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A spark in the night - Emily

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Fear is the mind killer
Ethan Roman
Ethan Roman
Fear is the mind killer
ASHES YOU WEREA spark in the night - Emily 17108d3795a212ee3f0bb504818a4fc5

En un mot : Humain
Facultés : Aspirateur à emmerdes
Thème : Ohne Dich / Rammstein
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ASHES YOU WILL BE

Pseudo : Ethan Roman
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Sam 3 Sep - 16:51 (#)

- Oui, c’est difficile, surtout en ce moment. Tu vois, elle m’a été enlevée à cette période et les souvenirs sont douloureux. Elle me manque tellement. J’ai pas pu lui dire tout ce que je voulais, j’ai pas eu l’occasion de lui faire savoir à quel point je l’aimais. Elle m’a été arrachée, d’un coup, aucun signe précurseur, rien. Elle n’est juste pas rentrée. Je ne peux me recueillir sur une tombe, y’en a pas, même en Irlande, j’ai pas de vêtement, oui, je sais c’est idiot, mais tu vois, si j’avais au moins ne serait-ce qu’un t-shirt avec son parfum. Bref, je sais que toi, tu peux comprendre.
- …
- Si je pouvais, ne serait-ce, avoir que quelques secondes, minutes, pour lui dire, pour m’excuser de n’avoir su la protéger.
- …
- Oui je t’écoute, Tyler. Non pas de psy !
- …
- Je sais pas moi, on a des vampires, des hommes qui se changent en bestioles, il doit bien y avoir des gens qui parlent aux morts, non ? Tu connais personne, par hasard ?
- …
- Je sais pas, peut-être, on verra. Merci de m’avoir écouté et désolé pour l’épanchement.

Je raccroche et regarde l’écran de mon téléphone s’éteindre. C’est nul ce que je viens de faire mais bon, crier mon désespoir aux quatre murs de ma chambre, ça va un moment. Lui, au moins, il m’a écouté et de par sa triste histoire, comprend ce sentiment qui, brutalement nous envahit. Et toute ces questions qui restent ouvertes, qui jamais ne trouveront réponse car l’être cher a tout emporté avec lui.

L’IPhone s’allume en sonnant, signalant qu’un WhatsApp vient d’arriver. Je sursaute et manque de lâcher l’appareil. D’un geste chaste, j’évince mes larmes qui brouillent ma vue. Un homme ne pleure pas, paroles bien trop entendues par mon paternel. Je fixe les quelques chiffres qui forment un numéro et un nom et prénom. Je sais ce que cela signifie mais vais-je oser composer ce fameux numéro ? Et que vais-je lui dire ? « Salut, c’est Tyler qui m’envoie ? »

Assis sur le rebord de mon lit, je me laisse tomber en arrière pour admirer le plafond blanc. Ecran noir, plafond blanc. Sacré contraste ! T’es en forme, mon petit Ethan. Et si je sortais ? Et si je restais ? Mad Dog, histoire de me défouler sur un sombre abruti qui aura, lui aussi, une colère secrète à libérer ? Allumer la console et taper des mobs en boucle jusqu’à ce que mes doigts me fassent mal ? Voodoo Café, Wil’ pourrait m’écouter et me délivrer une de ses phrases mythiques dont il est le seul à connaître le véritable sens. Je soupire dans la pénombre en pensant à lui, à son sourire étincelant et son regard bienveillant. Sa grosse patte s’abattrait sur mon épaule, m’encourageant à aller de l’avant. Mais pour ça, faut reprendre la moto, traverser la ville, se confronter aux vivants et ce soir, ce n’est pas cette compagnie que je recherche.

Tirant sur mes abdos, je me lève, hors de question de rester enfermer dans cette piaule, j’suis pas ce genre de mec à me planquer sous la couette en pleurant toutes les larmes de mon corps. La bandoulière de ma besace, contenant mon matériel à dessin, sur l’épaule, je claque la porte de la chambre du motel. Que tous les Yago du monde aillent au diable, j’ai besoin d’espace.

Sans réellement savoir où mes pas me mènent, je quitte l’enceinte du Motel, à pieds et suis la route nationale. Les quelques conducteur doivent se demander ce que je fous là. Les américains ne sont pas très habitués à voir des piétons, surtout à la tombée de la nuit. Puis je bifurque, suivant un chemin, je ne sais même plus trop où je suis. Le bitume s’efface, remplacé par de la terre. Des arbres d’une beauté magique, nimbés par les derniers rayons solaires s'illuminent. Les images s’installent dans ma tête, le petit bâtiment blanc est identifié comme une église à l’abandon, accompagné d’un minuscule cimetière qui dort déjà à l’ombre.

A distance, je m’installe sur une pierre et sors mes effets à dessin. La page se noircit, la quiétude s’empare de mon être. Pourtant mon esprit reste focalisé sur le message de Tyler et sans réellement y penser, je délaisse le peaufinage de mon gribouillage et sort mon téléphone. Instinctivement, j’appuie sur la touche "appeler". La sonnerie troue l’univers, dérangeant le silence du crépuscule. Je tombe sur une boîte vocale, ma voix semble appartenir à un autre, étrange sentiment.

- Oui bonjour, enfin bonsoir. Je m’appelle Ethan Roman et j’habite au Lucky Star Hotel, je suis un ami de Tyler, Tyler Frisk. C’est lui qui m’a donné votre numéro. C’est idiot, maintenant que j’ai votre répondeur en ligne, je ne sais pas très bien quoi dire, hormis que vous pourriez éventuellement m’aider. J’ai… mon épouse m’a été brutalement arrachée et enfin voilà. C’est compliqué. Un silence s’installe, les bruits de la forêt emplissent l’enregistrement. Je suis dans une forêt, devant une église abandonnée, quelques tombes sont encore là. Je pense que c’est pour cela que la mélancolie est venue me tenir compagnie. Tyler m’a dit que peut-être vous pourriez m’aider à tourner la page. Ma main libre passe sur mon visage. Quel crétin, je débite toute ma souffrance à un répondeur ! Je secoue la tête, me sentant ridicule. Je… désolé de vous avoir dérangé.

Je raccroche. Cette fille va penser que je suis fou. Un déséquilibré de plus qui appelle dans un moment de détresse. Garance est morte, ses cendres ont été éparpillés dans l’Atlantique, je l’ai fait moi-même, lui offrant la paix et c’est ainsi que je finirai également, enfin c’est ce que j’espère. Mon téléphone est replacé dans ma poche. Avec fougue, une nouvelle feuille blanche est sortie et je recommence à griffonner, essayant de focaliser mon attention sur mes gestes.
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That kid you called a weirdo
Emily Morrisson
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That kid you called a weirdo
ASHES YOU WERE

En un mot : See the invisible
Facultés : *Médium depuis presque aussi loin que sa mémoire remonte. Les esprits errent au milieu des vivants, invisible pour la masse, réalité bien visible pour elle.
*Elle peut percevoir les auras avec un soupçon de concentration. un talent qu'elle utilise quotidiennement.
*Portraitiste, elle peint les visages des vivants, les immortalisant, eux et leur essence, sur des toiles colorées. Elle travaille sur commande, mais ses amis savent qu'elle en fait de bon cœur pour ceux qui sont près d'elle.
ASHES YOU WILL BE

Pseudo : Jambreaker
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Jeu 22 Sep - 15:20 (#)

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A spark in the night

Ethan

Séparateur

Il faisait nuit noire ce soir. En se garant dans l’allée menant à sa maison, Emily put sentir son téléphone vibrer, jura en fouillant dans son sac avant de laisser tomber et de terminer sa manœuvre. C’était un coup à exploser sa barrière et sa voiture. Une fois garée, elle descendit de sa Mini et pesta encore un peu en essayant de trouver le trou de sa serrure, oubliant quelque peu que son téléphone, toujours dans son sac, aurait largement pu l’éclairer. Après quelques jurons allemands piqués à Heins et une porte claquée, elle put enfin allumer la lumière, jeter son sac sur la table de son séjour et soupirer d’aise en retirant ses maudits escarpins qui lui torturaient les talons. Quelques instants plus tard, elle était installée dans son fauteuil et profitait d’un silence bien mérité après la journée qu’elle avait passé. Elle adorait ce qu’elle faisait, mais les clients avaient parfois le don de lui donner envie de s’arracher quelques trucs. Celui du jour était d’un snobisme comme elle n’en avait jamais connu et ne cessait de critiquer ce qu’elle lu proposait. C’était quand même lui qui l’avait appelé, alors pourquoi il était aussi chiant ?

Se rappelant soudainement que son téléphone avait vibré un peu plus tôt, elle relégua dans un coin de son esprit son client insupportable et alla récupérer l’appareil, écoutant sa boite vocale. Ethan Roman. Le nom ne lui disait rien, mais la combinaison de Lucky Star Motel et Tyler Frisk la fit immédiatement grimacer. Elle avait eu bien assez de sensations fortes en combinant ces deux noms, elle n’avait pas spécialement envie de mettre à nouveau son nez à moins de 5 kilomètres de ce lieu si elle pouvait l’éviter. Elle écouta néanmoins le message jusqu’au bout. Le type semblait réellement en peine, c’était étonnamment facile à percevoir même sans l’avoir en face. Le timbre de sa voix était parlant et elle se demanda brièvement si le type était suicidaire… Lorsque le message prit fin, elle pianota et laissa un message à ce cher Tyler lorsqu’il fut clair qu’il ne répondrait pas à son appel ce soir.

- Dis donc, ratatouille, j’ai eu un appel de ton pote, Ethan. Me semble pas t’avoir dit que je faisais de la consultation matrimoniale pour veufs et éplorées. Tu te rends compte de la merde que ça peut créer si les gens venaient à savoir que je vois les morts ? Si à l’avenir tu peux éviter d’en parler ça m’arrangerait.

Elle hésita quelques secondes avant de soupirer, maudissant Heins de lui avoir inculquée une morale. Elle sentait que c’était pour ça que Tyler avait rencardé son pote. Il savait que c’était une bonne poire qui allait accepter.

- Tu fais chier, Tyler, là ! Tu me dois un putain de verre ! Je vais voir ce que je peux faire avec ton pote, mais je promets pas de miracles. Je suis portraitiste, pas psy. J’attends ton coup de fil pour le verre. T’as intérêt à choisir un meilleur bar que la dernière fois, sinon je t’arrache tes moustaches à la pince en argent et les fourre dans ton fromage !

Elle raccrocha et frappa son front contre la table en maugréant, maudissant Tyler et ses idées à la con. Elle avait été d’accord pour le motel et avait tenu son engagement, mais là c’était complètement différent et elle n’était pas certaine de savoir comment gérer la chose. Le type était en deuil, voulait parler à une personne déjà morte et voulait la voir elle parce qu’elle pouvait hypothétiquement l’aider à faire son deuil et passer à autre chose. Il y avait bien la possibilité que l’esprit de sa femme l’ait suivi, mais il avait dit qu’elle lui avait été brutalement arrachée... Accident ? Meurtre ? Maladie ? la deuxième hypothèse ne l’enchantait guère, il était rare que les victimes de meurtres devenues spectres soient amicales et suivent un vivant autre que leur meurtrier…

Elle savait de plus très bien qu’elle allait y passer un temps fou s’il s’avérait qu’il y avait bel et bien un esprit et elle se voyait mal faire payer un type en deuil pour n’avoir peut-être aucun résultat probant. Ce n’était même pas son métier ! elle soupira et fila prendre une douche, laissant le téléphone et les problèmes qu’il avait amené avec lui sur la table. L’eau chaude cascadant sur sa peau lui fit le plus grand bien et profita de l’instant le faisant durer, chassant toutes pensées parasites. En revenant dans le séjour, peignoir enfilé et serviette sur les cheveux, elle se servit un verre, lança de la musique et se mit à l’aise. Une fois le verre terminé, elle se leva, saisit le téléphone, soupira et rappela le fameux Ethan. Répondeur. Elle fixa l’heure. Près de deux heures s’étaient écoulées, rien d’étonnant, donc.

- Ethan Roman? Ici Emily Morrisson. J’ai bien reçu votre appel. Je ne sais pas ce que Tyler vous a dit exactement, mais ce ne sera sans doute pas aussi simple que cela. Je veux bien vous aider, mais uniquement si vous acceptez de garder un silence total sur ce que Tyler vous a dit et sur ce que nous discuterons. Si cela vous convient, passez samedi en fin d’après-midi, je verrais ce que je peux faire pour vous aider.

Elle lui communiqua son adresse et lui souhaita une bonne soirée avec un ton incertain avant de raccrocher, se demandant honnêtement si elle ne venait pas de faire une monumentale connerie.

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Ethan Roman
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Mar 15 Nov - 20:02 (#)

Mes traits sont plus agressifs et nettement moins précis. Les esquisses ne débouchent sur rien, le petit tas, de papier chiffonné à mes pieds témoignent de mon insatisfaction. Mon coup de fil tourne dans ma tête. Ai-je bien fait d’appeler cette Emily ? Que va-t-elle penser de ces mots que j’ai abandonné sur son répondeur. Cela ne me ressemble pas. Je vis avec la perte de Garance, je l’ai intégrée depuis septembre 2018. Et pourtant, la douleur qui, tous les jours, creuse un peu plus cet abîme au fond de moi, persiste. Je vis, je ris, j’avance dans mon existence, mais elle est là, toujours, avec moi. Et ça fait mal, tellement mal.

Je m’effondre, sanglote, laissant libre cours à mes larmes et à ce foutu désespoir qui me ronge, chaque jour un peu plus. Je ne saurai dire combien de temps je reste ainsi à me lamenter sur mon propre sort, lorsque je réalise de l’endroit où je suis. Je me déteste, je n’ai aucune raison de me plaindre. Tout le monde perd un jour ou l’autre un être cher. La vie est ainsi faite, c’est une garce mais elle peut aussi se montrer douce et bienveillante.

Du revers de ma manche, j’essuie mon visage et me secoue comme un jeune chien. La colère survient, balayant avec fougue les relents de mes états d’âme qui n’ont pas lieu d’être. De quoi puis-je me plaindre ? J’ai un toit au-dessus de ma tête, la chance de pouvoir choisir ce que je veux manger, un lit douillet et un job qui me passionne. Ne suis-je pas proche du paradis ? Certes Garance n’est plus, elle est dans mes pensées et mon cœur. Un gars bienpensant, je ne sais plus qui, a dit un jour que les gens cessaient de vivre lorsqu’on cessait de penser à eux.

Dans la pénombre, je hausse les épaules en secouant la tête. Qu’est-ce qui m’a pris de m’épancher sur l’épaule de Tyler ? Pire encore, de téléphoner à cette Nénette ? Si ça se trouve, jamais elle ne rappellera, me prenant pour un sombre imbécile, point sur lequel je serai assez d’accord avec elle. Mes affaires retrouvent ma besace et je rentre me coucher, tout en me traitant d’idiot.

Au lendemain, je découvre le message de Miss Morrisson. Je suis surpris qu’elle ait pris la peine de me répondre, l’évocation de Tyler doit valoir son petit pesant d’or. Bien après avoir écouté les mots, je reste pensif. Les sentiments que j’éprouve sont étranges, ni blanc, ni noir, mais de différentes nuances de gris. Que pourrait-elle m’apprendre ? Que tout est beau, qu’elle m’attend, là où elle se trouve ? Toutefois, s’il existe une infime possibilité pour lui dire tout l’amour que je ressens pour elle, que je suis tellement désolé de ce qu’il lui est arrivé, je prends cette option, quel qu’en soit le prix.

Toute la journée et le restant de la semaine, je tente d’imaginer, je forme une multitude de phrases, de mots qui sont dédiés à mon épouse, d’attitude que je pourrais prendre, d’anecdote à lui relater. Mon esprit ne me donne aucun répit, mille questions se bousculent dans mon crâne. Le doute, ce terrible doute de la possibilité d’entrer en contact avec un défunt entre également dans la danse. Mais qu’en sera-t-il s’il s’agissait juste d’une supercherie, d’un ignoble canular dans lequel on se moque de la souffrance de pauvres débiles qui espèrent, se jouant de leur désespoir afin de les faire plonger un peu plus profond dans le gouffre de l’affliction.

Comment ? Pourquoi ? Vérité ?

Je suis même resté tard le soir, après mon travail, à surfer sur le net. J’ai lu d’innombrable témoignages passant par différents stades de crédibilité et de déni.

Et finalement, le samedi est arrivé bien trop vite malgré les « t’façon, j’irai pas » et les « trop hâte d’y être ».

La matinée est passée au garage, histoire de m’occuper l’esprit sinon, jamais je me rendrai au rendez-vous. L’adresse a été vérifiée une bonne dizaine de fois sur le net, j’ai entré les coordonnées sur mon petit GPS qui est accroché sur mon guidon. Tout est prêt, hormis ma tête qui n’arrive à se vider. Il est à peine huit heures que je débâche la vieille Shelby Cobra pour lui attribuer un regard empli d’amour. Je l’ai acquise dès mon arrivée aux States et grâce à elle, j’ai réussi à surmonter bien des épreuves. Elle a su créer une sorte d’équilibre, me permettant de garder un état mental pas trop bancal… enfin pas plus ni moins que d’autres cinglés parsemant la terre.

Quand je relève le nez du moteur, je m’aperçois avec étonnement qu’il est déjà quinze heures. Ma tasse de café, froid, repose sur l’établi, intouché. Aucune sensation de fin ne hante mon estomac et c’est peut-être mieux comme ça. A regret, je couvre le bolide de sa toile cirée après avoir laissé glisser mes doigts sur l’aile encore quelque peu cabossée.

Les hautes lumières sont éteintes, la radio cesse de hurler les titres en vogue et j’enfourche ma bécane, en direction du Motel afin de prendre une douche et me changer. Trois quart d’heure plus tard, toujours juché sur ma moto, je roule sans réellement faire attention au trafic, ma conscience totalement tournée vers cette Emily. D’après la voix que j’ai perçue sur le répondeur, je tente d’imaginer sa corpulence, son visage, ses cheveux. Le feu passe au vert, je poursuis ma route, trouve la rue, gare le deux-roues. Ca y est, j’y suis. Le casque et les gants sont enfermés dans le coffre-valise, mes mains sont moites et ma bouche sèche. Index sur la sonnette, j’entends des pas, une bourrasque tente d’emmêler ma queue de cheval.

- Bonjour… heu… salut, damn, elle est jeune ! Je suis Ethan, je… c’est Tyler, j’ai appelé… et j’ai parlé à personne de toi ! Promis ! Je lève les mains, peignant l’innocence sur mes traits. Voilà, tu m’as dit que… enfin que je pouvais passer et… mais enfin je veux pas t’embêter.

Gêné, je me dandine d’une jambe à l’autre, triturant la languette de ma fermeture éclair, puis passe ma main sur ma nuque. Qu’est-ce que je fous là ?

- Ecoute, je suis désolé pour le message que je t’ai laissé… Les mots peinent à sortir. Un moment de splean. Je souris misérablement mais sincèrement. Je peux te payer pour le dédommagement, pour ta perte de temps… enfin je sais pas comment ça se passe…

Mon regard quitte enfin le mur, l’arrière-plan, le sol et se pose enfin sur son visage. Qu'est ce que j'attends ? Espoir ? Déception ? Je ne sais pas, je ne sais plus.
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*Elle peut percevoir les auras avec un soupçon de concentration. un talent qu'elle utilise quotidiennement.
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Ven 9 Déc - 2:55 (#)

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A spark in the night

Ethan

Séparateur

Lorsque qu’on sonna à la porte, en ce samedi des plus banals, Emily avait quelque peu oublié que quelqu’un devait lui rendre visite. Après avoir laissé son message, n’ayant pas eu de réponse, elle avait continué sa vie comme si de rien n’était, ne pensant plus à la voix de cet homme semblant au bord de la dépression et du craquage nerveux. Dans son atelier baigné par le soleil, pinceau en main et peinture maculant ses doigts et son tablier, elle travaillait avec acharnement sur une de ses nouvelles idées et jura en entendant la sonnette de l’entrée. Elle lava son pinceau en vitesse, jeta un œil navré à son travail inachevé et se rua vers l’entrée en se débarrassant de son tablier jetable sur le chemin, visant approximativement la poubelle près de laquelle elle passa.

Ce fut en ouvrant la porte qu’elle se rappela soudainement que quelqu’un allait venir et elle s’attendait à bien des choses, mais certainement pas à ce qu’elle avait sous les yeux. Ce n’est pas tant l’homme en lui-même qui l’interpela le plus. Il devait être un trentenaire bien entamé et sa longue chevelure couplée à sa barbe lui donnait un air bien différent des gens qu’elle avait l’habitude de rencontrer. Certes il était intéressant à observant, avec ses yeux bleus et la forme e l’arête de son nez, mais c’était moins impressionnant que le truc qui l’entourait.

Car c’était bien ça qui attira l’attention de la portraitiste. Il y avait quelque chose qui s’enroulait autour de l’homme. Des bras ? Elle cligna des yeux et se retint de justesse de grimacer. Super. Le type était hanté du cul, manquait plus que ça. Ethan, voilà, elle se souvenait maintenant. Le type que Tyler avait rencardé sur elle pour ses capacités de perception. Le genre de trucs dont elle se serait passée. Surtout vu ce qu’elle avait sous le nez à présent.

Elle se focalisa sur le fameux Ethan, jouant sa politique habituelle concernant les esprits. Si on les ignore, ils ne sont pas vraiment là. Elle balaya d’un revers de la main ses excuses. D’accord il la dérangeait en plein travail, mais elle était fautive, elle avait oublié ce rendez-vous. Elle se racla la gorge et sourit, essayant de calmer la nervosité de son interlocuteur par ce simple geste.

- Enchantée, Ethan. Appelle-moi Emily. Tu ne m’ennuies pas et on verra plus tard pour ce qui est du dédommagement, voyons déjà si je peux vraiment faire quelque chose pour toi.

Ce qui n’était pas gagné. Cela allait être compliqué de se concentrer avec cet esprit collé à lui. Elle avait déjà vu des esprits attirés par des humains, aussi rares soient-ils, mais ça, c’était nouveau. D’ordinaire, les esprits suivaient à la trace, mais ils ne s’accrochaient pas ainsi. S’ils s’accrochaient, c’était de désespoir, or là, cela semblait… doux ? Il se passait quoi exactement ?

- Entre, je te prie, on discutera à l’intérieur, ce sera plus confort.

Et cet esprit allait surtout se faire vite dégager par les protections qu’elle avait faites installer. Cela lui avait coûté une somme conséquente, mais au moins elle avait des contacts chez les arcanistes locaux et un endroit calme et sûr pour se reposer, loin des esprits trop curieux pour leur propre bien. Autant dire qu’elle fut sur le cul lorsque l’homme entra et que l’esprit ne frémit même pas. Il ne fut pas repoussé, détruit, ou même juste un peu ennuyé par les protections. Rien de tout ça. Il passa, comme s’il n’y avait rien du tout.

Bouche bée, Emily fronça les sourcils et focalisa son attention sur Ethan qui était un simple humain, d’après son aura des plus banales. Banales, mais triste, on ne pouvait le nier. Elle ressemblait à un rideau de pluie, froid et larmoyant. Ceci expliquait sans peine l’appel qu’il avait passé et le message laissé à son intention. Il n’avait en tout cas rien à voir avec l’échec de ses protections. Elles devraient pourtant tenir au moins des années avant de devoir les renouveler.

Sa curiosité piquée, la jeune femme installa Ethan dans son large séjour, sur le canapé qui ne voyait pas beaucoup de visiteurs. Elle commença à moudre du café tout en lançant la conversation, laissant l’eau chauffer dans la bouilloire à côté d’elle.

- Avant toutes choses, je vais te demander de tout reprendre depuis le début.  Tu as parlé de ta femme, que lui ait-il arrivé ? Je dois savoir pourquoi tu es là et pourquoi tu as besoin de moi, même si j’ai une vague idée.

Elle dit ces derniers mots en désignant son aura. Bien sûr il ne pouvait pas la voir, mais elle ne s’embarrassa pas de précision. Le type connaissait les Eveillés. En tout cas suffisamment pour que Tyler lui parle d’elle. S’il avait des questions, elle pouvait toujours servir de Wikipedia surnaturel, tant qu’elle n’avait pas à trop en dévoiler sur elle.

Elle leva les yeux et, pour la première fois, jeta un réel coup d’œil à l’esprit. Une femme. Ce fut la première pensée qui lui vint à l’esprit. Probablement son épouse. Il fallait avouer qu’elle était belle. Elle avait enroulé ses bras autour de l’homme et flottait contre lui, invisible à ses yeux, mais bien présente. Elle ne lui accordait aucune intention, le visage rivé sur Ethan. Il n’émanait d’elle aucune intention malsaine, de ce que la médium pouvait en dire, et c’était perturbant. De tous les esprits qu’elle avait pu voir, c’était, et de loin, le plus humain. Et ce visage ferait un portrait magnifique, elle en était convaincue.

- J’ai besoin de savoir ce que vous voulez exactement. Je ne suis pas psy, mais si je peux vous aider je le ferai. Café ?

Elle se servit sa propre tasse en y ajoutant un soupçon de sucre et retourna dans le séjour, s’asseyant face à Ethan à qui elle offrit le café. Elle croisa les jambes et sirota une gorgée du sien en soupirant d’aise. Cette journée était vite devenue bizarre.

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Ethan Roman
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Mer 25 Jan - 15:08 (#)

Participant 1Participant 2

"A spark in the night."



Le malaise ne se dissipe pas. Je me sens tellement gêné d’être là, de déranger la jeune femme pour un fait que l’on ne peut changer. Que viens-je chercher, un peu de réconfort ? Que va-t-elle me dire ? Que Garance est en paix et que je dois poursuivre mon chemin sans elle ? Ce sont des paroles mille fois entendues et emplies de bon sens. Garance n’est plus, c’est un fait, inéluctable.

Lorsque j’ose enfin poser les yeux sur Emily, je m’aperçois qu’elle porte un tablier maculé de peinture, tout comme ses mains d’ailleurs, ressassant la culpabilité que je ressens déjà. L’odeur caractéristique de la peinture, des huiles et de la gouache vient me chatouiller les narines apportant un semblant de quiétude. Est-elle artiste ? Son sourire est communicatif et je sens mes muscles commencer à se détendre. Ca fait du bien de ne pas se sentir juger juste sur l’apparence. Elle prend les choses en mains, simplement, comme si elle accueillait un ami qu’elle n’a pas vu depuis longtemps.

Légèrement moins intimidé, je cesse de triturer les différents éléments de mes vêtements, enfonce mes mains dans les poches de mon jeans et lui rend son sourire bienveillant. Suivant ses instructions, je m’installe dans le salon, tout au bord du canapé. L’air ambiant est tiède, les rayons du soleil traversent la pièce et l’inondent d’une clarté chaleureuse. La jeune femme s’affaire dans la cuisine à préparer du café et va droit au but.

Clair, net et précis. Pas de détour. Pas de gant. C’est mieux ainsi, trancher dans le vif pour mieux avancer. Parler librement et ouvertement, de toute façon, je n’ai rien à lui cacher. Ce sont des faits d’un amour incommensurable, un amour perdu… à tout jamais. Mes coudes sont posés sur mes genoux et mes mains sont jointes. Par où commencer ? La situation pourrait se résumer en trois phrases mais le but n’est pas de se montrer timide. Elle a besoin d’informations, je suis là pour lui en donner. Toutefois, me confier à une parfaite inconnue, n’est pas chose aisée. J’hésite. Puis, après un long soupire, j’élude un sourire ne portant aucune joie et me lance même si je sais que cela va faire mal.

- C’était en automne 2014 en Irlande. C’est à cette époque que j’ai fait la connaissance de Garance, ma femme. Dès le premier regard, on a su qu’on était fait l’un pour l’autre. Elle était couturière, j’avais trouvé du boulot dans le garage du coin. Après six mois de rendez-vous cachés, de petits secrets coquins, de longues balades dans la campagne ou au bord de mer, on a décidé d’emménager ensemble.

Mon regard bleuté s’égare et se perd dans le passé. Mes lèvres s’étirent et mon visage perd sa tristesse en retrouvant ses souvenirs heureux. Shreveport n’existe plus. J’entends le rire de Garance alors qu’elle se cache dans les vieilles ruines du château. C’est l’été, le vent souffle mais la température, est pour une fois clémente, nous permettant de porter des vêtements légers. Le lierre dévore la pierre ancestrale et rend notre amour discret. L’odeur de la tourbe chatouille mes narines, chassant les relents salés de la mer toute proche. Les images s’éclaircissent et disparaissent me faisant pincer les lèvres.

- En mai 2016, nous nous sommes mariés même si cette union était mal vue par les anciens du village. Je n’étais qu’un étranger venu de l’est… je suis roumain. Je volais une fille du pays, elle était irlandaise et moi non. Mais on s’en fichait des ragots, on s’aimait. Nous nous sommes unis dans la petite chapelle avec comme témoins mon patron et Rose-Lyne, son amie. Garance a cousu sa robe elle-même, elle était tellement belle, elle rayonnait. Une couronne de fleurs en guise de voile, c’est tout ce que nous avions, mais cela nous suffisait. Pour notre voyage de noce, nous avons parcouru le sud de l’Irlande, suivant diverses légendes. Puis nous avons repris notre vie à Clifden. Les gens nous acceptaient lentement et nous avons fini par faire notre place. C’était le temps du bonheur. Puis… tout a basculé.

Je relève la tête en battant des paupières, presque surpris de me retrouver dans ce salon que je ne connais pas, face à cette fille qui m’est inconnue. L’odeur du café est réconfortante, tout comme la présence d’Emily. Elle diffuse un je-ne-sais-quoi d’apaisant et de rassurant. Je me sens bien en sa présence. Les paroles que je vais émettre me hantent déjà. J’abandonne ma posture pour attraper la tasse qui m’est destinée. Mes mains l’entourne, brûlant presque mes paumes. La douleur physique fera peut-être rempart à la psychologique, bien plus intense.

- Ce jour-là, j’avais une course à faire en ville, au retour, je me suis arrêté à la maison, juste pour embrasser Garance, juste pour le plaisir de la voir, juste pour lui dire que je l’aimais. Elle n’était pas dans la maison et malgré le ciel menaçant, elle avait décidé d’étendre le linge mouillé à l’extérieur. Le vent soufflait fort, un drap flottait comme une voile, accroché à son fil. Le reste, était éparpillé dans le jardin. Le muret en pierre était détruit et plus loin…

Ma gorge se serre, les paroles deviennent difficiles et la souffrance creuse, un peu plus, ce trou invisible dans ma poitrine.

- Un morceau de son corps, déchiqueté, sans tête, un bras manquant. Plus loin, les restes. Son visage mutilé.

Puis le silence s’installe, gênant, assassin. Les images défilent. La lande verte, balayée par les vents, souillée par le sang, restent suspendues dans mon esprit. Après quelques secondes ou minutes, je ne saurai le dire, je reprends d’une voix lointaine.

- Une enquête a été ouverte, elle a été bâclée, j’ai été suspecté… évidemment. Mon ton change pour devenir amer. Ils ont dit que ça arrivait, parfois, un bête accident. J’ai fait ce que j’avais à faire et je suis parti. J’ai tenté de fuir la tristesse mais ça ne marche pas comme ça.

Un rire empli d’aigreur franchi mes lèvres, suivi d’un profond soupire. Une longue gorgée de café est prise puis, je pose délicatement la tasse sur son assiette, prenant garde à ne pas cogner la porcelaine. Les sentiments se livrent une bataille bien trop connue, la haine, l’impuissance, le manque, l’amour, l’incompréhension. Je hausse les épaules en relevant la tête, affrontant le regard de mon interlocutrice.

- Un fait banal, comme tant d’autres. Je sais que je dois avancer, que je dois passer à autre chose. Mais elle me manque tellement. Je n’ai pas su la protéger, pas pu lui dire à quel point je l’aime. C’est idiot. Je ne suis pas le seul dans ce cas, loin de là. Je vis, je ris, je pleure mais mon cœur saigne. Je sais que je n’aurai jamais les réponses du « pourquoi elle, pourquoi cette violence ». Ce ne sont que des « je », ça sonne tellement égoïste et je m’en veux pour ça, car je me dis que je n’ai pas le droit de me plaindre. Tu comprends ? Mais cette foutue culpabilité ne me lâche pas. Je tourne en rond. Je voudrai lui dire pardon de n’avoir pas été là.

Je secoue la tête, impuissant. Je me déteste, me dégoute quand je ploie sous cet égoïsme dépravant. J’ai tout alors que certain n’ont rien et pourtant je n’arrive pas à sortir la tête de l’eau. Farfouillant dans ma poche intérieure, je sors une esquisse au crayon gris d’un visage doux, enveloppé dans une poche plastique.

- Je l’ai dessinée quelques semaines avant qu’elle succombe. Regarde comme elle était belle.

Délicatement, comme si je lui transmettais la chose la plus fragile du monde, je lui tends le croquis fait il y a quelques années.

- C’est la seule chose qu’il me reste d’elle, hormis les souvenirs.


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That kid you called a weirdo
Emily Morrisson
Emily Morrisson
That kid you called a weirdo
ASHES YOU WERE

En un mot : See the invisible
Facultés : *Médium depuis presque aussi loin que sa mémoire remonte. Les esprits errent au milieu des vivants, invisible pour la masse, réalité bien visible pour elle.
*Elle peut percevoir les auras avec un soupçon de concentration. un talent qu'elle utilise quotidiennement.
*Portraitiste, elle peint les visages des vivants, les immortalisant, eux et leur essence, sur des toiles colorées. Elle travaille sur commande, mais ses amis savent qu'elle en fait de bon cœur pour ceux qui sont près d'elle.
ASHES YOU WILL BE

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Ven 27 Jan - 11:51 (#)

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A spark in the night

Ethan

Séparateur

Les histoires tristes et déprimantes, elle en avait entendu. Parfois au détour d’un bar, on percevait les déblatérations d’un ivrogne qui pleurait un amour perdu, réel ou non. Parfois, elle apprenait l’existence d’un esprit qui s’attachait à un lieu, celui où la vie l’avait brusquement quitté sans qu’il ne puisse avoir le moindre contrôle dessus. Il y en avait qui étaient plus tristes que d’autres, mais c’étaient celles qu’on n’expliquait pas et qui étaient pleines d’injustices qui parvenaient à la toucher le plus. Comme cette mère à New-York pleurant son enfant dont l’esprit tentait vainement d’attirer son attention, sans succès, alors qu’elle serrait son corps sans vie dans ses bras. Fauché par une voiture en bas de chez lui. La vie était injuste, et il n’y avait rien qu’Emily puisse faire pour aider les vivants ou les morts à changer cet état de fait.

L’histoire d’Ethan et de sa femme lui rappela ces histoires tragiques. Il n’y avait pas de bonnes façons de réagir à ce genre de choses. On écoutait en silence, on imaginait l’horreur qu’il avait dû vivre, on essayait de réconfortait, puis on passait à autre chose. Que pouvait-on faire de plus ? Rien de sain ne pouvait ramener un mort à la vie.
Elle resta silencieuse tout au long de son récit, sirotant son café par petites gorgées, visualisant avec trop de clarté les images qu’il lui décrivait. Meurtre violent et sans raison, ingérence policière, endeuillé à jamais sans réponse. Le portrait était des plus sombre et, même en utilisant son expérience pour masquer la moindre émotion, Emily sentit son cœur se serrer et son regard vacilla un instant, focalisé sur l’esprit plutôt que sur le vivant.

Machinalement, elle saisit le croquis qu’il avait fait. Un sourcil se haussa en découvrant le visage. Le type avait du talent. Alors même que le sujet n’avait rien à voir avec l’art, elle se focalisa un instant sur le trait, certes un peu trop épais, mais franc, du dessin. Ethan aurait pu devenir artiste, s’il avait eu l’opportunité. Elle ne savait pas quel métier il exerçait, mais à en voir ses mains, peintre ou dessinateur était peu probable.
Elle fixa son attention sur le dessin, admirant le visage qu’elle pouvait voir et lui non. Les mêmes courbes du visage, le même nez légèrement pointu, les mêmes lèvres closes et figées dans une expression de calme tranquille. La seule vraie différence était les yeux. Ceux du dessin étaient presque clos, à peine entrouverts. Ceux de l’esprit étaient fixés sur Ethan, ne cillant jamais, pleinement focalisés sur lui et rien d’autre.

- Très belle oui.

Elle termina sa tasse et, chose rare, se trouva incapable de renchérir immédiatement. L’homme en face d’elle était trop proche du fond du gouffre pour en sortir seul, mais était-elle vraiment la personne qui devait lui envoyer une main pour s’en sortir ? Elle hésitait. N’allait-elle pas juste empirer les choses en lui parlant de ce qu’elle voyait ? Plus jeune, elle avait déjà essayé de rassurer des gens en leur disant qu’ils n’étaient pas seuls, que l’être perdu les accompagnait. Ça n’avait jamais vraiment réussi à qui que ce fusse. Ni à elle, mal vu par les vivants et harcelé par les esprits. Ni aux personnes en deuil qui revivaient la perte et la douleur une fois de plus. Elle avait arrêté bien vite et n’avait jamais usé de son don de cette façon à nouveau.

Cette fois, en revanche, c’était différent. Cet esprit était différent. Heins lui avait parlé brièvement d’un esprit qu’il avait croisé un jour. L’esprit d’un vieil homme qui hantait une famille. Il s’avérait être le grand-père et, plutôt que de chercher l’attention des vivants, veillait sur eux, à la manière des anges gardiens des contes et légendes. Heins n’avait jamais revu une telle chose et n’avait jamais parlé de cet esprit à un quelconque exorciste, se contentant d’un étrange sourire mélancolique lorsqu’elle lui avait demandé s’il lui avait parlé. Garance était-elle un esprit resté sur Terre pour veiller sur son mari ? Le surnaturel avait de merveilleux qu’elle en apprenait toujours un peu plus à chaque apparition. Celle-ci en particulier.
Elle inspira, fixant sa tasse vide qu’elle reposa doucement sur la table. Elle joignit ses mains avant de se concentrer sur Ethan.

- J’ai perdu quelqu’un il y a quelques années. Sans pour autant imaginer ce que tu ressens au vu des circonstances, je peux comprendre ce que ça fait de perdre quelqu’un de cher.

Elle détestait parler de ça, mais elle voulait qu’il comprenne son état d’esprit à elle aussi. Elle avait eu du mal à faire son deuil et, même aujourd’hui, la mort de Heins restait un souvenir douloureux qui ressortait par moment et lui faisait toujours aussi mal.

- Tyler a du te le dire, mais je vais expliciter. Cette andouille a tendance à omettre des points cruciaux.  

Elle ne put s’empêcher de sourire en disant ça. Elle avait une réelle affection pour Tyler et ses manières parfois un peu chaotiques et maladroites.

- Ce que je vais te dire ne dois pas sortir d’ici. J’espère que les cours ne t’ennuient pas. Et aussi que tu n’es pas croyant.

Elle avait assez terrorisé de croyants sans le vouloir, elle n’avait pas envie d’ajouter Ethan à la liste. Il ne méritait pas de voir sa vision du monde complètement bafouée par une portraitiste qui aimait un peu trop le rhum au goût des puritains. Enfin, il semblait que ce n’était pas le cas. Des conneries pour donner de l’espoir aux gens. Et beh.. Elle l’appréciait encore un peu plus.

- Certains surnaturels ont la capacité de faire voler des objets ou de se transformer. Moi, je vois les esprits. Tout le temps. C’est comme si j’avais un filtre spécial sur la rétine qui me permettait de voir ce que toi, ou la vaste majorité des gens, ne pouvez pas voir. Et crois-moi, tu es content de ne pas avoir cette faculté.

Elle jeta un bref coup d’œil à l’esprit dans la pièce au cas où cette phrase attirait son attention et, non. Une bonne nouvelle. C’était des plus intéressant.

- Certains morts, et je ne parle pas de vampires, restent sur Terre sous forme d’esprit, le plus souvent pour chercher l’attention des vivants et essayer de garder un semblant de leur vie passée. S’ils n’y parviennent pas, ils disparaissent et vont là où les morts vont, où que cela puisse être. Les esprits sont rarement amicaux et… les victimes de meurtres deviennent souvent des esprits vengeurs cherchant à tout prix à tuer leur meurtrier.

Ce qui, dans le cas de sa femme, Garance, aurait pu être le cas. De ce qu’il avait raconté, un tel carnage aurait sûrement produit un esprit vengeur. Mais au lieu de ça…

- Mais il y aussi une infime, minuscule possibilité que l’esprit devienne un protecteur, qu’il veille sur l’être aimé, sur la famille, l’enfant qu’il avait.

Elle ne cacha pas son regard qui pivota juste à droite de la tête d’Ethan, là où le visage de sa femme reposait, comme niché contre son cou. Elle ne savait pas trop comment amener la chose, à présent. Cela serait sans doute difficile à avaler pour lui, d’imaginer que l’esprit de sa femme le suivait en permanence, accroché à lui dans une étreinte éternelle. Elle opta pour une semi-subtilité et repoussa le croquis qu’il lui avait montré.

- Il est vraiment très ressemblant, vous avez du talent. Garance vous a suivi jusqu’ici. Cela fait longtemps que je vois des esprits de toutes sortes, mais c’est la première fois que je vois un esprit comme le sien.

Elle offrit à Ethan le sourire le plus réconfortant qu’elle puisse donner à un homme qui venait d'apprendre une nouvelle bouleversante qui changerait sûrement sa façon de voir les choses. Et qui n'y croirait sans doute pas immédiatement.

- Si cela peut vous apaiser, elle semble en paix.


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