La vampire eut brusquement l’impression de devenir l’une de ces retraitées tâchant d’appâter les aigrettes sauvages du Cross Lake pour mieux discerner leurs beaux plumages. Tout cela était une œuvre de patience. Le prédateur devait faire preuve d’un immobilisme parfait, en éteignant tous les signaux éventuellement menaçant que le petit oiseau aurait pu discerner dans son attitude.
Un oiseau, ou bien un rongeur peureux, se dit-elle, un écureuil peut-être. L’immortelle encouragea la créature craintive par des sourires rassurants, un ton apaisé, et des mouvements dénués de toute brusquerie qui auraient pu alerter la méfiance instinctive de celle-ci. La chaise fut finalement occupée par la proie, les couverts tirés, à mesure que la jeune femme prenait confiance, et débutait enfin son repas. Une étincelle de victoire traversa les pupilles d’Elinor, mais celle-ci se garda de tout commentaire, de peur que cela n’en vienne à briser l’élan de son écureuil blonde.
Car après tout, à la fin de cette soirée, l’immortelle escomptait bien lui faire manger des noisettes dans sa main. Celle-ci hocha simplement la tête, s’autorisant seulement un murmure discret pour l’encourager, comme l’aurait fait un documentariste animalier.

« Je vois. » dit-elle d’une voix caressante.

D’après ces dires, Heidi se rangeait alors dans la catégorie des humains solitaires. La vampire n’était guère surprise de cette découverte. Les créatures furtives vivant au jour le jour, de mets collectés clandestinement dans les soirées nocturnes, se déplaçaient rarement en groupes. L’esprit d’Elinor classa méthodiquement ses données, lesquelles commençaient à constituer nettement un premier profil de ce spécimen, une première classification. Elle dirigea de nouveau son attention vers l’assiette se vidant à vue d’œil, une excellente preuve de la confiance naissante de son invitée.
Au moins s’évite-t-elle la syncope. La vision de la nourriture humaine recelait toujours un aspect écœurant et fascinant pour Elinor, pour qui l’utilisation du système digestif appartenait à un lointain passé. L’odeur entêtante de l’alimentation froide lui monta aux narines, en même temps que celle, bien plus suave, de la peau de la mortelle qui se gorgeait de chaleur en absorbant les nutriments. Une véritable observation documentaire. Toutefois, elle se força à chasser ces considérations gastronomiques de ses pensées, pour se concentrer sur l’assurance croissante qui se dégageait des gestes et des paroles d’Heidi. Celle-ci lui offrait une tirade presque dépourvue de toute réserve, ponctuée de mouvements nerveux, où se distinguait les balbutiements débridés d’une âme d’artiste, totalement emportée par sa passion musicale.
L’immortelle en vint à éprouver une certaine affection envers Heidi. La même espèce d’émotion qu’un être évolué pouvait ressentir envers un adorable animal de compagnie babillant avec insouciance. Elle l’écouta ainsi, avec un plaisir non dissimulé, s’épanouir sous ses yeux, tandis qu’elle-même réfléchissait déjà aux informations personnelles qu’elle s’autoriserait à partager avec celle-ci.

« Oui, je vois, vous êtes transfigurée par la musique, commença-t-elle en choisissant avec soin ses mots. Rien d’autre ne compte quand vous jouez, et c’est tout à votre honneur d’avoir de l’ambition pour sa véritable passion. »

Elinor médita un instant sur sa propre approche de la musique. La vision d’un clavecin vétuste traversa son esprit, fugace souvenir d’un salon londonien éclairé par des lumières nocturnes ténues, et balayé par une frêle tenture soulevée par un vent froid. Son Sire d’alors lui avait confié, avec son habituelle brusquerie narquoise, pourvue de ce sourire charmeur, qu’en aucun cas son élève n’avait une âme d’artiste. Une maitrise exemplaire certes, mais dotée d’une telle froideur.
Ces simples divagations constituaient une nouveauté pour la vampire. Elle si parfaitement organisée en matière d’emploi du temps, Elinor se surprit à en oublier la notion, alors brièvement perdue dans quelques lointains souvenirs éveillés par la conversation. D’une pichenette mentale, elle chassa ses derniers tandis qu’un brusque besoin de franchise la saisit.

« Pour être honnête avec vous, j’ai un rapport différent avec la musique. Je n’ai jamais eu l’ambition de devenir une artiste émérite , je joue simplement pour mon plaisir personnel. Et évidemment, car j’ai énormément de temps à ma disposition pour m’exercer. »

L’immortelle détourna le regard vers les coulisses dissimulées derrière l’épais rideau, comme pour tempérer l’enthousiasme naissant qui l’habitait. Le ton de sa voix ne contenait plus cette impeccable maitrise, mais une soudaine exubérance détendue pour une conversation triviale.

« Cela dit, je comprends très bien votre point de vue, et j’ai toujours été curieuse de voir les talents artistiques s’épanouir quand ils en ont la possibilité. D’où le fait, je le répète, que j’aimerai vraiment entendre ce dont vous êtes capable. »

Elle marqua une brève pause ponctuée d’un sourire chaleureux.

« Oh, et bien sûr, je vous pardonne de ne pas connaitre cette époque lointaine. Moi-même, mis à part Chet Baker, je ne connais pas les noms que vous évoquez. Mais de grâce, ne m’imaginez pas figée dans l’époque classique, je mets d’ailleurs un point d’honneur à perpétuellement remettre en question mes inspirations. »

Puis, comme s’apprêtant à un discours particulièrement prolixe, Elinor se laissa retomber contre le dossier inconfortable de la chaise, à la recherche d’inspiration. Dans ses manières se dévoilaient l’attitude magistrale d’une enseignante préparant un cours à une élève difficile, séparée d’elle par un gouffre d’années et de différences d’éducation. Enseigner à un écureuil, s’amusa-t-elle à penser.

« Vous devez sûrement songer à Rachmaninov, mais ce n’est pas à tout à fait vrai. Lorsque mon mentor m’a appris le clavecin, l’instrument était déjà passé de mode, presque abandonné. L’époque était celle du romantisme, du piano, et des nouveaux courants de pensée sociale, alors que le clavecin était l’apanage de l’époque monarchique. Je vous passe les détails bien sûr, mais ce mentor était un survivant et un passionné de cet âge déjà révolu en mon propre temps. »

Au fil de ces mots, l’immortelle songea avec amusement combien son Sire, cet espèce de dandy impénitent, aurait eu à dire face à cette explication le comparant à une relique dépassée. Ou bien aurait-il balayé tout cela d’un revers de main, en une remarque percutante à l’encontre d’Elinor.

« J’ai donc commencé sur un instrument qui, sans le détester, n’aurait pas été mon premier choix, avec les sonates de Scarlatti qui étaient pour moi l’âge de pierre , reprit-elle avec une nette ironie moqueuse dans la voix. Néanmoins, je me souviens avoir beaucoup apprécié le jazz des années 1930, celui des swing, et autres Count Basie, peut-être cela vous parle-t-il ? Quoiqu’il en soit, et sans vous raconter exagérément ma vie, j’aime me confronter à des choses nouvelles, je déteste la stagnation de l’esprit. »

Comme elle déclamait ces mots avec une insouciance désarmante, Elinor consulta machinalement l’heure sur sa montre de luxe, laquelle lui fit brièvement hausser les sourcils. « Je n’avais pas prévu de rester si tard, la conversation m’a un peu emportée. J’ose donc espérer donc que vous réfléchirez sérieusement à mon invitation ? »


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La fatalité en 49 nuances
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B
ientôt sept ans que tu t’es enfuie de la banlieue maussade de la cité qui t’a vu naître pour écrire ta propre Odyssée. Un poème dans lequel, après avoir succombé aux chants de toutes les sirènes hantant les nuits moites de ton nouvel enfer, tu t’abandonnes aveuglément aux charmes ésotériques de cette Circé au teint de porcelaine, immortelle enfant de la nuit. Une histoire aux antipodes mêmes des légendes antiques qui te correspond à merveilles, à toi qui depuis tant d’années sculptes avec une minutie obstinée ton caractère d’anti-héroïne. Si tes parents étaient présents à cet instant précis, tu leur tendrait le doigt d’honneur le plus bouffi d’orgueil et le plus fier que tu aies jamais tendu. Eux qui pensaient que jamais tu ne réussirais à écrire la moindre ligne de ta vie en dehors du cadre qu’ils t’ont imposé, tu es aujourd’hui convaincue de leur donner enfin tort. Papa, maman, regardez moi, je peux avoir une discussion avec une adulte.

Et je vous emmerde.


Tu te sens rassurée quand tu la vois essayer de comprendre ton charabia désordonné plutôt que de juger tes mimiques un peu trop enthousiastes. Là encore, tu ne peux ignorer l’image de tes parents jugeant avec arrogance et mépris absolu ta passion pour la musique ; te sentir libre de la vivre, et même encouragée est quelque chose de presque inouï pour toi. Tu pourrais encore aujourd’hui dessiner clairement l’expression outrecuidante de ta mère quand tu lui as fait part de ta sensibilité toute récente pour l’univers du jazz ; tu jurerais qu’elle a pris un plaisir pervers à étouffer de ses mots l’éclat vibrant dans tes yeux d’adolescente à problèmes. A l’époque, et même encore actuellement, tu avais tendance à faire une montagne de tes tracas et ce qui de l’extérieur pouvait n’être vu que comme un simple caprice refusé à une enfant désobéissante devenait la preuve irréfutable que tes parents n’étaient rien d’autre que des tortionnaires sadiques et ô combien cruels. Tu avais imaginé qu’ils utiliseraient au moins ça comme un moyen de te faire avancer au chantage en te permettant de prendre des cours en l’échange d’une conduite correcte, mais il faut croire que tu avais déjà trop érodé leur maigre patience. Maintenant, de là à dire qu’Elinor se pose comme une figure maternelle de substitution, il n’y a qu’un pas que tu défends strictement les adeptes des théories freudiennes de franchir.

Dans ta jeune et balbutiante carrière d’entité scénique, tu as déjà croisé des gens comme elle. Des spécimens doués d’une technique renversante capables de monter gammes et arpèges comme une seconde nature mais si cruellement dénués de frissons à partager. Ces gens-là laissent un sentiment amer après leur passage, un mesclun de jalousie et de frustration dont il est difficile de passer au-delà pour apprécier simplement la musique qu’ils jouent en touchant pourtant la perfection du bout des doigts, incapables de la saisir pleinement. Tu aimerais énormément pousser la discussion un peu plus à ce sujet mais une bienséance miraculeuse t’intime de la laisser poursuivre sans l’interrompre, hochant simplement la tête en cachant du mieux possible ta légère frustration. Et puis, plus elle parle, plus tu hoches la tête. Tantôt d’un air compréhensif lorsqu’elle te dévoile un condensé de son parcours musical, tantôt d’un air pensif lorsque tu essaies d’imaginer à quoi pourrait bien ressembler le mentor qu’elle mentionne ; tantôt d’un air faussement amusé quand elle tourne en dérision des œuvres que tu ne connais pas, tantôt prise d’un vertige quand tu réalises qu’elle a vu naître ton style de prédilection, tu hoches comme tu n’as jamais hoché de toute ta vie. Tu es réellement une handicapée sociale, mais c’est ce qui fait ton charme. Enfin c’est ce que tu te dis pour ne pas perdre la face.

Mais peu importe cela, il semblerait que l’immortelle insiste pour que tu considères son offre. Cela t’étonne l’espace d’une demie seconde, pour toi la réponse paraissait évidente au point que tu ne te souvenais même plus ne pas lui avoir communiquée. Tu t’empresses donc de rectifier ce quiproquo.

« Oh, j’aimerais beaucoup avoir l’occasion de vous revoir, sans aucun soucis. »

Tu t’abstiens de hocher la tête pour appuyer ton propos, mais l’intention y est. La voir s’enquérir de l’heure t’a aussi rendu curieuse. La tournure inattendue des évènements t’as fait oublier ton plan initial : ressortir aussi tôt que ton ventre serait plein pour ne pas louper le dernier bus qui te permettrait de ne pas avoir à subir le froid de l’hiver plus que nécessaire. Tu te souviens à quelques instants près que tu ne portes pas de montre ce soir et que regarder ton poignet ne t’apporterait qu’une humiliation on-ne-peut-plus dispensable. La moindre des politesse voudrait que tu t’excuse d’avoir contrarié ses plans aussi, mais tu ne peux malheureusement pas marquer un carton plein dès le début ; raison de plus pour prévoir une nouvelle entrevue. Pour l’heure cependant, tu aimerais éluder le malaise qui va s’instaurer rapidement après cette invitation tacite à prendre congé. Tu ramasses d’abord les cartes qui t’attendaient patiemment sur le bureau puis te lèves de ta chaise en constatant non sans une once de soulagement que tu peux te tenir debout sans plus de soucis.

« Je tâcherai de préparer de quoi vous surprendre, la prochaine fois. Et j’essaierai d’écouter Scarlatti aussi. Ça me fera peut-être un bon exercice. »

Et puis, tu te referas certainement mordre, c’est pour ça qu’elle t’a proposé de vous rencontrer à nouveau, non ? C’est même certain, et tu te doutes que tu en mourras d’envie tout comme tu t’étais languie la première fois contre ton gré. Tu étais tellement emportée dans tes élans de lyrisme d’artiste romantique naïve que tu en avais presque oublié cet aspect de votre relation naissante. Tu attrapes rapidement l’assiette presque vide après un court instant perdue dans tes pensées et te voilà prête à partir. Tu sondes la pièce du regard comme si allait apparaître spontanément sous tes yeux un indice sur la chose à faire à présent, mais la seule issue se trouve dans ton dos. D’un pas que tu veux agile, tu glisses jusqu’à atteindre le sommet des escaliers puis te retournes une ultime fois vers l’immortelle. Si elle ne te retient pas, tu t’engouffreras dans l’ombre du coin de la grande salle. Tu descendras les quelques marches qui te séparent du reste de la foule et quand tu passeras devant l’employé sensé t’avoir mise dehors, tu lui adresseras un sourire narquois et condescendant avant de sortir par la porte principale pour frauder le bus, frétillante d’excitation en imaginant votre prochaine rencontre et surtout en réfléchissant au meilleur moment pour passer cet appel qui te démangera dès ton réveil le lendemain matin.
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