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A Moment Changes Everything - Anaïs, Elinor, Heidi

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Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
Anaïs Wilhm
Anaïs Wilhm
Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
A SONG OF BLOOD

En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. S'est lancée sur la voie du chamanisme, marchant dans les pas de sa mentore avec patience et détermination, persuadée d'avoir trouvé la voie qu'il lui fallait.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital
*Apprentie chamane, amie des loups et des gitans
*Etudiante en médecine, acharnée et consciencieuse, pleine de projets en tête.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
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Mar 13 Juin - 21:29 (#)

Anaïs illustration

5 Décembre 2021, 22h45


Le week-end a été bizarre. L’ambiance au camp a brusquement changée aujourd’hui et la visite à la Meute ne s’est pas exactement passée comme elle aurait dû. C’est comme si quelque chose était en train de couver, mais sans que personne ne sache quoi. C’est en retenant un bâillement bruyant que j’entre dans l’immeuble, bien décidée à dormir, ce soir. Evidemment, l’ascenseur est en panne et je soupire bruyamment à l’idée de me taper les quatre étages. Bien obligée, je les monte lentement, la randonnée dans les bois n’aidant pas vraiment, mes jambes ayant la fâcheuse tendance à demander grâce à chaque pas. Tout ça pourrait aller si je n’avais pas ce sentiment étrange dans la poitrine. Comme un mauvais pressentiment. L’envie de rentrer se fait plus forte à chaque pas, mais ce n’es pas ça qui m’intrigue le plus.

Le picotement caractéristique de mon don qui s’éveille soudainement traverse mon corps et une soudaine chair de poule me prend. Il y a du sang quelque part. Non loin. M’arrête, tends l’oreille sans entendre de bruit particulier. Ce n’est pas normal. Je ne m’inquiète pas vraiment, Zach et Sumire sont partis pour la semaine, pour passer du temps ensemble, sans la gamine qui les oblige à se cacher pour s’envoyer en l’air. L’idée est risible, mais qui suis-je pour les juger ? Cela me tire un sourire avant qu’il ne s’efface brusquement. Je sens le contact familier du sang sur ma main et lève les yeux. Une nouvelle goutte tombe sur ma main et je me mets à courir dans les escaliers, suivant la trace avec une inquiétude et une horreur grandissante. Quatrième étage… mon couloir. J’arrive en trombe à mon étage. Personne, mais il y a bien du sang sur le sol, allant droit vers …

- Ty... Tyché ?

C’est pas possible…. Ça peut pas être vrai. Une violente envie de vomir me prend et mon corps se glace en voyant ce qui est inscrit sur la porte où mon chat est cloué. Deux croix ont été brulées sur la porte. Deux croix à l’envers. Et un message a été tracé avec le sang de mon adorable boule de poil. Mes jambes tremblent, me lâchent et je me retrouve à fixer la porte, les fesses sur le sol, d’horribles images et sensations revenant violemment sur le devant de mon esprit. J’arrête de réfléchir, fonce sur la pote et essaie de retirer la lame couverte d’un sang poisseux. J’ai beau forcer de toutes mes forces, elle résiste, mes mains glissent sur le manche. Désespérée, je fouille mes poches, trouve mes clés et l’insères dans la serrure malgré mes mains tremblantes.

La porte ouverte mène sur un calme presque effrayant, mais peu importe. Tout plutôt que de rester face à ça. De voir Tyché ainsi. De voir ses croix. De lire ce putain de message. Je claque la porte comme si ne plus voir ces horreurs allait les effacer, puis je regarde mes mains, couvertes de sang et me rue dans la salle de bain pour les nettoyer, frottant stupidement alors qu’un coup de magie et ce serait partie. J’en profite pour me passer de l’eau sur le visage et accueillir en reniflant la bouille apeurée de Rover que je serre dans mes bras. Inspirer, expirer. Il geint dans mes bras, le pauvre bébé… Je ferme les yeux, renifle et me redresse alors qu’il file dans ma chambre, directement sous le lit. Il a dû être terrifié. Et Tyché doit lui manquer. J’inspire, souffle doucement et le rejoint, m’agenouille pour le récupérer, le rassurer et tombe nez à nez avec deux billes sombres qui me fixent alors qu’une paire d’oreille se dressent.

- Tyché ?!

Le miaulement de détresse me fait pleurer de plus belle et je rampe sous le lit pour prendre dans mes bras ma boule de poil féline alors que Rover se couche à côté de moi. Tyché tremble entre mes mains et se faufile sous mon t-shirt en miaulant. Je comprends rien. Je ne sais pas ce qu’il se passe. Comment tout ça peut arriver ? C’est quoi ce chat sur la porte ? Comment ils savent où je vis ? Pourquoi ils sont là  ? Pourquoi maintenant ? Peut-être que ce qu’a fait Heidi les a attiré ?

Heidi

Mon téléphone en main, je tape fébrilement son numéro en priant qu’elle décroche malgré l’heure tardive. Je ne sais même pas vraiment quoi lui dire… je veux juste entendre sa voix, je veux juste m’assurer qu’elle va bien. S’ils en ont après elle… Lorsque j’entends sa voix à l’autre bout du fil, je pousse un soupir de soulagement tremblant alors que River geint juste à côté. Je lui grattouille le haut de la tête en parlant à Heidi.

- Heidi… je… il s’est passé un truc.

Comment je suis censé décrire ça ? Comment je suis censée faire ? Elle va s’inquiéter c’est évident. Et je peux pas lui cacher ça. Je ne veux pas lui cacher ça.

- Ils m’ont trouvé… il y a un... un message sur ma porte. Avec du sang et… un chat et… des croix.

Je n’arrive même pas à finir ma phrase qu’elle me dit qu’elle arrive. Je n’essaie même pas d’argumenter ou de lui dire que c’est pas la peine. Parce que je veux qu’elle vienne. Je veux qu’elle me dise que ça va aller. Je veux qu’elle me dise que c’est rien, que j’ai halluciné ou bien qu’elle va tout arranger. Une part de moi s’inquiète que les types reviennent et la voit, mais elle est complètement absorbée par la peur d’être seule cette nuit avec ce chat mort cloué sur ma porte alors qu’un message qui m’est clairement destiné me menace aussi ouvertement.

- Fais vite, s’il te plaît.

Et le message défile dans ma tête, encore et encore.

M(onstre)

On t’a manqué ?

On va finir ce qu’on avait commencé.


Et j’ai pas de doute que s’ils me trouvent, ils le feront.


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Mer 14 Juin - 16:19 (#)



A moment changes everything
Autumn Woods, Décembre 2021
ft. Anaïs & Elinor



L
’hiver arrive à grands pas, et avoir lui, ta période préférée de l’année. Rien à voir avec le rude climat du nord – tu depuis longtemps abandonné l’idée de toucher de la neige à Shreveport – mais au moins à cette période, plus personne ne vous dévisage, tes cols roulés et toi. En somme, tu as l’impression d’un peu plus te fondre dans le décors fait de nuages pâles et de béton gris. Et lorsque la nuit tombe finalement, tu la sens glisser sur toi comme un vent fluide que tu fends avec naturel, un élément dans lequel tu te sens à ton entière aise.
En fait, ça va plutôt bien en ce moment. Les angoisses se calment, la confiance bourgeonne lentement mais sûrement et tu sens enfin ta vie prendre une pente positive et surtout durable. Au-delà de la routine, il y a la stabilité. La nuance est importante, puisque dans l’une tu es enfermée et livrée aux aléas extrêmes de tes émotions, et dans l’autre tu respires, libre de te projeter sans craintes une semaine, un mois au-devant.

Le dimanche est une journée tranquille pour toi : aucun projet à gérer, pas de rendez-vous à honorer ni d’horaires à respecter. Anaïs est la plupart du temps occupée à faire ses trucs de magicienne que tu ne comprends pas et qui de toutes manières ne te regardent pas, alors tu n’as pas de raison de rester en ville le week-end. C’est donc naturellement que tu profites de ces quelques jours toutes les semaines pour te retirer dans le manoir silencieux d’Elinor. Retour à la vie civile : seize heures, quand le soleil de Louisiane commence son lent déclin vers l’horizon. Là encore, la suite de ta journée est quasi-millimétrée : un jogging pour te défouler et te vider la tête, puis quelques heures d’exercices au piano en rentrant.
Or, sans pouvoir mettre le doigt dessus, quelque chose semblait avoir changé entre le moment où tu es rentrée et sortie de l’imposante maison de la vampire. L’atmosphère de la ville était lourde et muette, comme une réminiscence des lendemains de la tempête d’il y a deux ans. D’une rue à une autre, tu te surprends à ralentir l’allure de ta berline pour jeter quelques coups d’œil plus précis à certains visages, certaines façades, certaines fenêtres. Les portes marquées de sang ne sont pas sans te rappeler de manière lointaine l’idée que tu t’étais faite de la dernière plaie d’Egypte à l’époque où l’on avait essayé de t’inculquer la foi en l’Ancient Testament. Ta course autour du quartier a bien confirmé l’ambiance surréaliste qui s’est abattue sur la ville, les messes basses, les regardes fuyants, paniqués parfois même.

En remontant dans ton appartement, impossible de te défaire de cette impression d’avoir mis les pieds dans un autre monte tant le changement a été fulgurant. Une douche, tu branches ton téléphone à côté de ton lit, un dernier coup d’œil à travers les stores, et tu t’installes devant ton clavier. Métronome en marche, doigts craquée et poignets échauffés. Des heures durant, les gammes s’enchaînent, complexes, brisées, accélérées jusqu’à ton propre point de rupture. Quelques fois, tu perds patience et décides d’une pause dont tu as encore un peu de mal à t’accorder les bienfaits. Et pourtant, sans l’une d’entre elles, tu n’aurais jamais pu remarquer l’écran de ton téléphone s’allumer sur ta table de nuit. Sourcils froncés, tu t’approches pour voir la photo de ta meilleure amie s’afficher. Surprise, tu débranches l’appareil et le portes à ton oreille. Ce que tu entends ensuite te déplaît au plus haut point. Seule dans le noir, tu serres le poing en tâchant de trouver le moyen de laisser entendre à Anaïs ta voix la plus douce possible. « Anaïs, écoute-moi. J’arrive tout de suite. J’en ai pour quinze… non, dix minutes. » A cette heure-ci, le trafic devrait pouvoir te permettre un excès de vitesse bien légitime. « Ca va aller, ok ? » La voix chevrotante de l’étudiante au bout de la ligne de serre le cœur et fait naître chez toi la même colère qu’il y a quelques mois. Tu croyais pourtant que cette affaire était derrière elle.
En raccrochant, tu constates que tu as raté un appel avant celui d’Anaïs, et tu te maudits intérieurement puisqu’un coup de fil d’Elinor n’est jamais strictement anodin. Téléphone coincé entre le menton et l’épaule pendant que tu verrouilles ton appartement à clé, le message vocal commence à jouer. Rien qu’à la voix de la vampire, tout comme avec ton amie, tu devines qu’il s’agit de quelque chose de grave, et la suite du message te donne raison alors que tu dévales les escaliers en à peine une paire de pas à chaque fois. Tout ce qui se passe depuis ce soit ne peut pas être une série de pures coïncidences, tout comme le message que tu trouves tagué à la peinture rouge sur la carrosserie de ta voiture en sortant de ton immeuble.
Traitre à sa race.
On sait.
Ton poing se serre encore plus. Le fait de savoir la menace sérieuse par les instructions d’Elinor ne t’effraie pas mais te fait bouillonner encore plus d’une colère froide. Cela a au moins le mérite de clarifier avec certitude la suite de ta soirée : aller chercher la rouquine et foncer vous mettre à l’abri aussi vite au manoir.

La peinture sur le noir brillant de ta voiture est encore fraiche, mais pas assez pour espérer raisonnablement que celui qui a fait ça rôde encore dans le coin. Quelle lâcheté… Il te faut garder la tête froide, Marraine te fait confiance, et Anaïs aussi, et tu dois être à la hauteur. Un long souffle t’échappe tandis que tu te faufiles sur le siège conducteur et démarres le moteur. Tu prends le temps d’envoyer le texto promis à l’immortelle, et fait rugir le moteur en direction des Kingstons. Comme si un graffiti misérable allait t’intimider de toutes manières
Tu sais qu’Elinor t’a avisée de ne pas t’aventurer dans les quartiers les plus populaires de la ville, mais il s’agit là d’un cas de force majeur. Garée à la va-vite devant le bâtiment décrépit, tu sors de ta voiture aussi vite que tu y es rentrée et te rues à l’intérieur tout en t’assurant d’avoir bien fermé tes portières. Tu n’as pas le temps de t’attarder sur les sentiments qui t’accablent tandis que tu montes les marches deux à deux et passes devant la porte de ton ancien appartement, sans doute occupé de nouveau. C’est tout de même la première fois que tu remets les pieds à l’intérieur de cette cage d’escaliers depuis ton déménagement, et autant dire qu’elle ne t’a pas manquée.
En arrivant sur le perron de l’appartement d’Anaïs et ses tuteurs, tu comprends instantanément ce qu’elle voulait te dire au téléphone, et une pulsion de brutalité pure naît au bout de tes doigts. Tu la réprimes aussi vite, et entres dans l’appartement en faisant fi de l’état de la porte. « Anaïs, c’est moi, t’es toujours là ? » annonces-tu tout de suite pour ne pas l’effrayer plus qu’elle ne doit déjà l’être. Lorsque tu la vois sortir de sous son lit, cachée avec ses animaux, une nouvelle pulsion brutale te fait grimacer en essayant de la réprimer. Tu t’accroupis rapidement devant elle pour attraper ses mains, chercher ses yeux et la rassurer du mieux possible. « Ca va aller, c’est promis. Mais il faut pas qu’on reste là, ok ? On va aller se mettre en sécurité, fais-moi confiance. » Tu te relèves sans attendre, sondant l’humble chambre de ton amie du regard à la recherche de sa penderie. Sans plus de précaution, tu l’ouvres à la recherche d’une valise que tu remplis à la hâte avec les vêtements qui te passent sous la main. « Prends-les avec toi, mais il faut qu’on se dépêche, d’accord ? » Tu désignes ses animaux encore terrorisés du menton. Ce n’est pas de la panique dans ta voix, mais elle véhicule tout de même une urgence indiscutable. Plus vite vous serez en sécurité chez Elinor, plus vite vous pourrez tirer tout cela au clair. Une chose est sûre en tous cas : il est hors de question qu’Anaïs reste une minute de plus dans cet appartement.


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En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. S'est lancée sur la voie du chamanisme, marchant dans les pas de sa mentore avec patience et détermination, persuadée d'avoir trouvé la voie qu'il lui fallait.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital
*Apprentie chamane, amie des loups et des gitans
*Etudiante en médecine, acharnée et consciencieuse, pleine de projets en tête.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
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Jeu 15 Juin - 11:23 (#)

Anaïs illustration

Dix minutes.

La voix douce et rassurante d’Heidi à l’autre bout du fil calme aussitôt le tremblement incontrôlable de mes mains et je hoche la tête, même si elle ne peut pas le voir. Il ne me reste qu’à attendre. Je n’ai rien à faire, elle va venir. Je me recroqueville dans l’obscurité du dessous de mon lit, serrant contre moi les deux petits cœurs qui donnent de la vie à l’appartement trop souvent laissé vide. Le silence retombe et sa voix me manque aussitôt alors que je n’ai rien d’autre que mes pensées et les quelques sons de mes boules de poils comme compagnie. Chaque seconde a l’air de durer une éternité dans cette angoisse et je ne peux m’empêcher, intérieurement, de lui demander de se dépêcher.  Et pourtant, une crainte subsiste… Et s’ils revenaient ? le sang gouttait encore, ça ne fait pas très longtemps que le chat est là, sur ma porte. Et s’ils observaient tout ça et attendaient le bon moment pour frapper à nouveau ?

J’ai la main sur le téléphone, prête à rappeler Heidi, mais j’entends déjà des bruits de pas qui grimpent les escaliers à toute vitesse avant d’approcher. Heidi ? Quelqu’un d’autre ? Je ferme les yeux, inspire, expire, serre contre moi Rover qui s’est remis à geindre, en priant tous les dieux du monde que ce soit Heidi et pas quelqu’un d’autre. la porte s’ouvre et je retiens mon souffle, essaie de faire le moindre bruit possible avant qu’une vague de soulagement ne repousse toute l’angoisse qui s’accumule depuis que j’ai mis le pied devant la porte de l’appartement.

- Anaïs, c’est moi, t’es toujours là ?

J’inspire et tends la main pour faire un signe depuis le dessous du lit. Je dois avoir l’air pathétique à sortir du lit en rampant comme une enfant qui a peur d’un bruit la nuit, mais je m’en fous. Dès que je la vois et que ses mains se posent sur les miennes, toute crainte s’envole comme par magie. Elle prend choses en main, décide de la suite et je suis bien trop heureuse de la laisse faire, qu’elle gère toute cette merde qui m’a rendu complètement incapable d’une pensée cohérente. Il me faut quelques instants pour faire autre chose que juste écouter sa voix et demander intérieurement qu’elle parle davantage avec ce ton et cette assurance. Mais l’urgence est toujours là et je me fais violence, poussant sur mes jambes pour me relever malgré mes genoux tremblants.

Je la vois remplir au hasard ma valise avec un peu n’importe quoi et ajoute des sous-vêtements dès qu’elle a le dos tourné. Une fois pleine et fermé, je siffle Rover qui rapplique en vitesse. Je lui passe une laisse rapidement et le voir joyeux en pensant partir en balade me tire un sourire. Tyché est rapidement mis dans sa cage de transport et j’embarque de quoi nourrir les bestiaux quelques jours avant de me tourner vers Heidi et de l’enlacer en soupirant.

- Merci j’ai... j’ai juste tellement paniqué je savais plus quoi faire.

En voyant ce que j’ai cru être mon chat cloué sur la porte de mon appartement, toute pensée rationnelle a simplement déserté mon cerveau. J’ai simplement paniqué, pensé au pire sans même penser à ma sécurité. J’ai laissé la putain de porte ouverte ! je me suis recroquevillée sous mon lit comme quand j’étais enfant et j’ai juste espérer qu’Heidi arrive avant que les responsables aient l’idée de passer jeter un œil ; S’ils étaient venus, j’aurai fait quoi ? S’ils arrivent maintenant, je fais quoi ? Je soupire contre l’épaule d’Heidi et la serre un peu plus fort pendant un bref instant avant de la libérer et de renifler. Un souffle plus tard et une brève seconde les yeux fermés et j’ai le sentiment que ça va mieux. Elle est là et tout va bien se passer. Je ne laisserai rien lui arriver.

- Je suis prête, on va où tu veux.

Chien, chat et valises en main, je la suis dans l’immeuble, mais m’arrête sitôt que la porte est fermé. Je la sens me pousser gentiment, mais je secoue la tête en posant la cage de Tyche avant de prendre mon téléphone portable.

- Zach doit savoir. Ces types vont pas s’en sortir si facilement.

Malgré le goût de bile qui emplit ma bouche, je prends une photo de la macabre décoration et range mon téléphone avant de suivre Heidi jusque sur le parking de l’immeuble. Je me fige alors en voyant le message inscrit sur sa propre voiture. Traitre à sa race ? Je déglutis alors qu’elle a l’air de s’en foutre complètement. Elle aussi est prise pour cible ? C’est ma faute, pas vrai ? Si je ne passais pas autant de temps avec elle, personne ne serait là à lui en vouloir… mais Heidi étant Heidi, la valise est mise dans le coffre et les animaux à l’arrière de sa voiture. Je reste bêtement à lire le message sur sa carrosserie avant qu’elle ne me pousse d’elle-même dans la voiture Et ne mette le contact.

- Heidi… le message sur ta voiture c’est… Je suis désolée.

Une pensée ressurgit dans mon esprit. Une pensée qui n’y avait plus sa place depuis un moment maintenant. Si je n’étais pas une Outre, rien de tout ça ne serait arrivé. Et Heidi ne serait pas en danger. S’il lui arrive quelque chose à cause de ça… Je sais pas comment je ferais pour vivre avec…

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Ven 16 Juin - 13:04 (#)



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ft. Anaïs & Elinor



T
u as pris très au sérieux et à cœur cette espèce de mission qui t’a été confiée. C’est une façon très égoïste de voir des événements graves, tu le sais, mais c’est pour toi une occasion parfaite de démontrer à la fois à Elinor et Anaïs que tu mérites leur confiance et que tu as enfin les épaules assez solides pour que l’on puisse se reposer dessus.

Le temps qu’Anaïs mette un peu d’ordre dans ses affaires et s’occupe de ses animaux, tu te permets de faire un tour rapide dans le reste l’appartement. Curiosité, précaution, un mélange des deux. Intérieurement, tu aurais peut-être aimé croiser la personne à l’origine de la menace pour pouvoir immédiatement briser ses rotules. Malheureusement, ou plutôt heureusement, personne d’autre que vous entre ces murs, et pas d’autre message laissé en évidence. Lorsque tu reviens vers ton amie pour t’assurer qu’elle a tout le nécessaire, elle t’enlace sans prévenir. Ce genre de contact est devenu habituel entre vous, toujours exceptionnel mais plus que tolérés. Or, ils sont toujours nés de délicatesse et de précaution, jamais d’une spontanéité telle qui ici te fait t’immobiliser quelques secondes, incapable de trouver une réaction adaptée.
Timidement, ta main passe dans ton dos et le caresse quelques secondes tandis que tu la sens renforcer un peu son étreinte. « C’est… normal, t’en fais pas, » finis-tu par répondre un peu au hasard. « Je suis contente que tu aies rien, » rajoutes-tu un peu plus bas. Mais malheureusement, le temps presse toujours et tu n’auras l’esprit tranquille que lorsque vous serez bastionnées dans la forteresse moderne de ta Marraine. Tu attrapes donc la valise d’Anaïs sous le bras sans effort, et en la gardant contre toi avec un bras autour de ses épaules, tu la guides vers la sortie.

Tu es un peu surprise lorsqu’elle demande à s’arrêter devant la macabre mise en scène de la porte d’entrée. Tu n’es pas persuadée que garder cette photo sur son téléphone soit une bonne chose pour elle, mais c’est une question que vous pourrez résoudre plus tard, et ça fait, tu l’accompagnes jusqu’à ta voiture. L’espace d’un instant, tu avais oublié la peinture qui jure sur la carrosserie. Tu crois deviner depuis tout à l’heure quelques bosses sur la taule et les projectiles incriminés non loin. Mâchoire et poings serrés, tu approches finalement en compagnie de l’étudiante.
Ce qu’elle te dit à ce sujet te surprend ; il faut dire que tu n’avais pas eu l’esprit assez libre pour l’anticiper. Elle croit que c’est de sa faute ? Hors de question qu’elle culpabilise pour ça, d’autant plus qu’elle n’a véritablement aucun lien avec cette histoire. « C’est pas en rapport avec toi, je te rassure. » Enfin, rassurer est un bien grand mot dans cette situation, même toi peux en être consciente. Les explications attendront quelques secondes que le coffre soit rempli et tout le monde installé à bord. « Allez, monte. Il faut qu’on commence à rouler et après je pourrai t’expliquer un peu mieux. Mais faut vraiment pas qu’on reste ici. »

Le moteur ronfle, et la voiture reprend la route avec une conduite beaucoup plus agressive que celle à laquelle tu as habitué ton amie. Quelques regards insistants dans les rétroviseurs pour essayer de deviner si vous pouvez être suivies, et une fois plus ou moins convaincue que personne n’est à vos trousses, tu te détends enfin dans un long souffle pendant que tu t’engages sur la voie rapide. « Pour le tag… je t’ai jamais vraiment trop raconté comment j’étais avant qu’on se rencontre, mais j’étais du genre à chercher les problèmes. Pas trop eu de mal à en trouver, surtout ici tu me diras. ‘fin, du coup j’ai fait chier des gens rancuniers. Je pensais qu’ils étaient passés à autre chose après m’avoir forcée à déménager. Visiblement non. » Coïncidence avec les agresseurs d’Anaïs et toute cette ambiance bizarre qui plane sur la ville ? Difficile à croire, mais à une telle échelle… Tu commences alors seulement à réaliser l’ampleur possible des événements et la nécessité d’autant plus grande d’aller vous mettre à l’abri. C’est un demi-mensonge que tu lui sers, parce que là-dedans presque tout est vrai, seulement articulé un peu différemment pour ne pas avoir à mentionner ton lien avec les immortels. « On va chez Victoria, on sera en sécurité là-bas et on pourra rester aussi longtemps qu’il faudra. » Victoria, oui. C’est comme ça qu’Anaïs la connaît. Tu te souviens de sa tête, ce sourire qu’elle n’arrivait pas à dissimuler lorsqu’elle est venue te dire qu’elle l’avait rencontrée. Tu te souviens avoir trouvé ça mignon à l’époque, et c’est ce sourire que tu aimerais voir illuminer son visage au lieu de cette inquiétude tragique.

Et puis, la voiture commence à ralentir alors que les murs délimitant le lotissement se dessinent au bord de la route. Or, tu ne peux raisonnablement pas conduire ton auto taguée comme la preuve flagrante de ton appartenance au monde surnaturel jusque chez Elinor. Tu prends alors la décision d’arrêter la voiture sur le bas-côté, non loin du portail d’entrée du quartier. « On va faire la fin du chemin à pied. » Quelques centaines de mètres à faire avant d’arriver au niveau de l’imposante bâtisse dont les clés sont dans ton sac, entre ta bombe au poivre et ton pistolet électrique.


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En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. S'est lancée sur la voie du chamanisme, marchant dans les pas de sa mentore avec patience et détermination, persuadée d'avoir trouvé la voie qu'il lui fallait.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital
*Apprentie chamane, amie des loups et des gitans
*Etudiante en médecine, acharnée et consciencieuse, pleine de projets en tête.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
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Dim 18 Juin - 9:04 (#)

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Pourquoi c’est si compliqué ? Avant je voulais simplement une vie normale, sans rien de bizarre ou d’étrange. Après tant de choses et de temps, j’ai abandonné l’idée d’être celle que j’étais avant. J’ai accepté que je n’étais pas humaine, accepté que je n’aurais jamais la vie normale que j’espérais si ardemment. J’ai embrassé le surnaturel qui m’a recueilli sans jamais couper les ponts avec le monde dans lequel j’ai grandi. J’ai accepté ce que je suis, accepté de ne rien connaître, accepté de devoir presque reprendre à zéro et d’ouvrir les yeux pour voir le monde d’une manière totalement différente. Tout ça malgré la difficulté de jongler sur les deux tableaux, de devoir suivre ces enseignements si importants tout en gardant cette identité offerte à la naissance. Tout ça c’est mon choix et je l’assume. De quel droit d’autres se permettent-ils de venir tout bousiller ? De quel droit viennent-ils me menacer et essayer de détruire ma vie à nouveau après tout ce que j’ai fait pour essayer de redresser la tête et de me sortir de l’angoisse qui s’accrochait à moi tel un parasite insatiable ?

Être forcée une nouvelle fois de quitter mon foyer à cause de ceux qui m’en veulent, c’est un nouvel aveu de faiblesse qui me fait les détester encore un peu plus. Et me détester un peu plus également. Quand est-ce que je serai capable de faire autre chose que m’effondrer et laisser les autres gérer ma merde à ma place ? Trois ans ! ça fait trois ans que je vis ici ; deux ans que je gère mieux mon don et des mois que Selma m’entraine et que daphné m’enseigne la voie des chamans. Et je n’ai même pas été foutu de réfléchir. Je n’ai même pas été foutue de faire quoi que ce soit d’autre que me recroqueviller en espérant que les pas qui approchaient de mon appartement étaient ceux d’Heidi. Et en montant dans sa voiture, je ne me dis qu’une chose : je l’ai mise en danger. Je suis pathétique et j’aurai pu l’attirer dans un piège et elle aurait pu être blessée. Ou pire…

Si elle croit que je gobe son bobard, elle se trompe. Qu’elle ait cherché les ennuis, ça ne m’étonne pas vraiment, ça semblait être le genre de choses qu’elle faisait, avant. Mais je ne suis pas idiote. « Traite à ta race ». Ce n’est pas quelque chose en rapport avec une vieille rancune à cause d’une baston ou de quelques os cassés. Mais je ne vais pas insister. Peut-être que ce n’est effectivement pas lié à notre relation et je deviens juste complètement paranoïaque pour tout à e de voir des trucs de plus en plus horribles et violents se passer autour de moi. Je veux juste qu’elle aille bien, c’est tout. Ironique, alors que je la mets en danger par ma seule présence. Je vois bien ses coups d’œil dans ses rétroviseurs. Si seulement j’avais un sort pour tout arranger…

- Chez Victoria ?

J’en oublie mes emmerdes pour un instant. Pourquoi est-ce qu’on irait chez sa mécène ? D’accord Heidi a totalement confiance en elle et, la fois où je l’ai rencontré, elle a su gérer la situation avec un espèce de flegme presque surnaturel. Mais pourquoi chez elle quand on m’a menacé ? A moins que sa maison ne soit une forteresse et qu’elle ait explicitement dit à Heidi de venir la voir pour ce genre de cas, j’avoue que je peux simplement jeter un regard empli d’incompréhension à Heidi.

- Pourquoi chez Victoria ? t’es sûre qu’on sera en sécurité et que ça ne va pas la gêner que je sois là ? Je veux dire… ‘fin je l’ai vu une fois et c’était pas la rencontre la plus sympathique du siècle.

Euphémisme. Elle m’a laissé une très bonne impression et semble vraiment personne de confiance, mais toute la situation était passablement écœurante et je me souviens encore des longues heures à patienter au poste de police pour laisser une déposition après l’énorme bordel qu’avait été cette nuit. Je me demande encore comment elle a fait pour y échapper. Les flics l’ont simplement laissé repartir quand j’ai dû me coltiner deux interrogatoires et me faire raccompagner par une voiture de patrouille… L’argent doit aider, dans ce genre de cas, j’imagine. Mais dans le cas présent.

- Je veux pas vous mettre toutes les deux en danger… je pourrai appeler Daphné, elle saurait quoi faire.

Elle serait sans doute hystérique en entendant tout ça… Mais j’y pense un peu tard alors qu’Heidi arrête la voiture sur le côté de la route. On fera le reste à pied. Je regarde l’enceinte qui délimite le lotissement. D’ordinaire, ce genre de choses m’exaspèrent. Comment crier son mépris de ceux qui n’ont pas les moyens de vivre dans ces espèces de bulles. Mais pour cette fois, je ne m’en plains pas. C’est sans doute pour ça qu’Heidi dit qu’on sera en sécurité. Il doit y avoir des caméras, une surveillance. Même la nuit n’est plus aussi angoissante avec les lumières qui éclairent l’entrée.

- D’accord… ça va le faire.

M’encourager à voix haute m’aide un peu, mais je doute que ça ait le même effet sur Heidi. Je lui offre une moue pincée et navrée. Je lui en suis réellement reconnaissante, mais je suis tellement sur les nerfs que tout me paraît dangereux, là tout de suite. En descendant de la voiture, je ne peux m’empêcher de regarder autour de nous plusieurs fois. Tout est calme et c’est presque… étrange. Je sors Rover de la voiture et le tiens en laisse avec la cage de Tyche dans l’autre main et inspire longuement.

- Je te suis.

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Dim 18 Juin - 18:41 (#)



A moment changes everything
Autumn Woods, Décembre 2021
ft. Anaïs & Elinor



A
naïs interroge et remet en question. Difficile de lui en vouloir en sachant ce que tu lui caches pour l’instant, mais tu lui as demandé de te faire confiance, et tu aimerais qu’elle le fasse pleinement. Tu le connais, tu sais qu’elle n’aime pas cette position de demoiselle en détresse et que malgré tout ce qu’elle peut dire, elle aussi porte l’envie frustrée d’être celle qui sauve la situation. Mais pas ce soir, tu en es désolée pour elle.
La position est frustrante pour toi aussi : sous pression alors que les choses ne vont pas comme tu l’aurais espéré, tu dois trouver la force de retenir les mots et le ton qui te piquent la langue et qui soulageraient cette tension. Tes mains serrent le volant un peu plus fort sous la lumière ponctuelle des réverbères qui défilent le long de la route presque déserte. « Anaïs, je *sais* quoi faire. » Tu veux insister. Un instant, ton regard trouve le sien avant de retrouver les lignes de la route. Qu’elle appelle Daphné si elle veut, après tout si ça peut la rassurer, mais tu ne peux empêcher une moue discrète de s’emparer de ton visage pendant une seconde ou deux. Et puis, qu’est-ce qu’elle veut qu’elle lui dise ? D’aller se mettre en sécurité le temps qu’elle arrive ? Merci, c’est déjà ce que tu es en train de faire.
Quelques secondes de plus passent, le temps pour toi de rejeter suffisamment ce début de vexation pour continuer. « Oui, on sera en sécurité, et non tu ne gênes pas. » Ton intonation était sèche, et tu la regrettes instantanément après t’en être rendue compte. L’absence flagrante de musique dans l’habitacle rend le silence encore plus austère. Tu essaies cependant de te rattraper à ta prochaine intervention, bien que les propos qui la composent feront sans doute un piètre travail pour la rassurer. « Tu n’es pas la seule à avoir une cible sur le dos. J’en ai une aussi, et je l’avais avant même qu’on se rencontre. On se serait sans doute même pas rencontrée si elle avait pas été là. » Pas que tu la défendes, au contraire, mais tu cherchais juste à prouver ton point. « Et El- Victoria aussi a la sienne. C’est pas ta présence qui va nous mettre toutes les deux en danger. » Tu es consciente qu’une telle affirmation va nécessiter des explications, mais une nouvelle fois, ce sera pour plus tard ; tu t’en remettras à Elinor, ou plutôt Victoria, pour savoir lesquelles et avec quel degré de détail. « Elle m’a laissé un message tout à l’heure : tu n’es pas la seule visée par des attaques. C’est partout en ville, contre… beaucoup de monde, il paraît. C’est pour ça qu’on va chez elle, c’est elle qui me l’a demandé et je lui fais confiance. » A la fois pour vous mettre en sécurité et pour répliquer une fois le moment venu.

La voiture est garée à la va-vite, et sa carrosserie noire aiderait à sa dissimulation cette nuit si seulement elle n’était pas ornée de lettres grossières à la peinture rouge. Le coffre claque sèchement lorsque tu le refermes, la valise de ton amie à la main. « C’est par là, » indiques-tu d’un signe de tête avant de t’engager sur le chemin d’un pas rapide.
Doucement, tu soupires en te tournant vers l’étudiante et réalisant que ta cadence était sans doute un peu trop élevée. « Ecoute, je suis désolée, vraiment. » Pour la situation, la vitesse, mais pas seulement. « Je te promets que tu auras des explications, mais quand on sera arrivées et qu’on en saura un peu plus sur ce qui se passe, ok ? » Ta sincérité se lit dans ton regard tandis que tu reprends ta marche en t’assurant cette fois d’adapter ton allure. Vous passez bientôt le portail d’entrée du lotissement et vous engagez sur les trottoirs immaculés du quartier bourgeois, rasant les pelouses parfaitement tondues et les parterres de fleurs à la perfection presque dystopique. « On est bientôt arrivées, c’est l’espèce de manoir tout au bout de la rue. » Celui avec de nouveaux murs d’enceinte et le grand portail à l’allure à la fois moderne et gothique.


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Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
Anaïs Wilhm
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A SONG OF BLOOD

En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. S'est lancée sur la voie du chamanisme, marchant dans les pas de sa mentore avec patience et détermination, persuadée d'avoir trouvé la voie qu'il lui fallait.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital
*Apprentie chamane, amie des loups et des gitans
*Etudiante en médecine, acharnée et consciencieuse, pleine de projets en tête.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
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Lun 19 Juin - 20:11 (#)

Anaïs illustration

Je n’aime pas ce qu’il se passe. Je n’aime pas la tension dans la voix d’Heidi, indiquant clairement qu’elle a mal pris mes élans de paranoïa et d’incertitude typiques de ce genre de moment angoissants. Je n’aime pas le sentiment de culpabilité qui enfle dans ma poitrine en comprenant que les mots que j’ai voulu énoncer ont été mal employés et, de ce fait, mal interprétés.  Je n’aime pas ce que j’entends non plus. Une cible. Chacune d’elle est une cible. Ça amène trop de questions qui ne parviennent pas à quitter mes lèvres. Plus tard. Remettre tout à plus tard. Quand on sera en sécurité. Où que ce soit. Sera-t-on vraiment un jour en sécurité dans ce monde de merde où je me mets à douter de pouvoir à nouveau sortir dehors sans me prendre une lame dans le bas du dos ?

Je dois me ressaisir. Je dois arrêter d’être aussi faible et de m’effondrer à la moindre chose qui se produit. J’en ai marre d’être un fardeau qu’on trimballe à droit et à gauche pour sa sécurité. Marre d’être la gentille Anaïs qui est obligée de faire avec toutes les merdes qui lui tombe dessus. J’étais supposée changer, mais c’est toujours la même chose depuis trois ans et je ne sais pas comment me sortir de cette fichue boucle. Toujours les mêmes réactions stupides et irréfléchies alors que je devrais être capable de gérer la situation avec un minimum de réflexion. Essayer de prouver que je ne suis plus une gamine ne sert à rien si j’agis toujours comme si j’en étais encore une.

- Heidi…

Soupir, regrets. J’accélère le pas pour essayer de ne pas me faire distancer, mais elle s’arrête finalement et je me sens mal de l’avoir peut-être blessée sans le vouloir.  Je me sens tellement pathétique que je n’arrive même pas à savoir si ce que j’ai envie de dire sortira de la bonne façon ou si je vais encore plus m’enfoncer dans la stupidité qui caractérise mes actions dans ces moments de stress de ce genre. Peut-être qu’un jour j’arriverais à réagir correctement sans risquer de tout foutre en l’air en levant un doigt au mauvais moment.

- Je doute pas de toi, vraiment pas, mais j’ai juste peur qu’il t’arrive quelque chose à toi aussi.

Si vraiment les attaques arrivent partout en ville, je dois prévenir Daphné. Elle doit savoir, mettre les gitans au courant, être sûr que tout le monde va bien. Elle doit savoir, parce qu’elle saura quoi faire pour protéger tout le monde. L’idée que c’est un coup organisé et général me fait froid dans le dos. Qui a pu prévoir une chose pareille ? je pensais que c’était seulement mon passé qui ressurgissait, mais des actions qui arrivent partout en ville et qui touchent tout le monde un tant soit peu lié au surnaturel ? Je n’aime pas ça du tout. On dirait que quelque chose d’horrible se prépare et j’ai peur qu’on soit aux premières loges quand ça arrivera.

- Je vais pas poser de questions. Pas tout de suite en tout cas. Pas tant qu’non sera pas en sécurité. Si tu dis qu’on le sera, c’est qu’on va l’être.

Je ne demande que ça. Je ne demande qu’à pouvoir réussir à souffler en sachant que tout va bien et que je n’ai pas à m’inquiéter pour elle ou pour moi. Juste pour tous les autres qui sont encore dehors et que je dois contacter. Cette sensation d’impuissance face à quelque chose qui semble inévitable me tord le ventre. C’est Halloween à nouveau. C’est à nouveau cette sensation que quelque chose se passe et de ne pas savoir quoi faire pour éviter que tout le monde ne soit en danger. Je sais que je ne peux rien faire toute seule, mais ça ne m’empêche pas de détester cette situation.

Mais à plonger mon regard dans le sien et l’absolue confiance et certitude que je peux y lire, je sais que je peux, au moins pour un temps, me reposer sur elle et juste… me reprendre. Juste prendre el temps d’encaisser tout ça, d’y réfléchir et de réfléchir calmement quoi faire. Je hoche la tête et lui emboite le pas. Le quartier est silencieux, presque trop. Je marche à ses côtés cette fois, Rover trottinant devant nous, heureux de découvrir un nouvel endroit. Si je n’étais pas aussi terrifiée qu’il lui arrive un truc, je l’aurais laissé aller, aurait lâché la laisse et aurait pris la main d’Heidi que j’ai envie de serrer depuis que je l’ai vu son visage alors qu’elle m’observait sortir de sous le lit et que ça voix a résonné dans l’appartement. Si quelqu’un chose lui arrive…

En levant le nez lorsque le portail se présente devant nous, je dois bien admettre que ma crainte est peut-être mal fondée. Je vois déjà les caméras qui ornent le tour de l’enceinte du manoir – puisque c’en est un, apparemment – qui est déjà lui-même dans une enceinte. Peut-être que Victoria est parano, et si c’est le cas je lui en suis très reconnaissante en cet instant précis. Je laisse Heidi se dépatouiller avec l’interphone et la suit le long d’une allée qui mène à la résidence… cossue ? Moderne en tout cas. On dirait le genre de villa qu’on voit sur la côte Ouest à la télévision. J’imaginais bien Victoria avec un certain train de vie, mais ça dépasse de loin ce que je m’étais fait comme idée du personnage. Pas étonnant qu’Heidi pense l’endroit sûr, elle a les moyens de s’assurer qu’il le soit. Et les raisons de le protéger.

- Sacrée maison… Elle a un bunker souterrain en plus ?

Ce ne serait pas le truc le plus étonnant. A vrai dire Heidi pourrait me sortir à peu près n’importe quoi que je serai capable d’y croire. Et ce serait franchement pas impossible que ce soit vrai.


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Jeu 22 Juin - 12:51 (#)



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T
u ne vois pas vraiment quoi dire à Anaïs. Tu n’es déjà d’ordinaire pas douée pour les mots, alors dans cette situation… trop de préoccupations entravent tes pensées pour que tu puisses ne serait-ce qu’envisager une réponse. Tu préfères laisser parler tes actions pour toi, et peut-être pour une fois dans ta vie, tu as l’impression qu’elles t’honorent. Est-ce que tu as peur ? Pour elle, oui, évidemment. Tu partages le sentiment qu’elle vient de te confier et tu serais dévastée si tu échouais à la protéger. Pour toi en revanche… tu es devenue complètement indifférente à ton sort.
C’est qu’après tout, tu es née là-dedans. Les menaces en lettres rouges sur les portes, les passages à tabac et les insultes décomplexées n’ont rien de fondamentalement différent des mots d’intimidation glissés par la fente de ton casier, des tirages de cheveux et des crachats à la sortie de l’école. Ce n’était pas une question d’habitude, puisque tu as l’impression d’être née au cœur même de la violence banalisée. Et après tout, tu es toujours là ; telle la mauvaise herbe que l’on a beau arracher, tu finis toujours par repousser.

Avec une diligence qui témoigne de ton habitude à le faire, tu composes le code qui déverrouille la porte qui jouxte les deux grand battants menant à l’allée dans laquelle tu aperçois la voiture d’Elinor. Tu laisses passer la rouquine et ses animaux devant toi à travers l’enceinte du terrain en poussant finalement un discret soupir de soulagement. A partir de là, vous ne devriez plus craindre grand-chose si ce n’est le vent scélérat qui vient parfois hérisser les poils sur vos nuques.
Un résidu d’inquiétude subsiste pourtant, étrangement, et s’amplifie même à mesure que tu te rapproches de la porte d’entrée. Peu à voir avec la situation actuelle en revanche : ce qui t’empêche d’être totalement en paix, c’est l’anticipation de cette rencontre maintenant fatale. Ce sont les fameuses explications que tu t’es empressée de promettre pour rassurer ton amie sans même penser à celles que tu seras en mesure et en droit de donner ou non.
Comment avouer de toutes manières ces choses que tu lui caches ? La fascination pour les vampires qui t’a poussée à vouloir toi-même en devenir une malgré toutes les expériences qui n’ont fait que te prouver que la plupart sont tout aussi mauvais que les humains, si ce n’est parfois pire. Le lien unique et intime qui unit ton âme à celle damnée de la mécène dont vous foulez la propriété. Honteusement, tu espères que l’immortelle saura quoi dire et quoi faire pour gérer cette appréhension. Elle sait toujours, de toutes manières, tu n’aimes simplement pas la manière dont il est devenu naturel pour toi de te reposer sur elle.

Finalement, tu sors les clés de ta poche pour ouvrir la porte d’entrée. Dans un silence étonnant et accablant, le lourd battant de bois et de métal pivote pour dévoiler l’intérieur du pavillon. La décoration cossue, mélange toujours aussi singulier du moderne et du victorien, n’a pas changé lors de tes quelques heures d’absence. Anodin, évident, mais indéniablement rassurant.
Tu te tournes finalement vers Anaïs, et au-dessus de tes cernes violacées, tes yeux lui confirment enfin que c’est bon : vous êtes à l’abri. Peu importe de quoi, tu es profondément persuadée que rien n’est en mesure de vous atteindre ici. « Honnêtement, c’est possible. Victoria aime être prête à tout. » Tu tentes de renvoyer à l’outre un sourire, mais il s’efface quelques instants trop tôt, ton cœur encore un peu serré par la contrariété. La vampire était elle préparée pour cette situation ?
Tu n'as aucun doute sur le fait qu’elle sait que vous êtes arrivées, et tu n’as pas l’intention de la déranger dans les affaires de son clan. Alors en attendant, tu guides ton invitée dans l’un des nombreux salons de la demeure, après une succession de couloirs que tu connais par cœur. « Installe-toi, je vais aller poser tes affaires dans une chambre d’ami et nous chercher un peu à boire et à manger. Fais juste attention que les animaux abiment pas le mobilier, s’il te plait. » Anaïs devrait commencer à savoir, à force, que tu as régulièrement besoin de pauses. De quelques minutes d’intimité pour remettre tes pensées en phase avec le monde et évacuer celles qui stagnent depuis trop longtemps. Et puis, Jazz doit être en train de dormir sur ton lit, tu aimerais passer le voir aussi. Tu avais l’intention de passer le chercher demain, comme toutes les semaines, mais après avoir vu l’avertissement sur la porte de l’appartement de ton amie, tu es bien heureuse qu’il soit resté ici pour la nuit.


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Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Elinor V. Lanuit
Elinor V. Lanuit
Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Let's spend an evil night together
En un mot : Don't be afraid ; It's only death. It's just as natural as your first breath.
Qui es-tu ? :
- Immortelle britannique du XIXème siècle, issue de la bourgeoise florissante du début de l’ère victorienne. L’élégance et le flegme de son époque vivent encore dans ses manières.
- Femme fatale au charme venimeux, calculatrice sans scrupules, elle manipule les cœurs aussi bien que les lettres et les chiffres.
- Perfectionniste à l’extrême, séduite par le pouvoir et reine stratège, son plaisir de tout contrôler égale sa soif de connaissances en arts obscures.
- Vampire accomplie, fille des Lanuit, et éternelle solitaire dont l’amour empoisonne les malheureux attirés par une élégance inaccessible aux simples mortels.
- Monstre évoluant dans l’anonymat des ombres, elle traverse les siècles sans fléchir ni se lasser, se proclamant véritable immortelle avide de vie et de savoir.

Facultés :
- Chacun de ses menus gestes contient une grâce et une sensualité étonnante, comme si son corps figé par les siècles ne connaissait aucune autre manière de se mouvoir.
- Un rare talent pour la stratégie économique dont son clan profite à souhait, elle détient une précieuse capacité à s’ancrer sans difficulté dans cette époque.
- Une Présence (niveau 2, palier 5) cultivée avec patience se lit dans son regard enjôleur, rendue redoutable par un siècle de manipulations opportunistes.
- L’Occultation (niveau 2, palier 2) masque son être pour mieux agiter les fils de ses marionnettes, tandis que son esprit demeure son sanctuaire interdit, où elle ne tolère personne.
- Un Animalisme (niveau 0, palier 0) incongru la colle, sans qu’elle ne daigne y accorder le moindre intérêt, quand ce talent bestial semble si éloigné de son tempérament et de ses valeurs.

Thème : Jill Tracy : Evil Night Together
We'll drink a toast in the torture chamber
And you'll go down on a bed of nails
We'll rendevous in cold blood
I'll tie you up to the third rail
No need for cake or flowers
Let's spend an evil night together

Pseudo : Carm'
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Crédits : Lyrics: The Great Malarkey ; Avatar: littlewildling-rpg
Jeu 22 Juin - 23:13 (#)

A Moment Changes Everything

La nuit avait mal commencé.
Déjà, à son réveil, dans la sécurité du sous-sol blindé, l’air avait la saveur de l’acide. Dans son lit, cadenassé à l’intérieur de la chambre souterraine, Elinor avait ouvert les yeux brusquement, l’esprit cerné d’inconfort et assailli d’une foule de préoccupations désagréables. Et pour cause, des visions avaient défilé derrière ses paupières closes toute la journée. Des cris et du sang, en bonne partie. En pur esprit pratique, la vampire avait aussitôt expliqué ces cauchemars par la multitude de bulletins d’informations qui avait envahi son fil d’actualité toute la nuit d’hier ; dans la ville loin d’ici, s’accumulaient ainsi les actes de barbarie et de haine. Des mauvais présages qui s’étaient concrétisés par un coup de téléphone en provenance du manoir Lanuit, pour s’enquérir d’elle, et acter de ses propres décisions pour assurer sa sécurité et celle des siens.

Elinor avait accepté de les rejoindre entre les murs secrets de son clan. Mais pas dans l’immédiat. Elle s’était levée en toute hâte, l’esprit encore embrumé d’écharpes de torpeur, que sa volonté d’acier étiolait à toute vitesse. Dans le secret de son propre manoir, elle était à l’abri, ses méthodes et sa constante paranoïa s’en étaient assurées. Ainsi, elle s’était habillée comme de coutume, dans une tenue jean et chemise fine de couleur sombre, qui seyait si bien à son allure intemporelle, avant de s’installer face aux deux écrans de son ordinateur. Elle avait travaillé toute la soirée ; non à jongler entre chiffres et profits, mais à mobiliser son réseau d’informateurs qui lui étaient loyaux. La vampire devait savoir. Au-delà du métal et de la poudre, elle avait toujours estimé que l’information était le nerf de la guerre, et le mur porteur de sa propre assurance en matière de sécurité.

Le premier accroc était survenu très tôt.

Une heure après son éveil, le téléphone portable de l’immortelle s’était obstinément bloqué, et toutes ses tentatives d’appeler certains numéros se soldèrent par un échec. Un accroc mineur, mais qui avait jeté une ombre de doute dans son esprit, si aisément sujet à la méfiance ; Elinor avait alors laissé de côté son appel à sa Marquée et son smartphone, et s’était concentrée sur ses communications web. Elle s’occuperait de ce problème plus tard. Paranoïa ou non, la vampire était parfaitement au courant des failles de ces appareils reliés par des réseaux eux-même faillibles, et préférait prendre les devants en matière de renseignement. En particulier, quand l’écran de son ordinateur était saturé d’articles de presse, qui rapportaient tous des violences éclatant dans la ville çà et là  ; l’incendie du Voodoo Café trônait même en tête des actualités.

Un rictus de mépris déforma son expression. Les titres en lettres capitales relayaient le scandale, autant de formules outrancières racontant là un trafic de sang clandestin, ici un réseau de traite d’humains, et même d’enfants. Quelle déchéance, pensa-t-elle et, durant un court instant, Elinor fut tentée de féliciter les auteurs de cette purge. Elle aurait jeté le briquet en personne, si cette infamie n’avait pas éclaboussé toute sa race d’une fort mauvaise publicité. À croire que même les immortels comptaient autant de barbares parmi eux, sinon plus, que les humains. L’Anglaise se laissa choir contre le dossier de son ample fauteuil, l’esprit rempli de conjectures, quant à la bonne attitude à adopter, et une plainte muette envers l’absence d’êtres civilisés.

L’Amérique était une contrée de bouchers.
Dans sa terre natale, au moins, ses ancêtres avaient toujours eu la décence d’enrober leurs massacres d’une sobriété raffinée et de jolies tentures brodées.
Tout se perdait, hélas. Pensive, elle enroula l’une de ses mèches d’ébène autour de son index, et son regard se perdit un instant dans la contemplation de l’imposante bibliothèque qui meublait son bureau.

Ce fut à cet instant, que le second accroc survint.

Accoudée lascivement dans le confort de son fauteuil, Elinor fut notifiée dans l’un des coins de l’écran, que le portail de l’entrée venait d’être déverrouillé ; par réflexe et curiosité, elle ouvrit sur son second écran une application de surveillance qui transmettait les images des caméras extérieures. La surprise lui fit hausser un sourcil. Dans son allée, dépassant sa Jaguar neuve, deux silhouettes remontaient à toute allure vers sa porte d’entrée, flanquée d’une forme canine au bout d’une laisse. Si la première lui était familière, elle n’eut guère de mal à reconnaître Heidi, la seconde lui apparut comme cette rouquine croisée voilà quelques mois de ça, lors de l’incident sur une route de campagne. Les lèvres de l’immortelle se pincèrent de contrariété.

Pourquoi sa Marquée emmenait-elle son amie ici, chez elle ?
Et surtout, pourquoi venaient-elles avec valises et clébard dans sa propriété ?

Elinor se leva derechef. Sa Marquée avait été absente de son manoir durant cette soirée, ce qui n’avait rien d’inhabituel en soi, et la vampire n’avait pas encore eu l’occasion de prendre de ses nouvelles. Qui plus est, son numéro était injoignable. Coïncidence ? Un mauvais pressentiment traversa l’esprit de l’immortelle, tandis qu’elle sortait rapidement de son bureau, pour se mettre en quête d’une explication dans les couloirs de sa maison, normalement réservée à elle seule et à sa Marquée. Celle-ci avait intérêt à lui fournir. À aucun moment, elle ne lui avait laissé entendre que sa maison, sanctuaire où elle reposait le jour, pouvait recevoir des personnes en qui Elinor n’avait pas une absolue confiance ; son appartement en ville était là pour ça.

Ce manoir était une bulle invisible, au milieu du tumulte humain. Ici, même l’air possédait un certain cachet, entre ces boiseries lustrées que mettait en valeur un ensemble de lampes judicieusement disposées. Elle avait accumulé souvenirs, livres, bibelots et curiosités entre ces murs, si bien que Elinor considérait l’endroit comme son authentique foyer, où l’ameublement avait été travaillé au fil des décennies pour satisfaire ses nombreuses exigences. Tout était précieux, ici. Tout était à sa mesure ; le moderne côtoyait l’ancien, et l’un comme l’autre se mêlait étroitement, comme deux sublimes amants entrelacés. C’est dans ces nombreux couloirs, qui desservaient autant de pièces meublées selon un cachet gothique chic et décorées d’un style mêlant le luxe moderne et le raffinement anglais, que Elinor finit par retrouver sa Marquée.

« Heidi ? Je comptais justement t’appeler ce soir. » Une contrariété palpable l’empêchait de s’exprimer avec sa retenue coutumière. « Je peux savoir ce qu’il se passe ? Pourquoi as-tu amené une autre personne ici ? »

En son for intérieur, Elinor espérait que la raison était excellente. Parfaite, même. Par le passé, sa Marquée lui avait déjà démontré son talent pour enflammer les situations déjà tendues, elle aurait préféré que ce ne soit pas le cas entre ces murs qui lui étaient précieux. Encore moins avec les malencontreux échos que son clan lui avait transmis ces dernières semaines, à propos d’une fête clandestine du mois de Mai. Or, ce mois de Décembre, l’ambiance à Shreveport n’était clairement pas aux imprudences, quand Elinor n’éprouvait pas la moindre envie que ni elle, ni son clan, ne soient les sujets des titres de la presse à scandale.

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Ven 23 Juin - 0:20 (#)



A moment changes everything
Autumn Woods, Décembre 2021
ft. Anaïs & Elinor



L
e manoir ne manque pas de pièces, et certainement pas de chambres libres. A l’étage, jouxtant ou faisant face à celle que tu as choisie il y a maintenant dix mois de cela, lorsque la vampire à qui tu donnais ton sang et t’a offert le sien à son tour. C’était un moment particulièrement intense, et maintenant un souvenir indélébile qui t’est rappelé par le moindre bibelot cossu sur lequel tu pourrais poser ton regard aux détours des vastes couloirs de la demeure de l’immortelle.
Il n’aura fallu que peu de temps pour qu’à l’angle d’un corridor, la silhouette de l’hôte des lieux ne se détache de la lumière délicate et diffuse des appliques murales. Si votre arrivée à Anaïs et toi avait réussi à te faire évacuer un peu de pression et soulager quelques nœuds de tes trapèzes, la vision d’Elinor en chair et en os te permet d’enfin faire s’envoler l’essentiel du poids qui pesait encore sur tes épaules.

Pourtant, au moment même où tu as aperçu le visage de la vampire percer le contrejour, tout ton corps s’est noué à nouveau. L’expression presque joyeuse qui avait illuminé ton visage durant une seconde ou deux s’effrite en autant de temps, sinon moins. Et la voix agacée avec laquelle elle t’accueille se fait un dernier clou planté droit au creux de ta poitrine, achevant cette chute vertigineuse. Tu n'as pas le temps de la saluer en retour, elle t’accable déjà. Il est si rare de deviner la contrariété dans sa voix, et la savoir dirigée à ton encontre te fait l’effet d’un déchirement. Une sensation que tu ne pensais ne plus jamais ressentir depuis que tes parents ont cessé d’aller te chercher eux-mêmes à l’école il y a quinze, voire vingt ans de cela.
Tu t’étais jurée, depuis la mort de ta mère en mai et toutes les erreurs que tu as commises en l’apprenant, de ne plus jamais décevoir Elinor. Et tu avais réussi, jusque-là. Six mois à te tenir à carreau, à consulter ta thérapeute toutes les semaines, à assister aux réunions d’anonymes lorsque tu sentais la rechute revenir comme une vague scélérate. Tu as redoublé d’efforts et de minutie dans le seul objectif de pouvoir être source de fierté, tant la tienne que la sienne. Alors, en ce moment, c’est tout un château de cartes à l’équilibre terriblement précaire qui s’effondre sous tes yeux sans même que tu ne comprennes pourquoi.

Ta mâchoire tremble alors qu’elle te laisse quelques secondes sans voix. Tu n’arrives pas à comprendre ce qu’elle te dit, puisque tu en as entendu le strict opposé à travers l’hautparleur de ton téléphone il y a à peine moins d’une heure. Tu te souviens encore de ses mots, et tu te sentais tellement galvanisée par la confiance qu’elle disait t’accorder. Cette nouvelle réalisation te fait à nouveau tomber de haut. Tu bredouilles, organisant tes idées en même temps que ta bouche tentait de les expliquer. « Mais, comment ça.. ? » C’est un vide qui se crée lorsque tu constates sur le visage d’Elinor que tu vas devoir répondre à ta propre question. Tu as l’impression de devenir folle, un instant, et tu t’empresses de sortir ton téléphone de ta poche pour mettre fin à la panique qui commence à s’emparer de ton corps. Tu tâches de retenir les tremblements de tes mains en ouvrant rapidement ton journal d’appels. « C’est… c’est toi qui m’as dit de ne pas hésiter à venir me mettre à l’abri ici avec mon amie.. ! Mais… » Tu ne peux pas l’avoir halluciné.
Sur l’écran de ton téléphone, la preuve s’affiche. Un appel en absence, il y a maintenant quelque heures. Tu relis deux fois le numéro pour en être tout à fait certaine, mais aucun doute n’est possible : il s’agit bien du sien. Tu tends alors l’appareil à Elinor pour lui prouver ta bonne foi, encore plus plongée dans l’incompréhension. « J’ai… et le message vocal alors.. ? » Tu n’as pas pu l’halluciner, lui non-plus. Toujours avec le même empressement, tu composes le numéro de ta messagerie, et après quelques secondes de tonalité, l’hautparleur de ton téléphone grésille au son de la voix de l’immortelle.

« Heidi, j’espère que tu vas bien. Envoie-moi un SMS dès que tu as reçu cet appel, car je ne pourrais pas te répondre directement. Je vais devoir limiter mes communications au strict nécessaire, j’en suis navrée.
La ville est actuellement sous une vague d’attaques contre les surnaturels. Contre les nôtres, en particulier. Peut-être as-tu déjà entendu quelque chose à ce sujet à l’heure où je te parle. D’après mes informations, il pourrait bien s’agir d’une offensive menée par des groupuscules d’extrémistes, que les autorités comme le PASUA et des avocats anti-surnaturel couvrent.
À l’heure actuelle, je dois me rendre disponible pour mon clan. Je suis vraiment désolée ne pas pouvoir être à tes côtés, mais tu as toute ma confiance pour gérer la situation. Tu sais te défendre et prendre soin de toi, aussi je te recommanderai simplement la plus extrême prudence. Ces ennemis sont armés et organisés.
Surtout, évite le centre ville et les quartiers populaires, comme Mansfield. Si tu as des amis auxquels tu tiens, préviens-les, ou bien place-les en sécurité. Si jamais tu as le moindre doute sur ta sécurité, ou celle de tes proches, n’hésite pas une seconde à te mettre, toi et tes amis éventuels, à l’abri chez moi.
Je viendrais t’y rejoindre le plus tôt possible. Au cas où tu arriverais sur place avant moi, je t’ai laissé des instructions pour déverrouiller les pièces sécurisées. Crois-moi, tu ne risques rien à l’intérieur, c’est l’endroit le plus sécurisé de la ville. Tu as toute ma confiance pour prendre les bonnes décisions selon la situation. À très bientôt, Heidi.
»

Tes yeux supplient la vampire de renouer le contact, qu’elle te dise qu’elle te croit, qu’elle t’explique l’origine de ce message, s’il ne vient pas d’elle. Qu’elle t’affirme que tu n’as rien fait de mal. La voix qui émanait du téléphone était la sienne, tu peux le jurer ; malgré la qualité médiocre de l’enregistrement, tu es musicienne, tu aurais reconnu une imitation. Dans le cas présent, tu aurais pu parier ta vie qu’il s’agissait bel et bien de ta Marraine.


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Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Elinor V. Lanuit
Elinor V. Lanuit
Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Let's spend an evil night together
En un mot : Don't be afraid ; It's only death. It's just as natural as your first breath.
Qui es-tu ? :
- Immortelle britannique du XIXème siècle, issue de la bourgeoise florissante du début de l’ère victorienne. L’élégance et le flegme de son époque vivent encore dans ses manières.
- Femme fatale au charme venimeux, calculatrice sans scrupules, elle manipule les cœurs aussi bien que les lettres et les chiffres.
- Perfectionniste à l’extrême, séduite par le pouvoir et reine stratège, son plaisir de tout contrôler égale sa soif de connaissances en arts obscures.
- Vampire accomplie, fille des Lanuit, et éternelle solitaire dont l’amour empoisonne les malheureux attirés par une élégance inaccessible aux simples mortels.
- Monstre évoluant dans l’anonymat des ombres, elle traverse les siècles sans fléchir ni se lasser, se proclamant véritable immortelle avide de vie et de savoir.

Facultés :
- Chacun de ses menus gestes contient une grâce et une sensualité étonnante, comme si son corps figé par les siècles ne connaissait aucune autre manière de se mouvoir.
- Un rare talent pour la stratégie économique dont son clan profite à souhait, elle détient une précieuse capacité à s’ancrer sans difficulté dans cette époque.
- Une Présence (niveau 2, palier 5) cultivée avec patience se lit dans son regard enjôleur, rendue redoutable par un siècle de manipulations opportunistes.
- L’Occultation (niveau 2, palier 2) masque son être pour mieux agiter les fils de ses marionnettes, tandis que son esprit demeure son sanctuaire interdit, où elle ne tolère personne.
- Un Animalisme (niveau 0, palier 0) incongru la colle, sans qu’elle ne daigne y accorder le moindre intérêt, quand ce talent bestial semble si éloigné de son tempérament et de ses valeurs.

Thème : Jill Tracy : Evil Night Together
We'll drink a toast in the torture chamber
And you'll go down on a bed of nails
We'll rendevous in cold blood
I'll tie you up to the third rail
No need for cake or flowers
Let's spend an evil night together

Pseudo : Carm'
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Sam 24 Juin - 18:50 (#)

A Moment Changes Everything

La nuit avait terriblement mal commencé.
Sa Marquée était apparue ainsi, au détour d’un couloir, où les appliques murales travaillées illuminaient son sourire apaisé ; un air momentanément radieux, qui ne fit qu’empirer l’humeur d’Elinor. Plus qu’une simple mauvaise humeur, les sentiments animant à cet instant la vampire, étaient bien les prémices d’une véritable et tonitruante colère. Elle s’était plantée en face d’Heidi, les mains sur les hanches, où les lueurs électriques conféraient à ses traits pâles une allure de statue furieuse, ciselée dans le marbre blanc. Bien qu’elle vit la joie bien mal à propos d’Heidi fondre sous ses yeux, l’immortelle ne se départit pas une seconde de son air contrarié qui appelait, voire ordonnait sur-le-champ, une explication convaincante à cette nouvelle bévue.

En tant qu’authentique britannique, peu de choses suscitaient l’ire d’Elinor.
La muflerie et la crasse en étaient deux.
Le trouble de sa sécurité, si scrupuleusement construite, était un motif capital de colère.

Ainsi, elle resta de marbre, en dépit des bredouillements approximatifs d’Heidi, dont les mains tremblantes se mirent à farfouiller dans ses poches pour brandir son téléphone. Guère émue par cette démonstration de détresse sentimentale, elle observa la débâcle orale de sa Marquée, dont la bouche émettait une litanie de sons incohérents qui ressemblaient de moins en moins à une explication claire ; cette cascade de billevesées pathétiques et d’actions précipitées eut le don de l’exaspérer encore plus. Pire encore, lorsque Heidi, en qui elle avait placé sa confiance, -un prix rarissime et inestimable, Jean aurait pu le jurer- se mit à l’accuser, elle, Elinor Lanuit, d’avoir approuvé la venue d’une étrangère entre ses murs, la colère monta d’un cran.

Elle haussa un sourcil. Les deux mots sifflèrent entre ses lèvres. « Ah, vraiment ? » Le ton de sa voix avait atteint une température polaire, qui aurait certainement fendu une vitre.

Que elle, l’immortelle la plus scrupuleusement méfiante de ce siècle, puisse avoir approuvée la venue dans son sanctuaire confidentiel, d’une gamine sortie d’on ne savait quel trou, accompagnée de son chenil, était au-delà de l’inconcevable et de l’intolérable. Faisant contre mauvaise fortune, bon cœur, et en dépit de la sainte colère qui lui intimait de passer le savon de sa vie à sa Marquée, Elinor baissa les yeux avec un dédain affiché vers l’écran du téléphone. C’était en effet, son numéro. Elle fronça les sourcils. C’était d’autant plus impossible, que la vampire n’avait pas pu joindre Heidi depuis le début de cette nuit et, si cette bizarrerie ne la fit pas décolérer, elle eut au moins le mérite d’éveiller un très mauvais pressentiment dans son esprit.

Message vocal ?
Elinor scruta sa Marquée avec une méfiance redoublée.
Celle-ci lui avait pourtant juré avoir cessé l’alcool et son haleine était dépourvue de ces vapeurs.

D’un mouvement irrité et pressé de la main, Elinor fit comprendre à Heidi de lancer ledit message. Au lieu d’adoucir son expression, la voix similaire à la sienne que diffusait le haut-parleur, ne fit que crisper ses traits dans une colère noire, où se discernait une authentique inquiétude. Qui avait osé ça ? C’est avec une attention redoublée, que la vampire écouta chaque intonation, chaque mot, et ses sens surnaturels mirent le doigt sur les faux-semblants qui parsemaient ce message vocal ; le ton était trop pressé pour être le sien. Qui plus est, elle n’avait bien sûr jamais passé cet appel. Qui avait composé une imitation aussi sophistiquée avec sa propre voix ? Et surtout, quel était le but recherché d’une telle mise en scène ?

Elle fixa sa Marquée d’un air courroucé, où se discernait une anxiété croissante. « Jamais je ne t’ai appelé Heidi, ton numéro sonne constamment indisponible depuis cette nuit. Je veux bien croire que tu puisses me confondre avec cette imitation presque parfaite, mais ce qu’elle propose va à l’encontre de tout ce que nous avions convenu ! Si j’avais changé d’avis pour quelque chose d’aussi vital, je te l’aurais dit en personne ! »

Un désastre.
L’esprit déjà inondé de conjectures toutes plus calamiteuses les unes que les autres, Elinor leva les yeux au ciel, catastrophée, une main étreignant son épaisse chevelure noire. Elle marchait d’un côté de l’autre, dans ce couloir au plancher vernis, comme si son corps hésitait entre le besoin de frapper les murs, ou de hurler.

« Je t’avais expliqué tout, Heidi, je t’avais même emmené dans l’appartement ! Cette maison devait rester confidentielle, seulement entre nous ! L’appartement du centre ville était prévu pour recevoir du public non averti, c’est une question de sécurité ! Je dors ici, Heidi ! »

La voix d’Elinor prenait des intonations très inhabituelles. Elle si maîtresse de son timbre d’ordinaire, celui-ci était parsemé d’inflexions sèches et cassantes. « Cette maison était secrète, Heidi. Secrète ! »

Au-delà de l’arrivée imprévue de son amie, dont Elinor avait oublié le nom en réalité, le centre de ses tracas était bien l’objectif derrière ce faux message vocal. Quelques secondes seulement lui furent nécessaires pour mesurer toute la gravité d’un tel traquenard ; son sanctuaire, où elle reposait le jour, était compromis. Pire encore, quelqu’un de suffisamment ingénieux avait réussi à duper Heidi, pour la faire venir directement dans son manoir, où elle avait probablement été suivie. Qui étaient les coupables ? Elinor songea durant un court instant à l’amie d’Heidi : aurait-elle pu jouer la comédie ? Un risque considérable, dans la mesure où la vampire aurait pu choisir de l’éliminer au moindre doute, une fois à l’intérieur de ces murs.

L’identité des auteurs importait peu, en réalité. Du moins, à l’instant.
Car il lui était difficile de croire que ces auteurs avaient fait tant d’efforts pour seulement localiser le manoir sans une idée précise. Un but qui ne lui disait rien qui vaille, surtout dans le climat actuel.
Ces murs lui semblèrent soudainement bien étroits. Elinor se pinça l’arête du nez.

« Heidi, tu as été suivie ? Non, je ne veux pas savoir. Il faut partir d’ici de toute manière. » L’inflexion de sa voix était désormais teintée d’urgence. « Maintenant. »

Elinor tourna aussitôt les talons. Elle courut jusqu’à son bureau où, selon une série de mouvements rapides, elle déconnecta toutes les applications encore ouvertes de son ordinateur, puis se pencha pour sortir la tour rangée dans un compartiment adjacent. Dans un même élan, elle coupa l’alimentation de l’appareil, arracha la plaque de l’unité centrale pour accéder aux composants, et préleva le SSD avec la même rudesse ; la priorité était de quitter les lieux, non de préserver son matériel. Ignorant les éventuelles plaintes d’Heidi, la vampire ouvrit un tiroir, pour saisir le lourd pistolet et le téléphone satellite à l’intérieur. Elle préleva aussi les trois chargeurs, dont deux vinrent alourdir les poches arrière de son jean, aux côtés du SSD.

D’un mouvement sec, Elinor enclencha le troisième dans l’arme.
Elle contourna le bureau, en composant un numéro confidentiel, réservé aux situations d’urgence.

« C’est moi, » dit-elle à son interlocuteur d’un air pressé, en remontant le couloir. « Il me faut une extraction à Autumn Woods, tout de suite. Oui, un seul suffira. Neuvième rue, attendez à l'angle. Armés, oui. »

Elinor raccrocha. Toutes ces manœuvres lui avaient pris moins de deux minutes, mais elle avait l’impression d’avoir perdu trop de temps. Elle marcha dans le couloir à pas pressés, l’arme à la main et le téléphone dans la poche, terriblement consciente que son précieux manoir était désormais condamné. Elle ne prendrait pas le risque de faire des valises ou d’emporter d’inestimables souvenirs : ce traquenard était trop élaboré pour ne pas leur réserver d’autres horribles surprises. L’idée que toutes ses affaires étaient peut-être bel et bien perdues lui arracha un douloureux pincement au cœur, mais sa vie était plus importante que le matériel ; elle enverrait des hommes tout récupérer une fois sortie d’ici et assurée d’être en sécurité.

Plus tard, oui. Elle pourrait récupérer ses affaires.
Tous ses souvenirs, ses livres, ses manuscrits, son cabinet de curiosités… Elle l’espérait.
D’abord sa sécurité. Elle verrouilla ses émotions, et continua d’avancer vers sa Marquée.

La rancune la stimulait. Son esprit demeurait clair, en dépit de la situation incertaine et classait ses priorités selon un ordre pragmatique ; elle avait toujours été ainsi. Efficace, dans les pires moments.

« Heidi, je te préviens. » Elle la dépassa en coup de vent, désireuse de sortir d’ici le plus vite possible. « Si jamais je constate que ton amie est de mèche, qu’elle a joué la comédie, je la descends. »

L’arme à la main, Elinor ne plaisantait pas. Sa propre vie passait avant tout. Jamais elle ne prendrait le risque qu’on la piste durant sa fuite, et ce n’était certainement pas une simple vie humaine qui allait la ralentir.

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Dim 25 Juin - 16:25 (#)



A moment changes everything
Autumn Woods, Décembre 2021
ft. Anaïs & Elinor



C
’est comme si le temps s’arrêtait. Comme si tout autour de toi était en train de tomber en ruine et qu’au milieu de tout cela, tu te tenais debout, forcée à regarder chacune des pierres que tu avais méticuleusement arrangées s’effondrer une par une. Un édifice humble et modeste, fruit d’efforts quasi-permanents depuis des mois et des mois, que tu pensais pourtant solide et qui en quelques secondes à peine est devenu un champ de gravas informe et stérile. Une ruine, jusqu’aux fondations. Et chaque brique que tu tentes de ramasser et d’empiler ne fait que nourrir la détresse sans fond qui te dévore de l’intérieur lorsque tu les sens devenir poussière et glisser au creux de tes mains, entre tes doigts.
Et tout est ta faute.

Tu aurais dû y penser, savoir qu’Elinor ne t’aurait jamais permis d’inviter qui que ce soit dans sa maison. Heidi, ton nom résonne entre les murs maintenant étouffants du corridor comme des milliers d’accusations et de condamnations sans appel. Heidi, tu as tout foutu en l’air, comme d’habitude. Heidi, c’est ta faute. Heidi, c’était ta dernière chance.
Bonne à rien, elle a eu tort de t’accorder cette confiance. C’était une erreur, pour elle qui n’en commet jamais. Une tâche d’encre grossière et informe sur un tableau de maître, voilà ce que tu es. Tu ne devrais pas être surprise, c’est le destin qui te rattrape ; tu as cherché à le fuir, mais depuis toute petite tu le sais, on te le répète : tu n’as pas la moindre valeur et tu ne fais que détruire tout ce que tu touches. Le monde se porterait bien mieux sans toi, et ce ne sont pas des excuses qui changeront ça.

Tu en as besoin. Une voix désincarnée et sans mots résonne dans ton esprit, grinçante ; accablante. Tu en as *besoin*.
Pas de colère, en cet instant, seulement une douleur immense au milieu de ton ventre qui te mettrait à genoux et te plierait en deux si l’ultime volonté de ne pas te rendre encore plus pathétique aux yeux de l’immortelle ne te maintenait pas debout avec l’énergie du désespoir. Tes bras se serrent autour de ton estomac, comme si ça allait changer quelque chose, comme si ça allait faire passer cette envie de vomir tes tripes.
Même dans tes cauchemars les plus vicieux tu n’imaginais pas cette scène, et tu n’arrives pas à te réveiller. Tu voudrais rejeter la réalité de toute ton âme, mais elle se rappelle à toi et te colle à la peau comme un goudron brûlant. Le bout de tes doigts, puis tes mains, tes bras et bientôt le moindre muscle de ton corps te paraissent soudain désarticulés et inappropriés, comme si ton propre corps était une erreur, une masse d’os et de chair qui n’a rien à faire ici et maintenant, arrangé de cette manière.
C’est le seul moyen de te sentir mieux. Ta seule porte de sortie. Fuis ; tu ne peux pas rester ainsi. La voix tonne à nouveau par-dessus toutes les autres. Tu ne la connais que trop bien, elle, et son discours aussi. L’alcool, la morsure, la drogue. Peu importe, tu as besoin de quelque chose pour échapper d’ici. Une dose si forte que tu pourrais seulement t’allonger ici, en plein milieu du couloir, et pour quelques terribles, terribles instants, faire cesser la douleur. Laisser ta conscience sombrer tout doucement vers un lieu sombre, vide et tiède. C’est ce que la voix aimerait te voir faire, et en ce moment précis, tu n’arrives pas à savoir laquelle d’entre toutes est celle qui te veux du bien. Il doit bien en avoir une, même une seule, qui voudrait te caresser tendrement la joue et te dire que tout ira bien, pour que tu puisses faire survivre cet espoir à l’agonie d’un jour partir en paix. Cet espoir qui cherche à quitter ton corps à travers cette larme unique au coin de tes yeux.

Pourtant, toutes les réponses à ses invectives défilent devant tes yeux sans que tu ne puisses t’y raccrocher. C’était pourtant sa voix, et son numéro. Tu aurais très bien pu venir seule, si ceux derrière ce piège incompréhensible en avaient après le sanctuaire de la vampire, ça n’aurait pourtant rien changé ? En cas d’urgence, tu n’aurais pas dû te rendre ici dans tous les cas ? Tu as passé le trajet à guetter tes rétroviseurs pour t’assurer que personne ne talonnait ta voiture, et tu as même eu la présence d’esprit de l’arrêter bien des centaines de mètres avant d’arriver pour éviter de compromettre le manoir. Tu pensais bien faire. Tu en étais même persuadée ; peut-être pour la première fois de ta vie, tu pensais avoir les choses en main.
Rien de tout cela n’arrivera aux oreilles de la vampire pendant que tu la suivais faiblement en t’appuyant sur les murs, consciente que tes jambes pouvaient flancher à chaque instant. Ton cœur palpite si fort et si vite que tu as l’impression qu’il pourrait céder lui aussi d’un battement à l’autre, et que dans tout le manoir on l’entendrait battre ses dernières mesures, désynchronisé de ta respiration erratique.

Le visage tordu de douleur, tu suis Elinor des yeux lorsqu’elle fait demi-tour et te dépasse. Ton sang se glace alors en l’entendant. Ta nausée reprend de plus belle et tu te retiens une nouvelle fois de vomir, tes traits se tordant encore plus de te retenir de ne pas pleurer.
Et malgré tout, tu hoches la tête. Si Anaïs était de mèche, si elle avait trahi ta confiance et qu’il fallait mettre fin à sa vie pour apaiser l’ire de te Marraine, tu l’accepterais. Tu ne sais pas combien de temps ni à quel point, mais s’il y avait le moindre espoir pour qu’Elinor t’accepte de nouveau à ses côtés après cet épisode, tu lui donnerais tout. Tout pour faire cesser cette douleur.
Mais tu ne crois pas la jeune femme capable de cela. C’est impossible, pas elle. Pas après tout ce que vous avez vécu et tout ce que tu as imaginé avec elle. Mais tu aurais aussi juré que la voix au téléphone était celle d’Elinor.
Tout ce que tu croyais acquis vole en éclat et tu n’as rien pour t’en protéger. Tout ce que tu veux, c’est te réveiller.


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Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
Anaïs Wilhm
Anaïs Wilhm
Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
A SONG OF BLOOD

En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. S'est lancée sur la voie du chamanisme, marchant dans les pas de sa mentore avec patience et détermination, persuadée d'avoir trouvé la voie qu'il lui fallait.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital
*Apprentie chamane, amie des loups et des gitans
*Etudiante en médecine, acharnée et consciencieuse, pleine de projets en tête.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
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Thème : Mama Cass Elliot - Make Your Own Kind Of Music
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Lun 26 Juin - 23:44 (#)

Anaïs illustration

JIl y a des lieux étranges. Des lieux lugubres ou malsains. Des lieux insolites. Et puis il y a la résidence de la mécène d’Heidi, Victoria. En y mettant les pieds, j’ai bloqué un instant, me demandant si j’ai soudainement fait un bon dans le passé. Ça ressemble aux représentations de vieux endroits que j’ai pu voir dans des livres sur l’Europe. Ça doit avoir au bas mot trois-cents ans et n’a strictement aucun rapport avec l’extérieur. Ça me surprend tellement que j’en oublie un instant la raison de ma présence et que mes yeux passent du sol au plafond, à la fois médusée et intriguée par cette décoration. Une afficionado des vieux meubles et antiques décorations ? il est clair que ça ne manque pas de cachet, mais je ne m’attendais pas à ça.

La voix d’Heidi me ramène au présent et le soulagement palpable dans sa voix détend instinctivement la tension qui s’est installée dans mes épaules depuis le début de cette nuit. On est arrivées. On est en sécurité. Je hoche la tête, un sourire trop court mimant le sien avant que je ne la suive au cœur de cette demeure inattendue, mais bienvenue. Des pas dans des couloirs cossus pour arriver dans un salon du même acabit où elle me dit simplement de patienter. Je hoche la tête, retenant de justesse une moue outrée qu’elle puisse imaginer que je vais laisser mes boules de poils faire n’importe quoi ici. Mais elle repart déjà et me voilà seule dans une grande pièce inconnue et silencieuse. J’inspire lentement, observe un peu l’endroit avant d’opter pour un canapé. Je lâche Rover, sors Tyché de sa cage de transport et m’installe sur le divan, les jambes repliés sous moi.

Je ne reste pas seule bien longtemps. Sans mêm s’intéresser à l’endroit nouveau et aux odeurs inconnus, Tyché sauter sur mes jambes, tourne quelques instant, ses pattes pétrissent mes cuisses avant qu’il ne s’installe finalement, le ventre posé contre le mien. Un sourire impossible à endiguer se peint sur mon visage quand il se met à ronronner en quelques caresses. Et il s’élargit quand Rover poser la tête sur mes jambes, son museau effleurant Tyché qui se dandine. Je soupire et gratte la tête du pitbull qui n’attendait que ça. Le moment devient une bulle de calme et de sérénité dont je profite. Je ferme les yeux, me concentre sur les battements de mon cœur, sur ma respiration. Le temps devient abstrait. J’inspire. Je suis dans la forêt, au calme, profitant de la caresse du vent et du soleil sur ma peau. J’expire. J’oublie le reste, m’enfonce profondément dans le calme et la sérénité, ressentant l’écho des deux vies qui partagent mon espace. Tout s’apaise. Le silence n’est plus aussi angoissant. Il devient familier, presque rassurant.

Lorsqu’il vole en éclat, il me faut quelques secondes pour comprendre ce qu’il se passe. La porte restée entrouverte laisse échapper des éclats de voix. Une voix visiblement contrariée et qui ne ressemble pas à celle d’Heidi. Elle n’en a pas les intonations. Elle est plus sèche, plus cassante. Un peu prise au dépourvu et ayant quitté de force une méditation des plus agréable, il me faut quelques instants pour me reprendre. Tyché à relevé la tête et les oreilles de Rover sont plaqués sur son crâne, signe que je ne suis pas la seule à avoir entendu ça. J’installe Tyché sur mes épaules, laissant à Rover le soin de rester sage et assis et me lève avant d’ouvrir la porte pour voir Victoria, un air sévère sur le visage passer devant la porte du salon. Avec une arme à la main. Je me tends aussitôt, détestant toujours autant ce genre d’engin malgré le temps qui passe.

- Madame ? Euhmmm… Victoria ? Bonsoir, je… Il y a un problème ?

J’espère qu’on n’a pas été suivies. J’ai bien vu Heidi vérifier que ce n’était pas le cas, mais comment en être sûre. Je l’aperçois d’ailleurs, quelques mètres plus loin, une expression de profonde peine et de désarroi peinte sur le visage. Jamais je n’ai vu une telle expression sur son visage. Tout au plus l’ai-je imaginé lorsqu’elle m’a appelé en catastrophe, une fois, lorsque sa cousine a débarqué à l’un e ses concerts. Mais pourquoi ? pourquoi a-t-elle cette expression de fin du monde, là, maintenant ?  Je ne comprends pas ce qu’il se passe et l’ambiance est visiblement tendue et froide. Au point que Tyché, d’habitude si enthousiaste à l’idée d’être sur mes épaules, se tient sage et ne bouges que pas si ce n’est pour le battement lent de sa queue désespérément orientée vers le sol. Lui aussi sent que quelque chose cloche. Et je n’aime pas ça du tout.

- Heidi ? Il se passe quoi ? Ça va pas ?



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Le mauvais oeil
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Thème : Witchcraft - Akira Yamaoka
WITHER AND DIE

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Jeu 29 Juin - 3:55 (#)


A MOMENT CHANGES EVERYTHING

It's payback time

L'obscurité de cette nuit de décembre avait un quelque chose d'oppressant. Dans l'ambiance terrible qui émanait des rues de Shreveport, dans cette incertitude qui prenait au cœur, dans ces messages qui, ici et là, commençaient à se multiplier, tantôt à raison, tantôt à tort et à travers, affectant parfois aveuglément tout le monde et sans distinction. Une certaine paranoïa allait bientôt s'installer sur la cité des portes et c'était précisément le genre de chaos qui ferait les affaires de ceux qui avançaient leurs pions dans l'ombre. Pour brouiller les pistes, pour semer la confusion et créer l'impression qu'il n'y avait aucun mur contre lequel s'adosser pour reprendre son souffle. La Peur, voilà ce que ce mouvement allait engendrer, un message primal très simple mais qui résumait à la perfection l'intention derrière le geste : vous pouvez vous cacher, vous pouvez courir, mais jamais plus vous n'aurez le luxe de marcher quelque part dans la rue sans devoir ressentir le poids de cette angoisse permanente, cette corde au cou qui vous fera vous retourner pour vérifier si vous n'êtes pas suivis.

Suivis ?
Vous le serez partout, sans relâche.
Peut-être à cause de votre voisin qui a remarqué que vous étiez étrangement absent à chaque période de pleine lune ; peut-être à cause de votre ex qui vous en veut toujours et a préféré balancer vos petits secrets, quitte même à en inventer quelques-uns ; peut-être à cause de cette conversation Telegram où vous expliquez à votre mentor votre idée de rituel pour le solstice ; ou peut-être tout simplement par un de vos amis CESS, vous savez, celui qui ne donne plus de nouvelles depuis maintenant presque 6 jours et qui ne tardera pas à refaire surface, dans les journaux comme sur la berge du lac.

Mais la catégorie des faits-divers ne pourra pas tous les contenir et, déjà, le sang éclabousse ceux qui ont les mains sales : ce vampire qui s'est fait traîner de force au soleil dans son propre chez lui, ce gérant d'établissement ayant pignon sur rue et qui - sans l'ombre d'une pensée de honte - alimentait un trafic de sang aux méthodes ignobles, ou ici, aujourd'hui, cette affaire sordide qui va enfin trouver un point final.

L'humanité est en train de se réveiller, de sortir de cette torpeur ankylosée façonnée par la sorcellerie des vampires et des marabouts, que soit durant les différentes Révélations ou pendant cette soi-disant tempête il y a deux années. Partout, ils se soulèvent, ces soldats qui portent dans leur sang la normalité, le banal d'un rien du tout de magique, cette persévérance et ce courage à vivre dans un monde devenu hostile et qui s'affiche de plus en plus ouvertement déformé.

Car à partir du moment où ils pompent le sang de nos enfants pour l'offrir aux bannis du jardin d'Eden, jusqu'où - demandez-le vous - jusqu'où oseront-ils aller ? Faut-il attendre que ce pays se réveille un jour le couteau sous la gorge, saigné par ces monstres dissimulés sous un simulacre de corps humain ? Ses habitants dévorés par ces créatures bestiales et pleine de sauvagerie ? L'humanité n'a peut-être pas de pouvoirs magiques, mais elle a sa résilience, sa foi et sa technologie.

Il avait fallu du temps, bien sûr, pour trouver les informations, pour rassembler les ressources, pour mettre la main sur les contacts nécessaires afin d'outrepasser une justice faible et corrompue par une société qui s'offrait en pâture. Mais l'argent, entre de mauvaises mains, faisait des miracles.

Et, ici, ce miracle s'appelait traceur GPS.

Le petit point rouge clignotait sur l'écran à une fréquence régulière. Il avait cessé de se déplacer sur la carte de Shreveport depuis un moment maintenant, mais ça n'était pas - heureusement - les seuls yeux des personnes qui suivaient l'opération. Il y avait, perdu haut dans le ciel, la menace silencieuse et secrète de trois drones qui suivaient avec attention une cible précise. Cette cible, c'était la jeune femme connue sous le nom de Heidi Janowski, dont la voiture grossièrement taguée n'avait été qu'une façon supplémentaire de faire naître une pression pernicieuse en elle, afin de la pousser dans la direction voulue. Car si le Rempart Américain voulait effectivement lui mettre la main dessus pour lui faire payer la perte de certains de ses membres, il fallait se rendre à l'évidence : cette personne entretenait des accointances avec des entités surnaturelles autrement plus dangereuses et plus difficile à prendre dans les filets. C'est pourquoi rien n'avait été tenté contre elle et qu'un plan de plus grande envergure avait vu le jour. Le brouillage des communications de la vampire Elinor Lanuit avait été une réussite, mais le reste du succès de l'opération dépendait ensuite uniquement des choix de cette Heidi Janowski, avec dans l'espoir qu'elle conduise à celle que le Rempart Américain voulait maintenant réellement.

Et, l'avantage d'avoir dans sa poche un talent du niveau de celui de [DISORD3R], c'était que la plupart des conversations tenues à portée du microphone du téléphone sous écoute étaient audibles par  les ombres silencieuses qui se tenaient à l'autre bout du fil. Aussi, dès que fut donnée la confirmation de contact avec la cible, d'autres ordres furent rapidement donnés et deux fourgonnettes s'élancèrent.

Bien sûr, toute cette opération était complètement illégale, mais avec assez d'organisation et l'effet de surprise, cela ne devrait pas prendre plus de 5 minutes.

Les trois drones étaient équipés de caméras à vision thermique et tournaient d'après différents angles autour de la bâtisse, à l'abri en hauteur, aussi n'était-il pas difficile de repérer les silhouettes blanches qui apparaissaient à l'écran. La vampire, elle, était cependant moins évidente à deviner sur ce spectre.

Une première fourgonnette se gara sans empressement à ras du grillage de l'entrée principale, dans un sens perpendiculaire à celui du chemin, afin d'en bloquer l'accès. À son bord, plusieurs personnes armées et prêtes à intervenir, qui restèrent toutefois à l'intérieur du véhicule.

Une deuxième fourgonnette se gara contre le mur d'enceinte, du côté opposé à l'entrée principale et qui avait l'avantage de fournir un point de débarquement moins exposé aux yeux de tous. En sortirent rapidement cinq individus, tous munis de protections pare-balles aux jambes, bras et torse. Chacun avait évidemment le visage camouflé mais ils bénéficiaient visiblement de respirateurs en plus et, pour deux ou trois d'entre eux, de lunettes nocturnes. Ils étaient très visiblement armés de fusils d'assauts et d'armes secondaires : des capsules ressemblant à des grenades étaient accrochées à leurs gilets et un de ces individus portait même la silhouette familière d'un lance-flamme XM42.

L'un deux, que ses coéquipiers et amis aimaient à appeler Lord Bobby Joe, n'était plus de toute jeunesse mais il avait été accepté dans cette opération commando pour la hargne dont il faisait preuve et transmettait aux autres, pour son expérience durant la guerre du Viêt Nam et, surtout, parce que c'était la condition qu'il avait posée pour utiliser son vieux RPG-7, modèle de lance-grenade antichar manuel auquel il avait donné le nom de son ex-femme. C'est à dire : un lance-roquette maniable par une seule personne. Il n'avait, hélas, qu'une seule munition, mais il était bien déterminé à en faire le meilleur usage possible.

À l'aide d'une échelle sortie de la camionnette, ils franchirent rapidement le mur d'enceinte, ramenant l'échelle de leur côté. Si un observateur avait été là, il aurait rapidement compris que ces personnes s'étaient entraînées plus d'une fois avant de se lancer dans cette opération.

Rapidement, Lord Bobby Joe arma son lanceur pendant que les quatre autres se déployaient rapidement sur un front d'une quinzaine de mètres. Ils savaient qu'ils avaient affaire à au moins une vampire et ils ne prendraient pas l'affaire à la légère. S'ils pouvaient la capturer, ils le feraient, mais si cela présentait le moindre risque, ils avaient pour ordre de l'abattre elle et tout individu présent sur les lieux.

À cet instant, le téléphone de Heidi fut lui aussi saturé et commença à se comporter bizarrement, le rendant inutilisable pour la communication. C'était la même chose pour celui d'Elinor, mais celui d'Anaïs, toutefois, fonctionnait toujours. Pour le moment.

Le terrain du manoir était assez grand, mais même ainsi un tir à une distance si courte était une petite folie... »

Spoiler:


Got the evil eye. You watch every move, every step, every fantasy. I turn away but still I see that evil stare. Trapped inside my dreams I know you're there. First inside my head, then inside my soul.
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Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Elinor V. Lanuit
Elinor V. Lanuit
Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Let's spend an evil night together
En un mot : Don't be afraid ; It's only death. It's just as natural as your first breath.
Qui es-tu ? :
- Immortelle britannique du XIXème siècle, issue de la bourgeoise florissante du début de l’ère victorienne. L’élégance et le flegme de son époque vivent encore dans ses manières.
- Femme fatale au charme venimeux, calculatrice sans scrupules, elle manipule les cœurs aussi bien que les lettres et les chiffres.
- Perfectionniste à l’extrême, séduite par le pouvoir et reine stratège, son plaisir de tout contrôler égale sa soif de connaissances en arts obscures.
- Vampire accomplie, fille des Lanuit, et éternelle solitaire dont l’amour empoisonne les malheureux attirés par une élégance inaccessible aux simples mortels.
- Monstre évoluant dans l’anonymat des ombres, elle traverse les siècles sans fléchir ni se lasser, se proclamant véritable immortelle avide de vie et de savoir.

Facultés :
- Chacun de ses menus gestes contient une grâce et une sensualité étonnante, comme si son corps figé par les siècles ne connaissait aucune autre manière de se mouvoir.
- Un rare talent pour la stratégie économique dont son clan profite à souhait, elle détient une précieuse capacité à s’ancrer sans difficulté dans cette époque.
- Une Présence (niveau 2, palier 5) cultivée avec patience se lit dans son regard enjôleur, rendue redoutable par un siècle de manipulations opportunistes.
- L’Occultation (niveau 2, palier 2) masque son être pour mieux agiter les fils de ses marionnettes, tandis que son esprit demeure son sanctuaire interdit, où elle ne tolère personne.
- Un Animalisme (niveau 0, palier 0) incongru la colle, sans qu’elle ne daigne y accorder le moindre intérêt, quand ce talent bestial semble si éloigné de son tempérament et de ses valeurs.

Thème : Jill Tracy : Evil Night Together
We'll drink a toast in the torture chamber
And you'll go down on a bed of nails
We'll rendevous in cold blood
I'll tie you up to the third rail
No need for cake or flowers
Let's spend an evil night together

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Jeu 29 Juin - 23:28 (#)

A Moment Changes Everything

La fureur appelait à la lucidité.
Traversant d’un pas martial les somptueux couloirs de son manoir désormais condamné, Elinor se mura dans un silence préoccupé, où résonnaient de nombreuses questions. À quel moment avait-elle commis une erreur ? En avait-elle seulement commise une ? Comment devait-elle rectifier les choses ?

De part et d’autre de sa silhouette pressée, se succédaient les appliques murales au cachet ancien, éclairant avec raffinement les boiseries choisies avec soin. Le voluptueux tapis disposé dans le corridor n’étouffait qu’à peine ses enjambées rapides, tandis que partout autour d’elle, les tons et les textures ne cessaient de lui rappeler toute la cruauté de ce coup du sort. Chaque meuble, chaque texture était vouée à disparaître. Bien pire encore, tous les souvenirs incrustés dans ces murs, allaient bientôt perdre de leur éclat, tandis que le cocon qui les faisait revivre disparaîtrait de sa vie. Le matériel pouvait être remplacé, surtout avec les finances dont elle avait à sa disposition, mais sa mémoire émotionnelle allait bientôt être amputée.

Sa madeleine de Proust venait de lui être dérobée.
Et chaque seconde renforçait avec cruauté l’imminence de ce verdict inéluctable, en faisant apparaître dans son inconscient des flashs mémoriels où défilaient des moments chers à son cœur, en dépit de la furieuse concentration qui l’animait toute entière.

Une lame était fichée dans ses sentiments, et Elinor ne pouvait rien y faire. Elle avait beau se concentrer sur le présent, en cherchant à écarter ces élans sentimentaux, chaque pièce ouverte, chaque nuance de couleur resserrait un peu plus les mailles de ce filet dans lequel son cœur était prisonnier. Alors, elle s’abreuva de sa propre colère. Et les questionnements ne firent que s’accélérer dans son esprit, de crainte que ce débit ne se tarisse, en laissant apparaître les affleurements douloureux qui lui blessaient l’âme. Qui avait réussi un tel coup ? À quel moment ses informations sensibles avaient-elles échappé à son contrôle ? N’avait-elle pas fait de son mieux pour étouffer les frasques de sa Marquée, au moins depuis l’embuscade en 2020 ?

Heidi. Tout revenait inlassablement à sa Marquée. Plus l’immortelle cherchait à mettre en lumière les failles de son système, plus le seul élément faillible apparaissait clairement. Heidi, qui avait été filmée par un drone que personne n’avait retrouvé. Heidi, qui avait tiré sur ce même drone. Heidi, qui avait mis le feu à l’usine. Heidi, qui avait été prise en photo à son appartement. Heidi, qui avait une prime sur sa tête. Heidi, qui avait été mêlée à l’affaire du Gilbert Drive. Heidi, qui avait été mise sur la sellette par le clan. La liste n’en finissait plus de s’allonger. Plus Elinor cherchait à lui attribuer des circonstances atténuantes, moins elle parvenait à l’excuser ; somme toute, les Marqués étaient là pour aider leurs Sires, pas pour être dépendants d’eux.

J’ai fait de mon mieux, oui.
Elle-même avait veillé à effacer le maximum de traces de sa Marquée.

Cela n’avait pas suffit. La conclusion lui parut d’une amertume insoutenable, et sonnait comme un échec personnel, pour la vampire qui n’accordait sa confiance qu’à de très rares personnes. En dépit du potentiel que Elinor avait vu chez elle, sa Marquée ne lui avait apporté que de courts moments de complicité, qui ne pesaient plus bien lourds désormais, devant les désastres que celle-ci avaient provoqué dans sa vie, habituellement bien ordonnée. Durant un instant, Elinor se tourna vers sa Marquée qui traînait les pieds derrière elle, l’œil larmoyant, les oreilles basses comme un chiot battu ; un instant, une étincelle de pitié la traversa avant qu’une colère redoublée ne prenne le dessus à nouveau.

Ne pouvait-elle pas essayer de se rendre utile ? Sa Marquée la suivait, muette et abattue, alors même que le moment était terriblement mal choisi pour l’auto-apitoiement. Elinor fut tentée de lui asséner une claque retentissante, ne serait-ce que pour l’arracher à ce pathétique état de faiblesse, mais la voix d’une inconnue interrompit son train de pensée ; elle tourna vivement la tête dans cette direction. La rouquine de sa Marquée était là, sur le seuil de son salon, flanquée de l’un de ses animaux posté sur son épaule ; Elinor lui adressa un rictus ouvertement méprisant, avant d’ouvrir la bouche pour lui répondre sur le même ton.

Une monstrueuse explosion étouffa sa voix.

Ce qui était autrefois le calme serein et confortable de sa demeure, fut littéralement pulvérisé en un instant par un vacarme assourdissant à l’extérieur ; une explosion massive, suivie d’un concert de bruits de verre et de métal qui chutaient en tous sens. L’onde de choc ébranla les murs, provoquant la chute de tableaux et de bibelots dans certaines pièces, en même temps que l’explosion des baies vitrées du côté touché. Le sol vibra comme victime d’un minuscule tremblement de terre, tandis que dehors, résonnaient de multiples alarmes de voitures ; dont sa Jaguar toute neuve, qu’elle ne reverrait plus. Des filets de plâtre chutèrent du plafond partout autour de la vampire, qui s’appuya au mur, plus par stupeur que par un réel déséquilibre.

Ses oreilles sifflaient terriblement. L’immortelle serra avec force son arme à feu, jetant des regards anxieux à la dérobée vers chaque extrémité du couloir, comme elle s’attendait à voir débarquer à tout moment ceux qui venaient de faire sauter une partie de sa propriété. L’horrible instant d’incertitude fut d’autant plus terrifiant, que son audition si sensible fut momentanément coupée par le choc sonore, ne lui laissant qu’un sifflement suraigu en guise de repère. Plaquée contre le mur, en position de repli, tous ses sens aux aguets et les nerfs à fleur de peau, la vampire ne s’accorda que dix secondes pour s’assurer qu’aucune escouade surarmée ne débarquait, avant de tourner les talons et de fuir par le couloir. Elle n’avait désormais plus qu’une seule priorité en tête : atteindre son sous-sol.

Qu’est-ce qui avait causé ça ? Quelles armes ces malades mentaux avaient-ils amené avec eux ?
Elle n’allait certainement pas attendre à l’intérieur pour le savoir. Le prochain tir pouvait très bien pulvériser les murs porteurs, et faire écrouler le plafond ou la charpente sur leurs têtes. Ou pire encore.

Au diable Heidi et son amie.
Au diable les souvenirs.
Une vieille pensée teintée d’accent cockney traversa son esprit. Fuck that.

L’immortelle ne prit même pas la peine de balayer les filets de plâtre dans ses cheveux. Encore étourdie par ce choc, et n’offrant aucun mot supplémentaire aux deux jeunes femmes, Elinor courut à toute vitesse dans le corridor, dépassa l’escalier conduisant aux niveaux supérieurs, et ralentit seulement devant la porte qui conduisait au sous-sol. Une hâte emmêlée dans des sentiments de peur lui donna des ailes. Elle ouvrit le battant à la volée, arrachant au passage la poignée dans son empressement, et descendit sans ralentir l’escalier qui s’enfonçait dans la colline sur laquelle était construite le manoir. Pas une seule seconde, elle ne jeta un regard en arrière. La pensée terrifiante qu’un second missile, ou quoi que ce fut, puisse faire sauter tout le bâtiment à n’importe quel moment, ne cessait de résonner dans son esprit.

Elinor ne ralentit qu’une fois dans le sous-sol. Ce dernier avait été pensé pour accueillir un cellier, tout à fait normal en apparence, mais qui comportait une lourde porte blindée, en acier de cinquante centimètres d’épaisseur, qui s’ouvrait avec un système de sécurité électronique. Derrière ce rempart, une courte volée de marches conduisait à son sanctuaire ; le bunker où elle dormait la journée. L’installation était conçue pour résister à tout. L’immortelle avait investi suffisamment de moyens pour que seul un missile direct soit capable d’éventrer le bunker. À l’intérieur de la panic room dans laquelle elle dormait, le mur avait été percé d’une issue de secours, qui donnait sur un tunnel d’évacuation, lequel permettait de fuir le manoir en cas d’extrême nécessité. Le boyau souterrain traversait la propriété d’Elinor sur des centaines de mètres, pour ressortir au-delà de son terrain arboré, au sein du petit bois qui bordait le quartier résidentiel.

L’ensemble était une véritable assurance vie, que la vampire se félicita à cet instant d’avoir prévu, en dépit de l’énorme budget consacré à sa conception. Cette nuit en était un exemple criant.

Elinor s’arrêta devant le battant blindé, et s’empressa de composer le code ; tout le système était autonome et coupé du réseau internet, tout comme électrique, car il fonctionnait avec des batteries. Même la lourde manivelle qui actionnait la porte, ne pouvait être manipulée que par plusieurs humains ; l’immortelle n’eut toutefois aucun mal à ouvrir le battant une fois le verrou électronique ouvert. Elle s’arrêta un moment, jetant un dernier coup d’œil dans le couloir éclairé par des diodes de secours ; son téléphone satellite vibra alors. D’un mouvement pressé, elle décrocha l’appareil qui marquait deux appels en absence sur l’écran.

« Non, je n’ai rien. » Elinor calma rapidement les inflexions trop anxieuses de sa voix, et se força à reprendre contenance. « Navré, oui, je n’ai pas entendu la sonnerie à cause de l’explosion. D’accord. Non. Laissez le véhicule là où il est, et venez au point de rendez-vous. Oui, l’issue de secours. Oui, apportez-les. Non, je ne sais pas, restez à couvert. Très bien. »

La tension filtrait dans sa voix. Elinor fourra à nouveau le téléphone satellite dans sa poche, et prit le temps d’examiner l’écran de son smartphone. L’écran n’affichait hélas aucun réseau disponible, et l’interface était prise d’étranges convulsions. Elle fronça les sourcils. L’élan de crainte qui l’avait saisie s’étiolait peu à peu, et la vampire avait repris le contrôle d’elle-même, en même temps que sa présence d’esprit. Ils ont utilisé un brouilleur ? Un rictus de contrariété trahit ses pensées. Aussitôt, elle jeta le téléphone désormais suspicieux sur le sol du souterrain, sans le moindre remords ; elle ne prendrait pas le risque d’être localisée pendant sa fuite, si jamais ce téléphone s’avérait plus compromis encore. D’ailleurs, Heidi et son amie allaient devoir se débarrasser des leurs, sans quoi, il était hors de question qu’elle les laisse pénétrer dans son bunker.

À cet instant, Elinor Lanuit leva les yeux vers le couloir qui donnait sur l’entrée du souterrain : les troupes de choc pouvaient débarquer à tout moment. Là non plus, elle ne prendrait pas le risque d’être acculée à l’intérieur de son propre souterrain ; les deux humaines allaient devoir se dépêcher de la rejoindre.

Elle leur donna 30 secondes pour ce faire. Passé ce délai, elle fermerait la porte blindée derrière elle sans le moindre remords.

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Anonymous
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Ven 30 Juin - 12:16 (#)



A moment changes everything
Autumn Woods, Décembre 2021
ft. Anaïs & Elinor



T
out mais pas ça. Pas la silhouette d’Anaïs qui se détache de l’encadrement de la porte pour demander des explications. Pas maintenant, pas avec cette boule qui déchire ton estomac un peu plus à chaque pas. Tes vêtements ordinairement confortables étaient devenus comme une véritable geôle de plomb : ton corps entier est alourdi par la culpabilité, et maintenant aussi par la terreur absolue de devoir mentir et promettre à nouveau à cette amie que tu croyais sauver. Que dire ? Rarement dans ta vie tu t’es trouvée aussi démunie. Tu connais des milliers de mots, trois langues différentes, mais aucun d’entre eux n’arrive à poindre dans ton esprit : il n’y a rien d’autre qu’un enfer désolé et dépourvu d’air.
Tu t’asphyxies.

Jusque maintenant, tu n’avais jamais vraiment compris cette obsession d’Elinor pour la sécurité. Tu la respectais, bien sûr, et surtout tu ne la questionnais pas. Tu te pliais rigoureusement aux mesures qu’elle pouvait imposer, et après tout tu étais heureuse de rentrer dans ses cases. Jamais avant ce soir n’avais-tu parlé d’elle, mentionné son adresse ni même son nom, et encore moins sa nature, et celle de la relation que vous entretenez. Toi qui aurais eu tant à te vanter d’avoir atterri sous le prestige de sa coupe, jamais un seul mot n’avait filtré à son sujet, pas même à cette meilleure amie qui doit être fatiguée que tu lui mentes sans cesse.
Qu’est-ce qui pouvait bien justifier l’opacité extrême de ce secret, les caméras, le blindage ? D’autres vampires vivent parfaitement bien sans cela et depuis des siècles. Est-ce seulement pour se protéger du racisme des tiens ? Appuyée contre le mur, un nouveau vertige s’impose à toi : tu ne connais pas si bien que ça cette femme à qui tu aurais confié ta vie sans concession. Et tu la reconnaîtras encore moins dans quelques secondes.

Tu aurais presque pu être heureuse de ne pas avant entendu la réponse d’Elinor, si la cause n’avait pas été si dramatique. Il te faut une, ou peut-être deux secondes pour comprendre. Pour que toutes les informations qui te sont parvenues en si peu de temps s’amalgament en une conclusion parfaitement délirante. Le bruit assourdissant d’une détonation, le souffle et la chaleur de la déflagration venus caresser ta peau comme un rayon de soleil et un courant d’air sordides, le tremblement impossible du sol et des murs : une bombe ?
La nouvelle urgence de la situation précipite tes pensées en un dépôt sombre et dense au fond de ton crâne, l’adrénaline déferlant dans tes veines dégageant assez de poussière dans cet éther mental pour y faire briller une lueur de lucidité. Les doutes et les insécurités reviendront, mais seulement une fois que ta vie ne sera pas directement menacée. Tu n’as pas la moindre idée de ce qu’il se passe dehors, mais cela ne peut qu’être le début d’un assaut, et la porte d’entrée n’est plus une option valable pour vous échapper ; tu le comprends une ou deux secondes avant que l’immortelle ne se mette à courir dans la direction opposée.
Elle passe devant Anaïs, puis devant toi. Pas un seul mot, ni un seul regard. T’a-t-elle définitivement tourné le dos ? Cette pensée – non, ce constat – arrache encore plus de chair autour du trou béant de ton cœur, mais il sera temps d’en faire état plus tard, lorsque tu seras à l’abri. A l’abri, oui, mais où ?

Le sous-sol. Anaïs posait la question en arrivant, et tu n’avais pas réellement idée du réel qu’elle touchait du doigt. L’évidence même. Ton corps se met alors à bouger tout seul, fonctionnant sur ce qui pourrait sembler être la dernière dose d’adrénaline que tu es capable d’assimiler. Pourtant, c’est d’abord dans la direction opposée à celle de la vampire que tu te déplaces. Il est strictement hors de question que toi aussi, tu t’enfuies seule. Tu n’iras nulle part sans cette fichue rouquine dont tu te refuses à dire que tu es tombée amoureuse.
Rapidement, tu franchis les quelques mètres qui vous séparent et lorsque tu attrapes sa main, Elinor n’est déjà plus qu’une ombre à l’angle du couloir. Cette main, tu ne la lâcheras pas, sous aucun prétexte. Tu n’es pas prête à mourir, mais tu l’es encore moins à vivre à nouveau seule. Et alors tu tires. Cette fois dans la direction de cet espoir de sortie encore inconnu, tu tires. Tu cours, comme tu as l’habitude de le faire, trainant l’apprentie chamane derrière toi à un rythme qui dépasse sans aucun doute ses capacités. Tu la sens manquer de trébucher une fois, deux fois, mais rien ne te fera lâcher. Alors tu calmes momentanément l’allure, puis tu tires encore plus fermement sur son bras jusqu’à arriver à la porte grande ouverte des escaliers menant vers le sous-sol.
Il serait facile de dire qu’elle te ralentit, mais c’est en vérité tout le contraire : c’est elle qui te donne la force de courir et de bomber à nouveau le torse face à l’adversité. C’est Anaïs qui te donnait le courage de continuer alors qu’Elinor t’accablait. Te jugeait-elle responsable de ce qui était en train de se passer ? D’avoir trahi sa confiance ? Comment, alors que pour pouvoir t’utiliser pour l’atteindre il leur a fallu mettre en place un dispositif si sophistiqué que même elle n’a pas su le prédire ?

Tu n'es qu’une musicienne, tu n’as jamais eu d’ambition plus grande que celle-ci. Tu n’as jamais voulu te retrouver avec cette cible sur le dos, à devoir surveiller constamment par-dessus ton épaule pour la seule raison que tu voulais enfin avoir le droit, toi aussi, à une famille. Tu ne comprends pas pourquoi on te refuse ce droit, et cela te met hors de toi. Que des gens à qui tu n’as rien fait se permettent d’interférer et dé démolir ainsi tes espoirs, cela fait enfin grimper cette colère muette qui semblait t’avoir quittée quelques minutes.
Finalement, vous vous retrouvez en face de la large porte d’acier dans l’encadrement de laquelle se dessine stoïquement la silhouette d’Elinor. Tu as mal, et le trou béant de ta poitrine ne cesse de te rappeler à ce douloureux état de fait, mais ravalant toute fierté devant la raison et l’instinct de survie, tu pénètres dans cette véritable chambre forte, accompagnée de ta meilleure amie. Une question subsiste cependant : tu savais que l’on avait pu te suivre, et c’est pour cela que tu as pris la précaution de larguer ta voiture loin d’ici. Tu n’as pas arrêté de vérifier sur chemin si personne ne vous suivait, et tu n'as pas vu une âme qui vive. Alors voilà : comment a-t-on pu remonter jusqu’ici ? La réponse te frappe honteusement alors que tu franchis le pas de la porte blindée.
En entrant dans la pièce, tu sors ton téléphone de la poche arrière de ton pantalon légèrement maculé de poudre de plâtre, et tu constates avec dégoût son dysfonctionnement évident, comme si les assaillants voulaient te narguer. Tu te mords la lèvre, presque jusqu’au sang, en lançant ton mobile avec hargne contre le mur à l’extérieur du bunker. Il se brise sur le coup dans un bruit détestable et les composants éventrés s’éparpillent sur le sol. Peu importe s’ils le retrouvent et font des choses que tu ne comprends pas avec ses restes : ils ont déjà eu ce qu’ils voulaient, et tu n’as plus rien d’autre à y cacher.

Enfin, tu te tournes vers l’immortelle. Tes épaules se soulèvent et retombent à un rythme encore rapide, à peine en train de récupérer de ton effort. Ton regard, mélange de peine et de hargne, de regret et de rage dont tu ne sais pas encore vers qui la diriger, plonge dans la sien tandis que tu te redresses et tires tes épaules en arrière en grimaçant brièvement de douleur. « Est-ce que tu as un autre flingue ? »
La nuit est encore longue. Ton chat Jazz doit encore être dans ta chambre, à l’étage, et l’abandonner ajoute encore à ton fardeau. Une larme unique perle à nouveau au coin de tes yeux, et tu l’essuies tout aussi vite d’un revers de main en même temps que tu enterres ce qui sont peut-être tes derniers élans de naïveté.


CODAGE PAR JFB / Contry.
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Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
Anaïs Wilhm
Anaïs Wilhm
Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
A SONG OF BLOOD

En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. S'est lancée sur la voie du chamanisme, marchant dans les pas de sa mentore avec patience et détermination, persuadée d'avoir trouvé la voie qu'il lui fallait.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital
*Apprentie chamane, amie des loups et des gitans
*Etudiante en médecine, acharnée et consciencieuse, pleine de projets en tête.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
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Mar 4 Juil - 10:05 (#)

Anaïs illustration

C’était souvent comme ça. Une situation qui en entraîne une autre, puis une autre, le tout pour finir, comme toujours, au mauvais endroit, au mauvais moment. C’est presque le résumé de ma vie à Shreveport. Une envie de sortie, marché de Noël, boum catastrophe et amnésie. Devoir aller au lycée, hop, accident de voiture. Une sortie avec Rica, bim, Halloween. A croire que mettre le nez dehors revient à lever une pancarte pour appeler les problèmes. Et cette fois ne fait pas exception. Je n’ai même pas décidé de sortir, ça m’a été imposé au vu d’une situation merdique mise en place par un groupe de tarés qui m’en veulent encore après des années pour quelque chose sur lequel je n’ai eu ni choix ni contrôle. Et au lieu d’être en sécurité et chez quelqu’un qui pourrait comprendre la situation, voilà que je me retrouve nez à nez avec un regard chargé de tant de de mépris que je me demande si Heidi ne s’est pas trompée d’endroit.

Ou carrément trompé sur la personne.

Les pensées explosent en même temps que ce qui ressemble à une bombe qui fait trembler tout le bâtiment. Par réflexe, je m’accroupis en me protégeant la tête alors que Tyche plantent ses griffes dans mon haut, perçant le tissu et ma peau en dessous. Mes oreilles sifflent, le monde tremble, de la poussière ou du plâtre tombe autour de nous et tout semble sur le point de s’écrouler. Rover accoure en pignant et je peine à focalise mes pensées sur autre chose que le son sourd qui diminue lentement. Que vient-il de se passer exactement ? J’ai à peine le temps de lever les yeux pour voir Victoria partir en courant. Et en courant très vite. Nous laissant derrière, Heidi et moi. Le soi-disant altruisme inintéressé de la mécène vient d’en prendre un sacré coup. Je cligne des yeux, essaie de me reprendre. Mes jambes flageolent. Mon cœur bat la chamade. La panique enfle.

Une main apparaît soudainement, puis un visage. Heidi. Pas encore. Je ne vais pas céder à la panique. Pas cette fois. Pas quand elle est là. Pas quand elle me prend la main et qu’elle commence à courir. A courir vite. Trop vite. Je manque de me vautrer, une première fois. Puis une seconde, tant elle court plus rapidement que moi. Surtout que je dois éviter un Rover incapable de me lâcher d’une semelle. Par chance, elle s’en rend compte et ralentit un peu, juste assez pour qu’on puisse courir d’un rythme presque égal, filant aussi vite que je peux jusqu’à… où ?

- H.. Heidi…

La réponse à ma question arrive avant même qu’elle ne sorte. Un escalier menant vers le sous-sol. Ma blague sur le bunker, ce ne serait pas forcément des conneries, au final ? Dévalant les escaliers quatre à quatre, la porte qui se trouve en bras, clairement blindé, ou au moins très résistante, me donne raison. Pourquoi diable a-t-elle un bunker avec une porte blindé, un flingue, d’accord, mais un bunker ? je ne vais pas me plaindre alors que je m’écroule à moitié contre un mur à l’intérieur pour reprendre un souffle erratique, mais la question reste en suspens. C’est sans doute juste une parano qui se trouve avoir raison. Et des ennemis avec assez de moyens et de rancœur pour attaquer sa demeure surveillée avec une bombe. Heidi s’est peut-être trompée en qualifiant cet endroit de « sûr ». Surtout quand je la vois exploser son téléphone contre un mur. Traqueur ? brouilleur ? Je prends mon téléphone et constate que tout fonctionne normalement. Dans le doute, je l’éteins et commence à démonter la batterie. La dernière fois qu’un traqueur était dans mon téléphone, j’ai réussi à la trouver, mais là, rien. Je ne semble pas en cause… ce qui m’étonne un peu. Ou alors il se trouve ailleurs…

Quand la voix d’Heidi retentit, je prends mon courage à deux mains et me redresse. Rover geint mais je le fais taire d’une caresse, m’assurant que lui et Tyché n’ont rien. Je m’approche d’Heidi et lui pose une main délicate su l’épaule. Elle n’avait pas l’air bien avant même l’explosion, mais maintenant… voir une larme être essuyée par sa main me crée un nœud dans le ventre et je la lui serre doucement quand elle la laisse pendre à nouveau sur son flanc. Pourquoi ça a dégénéré comme ça ? Qui a pu… J’inspire, ferme les yeux et tente de sonder les environs. Peut-être qu’en estimant la menace… enfermée dans cette pièce de béton, impossible de lancer un quelconque sort, il y a un manque criant d’énergie naturelle. Je laisse mon don prendre la relève, en espérant que ça sera suffisant.

Je ressens très vite les battements de cœur d’Heidi, puis ceux de Rover et de Tyché, non loin. Puis vient… Victoria ? Il bat bizarrement son… Oh.. OH… merde... merde, merde, merde, merde ! C’est comme Yago… Est-ce qu’Heidi est au courant ? Comment elle a pu m’amener ici en sachant que sa mécène est une vampire ! C’est pas possible, elle devait pas savoir, c’est tout. Elle ne peut pas avoir sciemment cru que me réfugier chez une vampire pouvait être « sûr » ! La découverte me sort un instant de ma concentration et je serre plus fort la main de la musicienne sans y penser vraiment. Mais une menace à la fois. Je recommence, laisse la magie couler, s’étendre, repère une autre forme de vie de la taille d’un chat, quelque part, qui est en train de courir et de s‘éloigner. Et d’autres qui se rapprochent. Quatre… non cinq battements de cœurs humains.

- Il y a cinq types qui approchent de la maison… un chat qui s’éloigne…

Je rouvre les yeux, essuie la goutte de sueur qui me tombe sur la tempe et inspire longuement en évitant soigneusement de regarder Victoria. Si elle comprend que je sais, je ne sais pas trop comment elle va réagir…

- On fait quoi ?

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Thème : Witchcraft - Akira Yamaoka
WITHER AND DIE

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Jeu 6 Juil - 2:51 (#)


A MOMENT CHANGES EVERYTHING

It's payback time

Les alarmes de toutes les voitures à des centaines de mètres à la ronde se mirent à hurler dans une cacophonie paniquée tandis que l'écho de l'explosion retombait à peine. Même parmi les volontaires à cette opération, il y eu un instant d'arrêt face à la puissance du choc, imposant un respect digne de la mort. Le bruit d'éclats de verre retombant un peu partout tel des shrapnels de cristal fut un contrepoint presque poétique, accompagnant l'effondrement de la luxueuse serre, des pots de fleurs retombant ça et là en se brisant au sol, ainsi que quelques fragments de métal acérés. Le petit banc sur lequel Elinor aimait se poser les nuits d'été pour lire fut éventré et projeté jusque dans les branches d'un arbre proche. L'ouverture de la serre-véranda, elle, n'était plus qu'un trou béant aux bords effilés et tranchants, un tapis d'échardes recouvrant jusqu'au parquet du petit salon attenant.

_ Yeaaah ! Bien joué, Bobby, tu les as bien niqués !

_ Niqué mon cul, j'ai tiré à côté. Putain !

Sentant les deux sur le point de se disputer, Helen les interrompit, mettant un terme à cette distraction.

_ Fermez-la. Oubliez pas ce qu'on affronte. Bobby tu passes devant. Marty tu le couvres et tu me carbonises tout ce qui passe. Si c'est notre cible, ça sera pas de trop pour la foutre à terre. Si c'est autre chose... Dieu reconnaîtra les siens. Les autres, soyez près à canarder. Si vous vous faites chopper au corps à corps vous faites comme à l'entrainement vous tirez sur vos capsules de secours.

Helen St-Clair était une respectable mère de famille, aux idées bien ancrées et à la détermination remarquable. Elle avait toujours eu de la suite dans les idées et une capacité certaine à canaliser les tempéraments trop impétueux, au profit d'une organisation qui n'en devenait que plus acérée. Professeure des écoles en histoire géographie, c'était sa rencontre avec Esther Valladares qui lui avait permis de réaliser son potentiel. Qui aurait cru, dès lors, que cette mère de deux enfants, qui se détendait en pratiquant le tricot et la chasse aux alligators au fusil à pompe, qui animait la petite vie tranquille de Haughton de ses barbecues estivals et qui avait, par deux fois, remporté le concours local de la plus belle pelouse, aurait été la parfaite personne pour mener une telle opération ? L'adrénaline aiguisait ses sens et elle s'avançait ici avec l'aplomb de quelqu'un qui se bat pour une cause qu'elle considère juste. Il y avait, sur cette terre, des engeances innommables qui marchaient, et à l'instar de beaucoup d'autres elle agissait à sa manière sans plus rien attendre d'un gouvernement laissé en roue libre depuis la grande imposture qui avait valu à Biden de soit-disant « vaincre » Donald aux dernières élections.

Elle savait au plus profond d'elle-même les influences surnaturelles qui s’exerçaient sur nombre de ses concitoyens. La tempête d'Halloween n'était-elle pas le meilleur exemple ? Il fallait être soit vendu, soit imbécile pour ne pas le voir. Et, s'il y avait bien une autre chose à laquelle Helen croyait dur comme fer, c'était le fait que, préparée, l'humanité pouvait éradiquer ces créatures avec des pertes minimales. Les évènements récents l'avaient prouvé. Ce n'était que la peur qui avait paralysé les honnêtes gens, il fallait simplement apprendre à la surmonter.

Ils eurent rapidement confirmation par oreillette radio que leurs cibles étaient en train se de mettre en mouvement sur les caméras des drones, et le petit commando suivit les instructions reçues pour se diriger dans la bonne direction. Ils passeraient par l'ouverture béante qu'était devenue la serre-veranda. Au moins, ce vieil aigri de Lord Bobby Joe aura-t-il été utile dans sa maladresse. Maintenant qu'il avait bazardé sa roquette, il était plus simple de l'envoyer en première ligne. De toutes manières, Helen avait personnellement construit un alibi solide pour chacune des personnes présentes ici. Elle savait aussi précisément combien de temps ils pouvaient se permettre de rester avant de devoir mettre les voiles. En ce moment même une attaque DDOS était en cours pour perturber les services téléphoniques du central de police.

C'était Marty qui était armé du lance-flammes. La seule instruction explicite qu'il avait reçue étant de ne pas cramer l'un de ses camarades. Autrement, il avait feu vert pour arroser même à bout portant dans les couloirs s'il venait à faire face au vampire.

Ça, ou s'il fallait se débarrasser de preuves compromettantes.
Ou d'un chat qui passerait malheureusement par là.

Deux des trois drones avait déjà pénétré dans les ruines de la serre-véranda, suivit peu de temps après par le commando improvisé. Le niveau de tension grimpa encore d'un cran. Même s'ils étaient guidés par oreillette, ils savaient selon leurs sources que les vampires étaient capables de... Sorcellerie, faute de meilleur terme, et qu'ils devaient faire preuve d'une extrême prudence et ne surtout pas hésiter.

Le verre brisé crissait sous leurs lourdes bottes.
L'extermination était lancée.

---

Les drones, eux, avaient pris de l'avance, et mit les gaz dans le vrombissement typique de ces petits appareils extrêmement mobiles mais fragiles. L'un d'entre eux dévala le couloir qui menait au bunker, sa caméra thermique repérant rapidement les individus devant lui.

Oh, bien sûr, il y avait une caméra normale également. Après tout, le but était aussi de diffuser des images bien choisies sur internet si l'opération se passait bien. L'appareil s'arrêta toutefois à distance, son opérateur conscient de sa fragilité.

Il y eu une seconde de flottement durant lesquels on aurait cru qu'il hésitait.

Finalement, une voix se fit entendre par un petit haut-parleur, quelque peu grésillante, métallique :

[LIVREZ-NOUS LA VAMPIRE ET VOUS SEREZ ÉPARGNÉES]

Là-haut, au rez-de-chaussée, la dynamique d'exploration du groupe armé changea brusquement, se hâtant sur le même chemin que le drône. »


Got the evil eye. You watch every move, every step, every fantasy. I turn away but still I see that evil stare. Trapped inside my dreams I know you're there. First inside my head, then inside my soul.
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Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Elinor V. Lanuit
Elinor V. Lanuit
Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Let's spend an evil night together
En un mot : Don't be afraid ; It's only death. It's just as natural as your first breath.
Qui es-tu ? :
- Immortelle britannique du XIXème siècle, issue de la bourgeoise florissante du début de l’ère victorienne. L’élégance et le flegme de son époque vivent encore dans ses manières.
- Femme fatale au charme venimeux, calculatrice sans scrupules, elle manipule les cœurs aussi bien que les lettres et les chiffres.
- Perfectionniste à l’extrême, séduite par le pouvoir et reine stratège, son plaisir de tout contrôler égale sa soif de connaissances en arts obscures.
- Vampire accomplie, fille des Lanuit, et éternelle solitaire dont l’amour empoisonne les malheureux attirés par une élégance inaccessible aux simples mortels.
- Monstre évoluant dans l’anonymat des ombres, elle traverse les siècles sans fléchir ni se lasser, se proclamant véritable immortelle avide de vie et de savoir.

Facultés :
- Chacun de ses menus gestes contient une grâce et une sensualité étonnante, comme si son corps figé par les siècles ne connaissait aucune autre manière de se mouvoir.
- Un rare talent pour la stratégie économique dont son clan profite à souhait, elle détient une précieuse capacité à s’ancrer sans difficulté dans cette époque.
- Une Présence (niveau 2, palier 5) cultivée avec patience se lit dans son regard enjôleur, rendue redoutable par un siècle de manipulations opportunistes.
- L’Occultation (niveau 2, palier 2) masque son être pour mieux agiter les fils de ses marionnettes, tandis que son esprit demeure son sanctuaire interdit, où elle ne tolère personne.
- Un Animalisme (niveau 0, palier 0) incongru la colle, sans qu’elle ne daigne y accorder le moindre intérêt, quand ce talent bestial semble si éloigné de son tempérament et de ses valeurs.

Thème : Jill Tracy : Evil Night Together
We'll drink a toast in the torture chamber
And you'll go down on a bed of nails
We'll rendevous in cold blood
I'll tie you up to the third rail
No need for cake or flowers
Let's spend an evil night together

Pseudo : Carm'
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Ven 7 Juil - 18:49 (#)

A Moment Changes Everything

Les secondes défilèrent.
Elle les compta mentalement.

Debout dans l’embrasure du bunker, une main sur le battant blindé, Elinor fixait en silence le corridor désert du cellier, sobrement éclairé par les diodes de secours. De ses lèvres s’écoulaient lentement les syllabes des secondes, son arme dans sa main libre, tandis que son immobilité effrayante ne laissait en rien deviner le fil de ses pensées ; pourtant, celui-ci se déroulait, ô combien prestement. Face à elle, au-delà du seuil épais de la porte de métal, son smartphone gisait dans la poussière lunaire du sous-sol, son bel écran lisse souillé par ce qui ressemblait à des cendres ; l’attention de la vampire ne cessait de s’y attarder. Ce décor monochrome et dénué d’intérêt de prime abord, détenait désormais le potentiel inattendu d’une réflexion terrifiante : et si l’explosion avait frappé son bureau ? Et si le missile, ou quoi que ce fut, l’avait touché directement ?

Elle aussi, Elinor Lanuit, aurait été réduite à l’état de cendres.
Cent soixante années d’éternité réduites en poussière en un clin d’œil.

En l’espace de ces trente secondes, l’immortelle oscilla entre plusieurs états d’esprit ; de la stupeur du choc à la lucidité, en passant par un accès de fureur. Elle, l’excellente accomplie des Lanuit, aurait pu rejoindre les débris livides de son cellier, par la seule incurie d’une même personne : sa Marquée. Oh bien sûr, celle-ci n’était pas la seule fautive, et ce faisant, la vampire échafauda, lors de ces instants de colère, les contours d’une saine et cruelle vengeance à venir. Pourtant, c’était d’abord vers le futur proche que se tournait l’essentiel de ses pensées. Fuir d’ici saine et sauve occupait l’essentiel de son esprit, bien que la crainte d’une mauvaise surprise ne la quittait jamais vraiment. Et pour preuve, réalisa-t-elle, Elinor devait encore remonter le tunnel de secours, et sortir à l’air libre, avec l’espoir que nul ne l’attendait en embuscade.

Le tunnel était connu d’elle seule. Elle avait pris la peine de recruter, à grand frais, des constructeurs depuis un pays étranger, et la vampire avait décidé de ne jamais révéler pleinement les plans des souterrains à des tiers, y compris ses propres hommes. L’issue de secours serait sûre. J’en suis certaine. Puis viendrait la honte de rentrer défaite au manoir Lanuit, où elle devrait essuyer les questions et les récriminations, qui étaient somme toute fondées ; c’était Elinor qui avait insisté pour donner une dernière chance à Heidi. Une erreur dans l’équation bien rôdé de son système. Oh bien sûr, les siens s’inquiéteraient de sa santé, compatiraient à son sort et proposeraient leur aide ; mais la honte d’avoir surestimé la jugeote de sa Marquée, serait tout de même un fardeau que Elinor devrait porter jusque devant Gabriel, aussi compréhensif soit-il avec elle.

Un bruit de course troubla ses réflexions.
Ces sens sur le qui-vive électrifièrent ses muscles.

En haut de l’escalier, apparurent les deux silhouettes d’Heidi et de son amie, main dans la main, alors que la bouche d’Elinor arrêta le décompte à six secondes. Elle serra son arme dans son poing. Chaque seconde la séparant des deux jeunes femmes, augmentait les possibilités de voir apparaître dans l’embrasure du cellier d’autres silhouettes armées de pied en cap ; cependant, il n’en fut rien. Les deux humaines franchirent ainsi l’entrée du bunker, les vêtements souillés de plâtre, le souffle court, et les yeux exorbités de trouille. Elinor constata avec amertume que, une fois de plus, Heidi apparaissait les mains vides et plus décevante encore ; elle n’avait rien pris avec elle, sinon une quasi inconnue, pas même son chaton. Jazz, cette minuscule boule de poils, que la vampire lui avait offert lors de la premier Noël, comme symbole de ses responsabilités.

Un symbole abandonné désormais.
Le poids de cet acte dépassait la négligence animale.

Un rictus dépité tordit l’expression de l’immortelle. Alors que l’amertume de ce constat laissait une saveur détestable sur son palais, son ouïe surnaturelle perçut le vrombissement caractéristique d’hélices modernes dont les drones étaient équipés. Par réflexe, Elinor recula précipitamment derrière la porte blindée, de peur que le drone ne soit équipé d’armes automatiques, ou pire encore, d’une bombe prête à exploser. Il n’en fut rien. La voix désincarnée et métallique d’un haut-parleur embarqué éructa son message de trahison à plein volume, au moment où Elinor commençait déjà à refermer la porte d’une seule main ; le contenu de l’offre ne fit qu’accélérer son mouvement, coupant rapidement le son de l’annonce ennemi.

Le battant se referma avec un bruit sourd, comme un socle de cercueil. Quelque part, au niveau au-dessus, devaient cavaler leurs assaillants armés, au son des directives que leurs compères du drone leur relayaient. Elinor avait déjà assisté à ceci. Le dernier drone avait filmé sa Marquée, la fichant pour la première fois, bien que la vampire ait fait des pieds et des mains pour effacer les données compromettantes ; elle n’avait pas le moindre désir d’être filmée à son tour. Avec la rapidité que conférait l’habitude, elle enclencha aussitôt les puissants verrous de la porte et, après s’être assurée que la serrure électronique était en place, l’immortelle jeta un coup d’œil aux deux humaines haletantes. L’une déblatérait à propos d’un flingue, tandis que l’autre jouait aux diseuses de bonnes aventures en prédisant le nombre d’adversaires à l’extérieur du bunker.

Quelle déchéance.

Apparemment, leurs assaillants étaient au nombre de cinq. Plus un chat. Durant un instant, elle fut partagée entre l’envie de lui demander la météo de ce soir, au cas où un imperméable serait nécessaire, et celle de se servir du crâne de l’une pour frapper l’autre. L’effet de résonance serait titanesque. Désireuse d’éviter à son ouïe sensible un nouveau choc sonore, et aussi parce que le temps lui manquait, Elinor leva les yeux au ciel, et se détourna des deux idiotes, sans s’abaisser à répondre à la question du même acabit ; qu’allaient-elles faire, sinon fuir ? La rouquine, remarqua aussi la vampire, avait démonté son propre téléphone, sans même tenter de contacter des secours ce qui, aux yeux d’Elinor, traduisait un niveau d’utilité proche de zéro. En réalité, peu lui importait à ce stade : elle savait déjà que ces deux humaines seraient un fardeau, et à aucun moment l’immortelle n’avait envisagé leur confier quoi que ce soit, encore moins sa sécurité ou une arme.

Ainsi, Elinor les dépassa sans un mot.
À l’intérieur dudit bunker, existaient en réalité deux portes : au bout du petit couloir blindé, celle conduisant au tunnel d’évacuation, tandis que le mur perpendiculaire s’ouvrait sur une porte blindée menant à sa panic room personnelle. Comme Elinor s’approchait de la seconde, elle s’arrêta un instant et se tourna vers Heidi.

« Une arme, tu en trouveras dans l’armoire métallique du premier étage. » Elle commença à appuyer sur la poignée du battant blindé. « Celle du petit bureau. Troisième porte à droite, après celle de la chambre où attend un chaton qui comptait sur toi. »

Elinor claqua la porte derrière elle. Ces derniers mots étaient enduits de fiel, comme ce torrent d’émotions qu’elle s’efforçait de maîtriser, menaçait de reprendre le dessus : rancune, frustration, détresse, lui tordaient le ventre et cherchaient à lui faire perdre son contrôle. Une fois à l’intérieur de la chambre, elle eut envie de hurler. De fracasser quelque chose, n’importe quoi. Autour d’elle, s’étalait le décor familier de la pièce où la vampire reposait durant la journée, et la vue de cet espace intime, extrêmement personnel, réveillait les souffrances qu’elle s’était forcée à ravaler. La sensation de perte n’en fut que plus intense. Elle lui serrait les tripes avec une cruauté constante, si bien qu’elle jeta avec colère son arme à feu sur son lit douillet, que la stupidité de sa Marquée lui avait confisqué pour de bon. Jamais elle ne reverrait son cocon désormais.

Cette chambre, Elinor l’avait conçue elle-même. Pour camoufler les murs blindés de la panic room, et ainsi les rendre moins inhospitaliers, elle avait tout fait recouvert de boiserie aux teintes chaudes, y compris tous les placards et le dressing. Même l’imposant lit avait été conçu sur mesure ; soixante ans de confort étudié et d’intimité, qui volaient à présent en éclat. Une boule douloureuse lui noua la gorge. Plutôt que de s’appesantir sur ses bouleversements émotionnelles, la vampire se concentra sur le concret : elle vida ses poches, jetant le SSD et les chargeurs sur le matelas. Dans la foulée, elle s’empara de son téléphone satellite et composa à toute vitesse le numéro de ses renforts, qui devaient sûrement être en chemin à présent.

« Oui, bien. J’ai du nouveau. » Tout en parlant, Elinor ouvrit un placard, dont elle extirpa rapidement un sac en bandoulière.  « Ils ont des drones. Je ne sais pas, mais probablement. Oui. Seulement s’il n’y a aucun risque à l’abattre, oui. Restez cachés surtout, je me débrouillerai. Très bien. »

L’appel ne dura que quelques secondes. Elle raccrocha, et fourra ensuite l’appareil dans le sac, avant d’ouvrir un tiroir de sa commode ; à l’intérieur du rangement molletonné, reposaient tous ses bijoux favoris. Elle les fourra à toute allure dans le sac, les uns sur les autres, empilant bagues, colliers, montres, etc., en désordre, dans l’espoir de sauver ses effets les plus personnels de ce désastre ; la vampire tassa ainsi dans le sac, tous les petits objets précieux qu’elle put trouver. Une fois terminé, elle ne put s’empêcher de lever les yeux vers son dressing, alors rempli de ses beaux vêtements, dont certains étaient vieux de plusieurs décennies, en dépit de leurs états impeccables, et si précieux, qu’ils auraient pu figurer dans une collection de musées.

Sa chambre lui apparut soudainement bien froide et exiguë.
Elinor pinça les lèvres.

Bien entendu, les emporter était impossible. Une fois encore, elle espéra sincèrement pouvoir les récupérer plus tard, conservés comme ils étaient à l’abri du bunker et, aussi déchirant que soit cette perte, Elinor s’en détourna pour ouvrir un autre placard. À l’intérieur de ce dernier, reposaient deux armes : un fusil à pompe et un fusil d’assaut de classe militaire. Elle opta pour le second : les rafales étaient plus dissuasives. Elle rangea le SSD, son pistolet et ses chargeurs dans le sac, qu’elle équipa en bandoulière, avant de se saisir de l’arme à gros calibre. Refoulant ses émotions, la vampire passa la lanière du fusil, piocha un chargeur adéquat dans le placard, l’enclencha sur l’arme, et en préleva deux autres qui furent coincés dans les poches arrière de son jean, alors libres. Enfin, elle s’assura que la sécurité était enclenchée et ouvrit un autre tiroir.

De ce dernier, l’immortelle préleva un foulard et un élastique. Elle noua rapidement ses cheveux noirs en un chignon approximatif, époussetant les résidus de plâtre en même temps ; cela tiendrait. Elle enroula ensuite le foulard, un atour noir de luxe, autour de son visage et le noua au-dessus de son cou, pour masquer le bas de ses traits jusqu’à son nez. Lorsque Elinor jeta un coup d’œil dans le grand miroir en pied qui trônait juste à côté de son lit : l’effet lui parut sommaire, mais convaincant. Cela valait mieux qu’être entièrement filmée comme sa Marquée. Elle serra les dents à ce souvenir. Tournant les talons, elle jeta un regard circulaire dans sa chambre, s’assurant qu’elle n’avait rien oublié et, plutôt que de se morfondre sur son sort, poussa le battant blindé, qu’elle verrouilla ; la vampire ne supporterait pas que les deux autres fouillent sa chambre.

Désormais l’heure était à l’action.
Elinor, elle, ne pouvait se payer le luxe de s’apitoyer sur son sort, en espérant que quelqu’un d’autre allait la tirer de cette situation.
On n’est jamais mieux servi que par soi-même. La maxime commençait à devenir un art de vivre chez elle.

Dans le corridor menant au tunnel et à l’issue de secours, l’air souterrain lui sembla pourtant moins confiné que dans la chambre. Peut-être était-ce cette perspective de ne plus jamais revoir le décor intimiste de sa chambre, qui conférait à celle-ci une sensation de pesanteur, comme si elle venait de sortir d’un tombeau. Elinor évacua toutefois ces considérations parasites de son esprit. Préserver sa vie et sortir d’ici, étaient les seules priorités. Quand elle les dépassa, la vampire ne daigna offrir aucune attention aux deux humaines, et fila vers l’issue de secours, le fusil au clair. À ce stade, Elinor se fichait bien de ce que sa Marquée et l’autre décidaient ; tant que celles-ci ne la gênaient pas et écoutaient ses directives, elles pouvaient bien la suivre.

De préférence, en silence.
Elinor était suffisamment à cran. Mieux valait éviter les mots plus haut que les autres.

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Baby Chaos - Là où je passe, la paix trépasse.
Anaïs Wilhm
Anaïs Wilhm
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A SONG OF BLOOD

En un mot : Outre en perdition
Qui es-tu ? : *Un esprit traumatisé par la cruauté de ceux qu'elle pensait être ses camarades, à jamais marqué par l'absurdité de la violence humaine.
* Fille émancipée d'une famille humaine qu'elle a fui pour sa propre sécurité. Outre dans un monde d'humains qui ne cherchaient pas à la comprendre, juste à la plier au conformisme réconfortant de la normalité.
* Apprentie curieuse et consciencieuse de Daphné Calabrezzi. S'est lancée sur la voie du chamanisme, marchant dans les pas de sa mentore avec patience et détermination, persuadée d'avoir trouvé la voie qu'il lui fallait.
* Inscrite à la LSU, en médecine. Malgré un dossier scolaire chaotique à cause d'une année de fugue, se démène pour prouver, aux autres et à elle-même, qu'elle réussira.
Facultés : *Hémokinésie, contrôle du fluide vital
*Apprentie chamane, amie des loups et des gitans
*Etudiante en médecine, acharnée et consciencieuse, pleine de projets en tête.
*Musicienne et chanteuse amateur ne sortant jamais sans son casque. Danseuse du dimanche. Incollable sur la musique, sa passion, son refuge.
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Thème : Mama Cass Elliot - Make Your Own Kind Of Music
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Dim 16 Juil - 12:41 (#)

Anaïs illustration

Je ne sais pas ce qui est le pire. La certitude d’avoir des gens armés prêts à nous tirer dessus, ou l’incertitude de ce que va faire la vampire qui s’arme jusqu’au dent pour finalement fuir dans un tunnel. Coincée dans un bunker avec Heidi n’est pas vraiment ce que j’avais imaginé pour ma fin de soirée avant de reprendre une semaine des plus banales. Je pouvais oublier tout ça. J’ai juste eu le temps de me couvrir el visage avant quand el drone est apparu, histoire d’éviter de me retrouver sur une quelconque caméra et d’attirer encore plus d’ennuis par la suite. J’en avais assez de tout ça, de courir en permanence en espérant que ce serait la dernière fois que quelqu’un viendrait me demander des comptes pour quelque chose que je n’avais pas voulu et que je ne pouvais pas changer.  C’est si facile de blâmer les autres pour ses propres idéaux dégueulasses.  L’humanité me donne parfois envie de vomir.

Tout ce que je peux faire, là, c’est tenir la main d’Heidi, m’assurer que tout le monde s’en sorte en vie et entier. Je dois me concentrer là-dessus, rien d’autre n’a d’importance pour el moment. La vampire a fermé le bunker, donc on est tranquille pour un moment, au moins le tems de prendre le tunnel qui doit arriver assez loin pour qu’on puisse foutre le camp sans être remarquées. Je siffle Rover qui se colle à moi, Tyche sur l’épaule et mon petit sac dans ma main libre. Je n’ai pas fait l’erreur de me séparer de mes papiers ou de trucs incriminant. Ils vont sans doute fouiller la maison, mais mon passage ne sera pas repéré. Je n’ai pas envie de voir ma tête mise à prix quelque part sur le net juste parce qu’une amie pensait que c’était un endroit sûr. Et sans doute que ça l’aurait été en d ‘autres circonstances.

Enfin si on omet la buveuse de sang armée jusqu’aux dents…

gardant un œil sur Heidi qui semble au bord de la crise de nerf, je suis l’ombre de Victoria. Si tant est que c’est vraiment son nom. Qui peut savoir ce qu’elle cache, réellement ? Heidi, sans doute. J’ai envie de la secouer un peu, qu’elle m’aise, qu’elle ne me laisse pas porter tout ça toute seule, mais ce n’est pas le moment. C’est comme si son univers tout entier venait de s’écrouler, et je ne comprends pas pourquoi. D’accord l’autre sangsue a l’air de lui en vouloir, mais qu’est-ce que ça change ? Les types avaient manifestement prévus leur coup depuis un moment pour avoir une telle organisation. Ce n’est pas parce qu’Heidi m’a amenée ici que c’est arrivé en tout cas. Je sais qu’Heidi tient à sa mécène – si elle en est vraiment une – mais de là à réagir comme ça… quelque chose m’échappe.

- Heidi... allez, ça va aller, okay ?

On ne va pas mourir ici. On va s’en sortir et trouver une solution à tout ce bordel. Tout va finir par s’arranger, d’une manière ou d’une autre. Je replace la batterie dans mon téléphone, le ferme et le rallume. Dès qu’on sera sortis, j’appellerai Daphné, elle aura sans doute une idée. Un endroit où on pourra s’abriter sans mettre en danger tout le monde. Je suis déjà en train de réfléchir à comment annoncer tout ça à Zach et à quoi faire pour le reste. Même mes parents… il y a trop de monde qui peut être affecté si les choses tournent mal… enfin plus mal qu’elles ne le sont déjà.

Ce tunnel ne semble pas en finir, pour ajouter un peu plus d’angoisse à tout ça. Je ne sais pas où il mène, mais il est peu probable que quelqu’un nous attende à la sortie… j’espère. Mais l’idée ne quitte pas mon esprit. S’ils savent autant de chose sur cette vampire, peut-être qu’ils savent pour el tunnel. Après tout, il a bien fallu le construire… Alors lorsqu’on atteint enfin la porte, je m’avance ; Il ne faut pas qu’elle l’ouvre. Enfin pas tout de suite.

- Attendez ! Je vais vérifier qu’il n’y a personne dehors qui nous attend.

J’inspire et ferme les yeux. Détecter des êtres vivants c’est facile, au final, mais ça peut vite devenir envahissant si je commence à repérer chaque être avec un sœur qui bat. Je me concentre seulement sur les plus importants, sur ceux qui sont à taille humaines, ceux qui pourraient nous attendre de l’autre côté, armés jusqu’aux dents. Ce qui n’a pas l’air d’être le cas. Je pousse, essaie de voir le plus loin possible, de ressentir les battements de quiconque pouvant se trouver au alentours. Rien. Personne. Je soupire, autant de soulagement que de fatigue. Un jour je pourrais faire ça sans avoir l’impression de courir un sprint magique. Cela me coûte un peu, surtout sur le coup. Au moins on est certain qu’il n’y a personne dehors. En tout cas, pas dans les environs proches. C’est mieux que rien.

- Il n’y a personne autour…

En espérant qu’ils ne soient pas plus loin et que la zone ne soit pas surveillée…


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Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Elinor V. Lanuit
Elinor V. Lanuit
Tea For Two - Ils t'entraînent au bout de Lanuit, les démons du mépris
Let's spend an evil night together
En un mot : Don't be afraid ; It's only death. It's just as natural as your first breath.
Qui es-tu ? :
- Immortelle britannique du XIXème siècle, issue de la bourgeoise florissante du début de l’ère victorienne. L’élégance et le flegme de son époque vivent encore dans ses manières.
- Femme fatale au charme venimeux, calculatrice sans scrupules, elle manipule les cœurs aussi bien que les lettres et les chiffres.
- Perfectionniste à l’extrême, séduite par le pouvoir et reine stratège, son plaisir de tout contrôler égale sa soif de connaissances en arts obscures.
- Vampire accomplie, fille des Lanuit, et éternelle solitaire dont l’amour empoisonne les malheureux attirés par une élégance inaccessible aux simples mortels.
- Monstre évoluant dans l’anonymat des ombres, elle traverse les siècles sans fléchir ni se lasser, se proclamant véritable immortelle avide de vie et de savoir.

Facultés :
- Chacun de ses menus gestes contient une grâce et une sensualité étonnante, comme si son corps figé par les siècles ne connaissait aucune autre manière de se mouvoir.
- Un rare talent pour la stratégie économique dont son clan profite à souhait, elle détient une précieuse capacité à s’ancrer sans difficulté dans cette époque.
- Une Présence (niveau 2, palier 5) cultivée avec patience se lit dans son regard enjôleur, rendue redoutable par un siècle de manipulations opportunistes.
- L’Occultation (niveau 2, palier 2) masque son être pour mieux agiter les fils de ses marionnettes, tandis que son esprit demeure son sanctuaire interdit, où elle ne tolère personne.
- Un Animalisme (niveau 0, palier 0) incongru la colle, sans qu’elle ne daigne y accorder le moindre intérêt, quand ce talent bestial semble si éloigné de son tempérament et de ses valeurs.

Thème : Jill Tracy : Evil Night Together
We'll drink a toast in the torture chamber
And you'll go down on a bed of nails
We'll rendevous in cold blood
I'll tie you up to the third rail
No need for cake or flowers
Let's spend an evil night together

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Crédits : Lyrics: The Great Malarkey ; Avatar: littlewildling-rpg
Mar 18 Juil - 22:34 (#)

A Moment Changes Everything

Que faisait la vermine à cet instant ?
Que détruisaient-ils dans sa maison ?

Ces conjectures étaient autant de meurtrissures à vif que son anxiété ravivait sans cesse. Elinor n’aurait pas dû les remuer ainsi. Pourtant, alors que ses foulées rapides l’emportaient loin du désastre, elle ne parvenait pas à endiguer ce torrent de détresse émotionnelle, qui serrait ses tripes dans un étau indifférent et cruel. Elle accélérait alors ses pas. Plus vite, se disait-elle, toujours plus vite, mais la vampire ne pouvait se leurrer elle-même ; elle était trop lucide, et trop réfléchie pour sa propre sérénité. Ce qu’elle fuyait ainsi, dans ce boyau mal éclairé et poussiéreux, était autant les gueules mortelles des fusils, les couteaux et la haine, que le spectacle et les relents de plâtre brisé des soixante années de sa vie détruites, ou en passe de l’être.

Que détruisaient-ils alors ?
Une voix sournoise dans son subconscient lui serinait cette question.

Était-ce son bureau que les hommes fouillaient ?
Était-ce son cabinet de curiosités qu’ils brisaient ?
Était-ce sa bibliothèque qu’ils ruinaient ?
Ou bien, était-ce simplement son intimité qu’ils violaient ?

Et Elinor sut, d’une manière si précise, que ces hommes prenaient plaisir à piétiner sa vie intime ; elle avait la terrible certitude de sentir leurs souffles chauds sur sa nuque, d’entendre leurs rires égrillards, et même le tonnerre de leurs armes. Tout cela était une construction de sa détresse, elle le savait. Elle était bien trop intelligente pour se confondre, et cependant, cette illusion de sa propre psyché la torturait plus que tout au monde. De cette souffrance invisible et muette, naissait alors une haine viscérale, qui ne demandait qu’à se repaître du sang et des hurlements de ces hommes, en noyant sa douleur dans un torrent de violence. L’une de ces débauches de sadisme, voilà ce qui la tentait à présent, voilà l’issue déraisonnable qui l’attirait.

Mais Elinor se la refusait. Cela aurait signifié abandonner la manche, et courir un risque irréfléchi ; elle était trop consciente des forces en présence. Et ces barbares n’attendaient, sans doute, que cela. Voir le monstre dépourvu de noblesse, pour le dévoiler aux leurs dans toute sa terrifiante laideur ; elle ne leur ferait pas ce plaisir-là. Oh bien sûr, un monstre elle l’était, mais certainement pas de ceux qui arrachaient les cœurs dans un éclat de colère, ni qui affichait une horrible face déformée. Elle était au-dessus de ça. Lorsque les brebis bêleront bêtement dans l’étable qu’ils croiront sûre, aucun d’entre eux ne verra venir le couperet qu’elle aura installé juste au-dessus de leurs têtes ; et quand celles-ci rouleront, ce sera au tour des agneaux.

Alors, quoi ?
Était-ce les vieilles partitions de Jean qu’ils déchiraient ?
Était-ce ces anciennes photographies qu’ils arrachaient ?

Ces satanés questions.

Tisser sa revanche l’aidait à surmonter l’humiliation, mais jamais à s’en débarrasser totalement. Parfois, elle aurait souhaité être idiote ; bénis soient les simples d’esprits, en vérité. Cette pensée lui rappela l’existence des deux benêts, dont le bruit des pas emboîtait les siens. Presque arrivée au bout du tunnel, Elinor s’arrêta pour aviser d’un air dépité, le pathétique spectacle qui s’offrait derrière elle : sa Marquée, toujours muette, avec son expression abattue, qui allait cahin-caha aux côtés de sa copine, laquelle semblait sur le point de cracher ses poumons pour avoir couru à peine dix mètres. Heidi, ça va aller, répéta-t-elle avec mépris. Cette affirmation contenait tant d’inepties, que la vampire aurait pu écrire une véritable thèse à ce sujet.

Un phrasé à l’américaine. Émotionnel et hypocrite à souhait.
Cela lui donnait la nausée encore plus que leur cuisine.

Comme Elinor s’apprêtait à déverrouiller la serrure électronique de l’issue de secours, la rousse l’interpella soudainement, arrêtant la main de l’immortelle à mi-chemin du pavé numérique. Vérifier ? Elinor l’observa avec un dédain affiché se mettre en condition de yoga, les yeux fermés et la respiration apaisée, s’attendant quasiment à la voir adopter la position du lotus ; comme si le moment était opportun pour la séance de Tai-Chi. Durant toute la durée de l’opération, elle fut terriblement tiraillée par l’envie de propulser la rouquine par la trappe, tête la première, afin d’effectivement vérifier si des rafales de balles la visaient.

La concernée termina sa méditation, juste au moment où la vampire commençait sérieusement à envisager cette possibilité. Elle conclut la démonstration méditative d’un ton narquois.

« Bien. Le sonar étant en ordre, je vais passer au périscope. »

D’ailleurs, l’issue disposait vraiment d’un périscope. Les doubles battants de la trappe avaient été construits penchés juste au-dessus d’une volée de marches en béton, dont l’un des deux piliers soutenait un conduit en métal. Celui-ci comportait un périscope sommaire, mais fonctionnel, que Elinor déplia pour observer le petit bois qui camouflait l’ouverture du tunnel. La lune faisait briller les feuilles mortes répandues sur le sol moussu, mais sa vision nocturne ne discernait aucun mouvement ; l’adepte de Tai-Chi semblait avoir raison. La vampire referma d’un coup sec le clapet du périscope, et se déplaça aussitôt vers les deux battants de la trappe ; bien que moins épais que la porte principale, eux-aussi étaient blindés et extrêmement lourds.

Elinor poussa fermement les battants. Les gonds rarement sollicités gémirent, tandis que l’air frais de la nuit s’engouffrait dans l’interstice, que la vampire ouvrait avec une lenteur prudente. Pourtant, elle ne discernait aucune présence. Une faible brise faisait osciller les branches dénudées des arbres, dont les feuilles avaient en bonne partie enseveli l’issue de secours, que Elinor ouvrit seulement d’un côté, son autre main pointant son fusil d’assaut vers les ténèbres. Aucune mauvaise surprise ne l’attendait. Elle laissa tomber sur le côté la porte de droite, avec douceur, et embrassa du regard le panorama nocturne. Au-dessus d’elles, les arbres étendaient leurs ombres griffues, et seule la lune prodiguait une luminosité blafarde et ténue.

Une fois les deux humaines sorties, la vampire referma le battant. Elle entendit le déclic automatique de la serrure électronique, qui bouclait ainsi hermétiquement le bunker. La vermine n’entrera pas. Elle espérait encore pouvoir récupérer son dressing et ses affaires dans sa chambre, une fois en sécurité.

Plus tard.
Oui, plus tard.

Un pincement au cœur. Elle l’étouffa aussitôt, et observa les environs.

Pour elle, bien sûr, tout était clair. En particulier le haut mur de sa maison, qui se dressait à plusieurs mètres de leur position, et derrière celui-ci, les grands arbres qui masquaient son sanctuaire condamné. Désormais, des centaines de mètres les séparaient des assaillants, bien que cette distance soit encore trop courte pour rassurer Elinor ; voilà pourquoi elle avait refusé une arme à Heidi. Un coup de feu s’entendrait d’ici. Au lieu de s’infliger à nouveau la vue déprimante de son manoir abandonné, elle tourna les talons, en extirpant son téléphone de son sac, pour composer le numéro de ses renforts. Elinor n’avait pas l’intention de moisir ici ; une fois que les assaillants verraient le bunker, ils enverraient sûrement leurs drones fouiller les alentours.

« Je suis sortie. Oui. Non, à priori tout est clair ici. Très bien, je viens à votre rencontre. »

L’immortelle raccrocha, et avisa machinalement le ciel. La texture de la nuit était limpide, comme la surface d’un lac d’encre, en dépit des lampadaires qui éclairaient la rue au loin. Le petit bois marquait la limite de la résidence, mais délimitait aussi une bonne partie du quartier : en le suivant, elle parviendrait à la neuvième rue, où s’avançaient ses propres hommes armés. Elle rangea son téléphone satellite dans son sac, ajusta son fusil contre sa hanche, et se détourna derechef des deux humaines qui l’avaient suivi jusqu’ici. Son masque impassible était pris de crampes, d’usure et de lassitude, si bien qu’elle préférait éviter de le voir éclater en furie, maintenant que le pire était derrière elles. Le contrecoup émotionnel allait lui coûter, elle le savait.

Qui plus est, sa Marquée n’avait eu aucun mot à son égard. Elle ne se donnerait pas la peine d’en avoir pour elle. Elinor s’avança ainsi sur le tapis de feuilles, qui étouffait le son de ses enjambées, sonnée et bouillante de colère en son sein, et ne tourna même pas la tête vers l’humaine en qui avait elle avait eu la faiblesse de placer sa confiance. Elinor était debout, droite, lucide et décidée. C’était bien tout ce qui comptait.

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Thème : Witchcraft - Akira Yamaoka
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Dim 1 Oct - 22:36 (#)


A MOMENT CHANGES EVERYTHING

It's payback time

Tôt ou tard, quand on était immortel, quelque chose allait mal se passer. C'était une certitude presque absolue. On ne pouvait pas passer l'éternité sans se casser quelque chose, sans régler son réveil en oubliant le changement d'heure et devoir se retrouver en panique face au lever du soleil, sans avoir à faire à d'autres êtres surnaturels ou sans devoir affronter, de temps en temps, des humains un peu trop enhardis par la maîtrise d'une technologie qui rendait tout, tout le temps, tellement plus compliqué. Car c'était bien de ça dont il s'agissait dans cette guérilla sous-marine : de préparation. Ne gagne pas la créature la plus forte, la plus ancienne, la plus monstrueuse, oh non, mais celle qui s'est le mieux préparée. Le tout additionné d'un soupçon de chance.

Dans le fond, le plan d'Helen St-Clair était très bien ficelé : une équipe au front, une roquette, un lance-flamme et une équipe de secours pour prendre l'ennemi à revers. Ça et oser ce que ses concitoyens n'avaient pas les couilles de faire : prendre le problème à bras le corps pour nettoyer leurs terres. Elle avait même eu l'idée de ces capsules de secours, à activer en cas de contact avec la cible : des petites grenades fumigènes dispersant un composé chimique volatile mélangé à de la poudre d'argent. Pas très bon pour la santé d'un humain, mais mortel pour les non-morts. Et elle en était très fière.

Alors, comment avait-elle pu se faire ravir son objectif avec une telle simplicité ? C'était la question qu'elle se posait quand elle reçut dans l'oreillette la nouvelle. Un sous-sol sécurisé ? Un putain de sous-sol sécurisé ? Elle enrageait à l'intérieur, dangereusement, en ce que cette colère pouvait à tout instant altérer ses capacités de décision, elle le savait. Ils pouvaient s'attarder sur les lieux, tenter de forcer les choses d'une manière ou d'une autre, ou bien tout brûler et réduire à l'état de cendres cet endroit, mais la vérité était amère et, au fond d'elle, elle savait qu'ils avaient déjà perdu.

Car ce qu'il leur manquait, c'était du temps. Rien de plus. Cinq minutes, c'était la limite maximale, et elle savait qu'ils ne pourraient jamais défoncer cette porte en moins de temps que ça.

_ Putain...

Parvenus devant la lourde porte blindée, ils devaient se rendre à l'évidence.

_ Qu'est-ce qu'on fait cheffe ?

Un colère proche de l'ordalie consumait les fibres du cœur d'Helen. Tant de préparation, tant de risques, tant d'astuce et d'argent dépensés pour être bloqués par une porte ?

_ On peut p't'être faire péter ça ?

Elle inspira, expira.

_ Non. On s'en va.

_ Mais et..On s'en va.

Elle jeta un dernier coup d'oeil sur la scène du crime. Cet univers intime la dégoûtait, image des goûts et des manières que tentait de se donner une créature qui était issue du mal le plus primordial. Le confort, les boiseries, les jolis bibelots... Autant de pièges dans lesquels l'esprit naïf pouvait facilement tomber. Un matérialisme qui cachait une évidence malsaine : tout ceci n'était qu'une mascarade, un ersatz pour simuler l'humanité.

Ses yeux, néanmoins, accrochèrent un détail.

_ Marty, ramasse ça.

Elle désigna, au sol, les restes des téléphones et autres appareils. Pourraient-ils en tirer quelque chose ? Elle, elle n'en savait rien, mais [DISORD3R], lui, saurait sûrement. Après tout ce qui avait été fait une fois pourrait peut être être réitéré, et la patience était l'arme des vainqueurs. Du moins, c'était la seule pensée à laquelle elle pouvait se raccrocher actuellement.

Piètre consolation.

Cette vampire avait eu de la chance, mais ils avaient néanmoins prouvé ce soir que la peur pouvait changer de camp.

Ils quittèrent la pièce, les lieux. Un jet du lance-flammes fut rapidement stoppé sur l'ordre d'Helen. Peut-être reviendront-ils chercher des choses.

Qui sait ?

Car ce n'était que partie remise. »


Got the evil eye. You watch every move, every step, every fantasy. I turn away but still I see that evil stare. Trapped inside my dreams I know you're there. First inside my head, then inside my soul.
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