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Remember me — Sanford

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Anonymous
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Lun 28 Juin - 3:14 (#)


Remember me.


5 Novembre 2019.

La ville pleure sous les assauts d’un torrent diluvien qu’elle n’avait pas prévu. L’errante a sous les yeux les esquisses de la fatigue, de l’immondice d’un brin de folie, d’une nouvelle ferveur. Il faut quitter le nid, il faut marcher plus vite quand elle combat le mal qui pénètre la peau sous le blanc d’une robe enfilée pour se parer de l’illusion d’être ce qu’elle n’est plus : coquette, jolie. Elle s’est longuement mirée dans son miroir, se scrutant sous bien des points, de l'ourlet ondulé traçant ses limites autour de ses cuisses, juste au-dessus des genoux, le corset enserrant la taille qui parfois peut s'emplir quand elle s'empiffre trop, ayant abandonné la bataille avec ses boucles qui s’emmêlent l’une dans l’autre comme des serpentins aux nœuds dont on ne peut se dépêtrer les phalanges. Et dans ses yeux errent la même peur, la racine grimpante d’une peur furieuse qui menace d’imploser. Retrouver ses repères, prendre gare à ne toucher personne, la paranoïa qui s’évade de ses moindres mouvements pour éviter les corps qui traversent la ville et la rue en même temps qu’elle, écoute les vagues de la pluie qui s’amoncellent à l’orée du trottoir alors qu’elle observe simplement ses converses mouillées. Elle n’a pas mis de chaussettes et vient de s’en rendre compte en sentant l’ignoble humidité traverser le fin tissus beige, cille en observant la douce couleur se teinter doucement de marron à force de se faire embrasser par les gouttes et sa mise si peu parfaite se voit vite démontée par la moiteur qui colle le tissus à sa peau, à ses formes en une indécence qu’elle tente de recouvrir de ses bras croisés sous sa poitrine, avançant à un rythme plus effréné, évitant de croiser son reflet dans les psychés des vitrines de magasins parfois encore fermés. Morts. Il y a dans l’air une atmosphère qui sonne le sépulcre de quelque chose d’intouchable et sous ses paupières voguent les mêmes illusions, les mêmes grognements, l’odeur puante de la chair qui nécrose comme de la rouille du sang collant à son nez. Elle en rêve toutes les nuits depuis lors, lorsqu’elle parvient à dormir quand la toge sombre de la nuit recouvre Shreveport et non quand l’aube point à l’horizon au travers des rainures de ses volets fermés et usés. Combien de temps a-t-elle fixé le vide, pleuré, pris des douches froides qui n’amenaient à rien, plongeant ses ongles dans la chair de ses bras pour y sculpter des demi-lunes douloureuses sans oser aller plus loin.

Elle dérive. Elle dérive autant que l’eau sale qui se laisse avaler par le courant sous ses yeux qui errent çà et là sans savoir où se déposer. Elle serre les dents pour ne pas les entendre claquer, l’émail qui grince et le bruit l’agace, la sensation désagréable lui faisant relâcher les muscles de sa mâchoire, rinçant ses lèvres pleines de gouttelettes d’eau qui sillonnent son visage comme toutes les larmes qui s’y sont perdues jusqu’alors. Pleurer. A croire qu’elle ne sait plus faire que ça depuis des années, sursautant à la moindre onde de vie qui percute la sienne, ne supportant que peu le bruit, ayant tout l’air d’une souris prise au piège des mécanismes malsains du monde et d’une société dans laquelle elle peine alors à se reconnaître. Que fait-elle encore là ? Pourquoi marche-t-elle tout droit vers là où la mène ses émotions fugaces qui font tambouriner son cœur où fleurissent les pires sentiments et quelque part, l’envie, terrible, de retrouver le giron de celui qui a tenté de lui tendre sa main ce soir-là ? Celui dont elle a croisé le reflet dans la vitre. Il lui a paru bien réel, jusqu’à sa voix qui a pris en maturité, qui ne vibre plus de l’ingratitude de l’adolescence mais de celle d’un homme qui a pris son poignet pour loger au creux de sa paume son numéro de téléphone. Le papier demeure froissé au fond du sac bien enserré contre elle et elle n’a pas eu l’audace de l’appeler ni de le prévenir de sa soudaine arrivée. Elle a fixé son message lui délaissant son adresse en un invitation sobre mais ne laissant aucun doute sur son inquiétude, pendant quelques jours, n’a jamais su quoi répondre et l’a peut-être vexé en le laissant sur l’audace d’un « Vu. » qui ne peut que laisser des questions en suspend. Ses pas attaquent le béton plus vivement, presque sèchement, sa silhouette pâle et sombre à la fois, passant sous les branches déprimées des arbres, des feuilles qui ont pris les couleurs de l’automne et dont le linceul mort et collant a créé un patchwork de couleurs marrons, jaunâtres, une couleur morbide et belle à la fois. A croire qu’il lui est impossible, en cet instant, de trouver le monde beau. Elle pourrait presque sentir sur son visage les caresses de la mère adoptive et aimante prenant en coupe ses joues pleines et imbibées de tristesse, la sermonnant de sa voix douce « Tu as vu la mort. Il est normal de ne pas se relever tout de suite. Mais tu y arriveras. Tu es forte, Honor. Plus forte que tu ne le crois. » Cessent ses pas dans un brutal arrêt qui semble agacer quelqu’un qui soupire tout près d’elle et la dépasse sans qu’elle n’y prête une attention plus aiguisée. Tereza a disparu depuis trop longtemps déjà. Tereza, à son tour, est peut-être morte. Tout le monde finit par mourir ou disparaître autour d’elle.

Son chignon mal fait, la mine défaite, impossible à cacher sous un masque faussement guilleret, elle repousse les boucles qui viennent écouler leurs larmes derrière ses oreilles, chatouillant le creux de sa nuque pour imbiber le col de sa robe, reprenant sa route, se décidant à élever ses yeux vers les hauts immeubles, les beaux quartiers qui se présentent à elle. On la toise sans réellement le faire car tout le monde semble errer dans le brouillard autant qu’elle et elle craint qu’à chaque regard croisé on ne puisse se dire quel est l’immonde crime qu’elle a commis.

Meurtrière, se placarde contre les murs de son crâne, sous le souffle haletant, sous les reniflements d’enfant qu’elle n’est plus. De son passage, elle bouleverse une fourmilière de gamins, sursautant lorsqu’un picotement lui assassine la hanche, se détournant pour percevoir si l’un des enfants en a pris compte mais aucun ne se détourne vers elles, leurs palabres aux voix bien aigües la troublant plus qu’autre chose. Grimaçant d’un agacement de plus en plus prononcé, elle finit par atterrir à l’adresse indiquée, haussant le menton vers le lieu qui s’offre à elle, la laissant muette. Un bruit discret venant de sa gorge émerge, comme une musique raturant son choc dans un silence précaire et elle hésite. Elle doit bien se tromper. Observe encore et encore les alentours, sans comprendre comment Sanford pourrait se trouver dans un endroit qui n’a jamais été à la hauteur des quelques pièces qui gorgeaient son porte-feuille. Alors la porte s’ouvre et elle voit se glisser hors de la belle maison une grande plante, belle et exotique, un parapluie s’ouvrant comme une belle fleur au-dessus de sa tête avant qu’elle n’atteigne la sortie et Honor et sa mine ridiculement déboussolée.

Il n’a pas eu le temps de lui dire qu’il avait une femme.
Ou une amie qui apporte certainement son lot de bonus.
Il n’a pas eu le temps, lorsqu’elle l’a engueulé,
De lui avouer qu’il avait bien évolué dans sa vie.
L’a-t-il seulement cherché ?


La brune lui sourit, ne semblant même pas heurtée par sa présence ni par les évènements encore bien récents. Elle l’illumine d’un charmant accueil, l’observant des pieds à la tête. « Han ! Mais tu vas attraper la mort, viens là ! » Et l’ombre du parapluie la surplombe alors, le parfum fleuri prenant son espace intime, l’étouffant et elle recule sans le vouloir, perturbant la joie qui irradie du visage de la jeune femme. J'ai déjà attrapé la mort, plus d'une fois., qui ne se dira jamais mais résonne bien fort en elle-même. « Je… Je peux t’aider ? » Et à cette question, son cynisme de plus en plus grimpant aimerait lui hurler que non. Il y a un silence qui semble durer une éternité avant qu’elle ne parvienne à ouvrir les lèvres « Hum… Je cherche… Je cherche Sanford. Vous le connaissez ? » « Oh ! » Un sursaut face à cette mine bienheureuse et cette exclamation qui trouble le coton de mutisme dans lequel elle s’est plongée, s’attendant à tout sauf à sa réponse , certaine, quelque part, de s’être égarée « Il est à l’intérieur. Tu peux sonner. J’allais faire quelques courses mais on se recroisera certainement… » Et l’interrogative qui ne vient pas appelle, comme une évidence, à donner son nom mais elle n’en a pas la force, ni l’envie, comprenant que cette silhouette longiligne n’est pas qu’une invitée de passage, qu’il a bien quelqu’un au sein de sa vie, peut-être depuis bien longtemps. « D’accord. Merci. » La voilà qui sort du halo de protection du parapluie noir, se dirigeant sur le chemin menant jusqu’à l’entrée pour sonner, le perron ne lui offrant qu’un bout de protection, la pluie continuant de sombrer sur la ville et frêle, misérable, loin d’être aussi présentable que la femme qui s’en va, s’étant remis de son trouble, elle sonne timidement avant d’insister d’un appui plus forcé. Il ne faut pas longtemps avant que le déclic de la porte qui s’ouvre ne lui offre la trogne de l’amie qui est bien reconnaissable mais lui semble toujours presque inconnu désormais. Et elle élève sa mine défaite vers lui, sa langue natale se bousculant avec l’anglais, hésitant sur les mots à donner avant qu’un piteux « Salut. » ne lui soit offert. Face à lui et sa grande ombre, elle ne sait pas bien ce qu’elle est venue prêcher, guetter, prendre, cueillir. Rien. La belle voix de la femme désormais partie comme un fantôme tangue dans son esprit et se heurte à la piètre image qu’elle a d’elle-même, entamant la maladie d’une comparaison qui ne fera rien de bien à sa psyché déjà brisée. S’étreignant toujours davantage pour cacher l’indécent, bien qu’elle ne sache pas si le tissus est réellement si transparent que ça, elle expire un rire nerveux, sec et qui pourrait se terminer en sanglot alors que ses yeux s’abaissent. « Désolée, j’ai… J’ai jamais répondu à ton message. J’savais pas quoi t’dire. J’ai vécu une nuit… merdique. » Un hochement de tête appui ses propos et ils savent bien tous les deux, elle l’espère, de quelle nuit il s’agit. Soudainement, tout lui revient, de l’appel, à sa voisine de palier étendue sur le sol, étranglée par un autre homme, de la cohue qui hantait les rues, de la douleur, de cet hôtel dans lequel elle fut forcé de s’engager, de ces gens qui ont tant soufferts, de cette femme qui a posé sa main sur elle avant que le trou noir ne lui vienne. Elle pourrait pleurer, s’effondrer mais elle refoule cette fragilité qu’on lui connait tant, ses épaules frémissantes comme si son corps alors qui sanglotait à la place de ses yeux avant de revenir inciser les prunelles verdoyantes des siennes, où l’automne morne et sombre s’est installé là aussi. « Tout va bien ? Enfin, j’veux dire… T’étais où cette nuit-là ? J’ai pas compris. J’ai jamais reçu tout ton message, j’ai pas pu… C’était tellement n’importe quoi. J’comprends pas. J’comprends pas… » Et la panique rend plus aiguë son timbre de voix et elle ne le voit plus comme il l’est réellement, se rappelle des mots qu’il a prononcé derrière cette vitre quand la cendre tombée alors. Et elle dépose le poids lourd d’un silence entre eux alors même que le temps semble ralentir aussi sûrement que sa respiration éraflée par la peur. Elle s’apaise. Elle se calme. Elle se fane. « On n'aurait jamais dû quitter Ciudad. » survient alors comme une répétition des exacts même mots qu’elle a entendu de cette bouche chimérique, un filet de voix plus morne qu’auparavant, comme si elle s’éteignait pour mieux revenir à l’Enfer dans lequel elle a baigné une nuit sanglante d’Octobre menant à ce terrible Novembre qui n’a plus que le goût âpre de la fin d’un monde.  


(c) corvidae
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