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Association d’intérêt | ft Anna

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Dim 15 Jan - 3:43 (#)

association d’intérêt
Ft Anna Janowski & Jake Hamilton




Jeudi 15 juillet 2021
Diverses rues de Shreveport


Depuis la banquette arrière, j’observe distraitement mon chauffeur, concentré sur sa conduite. Il ne cherche pas à discuter, à combler les silences qui planent dans la berline luxueuse, et je l’en suis reconnaissant. Je suis fatigué des mots, des joutes verbales, des discours, des discussions de salon. Le doux vrombissement du moteur offre une ritournelle apaisante, si relaxante qu’il suffirait de fermer les yeux pour s’abandonner aux bras de Morphée. Le paysage défile à travers la vitre teintée. Les façades typiques en briques rouges font face à des tours de verre, les bâtiments historiques côtoient les parkings en béton brut. La beauté architecturale frôle le délabrement. L’omniprésence de beige et de gris n’offre même pas de réelle cohérence à cet ensemble hétéroclite. Rien ne s’accorde. Tout a été posé là, selon les lois d’un mystérieux hasard. L’esprit n’arrive qu’à cette conclusion : cette ville est hideuse. Cette ville n’est pas la mienne.

Mes pensées se laissent rapidement happer par le souvenir de mon entretien de la veille avec Jon Gardner. Je fronce les sourcils, contrarié. Cet homme faussement désinvolte et bouffi d’orgueil est l’étoile montante de la politique en Louisiane. Jeune avocat fier et ambitieux de 34 ans, il est prêt à tout pour gravir les échelons. Il s’imagine déjà prendre ma place au poste de sénateur en 2023, et se prépare activement aux primaires républicaines de 2022. Il a pris plaisir à me rappeler que je commençais à perdre le soutien de mon propre parti. Mes programmes sur la santé ne font pas l’unanimité, jugés trop “démocrates”. Ma nouvelle image médiatique n’est pas assez traditionnaliste. Mais avant tout, ils reprochent ma faible implication sur des sujets comme l’immigration, l’avortement ou l’emploi.

Sauf que ma cote de popularité est excellente, et avoisine les 60%. Il sera difficile de m’évincer sans créer une scission dommageable pour l’ensemble du parti. Surtout à un an des élections.

La petite enflure a raclé mon passé pour déterrer quelques cadavres. Il détient à-priori des preuves qui pourraient me faire “tomber salement". Ce sont ses mots. Il m’offre la possibilité de me retirer dans les honneurs, sans ébrécher mon image publique, et en échange, je soutiens officiellement sa candidature aux primaires républicaines puis aux sénatoriales. Bon deal?

S’il est venu me trouver pour m’affronter aussi frontalement, cela signifie que son dossier est solide. Il ne pourrait s’agir que de bluff, mais j’en doute. La démarche est audacieuse et téméraire à la fois. Un coup de poker qui pourrait lui coûter cher. Toutefois, j’ai trop à cacher pour ignorer sereinement la menace. Mes jeunes années sont truffées d’erreurs inavouables et répréhensibles. J’ai payé des nettoyeurs professionnels pour effacer toutes les traces qui pourraient me nuire. Sauf que détruire l’intégralité des preuves compromettantes est tout bonnement impossible. Mes crimes ne pourront jamais complètement disparaître sous le poids des années qui défilent.

Toutefois, il se méprend. Je ne suis pas le genre d’homme qu’on peut tenir en laisse. Jon Gardner a du talent mais il est trop présomptueux. Il vient de commettre l’erreur de me laisser le temps d’organiser la riposte. Selon toute vraisemblance, ses preuves doivent avoir trait à mes addictions au sexe ou à la drogue. J’avais justement pensé lever le voile sur mon passé, dans un de mes films de campagne. A bien y regarder, ces égarements sont une force. Ils révèlent de moi une image plus authentique. Sans jamais sombrer dans le pathos, j’y livrerai mes blessures et mes manquements. C’est en comprenant les épreuves que j’ai traversées que l’on mesurera l’ampleur du chemin parcouru. Parce qu’il y a quelque chose de beau, dans ce revirement radical. J’ai trouvé la voie. La lumière. Au lieu de me nuire, ces aveux pourraient potentiellement m’aider à fédérer un nouvel électorat. Bien sûr, tout sera édulcoré, les pires crimes et perversions seront passés sous silence, et le tout sera savamment étudié pour toucher positivement le public.

Le véhicule freine et me ramène brusquement dans l’instant présent. Nous venons d’arriver à destination. Deux gardes du corps nous ont précédés, et ont déjà sécurisé le périmètre. J’observe ma montre : cinq minutes de retard. J’accorde beaucoup d’importance à la ponctualité, mais malheureusement, quelques impondérables sont venus perturber mon emploi du temps déjà surchargé. Rogner lourdement sur le déjeuner n’aura pas suffit à rétablir l’équilibre.






Jeudi 15 juillet 2021 | 15h06
Cabinet d’avocats Janowski & associés | Downtown | Shreveport


Je lisse mon costume gris anthracite Dolce & Gabbana en cachemire et soie, chemise blanche et cravate bleu cendré à chevrons. Une montre simple et élégante, ainsi que des boutons de manchette en argent massif complètent la tenue. J’attrape l’attaché-case en cuir noir abandonné sur la banquette arrière, puis pénètre dans le bâtiment d’une démarche assurée.

J’ai rencontré l’avocate il y a cinq ou six mois, dans une soirée select de la ville, accompagnée d’une jolie blonde dont la petite culotte mémorable a émoustillé des milliers d’américains. Le torchon people local “In Touch” s’en est donné à coeur joie pour spéculer sur les suites orgiaques à notre brève entrevue. Certes, ma plainte pour diffamation a peu de chances d’aboutir, mais je m’y contrains par principe, pour éviter d’entacher inutilement mon image publique. Bonnes ou mauvaises, ce ramassis de conneries me fait de la publicité, malgré tout. La médiatisation fait partie intégrante de mon métier. A moi d’apprendre à l’exploiter.

Par sécurité, j’ai attendu que le pseudo-scandale se tasse pour prendre rendez-vous avec l’avocate. Elle s’est probablement déjà renseignée sur mes partenaires habituels. Il est de notoriété publique que je travaille principalement avec le célèbre cabinet d’avocats Kirkland & Ellis, les mastodontes du secteur. De véritables requins. Propriété intellectuelle, litiges fiscaux, capital-investissement, alliances stratégiques, fusions-acquisitions, n’ont pas de secrets pour eux. Ils ont la puissance et les moyens d’une grosse structure, mais manquent parfois de flexibilité.

Cela dit, le dossier d’aujourd’hui traite de droit pénal, et pas en nom propre.

Dès que je franchis le seuil, une assistante me salue avec une politesse un peu guindée et un sourire avenant. Elle informe aussitôt sa patronne de mon arrivée avant de me proposer une boisson. J’opte pour l’eau minérale. Mon regard scrutateur s’attarde aléatoirement sur certains détails de décoration. L’intérieur est souvent révélateur de la personnalité de ses occupants. Mon examen cesse rapidement quand je comprends que tout a été agencé et pensé par des professionnels. Tout ici reflète un mélange de rigueur, de professionnalisme et d’élégance : assez cohérent pour un cabinet d’avocats.

Sauf que ce que je cherche est moins lisse... Je suis en quête de partenaires solides, aux dents longues et aux griffes acérées. Des gladiateurs prêts à se lancer avec fougue dans l'arène, déterminés à ne rien lâcher jusqu’à la mise à mort finale. Ambitieux et sans scrupules, ils doivent être prêts à user des flous juridiques et de stratagèmes détournés pour écraser l’ennemi. L’avocat qui connaît le juge m’intéresse bien davantage que celui qui connaît la loi. L’éthique et la justice sont des principes de faibles. Seul le victorieux écrira l’Histoire.

Au premier abord, Anna Janowski ne semble pas correspondre au profil que je recherche. Je l’admet sans honte : je n’ai pas pour habitude de faire appel à des femmes pour ce genre de mission. Son apparence ne respire pas la solidité : elle est fluette, et beaucoup trop jeune. Elle ressemble plutôt à ces avocates qui défendent avec émotion et sentimentalisme la veuve et l’orphelin. Et pourtant, sans réellement comprendre pourquoi, j’ai senti qu’elle avait le potentiel de me surprendre. Elle a un je ne sais trop quoi qui la rend réellement crédible. Quelque chose qui impose le respect. Moi aussi, je me suis renseigné sur elle. Ses résultats à Chicago sont époustouflants, bien au-delà des statistiques habituelles. Son positionnement politique a suffi à éteindre mes dernières craintes.

C’est elle qu’il me faut.

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Lun 30 Jan - 8:33 (#)

Les claquements des touches du clavier se répercutent entre les murs de mon bureau tandis que je parfais une requête pour un dossier quelconque. Une affaire des plus banales qui m’occupe les mains et l’esprit en attendant un rendez-vous bien plus important qui rend cette journée piquante et savoureuse. Cette entrevue symbolise une nouvelle avancée dans ma renommée dans cette ville. Des mois de travail sans relâche, un investissement considérable en temps et en argent, une expansion sociétaire pour enfin commencer à attirer des clients d’envergure. Le début de quelque chose de grand. En relevant les yeux vers l’élégante horloge et les cliquetis étouffés de ses aiguilles, je constate que l’heure est dépassée. En d’autres circonstances j’aurais été agacée par un retard aussi minime fût-il, mais ma tolérance grandit avec l’importance de mes convives et je n’ai aucun mal à accepter qu’un homme tel que lui puisse avoir un emploi du temps des plus compliqué à gérer. J’ai été aussi surprise que ravie par son appel. Les gens ayant derrière eux un gros cabinet d’avocat rechignent souvent à faire appel à un autre, il s’agit là d’une opportunité pour voler un très gros client de Kirkland & Ellis, un bon moyen d’augmenter le prestige de mon nom dans cette ville. Il n’y a vraiment que des avantages.

Le combiné du téléphone s’allume et la voix de notre secrétaire d’accueil m’informe promptement de l'arrivée de mon estimé client. Un sourire satisfait se dessine sur mes lèvres tandis que je ferme les documents relatifs à mon autre affaire en cours avant de me lever de mon bureau pour aller l’accueillir. Mon regard croise celui de mon reflet dans le miroir décoratif à côté de mon bureau. Rapidement j’efface une légère trace de maquillage pour rendre le contour de mes lèvres de nouveau parfait et je recoiffe délicatement quelques mèches échappées. Le rouge de mes lèvres tranche avec le blanc virginal de ma robe d’affaire. Un vêtement sérieux sans être fade, féminin sans être outrancier. Un équilibre parfait pour un milieu d’homme où l’apparence compte terriblement. Après cette vérification qui n’a duré que quelques secondes tout au plus, j’ouvre la porte et mes pas me portent jusqu’à mon si important rendez-vous. Le claquement mat et profond de mes talons sur le parquet ciré me précède et déjà un sourire professionnel et aimable se peint sur mes traits. Il est bien rare que je me déplace jusque dans le hall pour saluer mes clients, mais un traitement particulier me semble adéquat pour le sénateur.

L’entrée s’ouvre devant moi et j’aperçois celui que j’ai rencontré de manière inattendue au cœur d’une soirée il y a quelques mois et qui peuple les interviews de presse et télévisés depuis bien plus longtemps encore. Le sénateur Hamilton n’a rien perdu de sa superbe et semble même bien plus à sa place ici dans ce lieu élégant que dans la boîte de nuit de notre première rencontre. Mon sourire s’étend encore, laissant entrevoir un contentement sincère. Avec un ton aussi charmant que professionnel, je le salue :

« Monsieur le sénateur. » Je lui tends une poigne distinguée mais ferme pour que l’on se serre la main et enchaine. « Nous sommes ravis de vous recevoir. Suivez-moi dans mon bureau, je vous prie pour que vous puissiez me dire le motif de votre venue. »

Déjà, je le précède, arpentant le couloir pour l'entraîner jusqu’à mon office. La secrétaire d’accueil nous suit, en tenant un verre et une bouteille d’eau minérale. Je laisse mon client me précéder dans mon bureau avant d'entrer à mon tour, suivie par la secrétaire d’accueil. Tandis que je fais signe au sénateur de prendre place dans le fauteuil confortable en face de mon bureau, je m’assois à ma place et l’assistante dépose le verre du côté de l’homme politique, le remplissant, puis laissant le reste de la bouteille d’eau près de lui avant de quitter les lieu en fermant la porte doucement. Une fois seuls, mon expression se fait sérieuse et mon ton décidé, mon attention entière se tournant vers ce l’affaire qu’il a à me présenter. Je croise mes mains et les pose sur mon bureau en demandant :

« Alors dites-moi, que puis-je faire pour vous ? »
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Sam 18 Fév - 22:11 (#)

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Ft Anna Janowski & Jake Hamilton

Après avoir livré un rapide examen des lieux, mon attention retombe presque naturellement sur l’assistante qui m’a accueilli. Brunette plutôt jolie ; maquillée, manucurée et coiffée avec soin, mais engoncée dans un ensemble de prêt à porter un peu brouillon qui signe ses origines prolétaires. Sa ceinture Gucci l’accable plus qu’elle ne la sert. Elle mime avec maladresse les codes d’une classe supérieure qui lui échappe, pardonnée heureusement par la naïveté de sa jeunesse. La demoiselle rêve de s’élever socialement, mais n’a pas les dents ni les tripes pour arracher sa réussite et satisfaire ses ambitions. L’on peut lire en elle comme dans un livre ouvert. Elle ne connaît pas les masques, ni le pouvoir de la manipulation. Elle s’offre toute entière à un monde qui pourrait la broyer. Vulnérable, elle préfère se rassurer dans le confort et la sécurité, en s'épanouissant dans l’ombre de sa patronne.

Je l’attire, comme un moustique devant une flamme. Je le vois à ces coups d'œil qu’elle lance à la dérobée, sans pour autant les assumer entièrement. La teinte subtilement rosée de ses joues et la légère crispation de ses doigts témoignent d'un certain embarras. Elle s’impose de rester professionnelle, mais succombe ponctuellement à son envie de m’observer, même furtivement. C’en est presque touchant. Naturellement, elle accepte ma supériorité, et ce n’est pas pour me déplaire. Que cherche-t-elle en moi? Un amant? Un père? Un pourvoyeur de capitaux? Ma notoriété? Mon influence? Le bruit des talons qui claquent contre le parquet m’arrachent à ma contemplation, je n’aurai pas le temps de me poser davantage de questions, ni vérifier la véracité de mes hypothèses. Tant pis, il ne s’agissait finalement que d’un échauffement : c’est l’avocate qui m’intéresse.

Alors qu’Anna Janowski s’avance vers moi, le visage illuminé d’un sourire avenant, j’observe brièvement sa tenue ainsi que son allure générale. Je ne connais pas suffisamment la mode féminine pour déterminer la marque de sa robe, mais les mesures sont irréprochables et le tissu de bonne facture suggère évidemment un créateur de luxe. J’ai toujours trouvé le blanc particulièrement élégant et attirant sur une femme, surtout si elle est jolie, ce qu’elle confirme avec une distinction toute professionnelle. Ses lèvres rouges lui octroient un côté martial qui ne saurait me laisser indifférent.

Je sers la main qu’elle me tend. Sa poigne est ferme, sans agressivité ni mollesse. Pour l’instant, c’est un sans faute. Je me décide enfin à lui rendre son sourire, satisfait par cette première impression positive. «- Maître Janowski. C’est un honneur pour moi de vous revoir.» Cette femme m’intrigue. Elle possède un magnétisme qui force le respect, malgré son jeune âge. Quelle est cette faculté qui la démarque de ses homologues? Assurance? Prestance? Charisme? Peut-être un savant mélange de chacune de ces caractéristiques, avec un soupçon de charme en plus. Qui est son mentor? C’est forcément une pointure dans le domaine. Ou alors cette sensation n’est-elle qu’un écran de fumée pour masquer la médiocrité et l’inaptitude? Non, ses plaidoiries ont su convaincre juges et jurés dans quelques procès complexes. Alors quel est son secret?

L’avocate me précède pour me guider jusqu’à son bureau. Mon regard dévie immanquablement sur ses formes postérieures médianes. Visiblement, il n’y a pas que son potentiel talent que je souhaite disséquer. Intéressant. Le geste est suffisamment subtil pour n’être pas repéré par l’assistante qui ferme la marche. La brunette dépose poliment une bouteille d’eau et un verre à côté de moi, alors que je m’installe dans le fauteuil indiqué par sa patronne. Il aurait été de meilleur goût d’opter pour du cristal et de conserver l’eau minérale à 12°C, pour se conformer à mes préférences. Un simple appel à mon assistante aurait suffit pour s’enquérir des codes et procédures pour bien me recevoir. Ce manque de soin apporté aux détails me contrarie passablement. La critique serait vaine, alors je choisis de ne pas m’en formaliser en mettant ce faux-pas sur le compte de l’inexpérience à traiter avec des membres de la haute société.
«- Je vous remercie, Julie.»

L’assistance se retourne et me lance un regard surpris et un sourire ravi avant de s’éclipser avec discrétion. Elle a dû s’étonner que je connaisse son prénom. Un sénateur vient de lui témoigner de l’importance. Mon secret? J’ai simplement pris soin d’étudier attentivement l’organigramme de la toute la structure avant de me présenter dans les lieux.  Je connaîs l’importance et l’impact d’un prénom, et sais en jouer à mon avantage pour faire gonfler ma popularité, augmenter mon pouvoir et mon influence. Deux syllabes prononcées ont peut-être suffit à gagner le cœur d’une électrice, ou une carte préférentielle au cabinet Janowski & associés.

Mon attention revient sur l’avocate, plus précisément sur ses lèvres rouges carmin. Elle me demande sur un ton professionnel ce qu’elle peut faire pour moi. Il y a tant de choses qui pourraient susciter ma pleine satisfaction… S’il l’on se restreint au politiquement correct, il me reste à lui parler de la fameuse affaire pour laquelle j’ai fait le déplacement. Bref coup d'œil sur ma montre.
«- Je ne dispose que de quarante minutes. Je vais essayer de rester concis.»
J’extrais de mon attaché-case un contrat en deux exemplaires, que je tend aussitôt à la jeune femme. Il s’agit d’une commande pour des conseils juridiques, à 500$ de l’heure, accompagné d’un chèque du même montant.
«- Avant que nous entrions dans le vif du sujet, je vous laisse le soin signer ces quelques formalités d’usage.»
Rares sont ceux qui ont recours à ces “formalités d’usage”, pourtant. Mon cas est particulier. Un avocat est tenu au secret professionnel, pour peu qu’il soit lié contractuellement à son client. Sans cela, les échanges pourraient être déballés sur la place publique sans possibilité de recours. Bien sûr, il ne serait pas dans son intérêt de commettre une telle faute déontologique, mais je préfère m’en assurer et me libérer de ma paranoïa.
«- Voyez là un accord de confiance mutuelle.»
Je n’ai jamais accordé ma confiance à personne, pas même à mes parents ou à mon épouse, ce n’est pas pour me livrer maintenant aux humeurs d’une inconnue. Si un jour l’avocate était forcée à comparaître dans un procès contre moi, elle pourrait légalement invoquer son droit au silence sans se compromettre. Tout le monde est gagnant.

Je la scrute avec attention alors qu’elle parcourt les premières lignes du contrat, parfaitement ennuyeuses et bourrées de jargon juridique abscons comme les affectionnent tant les gens de loi. Malgré le vocabulaire pompeux et les tournures ampoulées, les termes restent classiques. Sans aucun piège ni petits caractères illisibles. J’espère seulement qu’elle se souviendra du peu de temps dont je dispose, et qu’elle se contentera de survoler les différentes clauses avant d’apposer sa signature en bas de page afin que l'on puisse enfin passer aux choses sérieuses. Si mon équipe juridique n’avait pas été saturée par les deux nouveaux projets loi, elle aurait reçu ce contrat plus tôt.

Si elle est à la hauteur de sa réputation, elle comprendra rapidement que ce contrat signifie que cette affaire ne me concerne pas directement, et que notre échange pourrait me compromettre légalement et politiquement. Cela devrait logiquement attiser sa curiosité. Un sénateur ne se déplace pas en personne sans raison.

Je m’enfonce dans mon siège, puis lance une question pour le plaisir de la distraire, et marquer poliment mon impatience. Et aussi faire croire que je m’intéresse aux gens.
«- Comment se porte votre amie Blanche? J’espère qu’elle ne me tient pas rigueur de la médiatisation à laquelle je l’ai exposée malgré moi.»

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Lun 27 Fév - 8:06 (#)

Avec la rapidité des gens occupés, il ne perd pas un instant avant de débuter cet entretien. Je jette un coup d’œil rapide sur l’horloge murale pour déterminer, sur la base de ses dires, l’heure à laquelle il devra nous quitter afin de m’assurer de lui apporter ce dont il a besoin dans les temps impartis. Un léger bruit de papier précède l’apparition des documents qu’il me tend. D’une main élégamment manucurée, je saisis le contrat et le chèque, y jetant un coup d’œil rapide. Je dépose les deux en face de moi, les parcourant des regards, finalement très peu étonnée par la nature des papiers. Il n’y a rien de surprenant à ce qu’un homme de son envergure ait l’habitude des formalités d’usages face à des avocats. Avec une rapidité experte et professionnelle, j’entreprends de parcourir le contrat, sachant sur quels points particuliers je dois porter attention pour ne tomber dans aucun piège grossier. Le document a été rédigé par les juristes de son cabinet sénatorial. La théorie voudrait que l’on puisse faire confiance à l’intégrité de telles personnes, néanmoins tout avocat sait que se fier à qui que ce soit est une erreur stupide pas même commise par les débutants. Tout en faisant vivement courir mes doigts sur le document au rythme de ma lecture rapide vérifiant les clauses standards et plus approfondies, j’entends la question badine de mon prestigieux client et réponds d’un ton aimable, en ne quittant pas le document des yeux, prenant à cœur de ne pas nous faire perdre de temps :

« Elle va fort bien. Elle a été quelque peu décontenancée par cette nouvelle célébrité, mais les choses ont fini par se tasser, à son plus grand soulagement. »

Voilà une version bien édulcorée de la réalité. Blanche était presque tétanisée d’avoir ainsi été le centre de l’attention, comme un lapin qui serait pétrifié dans les phares d’une voiture. Je pense qu’elle m’en voudrait énormément si elle apprenait que c’est moi qui aie fait fuiter la vidéo intégrale avec un cadrage ne cachant en rien ses dessous lorsqu’elle tourbillonnait entre les bras du sénateur. Son embarras face à cette situation était si distrayant que cela en valait largement la peine.  Je tourne une page puis une autre, finissant mon inspection, avant de décréter qu’il ne s’agit là que d’un contrat d’engagement en bonnes et dues formes, équitable pour les deux parties. Je note sans sourcillier que la rémunération est des plus généreuses, au-dessus des tarifs pratiqués habituellement, alors même que mon cabinet n’est pas réputé pour être bon marché. Je saisis mon stylo plume de marque et appose ma signature à l’endroit voulu sur les deux exemplaires et lui en restitue un. Je glisse le chèque dans un tiroir de mon bureau puis vient poser mes mains sur mon bureau, les doigts croisés dans une posture toute professionnelle, mon regard transperçant celui de mon interlocuteur. Je ne peux m’empêcher d’être intriguée par les demandes qu’il va faire. Les termes du contrat que je viens de signer me laissent croire que quelques révélations inattendues pourraient avoir lieu entre ces murs, à moins qu’il ne s’agisse là que d’un contrat des plus banal pour les politiciens. Je n’ai jamais eu affaire à un sénateur auparavant, il est difficile d’en juger. Et qu’est-ce qui pourrait bien justifier qu’il ne se soit pas tourné vers son cabinet d’avocats habituel ? Balayant ces vaines questions, je me décide à aller chercher des réponses.

« Alors, Monsieur le sénateur, de quel type de conseil juridique avez-vous besoin ? »
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Sam 18 Mar - 23:55 (#)

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Ft Anna Janowski & Jake Hamilton


L’avocate ne s'épanche que très brièvement sur l’épisode médiatique de son amie, sans quitter le contrat des yeux. Tant mieux, j’aurais détesté entendre un récit dégoulinant de sentimentalisme mièvre. Je cherche une combattante sans scrupules, pas un stéréotype de la meilleure copine dévouée. Après une lecture rapide de chacune des clauses, elle appose enfin sa signature en bas de page : nous allons pouvoir passer aux choses sérieuses. Je distingue une lueur de curiosité dans son regard, maintenant qu’elle a saisi l’aspect inhabituel de ma venue. J’apprécie.
«- L’affaire qui m’amène aujourd’hui ne me concerne pas, mais sert indirectement mes intérêts, et ceux de membres influents de mon réseau. Voyez-moi comme un messager dont il faudra taire le nom durant toute l’instruction, pour des raisons politiques évidentes.»
Je lui laisse un court instant pour digérer cette information en apparence anodine, mais d’une importance cruciale. Mon implication doit rester secrète. Ce principe est l’une des bases fondatrices de notre future coopération.

«- Le dossier vous sera transmis par les voies habituelles dès demain, par sollicitation officielle des principaux intéressés.»
Après avoir rangé mon exemplaire du contrat de confidentialité signé, je sors une pochette reliée en cuir bordeaux, contenant un épais dossier d’une bonne centaine de pages, puis la dépose soigneusement devant moi. Mon attention s’attache ensuite sur le visage un peu trop doux de l’avocate, encore surpris de toute la confiance que je lui accorde sans même la connaître. Quelques secondes s’égrainent avant que je ne me décide à enchaîner. Mon regard se plonge dans le sien, avec une sorte de sévérité illusoire.
«- Si je suis là aujourd’hui, ce n’est pas le  heureux hasard d’une rencontre en boîte de nuit, ni parce que vous êtes une femme séduisante, mais seulement parce que vous avez la réputation d’être la meilleure pour ce genre d’affaires.»
J’insiste volontairement sur le mot “meilleure”. J’attends d’elle une performance remarquable, avec une victoire écrasante et retentissante à la clé. Pas de demi-mesure, je vise l’excellence. Je serai intraitable sur ce point. Ses statistiques édifiantes m’ont vendu le rêve de résultats hors pair. Elle a obligation d’être au niveau. Il y a dans la posture féline de l’avocate, dans le léger étirement de ses lèvres rouge sang et dans l’éclair farouche de ses yeux une acceptation tacite du défi - sous réserve de l’étude approfondie du dossier, évidemment. Elle semble ambitieuse et combative, c’est parfait.

«- Laissez-moi vous présenter brièvement l’affaire. Il y a trois semaines, Travis Draeger, un jeune garou de 21 ans, a été laissé pour mort au fond d’une grange du côté de Mooringsport. Vous en avez peut-être entendu parler dans les médias?»
L’affaire n’a pas réellement défrayé la chronique. Pas encore. La victime n’est pas décédée, et les agressions sur les CESS sont choses courantes. D’une banalité affligeante, même. La rareté du dossier tient dans le fait qu’un garou ait osé porter plainte. La plupart ne font pas confiance au système judiciaire et préfèrent rester cachés pour méditer leur vengeance ou panser leurs plaies. J’ouvre la pochette pour en tirer la photo de la victime, un grand brun un peu efflanqué, sans charisme évident ni beauté excessive. Son tempérament triste et effacé se ressent même à travers le papier glacé. Un bon point pour nous.
«- Les trois suspects, coupables sans nul doute, seront vos clients. Ben O'Donnell, 23 ans, Justin Kearns, 21 ans, et Allen Tinley, 17 ans. Ils sont accusés de tentative d’assassinat, d’actes de torture et de barabarie, de discrimination raciale et de 9 autres chefs d’inculpation.»
A mesure que je cite les noms des trois hommes, je fais défiler les photos de chacun. Trois idiots même pas capables de finir correctement le boulot! Une légère crispation de la mâchoire durcit aussitôt les traits de mon visage, juste l’espace de quelques secondes. L’image dérangeante d’Aliénor s’invite dans mon esprit, pour me rappeler que je n’ai pas su faire mieux que ces débiles. Moi aussi, je devrai un jour rendre des comptes, et ce ne sera pas devant une cour de justice…

«- Ce qui joue clairement en leur faveur, c’est que la victime n’est pas venue porter plainte immédiatement. Quand il s’est présenté aux autorités deux jours plus tard, ses facultés régénératives surnaturelles avaient effacé les marques les plus compromettantes, et réduit la gravité des blessures.»
Je marque une pause pour mesurer mes propos, et me conditionner mentalement à ne pas laisser transparaître le moindre signe d’émotion au moment de prononcer son nom.
«- Au départ, il n’a pas été pris au sérieux. L’enquête aurait été bâclée si Medea Comucci, une profiler du FBI spécialisée dans les thérianthropes, consultante à la NRD, ne s’était pas mis en tête de récupérer l’affaire. Elle a ajouté quelques pièces solides au dossier, comme une expertise des blessures, et un profil psychologique peu édifiant des suspects, livré après une série d’interrogatoires désastreux.»
Je soupire. Medea a beau être terriblement sexy, c’est une plaie professionnellement. Un peu trop efficace à mon goût. Et sa passion pour les poilus de pleine lune m’horripile.

«- Pour couronner le tout, le garou sera défendu par Jon Gardner.»
Le fameux Jon Gardner qui a osé me défier hier. Il a beau être républicain, comme moi, je le considère aujourd’hui comme un ennemi à abattre sans pitié. Les pseudo-amis sont toujours les pires charognards.
«- Comme vous le savez, c’est un excellent orateur, et un avocat talentueux. Mais vous allez l’écraser.»
La dernière phrase sonne comme un ordre, même s’il s’agit bien davantage d’une supplique. J’ai besoin d’elle, et elle le sait. Il me reste encore bon nombre d’informations à lui communiquer, mais j’attends de décrypter ses réactions et ses propos avant de continuer. Quelles annonces retiendront en priorité son attention? Quel positionnement choisira-t-elle d’adopter? J’aimerais cerner ses mécanismes pour mieux en tirer profit. Qui sait jusqu’où pourrait nous mener cette collaboration?

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Mer 29 Mar - 15:31 (#)

La voix calme et impérieuse de mon hôte se répand mélodieusement dans mon bureau qui dévore ses paroles pour que nul mot ne traverse les murs. Mon regard se fait de plus en plus intéressé à mesure qu’il déroule le fil de son propos, accentuant ma curiosité alors que son affaire se nimbe de mystère. Bien que la procédure soit inhabituelle, il me paraît d’une logique sans faille qu’il soit là non pas pour défendre ses intérêts propres mais bien des affaires qu’il veut voir élucider sans y être mêlé. Voilà donc la raison pour laquelle il ne s’adresse pas à ses avocats habituels. J’hausse un sourcil tandis qu’il tire un lourd dossier et le dépose sur le bureau en un bruit doux et étouffé du cuir contre le bois. Une seconde s’écoule dans le silence, puis deux. Hésiterait-il ? Qu’y a-t-il donc de si terrible enserré dans cette pochette élégante ? Quelle information, quelle affaire, quel procès ferait donc douter cet homme qu’aucune faille ne semble pourtant traverser ? Ou bien ne s’agit-il là que de cet exécrable moment qui prend parfois les individus de ce sexe se questionnant subitement sur mes aptitudes à mener à bien mes affaires pour tout un tas de raisons plus iniques les unes que les autres ? Fort heureusement, l’entretien reprend, abandonnant derrière nous ce silence inepte. A ses mots, je devine bien que ses doutes portaient sur moi, non sur son affaire. Comme une habitude trop vécue, un instant trop répété, c’est avec un automatisme parfait qu’un sourire carnassier digne des plus grands requins de ce milieu, mêlant l’affabilité de la loi et son caractère tranchant, vient se peindre sur mon visage. Ce sourire forgé dans la victoire et dans l’écrasement totale de la partie adverse, que l’on adresse aux adversaires piétinés et aux clients craintifs de ne pas avoir un requin devant eux. Un sourire qui nous renvoie non pas à nos rôles de protecteurs face à l’injustice, mais à celui de chiens d’attaques employant la loi comme arme pour réduire à néant tous ceux qui osent venir sur notre territoire. Un automatisme basique, rassurant souvent les hommes comme lui, ou les faisant fuir. Il ne fait pourtant aucun doute que nul client ne fuirait devant mes homologues masculins pour cette raison-ci. Mais ainsi va le monde.

Et enfin la scène commence, le monologue débute, distillant çà et là des informations venant tisser une toile d’ensemble des plus intéressantes. Je prends quelques notes rapides, répondant brièvement à sa question en lui indiquant d’un simple hochement de tête que j’ai eu vent de la nouvelle et qu’elle ne m’émeut en rien.  Le dossier s’ouvre et les photos s’étalent, recouvrant le bois noble et verni de mon bureau par des images d’un homme tout juste sorti de l’adolescence d’une banalité sans pareil. Je prends note des noms de mes futurs clients tout en laissant mon esprit s’activer pour déjà trouver des pistes de défense. Chaque information trouve un écho dans ma tête, menant à des idées pour les sortir d'affaires, reliant lois, jurisprudences, affaires précédentes. Je note également le nom de l’enquêtrice et de l’avocat. Parfois, décrédibiliser la personne ayant amassé les preuves ou celle défendant l’affaire est suffisant pour gagner un jury à sa cause et gagner un procès. Toute piste exploitable est à prendre en compte. Je relève les yeux de mes notes alors qu’il conclut sur une affirmation des plus autoritaires. L’esprit en ébullition, noyé dans toutes les possibilités de cette affaire, je relis brièvement mes notes. Une assemblée entière de questions se bouscule, mais j’imagine qu’il a tout un dossier qui pourra y répondre. Rapidement, je fais le tri entre les questions les plus pertinentes, celles qui infléchirons le cours des choses. Fixant mon regard dans le sien, je commence :

« Dois-je en conclure que vous souhaitez que cette affaire aille en procès afin que j’humilie cet avocat devant un public, sans possibilité de s’arrêter sur un accord ? » Cela serait des plus amusants. La plupart de mes clients souhaitent de la discrétion, de la rapidité, typiquement le genre de chose qui se règle avec un accord des plus convenables. Mais il semblerait qu’autre chose se joue là-dedans, quelque chose qui appelle à cor et à cri une humiliation publique de cet avocat adverse. « Vous êtes conscient que, en théorie, je ne peux rien faire qui aille contre les intérêts de mes clients officiels. »

Comme refuser un accord pour aller en procès, par exemple. Je ne prends pas même la peine de l’ajouter, laissant cela dans le domaine de l’implicite. Je souhaite comprendre ce qu’il désire. N’est-il réellement là que pour servir de message, comme il l’affirme, ou bien cherche-t-il quelqu’un qui fasse passer malgré tout ses intérêts en priorité ? Je me renfonce dans mon siège, abandonnant un regard aux photos de mes trois jeunes clients très peu capables dans l’élimination de garou et reprends :

« Et eux, ont-ils avoué ? » Voilà bien l’information la plus importante. Tout pourrait bien se jouer là-dessus. « Et qui donc paye pour la partie adverse ? »

Avons-nous affaire à une riche famille protégeant son petit monstre ? Ou bien pourrait-on en plus espérer annihiler le futur de cette personne en le ruinant en procédure ? Est-il soutenu par une de ces nouvelles associations progressistes défendant les CESS ? Y a-t-il là la possibilité de ridiculiser également ce genre d’organisation ? Dans un procès, la loi n’est finalement qu’une partie de l’équation. L’argent, la politique, la manipulation, tout cela compte pour une part bien plus grande que ce que les gens se réclamant du camp du bien peuvent penser.
Et qu’y a-t-il de plus drôle que de dévaster un adversaire, au lieu de simplement le vaincre ?
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